DESCRIPTION
Droit : Tète virile , imberbci de profil, tournée vers la droite, diadémée, ornée d*une corne de bélier, avec de longs cheveux qui flottent sur les épaules. Ce n*est pas le portrait du roi dont le nom parait au revers, mais une copie de l'image divinisée d'Alexandre le Grand , type des monnaies de Lysimaque dont on peut voir un beau spécimen sous le n^ 1 de la planche qui accompagne ce travail.
Rei^ers ; Légende : BàSIAEOS AK^t. Les alpha sont ^insi figurés : ^
Tjrpe : Minerve casquée, revêtue d'une longue robe, assise sur un siège porté par des pattes de lion. La déesse s'appuie sur un bouclier sans em blême et tient de la main droite une figure de la Victoire ailée qui couronne le nom royal. On ne distingue pas de lance dans les mains de la,. Minerve. Il n'y a ni monogrammes, ni symbole, soit dans le champ, soit sous le siège, mais à l'exergue, parait un trident posé horizontalement , vers les pointes duquel se voient deux dauphins.
OR. Statère inédit et ynique jusqu'à ce jour, acquis en 1 865 par la Bibliothèque impériale.
DU BOI INCONNU ÀCÈS OU ACiS. 5
Poids : 8 grammes 5 décigrammes. C'est le poids normal des statères de Philippe et d'Alexandre de Macédoine^ de Lysimaque de Thrace, et en un mot des statères du système attique.
Il semble que tout ait conspiré pour augmenter les difficultés de Texplication de notre médaille. Comme si ce n'était pas assez que l'histoire n'ait nulle part parlé du roi appelé au géni* tif AKOY sur notre médaille^ il advient, par une sorte de raillerie du sort , qu'il n'y a pas de raison pour décider que ce mot dérive plutôt d''jlxaç que (ï%LtïÇf si bien que nous ne saurons sans doute jamais sa forme au nominatif, et qu'afin d'éviter d'oiseuses périphrases, je me suis décidé à baptiser arbitrairement Jcès^ un personnage qui, en réalité, fut peut-être connu sous le nom dUAcas. Ceci ne serait rien ; mais on ne sait même pas positivement où et comment a été trouvée notre médaille. Suivant le négociant grec qui l'a cédée à la Bibliothèque impériale, cette pièce aurait été découverte près de Trébizonde; mais a-t-elle été rencontrée seule ou en compagnie d'autres pièces dont la présence aurait pu donner lieu à de lumineux rapprochements, on l'ignçre, car M . ^'^^ ne s'est pas informé des détails de la trouvaille à laquelle il n'assistait pas. Voici donc une provenance des moins certaines ; d'ailleurs, serait-elle attestée de la manière la plus positive qu'elle ne constituerait qu'un fait
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isolé dont il serait imprudeiit: de trop se pfeValoîr. Je n'ai pas encore tout dit : en rabsédcè d*ethnique, c'est l'étude du type, du styîe et de la fabrique qui conduit à reconnaître le lieu d'origine et l'âge des médailles. Ici, le type ne nous aidera guère, attendu qu'il n'est pas propre au personnage qui en Fait usage , et qu'au contraire, c'est une copie tellement servile des slatères de Lysimaque, roi de Thraice, que n'était la légende , notre pièce se confondrait facilement avec les Lysimaques primitifs ou d'imitation qui abondent dans les divers cabinets de TEurope. Quant à la fabriqué", à peîÈlè pourra-t-on lui detfaatider quelques indicatlôBk sur la daté de tiotre statère ; mais elle kie tioûk conduira pas à deviner le pays dont il est originaire; il en est dé même du iridenty unique symbole qtie l'on puisse y signalfer; car on lé Vèrrk plui loin, il ti'^t pas admissible que cette monnaie âît été frapjpée à Byzance, bien que Vè Sceptre de Neptune ébit la marque bàbituellè déâ Pseudo' Lysimaques émis par cette célèbre cité.
On tié peut cependant se rendre sans coifibàt \ jèf me suis doncroidî contre les obstacles, et je tentë^ rai de répondre, he fût-ce que parjdes hypotfifèsiéè^^ aux qi^estions qui se posent naturelleiient â l'éèprit au sujet du roi que j'di prié le ^'âHf cte ti6YiiM4fef Acès. A qu'elle époque, dans qirélfé cbntrSé À-t-fl iécii? qufeHé i^âce àppàrtetiait-îl ? A qii^lbpeti-i
DU ROI INCONNU iCtls. i
pies a-t-il commandé? C'est là surtout ce quié Ton voudrait savoir et qe que Ton ne saura jamais avec certitude, je le dis sans détour, à moins que l'avenir ne nous tienne en réserve un monument plus explicite que celui qui vient de tomber entre nos mains.
