‹ Dissertations bibliographiquesChapitre 11 sur 24 · RECUEIL DE SES OEUVRES · texte numérisé non relu

RECUEIL DE SES OEUVRES

Nous avions promis depuis longtemps au Bulletin du Bibliophile un travail aussi complet que possible sur la vie et les ouvrages du comte de Permission, qui a droit d'occuper une belle place dans l'histoire des fous célèbres , et qui mérite aussi de tenir son rang dans la bibliographie curieuse. Notre siège était fait, lorsque M. Techener nous a communiqué les Études biobibliographiques sur les F ous littéraires, que M. Octave Delepierre, secrétaire de la Société des Philobiblion de Londres, venait de publier dans les Mélanges

üe cette Société. En présence de cette savante et spirituelle notice, consacrée à l’illustre comte de Permission , noire siège est à refaire. Nous trouvons plus sage d’y renoncer, puisque la place est prise par un bibliographe.

M. Delepierreest de l’école de notre maître à tous, Charles Nodier; il sait donner une forme piquante et variée à tout ce qu’il écrit sur la science des livres rares ; il mêle toujours à une érudition solide le goût littéraire qui doit être l'âme de la bibliographie : il nous instruit en nous charmant. Telle est, au reste, la devise de la Société des Bibliophiles de Londres, de cette Société toute française qui s'est fondée sous les auspices d’un noble prince, qu’il faut nommer avec respect en première ligne toutes les fois qu'on tient à prouver que les princes peuvent être encore, de nos jours, les amis et les protecteurs des lettres.

M. Delepierre, en composant ces doctes et ingénieuses études sur les Fous qui se sont fait imprimer, et particulièrement sur Bluet d’Arbères, a répondu au vœu exprimé par Charles Nodier, qui avait luimême donné le plan de cette bibliothèque de la folie. Il a voulu nous faire connaître la vie et le caractère de cet étrange personnage, qui, sous le nom de comte de Permission, chevalier des Ligues des treize Cantons de Suisse, a préparé bien des tortures aux Saumaises de la bibliographie : il a voulu en même temps nous donner des renseignements plus étendus et plus exacts sur les œuvres de ce fameux visionnaire.

C'est seulement à cette seconde partie du travail de M. Delepierrc qu'il nous parait utile de faire des additions bibliographiques, que nous fournira la comparaison de plusieurs exemplaires du recueil des œuvres de Bluet d’Arbères. De Bure le jeune, dans sa Bibliothèque instructive , avait essayé le premier de rédiger le catalogue des livres qui composent ledit recueil ; ce catalogue, quoique fait sur l’exemplaire du duc de La Vallière, lequel exemplaire passait pour le plus complet qu’on eût formé à cette époque, présente des lacunes et même des erreurs notables; M. Delepierre en a signalé quelques-unes, en a soupçonné quelques autres, dans un nouveau catalogue , plus développé et mieux étudié, qui s’arrête malheureusement au 67 e livre des Œuvres du comte de Permission.

Nous croyons devoir consigner ici certaines remarques générales qui serviront à guider les bibliophiles dans le choix des exemplaires qu’ils pourraient rencontrer de ce rare et précieux recueil, exemplaires si différents les uns des autres, et la plupart offrant des particularités qui les distinguent. Commençons cette note, purement bibliographique, par déclarer que, suivant notre conviction bien fondée, il est et serait absolument impossible de faire un exemplaire vraiment complet, et même presque complet, de ce singulier monument de la folie humaine.

Il résulte donc de nos recherches personnelles que les exemplaires les plus complets ne sont pas les plus

précieux, et que les plus rares sont ceux qui se recommandent par leur bon état de conservation, par la grandeur des marges, par la fraîcheur du papier et par la garantie d’une ancienne reliure. Peu importe, ce nous semble, que ce recueil, toujours incomplet, quoi qu’on fasse, soit relié en trois volumes, en deux ou en un seul. Ce qu’il faut, ce qu’on doit désirer en achetant pareil ouvrage, si toutefois on a le bonheur de le trouver jamais, ce phénix des livres, c’est d’avoir un livre bien conservé et bien relié, pour servir de spécimen dans la classe heureusement très-bornée des livres composés par des fous. Ainsi, le plus bel exemplaire que nous connaissions, le plus intéressant aussi aux yeux d’un véritable bibliophile, n’a nullement la prétention d’être bien complet; mais il a été relié en maroquin rouge par Padeloup, qui a laissé aux marges toutes leurs dimensions et qui paraît avoir été chargé d’exercer son savoir-faire sur une réunion de parties entièrement pures et encore brochées (1).

Il estbon de savoir que le comtedePermission, après avoir fait imprimer un de ses livres, qui forment ordinairement 24 ou 12 pages; après avoir distribué lui-même la moitié environ de l’édition tirée à des

(I) Ce magnifique exemplaire, dont nous Ignorons la provenance, était dans les mains de noire ami Techener, qui est cent fois plus bibliophile que libraire.

nombres inégaux, faisait imprimer à part, pour chaque livre, deux feuillets qui n’étaient pas seulement destinés à figurer en tête de ce livre comme titre détaché et supplémentaire , mais qui devaient servir de prospectus pour attirer de nouveaux acheteurs , pour vendre le reste d’une édition et quelquefois une édition nouvelle. C’étaient ces feuillets qu'il répandait à profusion dans les rues, de même qu’on distribue aujourd’hui , sur la voie publique, des circulaires et des prospectus commerciaux , avec approbation delà police.

De Bure le jeune, qui souvent n’a vu que des feuillets volants à la place des livres qu’ils annoncent, s'est iiguré que les livres n’existaient pas et n’étaient représentés que par leurs titres , quoique ces titres indiquassent, en générai, les matières contenues dans les livres mêmes. La teneur des titres en question aurait dû suffire pour éclairer De Bure le jeune et lui faire constater l’existence des livres originaux, parmi lesquels on en remarque plusieurs qui parurent d'abord sans aucun titre. Ces titres-prospectus, dont chacun forme invariablement deux feuillets, l'un portant le titre imprimé avec ou sans gravure, l'autre ne présentant qu’une gravure qui n’a pas toujours de rapport avec le sujet du livre, manquent naturellement dans les anciens exemplaires rassemblés par les souscripteurs qui composaient la clientèle permanente de Bluet d’Arbères. On comprend que lesdits titres-prospectus, imprimés après coup pour sol-

liciter l’attention et les aumônes des passants, n’aient pas une importance réelle dans les œuvres de l’auteur.

Voici cependant quelques particularités nouvelles qu’on peut extraire de ces litres - prospectus , que De Bure a pris quelquefois pour les livres euxmémes, et qui , nous le répétons, ne sont pas nécessaires dans le recueil du comte de Permission.

Le premier livre d’Oraison, imprimé à Paris le 1 er mai 1600, par le commandement du comte de Permission, qui a fait la composition, avait été tiré à 2,000 exemplaires : « ont esté tous donnez ; il n'en reste plus que douze, » disait l’auteur, quand il fit faire le titre-prospectus, qui offre son portrait en costume d’homme de guerre. Ce titreprospectus n’a jamais été mentionné par les bibliographes.

Le second livre d’Oraison , imprimé également à Paris, au même nombre de 2,000 exemplaires, et dédié « au Roy de France, qualriesme de ce nom, grand empereur, Theodose I er , fils de l’Eglise. » 11 en restait 600, quand le comte de Permission fit imprimer ce titre-prospectus, que citent les bibliographes, sans avoir eu connaissance du livre second , qui est sans doute le plus rare de tous.

