‹ Dissertation sur les prophétiesChapitre 5 sur 50 · PREMIERES PROPHÉTIES · texte numérisé non relu

PREMIERES PROPHÉTIES

Prophétie faite aux premiers parent^.

I. Nous lisons au troisième chapitre de la Genèse, qu'Adam et Eve ayant péché, Dieu leur déclara les peines que leur faute allait faire tomber sur eux et sur leur postérité. En même temps, s'adressant au serpent qui avait attiré Eve dans le crime : je mettrai , dit-il, une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne; elle te brisera la tête , et tu tendras des embûches à son talon (ii5).

J'ai déjà observé que cette prophétie est très-obscure; et si elle était seule, je conviens qu'elle ne formerait pas une démonstration positive de la divine mission de Jé^ sus-Christ. Je crois cependant devoir la pro-

duire, parce qu'elle est la première de toutes, et qu'elle s'unit avec les suivantes. Elle forme, comme je l'ai déjà observé, le premier anneau de ïa chaîne des prophéties qui unissent Jésùs-Christ à l'origine du monde , et le réparateur des péchés au premier péché. Les prédictions postérieures éclaircissent ce que celle-ci a d'obscur , et celle-ci prépare aux subséquentes.

II. Pour fonder la croyance qu'il s'agit ici du Messie, nous avons, outre la suite de prophéties que nous aurons occasion de rapporter , l'opinion des Juifs anciens , démontrée , soit par Huet qui rapporte plusieurs de Jeurs passages (1 16) , soit par les paraphrases chaldaïques , spécialement par celles de Jonathan et de Jérusalem (117). Les juifs modernes se sont écartés de la tradition de leurs ancêtres ; ils veulent que ce passage soit pris dans son sens littéral^ et signifie la haine des hommes contre les serpents: mais de bonne foi, est-ce là un objet digne que Dieu rende un oracle? 11 est évident, par le sens ridicule qu'aurait le texte pris à la lettre, qu'il doit être entendu dans un sens métaphorique. L'intention de Dieu est clairement celle qu'indiquent les paraphrases ; c'est en punissant Adam et Eve , de ne pas leur 6ter tout espoir, et de leur présenter une conso-

lalioD dans un de leurs descendants qui les

vengera du serpent.

m. Ce qui achève de montrer que tel est le vrai sens de. la prédiction dont il s'agit , c'est que, prise en ce sens, elle est exactement et pleinement accomplie dans la personne de Jésus-Christ. Ce que Dieu annonçait , il Ta opéré; il a écrasé la tête du serpent, c'est-à-dire la puissance du démon, en retirant le genre humain de la servitude.

Promesses faites aux patriarches.

I. Nous lisoQS au livre de la Genèse plusieurs prédictions importai] tes faites aux trois patri^ches , pèr<es de la nation juive. Dans diverses oc&asions , Dieu révèle à Abraham W destinées de sa postérités II lui prédit que 6^ descendants seront voyageurs dans une t^n'e étrangère ; qu'ils y seo^ont réduits en aei'vitude , et affligés de maux pendant qùatX^ cients ans ; mais , qu'après ce temps , il )^gen( le peupU oppresseur et fera sortir de ce pays Us descendants d'Abraham chargés de ricbesseé (ai 8). D'abord,' après la mort de Xh.aré , il lui oi^onne dé quitter 1^ Mésopo-

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tamie , et de venir dans la terre qu'il lui montrera. Il lui annonce qu'il le fera père d'une grande nation ; qu^il le bénira et rendra son nom glorieux ; qu'il bénira ceux qui le béniront , et maudira ceux qui le maudiront; et enfin , que dans lui seront bénies toutes les nations de la terre (i i^). Après la grande obéissance qu'Abraham lui a témoignée en se disposant à lui sacrifier son fils unique , il lui renouvelle la même promesse dans des termes plus positifs encore , et lui dit que , puisqu'il a obéi aussi ponctuellement à sa voix, il le bénira ; qu'il multi-^ pliera ses descendants comme les étoiles du ciel et comme le sable de la mer; qu'il leur donnera la possession des biens de leurs ennemis ; et que dans sa postérité seront bénies toutes les nations de la terre (120). Dieu renouvelle les mêmes promesses avec des expressions semblables , spécialement celle que toutes les nations seront bénies dans leur race, d'abord à Isaac , et ensuite à Jacob; les assurant de plus qu'il donnera à leurs descendants la terre où ils se trouvent , qui est la terre de Chanaan (i3i).

