I. O. M. DITI PAT
ET... DIV. CBAND: AVREL,.:
PRO AETERNITAT.....
ET SALVTE DDD. NNN. IMPPP.
CCG MECAVRELE CCLENE..
GHPIVAÆLE RER.
CPL TRIER
. eu HPITOINES.
Num. Imp.
3) Doctr. Num. vet.
(x) (2) Dissertation sur les anciens monumens de la ville de Bordeaux. (3) (4) De la rareté et du prix des médailles Romaines, 11, 83, 84, édition de
(5) Statistique générale des départemens pyrénéens, XI, pag. 21, 22. M. Lacaze, membre correspondant de la Société Archéologique , a bien voulu me communi-
quer le résultat de ses intéressantes recherches dans cette localité.
M. de Montégut expliqua parfaitement les sigles de la première ligne , et l'on voit qu'il faut live avec lui, Tovi Optimo, Maximo , DITI PATYri; mais la seconde ligne devait, dans l’état des connaissances historiques à cette époque déjà lointaine, offrir un problème 1insoluble. Quelle est en effet, pouvait-on dire alors, cette Divine Claudia Aurelia, que lon invoque ici avec Jupiter, très-bon et très-grand, et DIS le père? IL serait même, en cet instant , impossible de répondre à cette question sans les découvertes suecessives des monumens de Zugdunum et de Nérac. Cest la Divine Claudia Aurelia Nera Pivesuvia, qualifiée du nom de Mère d'un Auguste dans la première de ces villes antiques, et de celui de lemme d'un Auguste dans la seconde. Placée au rang des dieux , reçue dans les astres, Sideribus recepta , elle était vénérée par les peuples; elle devait surtout recevoir les hommages de ceux qui alors voulaient honorer les Augustes de Rome et des Gaules. La foi était morte dans les cœurs; mais la flatterie est de tous les temps. Nera Pivesuvia fut égalée aux plus grands des dieux de l'Italie et de la Gaule. C'est ainsi qu'un poète avait déjà associé Auguste à la puissance de Jupiter (x).
Il ne reste que les premiers mots de la troisième ligne , PRO AETERNITATE... Plusieurs inscriptions contiennent des vœux semblables. Une d’elles est ainsi concue : SOLI AETERNO LVNAE PRO AETERNITATE IMPERII ET SALVTE IMP. C. SEPTIMI SEVE- RI (2). Une autre commence ainsi : IOVI OPTIMO MAXIMO ET CONSENSVI DEORVM DEARVMQVE PRO SALVTE IMPERIL.... Il est évident qu'il faut ajouter ici , à la troisième ligne, la désignation des personnes pour lesquelles on invoque les Dieux ; aussi les lignes quatre, cinq et six indiquent que c’est pour la conservation des Enipe-
(1) Manilius , Lib. +, PP Poe ete Venerisque ab origine proles Julia descendit cœlo, cælum que replevit :
Quot regit Augustus Socio per signa tonante.
(2) Gruter, XXXII. 10.
(16) reurs, Pro S'alute Dominorum Nostrorum. Le pluriel est indiqué ici, par des lettres répétées, comme sur un marbre dédié aux trois empereurs Valentinien, Valens et Gratien (1), et dans beaucoup d’autres monumens , ainsi que sur les médailles. 11 y a en effet trois empereurs nommés ici, Marcus Aurelius Claudius, Caius Pivesus Tetricus , et le fils de ce dernier. Remarquons en passant que la femme de Tetricus porte les noms de Claudia et d'Aurelia, ainsi que Je vainqueur des Goths ceux de Claude et d’Aurèle.
Ce grand homme est évidemment lun des empereurs pour la conservation desquels ce monument a été fait. C. Pivesus Tetricus est ensuite nommé. Le reste de l'inscription est très-fruste ; mais on y litencore Ca Pivesuvi , et le mot mutilé PRON... qui paraît indiquer que Caius Pivesuvius Tetricus était arriére-neveu ; ou petit-neveu d’un personnage dont la cassure de la pierre nous empêche de retrouver lenom, mais qui , ainsi qu'on le verra plus tard , doit être Claude le Gothique lui-même : alors Claudia Aurelia Nera Pivesuvia, mère du jeune Tetricus , aurait été nièce de Claude le Gothique.
