‹ Dissertation sur les prophétiesChapitre 6 sur 50 · PROPHÉTIES SUR LE TEMPS DE LA TENUE DU MESSIE · texte numérisé non relu

PROPHÉTIES SUR LE TEMPS DE LA TENUE DU MESSIE

Les prophéties que nous avons vues jusqu'à présent étaient générales et annonçaient indéfiniment un messie , sans indiquer les signes auxquels on devrait le reconnaître. Elles vont désormais se particulariser, et présenter dans lui des caractères distinctifs qui ne permettront pas de le confondre avec d'autres personnages. Nous allons commencer par celles qui fixent le temps de sa venue , et qui se trouvent accomplies en J.-C.

Prophétie de Jacob à Juda.

I. La promesse faite originairement à Abraham , d'un descendant en qui seraient bénies toutes les nations , était passée à Isaac exclusivement à Ismaël , et à Jacob de préférence à Esaii. Jacob la transmet à Juda , choisi entre tous ses frères pour en devenir

le dépositaire. Au moment où il va finir ses jours, ce saint patriarcbe assemble autour de lui tous ses fils, et leur déclare qu'il va leur annoncer ce qui leur arrivera dans les derniers jours (127), c'est-à-dire, quelles seront les destinées de leur postérité. Après avoir donné à ses trois fils atnés Ruben , Siméon etLévi, des marques de mécontentement pour les crimes dont ils s'étaient rendus coupables, il prend avec Juda, le quatrième de ses enfants , un ton difiiérent, et lui prédit de grandes prospérités. Le commencement de sa prédiction annonce la force de Juda et ses victoires ; la fin a rapport à la fertilité de son territoire , spécialement en vin. C'est le milieu de cette prophétie qui nous intéresse ; en voici les termes : Le sceptre ne sera point enlevé à Juda , ainsi que le chef descendu de lui 9 jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé et qui sera l'attente des nations (128).

II. Il est évident que c'est ici une prédiction. Si l'on examine ces paroles en ellesmêmes , elles annoncent des événements futurs ; si on les considère dans la suite du discours du patriarche Jacob , on voit qu'elles font partie d'une suite de prédictions qu'il fait à chacun de ses fils ; enfin , son intention de leur prédire ce qui doit arriver à leur pos-

IIO DISSERTATION

térité est positivement marquée par lui-mê** me. 11 est également évident, et il serait ridicule de s'arrêter à le prouver, que les évé* nements prédits par Jacob à Juda , ne pouvaient pas être prévus par des causes naturelles, et n'ont pas pu se réaliser par hasard. Si donc on voit ces prédictions s'accomplir pleinement et littéralement , on sera forcé de convenir que ce sont de véritables prophéties divines ; si ou les voit accomplies ainsi dans Jésus-Christ , on ne pourra révo-^ quer eu doute que ce ne soit lui dont la venue a été prophétisée par Jacob. Nous avons deux choses à prouver ici : la première , que cette prophétie annonce la venue d'un envoyé céleste dont elle fixe le temps ; la se-* eonde, que cette prophétie a été pleinement accomplie en Jésus-Christ.

ni. Sur le premier point , nous sommes d'accord avec les Juifs anciens ; ils regardaient , ainsi que nous , les paroles de Jacob à Juda comme une prophétie du futur Messie (129); ils niaient seulement qu'elle se fût accomplie en Jésus-Christ. Les Juifs modcr-^ nés , méprisant l'autorité de leurs anciens , rapportent cette prophétie à d'autres personnages qu'au Messie : il n'est pas difficile de voir quel est l'intérêt qui a changé l'opinion de la synagogue,

Jacob donne trois caractères au personnage qu'il annonce: il l'appelle «Sï^iilp , ce que notre Yulgate rend par le mot celui qui doit être enifoyé; il dit qu'il sera l'attente des Dations ; il promet que le sceptre et le chef ne sortiront pas de la tribu de Juda jusqu'à la venue de cet envoyé.

IV. Relativement au premier de ces caractères , les rabbins actuels prétendent que nous traduisons n^al le mot Shilo , et qu'il ne signifie pas l'envoyé futur ; mais l'autorité de leurs anciens docteurs est contre eux d'un poids immense : ceux-là connaissaient bien mieu]( que ceux-ci la valeur des termes et Je sens qu'y attachait la tradition. Toutes les anciennes versions rendent le mot Shilo d'une manière qui ne peut convenir qu'au Messie : il y a quelque différence dans les termes , mais la signification est au fond la même. Les trois paraphrases chaldaïques sont précises, et nomment positivement le Messie. Le texte samaritain rend le mot Shilo par le pacifique, ce qui est un caractère du Messie. La version des Septante porte : jusqu'à ce que vienne celui à qui les choses sont réservées ; et les ^pci^nneiS traductions orientales : jusqu'à ce que vienne celui à qui appartient la chose (i3o].

Ce qui montre combien çst peu fondée la

1 1 a DISSERTATION

difEculté des rabbins actuels , c'est leur embarras ) leur division , la faiblesse de leurs conjectures lorsqu'il s'agit de déterminer le personnage autre que le Messie indiqué par le mot Shih : les uns l'appliquent à Jéroboam , les autres à Nabuchodonosor , ceuxci à Saiil , ceux-là à Âliias le Silonite.. Sans entrer dans la discussion de ces diverses explications , une seule considération les réfute toutes. Quel est, de tous ces hommes, celui de qui il peut être dit avec quelqu'apparence de fondement, qu'il a été l'attente des nations ?