Il faut distinguer dans ces prophéties deux parties : la première a rapport au peuple qui doit sortir d' Abraham, d'Isaac et de Jacob; elle annonce la prodigieuse multiplication

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de ce peuple et de ses prospérités. La seconde est relative à tous les peuples ; elle annonce qu'ils seront tous bénis par le moyen de la postérité de ces patriarches (ta a). Sur cela j'avance trois propositions : d'abord, ce sont là de vraies prophéties; ensuite, la seconde partie de ces prophéties a pour objet d'an* noncer un envoyé de Dieu; enfin ^ cette seconde partie s'est accomplie en Jésus-Christ* II. Si , comme nous l'avons montré , et comme il est impossible d'en douter , le caractère le plus certain qu'une prédiction vient véritablement de Dieu , est son accom^ plissement exact qui n'ait pu ni être prévu par des causes naturelles, ni deviné au hasard, il est évident que ce sont ici des oracles divins. Que la première partie de ces promesses , relative aux descendants des patriarches, ait été accomplie exactement et dans toutes ses circonstances , c'est un fait qu'établit l'histoire entière du peuple hébreu : mais il est également évident qu'au temps des prédictions, ces faits, avec leurs circonstances , ne pouvaient ni être naturellement prévus, ni être fortuitement devinés. Lorsque la famille des patriarches était réduite à leurs seules personnes , quelle cause naturelle pouvait faire prévoir qu'elle deviendrait un peuple nombreux , d'abord ré-

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duit en servitude dans une terre étrangère, et affligé de divers maux pendant quatre cents ans ; après ce terme , retiré de là par une force divine , devenu opulent , victo* rieux , et s'établissant par la force de ses armes dans le pays de Chanaan. Il faudrait être insensé pour imaginer , ou que la prévoyance humaine eût pu s'étendre jusquelà , ou que le hasard eût rapproché un aussi grand nombre de combinaisons diverses si difficiles à réunir, et les eût fait cadrer dans une justesse parfaite avec les prédictions. Celui-là seul qui avait la puissance de faire éclore tous ces événements , a pu en avoir la prévision. Mais, si cette première partie des promesses est une prophétie divine , la se-> coude qui a pour objet toutes les nations et leur bénédiction dans la postérité des pa-» triarches , l'est évidemment aussi ; les deux ne fornient qu'un seul contexte. Si l'une est émanée de Dieu , l'autre l'est pareillement; la véracité divine est également intéressée à la réalisation de toutes ces promesses , et la foi que l'on doit à celle-là, entraîne , par une conséquence nécessaire, la ferme croyance à celle-ci.

111. Notre première proposition établie , et ce premier point prouvé , que c'est un oracle divin qui a promis successivement à

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Abraham ^ à Isaac , à Jacob , que dans leur postérité seraient bénies toutes les nations, il s'élève une seconde question : Que doit-on entendre par ce mot : leur postérité? In semine tuo. Est-ce la totalité des descendants de ces patriarches? Est-ce quelqu'individu du nombre de ces descendants ? Il est clair que , dans le second cas , c'est un envoyé de Dieu qui est annoncé. Quel autre que Dieu , ou celui qui en a reçu de lui la puissance, peut répandre des bénédictions, et les répandre sur tout le genre humain? Or, nous avons, pour croire qu'il s'agit ici , non de la totalité des Israélites , mais d'un particulier , le consentement de tous les Juifs anciens qui appliquaient cette prophétie au Messie (ia5). Quel genre de bénédictions d'ailleurs, les Juifs ont-ils répandu sur les nations? Quelles sont celles qu'ils veulent y répandre ? Leur espérance est au contraire que leur Messie sera un prince belliqueux , triomphateur, qui détruira et qui leur assujétira tous les royaumes. S'il peut y avoir , quelqu'incertitude entre l'un et l'autre sens, il y a , comme nous l'avons dit , deux moyens de l'éclaircir : d'abord les autres prophéties qui se servent mutuellement de commentaire , et dont les unes expliquent ce qui peut rester d'obscurité dans les autres ,