Si, comme on le verra dans la suite, les conjectures, que le monument trouvé à Casinomagus a fait naître, se changent en certitudes, l'histoire, si obscure, d’une partie de la seconde moitié du troisième siècle de notre ère, recevra une extension Jusqu'à présent inespérée. Alors aussi les induetions déjà tirées de la médaille où sont les têtes de Claude le Gothique et de Tetricus, se vérifieront en entier, et il sera prouvé qu'une alliance politique, cimentée par les liens d’une étroite parenté, exista entre ces deux empereurs.
Je ne puis m'empêcher de faire remarquer en passant que le monument de Casinomagus , dédié apparemment pour l'éternité des deux empires, Romain et Gaulois, et pour la conservation des princes qui régnaient, l'an dans la Ville Éternelle , l'autre en decà des Alpes, présente une sorte de caractère mixte, ou un mélange du culte des deux peuples. En effet si on lit sur ce marbre Zovi Optimo Maximo, on y trouve aussi un hommage à Dis, DITI PATRI. C'est
(OL Grue CERIV SE.
| e.) le même Dieu auquel le monument de Nérac a été consacré : c'est celui que les Gaulois considéraient comme leur père : Galli se omnes à Dite Patre prognatos prædicant:
Peut-être faut-il voir aussi dans le monument de Nérac, consacré DITI, Maximo, Optimo, DIS MajoribusQue , un mélange des deux cultes, une sorte de fusion des idées Gauloises et Romaïnes. Malgré les édits des empereurs, malgré le fer des légionnaires envoyés contre les Druides, une partie de ces prêtres exista jusqu’à l'entière conversion des Gaulois à la religion catholique. On les voit, en effet, à diverses époques de l'histoire, exercer encore une grande influence. On croyait qu’ils avaient l’art de prédire Pavenir , et leurs prophéties étaient aussi révérées que les oracles des Dieux. Alexandre Sévère (fe Aurélien (2), et Dioclétien (3) même, les cônsultèrent , et le hasard ayant justifié leurs réponses, la considération générale dont ils jouissaient dut s’en accroître encore: Ausone ({)nous montre qu'à l'époque où il écrivait on tenait à grand honneur de descendre des Druides. Les premiers Césars ne proscrivirent que ceux qui restèrent invinciblement attachés à la doctrine la plus ancienne. Mais ceux qui, plus adroits ou plus faciles, voulurent bien reconnaître les Dieux des vainqueurs, qui donnèrent aux Génies protecteurs de la Gaule les noms des Déités Grecques et Romaines, demeurèrent en possession du sacerdoce, et purent même élever des autels à Esus, et à cette foule d’immortels dont nous retrouvons les monumens, et qu'il ne faut peut-être pas toujours confondre avec les divinités locales ou topiques,, qui n'étaient adorées que dans un seul canton. Ils conservérent du culte Druidique tout ce qui pouvait en être conservé, et l’adoration de Dis, du père des Gaulois, ne fut pas oubliée : Pluton était quelquefois invoqué sous ce nom par les Romains, et à l’aide
(1) Lamprid. in vit. Alex. Sever. n° Go.
(2) PVopisc. in vit. Aurel, n° 44.
(3) Fopisc.
Auson. Profess.
(18) de cette homonymie, le plus grand des Dieux de nos pères eut encore un culte et des monumens. Sur le marbre de Nérac, élevé pour la conservation du fondateur de l'empire des Gaules, il paraît le premier, et les grands Dieux, invoqués après’ lui, peuvent être les Dieux Consentes des Romains, parmi lesquels Jupiter lui-même était compris. Sur celui de Casinomagus , où il s’agit sans doute de l'éternité des deux Empires Romain et Gaulois, de la conservation de l’empereur qui régnait à Rome, et de celle des Augustes auxquels la Gaule était soumise, Jupiter, tient le rang le plus honorable : Dis ne vient qu'après lai. Mais il y a toujours là un mélange des deux cultes, et la théogonie Druidique ne cède que par convenance la première place au Dieu du légitime successeur de Gallien.