V. Ce second caractère donné par Jacob au personnage qu'il annonce, présente une considération imposante ; il lie cet oracle avec les promesses précédemment faites à Abraham, à Isaac , et à Jacob lui-même (i 3 1). Il y a entre ces promesses et cette prophétif , une analogie précieuse ; c'est évidemment du même objet qu'il est parlé : Dieu promet aux patriarches que, dans leur postérité, seiH>nt bénies toutes les nations* Jacob avait été fait héritier de la promesse à l'exclusion d'Ésaii ; il transmet cet héritage à Juda de préférence à ses frères. Cette pro^phétie rapprochée de celles qui l'ont précé*dée et de celles qui doivent la suivre , leur donne et en reçoit une force et une clarté

nouvelle. C'est une succession d*oracIes depuis Abrakanï jusqu'aux dernière prophètes, dans un intervalle de quatorze cents ans , annonçant un personnage qui réunira à lui toutes les nations. Il est absurde aux Juifs actuels de prétendre que celte prophétie de Jacob n'a pas trait au Messie , tandis qu'ils admettent que d'autres prophéties semblables et qui ont le même sens lui sont relatives.

11 est bon , au reste, d'observer que ces mois; i7 sera V attente des nations, sont un peu différents dans les différentes versions. Le texte hébreu porte : toutes les nations lui obéiront; le samaritain et la traduction arabe : autour de lui se réuniront les peuples; le syriaque : les nations l'attendfvnt. Mais toutes ces expressions reviennent au même ; elles ne peuvent convenir qu'à un envoyé célesle reconnu par tous les peuples. Cette variété dans les expressions , en conservant l'unifonnité dans le sens , contribue à montrer quelle a été la manière unanime d'entendre le texte : tous s'accordent sans s'être concertés.

VI. Le troisième caractère donné par Jacob au personnage qu il prédît, est qu'il ne viendra que lorsque le sceptre sortira de Juda, et qu'il n'y aura plus de chef descendu de lui. Le mot hébreu que nous traduisons T. I. 5.

Il4 DISSERTATION

sceptre, est schebet qui , dans son sens littéral , signifie la verge du commandement. Le mot hébreu que la Yulgate rend par le mot dux ou chef, est metokek , dont la signification littérale est un chef, ou un législateur , ou un juge , ou un scribe , ou un docteur de la loi.

yil. « Les Juifs , pour se soustraire à la ce preuve victorieuse qui résulte contre eux ce de cette prophétie , ont imaginé de déce tourner le mot schebet de la signification ce que nous lui donnons ; ils disent donc que ce ce mot signifie aussi souvent une verge de « châtiment qu'une verge de domination ; ce qu'ainsi, le sens de. la prophétie est que Jure da ne cessera d'être affligé que lorsqu'àrrice vera le personnage annoncé : ce que l'on tt voit , ajoutent-ils , dans l'état malheureux (c où se trouve actuellement cette nation. »

yill. Mais la fausseté de cette interprétation est facile à démolitrer :

1 o II s'agit ici de l'interprétation d'un mot hébreu ; et sur ce point l'autorité des Jui& anciens est immense. Or, tous unanimement entendaient le mot schebet comme nous, d'une verge, signe du commandement. Tous les targum, toutes les versions anciennes portent ce sens , tous les anciens rabbins l'adoptent. Gomment peut-on, après une Ion-

gae suite de siècles , lorsqu'une langue est devenue morte , venir contredire ceux à qui elle était familière ? Que dirait-on d'un pë'dant de collège, qui disputerait à Cicéron et aux autres auteurs romains , la signification d'un mot latin ?

20 En voulant interpréter le mot schebet dans un sens différent de celui qu'y attachaient leurs anciens , les rabbins modernes devraient prouver par des exemples , que ce mot est susceptible de la signification qu'ils lui donnent ; mais , au lieu de cela , nous voyons le mot schebet y toutes les fois qu'il est employé seul et sans addition , signifier le sceptre ou le bâton de commandement. Quand il s'agit d'une verge de correction , c'est ordinairement le mot motteh qui est employé; ou, si c'est le mot schebet qui est placé, c'est toujours avec quelqu'addition qui exprime l'usage sévère delà verge. Ainsi, il est dit quelquefois : la verge de fer, la verge de colère, visiter dans.la verge.

30 En supposant , contre la vérité, que le mot schebet est susceptible des deux sens, son sens véritable dans le texte dont il s'agit, doit être déterminé par ce qui précède et ce qui suit. Or, dans toute cette prophétie, Jacob ne prédit à son fils que des prospérités; il ne parle que de sa force , de ses victoires ,

Il6 DISSERTATION

de la fertilité de son pays ; il lui dit non* seulement que la verge , mais aussi que le chef ne cessera d'être dans sa race : le second membre de la phrase suffirait pour fixer le sens du premier. II est absurde de supposer que la même phrase réunisse deux choses contradictoires : l'annonce d'une suite d'humiliations , et la promesse d'une continuité du pouvoir souverain/

