‹ Dissertation sur les œuvres d'HésiodeChapitre 5 sur 26 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

fondues ensemble^ soit par les rhapsodes eux-mêmes qui chantèrent successivement ies poésies d'Hésiode*, soit par ceux qui firent un corps de ces poésies. On reconnaît déjà dans ces invocations les traces d'une* époque nouvelle; le poète avoue que sa muse peut raconter beaucoup de mensonges parmi les vérités qu elle annonce*. Un semblable aveu indique une sorte de décadence dans la poésie ; l'inspiration du poète ne trouve plus de foi dans l'esprit de ses auditeurs. Si les chantres deTOdyssée mentaient quelquefois, du moins ils ne le disaient pas. Les louanges qui sont prodiguées aux rois et le rapprochement de ces louanges avec celles dont ies poètes eux-mêmes sont Tobjet^ indiquent ie dessein d'appeler sur ceux-ci l'attention des premiers, 'et de leur concilier les bonnes grâces des chefs devant lesquels ils chantent. Démodocus et Phémius n'avaient pas besoin de se louer eux-mêmes : chacun s'empressait d'honorer le chantre divin dont les accens harmonieux charmaient rassemblée. Du reste , il faudrait se garder de conclure de ces invocations rien de trop positif sur l'état des aœdes de fépoque hésiodique ; car elles peuvent aussi bien appartenir aux rhapsodes , qui , comme on le sait , faisaient précéder les diverses poésies qu'ils chantaient d'invocations qui leur étaient propres.

* Athcnëe , iiv. xiv, p. 620 : Xauctixim cv tûJ meÀ ^7Vat\oç^v KOJi jumKCû^^haJi ^vim ov (lovov id O/umiq^Vj d^oLKeti m *H«o- Jhv

2 Théog, V. 27-88.

Dès les premiers vers de la Théogonie elle-même, on a la certitude que le poète ne comprend plus le vrai sens de tout ce qu'il va nous dire. Sa science est allée rechercher jusqu aux époques les plus reculées d anciens systèmes de cosmogonie, de physique, et même de morale , où les forces de la nature et de Tesprit étaient personnifiées et sengendraient les unes les autres dans Tordre le plus régulier. Mais l'intelligence de ces divers systèmes était restée renfermée dans ie collège des prêtres , oii ils se perpétuaient tout en se modifiant par l'introduction de connaissances nouvelles qui pénétraient dans le fond ancien et en faisaient quelquefois craquer la forme*. Quant au peuple, il ne saisissait de ces connaissances cosmogoniques et morales que l'expression figurée, et il la travaillait à sa manière, en la détachant toujours davantage des anciennes idées auxquelles elle s'appliquait. Les formes d'abord vagues et mal arrêtées des abstractions sacerdotales se dessinaient dans son

1 Un passage d'Aristophane , compare avec un autre d'Hésiode , peut donner , ce me semble , un exemple des diffî^rentes modi6catioiis que devait subir le dogme, et, par conséquent, la forme par laquelle ii s'exprimait. Cbez He'siode (The'og. v. 1 16-120), qui retrace l'ancienne cosmogonie , la matière ( yotta. ) et la force génératrice ( ïj>Ci>ç ) sont contemporaines Tune de l'autre, et existent simultanément, toutes deux incrcées, toutes deux sorties en même temps du chaos. Chez Aristophane (Oiseaux, v. 693-700), qui devait sans doute puiser ici sa science dans les mystères, EpcùÇ naît, ie premier, d'un œuf sans germe ; le Ciel , TOcéan et la Terre ne naissent qu'après îui.

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