‹ Dissertation sur les prophétiesChapitre 7 sur 50 · S II · texte numérisé non relu

S II

Prophétie de Daniel sur les soixante^dix semaines.

I. Le prophète Daniel ayant compris par la lecture des livres saints , que le nombre des années de la captivité sous laquelle gémissaient alors les Juifs avait été fixé par le Seigneur , et par l'organe du prophète Jérémie à soixante-dix ans , et voyant dans la première année de la conquête faite par Gyrus de la Chaldée que le terme approchait, adressa au Seigneur une fervente prière, dans laquelle, en reconnaissant que sa nation était justement punie, il implorait pour elle la miséricorde divine (i6a).

2 1 . Lorsque je ri assois pets encore acheyé les paroles de ma prière , Gabriel que j'avais vu au commencement dans une vision , vola tout et un coup vers moi, et me toucha au temps du sacrifice du soir*

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22. Il m'instruisit , me parla , et me dit : Daniel, je suis venu maintenant pour vous enseigner et pour vous donner l'intelligence.

25 • Dès le commencement de votre prière j'ai reçu cet ordre , et je suis venu pour vous découvrir toutes choses, parce que vous êtes un homme de désirs; soyez donc attentif à ce que je vais vous dire , et comprenez cette vision :

24 • Dieu a abrégé le temps à soixante-dix semaines sur votre peuple et sur votre ville sainte 9 afin que les prévarications soient abolies, que le péché trouve sa fin, que l'i^ niquité soit effacée, que la justice étemelle vienne sur la terre , que les visions et les prophéties soient accomplies, et que le Saint des saints soit oint.

35* Sachez donc ceci, et gravez^le dans votre esprit. Depuis tordre qui sera donné pour rebâtir Jérusalem jusqu'au Christ chef, il y aura sept semaines et soixante - deux semaines; et les places et les murailles de la ville seront bâties de nouifeau parmi des temps fâcheux et difficiles.

Et après soixante-deiix semaines, le Christ sera mis à mort; et le peuple qui doit le renoncer ne sera plus. Un peuple qui doit venir avec son chef, détruira la ville et le sanctuaire; elle finira par la déi^€utation ,

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et la désolation prédite, arrii^era auant la fin

de la guerre.

36. Une semaine confirmera V alliance asfcc plusieurs ; et à la moitié de la semaine , les hosties et les sacrifices seront abolis. L'abomination de la désolation sera dans le temple, et la désolation durera jusqu à la consommation etjusqu^à la fin (i65).

Telle est la prophétie de Daniel selon la Yulgate , laquelle , dans quelques endroits , diflere un peu du texte et de la version des Septante: nous aurons occasion d'observer ces différences, qui sont de peud'imporlance relativement à notre discussion.

Il est évident i la simple inspection de ce texte , que c'est une prédiction ; et que Daniel , ou plutôt Tange Gabriel qui lui parle , annonce des événements futurs. Il serait ridicule de chercber à prouver une chose aussi évidente. La question est donc de savoir, i<»8i cette prédiction est une prophétie divine : ce qui sera certain , si elle a eu son accomplissement exact , qui n'ait pu ni être prévu par des causes naturelles , ni être arrivé au hasard ; ao si cette prophétie divine annonce Jésus-Christ et s'est réalisée en lui.

II. Les événements annoncée par cette prédiction sont enfermés entre deux épo-

ques, toutes deux prédites. La première est rémission de la parole , ou du décret pour rebâtir Jérusalem qui était alors ruinée. La seconde est la nouvelle destruction de cette ville et de son temple. Dans cet intervalle voici les événements qui sont prédits:

Un ordre ou un décret doit être donné pour rebâtir Jérusalem.

Dans soixante -dix semaines, à dater de rémission, ou selon d'autres , deTexécution de ce décret, doit venir un personnage important, à qui l'Ange donne le nom de Christ chef, et qu'il qualifie du titre de Saint des saints f fin selon l'hébreu, Sainteté des saintetés.

Les soixante- dix semaines sont divisées en trois parties , savoir : sept semaines , soixante-deux semaines, et une demi-semaine.

Pendant les sept premières, les murailles et les places de Jérusalem doivent être rebâties par des temps fàcbeux et difficiles. Après les soixante-deux suivantes, le personnage annoncé et appelé Christ doit être mis à mort , et, selon la iorce du mot hébreu, subir une peine capitale. Pendant la dernière semaine, nn nouveau pacte doit être fait et confirmé avec plusieurs, et au milieu de la semaine lés sacrifices et les victimes doivent cesser.

Le peuple du Christ cessera d'exister, ou ,

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si on veut s'en tenir au texte hébreu , ce ne sera pas à raison de ses propres crimes qae le Christ sera supplicié.

Dans le même temps Tiniquité sera détruite , et la justice éternelle viendra sur la terre.

La vision et la prophétie seront alors accomplies , ou , selon l'hébreu et les Septante , seront scellées ou terminées.

Un peuple viendra avec son chef détruire Jérusalem et son temple : l'abomination de la désolation sera dans le temple ; et la désolation durera jusqu'à la Gn.

III. Je commence par poser deux.vérités évidentes : lO il était impossible à Daniel de prévoir, par ses propres lumières, celte longue suite d'événements si éloignés de toute vraisemblance, et dont les causes secondes lui étaient absolunient inconnues. 2^ Si on voit cette prédiction si compliquée , littéralement accomplie, on ne peut pas imaginer que ce soit le hasard qui ait produit cet accomplissement; qui non -seulement ait fait an'iver toute cette succession d'événements de la manière dont ils étaient annoncés, mais qui les ait fait tomber aux époques prédites. Ces deux vérités sont tellement cer-^ taines, tellement claires, que jamais elles n'ont été contredites. De tous les ennemis

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de la religion chrétienne, Juifs, païens, incrédules , qui ont cherché toutes les objections contre cette prophétie, aucun n'a imaginé de dire que la prédiction de Daniel avait pu être faite par une prévision naturelle , ou produite à l'aventure et fortuitement réalisée.

Je viens maintenant à la démonstration résultante de cette prophétie, et pour l'établir , je pose trois propositions.

10 L'époque fixée par Daniel pour la venue du personnage important qu'il annonce, est passée depuis très-long- temps.

20 Ce personnage annoncé est le Messie prédit par d'autres prophètes et attendu par les Juifs.

30 Le Messie annoncé dans cette prédiction est Jésus-Christ en qui elle s'est littéralement accomplie.

IV. Première proposition. L'époque-fixée par Daniel pour l'arrivée du personnage important qu'il annonce^ est passée depuis trèslong-temps.

Cette époque est de soixante-dix semaines , à dater de l'émission , ou peut-être de l'exécution du décret pour la reconstruction de Jérusalem. Les Juifs connaissaient deux sortes de semaines : des semaines de jours , telles que les nôtres, et des semaines d'années. T. I. 7

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Nous voyons dans les livres saints, employer celte manière de compter les temps par semaines de sept ans (i64)* Ainsi le peuple Juif y était accoutumé, et u'étajt pas étonné qu'on s'en servît. Que ce soit des semaines de jours, que ce soit des semaines d'années qu'entende le prophète , il est évident que depuis long- temps elles sont écoulées : les unes feraient quatre cent quatre-vingt-dix jours, les' autres quatre cent quatre-vingtdix ans : et il y a bien plus de teipps que Jérusalem a été rebâtie.

