‹ Dissertation sur un statère d'or du roi inconnu Acès ou AcasChapitre 12 sur 13 · Ptolémée, m, 5, p · texte numérisé non relu

Ptolémée, m, 5, p

3, Wilson, Ariana amiqua^ p. 313 et 321. Miomiet, SuppU, t. Vin, p. 485, n«» 73 et suivants. Trésor de numismatique. Rois Grecs. PI. lxxvi, n*" 16 à 20, et lxxxvii, 1 à 1 4. Pages 154 et 1 55 du texte.

BU nOI INCONNU AGES. 49

à peu près insurmontable à cet égard. La lé* gende lui donne le nom de roi, s'ensuit-il qu'il y ait jamais eu un royaume d'Âcès ? S'il est possible qu'il ait été le successeur de rois scythes , thraceSy odryses ou gètes^ comme cet Âthéas ou Âtéas qui résista à Philippe de Macédoine^ et d6nt j'ai déjà prononcé le nom ; ce Syrmus que battit Alexandre^, ou ce Dromichètes', qui défit deux fois les troupes de lysimaque , il peut aussi n'avoir été que le chef de hasard de quelque horde pillarde dont les succès lui auront valu le titre de roi, sans qu'il ait possédé un royaume dans la véritable acception de ce mot, surtout selon nos idées modernes. D'ailleurs, son royaume, s'il en eut un, peut n'avoir eu qu'une existence d'un jour. L'antiquité vit naître souvent de ces royautés éphémères dont un exemple à peu près contemporain d'Âcès est l'empire gaulois fondé en Thrace par ce Gomontorius dont j'ai déjà parlé et sur lequel nous possédons quelques détails, parce qu'après tout il dura soixante années. Qui sait? Acès fut peut-être le premier et le dernier roi de sa race? Il se peut aussi que la monnaie qui nous fait connaître son nom n'ait pas été frappée sous son influence directe ; en effet, s'il est possible qu'elle ait été fabriquée dans

1, Arrien. Anabasis Jlex,j I, S.

2. Dromichètes est mentionné par Polyen, Diodore de Sicile, Strabon et Plutarque.

90 DISSERTATION 8DB Ull STATÈftl d'oR

une ville sujette d'Acès, il ne l'est pas moins qu'on n'y lise son nom que parce qu'une TiUe soumise par ses armes à un tribal exigible en espèces au titre et au type de Lysimaque aura cru politique de flatter le barbare ai y plaçant son nom y tout en négligeant d'y ajouter le sien propre ou tout au moins un symbole distinctiP^ ainsi que fit Panticapée lorsqu'elle battit monnaie avt nom de Përisadès. Le roi du Bosphore fut<^i] pour quelque chose dans le monnayée de Panti-^ capée? Savons-nous bien quels étaient les rapports de certains rois avec les villes grecques réputées leur avoir été soumises? Savons-nous surtout comment les choses se passaient à Tégard de la monnaie? N'existait-il pas sur ce sujet une certaine liberté dont les médailles grecques impériales nous font entrevoir la probabilité? Je ne puis ici qu'indiquer rapidement les vues que la numismatique peut ouvrir sur ce sujet que je me réserve de traiter quelque jour^ mais ce qae nous savons des relations des villes grecques maritimes de la Chersonèse Taurique avec les rois Scythes de l'intérieur de cette contrée, l'exemple rappelé plus haut des avanies imposées aux Byzantins par les Gaulois, ces pillards alors aussi barbares que les Scythes leurs proches parents, me paraissent autoriser dès à présent les conjectures que je viens d'émettre au sujet de la monnaie d'Aoès.

Quant au théâtre des exploits ou des aven-

tuteÈ de ce peirsoûHage, sans prétendre l'mdiqaer avec f)récision, je trouve une certaine vraisemblance à le placer dans la Thrace. Bien qu^il ne nous reste chez les auteurs aficiens que de maigres notions sur ce pays dont Tintérieur fut toujours barbare et qui même aujourd'hui est encore frè9-imparfaitement connût nous n'ignorons cependant pas 9 je viecld de le rappeler, qu'U y subsista des rois scythes et même que des in-vasions scythiques paraissent s'y être succédé jusqu'à des temps relativement iroisins des nôtres. Dans la moderne Rottbiélie^ le nom des Scythes n'eât pas encore oublié , et c'est à eux que l'on attribue ces kourganes qu'on y reticotitre par milliers et qui passent pour y marquer la route de leurs hordes^ non sans bonnes raisons^ car ils ôiferent les plus grandes analogies avec ceux de là Qiersonnèse Tauriqtie. Il y a donc de l'espace pô^ur placer le royaume ou tout au moins le campement de notre roî scythe, c'èst-à-dire originaire de l'Asie, dans cette vaste région aux limites mafl définies qui s'appela primitivement du nom significatif d*^rw!, où persistèrent si tard les pratiques d'dn culte purement oriental dont on découvrait récemment de si curieux monuments*, et €Ù se pressaient cent tribus, Odryses, Gètes^ Mae-

