ARTICLE PREMIER
Des Prophéties de r Ancien Testament en génëral.
I. La question que nous avons à examiner dans ce chapitre , est de savoir si les prophéties de l'ancienne loi prouvent que Jésus-Christ est l'envoyé de Dieu, et que sa religion est la véritable {6/i). Pour le démontrer, nous avons quatre choses à établir : la première , que les livres qui contiennent l'histoire et la religion du peuple juif, existaient avant le temps de la venue de Jésus- Christ; la seconde, que dans ces livres, il y a des prédictions qui annoncent im futur envoyé de Dieu et l'établissement d'une nouvelle religion ; la troisième , que toutes ces prédictions se sont exactement accomplies
dans Jésus -Christ et dans sa religion; la quatrième , que cet accomplissement n'a pu ni être naturellement prévu, ni cadrer avec la prédiction par hasard. La réunion de ces quatre choses forme , ainsi que nous l'avons montré , une preuve de la vérité de la prophétie , et une démonstration rigoureuse de la chose prophétisée.
Mais avant d'entrer dans le détail de ces diverses prophéties , nous avons quelques observations à faire.
II. Deux sortes d'adversaires se présentent ici devant nous , les juifs qui reconnaissent l'autorité de leurs prophéties, et les incrédules qui la rejettent. Notre tâche envers les uns et les autres est différente. Aux juifs , nous avons uniquement à prouver que les oracles de leurs prophètes sont relatifs au Messie , et ce sont littéralement accomplis en Jésus-Christ. Par rapport aux incrédules, notre travail doit être plus étendu. Noua avons à leur démontrer et ce que les juifs reconnaissent et ce qu'ils nient : d'abord l'autorité de la prophétie en elle-même, ce que nous avons fait dans le premier chapitre; ensuite la réalité des prophéties judaïques sur le Messie; et enfin l'impossibilité que l'accomplissement littéral de ces prédictions et la réunion entière, exacte, parfaite de
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toas les caractères donnés au Messie par les prophètes, dans la personne de Jésus-Christ , ait été , ou prévue dans des causes naturelles, ou efiectuée par le hasard.
III. Entre les prophéties de l'ancienne loi, il y en a qui , seules , ne forment pas une démonstration , mais qui , soit par leur réunion avec les autres , soit par les circonstances dont elles sont accompagnées, acquièrent une grande force. Tant qu'elles resteraient isolées , elles ne montreraient dans Jésus-* Christ qu'un seul des caractères marqués par les prephètes pour reconnaître le Messie , caractère qui peut lui être commun avec d'autres personnes. Mais , !<> rapprochées de toutes les autres , elles font voir qu'aucun de ces caractères n'a manqué à Jésus -Christ. Par exemple, si nous n'avions, pour établir sa missiou , d'autres pi^euves que les prophéties qui annonçassent la descendance du Messie de David , ou sa naissance à Bethléem, cette preuve n'aurait aucune force. Il est né dans le cours de la république judaïque beaucoup d'autres descendants de David, beaucoup d'autres enfantsà Bethléem. Mais quand nous joignons ces deux signes du Messie à tous les autres réalisés en Jésus- Christ , ils coucou^ rent à prouver qu'il les a tous réunis. 20 La Providence a voulu qu'à ces prophéties, qui ,
prises séparément, seraient trop générales pour former des démonstrations , fussent joints d'autres caractères qui les particuIa-> risent , et qui , ne pouvant être appliqués qu'à Jésus-Gfarist , montrent clairement que c'est lui qui est l'objet des prophéties : nous le Verrons lorsque nous en serons à l'examen de ces oracles sacrés.
Nous devons distinguer entre les prophéties , celles qui sont démonstratives de celles qui n'oDt pas le même degré de clarté et d'autorité. Nous mettons au premier rang toutes celles qui concernent évidemment le Messie et qu'on ne peut appliquer à d'autres sans faire violence au texte. Ce sont leis seules qui doivent être employées dans un ouvrage polémique , où il faut raisonner rigoureusement et ne rien avancer qui puisse être raisonnablement contesté. SJais ces prophéties peuvent être de deux espèces. Il y en a dont le Messie est l'unique objet. On en voit d'autres qui sont relatives à la fois au Messie et à un autre personnage. Cet autre personnage est Vobjet direct de la prophétie, mais elle présente en même temps des caractères qui , ne s'accomplissant pas en lui , se réalisent dans toute leur énergie en Jésus-Christ et montrent par là qu'il est l'objet indirect de la prédiction. Ces traits , ces circonstances
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de la prophétie , sont des prophéties particu* lières unies à la principale. Nous disons « considérant l'oracle sacré dans son entier, que l'autre personnage en est le premier but, mais que Jésus*Christ en est Le but principal (65). Mais nous ne ferons usage de ces sortes de prophéties à double sens , que lorsqu'aux traits relatifs au premier personnage qui est l'objet direct , se trouveront joints des traits qui ne conviennent et qui ne peuvent être appliqués qu'à Jésus-Christ (66). Tel est, pour en donner un exemple, le pseaume LXXI , dont le titre porte qu'il a été composé pour Salompn et qui parait eflectivément relatif à ce prince ; mais qui renferme des choses tellement magnifiques , qu'elles n'ont été, ni n'ont pu être réalisées en lui : comme quand il est dit qu'iZ dominera dune mer jusqu'à Vautre; que tous les rois l'adoreront,que tous les peuples lui obéiront; que toutes les nations lui seront bénies en lui et le gloryieront (67). Voyant ces mêmes expressions convenir parfaitement à Jésus-Christ et ces prédictions se réaliser en lui littéralement, nous disons, à la suite des saints Pères, que Salomon est l'objet direct de la prophétie ; mais qu'elle a un autre objet beaucoup plus étendu et indirect > lequel est Jésus-Christ descfsndant de Salomon et accomplissant
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e^aclement cet oracle (68). Nous sommes d'autant plus autorisés à Ten tendre ainsi et à faire usage de ce texte , que nous rapportons beaucoup d'autres prophéties dont le Messie est Tobjet direct et unique ; qui présentent dans lui les mêmes caractères ; et qui se réalisent en entier dans notre Sauveur.
Outre ces textes décisifs, nous en lisons dans les livides saints un très-grand nombre , que nous croyons de même fermement relatifs à Jésus-Christ , qui cependant ne peuvent pas former des démonstrations positives contre ceux qui refusent de le reconnaître. Ce sont d'abord tous les passages des prophètes qui annoncent des choses réalisées ea lui , mais qui peuvent être aussi appliquées à d'autres personnages. Ce sont ensuite toutes les figures de l'ancienne alliance, qui, comme autant de lignes, viennent de tous les points de l'histoire hébraïque aboutir à Jésus-Christ comme à leur centre. U faisait allusion à ces figures si multipliées de sa personne, loi*squ'il disait que, jusqu'à Jean-Baptiste, tous les prophètes et toute la loi avaient prophétisé (69). Son grand apôtre en plusieurs endroits déclare, que toute la loi avait pour but dé le figurer et de l'annoncer (70). Tous les Pères de l'Église , à la suite ces autorités sacrées , ont enseigné la même doctrine. Il se-
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îait beaucoup trop long de rapporter leurs passages (71). En effet, si Israël n^est pas, comme dit saint Augustin , une nation prophétique (72), son histoii'e ne présente rien de bien merveilleux. Tout cet amas de rits, de sacrifices , de cérémonies de loule espèce dont était chargée la religion judaïque , quand nous le considérons en lui-même , ne nous offre rien de bien auguste. Mais retournons nos regards sur Jésus-Christ r rapprochons de sa vie , dé sa passion , de son sacrifice, de son Eglise les principaux traits de la vie des personnages hébreux , les divers détails des rits et des sacrifices judaïques, le rapport parfait de Tun à l'autre objet devient vivement frappant. La loi ancienne, moyennant ce rapport admirable , se présente digne de sa divine origine : et tout ce qui nous avoit semblé superflu et sans but , prenant un nouveau caractère, est désormais à nos yeux rofcuvre de la plus profonde sagesse (73). Tous ces passages que nous voyons se rapporter à Jésus-Christ , quoiqu'on puisse aussi les appliquer à d'autres , toutes ces figures , par les€[ttelies on le voit représenté d'avance, sont souverainement utiles pour confirmer la foi des fidèles qui voient avec une grande consolation rAucien Testament venir de toutes ses parties s'unir et en quelque sorte s'în- T. I. 2.
corporer au nouveau , par Jésus-Christ objet de Tun et de l'autre. Nous pouvons aller plus loin et dire que Textrétne multiplicité de ces passages etde ces figures, la diversité des traits sous lesquels nous les voyons représenter Jésus-Christ, l'exacte justesse que nous admirons dans leurs rapports avec lui , forment plus qu'un préjugé , et donnent aux esprits non prévenus un motif de croyance très-légitime. Nous n'en ferons cependant pas usage dans un ouvrage où, ayant à ramener des esprits prévenus et à convaincre des esprits obstinés , nous ne voulons rien avancer qui ne soit démonstratif pour eux-mêmes. Nous nous bornerons à celles des prophéties , ( et elles sont encore en grand nombre ) qui for* ment des démonstrations rigoureuses. Mais nous invitons et les juifs et les incrédules à examiner et à méditer ces rapports si multipliés , si variés , si exacts , entre les principaux traits de l'ancienne loi et les circanstanees de la vie du divin fondateur de la loi nouvelle.
