‹ Dissertation sur un statère d'or du roi inconnu Acès ou AcasChapitre 8 sur 13 · Je crois que personne n'avait signalé cet alpha sur les · texte numérisé non relu

Je crois que personne n'avait signalé cet alpha sur les

DO ROI INGCHINU ACtS. 35

trois situées en Europe, ce n'est pas là ce qui nous éclairera décidément sur le pays d'origine de notre statère.

A défaut de monogramme, le trident, unique symbole qui y paraisse, devrait trancher cette difficile question. On va voir qu'il n'en peut aller ainsi. Ce symbole, on le sait, appartient à la ville de Byzance ; sur ce point , pas de doute possible, puisqu'on le voit associé aux lettres BY^ sur des statères au type de Lysimaque; mais comme on le voit aussi sur d'autres pseudo-Lysimaques qu'on ne peut réfuter à Callatia, à Tomi, à Istrus et à Rhodes, et même sur ceux de Périsadès frappés à Panticapée ou peut*étre à Hermo^ nassa*^ sa présence n'implique pas nécessairement que les pièces sur lesquelles il parait sans Fad-

pièces en question, et ceci est encore un argument à l'appui de ce qae je disais p^us haut qu'on pourrait trouver des A à une époque plus ancienne que l'an 92 avant J. G. Il y a encore bien des observations à faire dans le champ sans limites de la numismatique.

La dernière des trois pièces citées est gravée dans l'ouvrage cité de M. L. Muller; voyez pi. I, n<* 15 et n° 284 du tableau n» VI. Les deux autres y portent les n«» 156 et 272; on les chercherait vainement sur les planchesdeM. Mûller, mais on pourra s'assurer de l'exactitude de mon asserlîoii en examinant les originaux au cabinet des médailles.

1 . Voyez un beau spécimen de ces statères, n** 2 de notre planche.

2. Sur ces pièces, le trident se rencontre soit avec les initiales K A A, JO, 12, soit avec la rose de Rhodes, soîtavec le

36 DISSERTATION SDR UN STÀTtRI D*OR

dition desiDilialesBT aient été frappées à Byzance, et par conséquent, nous n'en pouvons inférer que le statère d^Acès soit sorti de Tatelier monétaire de cette cité , ni même que ce roi y ait jamais dominé.

Indépendamment de cette observation purement numismatique 9 il y a des considérations historiques qui s'opposeraient à une pareille hypothèse. Byzance était trop puissante et trop célèbre pour qu'on puisse supposer qu'elle ait obéi, ne fût-ce qu'un jour, à ce personnage resté inconnu. Un tel succès aurait illustré son nom, et nous le trouverions mentionné par quelqu'un de ces écrivains qui ne nous ont pas laissé ignorer que si' cette république se vit forcée de subir l'alliance onéreuse d* Athènes ^ ainsi que la protection plus ruineuse des Gaulois^ elle garda cependant toujours une sorte d'autonomie , résista à Philippe de Macédoine^ qui l'assi^ea vainement, et sut rester indépendante aux temps de la plus grande splendeur de l'empire de Lysimaque.

monogramme IIA ou DAN, soit enfin avec les initiales EP. Voyez pour les quatre premiers exemples, L* MuUer, ouvr. cité, tableau V, n~ 257, 258 et suiv., id., n*»269 et suiv*, id., B^ 284, 285, et tableau VII, n»* 450 et 451 . Pour les trois derniers, voyez les figures des Ménjoires cités plus haut de Koehler et du prince Sibirski reproduites sous les n^ 4 et 5 de notre planche et le n® 3 de notre planche pour le Périsadès de Paris. '

