PREMIÈRE PARTIE. ai
Un des caractères principaux cTune époque déjà scientifique^ c'est l'explication étymologique des noms de choses ou de personnes. Les étymologies sont prodiguées dans la Théogonie. L'Odyssée nous en offrait déjà quelques exemples^; mais, toujours poétique, l'Odyssée porte souvent dans ce travail plus d'imagination que de science : ainsi , parmi les songes , les uns nous trompent {iM^AifùVTtu)yles autres s'accomplissent (xp^e/VotrOT); il ne Ëiut que ces deux mots à l'esprit poétique du peuple pour inventer sa fahie des portes d'ivoire (ixi^etç) et des portes de corne (^xifaç), à travers lesquelles volent vers les hommes les songes trompeurs et les songes véridiques^. Si l'on voulait examiner avec attention les fictions de l'Odyssée et des hymnes homériques, on reconnaîtrait que la plupart sont bâties sur un aussi faible fond, et que bien souvent un rocher brisé, une soiu'ce, un nom de ville ou de temple ^, sont toute la donnée des
comme de tout bien. £n grec , les deux noms du serpent signifient le voyant, celui qui sait, qui connaît: ^ùLtuoif ^ de Jij>K£di o^iç,
* Explication du nom i*0<kfffaiuç. Odyss. r\ v. 407.
2 Odyss. T^f y. 564. Les mots se trouvent rapprochés de manière à ne laisser aucun doute sur f intention du poète.
^ Dans la secondé partie de THymne à Apollon , le poète , pour expliquer le nom de Delphes donne an temple du dieu, imagine qu*ApoHon aborda en Grèce transforme en dauphin , et apporte sur un vaisseau crëtois. — Cette tendance des premiers Grecs qui les portait à crëer des fables sur de simples noms , les porta pins tard à fouer sur les mots ; Sophocle , et surtout Eschyie , nous en ofirent de nombreux exemples. •— Du reste , l'explication poétique des faits
âS DES ŒUVRES D'HÉSIODE.
plus merveilleuses fables : mais, chez le poète de la Théogonie^ Timagination qui crée et embellit ses créations fait place à la science , qui recherche sans autre but que de siristruire et d'instruire les autres. Les Titans soi^it ainsi nommés parce quils ont puni Uranus, leur père, et qu ils doivent être punis eux-mêmes de leurs attentats sur lui ( 77Û) 5 777*/ vû)) * ; les Cy dopes, parce qu'ils ont un œil en forme de cercle au milieu du front ^; Chrysaor, parce quil porte une épée d'or; Pégase enfin, parce qu'il est né du sang de Méduse auprès des sources de fOcéan {myÀç *C1)uolvo7oY. Hésiode n'invente pas une fable pour expliquer un fait; mais, s'il trouve un fait et une fable qui aient entre eux quelque rapport, il s'efforce . de les appliquer, tant bien que mai, l'un à iautre. Ainsi il raconte que, dans un sacrifice, Prométhée mit de côté pour lui la chair des victimes , trompa Jupiter en lui présentant les os recouverts d'une graisse épaisse , et que celui-ci, reconnaissant la ruse, entra dans une violente colère. « C'est depuis ce temps, ajoute- t-il, que la » race des hommes brûle les os des victimes sur les auwtels fumans^i). On voit que, dans ce travail, Fesprit
les plus simples et les plus naturels n'appartient pas seulement aux anciens Grecs : les Grecs modernes et les Serbes ne leur cèdent en rien de ce côté. On ne peut rien voir de plus poétique > par exemple , que toute fa fiction créée par ces derniers sur un ruisseau dont les eaux se sont blanchies en traversant un iit de marne. ( Cours de M. Fauriel, année 1831-1832.)
i Théog. V. 306-210. — 2 Ibid. v. 144-146. - 3 Ibtd. v. 282-283.
^ lètd.. V. 556-557.