Le troisième livre des Sentences sans répliques, qui contenait trente-six feuilles, fut tiré aussi à 2,000 exemplaires et dédié au duc de Nevers; il n’en restait plus que trois, lorsque le comte de Permission

fit paraître ce titre-prospectus, en deux feuillets, que les bibliographes ont cité , sans dire que le livre, contenant trente-six feuillets, est perdu.

Le quatrième livre des Prophéties n’existe pas davantage, quoique les bibliographes aient cité son titre-prospectus, en deux feuillets, où l’on apprend que ce livre, contenant soixante feuilles , avait été dédié à Henri IV et tiré à 2,000 exemplaires : il n’en restait plus que quatre, lorsque tous les autres eurent été donnés, au mois de juin 1600.

Le cinquième livre, dédié au comte de La Hunauldaye, contenait vingt-quatre feuilles : il avait été tiré à 2,000, dont trois seulement restaient après la distribution des exemplaires. Ce livre-là, par malheur, Livre de Songes, n’est plus représenté que par son titre-prospectus.

> ^Le sixième livre des Visions, imprimé le 25 octobre 1600, contenait vingt-quatre feuilles; il était dédié au comte de Laval : douze exemplaires seulement survécurent à la distribution générale des 2,000 que le comte de Permission avait fait imprimer.

Le titre-prospectus du septième livre, imprimé à Paris , le 20 novembre 1600, offre un portrait de Henri de Bourbon, prince de Condé, à l’âge de neuf ans, en 1 597. Le livre, tiré à 2,000, dont il ne restait plus que 100 après la distribution, contenait douze feuilles , suivant ce titre-prospectus que les biographes n’ont pas connu ; or, comme il est composé de vingt-quatre pages, on doit en conclure que le comte

de Permission désigne les feuillets par le nom de feuilles, qui pourrait donner lieu à quelque incertitude et à quelques calculs erronés.

En voilà assez sur les titres-prospectus. N’oublions pas, toutefois, qu’on y trouve la preuve irrécusable de l’existence de plusieurs livres en grand format, in -4 sans doute, qui ne sont jamais parvenus sous les yeux des bibliographes. On lit, sur le titre-prospectus du vingt-septième livre du Chariot triomphant : « Est en grand volume et ne peult pas entrer en cestuy rang. » Puis, au-dessous : a Le vingt-neuviesme livre est en grand volume , qui ne peult pas entrer aussi en cestuy rang. » Le titre-prospectus du quarante et unième livre, en un feuillet, porte cette note : « Le quarante-deuxiesme livre, qui est le Tableau du Paradis et de l'Enfer, qui est en grand volume, ne peult pas entrer en cestuy rang. »

il faudrait un volume entier, et peut-être un grand volume, pour décrire avec soin et en détail toutes les parties qui doivent composer les Œuvres du comte de Permission. Nous ne pouvons présenter ici qu’un simple aperçu de cette espèce d 'enquête et de procèsverbal bibliographique. Nous voudrions aussi que dans une description fidèle et minutieuse de ce recueil, si rare et si curieux, on examinât toutes les gravures en bois dont il est orné, et qui appartiennent originairement à des ouvrages de toute espèce, imprimés à différentes époques et par différents imprimeurs. Il faudrait distinguer celles que le comte

de Permission a fait graver lui -môme, probablement d’après ses propres dessins, et qui sont souvent trèsintéressantes à cause des portraits, des emblèmes et des devises qu’elles représentent.

Voici, sur les premiers livres de Bluet d’Arbères, quelques simples notes de bibliographie qui montreront combien il serait insensé de chercher à faire un exemplaire complet du recueil de ses Œuvres.

Titre général et préface : L’inlitulation et Recueil de toutes les œuvres de Bernard de Bluet d’Àrberes , comte de Permission , 4 pages avec la devise de la croix.

1. Premier livre d’Oraison, titre, deux feuillets, avec la figure du comte de Permission , représenté en soldat et en berger ; non cité par De Bure. Oraisons qui ont esté données à Bernard de Bluet d’Arberes...., 72 pages, avec la devise de Bluet d’Arbères.

2. Second livre d'Oraison , titre, deux feuillets, avec les portraits de la famille royale et celui du comte de Permission. Ce livre manque.

3. Troisiesme livre des Sentences sans répliques, titre, deux feuillets , avec le portrait du comte de Permission, inspiré par le Saint-Esprit. Ce livre, qui contenait 36 feuilles ou 72 pages, manque.

4. Quatriesme livre des Prophéties , titre, deux feuillets, avec les fleurs de lis de France et les

armes du roi. Ce livre , qui contenait 60 feuilles ou 120 pages, manque.

5. Cinquiesme livre, « qui traite des songes et interprétations; » titre, deux feuillets, avec une gravure représentant le comte de Permission, sous le nom d’Archimède. Ce livre, qui contenait 24 feuilles ou 48 pages, manque.

6. Sixième livre des Visions, titre , deux feuillets avec figure alchimique. Ce livre, qui contenait 24 feuilles ou 48 pages, manque.

7. Septiesme livre des Prophéties, titre , deux feuillets, avec portrait de Henri de Bourbon , prince de Condé,- non cité par De Bure.

Le septième livre de Professie (sic) du comte de Permission, dédié à Henri Bourbon , prince de Condé , 1601 ; 24 pages, sans autre figure que l’emblème de l’Arbre de vie.

Réimpression de ce Livre de Prophéties, dédiée au seigneur de Rambouillet, 24 pages.

8. Le huitiesme livre de l'interprétation du Tableau du Paradis et de l’Enfer, dédié à défunte M me la princesse de Condé, titre ; deux feuillets, figures ; non cité par De Bure.

Le VIII* livre du comte de Permission, 1 600, 24 pages, sans autre fig. que l’Arbre de vie.

9. Le neuviesme livre des Rois, Princes, Ducs et grands Seigneurs, dédié à M. le prince de Conty; titre , deux feuillets, avec figures ; non cité par De Bure.

Le IX 0 livre des Rois, 24 pages, sans autre figure que l’Arbre de vie. M. Delepierre dit que ce livre est dédié à Henri de Bourbon , roi de France, pour lequel 500 exemplaires ont été imprimés. C’est là une seconde édition sans doute.

10. Le dixième livre qui tient le second rang du livre de la Gramme des Rois, dédié à Henri de Savoye, duc de Nemours; titre, deux feuillets, avec portraits et armoiries ; non cité parDe Bure.

Le X e livre, 24 pages, avec l’Arbre de vie.

11 y a deux éditions, l’une dédiée à Henri de Savoye, l’autre à M. de Beaumont, toutes deux avec la date du 16 mars 1601.

11. Le onziesme livre, qui traite de toutes les prmières du Monde , dédié à Marie de Médicis, reine de France; titre, deux feuillets, avec les armoiries de la Reine; non cité par De Bure.

Le XI e livre, dont 200 copies ont été dédiées à Ysabeau de La Tour, dame de Sardiny, 24 pages, fig.

12. Le douziesme livre, qui traite des grands seigneurs qui sont compris dans les terres du duc de Savoye , dédié à Charles Manuel, duc de Savoye; titre, deux feuillets , avec portraits du comte de Permission et de sa maîtresse Argentine Provane ; non cité.