i . Voyez dans la Repue archéologique y n** de juin i 865, le à^étUdire de M. Hetizey, intitulé : Le Panthéon des rochers dé fhiUpfés.

5S DlSSIRTATUHf ^W. UN ^TATtil D'OK

des» BiUon8> Beasons, Satres, Tribales, etc, ^c, dont OD sait mal les origines, mais dont la plu* part étaient certainement des rejetons du grand rameau «scytbique. C'est e» aomme par un abus de langage qu on parle de rois de Thrace; c'est rois de certains Tbraces, ou rois en Thrace qu'il faudrait dire en parlant des Seulhès et autres prédécesseurs de Lysimaque. Ce prince lui-méma ne fut pas véritablement roi de Thrace; mais comme il est parti de la satrapie de ce nom pour s'élever à la dignité royale, de la même manière que son rival Antigone se fit roi en Asie sans qu'on puisse préciser les limites de son pouvoir^ l'usage a prévalu de désigner l'empire de l'ancien garde du corps d'Alexandre, par le nom de la Tbrace^ qui ne constitua cependant jamais un royaume et n'est après tout, ainsi qu'on l'a dit si durement dç l'Italie^ qu'une expression géographique , absolument comme le terme jéllc'magne. Ubistoire de Lysimaque est une frappante démonstration de ce ^e je viens d'avancer. Ce grand capitaine, qui sut se faire une si belle part dans la succession d'Alexandre, ne parvint jamais à former une naticm des peuplades à demi sauvages de l'intérieur de la Thrace. Il fut même si loin de les soumettre toi:^es^ qu'au contraire nous le voyons dans une grande bataille tomber aux mains d'un chef gète, de ce Dromichète dont j'ai déjà parlé , lequel rendit la liberté au Macédonien avec une . magOfftoi-

1)0 ROI INCONNU ACÈS. . 53

mité dédaigneuse; et qu'enfin, il ne posséda même pas toutes les côtes de la Thrace, puisque Byzance conserva son autonomie pendant son règne. Pausanias, dans la courte , mais précieuse biographie qu'il a tracée de ce prince, laisse voir clairement ce que c'était que la royauté de Lysimaque en Thrace.

ce 11 devint , dit-il , roi des Thraces , voisins des Macédoniens, c'est-aKlire de ceux qui étaient déjà soumis à Philippe et à Alexandre et ne forment qu'une portion peu considérable de la nation thraceS En effet, à l'exception des Celtes^ » ajoute-t-il dans le même passage, <c au^ cun peuple ne peut se prétendre aussi nombreux que les Thraces, et avant les Romains^ ils n'avaient jamais été complètement soumis, d Involontaire on non, ce rapprochement des Celtes et des Thraces, sous la plume de Pausanias^ j3e me parait pas devoir être négligé. Ne sait-on pas que, sous ces noms de Celtes, de Thraces, de Scythes, de Gètes, et cent autres, il s'agit toujours de peuples partis de l'Asie qui en se séparant se diversifièrent selon les milieux où les poussa la fortune, mais non sans garder quelques traits qui décèlent une même origine. Aussi, suis- je en droit de supposer que la royauté de ces chefs gaulois que César put seul réduire, devait avant ses immortelles campagne présenter beaucoup d'analogie avec celle que je

i. PoiuaniaSf I, 9* Attique.

54 DI8SBBUTI0N 8U|l UN STATJtHB D'OB

réclame eD Thrac0 pour Aoès, e$. 4f^ m^o^ la do- . mination de Lysimaque sur cette contrée, d^t avoir une grande similitude avec la situation des Roioains d^us la Gaule, alors qu'ils n*y possér daient que leur Pronnce.