C'est une question agitée entre les docteurs chrétiens de savoir si l'on doit regarder comme des prédictions formelles du Messie, les passages de l'Ancien Testament qui sont cités dans le nouveau, soit par Jésus-Christ lui-même , soit par ses évangélistes et ses apô-
très. Qaelques-uns de nos écrivains ne veulent voir dans ces citations diverses que de simples allusions. D'autres prétendent que ce sont des preuves manifestes que les textes cités étaient des prophéties positives. Il nous semble qu'il est juste de distinguer entre ces citations celles qui sont apportées en preuve par Jésus-Christ ou par ses apôtres et dont ils font les bases de leurs raisonnements , de celles qui sont simplement proposées par forme de discours , et dont le divin Sauveur ou ses apôtres ne tirent point d'arguments directs. Celles de la seconde classe peuvent être regardées comme de simples allusions : et nous croyons ne devoir pas en faire un usa» ge plus élendu que celui que nous trouvons fait dans les livres saints. Quant aux citations du premier genre , c'est-à-dire celles qui ont pour objet de prouver que Jésus* Christ est le Messie promis à Israël , elles nous paraissent établir démonsti^ativeraent une chose qui n'est pas indifférente à notre question actuelle; c'est que les Juifs au temps de Jésus-Christ croyaient que les passages cités étaient relatif au Messie et formaient de véritables prophéties dé son avènement. Si on eut ragardé alors ces passages des prophètes comme ayant un autre sens , un autre objet , l'argument qu'en tiraient Jésus-Christ et ses
apôtres , eût été noo-seulement sans force , mais ridieule. Les Juifs à qui on Taurait proposé , auraient répondu avec vérité et de ma* nière à ne laisser lieu à aucune réplique : qu'importent , relativement à la question , les textes que vous citez ? Il s'agit de savoir si Jésus est le Messie ; et , pour le prouver » vous apportez des passages étrangers au Messie. Il nous est indifféreilt de Savoir si Jésus a fait telle chose , si telle autre lui est arrivée, puisque ce n'était ni le Messie qui devait faire l'une, ni au Messie que devait arriver l'autre. Au lieu de cela, nous voyons les auteurs sacrés supposer nettement que les textes qu'ils rapportent sont des prophéties du Messie; ils ne s'occupent pas même de prouver ce point. Ils le regardent commeconvenu entre eux et leurs adversaires. Ce sont sur tout les écrivains qui travaillaient plus particulièrement à convaincre les Juifs, St. Matthieu qui écrivait parmi eux et pour eux , et S. Paul , dans les épîtres où il dispute contre les hébreux , entr'autres dans celle qu'il leur adresse , qui emploient ces passages prophétiques et qui en forment leurs preuves. Auraient- ils osé*bâtir leurs démonstrations sur des fondements quf auraient été aussi promptement reconnus ruineux ? Auraientils eu la folle audace , en parlant aux Juifs,
de leur supposer cette croyance, si elle eût été fausse ?
ly. J^aî dit que l'opinion où étaient les Jai&, que les prophéties alléguées en preuve par Jésiis*Ghrist et ses ap6tres avaient rapport au Messie, n'est point indiflerenteà notre question. D'abord, nousl'opposons avec bien de l'avantage aux Juifs modernes , qui , pour se soustraire' aux conséquences évidentes résultantes d'un grand nombre de ces textes , les détournent à d'autres objets. En montrant la contradiction entre leur doctrine et celle de leurs pères beaucoup mieux instruits qu'eux du vrai sens des prophéties , nous faisons voir que c'est l'intérêt de parti qui leur a fait abandonner' l'ancienne tradition. En«suite vis-à-vis des incrédules mêmes, nous * nous servons utilement de cette opinion générale établie au temps de Jésus - Christ , qu'un grand nombre de prophéties judaïques étaient relatives au Messie. En effet , comme nous l'avons observé , le premier point à établir contre les incrédules , est qu'antérieurement à Jésus-Christ, les prédictions que nous lui appliquons étaient existantes et connues (74)* Ornons démontrons évidemment cette vérité , en disant : ces prédictions étaient citées par un parti , avouées par l'autre ; elles existaient doncr Cette confiance
d'un côté , cette reconnaissance de l'autre , seraient deux absurdités grossières , si les prophéties n'avaient pas été bien constantes et bien publiques.
Nous pourrions nous arrêter à cette première preuve de l'antériorité des prophéties judaïques à Jésus-Christ. Mais comme c'est ici un article important de la discussion actuelle, il n'est pas inutile d'en multiplier les démonstrations , afin de ne laisser aucun doute sur ce sujet, et de n'avoir plus à y revenir.
Les targum ou paraphrases des livres sain Is, que les Juifs actuels révèrent à l'égard du texte même , appliquent au Messie un grand nombre des prophéties dont nous autorisons. De ces paraphrases , il y en a deux sur les* quelles on doute si elles sont antérieures. ou postérieures de quelque temps à Jésus-Christ. Mais il n'y a pas de difficulté sur le targum de Jérusalem : tout le monde convient qu'il était écrit avant la venue du Sauveur ; les prophéties sur le Messie étaient donc connues avant lui.
Ou ces prédictions que nous alléguons existaient , ainsi que nous le soutenons, avant le temps de Jésus-Christ, ou elles ont été fabriquées , soit par lui , soit par les chrétiens. Mais elles sont consignées dans les livres ap-
pai'tenants primitivement aux Juifs, ennemis acharnés de Jésus-Christ et du christianisme, écrits dans leur langue , conservés et transmis par eux : c^est des Juifs que nous les tenons. Le témoin le plus certain , le moms suspect , le moins récusable d'un fait quelconque, est celui qui aurait intérêt à le contester. Nous opposons donc avec une force irrésistible le témoignage des Jui& nos adversaires sur l'antiquité des prophéties, à tous ceux de nos autres adversaires qui entreprendraient de la révoquer en doute. Prétendrait-on que la fraude a été faite de concert avec les Juifs , qui se sont accordés avec nous , pour nous donner contre eux-mêmes ces armes victorieuses ? Soutiendrait-on que la falsification a été faite à Tinsu des Juifs, ou malgré eux , et qu'ils se sont rendus aveugles pour ne pas la voir , ou muets pour ne pas la révéler? Il est nécessaire de choisir entre ces suppositions ; et difficile de décider laquelle est la plus ridicule. Us raisonnaient de même que nous nos pères dans la foi , les premiers défenseurs de la religion ; spécialement S. Justin (74)9 Sr Jean Chrisostôme {75), Théodoret (76), et surtout S. Augustin dans un grand nombre d'endroits (77)* Ils opposaient, sur la réalité des prophéties , avec une force victorieuse, aux païens,; qui
étaient les incrédules de leur tepips , le témoignage des Juifs également incrédules au christianisme. Par l'autorité des prophéties , ils confondaient les uns et les autres : les Juifs , parce qu'ils y croyaient ; les païens j parce qu'ils ne pouvaient pas les contester. Mais il y a plus encore. Ce ne sont pas seulement les Juifs , ce sont aussi les païens qui nous sont garants de l'antériorité des prophéties au temps de Jésus-Christ. Tous les livres où elle^ sont consignées avaient été traduits en grec plusieurs siècles auparavant (78). Et lorsque Jésus-Christ parut, ils étaient répandus, non-seulement parmi les Juifs, mais parmi les nations , non-seulement dans leur langue originale , mais dans la langue la plus connue , la plus usitée , la plus cultivée par tous les hommes instruits de tous les pays. Les livres prophétiques étaient traduits ; ils existaient donc ? Pour les supposer , ou pour les altérer et y insérer les prophéties que nous invoquons , il aurait fallu fabriquer ou corrompre à la fois et le texte hébreu et la version des Septante ; il aurait fallu avoir pour complices et t<ms les Juifs dispersés , et tous les gentils possédants des exemplaires ; il aurait fallu que cette multitude immense d'hommes si éloigner les uns des autres , eussent part au complot et gar-
dassent le secret avec une fidélité si exacte , qu'il n^en fût pas resté le moindre soupçon.
De tout cela , il reste démontré aussi complètement, ce me semble, qu'aucun point d'histoire puisse Tétre, que les prophéties sur lesquelles nous fondons la preuve de la mission et de la religion de Jésus - Christ , existaient long-temps avant lui. Ce premier point établi , il nous reste à prouver les deux autres ; savoir , d'abord que ces prophéties se sont exactement accomplies en lui; et ensuite que cet accomplissement n'a pu être ni prévu par les lumières naturelles , ni efleetué par hasard : c'est ce que nous ferons voir sur chacune de ces prophéties , lorsque nous les discuterons en détail.
y. ce Quand un seul homme y dit Pascal , « aurait fait un livre des prédictions de Jé- « sus-Christ, pour le temps et pour la mate nière, et que Jésus-Christ serait venu oon- « formément à ces prophéties , ce serait une (c force infinie; mais il y a bien plus ici. C'est « une suite d'hommes durant quatre mille « ans , qui , constamment et sans variation , « viennent l'un ensuite de l'autre prédire ce « même avènement. C'est un peuple touten- « tier qui l'annonce et qui subsiste pendant « quatre mille années , pour rendre en cotpê « un témoignage des assurances qu'ils en ont, T. I. 3
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r< et dont ils ne peuvent être dëtoornés par « quelques menaces et quelque persécution «c qu'on leur fasse. Ceci est tout autrement •c considérable (80) »• En effet, si on veut sWréter un moment à considérer l'ensemble des prophéties judaïques , on ne peut s'em^ pêcher d'être frappé du tableau qu'elles présentent. On voit bien ( et j'ai déjà eu occasion d'indiquer cette réflexion ) , on voit bien dans les écrits des païens quelques oracles isolés les uns des autres et comme jetés au hasard dans le cours des siècles , dont l'authenticité etl'accomplissement sontplus que s\}spects. Mais, c(S qu'on ne voit dans aucun autre peuple,daiisaticune autre religion, c'est un corps entier de prédictions, dont l'antiquité bien avérée remotite beaucoup au-delà de tous les écrits connus (81). C'est une chaîne d'oracles dont le premier anneau est attaché à la création du monde, et qui se prolongeant ^e là dans toute l'étendue des siècles , em«brasse et unit entre eux les anciens et les nouveaux (ôa). C*est une continuité de prophéties , qui précèdent l'origine de la nation , et qui, se liant ensuite à toute son histoire, la suivent dans son progrès , dans ses succès , dans ses revers, dans ses diverses révolutions et jusques dans sa destruction. C'est une unité dé vues, de principes, de doctrine.
