DEUXIÈME PARTIE
prêt ce dont il a besoin. « II est facile de dire : Prêten moi ta charrue et tes bœufs. Il Test aussi de répondre: » Mes bœufs sont occupés^. »
Le poème des Œuvres et des Jours est encore béotien par ce côté. C est de la fertile Béotie, si renommée de tout temps par ses abondantes moissons ^, que devait sortir le premier poème sur l'agriculture. Mais c'est Fagriculture encore à son enfance ; ce sont les premiers besoins de la vie que Ton contente. La culture du blé et celle de la vigne attirent seules l'attention , et encore celle-ci trouvé-t-elle à peine çà et là quelque place au milieu des préceptes dont la première est l'objet. Dans cette Béotie qui, du temps d'Aristophane, devait approvisionner Athènes de ses volailles grasses, on ne fait pas même mention de la poule et du coq. A peine pourrait-on se douter que les animaux, sauf le bœuf de charrue, soient à l'homme de quelque utilité. Aucun précepte sur la manière de les soigner, de les multiplier, d'en tirer le moindre service. On ne voit point non plus les arbres prodiguer leurs fruits au cultivateur, et les campagnes lui offrir à l'envi les productions les plus diverses. On pourrait, au premier abord, conclure du silence d'Hésiode sur ces différens points , qu'il peint une époque antérieure à celle de l'Odyssée ; car le poète de FOdyssée parie de veiçers, d'arbres soigneusement cultivés; il fait même une magnifique peinture des jardins d'AI-
* Œnyr. et J. V. 453-454.
2 Strabon, liv. ix,p.400. — Pline, iiv. xviii.
cinoûs : mais^ il &ut s en ressouvenir^ dans le po^e héroïque tous les détails de la vie sont idéalises , et d'ail^ leurs ce sont les mœurs , le luxe des rois que représente le poète , et non les usages d'un peuple encore dédaigné. Ce qui me ferait même croire que les vergers et les jardins sont dans TOdyssée tout-à-fait des objets deiuxe, et d'un iuxe presque extraordinaire y c est la place qu'ils occupent dans la description du palab d'AIcinoûs. Les Phéa* dens sont^ on le «ait, un peuple idéal^ modèle d une civilisation déjà fort avancée, un peuple enfin comme on nen trouve pas; et ce qui ie prouve, c'est qu'après le départ d'Ulysse une énorme montagne doit pour toujours dérober l'entrée de leur île à tous les mortds. Enfin ces nombreux troupeaux qui forment presque là seule richesse des rois, témoignent du peu de progrès que devait avoir fait la culture des terres ^. On sent t6ut le prix du pain, la moelle de V homme y ainsi que l'ap^ pelle le poète ; mais le fond de la nourriture est encore pour tous la chair et le lait des animaux. Je nai donc point besoin, pour appuyer encore de ce côté mon opinion sur la postériorité du poème d'Hésiode, de re-
"^ Le tableau d*an champ bien cultivé que nous offre le bouclier d* Achille pourrait paraître contredire cette opinion. Mais , outre que ie bouclier d'Achilie doit être un des chants les plus modernes de niiade , il appartient à Tlonie , plus avancée dans Tagricuiture que la Grèce proprement dite. Je n'ai point non plus prétendu que cet art fût lout-à-fait négligé avant Hésiode ; f insiste seulement sur le cai*actère de nécessité qu'il prend à cette époque.