Le XII e livre, 24 pages, en petit texte, avec l’Arbre de vie.

13. Le treizième livre, qui traite des noms et surnoms et interprétations des grands seigneurs de qualité, dédié an marquis de Lullin; titre, deux feuillets, avec portraits; non cité.

Autre titre-prospectus, 1 feuillet, sans figure ; non cité. Au bas , on lit pour la première fois cet avis que le comte de Permission a répété sur quelques autres titres-prospectus : « Le comte de Permission prétend donner tous ses livres reliez ensemble, à tous ceux à qui il en a dédiez. »

Suivant De Bure etl. Delepierre, le XIII e livre aurait 12 pages; mais il n’en a que 8, cotées 6, parce que deux pages sont remplies par des portraits, entre autres ceux du comte de Soissons, du duc de Biron, du duc de Guise, etc.

14. Le quatorziesme livre, qui traite des noms et surnoms et interprétations des seigneurs de qualité de France, dédié à M. de Sainct Fa lie ; titre, deux feuillets, avec fig. représentant saint Hubert; non cité.

Autre titre-prospectus , 1 feuillet, sans fig. ; non cité.

Le XIV e livre, auquel De Bure attribue 12 pages, n’en a que 6, plus 1 feuillet non chiffré, avec l'Arbre de vie.

15. Le quinziesme livre des Sentences et présages, dédié à M. de Nantouillet Belle face; titre,

deux feuillets, avec fig. représentant saint Hubert et le dieu de l’amour.

Autre titre, 1 feuillet, sans fig.; non cité.

Le XV e livre, qui commence ainsi : Autre sentence de l'interprétation, etc., a 12 pages, sans fig. ; non cité par les bibliographes.

16. Le XVI e livre, qui traite des Sentences, dédié à Anne d’Est, duchesse de Nemours; titre, deux feuillets, avec le portrait du comte de Permission agenouillé et entouré d’emblèmes; non cité.

Autre titre, 1 feuillet, sans fig. ; non cité.

Le XVI* livre commence ainsi : Autre sentence de l’interprétation , etc.; il a 12 pages, sans figures.

17. Le XVII 0 livre, qui traite des visions du comte de Permission, dédié à Antoine Zamet, baron de cinquante mille escus, frère du grand Abraham Surmonte ; titre, deux feuillets, avec figures allégoriques représentant M. de Roquelore (sic) le Victorieux , et M. Anthoine Zamet Surmonte; non cité.

Autre titre, 1 feuillet; non cité.

Ce livre, de 12 pages, sans figures, commence ainsi : « Le comte de Permission a eu une vision.... »

18. Le XVIII* livre des Sentences, dédié à Catherine de Gonzague, duchesse de Longueville; titre, deux feuillets, avec les portraits du duc et de la duchesse de Longueville; non cité.

Ce livre, de 12 pages, sans figures, commence ainsi : « Sentence haute et puissante composée par le sieur compte (sic) de Permission. »

Autre titre, 1 feuillet; non cité.

19. Le dixneufiesme livre , qui traitte de la naissance et de l'advenement de Monseigneur le Dauphin, dédié à Bastien Zamet, le grand Abraham, marquis d'un million d’or , par la grâce de Dieu; titre, deux feuillets, avec fig. représentant le Sacrifice d 'Abraham; non cité.

Ce livre, qui a 12 pages avec fig. , commence ainsi : « La justice de Dieu pour ma désobéissance.... »

20. Le XX e livre des Sentences, dédié à Antoinette du Pont, marquise de Guercheville; titre, deux feuillets , avec le portrait de la dame et celui de M. de Premy Belle fin; non cité.

Autre titre, sans figure, 1 feuillet; non cité.

Ce XX e livre, orné des portraits de la famille du Plessis, a 12 pages.

21. Le XXI e livre, qui traite de la vérité et des dissimulations de la division des religions, « commencé et parachevé par un vendredi-saint, »

dédié à Henri IV ; titre, deux feuillets, avec une gravure représentant le prophète Nahum ; non cité.

Ce XXI e livre a 24 pages, sans figures.

22. Le XXII e livre des Sentences et visions , dédié à Anne, princesse de Montafier et duchesse de Luce ,

princesse cleSoissons; titre, deux feuillets, avec le portrait des évangélistes et du comte de Soissons; non cité.

Ce livre, de I2»pages, avec figures tirées d’une Danse des morts, commence ainsi : « Sentence composée par le comte de Permission; voilà deux artisans... »

Seconde partie, deux feuillets avec les portraits des ancêtres d’Emmanuel Philibert, duc de Savoie; vision du mois de juillet 1602 ; non cité.

23. Le XXIII e livre des Visions, dédié à Henri de Bourbon, duc de Montpensier; titre, 2 feuillets, avec portraits du comte et de la comtesse de Saint-Paul ; non cité.

Autre titre, sans figure, 1 feuillet; non cité.

Le XXIII e livre, de 12 pages, avec figures empruntées à une Vie de Jésus-Christ, commence ainsi : a II me sera représenté, devant moy, comme les comédiens... »

24. Le XXIV e livre des Sentences et présages, imprimé le 30 mai 1602, dédié à Henri, duc du Maine ; titre, deux feuillets, avec les instruments de la Passion, ligure très-singulière et trèséquivoque; non cité.

Ce livre, qui a 12 pages, sans figures, commence ainsi : « Autre vision que je voyois que les gens du Roy de France. »

25. Le XXV e livre, « qui traitte des Sentences et présages, » dédié au comte et duc de Vaude-

mont et de Lorraine ; titre, deux feuillets, avec le portrait du seigneur Paul d’Estournel ; non cité.

Autre titre, 1 feuillet, sans ligures, avec cette note : a Le comte de Permission ne sçait ni lire ni escrire et n’a jamais estudié. »

M. Delepierre a cité ces deux titres.

Ce livre, qui a 12 pages, sans figures, commence ainsi : « Quand le ciel est bien clair... »

26. Le XXVI 0 livre des Visions, imprimé le l or mai 1602, dédié à Henri de Savoye, prince et duc

• de Nemours; titre, deux feuillets, avec les portraits de M' nes de Longueville et d’Estouteville.

Ce livre, qui a 8 pages, commence ainsi :

« Le vingt sixiesme livre , qui traite des visions et qui a esté imprimé le premier jour de may 1602... » Non cité.

27. Le XXVII e livre, « qui traite de la représentation et ressemblance du Chariot triomphant et du plaisir de monsieur le Dauphin du Roy de paix, » dédié à la duchesse de Nemours ; titre, deux feuillets , avec figures.

Autre titre, sans figure, 1 feuillet; non cité.

Ce livre, qui avait été imprimé en grand volume, n’existe pas.

28. Le XXVIII e livre, « qui traite des Sentences, » dédié à M. Le Clerc, président des Monnoies ; titre, deux feuillets, avec les portraits de G. Le Clerc et de Miron, lieutenant civil ; non cité.

Autre litre, 1 feuillet, sans figure; non cité.

Di

Ce XXVIII 0 livre, qui a 12 pages, commence ainsi : « L’interprétation que le comte de Permission donne du nom et surnom à haut et puissant noble Charles de Cossé, monsieur le maréchal de Brissac... »

29. Le XXIX e livre de l’interprétation des Souisses de cantons d’Allemagne , dédié à M. de Lavoie (sic) de Rocquemont, de Berne; titre, deux feuillets, avec les armoiries des treize Cantons.