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entre des hommes, qai, semés de loin en loin dans un intervalle de quatre mille ans , d'Adam à Jean-Baptiste , se concertent avec une justesse parfaite , pour^préclier les mêmes vérités saintes (83) , pour annoncer le même événement , en faire nattre Tattente , en soutenir Tespérance (84). C'est un ordre entier de religion fondé sur ses prophètes, sur ce qu'ils prescrivent ou interdisent, sur ce qu'ils rapportent ou promettent , sur ce qu'ils révèlent ou figurent. C'est la législation ci* vile et religieuse , dogmatique, morale, cérémonielle , 1 iée par les prophéties , et par leur moyen ne faisant qu'un seul corps. C'est la destinée temporelle et spirituelle de la na* tion mêlée continuellement et commç incorporée aux prophéties. C'est toute la vie des patriarches, toutela conduite des Juifs, toute l'administration de leur république , constamment dirigées et réglées par les prophéties: elles sont, dans l'économie hébraïque, le motif de tout, le lien de tout , l'explieation de tout.
YI. Nous avons remarqué qu'il y a deux sortes de caractères pour discerner les prophéties : les uns négatifs, qui font connaître les fausses prophéties ; les autres positifs , auxquels on reconnaît les véritables. Commençons par montrer que l'on ne peut pas
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atlaquw nos prophéties eu leur appliquant les caractères négatifs : nous en ayons recou* nu trois.
En premier lieu , on ne doit pas mettre au rang des yraies prophéties les prédictions qui , de Tàyeu de ceux qui les produisent, ne sont pas faites de la part de Dieu. Mais tons les prophètes juifs s'annoncent comme les hérauts du Tout-Puissant (84). Plusieurs d'entre eux rapportent la mission que Dieu leur a donnée, et la manière dont ils Font re^ jçne (85). Beaucoup d'antres commencent leur ministère par déclarer que oe qu'ils vont dire est la parolje du Seigneur pid)liée par leuc organe (SS)* Ti^us affectent de répéter trèsfréqufemflfteni cette formule : J^oici ce que ditleStigneur. On ne peut donc pas d'abord o[^6er à leur autori4;é cette pi*emière difficulté»
En second lieu , la fausseté reconnue de la doctrine en faveur de laquelle est faite une prédiction , est une preuve certaine que la prédiction ne vient pas de Dieu. Or on ne voit dans les écrits des prophètes rien de contraire à ce que nous enseigne, je ne dis pas ici la i^évélation , puisque nos adversaires ne la croient pas , mais la raison et cette loi naturelle' qu'on se vante de suivre. Les incrédule», avec toutes leurs rediercheai^
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H^ont jamais pu trouver dans la doctrine et dans la morale des prophètes , rien qui con-tredtt ce qne nous découvrent les lumières naturelles, sur Dieu, sur l'homme, sur les rapports entre l'homme et Dieu.
En troisième lieu, nous avons vu que si la sainteté personnelle du prophète ne peut pas être une note positive de la vérité de sa mis» sion, ses vices doivent être regardés comme une note négative ; et qu'on est très-fondé à croire que l'homme vicieux n'est pas l'organe de là Divinité. Mais que peut-on trou-* ver dans les prophètes de l'ancienne loi qui inspire contre l«ur vertu le plus léger soupçon ? Nous les voyons constamment être les hommes les plus en réputation de piété de toute leur nation. Nous voyons leur conduite correspondre dans tous les points avec lamorale exacte qu'ils prêchent. Nous voyons leur vie, non-seulement religieuse, mais retirée et austère. Nous les voyons souffrir la persécution , les mauvais traitements , la prison , quelques-uns même la mort, pour soutenir les vérités qu'ils annoncent. Si on veut les accuserd'hypocrisie, qu'on nous dise quel intérêt ils y ont ? Si ce ne sont pas des hommes vertueux , à quels caractères reconnaîtrons-nous la vertu (87)?
On ne peut donc pas reprocher aux pvo-
pliètes de Fancienne loi les notes négatives , les titres de réprobation qui font reconnaître la fausseté d'une prophétie. Il s'agit ensuite de prouver que leurs prédictions sont revêtues des caractères positifs qui distinguent les vraies prophéties et spécialement le plus frappant à nos yeux , qui est l'accomplissement.
' Sur cet accomplissement des prophéties en Jésus-Christ, je dois faire encore une observation. Il 7 a des prophéties de diverses es^ pèces ; les unes prédisent des faits publics , les autres annoncent des dogmes religieux. L'histoire nous apprend l'accomplissement des. premières : c'est la ibi qui nous révèle l'accomplissement des secondes. Je lis dans Daniel la prédiction de quatre grands empires; et je trouve dans les historiens la preuve qu'elles s'est effectuée. Mais quand Isaïe dit que le Messie nattra d'une vierge, quand Jérémie annonce que cet envoyé ce- i leste sera Jehoi^a o\l véritablement Dieu , je chercherais en vain dans les histoires l'accomplissement de ces oracles. Je ne puis le trouver que dans la dactrine de notre religion. Il résulte de là que, pour convaincre les Juifs et les incrédules qui rejettent notre doctrine , les prophéties du premier genre ont une force que n'ont pas celles du se-
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cond. S'eii8uit-il de là que noas devions sup* primer celles-ci et ne point les employer ? Je ne crois pas cette conséquence juste: et je déclare que j'en ferai usage pour deux rai-^ sons. La première est, que si les incrédules ne les trouvent pas démonstratives , les fidèles qui contemplent les dogmes qu'ils professent , prédits dans l'ancienne loi , comme ils sont enseignés dans la nouvelle , y trouvent un affermissement de leur foi. La seconde est , que même vis-à-vis des ennemis de la religion , le rapport de ces prédictions à nos dogmes n'est pas indifférent. Si la foi cbré tienne ne nous montrait pas dans Jésus- Christ les caractères dogmatiques prédits sur le Messie , ils en argumenteraient avec force contre nous. Ils nous diraient , par exemple, le Messie devait , selon les prophètes , naître d'une vierge et être Dieu. Vous convenez que Jésus-Christ est un pur homme, né comme les autres hommes; vous êtes donc forcé de reconnaître qu'il n'est pas le Messie : mais notre doctinne prévient cette objection . Nous disons à nos adversaires : tout ce que les prophètes ont prédit sur le Messie de caractères publics, des histoires bien certaines nous le le montrent effectué dans Jésus -Christ; et nous vous opposons ce concert avec toute autorité. Ce que les prophètes annoncent de
purement dogmatique sur le Messie , notre foi nous le révèle ; et vous ne pouvez nous objecter qu'ils manquent à Jésus - Christ. Nous nous servons du premier genre de prophéties pour prouver qu'il est le Messie , vous ne pouvez pas conclure du second genre qu'il ne l'est point.
Avant de passer à l'examen détaillé de ces prophéties , il est bon de parcourir diverses objections que proposent les incrédules pour se soustraire à leur autorité.
Vn. a Quelle force , disent-^ils , peuvent « avoir de prétendues prophéties dont on est «c sans cesse obligé de détourner les expresfc sions de leur sens naturel ? Ce sont des al* ce légories continuelles , dont l'interpréta- « tion dépend de l'imagination de celui qui a allégorise. Ces interprétations métaphori- •r ques , mystiques , typiques , sont presque «c toujours éloignées du sens littéral , pour tt présenter un sens spirituel. On intervertit €c le contexte de l'Écriture , en détachant des <c membres de phrases de ce qui précède et «c de ce qui suit ; et on en fait des centons. « Le savant Grotius a remarqué qu'en metce tant ces passages à leurs places et en les rap- «c prochant de ce qui les explique , on voit « qu'ils ont un tout autre objet. Souvent ces ce prédictions sont exprimées en paraboles ou
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(c énigmes. D'auires fois ce ne sont pas des « paroles , ce sont des actions dont on veut u faire des prophéties. Avec de pareilles ex* « plications, on trouvera dans tout discours K tout ce que Ton voudra. Que l'on argu-- « mente de ces textes de rAncien Testament « contre les Juifs qui y voient, de même que fi les chrétiens , le Messie , à la bonne heure : « mais on ne peut en tirer aucun argument « contre les adversaires de Tune et de Tautre ic religion. »
Cette objection embrasse, réunit et confond plusieurs choses qu il est nécessaire de distinguer , pour éclaircir la matière et donner à chaque partie une réponse satisfaisante. Considérons donc successivement qua*» tre che£s de l'objection, qui iorment autant d'objections particulières, i o Les prophéties par actions ; 20 les prophéties par paraboles ; 30 les prophéties qu'on nous impute de se* parer des antécédents et des conséquents , pour leur donner un faux sens ; 4^ les interprétations allégoriques, métaphoriques, mystiques, qu'on nous reproche de donner aux prophéties.
VllI. lO Les prophéties par actions, ne sont autres choses que les types ou figures dont nous avons déclaré que nous renoncions à faire usage. Nous en trouvons dans
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les prophètes nn grand nombre d'exemples (88). Les saints Pères en argumentaient avec une grande vérité contre les Juifc qui reconnaissaient l'autorité de ces sortes de prophéties. Mais ces analogies étaient de la part des incrédules sujettes à contestation : il n'en sera pas question dans cette discussion.
IX. 20 U en est dé même des paraboles : c'étaient des allusions , des allégories très en usage parmi les orientaux , spécialement par* mi les Juifs. Nous lisons dans les livres dçs proverbes et de l'ecclésiastique , qu'un des caractères de la sagesse est d'étudier et de connaître le sens des paraboles (89). Les pro* phètes en faisaient un usage fréquent : et il suffit d'ouvrir leurs livres pour s'en convaincre. Il est donc encore naturel que les saints Pères aient opposé aux Juifs celles de ces paraboles dont l'analogie avec la vie de Jésus- Christ est claire. U se peut au reste que parmi les défenseurs de la religion , il s'en soit trouvé quelques -tins qui aient recherché avec un soin trop minutieux toutes les allusions qui peuvent avoir un rapport plus ou moins clair avec la personne et les actions de Jésus^Ghrist, et qu'ils leur aient attribué trop d'autorité contre leurs adversaires. Quant à nous , ce n'est pas non plus de ces analogies, quelque solides qu'elles puissent
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être que nous référons ici , nous bornant à ce qui est absolument démonstratif contre les divers genres d'ennemis de notre religion.