Peut-être, malgré l’eXpression toute romaine de la consécration de Nera Pivesuvia, faut-il voir encore quelques traces de l'esprit gaulois dans l'inscription de Nérac. Après l'épithète de BEATæ , donné à cette femme, on voit les lettres TR... Diverses manières de suppléer à ce qui manque au monument , mutilé en cet endroit (1), se sont présentées. On a voulu lire TRiumphanti; d’autres | d’après la pensée de M. le baron Chaudruc de Crazannes, ont cru qu'il fallait TReplicr. Parmi les motifs qui pourraient faire adopter cette lecon, on doit compter, surtout, les croyances religieuses des Gaulois sur la vie future. Là n'existait point ce vague que l’on remarque dans le système Romain, cette foi, rarement affermie, relativement à une autre existence. C'est un dogme universel, non contesté, qui a fait la force de la nation et qui plus tard l’a engagée dans les voies du christianisme , qui consacrait encore mieux cette pensée sublime. Nos ancêtres étaient persuadés que les ames des gens de bien recevaient la récompense de leurs vertus en entrant « dans un monde, où la vie était constamment » tranquille et heureuse; lame qui passait dans ce séjour y conser- » vait son identité, ses habitudes, ses passions. La foi des Gaulois » en ce monde de Béatitude à venir, était si ardente et si ferme, » qu'ils y renvoyaient souvent la décision de leurs affaires d'intérêt ,
rond
{1} Planche I.
» et le remboursement des sommes prêtées dans cette intention. » Toute l'antiquité est d'accord à ce sujet, et César, Lucain , Strabon, Diodore de Sicile, Mela, Ammien Marcellin, Valère Maxime, nous ont laissé sur ce point de nombreux et imposans témoignages.
On pourrait lire ici encore le mot TRanquillissimae. Délivrée à jamais des vicissitades de la société humaine, recue dans les astres lumineux, dans la Béatitude immortelle, lame jouissait de l'absence de tous les maux , d’une paix inaltérable, de cette tranquillité parfaite que, durant la vie, nous recherchons presque toujours envain ; état qui est admirablement apprécié par les mots que nous croyons retrouver sur le marbre de Nérac, et que les Romains des derniers siècles , alors qu'ils voulaient peindre les courts instans de paix que leur laissaient les révolutions, exprimaient sur leurs médailles en y inscrivant cette légende : BEATA TRANQVILLITAS (1).
L’avant-derniere ligne de l'inscription est consacrée à la ville de Nérac, DENIQue NERAE AQVAE. On voit ensuite la partie supérieure d’un jambage perpendiculaire. Il est évident qu'il ne peut indiquer la lettre À, initiale d’Augustae. En considérant que cette partie
(1) Revers d’une médaille de Constantin le Grand: BEATA TRANQVILLITAS, et un autel avec cette inscription : VOTIS xx.
Médaille de Crispus : globe et trois étoiles sur un cippe qui porte cette inscription : VOTIS xx. Autour : BEATA TRANQVILLITAS.
Sur quelques médailles de Constans I, et de Constantius If, on lit : ROMA BEATA , URBS ROMA BEATA, et sur une de Tacite : TRANQVILLITAS AVG... La Tranquilliié nommée Eidix par les Grecs a été déifiée. Elle eut un temple à Rome, hors de la porte Colline. On ne la confondait pas avec la Paix et avec la Concorde, si souvent nommées sur les médailles. Un autel trouvé à Nettuno, porte cette inscription: ARA TRANQVILLITAS. Louis Vivez, dans ses notes sur saint Augustin ( Civit. Dei, 4, 16), montre qu'il croyait qu’on invoquait la Tranquillité pour les morts ; ce qui montrerait que l’on croyait que ce repos délicieux était l’état fortuné qui devait récompenser la vertu. Il remarque à ce sujet qu’on donnait le surnom de Quietalis à la Divinité infernale , et que la Tranquillité avait son temple hors la ville, où l’on rendait les honneurs de la sépulture aux morts. Sur une médaille de Constance Chlore, mort et par conséquent
déifié, DIVO CONSTANTIO, on lit : REQVIES Opüimorum Meritorum.