Ce livre, qui avait été imprimé en grand volume, n’existe pas.

30. Le XXX e livre des Visions, imprimé le 24 décembre 1602 et dédié au maréchal de Brissac; titre, deux feuillets, avec les portraits du duc et de la duchesse de Brissac ; non cité.

Autre titre, 1 feuillet, avec l’emblème du comte de Permission ; non cité.

Le XXX e livre a eu deux éditions, toutes deux de 24 pages; la seconde se termine par une addition de 9 lignes en petit-texte.

31. Le XXXI e livre des Présages, imprimé le 30 septembre 1602, et dédié à M. de Cenamy; titre, deux feuillets, avec les portraits de la famille Cenamy.

Ce livre, qui a 10 pages, avec les portraits du maréchal de Balagny et de sa femme, commence ainsi : « Monsieur le maréchal de Balagny s’appellera Libéralité... »

Nous n’avons pas la force de pousser plus loin cette ennuyeuse description, qui a pour objet de prouver que les bibliographes les plus attentifs, à commencer par De Bure le jeune (1) et à finir par M. Delepierre , ne sont pas encore parvenus à établir un classement complet des Œuvres du comte de Permission, et cela sans doute à cause des différences extraordinaires que présentent les exemplaires de ce bizarre recueil, les uns formés par l’auteur luimême, qui en avait supprimé les titres-prospectus; les autres rassemblés au fur et à mesure par les souscripteurs ou les curieux, qui n’avaient fait que classer chronologiquement les pièces publiées à part, sans titres et sans numéros d’ordre. Le comte de Permission ne s’y reconnaîtrait pas lui-même.

Voilà un de ces livres hétéroclites qu’on ne réimprimera jamais et que les bibliophiles rechercheront toujours.

(I) Le Catalogue dei litres de la bibliothèque de M. Delaleu, secrétaire du roi et notaire ( Paris , Saillant et Nyon, 1775 in-8°), contient une description plus complète et plus eiacte que celle qui se troute dans la Bibliographie instructive de Guillaume François De Bure.

— Di^ilizecU?ÿ.CàQûgIe

SES DERNIÈRES OEUVRES (l).

Ce recueil factice comprend les livres CXLI à CLXXI1I inclusivement des œuvres complètes de ce fou célèbre, qui a publié tant de livrets extravagants sans avoir jamais su lire ni écrire, et qui, dans ces derniers temps surtout, est redevenu en quelque sorte à la mode, grâce aux caprices de la bibliographie.

Nous sommes donc surpris que les bibliographes n’aient pas encore accordé à ces dernières Œuvres toute l’importance qu’elles méritent en raison de leur insigne rareté. Le savant M. Brunet n’a eu garde de les oublier dans son admirable Manuel du Libraire , mais il les a seulement citées, sans les décrire avec son exactitude habituelle, en reproduisant le titre tel que l’a donné pour la première fois le Catalogue du comte de Mac-Carthy.

(l) Dernières CEurres Je Bernard de Bluet d'Arbcres, comte de Permission , oheTalier des Lignes des XIII Cantons suisses, etc., contenant ses interprétations de la xie de Jésus-Christ. Imprimées \ Paris depuis le jour de Noiil en 160* jusqu'au XI e jour d’aTrii 160 S.

Voici la note que les frères De Bure ont mise dans ce Catalogue, t. I, p. 567, sous le n° 3730, Recueil des Œuvres de Bernard de Bluet, 4 vol. pet. in— 1 2, flg., relié par Derorae. a Exemplaire infiniment précieux d’un des livres les plus singuliers qui existent, et le plus complet que l’on ait encore vu. Outre les 103 livres qui composent ordinairement les exemplaires les plus complets, tels que celui du duc de La Vallière, etc., celui-ci renferme un 4 e volume qui commence au livre 141 et finit au 173 e . Il est composé de 200 feuillets avec des figures gravées en bois, comme dans les trois premiers volumes. A la tôle se trouve un frontispice que l’on a fait imprimer exprès, conçu en ces termes : Dernières Œuvres de Bernard de Bluet d’Arberes, etc., contenant les interprétations de la vie de Jésus-Christ, imprimées à Paris depuis le jour de Noël 1004 jusqu’au ix e jour d’avril

« M. de Mac-Carthy met dans son Catalogue, que M. Girardot de Préfond avait acheté ce volume seul 300 fr. ; il passa dans sa bibliothèque, avec les autres livres précieux du cabinet que M. de Préfond avait reformé depuis sa vente et que M. de Mac- Carthy acheta en entier.

« Ce volume inconnu à tous les bibliographes, et que nous croyons n’avoir jamais passé dans aucune vente, est peut-être le seul exemplaire qui ait été conservé de cet ouvrage extraordinaire. »

Cet exemplaire n’était pas le seul, mais il n’en

QeiiitedJJïXjiaoglt'

existait que trois ou quatre, qui furent trouvés en feuilles, parmi de vieux papiers, dans les archives de la Société des Jésuites, après l’expulsion de cette Société par arrêt du Parlement, en 1762. Un libraire intelligent (Lamy, croyons-nous) avait acheté ces vieux papiers, sans savoir peut-être ce qu’il achetait : il n’eut pas de peine à reconnaître un ouvrage inconnu du fameux comte de Permission ; il lit imprimer un titre sur papier ancien, pour les trois ou quatre exemplaires qu’il était parvenu à compléter, et il les vendit successivement à des amateurs qui les payèrent fort cher, chacun d’eux s’imaginant acquérir un exemplaire unique.

Il est aisé de s’expliquer, en lisant ce recueil, pourquoi les livres 141 à 173 dont il est composé ont été supprimés par la censure de la Faculté de théologie. Le comte de Permission s’était permis de commenter et d’enjoliver la vie de Jésus-Christ, avec une légèreté et une hardiesse qui l’auraient fait brûler comme hérétique, si sa folie bien notoire ne l’eût recommandé à l’indulgence de ses juges. On se contenta de brûler son livre, qui était moins innocent que l’auteur et qui pouvait être un sujet de scandale, sinon une cause de trouble religieux.

Nous ignorons absolument les détails de cette affaire que termina la destruction du livre suspect ; mais un passage du 143' livre nous autorise à penser que Bluet d’Arbéres avait été dénoncé comme un fou dangereux, qui se mêlait de toucher un peu trop

effrontément aux choses saintes ; il s’en excuse en ces termes et porte un défi à ses accusateurs : « A vous autres lecteurs qui murmurez contre mes œuvres et ce que je faict (sic) faire, et qu'on devroit empescher aux imprimeurs d’imprimer mes œuvres, et c’est pour vous témoigner mon innocence et je ne laisserai de faire force escrit (sic), et les imposteurs pourront faire des erreurs contre moy. »

La publication des livres contenant la vie de Jésus-Christ ne donna pas lieu sans doute à un procès criminel, mais ces livres qui sentaient l’hérésie ayant été mis au pilori, le comte de Permission fut invité à s’abstenir de faire imprimer ses œuvres, et les imprimeurs de Paris reçurent un avis officieux de lui refuser à l’avenir le service de leurs presses. Le pauvre comte, qui depuis cinq ans vivait de la vente de ses livrets dans les hôtels des grands seigneurs, se trouva privé de ses moyens d’existence ordinaires, et ne fit plus que languir, en demandant l’aumône, en chantant des cantiques et en débitant des prières dans les rues de Paris. On sait qu’il mourut de la peste, en 1606, dans le cimetière de Saint-Étienne, où il devait prier et jeûner pendant neuf jours, afin d’obtenir du ciel la cessation de l’épidémie qui faisait alors de grands ravages à Paris et qui l’atteignit au milieu de sa pénitence publique.