IX. ce Quelques autres rabbins nous opte posent deux autres misérables difficultés : te les uns disent que le mot hébreu Aiki, est « mal rendu par le mot jusqu'à ce que , et ce qu'il signifie âprè5 4gfue. Tel est, selon ceux- « là, le sens du discours : le sceptre ne sortitt ra plus de Juda après la venue du Messie, ce Les autres prétendent que cette promesse or de Jacob à Juda est conditionnelle; que ce son accomplissement devait dépendre de ce la fidélité des Juifs à la loi de Dieu , et ce que leurs péchés ont empêché la venue du « Messie. » Pour réfuter la première de ces allégations, il suffit de renvoyer les Juifs modernes à leurs anciens^qui connaissaient mieux qu'eux leur langue : il n'y en a pas un qui ait entendu comme eux le mot Aiki; il n'y a pas une version , pas une paraphrase qui ne l'ait interprété comme la Yulgate. Quant à la seconde de ces explications , elle

est absolument gratuite; il n'y a rien dans le sens qui la favorise ; elle est de plus , contraire au sens donné par tous les anciens à cette prophétie; elle forme même une disparate avec tout le reste du discours. Dirat-on que toutes les autres prédictions de Jacob à ses enfants , que celle même faite à Juda , dont la phrase en question fait partie , sont faites sous condition ? Ou soutiendrat-on que, dans un même discours suivi et formant un seul contexte, une seule partie est conditionnelle , tandis que tout le reste est absolu sans que rien annonce cette diflërence; et où en serait-on sur Tintelligence des discours les plus clairs, avec cette licence de les détourner ainsi de leur sens littéral , sans autre fondement que Tintérêt qu'on y a?

Il est donc certain que , par son discours à Juda , Jacob promet la venue d'un envoyé céleste ; qu'il donne à cet envoyé le même caractère que Dieu avait assigné dans les promesses qu'il avait faites aux patriarches; et qu'il fixe le temps de sa venue à celui où la nation descendue de Juda , cesserait de posséder l'autorité suprême et des chefs sortis d'elle-même. Il nous reste à examiner si celte prédiction a été accomplie en Jésus-Christ.

X. D'abord, il est évident que Jésus-Christ s'est donné pour un envoyé de Dieu ; ce qui

Ii8 DISSERTATION

est , comme nous l'avons vu , le premier caractère indiqué par Jacob. Sur ce point il ne peut y avoir et il n'y a pas de difficulté : nos adversaires, soit Juifs, soit incrédules, ne le contestent pas.

Ensuite, il est également certain qu'il a accompli la seconde partie de la prophétie. En traitant des promesses faites aux patriarches , nous avons montré que toutes les nations avaient été bénies en lui , puisqu'elles étaient venues se réunir dans sa religion : c'est ici la même chose. Quelle que soit celle des versions que l'on veuille adopter, on verra qu'elles s'appliquent toutes à Jésus- Christ : toutes les nations lui ont obéi, comme portent le texte hébreu et les paraphrases ; toutes se sont réunies autour de lui , comme disent le samaritain et l'arabe ; il a été l'attente de toutes , selon notre Yulgate et le syriaque.

ce Sur cett^ dernière expression , quelques « ennemis de la religion eurent une difficc culte : comment , disent-ils , le Messie pouce vait-il être l'attente desnations, puisqu'elles ce n'en avaient pas la connaissance?» Je pourrais observer , que si la Yulgate présentait ici quelqu'inexactilude, elle serait facilement corrigée en la rapprochant du texte original et des autres traductions, dont les termes ex-

priment plus positivement la soumission de tous les peuples au personnage annoncé.

Mais d'ailleurs, pour justifier, soit dans cette prophétie,soit dans les autres, ces expressions: l'attente des nations , le désiré des nations, ou d'autres semblables , il n'est pas nécessaire que les nations fussent actuellement dans \e désir , dans l'espoir , dans l'atlente ; il suffit (pie le personnage destiné à faire leur bonheur dut être l'objet de leurs désirs et de leur attente.

Enfin , Jésus-Gbrist présente dans sa personne le troisième caractère attribué par Jacob à l'envoyé divin qu'il annonce. Il est arrivé au temps où le sceptre sortait de Juda qui cessait d'avoir un chef tiré de son sein. Depuis lui , non-seulement cette tribu n'a plus de souverain, de cbef ; elle ne forme plus même un élat, une république (i32). C'est contre ce dernier point que porte l'opposition des ennemis du christianisme : il est donc nécessaire de l'éclaircir et de le prouver.

XI. et La tribu de Juda, disent-ils, n'a tt donné des chefs au peuple hébreu que pente dant le gouvernement d'un ou de deux ju- <K ges , et depuis David jusqu'à la captivité « de Babylone. Encore il faut observer que , « depuis Roboam , les rois de la tribu de

120 BlSSBJlia^ATJ^N ^

ce Juda n'ont régné qae sur la moindre parce tie des Israélites. Il faut donc ^ disent les ce Juifs, trouver un autre que Jésus-Christ, 4c à qui on applique la prophétie. Il faut, ce disent les incrédules, du défaut d^accom* ce plissement conclure que ce n'est pas là une ce prophétie , et qu'il n'y est pas question de « Jésus-Christ. »