(20 ) de l'inscription contient une dédicace, et en se rappelant que les anciens, non contens de personnifier les villes et de les représenter sous une forme humaine, leur atiribuëèrént aussi les honneurs divins (1), ne pourrait-on pas conjecturer que le mot DEAE était gravé sur cette portion du marbre ? Rome eut des temples à Smyrne , à Nicée, à Ephèse, à Alanda, à Pola, et dans d’autres lieux; on la nomma ’ictorieuse, Invincible , Eternelle , Sacrée (2) : elle eut des prêtres et on lui offrit de Fencens et des victimes. L'inscription de l'arc de Mediolanum Santonum , ou de Saintes, porte que le monument a été dédié par un prêtre dela Déesse Rome et d’Auguste (3). Ce prince qui, de son vivant même, eut des autels, partagea le culte rendu à cette Déesse. Des marbres trouvés à Terracine et à Pola le prouvent d'ailleurs. Une inscription grecque, découverte à Athènes (4), est aussi consacrée à la Déesse Rome et à Auguste : Oct Poun , rat Zebaros Kaïsap. Des médailles frappées en Asie ont pour légende GEA POME, la Déesse Rome. Hadrien éleva dans la quatrième région de la ville un temple à Rome et à Vénus. On connaît plusieurs villes, même dans la Gaule, qui, ainsi que Rome, furent déifiées. Vaison eut cet honneur (5); Bibracte a le titre de Déesse dans une inscription publiée par D. Martin (5). Neræ Aquæ, dont la dernière dénomination provenait du nom de la femme de l'empereur qui y avait bâti une nouvelle ville, qui avait rétabli l'ancienne, qui en avait relevé les inonumens , Qui en avait fait un séjour de prédilection ; a pu aussi être déifiée, surtout par les étrangers. Et si, d’après une
autre inscription dont nous nous occuperons bientôt, on ne voulait
(1) M. Mongez, Diction. d’Antiq. V. 250,
(2) Roma Victrix, Roma Invicta, Roma Æiterna, Roma Sacra.
(3) Vovez, entr'autres ouvrages où cette inscription est rapportée, les ÆAnuiquités de Saintes, par M. le baron Chaudruc de Crazannes,
(A)MGruter "CV.
(5) Voyage littéraire , 112203.
(6) Religion des Gaulois , IL, 2or.
(21) retrouver là que les initiales des épithètes de Piæ, Felicis, Auguste , qu’elle donne à Nérac, il y aurait encore, par la place où seraient gravées ces inilialés, une sorte de consécration, un hommage rendu à la cité favorisée à laquelle la Divine Nera avait légué son nom.
La fin de l'inscription présente quelques difficultés.
Après le mot Deae que j'ai supposé comme devant accompagner le nom de la ville, il y avait de l’espace pour quelques sigles et je pense qu’en y placant les lettres LEG+ HI. , on pourrait bre ici, selon l'opinion de lun de nos collègues, Legiones RiSPANæ, EX VETeranorum COLonüs Posuerunt. Où mieux encore Legionis hiS- PANiæ ou hiSPANiorum EX VETeranorum CObLonia DeDicatum , ou Dicatum. Ceci imdiquerait la présence d’une colonie formée de vétérans espagnols à Nérae , chose qui n’est nullement impossible , mais sur laquelle l’histoire est muette , comme sur une foule de faits d’une haute importance, et dont on retrouve le souvenir sur les monumens.
Toute l'inscription pourrait être lue ainsi :
DITI, Maximo , Optimo , DIS Majoribusque , Pro SALute Dominorum Nostrorum CAIL TETRICI, P#, Felicis, Augusti, Tribunitiæ Potestatis tertio, COnSulis quarto, Pontificis Maximi, Patris PA- Triæ, IMPerü GAlliarum CONDitoris, et Carissimi Fil Ca PI- VESVei TETRlci, CÆSarts , Préncipis JN Ventutis, GERManici, BRItannici, Consulis; PosteaQue DIVÆ CLaudiæ Aurelie NERAE PI- VEsuwlÆ, AUGusti UXoris, SIDeribus Receptæ, BEATæ, TRanquillissimæ. DENIQue, NERAE AQUÆ deæ, Legionum hiSPANiarum EXercitus VETeranorum CObLonia , Dedicatum.
