‹ Dissertation sur les œuvres d'HésiodeChapitre 6 sur 26 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

esprit dune manière plus nette /et son imagination poétique^ s'exerçant sur ces symboles d*abord muets pouriui^ leur avait donné l'expression et la vie^ et en avait fait de véritables personnes à figure et à passions humaines. Hésiode^ sous Tinâuence des idées populaires, initié en même temps par une demi-science aux connaissances antiques^ les confond les unes avec les autres^ et n offre d'aucune une représentation fidèle. L'Erôs cosmogonique^ expression de la force génératrice, est en même temps chez lui le plus beau des immortels, celui qui dompte également les cœurs des hommes et des dieux. Quelque temps encore, et cet antique symbole va se trouver transformé dans le gracieux fils de la blonde Vénus. L'ignorance du poète, jointe à sa fidélité scrupuleuse à suivre les anciennes traditions quil a recueillies, f entraine quelquefois aux plus grossières erreurs. Selon Fancien système, la terre donne d'abord naissance au bassin des mers [7rov7r>ç), et de son union avec le ciel sortira l'Océan, qui doit le remplir. Rien de plus naturel et de plus régulier que cette génération. Mais Hésiode, accoutumé à voir Texpression de ttovtvç employée pour signifier la mer, la développe poétiquement dans la brillante apposition de Tri^at^ç olS^^ii hZav^ sans se douter le moins dû monde que ses ornemens forment le contre-sens le plus complet*. Homère, dans l'Iliade, sans attacher aucun sens cosmogonique au mot ttoktt^ç, le

i Hermann an Creuzer, dritter Briefe , p. 18.

comprend mieux que tai et f emploie dans sa véritable signification ^

Hésiode pourtant est bien plus savant que le poète de rOdyssée. Celui-ci nomme les Harpies ; mais tout ce quii en sait^ cest que, divinités malfaisantes, elles ne craignent pas d'agir contre la volonté des autres dieux et de Jupiter lui-même ^ H parie aussi des Cyclopes; mais il en fait des géans, fils de Neptune, dieu plus moderne qu'eux. Hésiode, au contraire, connaît les Harpies^ sait leurs noms, sait de qui elles sont filles. II sait aussi que les Cydopes appartiennent à la plus ancienne race des dieux ; mais ce qu'ils exprimaient autrefois eux et leurs frères les Centimanes^ ce que signifiait cette double triade de dieux brillans et de dieux sombres et ténébreux^, plongés tour à tour dans le tartare ou par leur père ou par Tinexorable Cronus, leur frère, il ne s'en doute pas , pas plus qu il ne se doutait de ce que voulaient dire cet Érôs et ce Uovtoç^ dont cependant il retraçait la génération avec l'exactitude la plus parfaite.

1 H. €\ V. 145. — 2 Odyss. v\ y, 68 et suiv.

3 Ces deux triades expriment, je crois, Yété etThiver, le soleil et les ténèbres. Il y a quelque ressemblance entre ce mythe et le mythe Scandinave de Balder et d*Hother. Probablement même cette ressemblance n*est pas la seule. Locky et Momus sont deux personnages analogues , tons deux railleurs , tous deux nés du mauvais principe. m Dans les religions sacerdotales, dit M. B. Constant, vol. iv, le • mauvais principe a souvent été représenté par la gaîté. » Chez les Scandinaves, comme chez les Grecs, un dragon garde un trésor aux bornes du monde. Le serpent a dans toutes les mythologies quelque chose de mystérieux : il représente la science , source de tout mal

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