X. 30 II serait certainement contraire à la raison de détacher des membres de phrases de leurs antécédents et de leurs conséquents, avec lesquels ils forment un discours suivi et dont ils sont la continuité , pour en former des prophéties ; mais nous sommes bien éloignés de raisonner ainsi. Il faut considérer que les prophètes n'observent pas toujours Tordre dans leurs écrits. Ils passent rapidement d'un objet à Tautre , de la Ggure à la réalité, d'un personnage à un autre. Nous avons un grand nombre d'exemples de cette confusion : elle tient au génie poétique dont étaient animes les prophètes et aux mouve* ments de l'Esprit divin qui les. inspirait. Dans les poètes profanes on voit souvent ce désordre apparent. Pindare entr'autres et tous les poètes lyriques en présentent beaucoup d'exemples. D'après cela , il ne doit pas paraître étonnant que nous fassions usage , non de membres de phrases dont nous coupons la continuité, mais de phrases entières qui se trouvent comme Isolées au milieu du discours prophétique , et qui n'ont point de connexion avec celles qui précèdent et celles qui suivent : c'est donc à tort que l'on pré-
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tend confondre ces citations avec les centous. Les centons sont des phrases ou des membres de phrases que Ton détache des oa« vrages où ils sont inséi*és et que Ton unit à d'autres phrases ou membres de phrases tirés d'autres écrits. Les uns et les autres avaient dans les ouvrages primitifs une liaison avec ce qui précédait et ce qui suivait, et faisaient partie chacun de leur côté de discours sui* vis. Moyennant la séparation et la nouvelle liaison , on leur ôte le sens qu'ils avaient , et on leur en donne un autre, quelquefois tout contraire ; il en est tout autrement de nos citations. C'est dans les écrits mêmes des prophètes que les phrases dont nous argu^ mentons ont un sens entier , absolu , indépendant des phrases-concomitantes ; elles en sont par elles-mêmes toutes détachées ; elles ont un objet différent : l'erreur et le défaut de raisonnement seraient de leur prêter une relation qui n'est point dans la réalité.
XI. On nous objecte l'opinion particulière de Grotius. Il est possible que parmi les au<P teurs chrétiens il s'en soit trouvé qui aient abusé de quelques expressions de l'Écriture; et qui, dans des passages étrangers au Messie, aient vu des rapports avec lui douteux ou même faux : nous n'avons pas intérêt à les défendre. Le système de Grotius est que, dans
SUR LES PROPHÉTIES. 6l
leur sens primitif et immédiat, presque toutes les prophéties ont pour objet la république judaïque. Mais cette assertion est corn* battue avec des raisons victorieuses par le commun des docteurs chrétiens. Ce savant homme est parti d'un principe vrai , savoir que dans l'interprétation des livres prophé* tiques on doit suivre les mêmes r^les par lesquelles on explique les auteurs profanes^ et qur'il faut avoir égard au génie et au dessein des prophètes. Mais il a fait de ce principe' une fausse application. De ce que les prophéties étaient faites pour des Juifs fort occupés des choses de la république , il a coo^ a d'abord que Tobjet principal des prophéties devait être les affaires de la république et ultérieurement , que c'est de ces â'ffaîres que leurs discours doivent être directement et principalement entendus. Mais il n'a pas assez considéré deux choses : la pre^ micre, que si les Juifs étaient (oPtement occupés de ce qui concernait leur état politique j ils rétftient aussi beaucoup de l'attente de leur Messie ; lequel même , dans leur prin* cipe, se liait intimement à la prospérité de leur état : la seconde , que si les prophètes étaient envoyés aux Juifs, ils étaient envoyés et inspirés par Dieu ; qu'ils n'étaienjt que ses organes; que c'était véritablement
6 à DISSBBTATION
Dieu qui parlait par leur bouche ; que c'est par conséquent le but que Dieu avait en vue qu-il faut considérer dans les prophéties. Or dans lès vues divines, et Grotius en convient , toute Téconomie mosaïque était re* lative au Messie. C'est donc principalement au Messie , d'après le principe même de 6ro* tins , que les prophéties de FAncien Testament doivent se rapporter. Il y avait des prophéties, et nous le reconnaissons, qui avàiept pour but unique les affaires temporelles de la nation. Il y en avait d'autres qui, ayant pour objet premier et plus direct, les choses du gouvernement judaïque , avaient un autre objet moins direct et relatif au Messie et à sa religion. Il y en avait enGn dont le but unique était le Messie et la loi qu'il devait apporter : c'est ce que uous verrous dans le chapitre suivant, en examinant le détail de ces prophéties.
Xn. 4<^ On nous reproche d'entendre toutes nos prophéties dans ua sens métaphorique ^ allégorique , mystique , et de les détourner de leur sens naturel et littéral , pour lea appliquer à Jésus-Christ.
D^abord je nie l'assertion, et je dis, que parmi les prophéties que nous alléguons , il y en a beaucoup qui ne sont ni métaphori«> ques, ni mystiques r et que uous entendons
SUR IA$ PBOPHéTIES. 63
dans leur sens le plus littéral (go), El même sur plusieurs de ces prédictions , c'est nous qui défendons le sens simple et litt^al , contre les Jui& qui veulent les détourner à un sens métaphorique ; Texamen que nous ferons de ces prophéties , le démontrera clairement*
Mnis comme il est vrai qu'il j a quelques prophéties que nous donnons en preuves, quoi qu'en les prenant dans un sens métafphorique ou mystique , il est nécessaire d'expliquer nettement ce que nous entendons par ce sens , et dans quels eas nous en ferons usage.
Nous distinguons dans les prophéties trois sens dont elles sont susceptibles: le littéral, 1^ métaphorique et le mystique. Le sens littéral est celui dont les expressions se présentent à l'esprit premièrement, immédiatement « dans leur signification ordinaire et naturelle. Telle est la prédiction de Joseph à Pharaon , qu'il viendra sept années d'abondance ^ qui seront suivies de sept années de stérilité. Le sens métaphorique est celui qu'expriment les paroles transportées à une signification autre que la naturelle. Quand Jacob prédit que Juda sera un lion couché sur sa proie , que Benjamin sera un loup ravissant , il est évident qu'il parle métaphoriijuement. Le senr
64 DISSBBTATIOH
mystique est celui que le texte présente à Tesprit , non pas immédiatement et directe?* ment, mais médiatement et indirectement et à Faide de cboses signifiées et figurées par le sens littéral. Nous avons déjà eu occasioii d'en parler : et nous en avons donné un exemple dans le psaume Lxxi , lequel est primitivement et directement relatif à Salomon ; mais dans lequel il y a des choses qui ne pouvant pas s'effectuer dans ceprince^ sont relatives à un autre personnage , dont Sale* mon est la figure. La différence principale entre Ve sens métaphorique et le sens mystique , est que celui-cr suppose un sens littéral qu'exclut celui-là. Dans le sens mystique, le prophète a en vue deux objets exprimés , l'un littéralement, l'autre fignrativement. Dans le sens métaphorique, le prophète n'a en vue que sa métaphore, il n'a eu nullement dessein d'énoncer ce que signifient proprement ses paroles. David , au psaume LXXI, voit d^abordprès de lui Salomon , et ensuite au-delà un autre personnage plus puissant; mais Jacob ne voit pas réellement dans Juda un lion'et dans Benjamin un loup* Il est certain et unîverèellement reconnu, que la manière de parler par métaphores un par allégories, qui sont des métaphores coutinuées , était très-commune parmi lès orien-
SUR LES PHOPHÊTIES. 65
taux ; cl que spécialement les propliètes en faisaient un très > fréquent usage. Quelquefois fis avertissaient eux-mêmes qu'ils parlaient en style figuré. Ainsi Isaïe, au cbapitre cinquième , après avoir décrit une vigne, qui , bien que cultivée avec soin , n'a produit que des fruits sauvages, déclare que cette vigne est le peuple d'Israël , qui n'a répondu aux bienfaits de son Dieu que par des offenses. D'autres fois les prophètes n'expliquent point leurs figures ; mais alors elles s'expliquent d'elles-mêmes. Nous voyons le même Isaïe, au chapitre onzième, décrivant la prospérité du temps où viendra le rejeton de Jessé, dire que le loup habitera avec l'agneau , le léopard avec le chevreau etc. Il est évident que dans ces passages le sens réel , le sens qu'a eu en vue le prophète , n'est pas le sens littéral , le sens qu'offre la signification grammaticale des termes. On se tromperait en les entendant ainsi : et on est obligé par la force même du sens de les expliquer allégoriment. Les docteurs de la loi euxT-mêmes, avant la venue de Jésus-Christ, entendaient dans le sens métaphorique beaucoup de leurs prophéties , spécialement de celles que nous entendons ainsi. Comment donc nos adver^ saires peuvent-ils trouver mauvais que nous fassions usage des passages prophétiques qui T, I. 3.
ne peuvent avoir d'autre sens réel que le sens
métaphorique.
Car , nous le déclarons positivement ( et ceci répond, à ce qu'il nous semble, d'une manière satisfaisante à la difficulté), nous n'emploierons la preuve tirée des prophéties métaphoriques que lorsqu'un texte réunira quatre conditions : la première , que dans sa signification littérale il n'ait pas un sens raisonnable ; la seconde , que sa signification métaphorique présente un sens très-clair; la troisième , qu'il s'applique avec justesse au Messie ; la quatrième , que selon cette expli« cation , il setrouve pleinement réalisé en Jésus-Christ. Il paraît évident qu'une prédiction qui réunira ces quatre caractères , doit être regardée comme Une prophétie de la di* vine mission de Jésus-Christ.