V. Quelques rabbins modernes ont imaginé de dire que c'était de semaines de siècles que parlait Daniel, et que le personnage annoncé par lui , ne devait paraître qu'au bout de quarante-neuf mille ans. Mais, en produisant ce système tout nouveau , il faudrait l'appuyer de quelques raisons : il serait nécessaire de rapporter quelqu'endroit de l'Ecriture où il soit question de semblables semaines. L'Ange parlait à Daniel pour être entendu. C'était dans la même vue que Daniel rapportait aux Juifs ses paroles; il voulait qu'ils se préparassent à recevoir dans le temps marqué celui qui était annoncé. Mais certainement, ni Daniel n'aurait entendu le langage de l'Ange, ni les Juifs n'auraient compris celui de Daniel, s'il avait été ques-

tion d'une sorte de semaine dont jamais ils n'auraient entendu parler, et dont ils n'auraient eu aucune idée. Il est clair que dans ce cas, TAnge aurait induit en erreur et Daniel et tout le peuple , en leur faisant espérer dans un temps plus rapproché, ce qui ne devait avoir lieu que dans un beaucoup plus long intervalle.

Mais le texte même , aidé de l'événement , s'explique clairement: et en l'examinant, il est facile de se convaincre que ce n'est ni de semaines de siècles , ni de semaines de jours , mais de semaines d'années que paçle le prophète ; il divise ces soixante-dix semaines en trois parties ; et il est clair que dans les trois intervalles , il parle du même genre de semaines , puisque ce sont trois fractions de la même durée. Si on veut que ce soit des semaines de joules , il faut dire que Jérusalem sera entièrement bâtie en quarante -neuf jours, malgré les diBaicultés et les temps fâcheux qui sont prédits. Si on aime mieux que ce soient des semaines de siècles , alors les Juifs emploieront à cette restauration quatre mille neuf cents ans, ce qui n'est pas moins ridicule. En s'arrétant à des semaines d'années , la prophétie a un sens simple et raisonnable , et cadre avec l'événement. Les temps fâcheux annoncés par Daniel, sont

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effectivement arrivés. Nous apprenoss, et des livres d'Esdras , et de l'historien Josephe , que les nations voisines n^ont cessé de traverser les Juifs dans la reconstruction de leur ville , employant tantôt l'intrigue auprès des rois de Perse, tantôt la force et la violence. Il n'est donc p^ étonnant que la restauration de Jérusalem n'ait été complètement acbevée qu'au bout de quarante-neuf ans , à dater du temps où la permission a été accordée : ce qui donne l'emploi des $ept premières semaines. Nous allons voir que ce qui est dit des deux autres intervalles a eu pareillement son accomplissement en l'entendant de semaines d'«umée$. Il est encore bon d'observer que Daniel , lorsqu'il parle de semaines de jours, le marque expressément : nous en avons plusieurs exemples dans le livre de ses prophétie» (i 65). Ainsi , tout montre que ce prophète entend ici des semaines d'années, lesquelles doivent commencer à la date de l'édit pour la restauration de Jérusalem, édit qui est maintenant à vingt-trois siècles de nous.

Une autre preuve que le temps fixé par Daniel est écoulé depuis long-temps, est l'événement qui termine sa prédiction : la dernière époque qu'il annonce , est la destruction de Jérusalem et de son templfi p^i* ui^

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peuple qui viendra avec son chef; c'est par là que tout doit finir. Oi*, il y a dix-sept cents ans que cette époque est arrivée , et que Tite , à la tête des armées romaines , a réalisé cette partie de l'oracle sacré.

VI. Seconde proposition. Le personnage annoncé par Daniel après les soixante-dix ^maines, est le Messie prédit par d'autres prophètes, et attendu par les Juifs.

Nous avons d'abord en faveur de cette vérité, l'autorité des Juifs anciens qui, comme nous l'avons déjà observé, est foi^t supérieure à celle de quelques juifs modernes et d'un trèsi-petit nombre d'auteurs chrétiens qui s'y sont joints pour appliquer à d'autres qu'au Messie cette prophétie.

Ce système récent est aussi démontré faux par la manière dont se présentent ses inventeurs : ils divisent en deux parties la prédiction de Daniel. La première , qui coiliprend les premiers versets jusqu'au vingt -cinquième , a rapport, de leur aveu , au Messie ; c'est lui qui est le Saint des saints , qui doit être oint, qui doit détruire les péchés , qui doit amener la justice éternelle. La seconde partie, qui commence au verset vingt-cinq,' sachez donc ceci et faites-y attention , regarde, selon eux, quelqu' autre personnage; mais quand il s'agit de le désigner , ils nes'accor-

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dent pas entr'eux : nous examinerons dans un moment leurs diverses opinions ; contentons* nous ici de les réfuter tous ensemble par une seule considération. C'est que leur principe fondamental , la division de la prophétie en deux parties relatives à deux objets difTérents, est une illusion. Il est clair au contraire que tout le discours de TAnge à Daniel, ne forme qU'un seul contexte, et a rapport à une seule et même personne ; en aorte que la seconde partie n'estqu'un développement plus étendu de ce qui est dit dans la première. Il suffit de lire le texte , pour être frappé de cette vérité; mais puisqu'on la conteste, arrêtonsnous un moment à la démontrer.

D'abord, les mots qui commencent cette seconde partie , sachez donc ceci et faites-y at-tention , la lient avec la première ; ensuite , l'Ange qui , dans la première partie, a parlé de soixante-dix semaines , dans la seconde en annonce sept , soixante-deux , et une demie ; et il explique ce qui doit arriver dans chacun de ces intervalles. C'est évidemment le même compte d'années ; c'est le développement en détail de ce qui vient d'être dit ei\. général. Enfin, ce qui achève de montrer que dans l'une et dans l'autre partie il parle de la même personne, c'est que, dans les deux, il lui donne le même nom; il l'appelle dans la

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seconde Christ , ce qui signifie oint. Dans la première , il avait dit que le Saint des saints serait om£ : l'identité de nom , le rapport de temps , la liaison des phrases , tout annonce que c'est ici un discours suivi , qui n'a qu^uu seul et même objet.

Il n'y a que le Messie qui dans les livres saints ^ soit appelé le Christ , ou l'Oint purement et simplement et par antonomase. Toutes les fois que la qualité d'oint est appliquée aune autre personne , il y a dans le discours, quelque chose qui l'indique. Mais il était tellement reçu que le mot Christ signifiait le Messie, que, dans beaucoup d'endroits del'É* vaugile^ nous voyons le Messie ainsi appelé : c'étaient deux termes synonymes. La Samaritaine le dit expressément : Le Messie vient, qu'on appelle le Christ C^^^J* Quand des pharisiens viennent demander à Jean-Baptiste , qui il est ? il déclare qu'il n'est pas le Christ; et pourquoi donc, répliquent-ils , baptisez-vous , si vous n'êtes pas le Christ (167) ? Les Juifs étonnés des mii'acles de Jésus-Christ et doutant s'il n'est pas le Messie^ expriment souvent leur incertitude , en demandant s'il est le Christ (168). St. Pierre déclare à son maître qu'il le reconnaît pour le Messie , en lui disant : vous êtes le Christ (169). 11 serait inutile de rapporter un plus

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grand nombre d'exemples; ceux-ci suffisent pour prouver que dans le langage des Juifs , le nom de Christ signifiait le Messie, et que par conséquent , ce ne peut être que lui que Daniel ait eu en vue.

Deux dernières considérations acbèvent de nous montrer que c'est du Messie que parle Daniel : d'abord , ses expressions sont telle~ ment fortes, annoncent un personnage tellement parfait , qu'elles ne peuvent convenir qu'au Messie ; il est appelé le Saint des ss^ints; et selon l'hébreu , la sainteté des saintetés ; il doit mettre fin à l'iniquité, et amener une justice éternelle. A ces traits, quel autre pouvaient reconnaître les Juifs que l'envoyé diviu qui leur était promis? Ensuite, nous voyous les caractères , les qualités , les fonc* tions que Daniel attribue à celui qu'il annonce, parfaitement conformes à ce que , de l'aveu des Juifs , les autres prophètes prédisent du Messie : c'est donc , de même qu'eux , le Messie qu'il prédit.