Le recueil des Dernières Œuvres est assez rare pour qu’on lui fasse les honneurs d’une description minutieuse, dans laquelle nous signalerons les gra-

DigitizecTBy GlJpgle

vures les plus remarquables, qui ont déjà été employées en plusieurs endroits des livres précédents et dont les bois endommagés accusent un tirage considérable. Quant aux autres gravures, qui n’avaient pas été faites pour les livres du comte de Permission, elles paraissent empruntées à quelque édition populaire d’un abrégé de la Bible que nous n'avons pas essayé de découvrir. Il y avait alors dans chaque imprimerie beaucoup de vieux bois analogues, plus ou moins détériorés, qui venaient se placer souvent au hasard dans les impressions de pacotille destinées au petit peuple.

Le papier sur lequel ce recueil a été imprimé est solide, épais, fortement encollé, dans la première partie du volume; dans la seconde, au contraire, il est mince, cotonneux, jauni, et plus étroit de marges. Le bas de la page titulaire du 141 e livre présente un raccommodage, lequel semble indiquer qu’on aurait coupé une note manuscrite du censeur, dans l’intention de cacher l’origine des exemplaires qui eussent pu être l’objet d’une revendication de la part de l’État.

Voici maintenant la description de ces 33 livres, formant chacun douze pages numérotées.

LE CXLI e LIVRE. En tête, une gravure en bois allégorique, qui reparaît* au commencement de chaque livre. « L’interpretation de la figure qui est au devant desdits livres, dit le comte de Permission, est le grand soleil, qui signifie Dieu le Pere; les dix

rayons signifient les dix commandemens ; et, outre les dix ciels, le rayon qui est seul signifie le ciel Eraperiée [sic), où n’abite que Dieu seul ; la Columbe qui estend ses aisles signifie le grand ordre de Dieu le Pere et de son benoist Sainct Esprit; les trente trois rayons que jette la Columbe signifient lesdites trente trois années que le Fils de Dieu a esté au monde ; les trois rayons qui (sic) jettent les trois estoiles signifient l'adoration des trois Roys qui ont adoré le Fils de Dieu le Pere en sa naissance, qui est la confirmation de sa saincte Trinité, et les trente qui restent sont dix pour Dieu le Pere, dix pour Dieu le Fils, et dix pour Dieu le S. Esprit. Le soleil qui porte les douze rayons où est compris le crucifix signifie Dieu le Fils, et les douze rayons signifient les douze Apostres, et les cinq roses signifient les testes de mort qui sont enlassées dans les cinq plaies du Fils de Dieu, et les sept testes de mort qui sont enlassées dans les espines signifient le cœur endurcy des damnables qui n’ont point voulu quitter leur vice; le soleil qui porte la Columbe signifie Dieu le benoist Sainct Esprit; les quinze rayons signifient les quinze effusions ; les sept testes qui sont en vie signifient les vertueux, et ceux qui doivent estre sauvez, qui ont receu les saintes inspirations de Dieu avec humilité; le grand personnage qui est à cheval sur l’Agneau signifie le Fils de Dieu ; la teste de la femme signifie la sacrée Vierge Marie ; l’Agneau signifie que les vertueux seront supportez

de la miséricorde de Dieu le créateur. » Le comte de Permission, comme on le voit, était capable d’expliquer l’Apocalypse.

Ce 141 e livre commence ainsi : « Le sept vingt et unième livre qui a esté imprimé à Paris par le commandement du comte de Permission, qui a faict la composition , le jour de la naissance de nostre Seigneur Jesus-Christ, mil six cens quatre ; et ledit livre est dédié à Anne de Buet, de Sanserre, dame de Fontaine, la belle Lamentable, selon l’epitette que moy, comte de Permission, lui ay donnée. Le subject dudit livre traicte des interprétations de toute la vie de Jesus-Christ. Ceux qui ont escrit d’icelle vie avant moy, ils ne traictent que depuis sa naissance jusques à douze ans; de trente jusques à trente trois ; dont le comte de Permission traicte de toutes les années et en a faict trente trois petits livres, qui sont autant d’années qu’il a vescu;et toutes les syllabes interprétées , et tout par chapitres. Les trente trois livres seront desdiez à trente trois, tant hommes que femmes, des plus vertueux, craignant Dieu. Et ceux à qui ils seront desdiez, seront tenus payer le coutange et impression desdits livres que je leur dedieray, à cause que je n’ay point de moyens... » Nous voyons que « ladite Lamentable a payé son livre. »

Dans ce livre, l’auteur nous apprend que Jésus- Christ est né l’an du monde 39G2, le 23 e de décembre, après minuit ; que la fin du monde devait avoir

lieu l'an 1500 de Jésus-Christ, et que le Fils de Dieu a daigné, depuis cette époque, retarder le jugement dernier, lequel n’aura lieu qu’en 3300 , car, dit le comte de Permission , « autant d’années qu’il a esté au monde, il nous fera crédit d'autant de mil. » Nous voilà bien avertis que le monde finira l’an 3300.

Mais savez-vous pourquoi le Fils de Dieu fait homme a voulu naître dans une étable, entre un bœuf et un âne ? Cela veut dire « que le bœuf a une grande force et signifie le péché des femmes, qui a plus de pouvoir et de puissance pour faire damner les hommes ; et l’asne signifie que les eclesiastiques qui ne feront pas leur devoir ny leur charge, ce sont de vrays asnes. » La Sorbonne ne pouvait admettre des propositions aussi impies, même de la part d’un fou de profession.

Le 141 e livre comprend trois chapitres; le 142 e , qui n’en a que deux, est dédié à Philippe Guillaume, prince d’Orange et comte de Nassau. Le comte de Permission a trouvé ce que signifiait le mot Orange : « Entends et escoute ce que je te veux dire et retiens ce que je te veux annoncer et le met (sic) en effect comme je te le dict (sic), car je suis si Royal que je range ce qui est hors de la raison. » Oui, tout cela est exprimé par le seul mot Orange. Un petit bois, représentant un cheval attaché à un arbre, nous offre la devise du roy de Domination ; un autre bois , représentant Daniel dans la fosse aux lions, est la devise que le comte de Permission s’était choisie.

Le comte de Permission se jette à corps perdu dans les étymologies : Ménage n’est qu’un écolier à côté de lui. Écoutez : « La cité de Cologne signifie comme quand on file le filet, et le Rhim (sic) signifie que Dieu vouloit qu’ils (les trois Rois de Cologne) tinssent leur rang en son royaume. Et l’interprétation du nom de ces trois Rois, c’est que le nom de Balthazard signifie au nom de Dieu le Père... Et Melchior signifie au nom de Dieu le Fils, et ne peut-on dire Melchior , que l’on ne parle du mal que le Fils de Dieu a enduré à cause de nos offences. Et la dernière syllabe de cliior , c’est à dire : je vous guide haut vers Dieu mon père. » Quoi ? cliior veut dire cela ? En vérité , chior!