Ainsi on voit que ce monument est consacré « à Dis tres-grand, tresbon , et aux grands Dieux, pour la conservation de nos maitres Caius Tetricus, Pieux , Heureux, Auguste, revêtu de la puissance tribupitienne pour la troisième fois, dans son quatrième consulat , Grand Pontife, Père de la patrie, Fondateur de l'Empire des Gaules, et de son fils très-chéri, Caïus Pivesuvius Tetricus, César, Prince de la jeunesse, Germanique, Britannique, Consul ; et aussi, à la Divine Claudia Aurelia Nera Pivesuvia , épouse d’Auguste, reçue dans les as-
tres, Beatissime, tranquille; et enfin à la Déesse Neræ Aquæ ; la colonie des vétérans , tirée de l’armée d'Espagne a dédié cemonument. »
On voit que cette inscription est d'un intérêt majeur. Elle nous apprend qu’à l’époque où l'Empereur Tetricus était revêtu pour la troisième fois de la puissance tribunitienne, il eut son fils pour collègue dans le consulat, et que celui-ci avait déjà combattu avec gloire les ennemis de la république , puisque ce marbre lui donne les épithètes de Germanique et de Britannique que nous avions déjà retrouvées sur un marbre de Lugdunum Convenarum. On y voit enfin que Nérac ; qui dans les premières inscriptions publiées dans mon Rapport, est désignée comme faisant une cité particulière, avait recu aussi une colonie de vétérans , circonsiance qui pourrait indiquer qu'ayant souffert, soit durant l'invasion des Barbares, soit pendant la guerre des tyrans, elle avait été repeuplée, en partie, par ces vieux guerriers.
Les monumens que nous allons examiner nous fourniront de nouveaux indices des ravages auxquels Nérac fut en proie, et d’autres preuves de la munificence de Tetricus envers cette ville.
Il ne nous reste que peu d'images authentiques d’une partie des Princes qui, depuis le commencement du onzième siècle de Rome, et jusqu'à la fin de l’Empire d'Orient, ont occupé le trône des Césars, ou usurpé la pourpre et le titre d'Augustes. La série des médailles présente de grandes lacunes, et, trop souvent, celles que nous possédons n’offrent point des portraits fidèles de ces souverains, soit à cause de la barbarie du travail, soit parce que les dimensions de ces monnaies étaient trop restreintes. Les médailles d’or des Tetricus furent fabriquées avec assez d'art, mais elles sont trop petites pour faire bien connaître l'ensemble des traits de ces deux princes. Le médaillon de la Bibliothèque du roi, qui représente Tetricus Senior, est très-remarquable , en ce qu’il montre cet empereur, vêtu de la toge que l’on nommait palmata ou triumphalis, et tenant une branche de laurier dans la main droite; ce qui indique que, si ce monument n’a pas été fait uniquement pour flatter Tetricus , il © pourrait être rapporté à l'époque de quelque grande victoire remportée par le fondateur de l'Empire des Gaules. Mais, quelque soin que l'on ait pris dans la gravure de ce beau médaillon, on pouvait
(23) croire que la ressemblance était encore peu exacte; on en sera convaincu aujourd'hui. Verae Aquae nous gardait un monument digne d’être cité par tous les auteurs qui, en soccupant de lEconographie ancienne , voudront à l'avenir donner des portraits authentiques des Empereurs Romains.
Ce monument (1), trouvé depuis peu de temps , a été déposé dans l'une des salles de l'Hôtel-de-Ville de Nérac; c'est un médaillon en marbre blanc des Pyrénées. Son diamètre est d'environ 41 centimètres. Dans le milieu on voit le buste de Tetricus Senior et celui de son fils. Le premier a la tête ceinte d’un diadème rayonné; on lit sur le bandeau , en caractères bien conservés, le mot RESTITVTOR. Sur sa cuirasse est la tête ailée de Méduse que l’on retrouve si souvent sur des monumens de ce genre. On voit encore là , gravés en petits caractères, le commencement de deux mots, VICT. PAC. Ainsi le titre de Wictorieux que d'autres inscriptions (2) avaient déjà donné à Tetricus le père , se retrouve ici, et l’épithète de PACatoris , rappelle qu'on lit sur ces mêmes inscriptions que Tetricus , salué du nom de f’ictorieux d'après le vœu des légions victorieuses , par le sénat et le peuple Romain Gaulois , avait donné la paix : Pacatis OMNibus, VICTor , TEGionum VICTricium DESiDerio , Senatu Populo Romano Gallo-
Que Salutatus. Sur l'épaule droite, couverte par le Paludamentum ,
on lit :
d ul bd bdd AVGG COSS.