XII. Le vice de cette objection est que l'on veut faire signifier au mot schebet que la Vulgate a rendu par le mot sceptre , une autorité royale, et une autorité qui s'étende sur les autres tribus. On veut de même que le mot metokek, rendu par le mot dux ou chef y soit entendu d'un roi issu de Juda. Ainsi , le sens que l'on donne à cette prophétie est que, jusqu'à l'arrivée du personnage annoncé , il y aura une sui te de rois descendus de Juda, qui gouvernei*ont toutle peuple d'Israël : si tel était véritablement lé sens de cette prédiction , nous conviendrions qu'elle n'est pas une prédiction de Jésus -Christ. Mais nous avons déjà observé que le mot schebet exprime seulement une verge ou un bâton de commandement ; il ne signifie donc pas nécessairement une autorité pionarchique ; il peut s'entendre de toute autorité politique analogue aux divers états d'une nation. De même, le mot metokek ne s'applique

SXm tMê MMHiTIES. 1 2 1

pas toujours à. un monarque, pas même à un souverain ; il désigne quelquefois un chef quelconque , quelquefois un législateur , ou un juge , ou un greffier , ou un docteur de la loi. C'est donc à tort que l'on prétend que ces expressions sont absolument relatives i une autorilé royale , et que Ton veut que dans leur signification naturelle elles promettent à Juda une suite continue de rois de son sang, qui ne cessera qu'à l'époque marquée.

11 ne s'ensuit pas non plus des paroles de Jacob que la puissance , l'autorité promise à Juda doivent s'étendre constamment sur les antres tribus : elles peuvent aussi bien s'entendre d'une autorité politique sur elle-même. En admettant ce sens, l'objection tombe, et la prophétie se trouve pleinement accom*plie, d'abord jusqu'à Jésus-Christ, et ensuite dans sa personne : c'est ce qu'il s'agit de développer.

La prophétie de Jacob a pour objet les descendants de Juda , la tribu qui doit nattre de lui ; de même que les prédictions qu'il fait à ses autres enfants sont relatives aux tribus dont ils doivent être les pères. Ces tribus devaient former autant de corps politiques , ayant chacun leurs chefs , leurs magistrats, leurs juges. Cela se voit assez T. I. 6

clairement dans U prophétie faite à Dan , où Jacob lui annonce qu'il jugera son peuple, 4e même que les autres tribus d'Israël (i35). Je sais que beaucaup d'interprètes entendent autrement ce passage , et disent qu'il a rap* port au temps où la tribu de Dan donna à la nation un juge dans la personne de Samson. Mais il paraît que Jacob annonce à Dan une chosç qui doit lui être commune avec toutes les autres tribus ; et on ne voit pas de chefs de la nation entière dans toutes les tribus. D'ailleurs s'il.est naturel d!expliquer une prophétie par l'événement, en voyant chaque tribu avoir spn régime particulier, nous pouvons avec fondement juger que c'est U ce qu'a prédit Jacob ; sas paroles à Juda , prises en elles-mêmes, n'expriment pus plus une. autorité sur les autres tribus, qu'une autorité sur eDe-même; mais entendues d^^s ce dernier s^ns , elles sont conformes à celles adressées dans la même su^tç de dis-r cours à son frère D^n: il est donc.naturel de leur donner cette signiBcatipu, 0t voici qu'elle est alors la prqphétiç. Entre les douze tribus , qui toutes formerpn t des sociétés por li tiques , ayant chacune leurs chefs et lei^rs magistrats , la tribu de Jud^ aura cela de particulier, qu'elle conservera son autorité civile schebçty çt ses çh^^fs prjs d^ns elle,

SUR LBS PROPHÉTIES. 1^3

metokekj jusqu'au temps où viendra Tenvoyé. Il paraît que c'est dans ce sens que St. Jean-X^hrysostôme a entendu cet oracle (i 34); et il est d'autant plus juste del'entendre dans ce sens simple et naturel , qu'entendu ainsi y il a eu son accomplissement plein et exact. Les autres tribus ont cessé d'exister en corps d'état et d'avoir des cbefs pris dans leur sein. Juda a conservé long- temps, la prérogative qui lui avait été annoncée : cette tribu n'a perdu la verge de commandement et le cbef tiré d'elle , qu'au temps de la venue de Jesus-Cbrist : la suite de son bistoire le montre clairement.

Xlil. Quelques interprètes ont cru trouver, dès le temps où les Israélites étaient dans rÉgypte en état de servitude, des traces de l'autorité qu'exerçaient, dans cbaque tribu , des chefs qui en étaient tirés ; ils se fondent sur ce que , dans l'Exode , Dieu ordonne à Moïse de rassembler les anciens d'Israël , ou selon la version des Septante, le sénat des enfants d'Israël (i35) ; mais cette opinion paraît difficile à admettre. 11 est contre toute vraisemblance que les Egyptiens , qui tenaient les Hébreux dans la pauvreté et l'bumiliation, qui s'étaient même fait un système de les opprimer pour empêcher qu'ils ne devinssent trop puissants ( ■ 3 6] , leur aient

1 a4 DISSBKTATIOV

laissé la liberté de former un corps d'état parmi enx , et d'avoir des chefs qui les gou* vernassent. Le texte que Ton cite n'annonce, point que ces anciens dont Moïse devait faire le rassemblement, eussent de l'autorité sur leurs compatriotes. Il était impossible que Moïse rassemblât tout ce peuple si nom* breux ; il est tout simple que Dieu le chargea de parler à ceux qui avaient le plus de considération parmi la nation.