Que vient donc faire l'attribut de Byzance sur notre statère, sur ceux de Périsadès, et aussi sur ceux de Rhodes, d'Istrus, de Tomi et de Callatia? Suivant l'auteur de la Numismatique du roi L/simaquCy sur les monnaies de ces villes, le trident serait l'équivalent d'une contre-marque et désignerait les espèces frappées spécialement pour le payement de droits imposés vers le milieu du troisième siècle de notre ère, par les citoyens de Byzance aux vaisseaux qui traversaient le détroit commandé par leprs remparts et leur flotte ^ Cette explication aurait l'avantage de rendre compte en même temps de la présence du trident sur les statères de Périsadès et sur celui d'AcèsqueM. MûUer n'a pu connaître; mais malgré toute l'estime dans laquelle je tiens la solide érudition de ce savant, je me sépare de lui sur ce point. Il est vrai que Byzance^ serrée de près par les Gaulois survenus en Thrace au lendemain de la mort de Lysimaque, et ne pouvant subvenir à elle seule aux énormes tributs que lui demandèrent ses incommodes voisins, se vit forcée de recourir à la taxe arbitraire dont le souvenir a été invoqué par M. MûUer; mais on ne voit pas bien pourquoi, dans ce cas^ des États libres auraient placé sur leurs monnaies le symbole de Byzance, à moins qu'on ne l'ait exigé d'eux, ce que je ne puis admettre. Une telle prétention eût été la

\ j Voyez l'ouvrage cité de M. L. Miiller, p. 34.

8S DISSBETATION 8Um im fTATfelR D'OE

plus impolitique aggravation d'une mesure qui, quoique motivée par des raisons de force ma^ jeure, ne fut pas mieux accueillie^ il y a deux mille ans, que ne Tétait, hier encore^ la taxe exi^gée pour le passage du Sund par les compatriotes de rérudit danois. Polybe ne nous apprend-il pas, ainsi que l'a remarqué M. MûUer lui-*mémey que le mécontentement causé par la taxe du détroit occasionna entre une ligue puissante et Byzance une guerre qui ne prit fin qu'à la suite de revers essuyés par la reine du Bosphore, qui, diose singulière , parait n'avoir obtenu la paix que par la bénévole intervention de Cavarus, chef de ces Gaulois , dont les exactions avaient été la cause des hostilités. Après cela, comment croire que les rois Périsadès et Acès et une ville aussi fière et aussi puissante que Rhodes, qui fiit Tàme de la ligue contre Byzance, aient jamais pu songer à placer sur leurs monnaies un signe de soumisâon comme le trident, symbole de cette cité? Et puis, pourr]uoine trouvons-nous le trident que sur les monnaies de cinq États, Callatia, Tomi, Istrus, Rhodes et le Bosphore (de six maintenant qu'il faut ajouter Acès à cette liste), tandis qu'il ne parait pas sur les statères au type de Lysimaque, frappés par tant d'autres villes pour la plupart maritimes, et partant passibles de la taxe en question ? U existe donc une autre raison de la présence du trident de Byzance sur certaines imitations du type de Lysimaque.

DU ROI llfCONNU ACÈS. Zt

Celte raison, c'est que les plagiaires ont soti-<> vent pris pour modèle des pièces b/zantino-Lysimachiennes au trident qui se t*encontraient plus fréquemment dans le commerce que les autres imitations et même que leur prototype sans trident, lequel paraît avoir été de bonne heure retiré de la circulation ou tout au moins n'avoir pas été frappé par grandes masses, si Ton en juge par sa rareté relative. Nous savons, au contraire, que la monnaie byzantino^lysimachienne a. été frappée avec une abondance excessive S ce qui n'a rien que de fort naturel, si l'on songe d'abord que Byzance était l'une des plus riches cités du monde antique^ et aussi que les exigences des Gaulois durent l'obliger à multiplier la fabrication desesstatèresà la légende et au type de Lysimaque. Pendant plusieurs années, Comontorius, fondateur de l'Empire des Gaulois en Thrace^ ou ses successeurs, levèrent sur cette ville des tributs de plus en plus considérables qui finirent par s'élever à la somme annuelle de 80 talents; saps doute, suivant un

i. Si Ton veut parcourir les tableaux qui terminent l'ouTrage souTent cité ici de M. Mûller, on verra qtie le nombre des monnaies connues de Byzance au type de Lysimaque est infiniment plus considérable que celui des pièces frappées par les autres villes, sans en excepter celles qui, comme Gallatia^ Istrus et d'autres, firent partie intégrante de l'empire de Lysimaque et qui par conséqaent monnaye probablement avant tontes les antres au nom et au type de lenr maître.