Le profil de Tetricus fils est à moilié caché par celui de son pere ;
UD FDL TEEN À TA — <<
(x Voyez planche IH. Toujours plein de zèle pour l'accroissement des
sciences historiques , M. Chrétin m'a envoyé un plâtre de ce monument, et c'es! d'après ce modèle que M. Jules Boilly a exécuté cette planche, avec une heureuse et rare fidélité.
(°) Voyez mon Rapport sur les monumens découverts à Nérac.
( 24 ) » ° Mc nn F se hu sa tête est couronnée de laurier, et ses traits annoncent qu'il est âgé
d'environ vingt ans.
L'inscription suivante est gravée autour des figures, dans le champ
du médaillon : IMPP. TETRICIS PIIS FF AVGG.
Dans le plat du cadre on lit ce qui suit :
CIV NERAE AQVAE PF AVG S.....…. LA BEL EVERS DE GOTH À DD NN RENOV
Comme dans beaucoup d'inscriptions du moyen-âge une pelite croix indique le commencement de celle-ci.
L’explication des sigles tracées sur ce marbre offre quelques difficultés qui sont encore accrues par la nécessité de restituer ce qui n’y existe plus.
Divers systèmes peuvent être formés à ce sujet.
Selon toute apparence les sigles P. F. AVG. doivent s'expliquer par les épithètes de Pieuse, d'Heureuse et d' Auguste , données à la ville de Nérac. Nous avons déjà vu, par les inscriptions insérées dans le Rapport, que l'on accorda le titre d'Auguste à cette ville, ainsi qu'aux Aquæ Tarbellicæ. Cette épithète était commune dans tout le monde Romain. Qui ne connaît Cæsar AUGUSTA, en Espagne }, et une ville du même nom en Syrie? Nous avons des médailles de. Patras sous le nom de Colonia Augusta Aroe Patrensis ; de Bruunto , Colonia AUGUSTA ; —, de Césarée, Colonia AUGUSTA Cæsarea ; de Cadix, Colonia Julia AUGUSTA ; de Carthagène, Colonia Carthago Nova AUGUSTA ; de Lodi ( Nouvelle Auguste), Colonia Laus Julia Nova Augusta, et dan très-grand nombre d’autres cités où le titre d’Auguste fait partie des noms de la ville. Plusieurs colonies ont pris aussi les épithètes de Pia et de Felix. On a des monumens numismatiques de la Colonie Julie Felix, Colonia Julia FELIX ; de Jérnsalem, rébâtie par les Romains , et nommée Colonia Ælia Capitolina Commodiana, PIA, FELIX ; de Beryte, Colonia Augusta FEUX , Berytus ;
(25 ) de Carrhes, en Asie, Colonia Aurelia Karrhae, Commodiana , PIA,
FELIX , etc. Chaque empereur, surtout dans le troisième siècle, pre-
nait les titres de Pieux , d' Heureux et d’ Auguste ( Pius, Felix, Au-
gustus ). Nerae Aquae, rebûtie, ou renouvelée par l’un d’entr'eux , et
spécialement protégée, a pu prendre aussi ces titres qui montraient
d'ailleurs tout son attachement au souverain qui était son second fon-
dateur. Nommée autrefois Veronis Aquae, ainsi que le prouve une importante inscription découverte naguère, et qui vient appuyer à ce sujet l'autorité de celles que j'ai citées dans le Rapport, il parait qu'elle ne prit les surnoms de Pieuse, d'Heureuse et d' Auguste, que sous la domination des Tetricus, nommés aussi sur les monumens,
comme tous les autres Empereurs de leur siècle, Pieux, Heureux et Augustes , épithètes dont le plus obscur tyran chargeait alors les médailles qu'il faisait frapper pendant la courte durée d’un règne, souvent commencé par le crime et terminé par un assassinat.
La restitution de ce qui manque à l'inscription gravée sur le cadre du monument offre de grandes difficultés.