Il en est de même des prophéties mystiques. J'ai déjà expliqué que je ne compte en faire usage que dans le cas où il s'y trouverait des passages qui ne pouvant pas s'appliquer au personnage objet direct de la prédiction , trouveraient une juste application à Jésus-Christ. On ne peut trouver mauvais, ni que nous ne rapportions pas ces passages à celui avec qui ils n'ont aucune relation , ni que nous les rapportions à celui à qui ils conviennent parfaitement.
XIII* « Quoique ces notions et ces prin- K cipes soient de toute clarté et de toute jusce tice , elles ne sont pas à l'abri des critiques « des incrédules. Ils attaquent et les prophète ties métaphoriques et les prophéties mysa tiques. Sur les premières, ils prétendent or que ies Apôtres et les Pères ont tourné en « métaphores toutes les prophéties et ont fait « de leurs allégories le fondement de ItK reli- « gion : ils les comparent aux païens, qui a recouraient aux allusions pour expliquer « toute leur idolâtrie. Sur les secondes , ils « disent qu'un homme qui donne deux sens « à ses paroles , cherche è^ tromper ; et que « tels étaient. les oracles des païens, qui , par a leur double signification , induisaient en a erreur ceux qui avaient la simplicité d'y a croire. »
De ces deux diiEcultés, la première porte sur une assertion fausse ; la seconde , sur une équivoque d'expressions.
XIY. Je dis donc d'abord, qu'il est faux que les Apôtres et les Pères aient tourné en allégories tontes les prophéties. Disputant contre les Juifs ou les païens , ils prennent dans le sei|s le plus strict et le plus littéral celles des prophéties , qui sont exprimées en termes -èî^ples et clairs : nous aurons occasion de le montrer , par la citation même de
leurs passages. Les païens étaient forcés de recourir aux allégories, pour expliquer, nonseulement leurs oracles , mais les faits mêmes de leur religion, et pour justifier leurs divinités des obscénités et des crimes dont la mythologie les chargent. Les faits de l'histoire judaïque sont réels et n'ont pas besoin d'explication si, d'après les Apôtres, les Pères y ont vu des figures de Jésus-Christ ; ils ont ajouté le sens figuratif au sens littéral , ils ne* Font pas substitué. J'ai eu occasion de prouver ailleurs que c'est injustement qu'on leur impute d'avoir fait des allégories le fondement de la religion (91). •
XY. Je dis ensuite qu'il faut distinguer les diverses manières dont une proposition peut avoir deux sens. Elle est répréhensible, quand elle présente deux sens , dont l'un est vrai et l'autre faux ; parce qu'elle tend à tromper , en induisant à croire le sens faux, sous l'apparence du sens vrai qu'elle montre. Tels étaient les oracles cités dans le paganisme , que Cicéron mpporte d'après Hérodote et Ënnius ^ quoiqu'il ne les croie pas authentiques. Ils avaient été faits l'un à Crésus, l'autre à Pyrrhus; et ils paraissaient promettre des victoires ; mais ils étaient énoncés de manière à pouvoir également annoncer des défaites (9 a). Le double sens de ces oracles
SUR liES PROPHÉTIES. 69
était une ambiguïté concertée de manière à exprimer les deux contraires ; à faire croire le oui et le non , tellement que , quelqu'événement qui arriv&t , la véracité du prédiseur fût en sûreté et sa personne exempte de reproche. Mais il en est tout autrement du double sens de nos prophéties mystiques. Ce ne sont pas deux sens opposés : ce sont deux sens subordonnés Vun à l'autre. Ce ne sont pas deux sens dont Tun soit vrai et Fautré faux : ce sont deux sens également vrais ; il n'y a ni équivoque ni ambiguité. En quoi donc pourrait consister la tromperie ? Dans quelle erreur engage cette prophétie ? Que i'on s'en tienne au sens littéral; qu'on voie uniquement le sens figuré ; qu'on les reçoive tous les deux ; dans toutes ces hypothèses , on trouve toujours la vérité.
XVI. « Quand Dieu , disent encore les incc crédules , daigne manifester aux hommes te des vérités importantes à leur bonheur , ce cf doit être avec une clarté telle qu'ils ne (c puissent les méconnaître. S'il avait dicté te des prophéties , elles auraient dû avoir un « caractère de clarté qui les distinguât de « toutes les autres manières de deviner l'ace venir. Parmi les païens eux-mêmes , ceux n qui étaient raisonnables, rejetaient leurs « prétendus oracles , sur le fondement de leur
70 DlISSERTATION
ce. obscurité. Si Dieu, disait GicéroU, veut que « nous connaissions les choses futures, il doit «c nous les déclarer ouvertement. S'il veut « que nous les ignorions , il ne doit pas nous « les annoncer, même obscurément (93). Les " prophéties qu'on nous rapporte de l'Ancien ce Testament, sont d'une obscurité à laquelle ce on ne comprend rien. Ce sont des énigmes, «V dont chacun donne le mot à sa guise : les ce chrétiens les expliquent d'une façon; les c< Juifs de l'autre. Ce n'est pas tout encore : «c les docteurs chrétiens sont entre eux dans ce de continuelles disputes sur cette interpre^ «c tation : et les rabbins hébraïques ne sont ce pas plus d'accord dans leurs explications ; ce quelle lumière peut-on. faire sortir de ces ce épaisses ténèbrea? n
XYII. Les incrédules qui nous opposent le peu d'accord entre les divers interprètes des prophéties , devraient du moins ne pas se contredire les uns les autres dans les difficultés qu'ils nous opposent. Ici c'est l'obscurité que le plus grand nombre d'entr'eux^ reproche à nos prophéties , tandis que d'autres , soit anciens, soit modernes, les rejettent précisément à cause de leur trop grande clarté. Parmi les anciens , Porphyre trouvait les prophéties de Daniel tellement claires, qu'il prétendait qu'elles avaient été compo-
sées depuis le règne d'Antiochus Epiphanes , â qui , selon lui , elles étaient relatives (94)* Parmi les modernes, il y en a qui disent que bien des personnes éclairées , soit parmi les croyants Y soit parmi les incrédules, ont regardé la trop grande clarté dans les prophéties , comme des preuves évidentes qu'elles avaient été faites après coup ; qu'on peut accorder aux auteurs de plusieurs de nos prophéties , non le titre de prophètes , mais celui d'historiens. Ainsi se fondent leurs objections sur les principes contradictoires. Les prophéties sont-elles claires? ils prononcent qu'elles ont été faites après coup i renferment-elles quelqu'obscurité ? ils décident qu'elles sont indignes de Dieu.
Cette difficulté que tirent quelques incrédules de la clarté de plusieurs de nos prophéties , suffirait pour prouver la fausseté de l'assertion des autres , que toutes les prophéties sont obscures ; mais elle sera prouvée plus clairement encore par l'examen que nous en ferons. Nous établirons positivement qu'il y en a dont la clarté est au-dessus de toute contradiction. Car il ne faut pas croire qu'une proposition devienne obscure parce que quelr ques personnes intéressées auront cherchéà répandre des doutes sur son véritable sens. Une proposition est claire, quand on ne peut
faire sur sa signiGcation que de vaines difficultés. Si toute objection rendait une phrase obscure, qu'y aurait-il de clair dans le langage humain ?
XVIII. Il est vrai que, parmi les prophéties de l'ancienne loi , il y en a qui n'avaient pas pour les Juifs qui les entendaient, une entière clarté et dont le but n'a pu être entièrement connu, que lorsque les événements qu'elles annonçaient étant arrivés les ont éclaircies. C'est pour cela que l'apôtre St. Pierre compare le discours prophétique à un flambeau qui donne quelque lumière dans un lieu obscur , jusqu'à ce que le jour venant à luire , dissipe toutes les ténèbres (95). Nous voyons aussi dans Daniel les paroles d'une prophétie clause et scellée, jusqu'au temps prédéterminé (96). L'objet de certaines prophéties est, comme nous l'apprenons de Jésus -Christ , de donner la foi par leur accomplissement (97) ; il suffit donc que l'événement les éclaircisse , et il n'est pas nécessaire que le véritable sens soit pleinement connu avant ce temps.
XIX. Nous devons convenir de plus , que même pour nous et depuis les événements qui nous rendent les prédictions de l'Ancien Testament plus sensibles et mieux déterminées, il reste encore dans plusieurs de ces
prédictions et jusque dans celles qui sont au fond les plus claires , quelques difficultés à expliquer sur des expressions incidentes qui embarrassent les interprètes et qui les partagent. Mais ces légères obscurités et ces différences d'opinion sur des points non essentiels , ne sont pas capables d'affaiblir la cer« titude et l'autorité divine des prophéties (98). Nous pouvons même regarder ce mélange de clarté et d'obscurité dans les oracles divins , cooune un des traits de la sagesse suprême qui les a dictés. Assez claires pour persuader l'esprit droit et de bonne foi , elles renferment assez d'obscurité pour n'être pas aperçues des esprits obstinés qui n'y cberchent que des difficultés, et qui sont punis de leur baine pour la vérité par les prétextes de leurs erreurs. Pour juger combien peu im* portantes sont toutes ces obscurités , il suffit de considérer quelles en sont les causes, relativement, soit au peuple juif, soit à nous. Une des pi*incipales raisons de notre difficulté à entendre parfaitement toutes les prophéties , est l'ignorance où nous sommes des usages du pays où elles ont été rendues, et surtout de la langue dans laquelle elles sont écrites (99). Aussi verrons nous que presque toutes les diflerenoes d'opinions sur leur interprétation , consistent dans les diverses si- T. I. 4
unifications que ]'on donne aux expressions
hébraïques.