VII. Troisième proposition. Le Messie annoncé dans cette prédiction , est Jésus- Christ en qui elle s'est pleinement accomplie.

Pour nous convaincre de cette vérité, prenons d'une main le texte de Daniel, et de l'autre l'Évangile , et nous verrons que l'un est

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raccomplissement eiact de l'autre. Nous reconnaîtrons dans ce que l'histoire nous ap* prend et dans ce que la foi nous révèle de Jésus-Christ , tous les caractères marqués d'avance par Daniel avec tant de clarté.

En premier lieu , l'époque de la fin des soixante-dix semaines cadre avec celle de la mort de Jésus-Christ. Les chronologistes disputent entr'eux sur le temps où doivent commencer ces semaines. Il y a eu quatre édits émanés des rois de Perse pour le rétablissement de Jérusalem. Le premier , de Cyrus , dans la première année de son règne. Le second, de Darius, fils d'HystaSpe , dans la seconde du sien. Les deux derniers , d'Artaxerxes-Longue-main, l'un dans sa septième, l'autre dans sa vingtième année de règne. Je ne crois pas devoir entrer dans l'examen de ces difierents systèmes , ni adopter l'un de préférence aux autres. Ce n'est point sur des systèmes particuliers que nous établissons les preuves de la religion. Je suis d'autant moins obligé d'en admettre et d'en rejeter, que la différence de l'unà l'autre est peu considérable; et qu'a la seule inspection, sans même se livrer à un examen détaillé , on voit les deux époques , celle indiquée par Daniel et celle de la mort de Jésus-Christ, se rapporter à très-peu de distance près. Les auteurs qui

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proposent les diverses opinions , font cadrer chacun la sienne avant révénement. On nous objecte cette variété de sentiments entre les chrétiens comme une contradiction importante; de bonne foi, peut-on en faire contre l'accomplissement de notre prophétie, une difficulté raisonnable ? Quel est le point de la chronologie ancienne, sur lequel il n'y ait pas, entre les savants^ partage et dispute? Diverses raisons donnent encore plus de prise à la variété des opinions sur cet article. 1 o La chronologie des rois de Perse n'est pas parfaitement connue. 20 Plusieurs de ces rois ayant été associés au trône parleurs prédécesseurs, les années de leur règne sont comptées par quelques chronologistes , du jour de l'association ; par d'autres, du temps de la succession. 3o Quelques savants datent le commencement des semaines, de l'émission du décret pour rebâtir Jérusalem; d'autres les font commencer à l'exécution de ce décret. 4^ Le commencement même de l'ère chrétienne et l'époque précise delà naissance et de la mort de Jésus-Christ, est aussi un sujet de contestation entre les érudits : il serait donc bien étonnant qu'ils s'accordassent sur le calcul des semaines de Daniel ; ils diffèrent de peu d'années ; ils ne diffèrent pas sur l'essentiel , c'est-à-dire, sur le rapport de

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la prophétie à révénement : on ne peut pas avec fondement nous opposer leur division sur quelques incidents indifférents au fond de la question.

Le premier caractère convient donc parfaitement à Jésus -Christ Y et il ne convient qu à lui. Qiiel autre personnage est mort à la même époque^ que l'on puisse croire le Messie promis aux Juifs , et qui en présente même les plus légers traits (170)?

En second lieu, le nom de Christ absolument et sans addition , a été constamment donné à notre Jésus ; et c'est encore un caractère qui ne convient qu'à lui : jamais ce nom n'a été donné à un autre (171)* C'est parce qu'il a été uniquement et universellement connu sous cette dénomination , que ceux de sa religion ont été appelés chrétiens : et ce n'est pas seulement par eux , c'est aussi par ses ennemis qu'il a été appelé ainsi. Nous avons vu Josephe , rapportant le martyre de St. Jacques , dire qu'il était frère de Jésus comme Christ (172); et Tacite, parlant des chrétiens tourmentés sous Néron , dire que l'auteur de ce nom est Christ qui , sous l'empire de Tibère, fut condamné au supplice par le gouverneur Ponce-Pilate (i yZ).

En troisième lieu , ce Saint des saints, ce Christ, non -seulement doit mourir , mais

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doit être tué ; et, selon la force du mot hébreu , supplicié par une sentence juridique au bout des soixante-dix semaines. C'est encore un caractère qui convient à Jésus-Christ condamné à mort et crucifié, et qui ne convient qu'à lui. On ne voit aucun autre personnage susceptible des titres donnés par Daniel, qui , à cette époque, ait subi une peine capitale.

En quatrième lieu, il est dit dans la prophétie , selon la Vulgate , que le peuple de ce personnage qui l'aura renié , cessera d'être un peuple, ou , si on veut , cessera d'être son peuple. Non erit populus ejus qui eitm negaturusest» Dans l'hébreu, le sens est absolument différent. Ce texte est, que ce ne sera pas à cause de lui-même qu'il sera mis à mort : et non ei. Que l'on admette de ces deux significations celle que l'on voudra , elle conviendra parfaitement à Jésus-Christ : si on s'en tient à la première, il est certain que le peuple juif a renié notre Sauveur. Nous reconnaissons que , de ce moment , il a cessé d'être le peuple de Dieu , très-peu de temps après, il a même cessé tout- à -fait d'être un peuple. Si on aime mieux s'attacher au sens du texte hébreu, c'est un des points principaux de notre religion, que qe n'est pas à raison de ses propres fautes que Jésus-

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Christ a été mis en croix : Isaïe l'avait prédit, comme nous le verrons (174); et les apôtres font de cette vérité le fondement de la religion qu'ils prêchent (175) ; et JésUs- Christ lui-même, dans le cours de sa carrière , avait déclaré que c'était là l'objet de sa mission , et qu'il était venu sur la terre, afin de donner sa vie pour la rédemption des hommes (1 76). Ainsi , ce caractère donné par Daniel au personnage qu'il annonce, se trouve aussi réalisé en Jésus-Christ, quel que soit le sens qu'on y attache ; il n'est , de même que les autreà, applicable qu'à lui. Que l'on cherche un autre personnage de qui l'on ait dit de même, qu'il est mort pour les péchés des autres hommes, ou de qui l'on puisse dire que son peuple a cessé d'être après l'avoir renié.

En cinquième lieu , l'Ange dit à Daniel que , dans ]a derrière des semaines , un nouveau pacte doit être confirmé. Par le pacte ou l'alliance , les Juifs entendaient une loi donnée par le Seigneur , à laquelle on s'engageait d'obtempérer : c'était ainsi qu'ils appelaient la loi que Dieu leur avait donnée par Moïse. 11 est évident , 1 o que Jésus-Christ a apporté au monde une nouvelle loi qui est appelée la nouvelle alliance. 20 Que c'est dans la dernière des soixante -dix semaines

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qu'il l'a donnée ; car sa prédication a précé-» dé immédiatement sa mort, et n'a duré qu'un peu plus de Irois ans. 5^ Qu'il n'y a que lui qui ait donné, à cette époque, une loi nouvelle.