Dans la supposition que ce monument pouvait avoir quelque rapport aux bains, dont on a peut-être retrouvé la salle principale près de ce long édifice que j'ai indiqué comme l’ancien Nymphée de Verae Aquaë, un savant archéologue (1) auquel j'ai envoyé une copie de l'inscription, croyait qu'il ne s'agissait que du bassin d’un bain ou d’une fontaine, d’un Labellum ( diminutif de Labrum ), détruit ou renversé par les Goths, et réparé ou rétabli aux dépens des deux Tetrieus : LABELum EVERSVM DE GOTHs À DD. NN. RENOVatum; mais cette explication remplit-elle toutes les conditions nécessaires , pour restituer convenablement le texte perdu ? La lettre S que lon voit après le mot abrégé AVG, doit entrer comme un élément nécessaire dans ce texte ; le même savant a proposé, il est vrai, Salutares; alors on pourrait lire : ;
CIVitas NERAE AQUAE, Piae, Felicis, AVGustae, Saluiares, pro
(1) M. le baron Chaudruc de Crazannes.
(26) LABELLo EVERso DE GOTH:s , À Dominis Nostris RENOVato. IM- Peratoribus TETRICIS, PIIS, FElicibus, AVGustis ConSulibus, etc.
Suivant M. Chaudruc de Crazannes, dont le témoignage est d'un grand poids, cette explication serait très-admissible. « Elle s’appuie dit- » il, de l'histoire ; le latin n’en est pas si barbare qu’on voudrait bien » le dire, et puis faut-il s'étonner de rien , en fait de barbarie, dans » nos inscriptions latines ou romaines des contrées Aquitaniques, ré- » digées par des Gaulois, à la fin du troisième siècle ? Est-ce là qu'il » faut chercher le latin de Cicéron, de Tacite ou de Virgile ? D'ailleurs » tous les mots de cette inscription se rapportent à cette langue et » sont placés dans leur acception naturelle, Zabellum, Eversus , » se trouvent dans tous les glossaires de la haute latinité, et la pré- » position DE, parmi ses significations nombreuses, veut bien dire » par; celle À, ab, exprime bien aussi aux dépens de, à sociis , aux » dépens des alliés, etc. »
Il serait possible de trouver encore une explication plus plausible , en supposant que ce monument a été élevé, ou après une incursion des Barbares qui auraient renversé et les habitations de Neronis Aqueæ et les monumens renfermés dans son enceinte, ou après l’une de ces guerres civiles qui ravagèrent l'occident, et où l'ambition de quelques chefs et l’esprit de révolte des légions couvrirent de ruines et de sang cette belle partie de lempire romain ; alors on lirait :
IMPeratoribus TETRICIS, PIS, FEbicibus , AUGustis, ConSulibus, CIVitas NERAE AQVAE , Pine, Felicis, AVGustae, Spoliata TempLA BELlo EVERSa, DE GOTHis, À Dominis Nostris RENOVata.
Ainsi ce monument aurait été élevé aux deux Tetricus, empereurs, Pieux , Heureux, Augustes, par la Cité de Nerae Aquae, Pieuse, Heureuse et Auguste, ses temples, dépouillés et renversés durant les guerres, étant renouvelés par ces princes avec les dépouilles des Goths.
L'histoire, très-obscure de la première moitié du onzième siècle de Rome, nous a conservé le souvenir d’une invasion qui aurait pu amener Île pillage des temples et la destruction même d’une partie de
ces édifices religieux. Quelques auteurs placent cet événement en
250, et disent que ce furent les Allemands qui entrèrent alors dans les Gaules. Eutrope parle de cette invasion des Allamanni dans les Gaules et dans la Péninsule italique ; il montre les Germains pénétrant jusqu’en. Espagne et se rendant maîtres de T'arragone (1). Aurélius Victor a désigné aussi les 4/lamanni, erde plus il nomme les Francs qu'il fait entrer dans les Gaules et assiéger ensuite Tarragone (2). Au reste ces noms de Germains, d'Allemands, de Francs, désignent en général les nations d’au-delà du Rhin, habituées sur les rives de l'O-
der , et dans les forêts qui couvraient cette région. Paul Orose (3)
(1) Alamanni vastatis Galliis, in Italiam irruperunt..….. Germani usque ad Hispanias penetraveruni , et civitatem nobilem Tarraconem expugnaverunt.
(ist, Rom. lib. TX).