Une autre raison rendait plusieurs prophéties obscures au peuple juif, ayant qu'elles fussent accomplies. C'étaient les choses mêmes qu'elles annonçaient, lesquelles pai'aissalent quelquefois incroyables en elles-mêmes , d'autres fois impossibles à concilier entr£ elles. Par exemple , le Messie , qui doit être un homme , est souvent appelé du nom consacré uniquement à Dieu; il est dit qu'il naîtra d'uneyierge. Ces choses étaient inintelligibles pour les Juifs. Ils ne pouvaient pas non plus accorder dans leur raison les prophéties sur la grandeur et sur les souffrances du Messie ; sur sa gloire et sur ses humiliations. De là vient qu'ils avaient sur ce personnage qu'ils attendaient , beaucoup d'idées confuses et beaucoup d'autres fausses. JésusHChrist parait , toutes ces obscurités se dissipent; toutes ces contradictions apparentes se ooncilient $ l'application facile à sa personne de tant de choses avant lui incon« ' cevables , la réunion dans lui de tant de circonstances hors de la inconciliables , devient une preuve frappante que c'était lui que regardaient toutes ees prédictions si diverses. La difficulté d'entendre clairement la totalité des j;)racles de l'ancienne loi , est en*-
SUR LES PROPHÉTIES. jS
oore augmentée par la manière dont s^ezprimaient les prophètes. Indépendamment des métaphores, des allégories, des paraboles dont nous avons eu occasion de parler , on voit dans leurs discours une confusion qui tient au langage poétique dont ils se servaient, et aux mouvements dont FEsprit divin les animait: cette confusion se remarque principalement en quatre choses, lo Us mettent très^«ouvent au passé ou au présent les choses futures qu'ils annoncent (i oo) : ce qui fait, qu'à moins d'une sérieuse attention , on peut prendre plusieurs de leurs prédic- Uons pour des narrations. 20 On voit dans plusieurs prophéties des changements de personnes qui parlent : tantôt c'est en leur propre nom qu'ils s'énoncent, tantôt Dieu luimême prend la parole ; plus loin c'est le peuple qui élève la voix, et ces variations se trouvent quelquefois dans le même discours (101); 30. Us ne suivent pas toujours Tordre des temps ; souvent ils l'intervertissent ; contimeoçant par énoncer les événements postérieurs , et mettant ensuite ceux qui doivent précéder ^10 a). 4^ Ils passent fréquemment d!une ohose et d'ude personne , à une chose et i.une personne différente (io3) , en sorte qu'il faut du soin pour démêler ce qui appartient à l'un et à l'autre objet.
XX. D'après ces causes d'obscurité dans les prophéties, il n'est pas étonnant qne la difficulté de les expliquer parfaitement ait fait naître des différences d'opinion et des disputes parmi leurs interprètes. Mais at-on droit de nous les objecter ? D'abord il est impossible qu'il n'en existe pas entre les chrétiens et les Juifs , puisque les chrétiens tiretit de ces prophètes la preuve que Jésus- Christ est le Messie ; et que les Juifs , tou* jours attachés k l'attente d'un Messie futur , le nien t opi niatrémen t. Pour persévérer dans leur doctrine , et pour répondre tant bien qute mal à cette preuve , il leur est nécessaire de donner aux prédictions de leiir loi , un sens différent du n6tre. Il j a aussi des oppositions entre les diverses interprétations données pair les Jtiïfs : mats ces oppositions sont entns les Ittifs Anciens et les modernes. Leurs docteurs antérieurs à Jésus-Christ , ou qui vivaî^it à-pett'-près de son temps , appliquaient sans difficulté au Messie , les prophéties que nous montrons réalisées en Jé^sttSKChrist. Les rabbins venus depuis, sentant r^t«intage que la religion chrétienne retirait ée l'accomplissement de ces prédic^ tiôns , ont iroulu les détourner à d'autres ob- |iets. (jonittietit peut-on nous objecter ces différences dans leuTS interprétations? ]S'est-il
Sun LES PROPHÉTIES. 77
pas clair, au contraire, comme nous l'ayons déjà remarqué , que les Juifs ne peuvent sou*tenir leur système , sans contredire la foi de leurs pères ; que par conséquent , le clian^ement survenu à cet égard dans la doctrine de la aynagogue, milite en notre faveur, et que c'est' Fintérét de la cause judaïque qui l'a produit ? C'est nous qui argumentons avec une force victorieuse contre les rabbins ac* tuels , des aveux de leurs anciens bien plus instruits qu'eux ; qui leur montrons la dé« fection de la doctrine constamment ensei* gnée dans leur religion , jusqu'au temps où il a été utile au soutien de leur religion , d'en changer ; nous faisons voir, et la variation , premier caractère de Terreur , et Tintérêt de la variation qui achève de prouver l'erreur^- En nous opposant ces variations de la synagogue , on nous objecte précisément ce qui fait une de nos preuves.
Il y a aussi parmi les chrétiens , des difle* rences sur la manière d'expliquer quelques prophéties ; ;nais il faut examiner quelles sont ces différences : elles ne portent point sur le fond des prophéties. Tous les théologiens , tous les interprètes sont d'accord que les diverses prédictions que nous rapportons, sont relatives au Messie ; se sont pleinement accomplies en Jésus-Christ , et démontrent
78 DISSBRTATIOir
clairement qu'il est Tenvoyé de Dieu. S'il y en a quelqaes-nns qui , sur quelques-unes de ces prophéties , s'écartent de renseignement général , et donnent une explication diffé* rente, ils sont en si petit nombre, qu'ils n'empêchent point l'unanimité morale. Sur quoi donc portent les disputes entre les docteurs chrétiens ? Sur quelques points de critique, incidents et absolument indifférents i la question principale. Par exemple , tous convenant que la prophétie de Jacob à Juda , que celle de Daniel sur les soixante-dix semaines , prouvent que le Messie est venu , et que le Messie est Jésus-Christ ; tous ne sont pas d'accord sur le temps où le sceptre «st entré dans la Tribu de Juda , et en est sorti ; sur l'époque où ont dû commencer les soixante-dix semaines. Je demande à tout hommre raisonnable , même à tout incrédule, en quoi les disputes sur ces questions particulières , affaiblissent l'autorité des prophéties , et énervent la preuve qui en résulte ?
XXI. Reprenons maintenant le principe de l'objection : Dieu , dit-on , daignant manifester aux hommes une vérité importante, doit lui donner un tel degré de clarté, qu'ils ne puissent la méconnaître. Sur cela, Bergier demande jusqu'à quel point des prophéties doivent être claires , pour être censées
SUR LBS PROPHETIES. 7$
authentiques. Et j'ajoute que je ne vois pas pourquoi Dieu est tenu de donner aux vérités qu'il révèle, toute la clarté possible : que, lorsqu'il dicte des lois qui doivent être strictement observées , il les fasse connaître sans aucune obscurité , cela est naturel ; et nous voyons les prophètes s'esprimer ainsi quand ils prêchent quelque point de la morale sainte (i o4)< Mais la promesse du Messie était d'un genre difTéi^ent; il suffisait que le de-; gré de clarté fut proportionné an degré de croyance eiigé. Dieu n'exigeait pas que dès le commencement du monde , les hommes connussent et crussent distinctement et positivement tout ce qui arvàit rappoi't au libé* rateur qu'il promettait. 11 entrait dans les vnes de sa providence , que la foi et les espérances des hommes dans leur libérateur, devinssent plus claires et plus détaillées à mesure que le temps de sa venue approcherait. Dans le premier âge, il suffisait à ses intentions que l'homme fût consolé dans les calamités^ suite du péché originel , par l'espoir d'un réparateur. Ainsi, la première pi*ophétie qui en est faite à Adam , est assez obscure. Les promesses adressées à Abraham , à Isaac et à Jacob , sont beaucoup plus claires ; elles annoncent que d'eux naîtra celui dans qui toutes les nations seront bénies. La prophétie de Ja«
cob à Juda, prend un caractère plus positif encore : elle indique l'époque où celui qui est l'attente des nations , sera donné au monde ; viennent les prédictions faites à David , que ce sera de lui que descendra ce grand personnage. La race dont il doit sortir déterminée, il s'agit de particulariser les traits auxquels on devra le reconnaître. C'est ce que font tous les autres prophètes qui marquent des caractères tellement distincts, qu'il faut s'aveugler pour s'y méprendre. Deux choses entraient dans les vues de la sagesse suprême. La première , qu'il y eût une espérance quelconque du Messie : elle y a pourvu dès le moment ou le péché de l'homme a rendu le réparateur nécessaire, par une première promesse pas très-claire, mais suffisante pour cet objet. La seconde , qu'au moment où ce libérateur du genre humain arriverait, il fût tellement signalé, que les hommes vertueux et de bonne foi , pussent facilement le reconnaître. Il n'était pas nécessaire aux premiers Pères de connaître les signes précis d^un Messie qu'ils ne devaient pas voir ; mais la connaissance de ces signes était indispensable à ceux qui devaient être témoins de sa venue : c'est cette connaissance détaillée qu'a donnée la suite des oracles rendus et recueillis dans le cours des siècles. Ce
que les premières promesses avaient d'obscur a été éclairci , d'abord par la succession des prédictions subséquentes et plus détaillées , et ensuite porté au plus baut degré de clarté y par l'accomplissement entier et littéral de toutes ces propbéties , jusque dans leurs moindres détails , en la personne de Jésus- Cbrist. Nous le disons donc avec confiance : pour qu'une propbétie soit jugée authentique et certaine , il n'est pas nécessaire qu'elle soit conçue dans les termes les plus clairs ; il suffit qu'elle ait un degré de clarté tel que l'événement arrivant résolve tout ce qui pouvait faire quelque difficulté dans les expressions. Ce qui est vrai d'une seule propbétie, est bien: plus évident encore d'une suite, d'une multiplicité de propbéties qui u'ont pas toutes le même degré de clarté , mais dont quelques-unes sont très-positives et sans aucune obscurité , comme nous le * verrons en les examinant en détail (io5).