Mais la Faculté de théologie n’eût pas cherché querelle à Bluet d’Arbères, s’il s’était borné à imaginer ces belles étymologies. Ce que les sorbonnistes ne pouvaient lui pardonner, c’étaient les incroyables scholies qu’il ajoutait au texte des Évangiles. Ainsi ce digne comte de Permission avait eu révélation du premier miracle de Jésus-Christ au berceau : « Quand les trois Rois se présentèrent à lui , dit-il , le plus jeune estoit le plus vieux, et le plus vieux le plus jeune; le plus jeune estoit le plus riche, et le plus vieux le plus pauvre, tellement qu’ils changèrent de qualité. »

Le 143° livre est dédié à très-haute et très-puissante Catherine de Gonzague, princesse et duchesse de Longueville , que le comte de Permission a sur-

nommée royne Esther ; il lui demande la continuation de sa libéralité et de sa courtoisie, et s’engage à lui faire peindre une belle devise dans son Livre des Merveilles. La suite de la vie de Jésus-Christ est émaillée de jolis miracles qui ne sont pas encore paroles d’évangile : ainsi, pendant la fuite en Égypte, la sainte Vierge se repose sous un palmier, ce palmier se charge de pommes, et, sur l’ordre de l’enfant Jésus , les branches s’inclinent vers la Vierge pour lui offrir leurs fruits. Le livre se termine par un présage très-original : le comte de Permission voyait l’Occident son ami, « et l’Oceidente qui pleuroit avec lui. » •>

Le 1 44 e livre débute par cette note triomphale :

« Madame de Bouillon a payé son livre. » Ce livre est dédié, en effet, à Antoinette de La Tour, princesse et duchesse de Bouillon, que l’auteur appelle roine de générosité. Le comte de Permission procède ici à la manière de Pietro Aretino , dit le Fléau des princes : « Tous ceux-là , dit-il , qui auront payé la despense dudit livre, auront la couronne d’un chapeau de triomphe au Livre des Merveilles , sur les ligures que je fais paindre ; et les mescognoissans qui n’auront payé les livres qui leur auront esté dediez, ils auront la teste de mort paincte dessus leur teste, et les corbeaux qui les mangeront. » Ce Livre des Merveilles n’est malheureusement pas venu jusqu’à nous.

Dans ce 144 e livre, le comte de Permission ra-

conte, à travers les aventures de l’enfance de Jésus- Christ, un de ses propres présages, que l’événement réalisa. 11 avait rêvé qu’il voyait M. de La Varaine en costume de prêtre. Peu de temps après, il va rendre visite à M. de La Varaine, qu’il trouve dînant avec un moine portugais, et M me de La Varaine lui apprend que la reine Marguerite leur avait donné un évêché valant de gros bénéfices. Au reste , le comte de Permission lisait dans le passé aussi clairement que dans l’avenir; il nous assure, par exemple, que le roi Hérode fit tuer, dans le massacre des Innocents, 110,000 enfants, ni plus ni moins.

Le 145° livre est dédié au seigneur Scipion Sardini, comte de Beaufort, à qui Bluet d’Arbères avait donné le nom de Noé. C’est un prétexte pour faire reparaître la gravure plus que naïve, qui représente l’arche de Noé et qui doit être une composition de l’auteur. On voit aussi reparaître dans ce livre le portrait d’Ysabeau de la Tour, dame de Sardini, qu’il qualifie de « roine ftebecca, parce qu’elle a toujours rebecqué et rebecque et rebecquera tant qu’elle vivra, contre ceux-là qui voudront entreprendre contre sa réputation. » Il avait fait peindre dans son Grand livre cette dame « avec sa grand’robe, lisant dans la Bible, et un ange qui tient ladite Bible. »

Voici un petit miracle de Jésus-Christ, qui vaut la peine d’être cité : « Le Fils de Dieu passe vers un paysant qui semoit du bled. Dieu a crié au paysant:

« Seme ton bled, prend ta faucille et ton volant, pour « le venir moissonner demain, et s’il y a quelqu’un « qui te fasse la demande : Si tu n’as point veu pas- « ser un jeune homme avec un homme et une femme, « dis-leur que tu les vis passer, quand tu semois « ton bled. » Le paysant n’y avoit point donné de croyance. Le matin, on va dire à celuy qui avoit semé ce bled, que le bled estoit meur et qu’il allast moissonner. Le paysant n’y a point manqué. En la mesme place que le paysant semoit son bled, il estoit en la mesme. Quand il moissonnoit, des voleurs envieux , payens et barbares, se sont trouvés en la mesme place que le Fils de Dieu avoit donné commandement au paysant, luy disant les mesmes parolles : « Paysant, n’as-tu point veu passer un homme h et une femme qui mainent un jeune garçon ?» Le paysant a répondu : « Je les ay veu passer quand je « semois mon bled. » Les payens s’en retournèrent du devis, disant : « Il faut qu’il y ait jà longtemps. » Le 46 e livre, composé le troisième jour de janvier 1605, est dédié à Sébastien Zamet, « baron, comte, marquis dequinzecens mil escus, s’il estoitremboursé de ceux qui luy doivent. » Zamet est baptisé par le comte de Permission : « le grand Abraham. » Nous avons remarqué dans ce livre une proposition assez malsonnante à l’égard de la justice divine. Le Fils de Dieu, étant sur mer pendant une tempête, dit à ses apôtres: « 11 faut que tous ces navires!... » Un de la compagnie lui demande grâce pour eux : « Non, ré-

pond Dieu, il y en a un qui m’a offensé, il faut que tous ces navires périssent ! » Le comte de Permission met ensuite sur le compte de Jésus une parabole qui n’est pas plus chrétienne que la sentence de l’Homme-Dieu contre les navires qu’il rend responsables de la faute d’un seul. Il n’en fallait pas davantage pour motiver la suppression du livre.

Le 147 e livre est dédié à Catherine de Lorraine, princesse et duchesse de Nevers, roine de vertu, « laquelle portera pour sa devise un chapeau de lauriers au livre des interprétations du Livre des Merveilles , des trente trois livres qui sont tous comprins en un, qui seront achevé (sic) à Pasque , s’il plaist à Dieu. » Ce livre , rédigé sous les auspices du grand prophète Hélie, est orné de plusieurs bois que l’auteur rattache tant bien que mal à son sujet. L’un de ces bois représente une figure astrologique et alchimique, . dont le comte de Permission a fait le roi Hérode. Un autre bois, d’un style beaucoup plus ancien, représente un homme et une femme qui semblent se quereller au milieu de leurs enfants. Ce bois appartient incontestablement à un imprimé des premières années du XVI e siècle et peut-être à une édition des Quinze Joies de mariage. Quant à la vie de Jésus-Christ, le comte de Permission la continue à sa manière ; il nous apprend, par exemple, que le Fils de Dieu était vêtu de bleu à l’âge de dix-sept ans , et que tous les élus qui sont également vêtus de bleu céleste portent par-dessous la chemise de colombin. De

là une explication mystique de ces deux couleurs.