Mais, objectent quelques-uns de nos advei*8aires , « si le sceptre n'a pas été dans M Juda dès le premier moment, la prophé- « tîe s'est donc trouvée fausse immédiate- K ment après qu'elle a été faite. Le mot non ce ddficiet annonce que le sceptre sera en tout « temps dans la tribu , qu'il ne manquera « jamais, n Cette interprétation n'est pas exacte. Le mot non deficiet signifie seulement que lorsque le sceptre sera entré dana Juda , il n^en sortira plus ; maïs le temps où il doit y entrer n'est pas fixé. I>ans un dis^^ cours prophétique on ne doit pas regarder la chose comme présente. Jacob promet une puissance à son fils ; il ne la lui donne pas actuellement.

Après la sortie d'Egypte , et lorsque les Israélites étaient encore dans le désert, on trouve des marques plus positives de l'an-

torité des chefs dans les tribus. Non-seulement on voit en plusieurs endroits des hommes appelés princes de la multitude ; mais au commencement du livre des Nombres, ils sont désignés par leurs noms et par leurs tribus ; ils sont appelés princes des tribus et des maisons, chacun dans sa parenté ; princes de la multitude dans leurs tribus et chefs de l'armée d'Israël : ils sont associés à Moïse pour faire le recensement de tous les hommes en état de porter les armes (137). On les voit ensuite, dans l'ordre du campement , placés chacun à la tête de sa tribu , et la commandant (1 38). Enfin on les retrouve dans beaucoup d'occasions associés à Moïse et à Âaron , et toujours avec ce même titre de princes des tribus.

Si cependant on veut que cet ordre de choses n'ait pas existé dans le désert , et que les tribus n'y aient pas eu un gouvernement particulier, nous n'avons pas d'intérêt à soutenir le contraire; il s'ensuivra seulement que cette forme de gouvernement par tribus a commencé plus tard , et lorsque les Israélites , ayant passé le désert , se furent établis dans la terre de Ghanaan : il n'en sera pas moins vrai que du moment où elle a commencé, elle s'est perpétuée jusqu'au temps de Jésus-Christ dans la tribu de Juda , mal-

1 26 DISSERTATlOlf

gré les diverses réyolutions par lesquelles elle a passé*

Immédiatement après l'établissement du peuple hébreu dans la terre qui lui avait été prolnise, les douze tribus formèrent douze cantons séparés, ayant chacun son gouvernement ; et , sous les lois communes que Moïse leur avait données, coinposèrent une sorte de république fédérative. Au premier chapitre du livre des Juges, on voit ces diverses ti'ibus avoir chacune de son côté des guerres contre les nations qui leur étaient voisines , ou qui occupaient leur territoire ; on les voit ensuite avoir des guerres civiles t ce qui suppose dans toutes un gouvernement et des chefs particuliers. Il est vrai que dans cet intervalle la nation a eu de temps en temps des chefs communs sous le nom de juges. C'était principalement dans le temps où , en punition de ses fautes , elle avait été asservie à des puissances étrangères; que Dieu, en considération de son repentir , lui envoyait des libérateurs qui jouissaient sur elle d'une autorité générale. Mais, outre ces juges communs qui n'existaient que de temps en temps , les tribus avaient leurs chefs particuliei^ qui régissaient et jugeaient chacune d'elles : Moïse le leur avait ainsi ordonné (139); et nous trouvons dans

SUR LES l^ROPHÉtlES. la;

plusieurs endroits une mention expresse de ces chefs. Deux tribus qui étaient restées en-deçà du Jourdain ayant donné de Finquiétudç aux autres , il fut député vers elles dix princes ou chefs , un de ehaque ti*ibu, avec Phinéès Gis du grand prêtre (i4o). Débora parle dans son cantique de ces princes qui siégeaient sur les tribunaux (i/|i). Il serait facile de produire bien d'autres exemples. Ainsi , dans ce premier intervalle de quatre cents ans , la prophétie de Jacob a été accomplie»

Il ne peut pas y avoir de difficultés sur l'état politique de la tribu de Juda pendant le temps de ses rois , surtout depuis David. II est bon cependant d'observer que , quelle que fût l'autorité suprême des rois , les tri-* bus formaient des corps séparés , et avaient des çhe&r A la mort de Satil, la tribu de Juda vint trouver David, et l'oignit pour régner sur elle (143). Abner, général des armées de Saùl , engagea toutes les autres tribus à reconnaître pour leur roi Isboseth fils de Saùl , et ce ne fut qu'à la mort de ce prince que ces tribus vinrent trouver David; et firent avec lui un pacte d'après lequel elles l'oignirent roi sur tout Israël (i4^^)* Roboam ayant irrité les Israélites par sa dureté , le peuple dit : Qu'avons-nous de com-