En sixième lieu , à cette époque le péché doit avoir sa fin , l'iniquité être détruite, ou , selon l'hébreu , être expiée, et la justice éternelle amenée sur la terre. Jésus-Christ a encore accompli cet oracle de Daniel , non pas , à la vérité , en ce sens qu'il ait rendu le genre humain impeccable et nécessairement vertueux: il n'est point venu ôter la liberté, source des mérites , mais il a expié par sa mort le péché originel et les autres. Il a don^ né les moyens de s'en préserver et de les réparer , en instituant des sacrements qui opèrent ces heureux effets. La justice éternelle a été amenée ; d'abord , en ce qu'il est venu , lui qui est essentiellement cette justice; ensuite , parce qu'il a publié cette loi sublime , dont aucune aîitre n'approchera jamais, et qui élève ceux qui la pratiquent, au plus haut degré de sainteté et de perfection. A quel auli'e personnage, soit à cette époque , soit à toute autre, ce caractère pourrait-il être, je ne dis pas mieux, mais pareillement appliqué ?

En septième lieu , les sacrifices et les vie-

times devaient cesser alors. Il est notoire que, depuis ce temps, les Juifs n'offrent plus aucun sacrifice , n'immolent plus aucune victime. Outre ce sens littéral et naturel, nous en reconnaissons, dans celte partie delà prophétie , un autre qui est mystique. C'est que le sacrifice de Jésus-Christ sur la croix , étant le premier de la nouvelle alliance, a été le dernier de l'ancienne ; et que toutes les victimes qu'on a continué d'offrir dans le temple pendant quelques années et jusqu'à sa destruction , ont été nulles devant Dieu. De ces deux sens , nous opposons le premier aux Juifs et aux incrédules , pour leur conviction ; nous présentons le second aux fidèles pour leur édification.

En huitième lieu, à la fin des soixantedix semaines, les visions et les prophéties devaient être accomplies selon la Vulgate : elle diffère encore, en ce point , du texte hébreu qui porte qu'alors elles devaient être scellées ou terminées. Or, nous disons encore : quel que soit celui de ces deux sens qu'on veuille adopter, il convient également à Jésus-Christ. Dans lui , toutes les prophéties judaïques ont été accomplies ; à lui , toutes ont cessé (i 77). Ce second point est évident; les rabbins eux-mêmes en conviennent ; ils ne peuvent pi'étendre que, depuis cette épo-

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que, ils aient eu un seul prophète. Le dernier qu'ils aient eu , a été saint Jean- Baptiste (178). Il est également 'certain que les prophéties se sont toutes accomplies dans la personne de Jésus-Christ. Tout ce chapitre de notre dissertation sera employé à le prouver. Le Sauveur , dans le. cours de sa vie , l'a plusieurs fois répété (1 79) ; et au moment de sa mort 9 sa dernière parole fut encore que tout était consommé (180).

En neuvième lieu , un dernier événement est prédit par Tarchange Gabriel ; c'est celui qui doit mettre fin à toute l'économie judaïque; la ruine du peuple juif, la destruction de Jérusalem et de son temple , par un peuple étranger qui doit venir sous un chef, et causer une désolation qui durera jusqu'à la fin. Pour montrer l'accomplissement de cette partie de la prophétie , nous n'avons pas besoin de recourir à l'Évungile et à la doctrine que nous professons. L'histoire des Juifs et celle des Romains nous apprennent qu'environ quarante ans après la mort de Jésus- Christ, Tite , à la tête d'une armée romaine, mit fin à la république judaïque ; il s'empara de Jérusalem , et la rasa de fond en comble : le temple fut consumé, malgré ses ordres et les efforts de son armée pour arrêter l'incendie. Une circonstance mentionnée dans la

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prophétie , est rabomination de la désola* tion placée dans le lieu saint ; elle s'effectua de même que toutes les autres , par les horreurs que comiiiirent les Juifs dans leur temple , et ayant et pendant le siège de Jérusalem. Quelques interprètes appliquent cette partie de la prophétie au déicide commis sur la personne de Jésus-Christ. Si on vêtit adopter ce sens, il ne contrariera certainement pas notre preuve. Il ne reste donc de tous les points prédits par l'Ange à Daniel , qu'un seul qui ne soit pas strictement réalisé. C'est que la désolation durera jusqu'à la fin ; nuais il ne peut pas l'être encore dans son entier; il continue chaque jour de s'acdomplir de plus en plus. Dix-sept siècles d'oppression pesante sur ce peuple nialheureux, là tentative inutile de Julien pour rétablir Ife temple de Jérusalem , et l'accomplissement si littéral dé tous lès autres objets de la prophétie , doivent nous persuader fermemeiit que celui-là sera de lùême réalisé.

Je le dehiàhde maintenant avec doiifiahce à tout homine qui n'a pas renoncé aui lumières de sa rfiiisi6ii , fût-il Juif, fût-il indrédule : est-il possible de n'être pas vivement frappé du coiicert entre la prédiction de Dahîel d'une patt , et de l'autre , la multiplicité et Ik divéi-sité des événements qu'elle T I. 7.

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avait annoncés , et qui tous , sans exception , arrivent ponctaellement aux époques marquées, précisément de la manière et avec toutes les circonstances indiquées ? Une seule prophétie accomplie est le sceau de la Divi* nité; ici, c'est une collection de prophéties, toutes réalisées avec la plus parfaite exactitude.

Contre la démonstration évidente qui résulte de cette prophétie , les rabbins ont imaginé diverses objections auxquelles s'attachent les incrédules , et qu'il est , en conséquence , nécessaire d'examiner sommairement : ils donnent au discours de l'Ange, diverses explications , toutes si frivoles , si absurdes , que , pour les réfuter , il suffit de les rapprocher du texte prophétique ; elles pèchent toutes , ou en ce qu'elles ne cadrent pas avec la chronologie , ou en ce qu'elles laissent de côté une partie des cai*actères indiqués par le prophète.

Vin. n D'abord , quelques Juifs divisent ce en plusieurs parties la prophétie, et dis- (c tinguent deux ou trois Christs ; car , sur ce- cela ils ne sont pas même d'accord entre « eux. Les uns disent que le premier Christ ce annoncé, est le Messie qui doit venir un ce jour; le second, Cyrus; le troisième, le ce roi Agrippa, tué, disent-ils , par les Ro-

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a mains au siège de Jérusalem. D'autres font « leur premier Christ, du grand-prêtre qui « le premier exerça le sacerdoce au temps de « Néhémie ; et leur dernier, d'Ananus, tué (c lors du siège de Jérusalem. Il y en a qui , « par le Christ , entendent Onias mis à mort « par Ménélaiis ; et par Tabomi nation de la et désolation , les profanations d'Antiochus. ce Quelques-uns disent que c'est Judas Ma- « chabée, que le prophète appelle le Christ « chef. Il y en a qui prétendent que , par ce ce Christ mis à mort, l'Ange désigne, non un « personnage particulier, mais la cessation a du pouvoir suprême ou du sacerdoce dans « le peuple juif. »

Quelques réflexions suffiront pour montrer la futilité de ces interprétations.

Nous avons prouvé que la division de la prophétie en deux parties relatives à deux Christs difféi'ents, était une absurdité; qu'elle ne forme qu'un seul contexte , et qu'elle est relative à la même personne : il est inutile d'y revenir.

Ce n'est pas d'un Christ qui doit venir un jour en général que parle Daniel ; il fixe le temps de sa mort à la soixante-dixième semaine , et.il divise ces semaines en sept, soixante-deux, et une demie. C'est s'abuser étrangement que de voir dans ces détails

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Fannonce d'un temps indéfini. De tous ces personnages dont on veut faire le Christ , il n'y en a aucun dont l'existence corresponde àTépoque marquée. Cyrus, le grand-prétre du temps de Néhémie, Onias, Judas Machabée arrivent beaucoup plus tôt; le jeune Agrippa, Ananus, quarante ans plus tard.