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et ensuite réyénement qui non-seulement confirme la prophétie , mais réclaircit ; qui la rend en même temps certaine et évidente , et qui assure à la fois son aulorilé et sa clarté. Or , d'une part nous lisons plusieurs prophéties, évidemment et de Tayeu de tout le monde, relatives au Messie, dans lesquelles il est appelé le désiré , l'attente des nations. C'est ici le premier des oracles sacrés qui annoncent les grands biens qu'il apportera au monde. Nous aurons occasion d'en rapporter un grand nombre.

IV. D'une autre part, et c'est ici ma troisième proposition ; l'accomplissement de cette prophétie montre qu'elle est relative à Jésus-Christ. Si entre les descendants des patriarches, nous en trouvons un qui ait apporté aux nations de la part de Dieu, de grands biens de l'ordre spirituel ; que toutes les nations aient reconnu et révéré, et de qui elles aient reçu avec soumission et reconnaissance les bienfaits divins dont il était le distributeur, pouvons-nous douter que par ce grand personnage toutes les nations n'aient été bénies? Pouvons-nous ne pas reconnaître dans lui le bienfaiteur universel prédit et promis à ses ancêtres? Or, tel est évidemment Jésus-Christ. En descendant sur la terre , il y a apporté l'abondance des

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bénédictions célestes et lei a répandues sur tous les peuples qui l'habitent, sans parler de ce que la foi nous enseigne ^ qu'il a réparé le péché du premier homme et retiré sa postérité de Tesclavage du démon, qu'il nous a mérité par sa mort les grâces divines ^ qu'il nous les distribue dans ses sacrements ; n'est-ce pas un fait clair et notoire qu'il a disséminé sur toute la surface de notre globe les vérités religieuses les plus utiles, qu'il a donné au genre humain une notion de Dieu^ plus exacte que toutes les idées qu'on en avait conçues, un culte tout spirituel, la morale la plus parfaite que le monde ait vue? Que l'on cherche dans toute l'histoire des siècles un autre personnage qui ait versé autant de bénédictions, et qui y ait fait participer toute la race humaine (i 34)^

V. En deux mots, la promesse que tous les peuples de la terre seraient bénis dans leur postérité, avait été faite aux trois patriarches. Tous les peuples de la terre ont été bénis dans Jésus- Christ descendant des patriarches. Jésus-Christ est donc celui qui leur était promis; aussi voyons -nous ses apôtres lui appliquer ces prophéties, avant même qu'elles fussent entièrement accomplies. Les bénédictions de Jésus-Christ ne s'étaient pas encore répandues sur les na-

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lions 9 quand saint Pierre, au commencement de sa prédication , rappelant aux Juifs ses promesses relatives à toutes les familles de la terre, leur dit que c'est eux qui doivent être bénis les premiers dans le fils que Dieu leur a envoyé (i25). Elles ne faisaient encore, ces précieuses bénédictions, que commencer à s'étendre sur les gentils, quand saint Paul disait aUx Galates, que Dieu avait prédit à Abraham qu'elles comprendraient toutes les nations, et que c'était dans Jésus- Christ qu'elles allaient s'effectuer (ia6). Bans la bouche de ces deux grands apôtres ^ ces interprétations de la promesse faite à Abraham étaient de vraies prophéties , puisque l'événement n'avait pas encore réalisé la promesse, et qu'il ne pouvait certainement à cette époque, ni être aperçu par la prévoyance humaine, ni être deviné par hasard. Ainsi , l'interprétation que nous donnons des prophéties de l'Ancien Testament est fondée sur des prophéties du Nouveau, qui sont d'une clarté évidente. C'est Dieu lui-même qui a expliqué par ses apôtres ce qu'il avait prédit aux patriarches , et qui a voulu rendre certain et incontestable le sens de ses promesses , au moment où il allait les accomplir.

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