‹ Dissertation sur les œuvres d'HésiodeChapitre 3 sur 26 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

avoir raconté à Alciiloûs son entrevue avec Tirésias, nomme aussi les anciennes héroïnes qui ont passe devant ses yeux^ et compte les illustres enfans auxquels eiies ont donné le jour. Mais le poète , tout curieux qail est de montrer sa science , est bientôt las d une si savante énumération : «Je ne pourrais, dit-il, ni redire ni nommer ») toutes ies épouses et les filles des héros qui s'offrirent » à ma vue ; la nuit immortelle aurait auparavant terminé «son course» Et il poiu-suit ses amusans récits, plus faits pour^charmer lesprit poétique d un peuple encore assez jeune pour tout imaginer et tout croire.

Noiis possédons dans FAspis le fragment le plus considérable des Grandes Eœées , non que le petit poème qui porte ce nom en soit tout entier détaché j les cinquante-six premiers vers sont les seuls qui appartiennent à ce recueil, C est ce qu a défaut de témoignages authi^ntiques, dont heureusement on ne manque pas^, on pourrait conclure de la simple lecture de FAspis. Je ne parle point seulement de tout ce qu il y a d étrange dans une narration qui, de la naissance d'Hercule^ passe brusquement à son combat avec Cycnus, sans autre transition que celle-ci : « Ce héros tua aussi le magnanime » Cycnus, fils de Mars. » Ce qui frappe peut-être encore davantage, cest Fextrême différence qui règne entre le ton fort simple du commencement et les détails

1 Od. A ', V. 327 et suiv.

^ Voyez la note troisième » sur TAspis.

recherchés, la profusion d ornemens, dont sont chargées tant la description du bouclier d'Hercule que la relation de son combat avec Cycnus. La première partie appartient à lyie époque qui n a pas encore conscience de sa faiblesse, et qui, contente de s instruire, ne cherche point encore à suppléer par fart à la poésie naturelle qui commence à lui manquer. Chez la seconde, au contraire, on remarque tous les caractères dun siècle qui, bon gré mal gré, veut être poétique, tous les défauts enfin dune poésie artificielle, en prenant i expression dans son sens le plus défavorable*. Je ne sais quel temps vit naître FAspis ; peut-être ne doit-on pas en faire remonter i origine plus haut qu a lepoque des Alexandrins, ou, tout au plus, à celle des derniers développemens de l'ancienne poésie épique, qui fut marquée par les nopis de Panyasis et d'Antimaque. Mais, quoi qui! en

1 Pent->étre ce jagement paraîtra- t-i{ un peu sévère , pour ne pas dire injuste, surtout si l'on se rappelle certains passages» tels que cette peinture si énergique des déesses de la mort, ou ces brillantes comparaisons qui accompagnent la relation du combat d'Hercule et de Cycnus. On a dit quelquefois que l'Aspis était le seul ouvrage vraiment poétique d'Hésiode ; pour moi , c'est cette poésie que je lui reproche : j'en trouve beaucoup trop ; car on dirait que c'est une compilation d'images et d'expressions brillantes recueillies çà et là dans les divers poètes. La poésie grecque est surtout belle de pureté , de simplicité et de grandeur : la tendance au terrible ou à l'horribie , la profusion d' ornemens, qui peuvent 'être ie caractère propre et naturel de telle ou telle autre littérature , ne sont dans celle-ci qu'un signal de décadence ; et c'est cette tendance que je trouve portée à l'excès dans ie poème de TAspis.

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