Il ne suffit pas de présenter un des caractères marqués par le prophète, pour faire connaître le Christ qu'il annonce ; il faut y montrer la totalité de ces caractères réunis. Cyrus , Ananus , le jeune Agrippa peuventils être raisonnablement appelés le saint des saints ? Onias et Judas Machabée mériteraient plus les titres de sainteté; mais voit-on, après eux, les sacrifices cesser; voit-on commencer une désolation qui dure jusqu'à la fin ? La persécution d'Antiochus fut violente, il est vrai , mais elle fut suivie du gouvernement glorieux et paisible de Simon , et d'un long temps de tranquillité sous ses descendants.

C'est une idée bien extravagante de voir dans le Christ mis à mort , les malheurs actuels du peuple juif. D'ailleurs, comment la cessation de la république et du culte judaïque a- t-elle détruit le péché, amené la justice éternelle? Quel est le pacte nouveau auquel elle a donné naissance ?

On sent qu'à ces observations il serait pos-

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sîble d'en joindre beaucoup d'autres, et qu'en appliquant plus parliculîèrement à chacun des êtres qu'on prétend annoncés par Daniel , les divers caractères qu'il présente , il se trouverait que la plupart n'en présente absolument aucun: il n'y a que Jésus-Christ qui les réunisse tous dans sa personne.

IX. ce Ce n'est pas seulement par les op- (c positions des Juifs que l'on combat la décc monstration tirée de cette prophétie de « Daniel; on nous objecte aussi le témoi- « gnage de plusieurs auteurs chrétiens. St. « Jérôme trouve le texte de Daniel tellement « difficile à comprendre , qu'il n'ose pas l'ex- « pliquer , et qu'il refuse d'en dire son opicc nion. Saint Augustin dit que la difficulté « de ce chapitre l'a empêché de consentir à « l'expliquer. Eusèbe prétend que les soixan- « te-dix semaines n'ont pas rapport à Jésusce Christ; il termine la soixante-neuvième « au dernier pontife du sang des Machabées, te et la dernière, à la prise de Jérusalem « par Pompée. Rdnold , Scalîger, Juniuset « plusieurs autres croient que les semaines « se terminent , non à la mort du Christ , « mais à là déstrtiction du temple par Tite. « Parmi les plus savants dans la chronolo- «e gie, et parmi ceux qui oiit étudié le plus « soigneusement lefs prophéties, il y en a qui

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t< rapportent celle-ci à d'autres événements « et à d'autres temps : tels sont spécialement K Marsfaam, Hardouin et Calmet. »

Quand saint Jérôme parle de difficultés relatives à cette prophétie, il n'entend pas qu'il soit difficile de la rapporter à Jésus- Christ. Il était tellement persuadé qu'il ea est l'ohjet, que, dans la préface de son commentaire sur Daniel, il dit positivement qu'entre les prophètes, aucun n'a parlé aussi clairement de Jésus-Christ, puisque nonseulement il a annoncé sa venue , ce qui est commun avec tous les autres , mais qu'il ea a de plus fixé l'époque en comptant les années , et en marquant les caractères qui le fe-r raient reconnaître ( 1 8 1 ). Ce que saint Jérôme trouvç périlleux, c'est de prononcer, entre les divers savants, sur le mérite de leurs systèmes chronologiques, c'est-à-dire, sur le calcul des semaines, et sur le teiiips où elles doivent commencer (182].

Saint Augustin, dans son ouvrage de la cité de Dieu , dit en propres termes que Daniel a défini le nombre des années de la venue du Messie et de la mort du Christ ; et s'il s'excuse d'en faire "le calcul, c'est parce que le travail serait long , et a d'ailleurs été exécuté par d'autres (i83). Dans son épltre à Hésjchius, il dit que la prophétie de Da-

niel a rapport au premier avènement de Jésus-Christ, qui a eu lieu ; il condamne , d'à* près Fautorité de saint Jérôme, ceux qui appliquent cet oracle au second avènement futur ; et c'est de ce second avènement qu'il déclare que , conformément à la parole du Sauveur , il n'ose pas marquer le temps ( 1 84)*

Eusèbe, dans le huitième livre de sa démonstration évangélique, emploie cette prophétie pour trouver la venue de Jésus- Christ: il lui applique toute la première partie ; il dit que c'est lui qui doit confirmer le pacte avec plusieurs , dans le cours d'une semaine ; il ajoute que c'est à sa mort que l'hostie et Je sacrifice ont cessé : ce ne sont que quelques parties delà prédiction qu'il entend dans un autre sens que nous.

De ce que , sur le grand nombre des interprètes des saintes Écritures , il s'en trouve trois ou quatre qui entendent le texte de Daniel autrement que les autres , que peut-on en inférer? Quelle est la vérité qui , sur un très-grand nombre de persdtines , ne trouve pas quelques contradictions ? La prophétie de Daniel a été entendue du Messie par tous es anciens docteurs juifs, et même par quelques-uns des modernes. L'universalité des Pères , des commentateurs , des théologiens, applique cet oracle à Jésus-Christ : un très-

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petit nombre d'auteurs n'empéclie pas cette universalité morale. D'ailleurs, pour détour^ ner cette prophétie de Jésus-Christ , ces au* teurs se jettentdans des difficultés insolubles, dans des explications arbitraires , dans des erreurs de chronologie qu'il serait trop long et qu'il est inutile de relever.

t'rophéties de Daniel sur les successions des empires.

Outre la prophétie que nous venons de voir du prophète Daniel , on en lit plusieurs autres dans lesquelles il annonce l'élévation et la chute de quatre royaumes auxquels doit succéder un cinquième , qui n'est et ne peut être que le royaume spirituel de Jésus- Christ.

I. Au chapitre second , Daniel découvre et explique à Nabuchodonosor un songe qu'il avait oublié. Ce prince avait vu nue statue dont la tête était d'or , la poitrine et les bras d'argent , le ventre et les cuisses d'airain , et les pieds en partie de fer, en partie d'argile : cette statue avait été brisée et mise en pièces par une pierre qui s'était détachée d'elle-

même et sans la main d'aucun homme, et ensuite la pierre s'étant accrue, était devenue une grande montagne qui remplissait toute la terre. Daniel révèle au roi que les quatre parties de la statue signifient quatre royau* mes , dont celui de la Cbaldée est le premier, et après lequel il s'en élèvera successivement tiois autres , et il finit ainsi: Dans le temps de ces royaumes, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, un royaume qui ne passera point à un autre peuple, qui renversera et qui réduira en poudre tous ces royaumes , et qui subsistera éternellement, selon ce que vous avez vu que la pierre qui avait été détachée de la montagne sans la main d'aucun homme , a brisé r argile , le fer , l'airain , V argent et tor; le grand Dieu a fait voir au roi ce qui doit arrivera l'avenir. Le songe est véritable, et l'interprétation en est très-certaine (^ 85J. Au chapitre septième, Daniel a lui-même une vision; la première année du règne de Baltfaa^rà Babylone, il voit, dans la nuit, quatre bêtes qui s'élèvent successivement de la mer, ay^intdes formes différentes et toutes terribles; la quatrième, entre au 1res, ét«it extrêmement redoutable ; elle dévorait , brisait et foulait tout aux pieds^ alors, dès trônes furent placés, ^t l'ancien des jours pritséance T. I. 8

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dans toute sa majesté , et environné du cor* tége d'un million d'assistants. Le jugement se tint , et les livres furent ouverts. La quatrième béte se trouva tuée , son corps détruit et jeté au feu. Les autres bétes avaient aussi perdu toute leur puissance. Je consù dérais ces choses , poursuit Daniel , dans une vision de nuit , et je vis comme le fils de l'homme, gui venait apec les nuées du ciel, et qui s' avança jusqu'à V ancien des jours : elles le présentèrent devant lui, et il lui donna la puissance , l'honneur et le royaume ; et tous les peuples , et toutes les tribus , et toutes les langues le sentiront. Sa puissance est une puissance éternelle qui ne lui sera point otée; ep son royaume ne sera point détruit* Mon esprit fut saisi détonnement; moi Daniel, je fus épouvanté par ces choses; et ces visions qui m'étaient présentées me troublèrent. Je m'approchai d'un de ceux qui étaient présents , et je lui demandai la vérité de toutes ces choses , et il m'intejpréta ce qui se pas-sait, et me l'enseigna. Ces quatre grandes bétes sont quatre grands royaumes qui s'élèveront de la terre , mais les saints du Dieu très*haut entreront en possession du royaume , et ils régneront jusqu'à lafin des siècles^ et dans les siècles des siècles (i 86).