Il n'est pasjusqu'au silence gardé par les bisto* riens sur Aces qui ne puisse être considéré comme favorable à Thypothèse que je présente. S'il eût régné dans quelque contrée civilisée» s'il eut po9*« sédé Byzance, on aurait eu chance de rencontrer son nom chez les écrivains de l'antiquité en dépU des lacunes qui les déparent si souvent, de même qu'on sait le nom de plusieurs rois d^ I9. Tbrace grecque des côtes, ou de ceu^ du Pont et du Bosphore; mais si, au coptraire, il fut seu^ lement le chef de quelque horde vagabonde et k demi sauvage de l'intérieur de la Tbrace, com* ment retrouver sa biographie? Qui nouç dira celle des pareils d'un Âthéas, d'un Syripps, d'un Dromichètes et de l;ant d'autres ? Ils put vécu, combattu, régné |oin des centres de )a civilîsar tion grecque, la plupart n'ont jamais rien e» à démêler avec elle; ainsi que les Celtes \e\jf^ frères , ils n'écrivaient pas ; à d^ rares excep? tions près, ils sont irrévocablement condamné^ à l'oubli.

La ogipnnaie que je viens de décrira vaudra k Àcès la fortune d'occuper un ius^tant l'atteijyUQA des épudits, mais très-probablement nous ne saurons jamais de lui que son nom, dont la forme

DU ROI INCONIfU ÂGi8. 55

exacte ne nous est même pas connue. L'épqqiie à laquelle il a vécu restera de même fort incertaine, car je ne voudrais pas affirmer que le statère sur lequel on lit son nom ^it été frappé de son temps. Rien n'empêche qu'il n'ait vécu à un moment plus rapproché du règne de Lysimaque, et il peut être arrivé à sa monnaie ce que nous avons tenté d'établir qu'il advint de celles de Périsadès..

J'ai cru pouvoir attribuer avec quelque vraisemblance à À,cès la royauté d'une tribu scytbique de la Thrace ; je n'oublie pas cependant que j'ai dit en commençant qu'il parait probable que le statère qui nous a révélé l'existence de ce per^ sonnage a été trouvé en Asie, dans les environs de Trébizoude. Cette provenance unique ne ser rait pas décisive contre l'opinion vers laquelle je penche, je l'ai déjà dit également; toutefois, c'est une présomption en faveur de l'origine asiatique de notre statère que pourrait établir plus solidement une découverte ultérieure. Ne possède-tfOn pas aujourd'hui trois de ces rares statères au nom de Périsadès dont le premier* spécimen demeura si longtemps unique? On trouvera peut-être un second slatère d'Acès, et cette fois il se peut qu'on y lise l'indication d'atelier monétaire qui manque sur le premier. Personne plu$ que moi ne souhaite que cette prévision vienne à se réaliser. Dût le nouveau venu porter le monogramme d'une ville d'Asie ,

56 DISSlETiTlÔN 8DB UN 8TATÈEI D'OR

je saluerai sa découverte avec le plaisir de la curiosité satisfaite, et avec d'autant plus de désintéressement que, même dans ce cas, je n'aurais rien d'essentiel à retrancher dans les pages qui précèdent. Acès, chef d'une peuplade scythique, ne pourrait-il avoir régné sur une peuplade de la Thrace et avoir conquis et soumis au tribut quelque ville de la côte d'Asie ? Cette ville ferait partie des États des rois du Bosphore, que ce que j'ai avancé sur le nom et l'origine d'Acès ne serait nullement infirmé par cette circonstance, car ces princes étaient également d'origine asiatique, et la plupart de leurs noms, à commencer par celui de Périsadès, sont aussi étrangers à la langue des Grecs que celui qui se lit au revers de notre monnaie. Si donc, ainsi que je le disais, il y a de l'espace en Thrace pour le royaume d'Acès, il ne manquerait pas non plus de place sur le catalogue des rois du Bosphore poury intercalerson règne, puisque l'on y connaît une lacune de plus d'un siècle et demi.

Il n'est pas impossible non plus qu'Acès ait été roi de quelqu'une de ces peuplades qui habitaient la région voisine de Trébizonde et dont quelques-unes sont nommées à peine une fois dans l'histoire. Un passage d'un fragment d'Arrien que me signale mon confrère et ami M. W. H.Waddicgton pourrait être allégué en faveur de l'origine asiatique de notre statère.