XXII. « Mais , poursuivent nos adver- « saires , si ces propbéties qu'on allègue en « faveur de la religion, annonçaient aussi «évidemment Jésus* Cbrist, comment se tt fait-il que les Juifs qui attendaient si imte patiemment le Messie, qui étaient si atcc tentifs à observer ses caractères distin|;tifs, t€ pe l'aient pas reconnu; qu'ils l'aient au
8 a DISSERTATION
« contraire persécuté et fait périr du der-* n nier supplice cooime un imposteur? La c< dénégation constante de» Jui&, depuis dix* « huit siècles , a bien un autre poids que ce l'assertion des chrétiens ; ils doivent bien ce mieux cannattre qu'eux le sens de leurs cr prophéties ; d'abord , parce que c'est dans ce leur langue qu'elles sont écrites ; ensuite ce parce qu'ils ont, à ce sujet, une tradition c( de doctrine non interrompue» »
Pour répondre à cette difficulté, il faut commencer par distinguer les Juifs anciena et les Juifs modernes. Nous ayons déjà re^ marqué entre les uns et les autres, une grande opposition au sujet des prophéties. Ceux-*)à entendaient du Messie, lés prophéties (106) que ceux-ci appliquent à d'autres objets^ Nous sommes d'accord avec les anciens docteurs Juifs y sur l'application de ces prophéties au Messie. La question entre eux et nous, se réduit à savoir si ces prédictions du Messie ont été accomplies en JésuS-Christ.
XXIlI. Mais pourquoi donc les Juifs ne l'y ont-ils pas reconnu ? Pourquoi , s'il y est si clairement annoncé, l'ont -ils rejeté? J'ai déjà répondu à la même objection , en traitant des miracles (107). Je ne crois pas nécessaire de répéter ici ce que j'ai dit; mais il n'est pas absolument inutile de le rappe-
1er. lo L'obstination des Juifs i ne pas reconnaître Jésus-Christ) confirme les prophéties au lieu dé les combattre , parce qu'elle était elle-même un des objets des prophéties. Cette partie des oracles divins n^'aurait pas été accomplie, si le peuple juif avait reconnu son Messie, ao Beaucoup de causes ont concouru à empêcher les Jui& de reconnaître J.-C. pour lé libérateur qu'ils attendaient : leurs préjugés sur l'état glorieux du Messie; leur respect pour l'autorité de leurs docteurs; leur crainte des chefs de la synagogue, ennemis de Jésus-Christ; leurs passions qu'il aurait fallu soumettre à une loi austère. 5<> Malgré ces obstacles, beaucoup de Juifs se sont convertis à la foi chrétienne, et leur autorité est d'un poids bien plus considérable que celle des Juifs restés dans leur ancienne croyance.
Si l'on ne peut pas , avec fondement , nous opposer le refus des Juifs anciens , de reconnaître l'accomplissement des prophéties dans le divin Fondateur de notre religion , on est encore beaucoup moins fondé à nous objecter la résistance des Juifs modernes. On dit que les livres prophétiques sont écrits dans leur langue; mais maintenant elle n'est pas plus leur langue que la nôtre; elle est pour eux, comme pour nous, une langue morte, et
nous possédons de même qu'eux , les livres où elle est employée. Dira-t>on que les Italiens, parce qu'ils ont succédé aux anciens Romains y sont plus savants dans la langue latine que les autres peuples? Que l'on cite , comme possédants à fonds la langue hébraïque , les rabbins du temps de Jésus-Gbrist , on dira une chose raisonnable. Quoique leur langage fût alors mêlé de chaldaïque et de syriaque , il avait conservé une grande affi* nité avec l'ancienne langue hébraïque. Ils en avaient reconnu beaucoup de mots, et leur langage usuel , à cette époque, ne diffé*rait pas absolument de celui des prophètes. Ils connaissaient beaucoup mieux que les rabbins actuels », la valeur des expressions prophétiques. Leur témoignage , contraire k celui de leurs successeurs, le détruit donc entièrement.
On prétend que les Juifs actuels ont conservé, sur l'interprétation des prophéties, une tradition non interrompue. La preuve de la fausseté de cette assertion est encore la différence de leur prétendue tradition, avec la doctrine de leurs pères. Ce n'est pas de leurs pères qu'ils la tiennent, puisqu'ils interprètent les prophéties autrement qu'eux. Nous avons déjà remarqué la source d'où elle vient; c'est de l'intérêt du
SUR LES PROPHériES. BS
parti. Cela seul la rend plus que suspecte.
XXIY. <' Les déistes attaquent encore les ce prophéties de beaucoup de manières. Selon a les uns, elles n'étalent autre chose que des M rêves. Quelqueshommesenréyant, avaient « eu sur l'avenir , des idée» qui ensuite s'éu taieat réalisées. Il n'en fallut pas davan<> u tage pour persuader à des esprits faibles Cl que les songes étaient des communications (c avec la divinité. Les Juifs , comme les au- (c très peuples, donnèrent dans cette illucf sion. On voit Dieu parler en songe à « Abraham , à Isaac , à Jacob. Joseph inter- « prête les songes de Pharaon ; Daniel, ceux n de Nabuchodonosor.
« D'autres disent que les prophéties n^c- « taient autre chose que les délires d'une ft imagination ardente. Ils comparent l'en- « thousiasme des pvophètes à celui des ance ciens oracles païens et des femmes trans* t( portées sur le sacré trépied.
« D'autres encore prétendent que les pro- « phètes n'étaient chez les Juifs, autre chose « que ce que sont , dans certains pays , les « improvisateurs dont la musique éveille <cc }e feu poétique. Ils prétendent le prouver n par l'exemple d'Elisée qui , consulté par «les rois de Juda, d'Israël et d'Idumée,
« avant de prophétiser, demande qu'on lui
ce amène un musicien. Ce n'est qu'après que •t cet homme a chanté, que le don de proce phétie est accordé à Elisée (io8).
ce Ils avancent ailleurs que , chez les Hé- « breux , la prophétie était un art que l'on « enseignait; que c'étaient des hommes panc« yres et de basse extraction , qui gagnaient « leur vie à ce métier.
M Plusieurs d'entre eux s'efforcent de jeter ce du ridicule sur diverses actions des pro- « phètes. On dit qu'ils se mettaient tout ce nus ; qu ils mangeaient du pain couvert tt d'excréments humains.
<c On soutient encore que Dieu exige quelce quefois des prophètes , des actions con- «c traires et à sa loi , et même à l'honnêteté ee naturelle; et on y cite Osée, k qui lé Seicc gneur commande de prendre une femme ce de prostitution, et d'en avoir des enfants ce de prostitution (109)» n
Toutes ces difficultés sont extrêmement frivoles et faciles à résoudre.
XXV. En premier lieu, il n'est vrai, ni que tontes les prédictions de l'Ancien Testament ^ient été des songes , la plupart, au contraire, étant faites d'autres manières; ni que les Juifs regardassent tous les songes comme des révélaiipns célestes. Nous voyons Joseph raillé, traité par ses frères de rêyeur.
et repris par son père de la foi qu'il donnait à ses songes. (t lo). La loi défendait d'écou* ter rfaomme qui alléguerait des songes , pour attirer à un culte étranger (m). Réduisant donc l'assertion à sa juste valeur , nous dissous qu'il est vrai que quelquefois Dieu a daigné révéler A ses serviteurs, l'avenir par la voie des songes. Mais voudrait-on lui con^tester le pouvoir d'instruire les hommes de eette manière? On nous objecte que tous les peuples alléguaient de pareils songes. Cette opinion générale prouvent- elle que nulle part Dieu ne s'est communiqué aux hommes dans cette forme? N'est -il pas plutôt UDe indication de la vérité de ces manifestations? si elles ont eu lieu quelquefois, il est tout simple qu'on y ait ajouté foi partout. Que les incrédules, quiréduisent à de vains rêves les prophéties faites en songe aux patriarches et aux prophètes, nous expliquent comment de simples rêves arrivés fortui tement et absolument de la même manière à Abraham , à Isaac et à Jacob, auraient pu leur apprendre les destinées de leurs descendants , leur .prodigieuse multiplication, leur servitude en Egypte, leur sortie miraculeuse , leur conquête du pays de Cbanaan ? comment ces rêves auraient inspiré à ces patriarche , nne. tell^ persuasion qu'ils au-
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raient réglé sur ce qu'ils annonçaient toute leur conduite; ensorte que, sur la foi de ces vaines illusions du sommeil , Jacob et Joseph mourant en Egypte , aient ordonné de transporter un jour leurs os dans la terre promise îQu'ils nous montrent comment le hasard à pu (aire voir de nuit à Pbaraon , avco vérité , une abondance de sept années et une famine de sept autres années ; et à Nabu^ cbodoinosor, la suite des enq>ires qui devaient lui succéder ? Etaient-cedes rêves survenus au basard qui faisaient deviner i Joseph et à Daniel, des événements qu^il était absolument impossible de prévoir?
XXYI. En second lieu, comment peat« on regarder la prophétie , telle que nous l'arvous définie , comme un délire ? Gomment des prédictions détaillées , qui , au bout de plusieurs siècles, s'accomplissant exactement et jusque dans leurs moindres particularités, peuvent -elles être l'effet d'un vain enthousiasme? Gomment prétend^on traiter d'homme en délire , Moïse qui , à ne le considérer que comme législateur, es|. le plus profond de tous ceux qui ont paru? Gomment soutenir que David, grand guéi^ riei' et grand politique; que Salomon , regardé comme le plus sage des hommes, ont parlé comme des insensés ? Gomment attri-
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bner la poésie sublime de Moïse, <Ï6 David, d^Isaïe, d'Habacuc, de plusieurs autres, les touchantes lamentations sorties de la plame de Jérémie, la morale si sainte, la doctrine si pure, enseignée par tous les prophètes, à des hommes horis de sens? Comment imaginer que, pendant quatorze cents ans, une suite d'hommes insensés se soient accordes pour annoncer le même événement , et qu'ils ont tous eu le même délire (112)?