Je réunis ces deux prophéties du second

et du septième chapitre de Daniel, parce qu'elles ont évidemment le même objet; elles annoncent l'une et l'autre quatre monarchies qui doivent successivement s'élever; et ce sont^dansl'une et dans l'autre, les mêmes monarchies dont il parle. L'événement le prouve , puisque dans le fait , il s'en est trouvé ce nombre , chacune sur les ruines de la précédente. Daniel prédit aussi, dans les deux chapitres, un cinquième royaume qui est le même dans tous les deux , puisqu'il réunit dans les deux les mêmes caractères , l'universalité et la perpétuité. Au chapitre second, il est présenté sous l'emblème de la montagne qui doit remplir toute la terre. Au chapitre septième, il est dit positivement que tous les peuples, toutes les tribus , toutes les langues lui obéiront. De même , il est dit au chapitre second que ce royaume subsistera éternellement ; et au chapitre septième , qu'il durera jusqu'à la fin des siècles, et dans les siècles des siècles.

II. Les quatre premiers royaumes dont parle Daniel , sont ceux qui se sont élevés sur les débris les uns des autres , savoir : celui des Babyloniens, renversé par les Perses; celui des Perses, détruit par les Grecs sous Alexandre ; celui des Grecs conquis parles Romains, et enfin celui des Romains^ Il ne peut pas y avoir de doute sur ces quatre premiers em-

pire5. L'hisloii*e bien certaine de ces divers peuples, mx>^ntre dans leurs révolutions, Tac- •complissement exact des prédictions de Daniel. D'ailleurs, dans les autres chapitres du mêmeli vre, il est fait encore mention expresse de ces monarchies. Au chapitre huitième , sous le symbole d'un bélier plein de force , et d'un bouc encore plus fort qui le terrasse et le réduit sous sa puissance , Daniel prédit, ainsi qu'il l'explique en propres termes , le roi des Mèdes et des Perses, vaincu et subjugué par le roi des Grecs (18 7). Au chapitre onzième, décrivant un grand nombre d'événements qui doivent avoir lieu sous les rois Seleucides, il nomme Les Romains qui doivent, sur leurs vaisseaux à trois rames, venir attaquer l'un de ces. rois , çt le vaincre (i 88). Une classe de nos adversaires reoonnatt que œs prédictions de Daniel sont des oracles divins. Les Juifs., au moins tous les i^noiens et une partie des nouveaux,. pensent ainsi que nous qu'elles annoncent le Messie (1 89) : ils diffèrent de nous en ce qu'ils les appliquent au Messie qu'ils attendent , et dans lequel ils espèrent voir un roi victorieux et conquérant. Mais une autre classe , qui est celle des incrédules, rejette absolument toute idée de prophétie. Nous avons donc à prouver deux choses : d'abord contre ceux-ci , que

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les prédictions dont il s'agit soût véritablement des prophéties divines ; ensnite contre ceux4à , qne c'est le règne spirrtuel de Jésus- Christ qu'elles annoncent.

III. Toutes celles de ces prédictions qui ont rapport aux quatre premiers empires , se sont exactement accomplies. Les plus ardents ennemis du christianisme sont forcés d'en convenir; ils ne pourririent le contester qu'en démentant toul ce qui existe d'histoires anciennes ; il n'existe plus de vérité historique, si ce n'en est pas là une. D'après cela, j'applique à ces prédictions le raisonnement que j'ai fait sur les précédentes. Ou elles sont , comme le dit Daniel , faites par des révélations divines; ou il avait prévu par des causes naturelles les événements qu'il annonce; ou il a lâché ces prédictions à l'aventure , et le hasard les a réalisées. Or, d'abord je demande à tout homme raisonnable et de bonne foi , si la prévoyance humaine pouvait atteindre à des événements qui , à l'époque de Daniel , étaient si éloignés de toute vraisemblance. Quelle cause naturelle pouvait lui faire imaginer que les Perses et les Mèdes, alors divisés en deux royaumes , se réuniraient sous un seul chef, et viendraient détruire l'empire de BabylonC) si florissant et si fort sous Nabuchodonosor ? Quelle cause naturelle pouvait

lai faire soupçonner que la Grèce divisée en petits états alors très-peu connus et tous très-faibles, deviendrait, par conquête ou par terreur, soumise à un roi conquérant, qui abattrait le colosse de Feinpire persan ? Quelle cause naturelle pouvait lui inspirer ridée que les Romains, encore gouvernés par leurs rois , et disputant leur petite existence aux autres petits peuples du petit pays du Latium, deviendraient, dans quatre siècles, cette puissance énorme qui a envahi le monde connu? Tous ces états si peu étendus , si peu puissants , de la Grèce et de l'Italie, jouaient alors un si mince rôle dans le monde, que peut-être leurs noms mêmes étaient inconnus à Babylone où vivait Daniel. Mais, si c'est une absurdité de dire que la succession et la grande puissance été ces empires pouvaient être naturellement prévues, il est au moins aussi contraire à toute raison de soutenir que Daniel a imaginé par hasard d'annoncer toutes ces choses ; et qu'ensuite , par d'autres hasards , tous ces événements si multipliés, si variés, distants et de lui et entre eux de plusieurs siècles, sont venus cadrer avec ses prédictions ; que c'est fortuitement que le monde entier s'est mis trois fois en mouvement de points différents , et des points prédits par Daniel, et dans l'or-

SUR LES PROPHÉTIES. l y 5

dre dans lequel il TayaU prédit, et de la ma« nière dont il Tavait prédit , et ayec le suc* ces qu'il avait prédit. Or, je dis et je conclus : s'il répugne au sens commun d'admettre que les prédictions de Daniel sur les quatre empires aient été faites par une prévision natu* relie , ou se soient littéralement accomplies par hasard, le sens commun exige qu'on les regarde comme de véritables prophéties faites d'après des révélations divines.

Dès qu'on est forcé d'admettre que la partie de ces prédictions qui concerne les quatre premiers empires est une véritable prophétie divine, il est impossible de refuser la même qualité à l'autre partie des mêmes prédictions, qui en est la continuité, qui ne fait avec le reste qu'un seul et même contexte , c'est-à-dire, à la pi^dictiou d'un cinquième royaume qui doit dominer sur tous les autres. Ce cinquième royaume est annoncé de même que les quatre premiers. 11 est, de même que les quatre premiers , vu par Nabuchodonosor en songe, et par Daniel en yi*^ sion. Il est , de même que les quatre premiers , expliqué à Daniel par des anges ; sa connaissance nous vient de la même source que celle des quatre premiers, fondée sur la véracité divine. Il serait aussi contraire à la raison qu'au respect dû à la divinité, de

prétendre que Dieu a dit la vérité sur un point , et a menti sur un autre. La prophétie sur les quatre empires accomplie, prouve dé» mçnstrativement que celle sur le cinquième ne peut pas manquer de l'être^

lY. Mais a-t-elle eu déjà son accomplissement , comme nous Tassurons ? ou , ainsi que le prétendent les Juifs , cet accomplissement ne doit-il avoir lieu que dans les temps futurs ? C'est là notre seconde question.