40 D188IEUTION SUR Dll STiTJlRl D'OR

usage des'BarbareSy dont on trouverait encore des exemples chez certains peuples de TOrient^ les Gaulois stipulaient que les payements seraient faits eu certaines espèces déterminées^ comme les pièces d'oc à la Minerve assise du roi Lysimaque dont la réputation était venue jusqu'à eux, et dont ils avaient appris à distinguer le type^ De là l'im • mense quantité de statères au type de Lysimaque frappée à Byzance, et de là aussi la présence du trident de cette ville sur certsins pseiub-Lysimaques non byzantins dont les auteurs ne placèrent le trident sur leurs œuvres que parce qu'il se trouvait sur les modèles qui se rencontraient le plus souvent entre leurs mains, et sans attacher la moindre importance à l'addition de ce symbole. C'est par suite d'une insouciance pa« reille qu'on ne voit pas la corne de bélier sur la tête des statères de Périsadès; c'est aussi la raison de l'omission de la lance de la Minerve sur la pièce d'Acès. Insouciance n'est du reste pas le mot propre, au moins en ce qui concerne cette dernière circonstance. De pareilles altérations s'expliquent mieux par le terme de dégénérescence qui désigne chez les numismatistes l'effet du temps et de la routine sur un type qui s'use

i . Il n'y a pas encore longtemps qu'on frappait à Vienne des thaler à Teffigie de Marie-Thérèse destinés au commerce avec le Levant et les peuples des provinces du Danube. Je ne suis même pas certain que cette coutume soit tombée définitivement en désuétude.

en se perpétuant et parfois même s'altère jusqu'à devenir méconnaissable.

Recherches sur t origine du roi Acès et conjectures sur la situation géographique de ses États,

Il me faut maintenant rechercher à quelle race a pu appartenir le roi dont le nom parait sur notre médaille et aussi à quels peuples il a dû com* mander.

Notre curiosité aimerait à savoir sous lequel de ces deux noms'^Axviç ou "Ajcaç fut connu ce prince: mais à vrai dire, cela importe peu à Tobjet de cette étude, car ces terminaisons, qui ne constituent pas des noms essentiellement différents, indiquent seulement des variantes dialectiques , si bien que, quel que soit le choix qu'on fasse entre elles, on aura toujours un nom à physionomie asiatique, scythique ou barbare. En effet, on chercherait vainement dans la plus complète des listes de noms propres grecs, la mention d'un personnage grec qui se soit nommé Âcès ou Âcas, et si je me suis décidé à désigner par le nom d'Âcès ce nouveau venu à inscrire sur le tableau des rois de l'antiquité, c'est, je l'ai déjà dit) uniquement pour la commodité du discours et sans avoir la prétention de motiver ce choix arbitraire.

Quelques exemples suffiront pour montrer

42 dissirtàtiom ftva m statèei d'or '

l'analogie des noms Àcès ou Acas avec ceux de personnages scythes parsemés chez les écrivains de l'antiquité. Ainsi Âc€is^ rappelle par la désinence le nom d'JriantaSy roi scythe mentionné par Hérodote^, et celui de Sariasj autre roi Scythe qui ne nous est connu que par la numismatique, comme celui qui nous occupe ; enfin , le nom plus célèbre d'un roi scythe de la Thrace, d'^théas^' sur lequel Plutarque et d'autres écrivains nous ont transmis de curieuses particularités*. Ce n'est pas tout ; il y a des raisons de supposer que le moCkm<; est un équivalent desàxoç, l'une des nombreuses appellations des Scythes, notamment chez les Perses', et qui dans Xénophon est le nom d'un échanson du roi Astyage ^. Voici sur quelle base peut s'appuyer cette hypothèse. Dans le lexique de Suidas, à la lettre A, \)caç est donné sans explication comme le nom d'un . poète tragique. Il ne faudrait pas voir dans ce fait la contradiction de ce queje disais à l'instant,

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