Des diverses causes d'obscurité qui viennent d'être énumérées, la banalité du type est la plus fâcheuse. Même à défaut de nom de cité oii dé peuple, un type original a souvent suffi poui* faire réconndtre la patrie d'une monnaie ; tnaik que peut-ori apprendre d'un type copié? Celai qui nous occupe, n'a qu'un avantage ; c'est de circonscrire hos recherches en nous interdisant de placer la date du statère d'Â^cès antérieurement a Lysimaque , et en nous indiquant les pays sur lesquels rayonna l'influence de ce prince, pour y chercher de préférebce la èontrée où cette pièce dut être frappée ; maïs en ménie tétnps, et par cela imême que notre pièce b'est qu'une imitation, nous sommes privés des lumières que nous aurait pu fournir l'étude de son style et dé sa fabrique. £n effet, le propre des monnaies d'ilïiifation est de n'avoir pas de stylé et dé dîssiniulèr leur fabrique, fait facile à démontrer, mais dont oni ne ?^èst pas assez préoccupé jadis.
La coutump de s'apprpprier les types monétaires, en possession^ d'une hdxiné renommée est.de lo«s lès tèm jis et de tous les pays ; graiïds et petits Étals l'ont pratiquée à l'envi; aussi les cabinets
& DISSERTATION SUR UN STÀjiRB D'OR
conservent-ils des séries de monnaies d'imitation dont quelques-unes singent si étrangement leurs modèles qu'il faut tout le tact, toute la pratique de numismatistes consommes pour s'apercevoir de la supercherie. Il en est même quelques-unes que ceux-ci nedistinguent qu'à grand'peine ; ainsi tel statère gaulois de bonne époque au type de la Victoire dans un bige et à la légende ^umnor ne passerait-il pas facilement pour un Philippe frappé en Macédoine ? et pour parler des temps modernes» ne conviendra-t-on pas que telles monnaies d'or au saint Jean-Baptiste et à la fleur de lis frappées en Hongrie ou en France jouent à s*y méprendre les florins originaux de Florence-^
1. Leiewell, un des premiers, a attiré Pattention sur la curieuse série des monnaies d'imitation dans les temps modernes. Depuis la Numismatique du moyen dge^ les Revues numismaiiquesde Paris et de Bruxelles» le Cabinet dei'Jma^ teur et de tAntiquairey^ d'autres recueils encore ont publié^ sur cet intéressant sujet, plusieurs travaux parmi lesquels je signalerai ceux de M. Arnold Morel-Fatio sur des monnaies frappées en Italie et en Suisse, dont les ingénieuses explications sont autant de découvertes. Moi-même, s*il est permis de se citer^ j'ai fait connaître deux singulières monnaies. d'imitation frappées dans les Pays-Bas ; mais, malgré ces diverses tentatives, on ne s*est pas encore suffisamment pénétré de l'importance qu'il y aurait à étudier les produits de cet usage monétaire, particulièrement en ce qui concerne l'antiquité. Ainsi, dans un livre de notre temps, justement estimé, à propos des monnaies de Rhodes au type de Lysimaque, on lira que c'étaient des pièces honorifiques et commémoratives, tandis qu'il s'agit dans cette circonstance comme près»
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Ceci est une eonséquence naturelle des nécessites de la contrefaçon. L'artiste chargé de graver les coins de ces trompeuses monnaies ne peut s'abandonner à son sentiment personnel ; au contraire, il s'efface à dessin et ne vise qu'à se rapprocher le plus possible de la pièce originale. De là des œuvres sans nationalité apparente, sans physionomie propre ; mais aussi le résultat voulu , c'est-à-dire des produits acceptés de confiance par les populations qui ne s'arrêtent pas à déchiffrer les microscopiques symboles, les monogrammes ou les abréviations qui les différencient si peu de leurs prototypes, que jadis les numismatistes eux-mêmes s'y sont trompés. La chose est arrivée en plus d'une occasion^ entre autres, précisément, à celle des imitations du type de Lysimaque*. k la vérité, on y regarde de plus près aujourd'hui, et de pareilles méprises seraient rares. En ce qui concerne la série à laquelle je viens de faire allusion, elles ne sont même plus possibles. Le livre publié en 1 858, par M. L. Millier sur les monnaies du célèbre roi de Thrace, a enfin établi des distinctions et. mis de Tordre dans les rangs de cette armée des monnaies à la légende BA2IA£02 AT2IMAX0T^ où l'on ne
que toujours, de simples plagiats dictés par Tintérét commercial. (Voyez, Trésor de Numismatique, Numismat, des rois grecs ^ p. 48.)