XXVII. En troisième lieu , on ne voit dans tous les livres saints, que le prophète Elisée qui ait demandé, pour prophétiser, l'assistance d'un musicien. De ce seul exemple isolé, on conclut que tous les prophètes ne pouvaient, sans ce secours, prédire l'avenir : cette conséquence est évidemment déraisonnable. Mais on ne peut même rien conclure de ce fait relativement à la personne d'Elisée. Le texte sacré ne nous apprend pas pour quel motif SI désirait le musicien ; ainsi, c'est gratuitement quW suppose qu'il en avait besoin pour animer en lui le feu poétique. S'il est permis de faire des conjectures, nous en hasarderons qui sont plus probables que celle-là. Le prophète venait d'avoir un mouvement d'impatience très-vif contre le roi Joram qui , tout idolâtre qu'il était, prétendait obliger T. I. 4.
les prophètes du Seigneur, â lui prédire l'avenir. U est possible qu'Elisée demanda le musicien pour se remettre de cette eflervescence. Peut-être aussi le désirait-il pour obtenir, par des prières jointes au chant sacré, la grâce de prédire l'événement sur lequel il était consulté; car il ne faut pas croire que le don de prophétie fût habituel et continuel. Dieu inspirait ses prophètes seulement de temps en temps, et lorsque cela était utile à ses vues (i i3).
XXYIII. En quatrième lieu , il faut ignorer absolument l'histoire du peuple de Dieu , pour avancer que les prophètes étaient des hommes pauvres et du dernier rang de la société. Moïse législateur , Samuel juge , David roi, Isaïe prince du sang royal, Jérémie et Ézéchiel de race sacerdotale, Daniel ministre d'état , étaient-ils de cette classe vile qui gagne sa vie à dire la bonne aventure ? Les prophètes instruisaient la jeunesse dans la loi de Dieu ; où a-t-on vu qu'ils lui apprenaient à prédire l'avenir ?
XXIX. En cinquième lieu, ce n'est que par une fausse explication du texte sacré, qu'on jette du ridicule sur quelques actions des prophètes. Quand Saiil se joint aux disciples de Samuel pour chanter les louanges du Seigneur, il dépose l'habit long dont il
était revêtu à la mode des orientaux. Mais les habits qu'il portait dessous, lui restent; et il demeure vêtu comme les disciples à qui il s'était uni. Il est dit aussi de David, qu'il dansa nu devant l'arche sainte ; mais il est observé au même endroit qu'il était couvert d'un éphod de lin ; il ne s'était donc pas dépouillé de tous ses vêtements. Au chapitre XX d'Isaïe , on voit ce prophète ôtant ses souliers et ses vêtements , se mettre dans l'état où devaient être les Égyptiens et les Éthiopiens lorsqu'on les menait esclaves en Assyrie; et annoncer l'événement par cette action figurative; mais on n'imagine pas que ces esclaves fussent absolument nus : il ne faut donc pas non plus prendre A la lettre le passage d'Isaïe. Quant au passage d'Ézéchiel où il est parlé de pain recouvert d'excréments humains , il faut observer que la Yulgate s'écarte du texte original. Selon l'hébreu, c'est du pain cuit sous la cendre de fumier brûlé, que le prophète doit manger, afin de donner une idée de la misérable nourriture à laquelle seront réduits les Israélites, parmi les nations où ils seront exilés.
XXX. En sixième lieu , si on veut entendre le passage d'Osée dans son sens littéral , il ne s'ensuivra nullement que Dieu ordonne
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i te prophète la débauche. C'est une femme prostituée que , dans ce cas , il lui ordonne de prendre; mais une femme légitime: le mot uxoremVinàîqvie clairement. C'est donc un mariage que Dieu ordonne avec une femme jusques-là livrée au libertinage et que le prophète en retirera. Mais il est très-probable que le mot Jbmication doit être pris ici dans un sens métaphorique. On sait que dans le langage des livres saint», T idolâtrie est souvent désignée par cette expression. Il serait facile d'en citer une multitude d'exemples ; ce qui montre que c'est la signification réelle de ce mot dans le texte dont il s'agit. C'est ce qui est ajouté immédiatement après : parce que la terre, enfomiquant, a forniqué d après le Seigneur. Celte seconde partie du texte a une relation naturelle à l'idolâtrie dans laquelle était plongé leroyaume d'Israël. Il est donc naturel que la première partie y soit également relative: ce n'est donc pas l'ordre de se livrer à une prostituée que Dieu donne à Osée; il lui commande de prendre une épouse dans la terre de prostitution, dans le séjour de l'idolâtrie. Ce qui suit dans le texte favorise encore cette interprétation. Le prophète a de cette femme qu'il a épousée, plusieurs enfants auxquels Dieu lui-même donne des noms : il en appelle l'un sans mi--
séricorde un autre , vous n'êtes plus mon peuple* Le but de loute cette action prophétique était de montrer au peuple d'Israël Tindignation et les menaces du Seigneur, par les noms mêmes de ces enfants du prophète qui resteraient de lui. Toutes ces circonstances favorisent l'explication très-naturelle donnée par plusieurs interprètes, que le mot fornication ne signiGe ici, comme dans beaucoup d'autres endroits de l'Écriture , autre chose que l'idolâtrie.
XXXI. « On argumente contre l'autorité « des prophètes de la différence de leur style. « Si le Saint-Esprit , dit-on, les avait inspic( rés , il leur aurait fait parler à tous le même « langage. »
C'est ici une fausse idée qu'on se fait de l'inspiration. Le Saint-Esprit n'inspire pas les écrivains sacrés , comme le démon les énergumènes ; il leur dicte les choses beaucoup plus que les mots. Quant à la manière de les exprimer, il les en laisse libres, se contentant d'en écarter toute erreur. Tous répètent ce que l'Esprit saint leur a révélé ; chacun le répète à sa manière. Isaïe , qui est de la race royale, s'exprime dans le style le plus relevé; Amo», qui est un pâtre, s'énonce d'une manière simple.
XXXIL « Les divers incrédules proposent
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« encorecontreraatorité desprophëties^deux a objections contraires, el. dont Tune suffirait « pour détruire l'autre. Selon les uns , il ne « parait pas que Tattente du Messie fût rém pandue parmi les Juiis , et ils en donnent m pour raison que Philon et Josepbe n'eu cr parlent pas ; selon les autres , il n'est pas « étonnant que les prophètes du judaïsme ce aient annoncé de tout temps à une nation « inquiète et mécontente de son sort , un lice bérateur. Ce fut pareillement Tattente des ce Romains et de presque toutes les nations (c du monde. La venue d'un grand juge , ce d'un réparateur des maux de l'univers est «c une idée générale dont tous les peuples ce ont été frappés : elle ne prouve rien , sinon ce que les hommes mécontents du présent, ce espèrent un meilleur avenir. »
XXXIII. Je commence par répondre à la seconde de ces difficultés , et je dis que toutes les assertions qui y sont contenues , sont fausses.
lO II est faux que Uutes les nations aient été comme les Juifs dans l'attente d'un libé-r rateur ; nous u'en voyons aucune trace dans leurs histoires. L'idée d'un jugement à subir par chaque homme après sa mort est toute différente de celle d'un grand personnage qui répare les mauxdu genrehumainpendantla vie.
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20 II est faux que les Juifs aient attendu leur Messie parce qu'ils étaient dans le malheur et mécontents de leur sort ; il leur avait été annoncé dans leurs plus brillantes prospé:rites ; étaient^ils dans l'htimiliation au temps de David ?
30 II est faux que les prophètes n'aient annoncé à la nation juive que le bonheur dont la ferait jouir le Messie. Us lui ont prédit les événements fâcheux, les souffrances et les humiliations de ce Messie; leur captivité à Babylone ; la destruction finale de leur temple , de leur ville et de toute leur république. Passant ensuite à la première des deux difficultés j je dis qu'il est étonnant qu'on ait osé mettre en avant que les Juifs n'attendaient pas un Messie. Pour produire une idée aussi extraordinaire , il faut , ou n'avoir jamais lu l'Ancien Testament , ou imaginer que personne ne le lira. Tous les livres de la religion judaïque sont pleins de passages qui annoncent cet envoyé divin* Outre les prophéties que nous allons rapporter, il y a une multitude de textes qui y font une allusion manifeste. Et que peuvent répondre nos adversaires aux paraphrases cbaldaïques d'Onkelos sur le Pentateuque, de Jonatban et de Jérusalem sur les autres livres? Les unes sont antérieures, les autres
un peu postérieures à Jcsus-Christ ; et elles appliquent au Messie la plupart des prophéties que nous alléguons. Niera- 1 -on l'existence de ces paraphrases ? Dira-t-on qu'elles ont changé l'opinion de la nation? Elles n'ont pu faire ces applications , que parce que toute la nation les faisait. Nous aurons occasion de prouver, par des autorités profanes et sacrées, par l'Évangile, par les Juifs , par les auteurs païens , qu'à l'époque de l'ère chrétienne l'attente du Messie était trèsvive, et qu'il étai t espéré très-prochainement. Mais Philon n'en a pas parlé. Et depuis quand le silence d'un écrivain est-il un argument contre le témoignage formel des autres ? il ne confirme point les paraphrases , mais il ne les contredit pas non plus : au reste , le motif de ce silence n'est pas difficile à apercevoir. Le Messie , dans les idées des Juifs , devait être un roi triomphateur qui les délivrerait du joug étranger. Il est tout simple que Philon ait craint de donner de l'ombrage aux Romains. Il a dû d'autant plus, dans cette position , s'abstenir de parler du Messie, qu'il écrivait pour défendre sa nation contre les imputations de ses ennemis qui l'accusaient d'un esprit de révolte. Josephe, ajoute-t-on , n'en a pas parlé non plus. L'assertion , fût-elle vraie , ne prou-
verait encore rien. Josepbe aurait pu avoir le même motif que Philon pour garder le silence; mais le fait n'est pas exact. Nous aurons occasion de voir que Josephe parle tellement du Messie , qu'il rappelle une des prophéties qu'en fait Daniel ; et nous voyons aussi qu'il applique à Yespasien les oracles relatifs à cet envoyé céleste (1 14)«
Après avoir résolu les difficultés générales qu'opposent les incrédules de nos jours aux prophéties de l'Ancien Testament , il est temps de passer à l'examen de chacune de celles qui concernent le Messie et l'établissement de sa religion : comme elles sont trèsnombreuses et très-variées, et qu'elles annoncent un grand nombre de caractères dif-* férents du Messie, nous les diviserons en plusieurs classes , dont chacune fera l'objet d'un article séparé.