1 28 DtSSERTATIOlf

muu avec David ? Pourquoi serions-nous rhéritage du fils d'Isaïe? Retournez dans vos maisons , Israël ; David , conservez votre maison (i44)* Dès ce moment, les destinées de la tribu de Juda furent différentes de celles des autres tribus. Tandis qu'elles étaient ré* gies successivement par des rois de différentes dynasties et de différentes tribus , Juda fut toujours gouverné par des rois du sang de David. Remarquons cependant que ce royaume de Juda n^était pas absolument formé de cette seule tribu, il renfermait la tribu de Benjamin , beaucoup de membres de la tribu de Lévi , et quelques individus des autres ' royaumes; mais la majeure partie de l'état, on peut même dire la totalité morale, était la tribu de Juda ; le reste étant en comparaison d'elle très-peu nombreux. Aussi voyon»nous dans plusieurs endroits les auteurs sacrés dire qu'il n'était resté dans ce royaume que la tribu de Juda. Le prophète Ahias prédisant à Jéroboam sa royauté, lui annonce que le Seigneur le fera régner sur dix tribus, et n'en laissera qu'une au fils de David (i 45). Et il est dit ailleurs, au sujet de la destruction du royaume d'Israël, que Dieu irrité contre Israël l'a rejeté de sa présence , et qu'il n'est resté que la seule tribu de Juda (i46). Ces deux royaumes finirent d'exister, par^

SUR LES PROPHBTIES. I 29

ce qu'ils furent conquià, et leurs peuples amenés en captivité , savoir. : le royaume d'Israël, par Salmanazar , et celui de Juda, qua* tre-vingt-cinq ans après , par Nabuchodonosor : mais le sort de ces deux nations fut bien diflerent. La ruine d'Israël fut totale, absolue, sans retour. Dès ce moment leurs dix tribus ont cessé de former un état politique ; elles sont restées assujetties à leurs vainqueurs, et n'ont jamais été rétablies. Il est même rapporté que les rois d'Assyrie donnèrent leur pays à de nouveaux babitants , qui prirent possession de Samarie et des autres villes (147)* Quant aux individus des dix tribus , ils furent transportés au-delà de l'Euphrate , d'où ils ne revinrent plus ; et Josepbe atteste que leurs descendants y étaient encore de son temps (i4B)*

Mais il en fut tout autrement de la tribu de Juda et de la captivité qu'elle éprouva : elle cessa, il est vrai, d'avoir des souverains du sang de David , portants le titre de roi ; mais elle ne cessa pas pour cela de former un corps de nation , de se régir par ses jois , et d'avoir des cbefs de son sang. Si l'on veut absolument que, pendant les soixante-dix ans de la captivité deBabylone, cette tribu n'ait conservé aucune autorité sur elle-même , nous pouvons sans inconvénient Tac-

l5o DISSERtATlOir

corder: un intervalle aussi court dans Tes^ pace de quinze siècles « ne peut pas être regardé comme une cessation, ce n'est qu'une interruption momentanée* Dira-t-on que le Portugal a cessé d'être un royaume , parce que, pendant soixante ans ^ il a été assujetti à la couronne d'Espagne? On peut d'autant moins le dire de la tribu de Juda, que, peu* dant cette captivité, elle a toujours conservé Fespérance du rétablissement dans son pays; espérance fondée sur les prophéties qui le lui promettaient. Mais est- il même vrai que dans cet intervalle la tribu de Juda ait cessé de JTaire un corps de nation , d'être régie par ses lois, et jugée par ses chefs? Nous avons un témoignage du contraire dans l'histoire de Suzanne ; nous y voyons deux vieillards de la nation , constitués juges pour une année; nous les voyons accuser cette sainte femme devant l'assemblée du peuple, qui d'abord la condamne et ensuite l'absout, et qui punit de mort ses impures calomniateurs (149)* L'histoire d'Ësther nous pi-ésente aussi une idée de l'état de la nation juive sous l'empire des rois de Perse. Assuérus, trompé par Aman, avait donné contre les Juifs un premier édit qui les proscrivait : il y était dit qu'ils se gouvernaient par des lois nouvelles , qu'ils agissaient contre les coutumes

SUA XBS PROPHÉTIES. 1 3 1

de toutes les nations , qu'ils avaient des lois perverses (i56); mais ce prince, désabusé par Esther, publia une autre loi favorable aux Juifs, dans laquelle il déclarait qu'ils se conduisaient selon de justes lois (i 5 1). Il parait donc que, même sous l'empire des rois de Babylone et de Perse, la tribu de Juda avait conservé ses lois , ses juges , son droit de glaive , son état en corps de nation , et qu'elle formait dans l'empire où elle avait été transportée, ce que les publicistes appellent status in statu.

Ce fut après le retour de la captivité que le pays fut appelé Judée et ses babitants Juifs , du nom de la tribu qui formait la presque totalité du peuple. Nous n'avons pas l'édit par lequel Cyrus permettait aux Juifs de retourner babiter leur ancienne patrie; mais nous ne pouvons pas douter qu'ils n'y formassent de nouveau un corps de nation régi par ses magistrats , puisque nous voyons dès ce moment Zorobabel, issu du sang royal, reconnu cbef du peuple , conjointement avec les principaux de la nation. L'édit accordé par Artaxerxe à Esdras est positif. Il l'autorise à établir des juges , des présidents qui fassent observer la loi de Moïse , et qui prononcent des jugements même capitaux (i 5 a). Ainsi fut perpétué dans la tribu de Juda ,