Arrien dictant Tordre de bataille de l'armée

DU ROI INCONNU ACiS. i S7

qu'il commandait contre les Àlains , vçut que ce soient les cavaliers acëiens qui protègent ses ailes : ol iTnreîç ol 'Axeîoi*. Malgré Ténorme intervalle qui sépare la date de rémission du statère d'Âcès (environ quatre siècles, en la supposant même plus moderne que le moment où j'ai tenté de la fixer) de celui de Texpédition contre les Âlains à laquelle a trait le fragment en question, il est permis de se demander s'il n'y aurait ' pas quelque rapport entre le nom de ces cava-« liers et celui de notre roi inconnu. Que le mot Xxetoi désigne chez Ârrien un peuple ou une tribuy ou qu'il ait été donné à un corps d'armée, soit en souvenir de son premier organisateur, soit en l'honneur de son chef du moment, ne se pourrait-il pas qu'il dérivât d'Aces ou d'Acas, ou tout au moins qu'il eût quelque affinité avec l'un ou l'autre de ces noms? Le fait à peu près avéré de la trouvaille de notre statère dans les environs de Trébizonde, ville qui dépendait du gouvernement de Cappadoce dont était investi l'historien, donnerait quelque poids à ce rapprochement. Il est en effet probable que les îlxeioi habitaient un canton peu éloigné de Trébizonde et que c'est pour cela qu' Arrien les employa contre les Alains qui venaient d'envahir l'Asie Mineure. Je sais bien que les Alains étaient d'origine scythique ainsi que devaient l'être les

i . *'ExTaStç xax* 'AXavcav.

J$8 DISSBBTATIOlf Sim UH STÀlkEB D'OR

Xxeioiy si je ne m'abuse pas sur l'origine que j'attribue à Aces et si la ressemblance de leur nom avec celui de ce prince n'est pas purement fortuite; mais ce ne serait pas là ce qui pourrait contredire cette hypothèse. On sait par cent exemples que les rameaux divers de la race scythique se combattirent en mainte occasion avec autant d'animosité que s'ils avaient été étrangers les uns aux autres, en cela ne faisant que ce qui s'est trop souvent observé dans l'histoire de tous les peuples.

La région de l'Asie où paraît avoir été découvert notre statère, comptait autant de peuplades diverses que la Thrace; l'ordre de bataille d'Arrien en mentionne plusieurs qu'on ne rencontre guère que dans ce curieux fragment, et il s'y en trouvait certainement bien d'autres dont nous ne saurons sans doute jamais les noms. Ces peuplades avaient presque toutes des rois, et nous n'ignorons pas qu'elles conservèrent une sorte d'autonomie^ même alors que Rome commença à étendre son pouvoir dans l'Asie.

Les monuments éclairent peu à peu les rares notions que nous ont transmises les anciens sur rhistoire de cette partie du monde. C'est ainsi que la découverte faite, il y a déjà plus de dix ans, d'une monnaie d'argent portant la légende si explicite : API2TAPXOT BA21AEn2 KOAXIAIQ2, est venue confirmer le passage ^ ou Àppien^ nous

i. BeU.. Mithridyiiik,

DU JkOl INGONVn iCJES. 6d

apprend qu'après la défaite et la mort de Mkhridate, Pompée établU dynaste de la Colchide un . personnage nommé Aristarque^

Il se pourrait donc qu'un Acès, descendant du nôtre, eût conservé jusques aux temps d'Hadrien^sousun titré quelconque^ une autorité sur ces Âcéiens, ou que ces peuples, cavaliers comme de vrais Scythes qu'ils étaient sans doute, aient gardé ce nom qui distinguait quelqu'une de leurs •mciennes familles et remontait au moins à plusieurs siècles avant J. G. Reste à savoir si la leçon vulgaire des manuscrits d'Ârrien est exacte, ce dont semble douter l'un des derniers éditeurs de cet bisiorien, M. Charles MûUêr% qui apriès le mot X)ceioi, a pris soin d'ajouter ces variantes ; [ îlxâuoi ? Xj^aiob ?] . Aussi n'ai-je pas besoin d'ajouter que si je signale ce passage, c'est uniquement afin de ne rien négliger de ce qui peut jeter quelque jour sur l'obscure question que je viens de traiter.

i . C'est à M. Waddington que la science doit la connaissance de ce précieux monument historique qui est conservé dans le ridbe cabiaet du lieutenant général Gh. Fox. Voyez Foyage en Asie Mineure du point de vue numismatique, p. 152 du tirage à parr, ou dans la Revue numismatique^ année 1853, |i. 251. On trouvera une figure de cette médaille dans le recueil publié par le général Fox, sous ce titre : Engravings of uapuhlished or rare greek coins ^ with descriptions. Cf. il? partie publiée à I^ondres en I8$2, p. I et planche i, n<» 1,

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