DEUXIÈME PARTIE
courir à la supposition déjà faite plusieurs fois^ mais dans un autre but^ que nous ne possédons point en entier les œuvres de ce poète sur I agriculture ^ C est pour le peuple que chante Hésiode ; c est à lui qu'il adresse ses préceptes, et le peuple na pas besoin de vergers ni de jardins somptueux. Avant tout, il lui faut vivre^ et vivre autrement qu il ne la feit jusquà ce jour. Cette nouvefle vie, le poète la lui enseigne; et^ malgré toute l'imperfec-i tion de ses enseignemens , cest déjà un grand progrès pour rhomme d avoir appris à suffire à ses besoins par son seul travail, à tirer de la terre les choses les plus nécessaires à la vie.
L agriculture n'est pas la seule voie ouverte à Thomme ; Hésiode lui en indique une autre encore dans le commerce^ : mais c'est presque à regret qu'il en trace les préceptes. Le temps qu'il accorde au navigateur est extrêmement court : à peine celui-ci a-t-ii atteint le but de. son voyage, qu'il doit se hâter de revenir dans sa patrie, s'il ne veut s'exposera périr dans les flots. On voit cependant que les conseils du poète ne sont pas toujours suivis : « Les hommes , dit-il , exposent cependant leur » vie dans leur imprudence, car les richesses sont lame
* Dan. Heinsius Introd. , c. iv. — Frëd. Thiersch , Mémoires de rAcadëmie de Munich, 1813. Voyez la note à la fin sur lé poème des Œuvres et des Jours.
2 Le commerce prend déjà naissance dans TOdyssëe. Les Taphîens, habitans d'une petite île au-dessus d*Ithaque, portent du fer à Tëmèse , et en rapportent du enivre.
n des malheureux mortels ^ » Sa prédilection pour des occupations plus solides et d une utilité plus réeDe est partout visible ; et , au milieu même des préceptes qu*3 se croit obligé de donner sur la navigation^ il se sent invinciblement ramené vers f agriculture ^
Quant à la poésie méme^ et au style du poème des Œuvres et des Jours , ; ajouterai peu de chose à ce que j'en ai dit; je dois toutefois faire remarquer ce caractère nouveau d'individualité que le poète imprime à son oeuvre. Hésiode, à différentes reprises, parle de luimême, de ses relations, et sème ses réflexions particidières au milieu des idées générales qu'il exprime. Dans l'épopée, au contraire, telle que f Iliade et l'Odyssée, le poète disparaît tout entier derrière les faits qu'il représente*. Transporté par lelan de son imagination, ou se laissant aller doucement au plaisir de raconter, il s'oublie toutà-fait lui-même pour se faire le représentant idéal des
1 Œuvr. etJ. y. 685-686. Pindare, Isthm. ii, i'ï,ditde même:
3 Aristote , Poët. ch. xxv , ëdit. d*Hermann , entre autres ëloges qxLil donne à Homère , ie loue surtout de peu se montrer lui-même dans ses poèmes , et de mettre tout de suite en scène ses personnages. « Quant aux autres , dit-il , c'est eux-mêmes qu'on voit presque tout i> le temps dans l'action. » Ces autres dont il parle , ce sont les poètes cyciiques. Aristote sentait aussi iadiâfërence de f Iliade et de fOdjssëe, et constatait, à son insu, f ordre de leur composition. Après aYoir remarque que , parmi les tragédies , les unes sont simples , ies autres impiexes, et que les tragédies simples sont les plus anciennes, il dit, en parlant de la poésie épique : « Des poèmes d'Homère , Tlliade est «simple et pathétique , FOdyssée implexe. »