l32 DISSERT ATIOlir

conformément à la prophétie de Jacob , le droit de glaive et la prérogative d'être régie par des cbefs pris dans elle*méme« Le' régime de cet état était aristocratique; et l'autorité, soit administrative, soit judiciaire, était exercée par les principaux d'entre les Juifs. Cet ordre de cboses dura pendant l'espace d'environ trois cents soixantenlix ans , jusqu'au temps des Machabée. Alors la nécessité de résister à la violente persécution d'Aut tiocbus , fit cbanger quelque cbose à la constitution. Il fallut se donner un cbef guer<rier; ce qui rapprocha l'état du. gouvernement monarchique. Judas Machabée, ensuite ses frères, et, après eux, les descendants de Simon eurent la principale part à l'autorité ; mais le corps de la tribu ne la perdit pas pour cela. Ce fut le peuple qui élut pour ses chefs successivement Jonathas et Simon (i53). An* térieurement, et du temps de Judas Machabée , une ambassade avait été envoyée à Rome, non pas seulement par lui et par ses frères, mais par tout le peuple des Juifs (i 54]* Une lettre écrite aux Spartiates, l'est aussi par Jonathas, souverain pontife, par les anciens de la nation , par les prêtres , et par tout le reste du peuple (i 55). Il est donc clair que depuis la captivité , et jusque sous les Asmonéens , qui étaient de la tribu de Lévi,

SUR LES PROPHÉTIES. l33

la tribu de Juda avait conservé , avec son état de nation , son autorité propre.

« On prétend qu^il n'est pas vrai que , «depuis leur retour de la captivité, les K Juifs aient conservé l'autorité sur leur ré«* K publique: on dit qu'ils payaient un tribut « aux rois de Perse ; qu'il continuèrent de le •t payer au;i rois de Syrie , et qu'ils étaient K soumis à leur puissance* m

Nous ne disconvenons pas entièrement du fait; mais un état peut être tributaire d'un autre , être même à quelques égards dans sa dépendance, et cependant conserver son existence politique , le droit d'user de ses propres lois, d'être rég^i par ses cbefs, de juger les procès, d'infliger aux coupables des peines , même celle de mort , d'administrer ses affaires : dans ce cas nous disons qu'elle est véritablement une puissance de l'ordre politique. La république judaïque , dans le temps qui s'est écoulé depuis le retour de la captivité, n'a pas toujours joui d'une indé* pendance entière ; mais elle n'a pas cessé d'être une république : on peut dire d'elle, avec une entière vérité, que dans cet inter* valle comme dans les précédents , elle a conservé la verge, symbole d'autorité, et les chefs tirés d'elle-même que lui avait promis Jacob.

l34 DISSERTATION

Eaviron soixante- trois ans ayant Jésus* Christ , Pompée s^étant emparé de Jérusalem, y établit roi Hircan , issu du sang asmonéen ; et il rendit les Juifs tributaires des Romains^ Yingt-cinq ans après, Hérode, Iduméende naissance, fut fait par les Romains roi de la Judée : plusieurs de ses descendants lui suc-* cédèrent dans la souveraineté, soit de tout le pays, soit d'une partie. Des gouverneurs romains furent après cela chargés du gouvernement de la Judée, jusqu'au temps de la destruction par Yespasien et Tite. Les doc* teurs ne sont pas absolument d'accord sur celle de ces diverses époques où le sceptre a ^cessé d'être dans la tribu de Juda : nous n'avons pas intérêt d'entrer dans cette discussion. Quellç que soit l'opinion que l'ou adopte, il est toujours certain que la tribu issue de Juda a cessé d'avoir sa forme de gouvernement régi par ses lois et par des chefs pris parmi elle seulement un peu de temps avant , ou un peu de temps après que Jésus-Christ a paru dans le monde : ce qui accomplit la prophétie de Jacob. Il n'est cependant pas inutile de faire, relativement à ces temps de dépérissement de la république judaïque, une observation: c'est que même sous les Hérodes , du temps de Jésus- Christ , et jusqu'après lui , les Juifs avaient

SUR LBS PROPHI^TIES. 1 35

conservé le droit de glaive, qui est une por- Uon e$seiitielle de la souveraineté* Nous en avou$ diverses preuves t V histoire de la femme adultère amenée à Jésus-Christ pour savoir si on devait la lapider (i56); Tinformation faite par le Sanhédrin au sujet d'un aveugle né que le Sauveur avait guéri (157); la réponse de Pilate aux Juifs dans la passion : Prenez-le vous-mêmes et jugez-le selon votre loi (1 58); le procès fait aux apôtres et leur flagellation , parce qu'ils prêchaient au nom de Jésus-Chrîst (iSq); le martyre de saint Etienne (160); celui de saint Jacques le mineur (iÇi). Peut-être d'après ces faits, l'opinfon lît plus vraie est^elle que ce n'est pas tout d'un coup et à une seule époque que le sceptre a cessé d'être dans la tribu de Juda ; mais qu'elle a perdu successivement les dir verses préroga^tives qui constituent l'autorité souveraine , et c^la depuis les temps/qui ont un peu précédé la naissance de. Jésus-Christ jusqu'à l'entière ruine de l'état, environ quarante ans après son ascension,

XIY. 3i nous avions encore affaire auj| Juifs anciens qui reconnaissaient dans les paroles du patriarche Jacob à son fils Juda une prophétie du Messiç, il suffirait de leur montrer que depuis Iqng- temps ils n'ont pli^s aucune forme d'état pp|i tique , aucune

l36 DISSERTATION

sorte d'autorité, aucun chef pris parmi eux : et nous en conclurions que le Messie promis par Jacob est arrivé depuis long-temps. Mais les Juifs modernes , et surtout les incrédules de nos jours, refusant de voir dans ces paroles une pi*opbélie , il faut reprendre les choses de plus haut, et leur montrer que c'en est une.qui a été littéralement accomplie en Jésus-Christ.