Pour la résoudre , il suffit de jeter un coup d'œil sur le texte prophétique* C'est, dit l'archange à Daniel , avant la destruction des quatre empires^ que doitse former le cinquième. Ses paroles sont expresses : in diebus regnorum illorum. Or, depuis plusieurs siècles, le^dernier de ces empires, l'empire romain a cessé d'exister. Il y a donc plusieurs siècles que le cinquième royaume prédit par Daniel existe. Les Juifs n'ont trouvé d'autre réponse à ce raisonnement qui forme contre eux une démonstration rigoureuse , que de soutenir que l'empire romain subsiste encore. Je ne crois pas que cette ridicule allégation mérite qu'on la réfute.

Allons plus loin , et reprenant les divers caractères marqués dans ces prophéties, montrons qu'ils conviennent au royaume spirituel que Jésus-Christ a fondé. Je consacrerai

un article particulier à rexamen des diverses propliéties qui annoncent ce royaume; j'expliquerai en quoi il consiste; je montrerai que c'est celui-là que Jésus*Christ a prétendu fonder , et qu'il a réellement établi. Pour éviter les répétitions , je me borne à ce qui est relatif à ce royaume dans les prophéties dont il s'agit (190).

C'est ce royaume céleste , ce royaume spirituel qui est prédit par les deux anges i Daniel. Les expressions dé la prophétie l'indiquent, l'accomplissement le prouve. Au chapitre VII , c'est le fils de l'homme , titre que s'est donné constamment Jésus-Christ, surtout lorsqu'il parlait de son h^^manité (191), qui est présenté à l'ancien des jours , c'està-dire à Dieu ; que l'ancien des jours revétv de puissance et d'honneur ; à qui il confère le royaume sur tout peuple, sur toute tribu, sur toute langue (192). Ce sont les saints de Dieu, qui doivent entrer en possession die ce royaume jusqu'à la fin des siècles. Ces termes annoncent bien plus un royaume spirituel , qu'un royaume temporel et belliqueux. Lès saints de Dieu , occupés de régner sur leurs passions, ne font pas de cas des combats et des conquêtes.

Au chapitre II , l'ange qui révèle l'avenir à Daniel, donne auroyaume qu'il lui prédit,

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divers caractères qui conviennent parfaite^ ment au royaume spirituel que Jésus*Ghrist a dit qu'il venait fonder et qu'il a véritablement établi sur la terre, et qui s'applique-^ raient difficilement à un royaume temporel.

D'abord, le principe de ce royaume est une pierre détachée de la montagne sans la main d'aucun bomme. Cette particularité annonce parfaitement la fondation du christianisme qui fut si peu de chose dans son origine , et qui s'est établi sans moyens humains, et même malgré tous les moyens humains. J'ajoute que ce caractère ne convient point à un empire de l'ordre temporel. C'est par la politique, et pour l'ordinaire, par la force et par la voie des armes , que s'établissent et que s'étendent ces sortes de souverainetés. On n'ea citerait pas une seule qui se soit formée au* trement ; et les Juifs , dans leur système , comptent bien que ce sera ainsi que le Messie fondera le grand empire qu'ils attendent toujours;

Ensuite, cette pierre devient une grande montagne qui finit par couvrir toute la terre; autre circonstance qui cadi*e merveilleusement avec la diffusion universelle du christianisme qui s'est propagé dans toutes les parties du monde. Quel autre empire, <|uel royaume temporel s'est étendu de même sur

sua LES PROPHÉTIES. J79'

toutpeuple, sur toute tribu^ sur toatelangue?

Enfin, il est dit dans les prophéties, que ce cinquième royaume durera éternellement; que les saints qui en seront mis en possession , régneront jusqu'à la fin des siècles, et dans les siècles des siècles. Cette partie des oracles sacrés ne peut pas encore être accomplie dans sa totalité , puisque nous ne sommes pas à la fin des .siècles ; mais elle est effectuée autant qu'elle puisse Tétre* Yoilà dix-huit siècles de durée de ce royaume spirituel de Jésus-Christ, c est-à-dire, de son Église , malgré tous les combats qu'elle a eu à soutenir; malgré tous ses ennemis, soit du dehors, soit du dedans; et nous comptons avec une ferme confiance qu'elle subsistera dans tous les siècles , d'après la promesse que Jésus-Christ lui a faite d'être continuellement avec elle (193) , et de ne pas permettre aux portes de l'enfer de prévaloir contre elle (194)-

V. Résumant ce qui vient d'être dit , je raisonne ainsi : Daniel prédit lasuccession de cinq royaumes. L'accomplissement de cette prédiction monti'e d'abord qu'elle est une prophétie divine; ensuite, que les quatre premiers sont ceux de Babylone , de Perse, de Grèce et de Rome. Le même accomplissement également littéral montre que le cin-

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quième est le royaume spirituel que Jésus- Christ a fondé sur la terre. Outre que les expressions du prophète sont plus favorables à un empire de ce genre qu'à ceux de Tordre temporel, c'est le seul qui , fondé avant la destruction des quatre autres , se soit établi sur toute la terre , et subsiste depuis un grand nombre de siècles. C'est donc le seul qui réunisse les caractères marqués dans la pro* phétie ; c'est donc celui qui est l'objet de la prophétie.

ce Pour combattre la preuve résultante de «c ces oracles divins en faveur de la religion « chrétienne , et pour appuyer leur système n sur le Messie , les rabbins disent que, dans' (c l'Ancien Testament , ce sont les seuls Juifs ce qui sont désignés sous le nom de saints , u et que Jésus-Christ n'a pas possédé un véc« ritàble royaume sur tous les peuples. »

VI. Par les saints , l'Écriture désigne ceux qui connaissent et servent le ferai Dieu. Quand le culte du vrai Dieu était concentré dans la nation juive , les Juifs seuls étaient appelés saints. Quand la connaissance du vrai Dieu est devenue commune à tous les peuples , cette qualification a du s'étendre à eux, et les prophéties qui annoncent cet événement , telles que celle-ci , doivent la leur appliquer.

SUR LBS PROPHÉTIES. l8l

Jésus-Christ n'a pas possédé un royaume temporel, mais il a possédé et il possède le royaume auquel il a prétendu ; le royaume pour la fondation duquel il a dit qu'il était venu ; le royaume dont il a prédit, de même que Daniel, l'étendue et la durée, et dans un temps où sa prédiction n'avait pas plus de vraisemblance. Quand nous tenons un accomplissenient exact et littéral d'une prophétie dans un sens raisonnable, est-il juste et sensé d'en aller chercher un autre , et surtout d'en vouloir adopter un qui ne peut ca-^ drer , ni avec le temps , ni avec les circonstances marquées dans la prophétie ?

VU. « D'autres Juifs, au rapport de Théo« « doret , ont imaginé un autre moyen aussi « misérable pour échapper à la conséquence «c qui résulte contre eux de toutes les dire verses prophéties de DanidL ; c'est de le « rayer de la liste des prophètes et de lui «r donner une autre qualité (igS) ; » comme si le véritable état d'un homme dépendait du titre qu'on lui donne, et comme si^ en changeant le nom, on faisait disparaître la chose. Les Juifs c^nvieniient que Dani^} a annoncé un grand nombre d'événements futurs ; qu'il a déclaré que c'était ^u nom de Dieu qu'il les prédisait; que ces événements étaient au-dessus d^ toute prévoyance hu-

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maîne; qu*il était impossible, vu leur multiplicité , leur variété , leur dépendance d'une quantité de causes diverses et libres , qu'ils s'eflectuassent par hasard; que cependant ils sont tous arrivés de la manière prédite par Daniel : ils sont donc forcés d^avouerque Daniel a prophétisé. Et que nous importe après cela que, dans le canon des Juifs, son livre soit placé dans un lieu ou dans un autre , et qu'on lui donne un tel ou un tel titre?