(2) .…. Adeo uti Thraciam Gothi libere progressi, Macedonas Achæosque et Asiæ finitimæ occuparent : Mesopotamiam Parthi Orienti latrones seu mulier dominaretur. Alamannorum vi, tunc æque ftaliam ; Francorum gentes, direpta Gallia, Hispaniam possiderent, vastato ac pene direpto Tarraconensium oppido,
nactisque in tempore navigiüs , pars usque Africam permearet. ( De Cœæsaribus ). E O ÿ) 1 )
(3) Pauli Orosii, Historiarum lib. VIT, cap. XXII. Après avoir raconté comment Gallien fut traité par les Perses qui l’avaient fait prisonnier , ajoute : Et Gallienus quidam tam claro Dei judicio territus, tamque misero collegæ permotus exemplo , pacem ecclesiis trepida satisfactione restituit. Sed non compensat injuriæ ultionisque mensuram unius. Impii, quamvis perpetua et supra modum àbominanda captivitas, contra tot millia excruciata sanctorum, justorum sanguis, ad Deum clamans , in eadem sese terra ubi fusus est, vindicari rogat. Non enim de solo constitutore præcepti justo supplicium,judicio flagitabatur , sed etiam exsecutores , delatores , accusatores , spectatores ac judices, postremo ommnes qui injustissimæ crudelitati vel tacita voluntate adsentiebantur, quia Deus secretorum cognitor est, et quorum maxima per omnes provincias pars hominum versabatur , eadem ultionis plaga corripi justum erat. Solvuntur repente urdique permissu Dei ad hoc circumpositæ, relictæque gentes , laxatisque habenis in omnes Romanorum fines invehuntur. Germani , Alpibus, Rhetia, totaque Italia penetrata , Ravennam usque pervemiunt. Ælamanni Gallias pervagantes , etiam in Îtaliam transeunt. Græcia, Macedonia, Pontus, Asia Gothorum inundatione delentur. Nam Dacia trans Danubium in perpetuum aufertur, Quadi et Saematæ
Panonias depopulantur. Germani ulteriores abrasa potiuntur Hispanias, Parihi
nomme aussi ces peuples, et son témoignage n’est pas sans importance. Grégoire de Tours (1)a de même conservé le souvenir de cette irruption des Barbares. Il les représente renversant les monumens les plus antiques, détruisant ce célèbre temple des Arvernes, que l'on nommait ’asso en langue gauloise, et ce qu’il ajoute au récit de Paul Orose, convient parfaitement à l’idée qu'offrirait l’annonce de la ruine des édifices de Nerae Aquae, indiquée dans les inscriptions de cette cité, si un monument, jusqu’à présent inconnu, ne venait assigner une autre cause à la dévastation de ce lieu.
Ce monument, dont l’interprétation va nous occuper, est une plaque en marbre blanc, autrefois environnée d’un cadre assez élégant ; sa hauteur est de 0." 78, sur o." 51 de largeur. L'inscription est composée, dans son état actuel, de huit cent quatorze caractères divisés en vingt-trois lignes. Il n’y manque peut-être que trois ou quatre
lettres à l’un des angles inférieurs (2).
Mesopotamiam auferunt Syriamque corrodunt. Extant adhuc per diversas provincias in magnarum urbium ruinis parvæ et pauperes sedes, signa miseriarum et
nominum indicia servantes...….
(1) Gregorii Turonensis historiarum, lib. 1 , c. 32.
Vicesimo septimo loco, Valerianus et Gallienus Romanum imperium sunt adepti, qui gravem contra christianos persecutionem suo tempore commoverunt.…. Horum tempore , et Chrocus ille Alamannorum Rex , commoto exercitu , Gallias pervagavit; hic autem Chrocus multæ adrogantiæ fertur fuisse. Qui cum nonnulla inique gessisset , per consilium, ut aiunt, matris iniquæ collecta (ut diximus ) Alamannorum gente , universas Gallias pervagabatur , cunctasque ædes quæ antiquitus fabricatæ fuerant à fundamentis subvertit. Veniens vero Arvernes Delubrum illud quod Gallica lingua Vasso Galate vocant , incendit, diruit, atque subvertit.
Sans repousser l'autorité de Grégoire de Tours en cette occasion , les savans historiens du Languedoc font remarquer , avec beaucoup de justesse , que cet écrivain parait avoir confondu plusieurs circonstances de l’invasion qui eut lieu au troisième siècle, avec celle des Vandales , commandés par Chrocus , au commence-
ment du cinquième,
(2) Planche II.