Le 148® livre, dédié à la duchesse de Guise, roine de Saba, et recommandé à la protection de saint Jean-Baptiste , fait reparaître deux bois très-singuliers que nous avons déjà vus et signalés dans les premières œuvres de Bluet d’Arbères. L’un est un tableau allégorique représentant Jésus-Christ crucifié sur l’arbre du bien et du mal entre Adam et Éve, le tout surmonté des trois personnes de la Trinité. Le second bois est cette fameuse plaie du Christ, entourée des instruments de la Passion, qui sont là pour empêcher toute confusion indécente. Le comte de Permission nous raconte que Jésus, âgé dé huit ans, alla visiter un banquier qui serrait son or dans des coffres et qui laissait dehors les mauvaises monnaies. Sept voleurs pénétrèrent chez ce banquier, brisèrent . les coffres et emportèrent le trésor. Les sept enfants du banquier se partagèrent les mauvaises monnaies que leur père n’avait pas mises sous clef. On enferma le banquier et ses enfants dans une prison où ils furent brûlés vifs. Selon Bluet d’Arbères, les voleurs sont les diables, la prison est l’enfer; le banquier représente l’homme pécheur, dont les sept enfants figurent les péchés mortels.

Le 149« livre est dédié à Loyse de Lorraine, princesse de Guise, « roine de belle majesté, l’excellence des bontez de la France, » que le comte de Permission invite à payer les frais de son livre comme la duchesse de Nevers a payé les frais du sien, « avec

allégresse sans se faire courtiser. » Ce livre est orné d’un bois curieux représentant une femme dans un char aérien traîné par des colombes : « Ceux qui se laissent gouverner à l’amour du monde, le diable les enchaine comme ces oyseaux sont enchainez, et la femme signifie la vierge Marie, et les sept oyseaux qui ont des aisles signifient les sept Vertus qui conduisent l’ame bien-heureuse au ciel. » Au moment où Bluet d’Arbères faisait imprimer ce livre, il avait la bourse vide: «Supplication, dit-il, que le comte de Permission a fait au Roy chez Abraham (Sebastien Zamet) decentescus qu’on ne m’a point payé depuis Pasques, et je suis redevable dans Paris de trente escus, à cause du présent que je fis au marquis de Verneuil , sans estre remboursé. »

Un passage de ce livre prouve encore que les publications du comte de Permission avaient ému les scrupules religieux des personnes pieuses à la cour de France. « Présagé du premier jour de novembre mil six cens quatre, que je voyois la ressemblance du Roy de France avoir envoyé au Pape, s’il ne se vouloit pas ayder à payer les frais de mes impressions qui se doivent faire, et qu’il ne vouloit point que ses subjects fussent foulez pour servir à tout le monde. Le Pape a parlé à ladite ressemblance, qu’il ne vouloit point adjouster foy ny croyance, que Dieu voulusse [sic) que ces belles paroles fussent proférées par ma bouche, et a dit qu’il falloit que fussent les imprimeurs qui empruntassent mon nom, et

ladite ressemblance y a envoyé les imprimeurs pour testifier de ma justification et innocence, et y sont allé et ont fait entendre ce qui estoit de la vérité. »

Le 150 e livre (il porte par erreur le chiffre CXL) est dédié au comte Jacques de Montmajeur, baron de Silan, seigneur de Cologny, citoyen de Genève des Philistins, archicomte du château de Goman, seigneur de Boussi, comte de Yaray, de la France nouvelle, marquis de Rissou, prince de Brandy, bourgeois et bon voisin de Berne, de Rocquemont, allié et support des treize Cantons des Suisses, etc. » Le comte de Permission a eu soin de reproduire les armoiries de ce noble citoyen de Genève, en regard de celle des treize Cantons, ainsi que les portraits de P. de Brandy et de sa femme, née de La Chambre. Le prince de Brandy n’était pourtant pas beaucoup plus riche que Bluet d’Abères, qui dit de lui : « Ledit prince a besoin d’étre ressuscité par le Roy de France, parce que sa bourse est bien lasse. » On voit que ce personnage, malgré ses traverses, devait accuser surtout de sa mauvaise fortune la furieuse passion qu'il avait pour le jeu, où il perdait tout son argent.

« Messieurs, le comte de Permission vous adverty (sic) qu’estant chez M. Macé, banquier, près Sainte- Croix, le 1 6 décembre 1604, avec le prince de Brandy, lequel m’avoit invité à souper, et après soupé (sic), ledit prince de Brandy se voulut mettre à jouer avec un gentilhomme de la suilte du prince de Soissons,

nommé La Salle, et un nommé capitaine Ratel, de la suitte du Connestable; alors je luy dis qu’il ne jouasse (sic) point et que s’il jouoit il perdroit, dont ledit seigneur ne me voulant pas croire se mit à joüer, et en peu d’heures il perdit tout l’orqu'il avoit sur luy; lors je m’en va en une petite chambrette prier Dieu, et quand je priois Dieu, ledit seigneur gagnoit, et quand je ne priois pas, il perdoit. »

Le 151 e livre, dédié à Antoinette du Pont, marquise de Gercheville , « la tant belle Dressière, la belle et honorable, et assurable, vertueuse et fidelle à la Royne de France », emprunte aux premiers livres des Œuvres du comte de Permission les armoiries et le portrait de la belle Dressière, les armoiries et le portrait de M. de Premy Advantageur , et les portraits de la famille du Plessis. Ce livre roule sur le travail du noble et le travail des artisans : « En observant les ordonnances du paysant, les graveurs tant en cuivre qu’en bois, qu'à autre graverie qui sera à la louange de Dieu, c’est un travail qui est agréable à Dieu et noble...; les faiseurs de papiers, c’est un travail qui est agréable à Dieu...; les imprimeurs qui employeront leur temps à imprimer les paroles de la Saincte Escriture où Dieu sera glorifié et ne sera point offensé, c’est un travail qui est fort agréable à Dieu et est le plus noble du travail des artisans. En observant les ordonnances du paysant, les imprimeurs qui auront imprimé des chansons,

folies et erreurs où Dieu est offensé, soit paintres,

soit graveurs, soit relieurs de livres, compositeurs, colporteurs, vendeurs, acheteurs, ils sont serviteurs de Satan... » Le comte de Permission poursuit dans le même esprit son examen du travail des artisans, mais il oublie de nous dire ce que c’est que le paysant dont il invoque les ordonnances.

Le 152® livre est le plus curieux de tous ; il paraît avoir été imprimé de deux manières dans deux éditions différentes. De la première édition, il ne reste que deux feuillets cotés 1 et 2, 11 et 12; la seconde édition a 1 2 pages comme pour les autres livres. La première édition, qui ne porte pas en tête la gravure allégorique, commune à tous les livres des Dernières Œuvres , est dédiée « à noble Barthélémy, le sage et prudent Cenamy, confiance d’amy, le reflambant, bon catholique et charitable (on voit à la page 1 le portrait de Cenamy et celui de sa femme ), conservable, parce qu’il faut conserver ses amis. » A la page 2 , le comte de Permission fait une nouvelle allocution aux personnages qu’il honore de ses dédicaces intéressées : « Ceux qui auront payé, ils auront painte sur leur teste la Colombe portant le rameau de laurier sur leur teste, et ceux qui n’y auront contribué auront paint sur leur teste le Corbeau mangeant la teste de mort, auditLivre des Merveilles, sur leur ressemblance. » Les pages H et 12 contiennent « la sentence que le comte de Permission donne des créatures qui ont des démons dans le corps. »