YIII. ce 11 reste une difficulté qu'on oppose n aux prophéties de Daniel : on conteste ce leur authenticité. Ce ne sont pas les Juifs et qui la révoquent en doute. Ce subterfuge « a été imaginé autrefois par Porphyre (i 96). à Spinosa l'a renouvelé , et les incrédules « modernes n'ont pas manqué de le récfaauf- <t fer , de même que toutes les autres objecce tions qu'ils ont trouvées dans les anciens c< ennemis du christianisme. Gomme Daniel ce prédit assez en détail beaucoup de faits re» ce latifs à l'histoire des Seleucides succèsec cesseurs d'Alexandre , et qu'il parle spé- « cialement ti*ès-clairement delà persécn- «I tion d'Antiochus Epiphanes , on a imaginé « de dire que ce n'est qu'après le règne de ce ce prince, que le livre de Daniel a été ce composé. Les raisons dont on appuie cette

«assertion, sont, lo la clarté des prophén lies, qui doit les rendre suspectes. aoThis- « toire de Nabucbodonosor changé en bête, « laquelle ne se trouve dans aucune histoire ce profane. 5o Les mots dérivés du grec, dont fc ce livre est plein. 4^ Les erreurs sur les u noms des rois de Perse , impossibles à supce poser dans un écrivain qui était ministre « d'état. »

IX. Observons d'abord que, par cette sup* position , on ne répond qu'à une partie des preuves que présentent les prophéties de Daniel. Si son livre a été écrit après le règne d'Antiochus et avant la venue de Jésus- Christ, comment le faussaire a-t-il pu prévoir des choses qui n'avaient alors aucune vraisemblance ; la mort sanglante du Christ ; la disstruction de Jérusalem et de son temple par un peuple venu avec son chef; la cessation des sacrifices? L^e coupable auteur de la falsification aurait-^ il été un prophète ins^ pire de Dieu ?

Mais d'ailleurs, tous les faits historiques résistent à cette assertion , et la démeatent formellement.

Après la persécution d'Antiophus , au temps où on place la supposition du livre de Daniel , un très-grand nombre de Juifs se trouvèrent dispersés daus tout le royaume

l84 DISSERTATION

de Syrie, dans TÉgypte, dans la Grèce, à Rome et dans d'autres pays ; comment au- ' rait-on pu insérer dans le canon sacré qu'ils portaient tous avec eux, qu'ils conservaient religieusement , qu'ils lisaient et en particu* lier et dans les synagogues, et leur faire recevoir comme en faisant partie , un livre nou* vellement fabriqué :

Dans le même temps , il se forma dans la nation juive des partis opposés, il s'éleva diverses sectes qui se haïssaient^ Il aurait fallu les accorder, pour leur fuire recevoir à tous une fausseté notoire*

Ezéchiel dont la prophétie- est généralement reconnue authentique, et qui était contemporain de Daniel, parle de lui en plusieurs endroits; il assimile sa justice à celle de Noé et de Job, et fait une mention expresse du don qu'il avait que les choses cachées lui fussent révélées (197).

Mathathias , père d^s Machabéçs , qui vivait du temps d'Antiochus, parle de même de Daniel et du fait rapporté par ce prophè* te, qu'il fut miraculeusement délivré de la fosse aux lions ( 1 98) •

Au temps de Jésus-Christ, c'est-à-dire, seulement environ cent soixante ans après le règne d'Anlioclius , on était tellement persuadé q\ie le livre de Daniel était véri-

tablement son ouvrage, que le divin Sauveur parle d'une de ses prédictions comme d'une chose généralement reconnue (199). S'il y avait eu seulement des doutes sur cette authenticité , les Juifs , acharnés comme ils l'étaient contre Jésus*Chrîst, lui auraient-ils passé cette citation sans la reprocher ?

L'historien Josephe était parfaitement instruit de tout ce qui concernait l'histoire de son pays, et connaissait à fond tous les li^ vres dans lesquels elle avait été écrite. Dans plusieurs endroits de son ouvrage des an* tiquités judaïques , il fait une mention expresse de Daniel . Au chapitre onze du dixième livre, il rapporte plusieurs de ses prophéties, et plusieurs faits d'après son autorité. * Au chapitre douze, il montre comment les événements avaient cadré avec ses prédictions , et il dit qu'on montrait encore à Echbatane, le palais que ce prophète y avait fait construire. Au livre onzième, chapitre onze, il rapporte que JadduSy souverain -pontife , fit voir à Alexandre. ( antérieur à Antiochus de cent soixante ans), le livre de Daniel^ dans lequel il était écrit quun prinee grec détruirait l'empire des Perses; et il lui dit qu'il ne doutait point que ce ne fut de lui que cette prophétie se devait entendre.

Ce qui achève de démontrer que- le livre T. I. 8.

l86 DISSERTATION

de Daniel n'a^ pas pu être supposé après la persécution d'Àntiochus, cest qu'ayant ce temps-là, il était traduit en grec. On croit communément que ce fut Ptolémée-Philadelphe , antérieur de cent ans au règne d*Antiochus , qui ilt traduire tous les livres du canon Hébreu. D'autres pensent que le Pen* tateuque seul fut traduit sous ce prince , et que la traduction des autres livres fut faite sous ces successeurs. Ceux qui la reculent le plus loin , la placent au temps de Ptolémée- Physcon ou Philometor, contemporain d'Antiochus. En admettant , si l'on veut , cette opinion qui cependant paraît peu fondée, il est évident au moins que la composition du livre de Daniel ne peut pas être postée rieure à sa traduction.

On nous objecte la trop grande clarté des prophéties de Daniel. Nous avons déjà remarqué la contradiction des incrédules qui rejettent les prophéties, tantôt parce qu'elles sont trop obscures , tantôt parce qu'elles sont trop claires : Où ont-ils pris qu'une prédiction perde de son autorité à raison de sa clarté? ij est évident au contraire que c'est une raison de plus pour j prendre confiance.

Quel est , entre les écrivains profanes , celui dont on voudrait avoir le témoignage

au sujet de la métamorphose de Nabuclio* donosor ? on n'en connaît aucun qui ait parlé de ce prince ; les histoires venues jusqu'à nous n'ont pas pu mentionner ce fait plus que les autres.

On lit dans le livre de Daniel, quelques termes d'arts qui sont à peu près les mêmes en grec et en chaldéen ; et on en conclut que le livre de Daniel a été composé après Antiochus. Quel rapport y a-t-il entre le principe et la conséquence ? La langue grecque était-elle celle qu'on parlait dans la Syrie et dans la Judée où on veut que la supposition se soit faite? D'ailleurs, ces termes semblables ne pouvaient-ils pas.être dérivés du chaldéen , et adoptés par les Grecs instruits dans les arts postérieurement aux Chaldéens?

Daniel donne aux rois d'Assyrie et de Perse , d'autres noms que les historiens grecs; donc son livre est supposé. Voilà encore une singulière logique. Mais il est connu que ces princes qui avaient sous leur domination des nations de différents langages^ étaient diversement appelés par ces peuples; ils portaient plusieurs noms, et la diversité de dénomination ne prouve rien. Daniel donne à ces souverains, les noms qu'ils portaient dans le pays où il habitait. Il n'est pas étonnant que les Grecs de qui nous viennent

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les Histoires, adaptant ces mots à leur lan** gue , les aient défigurés : c'est ce que nous voyons dans beaucoup de pays , relativement aux noms propres.

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