Le caractère le plus certain d*une prophétie est , comme nous l'avons vu , son accomplissement. Lorsque de la part de Dieu est annoncé un événement futur , que la prudence humaine ne pouvait aucunement prévoir, et qui se réalise avec une exactitude entière, sans que le hasard ait pu former cette conformité entre l'événement et la prédiction, on ne peut pas s'empêcher de croire que c'est une vraie prophétie.

Or, il est évident lO que Jacob prédit à Juda , d€ même qu'à ses autres enfants^ des choses futures relatives i sa postérité.

Il est évident fto que les choses qu'il lui prédit sont : que ses descendants formeront une nation, une société politique; que cette nation sera régie par des chefs pris au-dedans d'elle ; qu'il viendra un personnage désigné par le nom de Kilo; que la nation conservera son autorité politique et ses chefs jusqu'à

SUR LBS PROPHétIES. ijy

l'arrivée de ce personnage ; enfin qne ce personnage sera l'attente des nations , ou que les nations se réuniront à lui , ou que les nations lui obéiront.

Il est évident 3o qu'il était impossible à Jacob de prévoir par ses seules lumières nai» tarelles toutes ces destinées futures de sa postérité; que de cbacnn de ses enfants il sortirait une tribu ; que chapune de ses tribus jugerait son peuple e( aurait sur lui l'autorité ; que cette autorité cesserait plutôt dans les autres tribus que dans celle de Juda ; que cette autorité se conserverait dai» ïa tribu de Juda jusqu'à l'arrivée de Kilo ; qne toutes les nations viendraient se réunir à Kilo.

Il est évident 4*^ qu'il serait également absurde d'attribuer au hasard le rapport avec la prédiction d'événemerits aussi éloignés , aussi compliqués, aussi perpétués dans le cours de plusieurs , aussi dépendants de causes diverses , libres et inconnues.

Il est évident 5o et nous venons dé ledémontrer , que la partie de la prédîctioii relative à la permanence de Tàutorité dans la tribu de Juda s'est littéralement iiccomplie pendant un intervalle de prèsf dé qtiinzé' siècles, et malgré les révolutions à travers lesquelles a passé t^ette tribu.

i38 DISSERTATION

Il est évident 6^ que vers le temps où les Juifs ont perdu leur autorité et leurs che& pris parmi eux , Jésus-Christ a paru dans le monde.

Il est évident 70 qu^après la venue de Jésus-Christ il a été annoncé aux nations qui Tout reconnu et qui se sont soumises à sa loi.

li est évident 80 qu'il ne s'est élevé , ni à cette époque , ni auparavant , ni depuis aucun autre personnage qui réunisse ces caractères.

Il est donc évident enfin, que les paroles de Jacob à Juda sont une vraie pix>phétie de Jésus-Christ , qui a eu dans Jésus- Christ son accomplissement li ttéral , exact et parfai t.

XY. On demande pourquoi cette prophétie, qui aurait été si puissante pour convaincre les Juifs, n'a été cité ni par Jésus- Christ, ni par ses apôtres : à cette interrogation nous avons plusieurs réponses à donner. En premier lieu, l'objet principal de la prophétie était de montrer le temps où le Messie devait venir ; mais lorsque Jésus-Christ est venu publier sa loi , c'était , comme nous le verrons, unq opinion générale et constante', que le texiips de l'apparition du Messie était arrivé : on n'avait pas à prouver ce point ; et l'epiploi de la prophétie de Jacob eût été superflu. En second lieu, il aurait été encore

SUR LBS PROPHÉTIES. iSg

inatile par une autre raison i c'est que la république des Juifs subsistait encore, et que rien n'annonçait qu'elle dût finir* L'argu- , ment tiré de ce qu'elle devait peu après être détruite, n'aurait pas eu encore de force. En troisième lieu , la partie de la pi*opbétie qui annonce que les nations reconnaîtront le Messie, n'était pas encore accomplie; il était donc encore à cet égard impossible d'en faire une preuve de la mission de Jésus-Cbrist.

Nous finirons ce qui concerne cet oracle sacré par deux réflexions : entre la première el la dernière partie de la prophétie il y a un rapport intime. L'autorité doit cesser dans Juda quand l'autorité sur toutes les nations doit passer au personnage annoncé. Un empire doit succéder à l'autre : c'est qu'alors il sera inutile que 1r république judaïque subsiste ; elle n'est établie que pour amener le Messie 4 qui donnera sa loi à toutes les nations. Le Messie venu, la tribu de Juda n'a plus d'objet ; elle ne sert plus aux vues de Dieu : son état est anéanti.

De là , résulte encore contre le système des Juifis un très-fort argument. Si , comme ils le croient , le Messie doit être un roi victorieux , qui rétablisse leur empire , et qui leur donne pous toujours une vaste domination ; il n'est pas vrai qu'alors le sceptre

l4o DISSERTATION

doive sortir de Juda ; au contraire l'empire de cette tribu sera plus florissant, plus puissant , plus solidement établi que jamais. Il faut <piHls effacent de leurs liyi*es sacrés cette propbétie , on qu'ils y lisent la friyo-* lité de leur attente.

Page 1