La seconde édition commence par la gravure allé-

gorique : elle est dédiée aussi à Barthélemy Cenamy « confiance d’amy, parce que le pauvre a confiance à son amy, des premiers gentilshommes d’honneur et de réputation tant d’apparence que d’effect, prince et confederez (sic) de la seigneurie catholique et republique de Lucque, seigneur, baron, comte, marquis d’un million d’or. » Bluet d’Arbères assigne pour devise à cet opulent marquis la Passion de Jésus-Christ, représentée dans une petite estampe d’une taille grossière. Le portrait de Barthélemy Cenamy est celui que nous avons déjà vu dans les premiers livres. Voici un des présages que le comte de Permission a enregistrés ici : « 11 voyoit la ressemblance de Noé, qui portoit deux espées brettes et deuxpoignars, et alloit criant à haute voix : « Quand le fils deDieuavoit l’aage de vingt-cinq ans, il faisoit des similitudes , fariboles et comparaisons : Qui est celuy-là qui sera le plus brave et plus valeureux pour escrimer?... »

A la page 12, on voit au-dessus du portrait de Cenamy une sorte d’église établie sur roues, avec un clocher surmonté d’un coq. C’est la figure de la chapelle artificielle que le comte de Permission avait faicte à Chambéry en Savoie: « Je pouvois, dit-il, porter ma chappelle souz mon bras, et pouvois tenir tout debout dans mon clocher ; et me pouvois tenir couché tout du long dans ma chappelle, et je faisois mes oraisons dans ma chappelle et la faisois aller là où je voulois, et je voyois où nul ne voyoit pas, et

elle s’appelle la Chappelle Angélique; le monde estoit esbahy. » Nous ne savons pas dire ce qu’il faut penser de cette chapelle à roulettes, que notre comte portait sous le bras après y avoir fait ses dévotions.

Le 153* livre est dédié à Jean-Baptiste de Gondy, « seigneur et baron débonnaire , et comte fidelle, et marquis de Loyauté, ayant des plus beaux palais, et plus belle et plaisante maison qui fut en France, des plus genereux, d’une libéralité angelique... » Ces éloges et d’autres annoncent que le seigneur de Gondy payait, sans se faire prier, les livres qui lui étaient dédiés; aussi, le comte de Permission placet-il au-dessous des armes de France le portrait de ce généreux seigneur et de sa femme Polissanne, d’Italie, en costume de cour. Ce livre 153 se termine par ce passage: « Que je voyois, dit Bluet d’Arbères, que j’entrois dans l’eglise, et que je portois une espée, et que je voyois que une dame m’avoit envoyé une médaille d’or couverte de diaments (sic). »

Le 1 5 4 e livre, dédié à noble et vertueuse dame Isabel des Ursins, dame du Pesché, comtesse de la Chapelle , nous offre les derniers portraits historiques que le comte de Permission ait fait entrer dans ses interprétations de la vie de Jésus-Christ; le portrait de M. du Pesché Abordement , se trouve audessus de celui de sa femme , mais les armoiries de ces portraits ayant été grattées, nous avons lieu de croire qu’ils représentaient d’autres personnages, et que le sieur du Pesché et sa femme eussent été fort

en peine de s’y reconnaître. Ils n’en payèrent pas moins leur livre, qui finit d’une façon peu rassurante : « Je voyois un royaume tout de feu et de sang; la voix du ciel a crié : « Celuy-là qui pourra faire sortir la fontaine d’eau de sa face, c’est celuy-là qui netiera le sang et estandra (sic) le feu. *

Le 155 e livre est dédié à la reine de France Marie de Médicis. Le comte de Permission donne pour devise à cette reine le prophète Moïse, en disant : « On peint Moyse avec les cornes, c’est la signification que l’on n’observe pas les commandements de Dieu.» Le comte entendait bien que la reine payerait son livre aussi galamment que la grande et généreuse dame du Pesché. Le présage final pourrait bien renfermer une allusion politique : « Je voyois un lion couronné qui avoit faict un petit lion, et le grand lion a jetté son petit lion dedans la rivière, et la rivière est toute devenue sanglante. » Ce présage s’adressait évidemment à Henri IV.

Le 156 e livre est dédié au duc de Savoie, Charles- Emmanuel, et, à partir de ce livre, le comte de Permission supprime ses présages et ses digressions personnelles pour s’attacher plus spécialement à la vie de Jésus-Christ, en suivant pas à pas l’Évangile et en modérant les audaces théologiques de son çacaractôre. Il ne peut se défendre néanmoins d'inscrire dans ce livre un petit présage qui contient une allusion politique aux affaires du temps : « Je voyois un lion èt un pourceau et un gros mastin. Le lion a

commandé au mastin : « Va-t’en combatre contre le pourceau, et si tu puis (sic) emporter la victoire , tu seras accomparé à moy, et si tu te laisses' gagner, il sera ton maistre et les serpens te mangeront à jamais. » Vienne un commentateur qui nous dise les véritables noms du lion, du pourceau et du mâtin !

Le 157® livre est dédié à la belle Marguerite, damoiselle de Bué et de Gorsillon, « la belle Mignarde justiciable, niepce de la belle Lamentable, aliez de la Roine du Beau-Temps et de la Roine du Soleil Levant. » La belle Lamentable devait payer les frais du livre pour sa nièce. Le comte de Permission leur déclare, dans ce livre, que les mariniers ont besoin d’eau douce, parce que l’eau de la mer est salée : a Le monde est une mer de péché qui est bien salée et bien amère ! » s’écrie-t-il avec componction.

Le 1 58 e livre est dédié à Henri IV, « roy de France, du Louvre, des Thuilleries et de Paris », que le comte de Permission qualifie de grand empereur Théodose. Nous remarquons dans ce livre l’étymologie du nom de Judas : a Judas signifie la mort, d’autant que la première syllabe, Ju, veut dire : Il a joué la tragédie, et la dernière, das, signifie le dard de la mort. »

Le 159® livre est dédié à Maximilien de Béthune, duc de Rosny, « le grand gouverneur de la France, pour le Premier du monde, maistre d’hostel et dispensateur de toutes les finances, diminuateur et adjouteur. » Sully fut certainement très-flatté d’être

nstruit delà signification de son nom de Rosny : «La première syllabe Ro veut dire envie, d’autantque les friands sont envieux de bons morceaux , et la dernière syllabe veut dire : J’ay ce que je veux, j’ay fait mon nid. »

Le 160 e livre est dédié au roi d’Angleterre et d 'Écosse : « Ce nom d’Angleterre signifie supportable. Quand une maison veut tomber, on luy faict une angle pour l’assurer, et l’Escosse veut dire arrosable, car les choses qui sont seiches ont besoing d’arroser. » L’ambassadeur d’Angleterre est invité, en conséquence, à faire pleuvoir une rosée d’écus d’or dans l’escarcelle desséchée du pauvre Bluetd’Arbères.

Le 161 e livre est dédié à la duchesse de Nemours, roine de la fleur de may; le 162 e livre, à Philippe d’Autriche, roi d’Espagne, « qui a les mines d’or et d’argent» ; le 163 e , à l’archiduc d’Autriche, Albert, duc de Brabant, l’empereur des Attrape (sic) ; le 164 e , à M. de Rochepot, marquis de Cinquante mil livres de rente; le 165 e , au comte de Saulx, a de l’estoffe de quoy l’on faict les chevaliers » ; le 166 e , au seigneur Antonio, des bons princes de Lucques, en Italie,

lequel avait payé d’avance les frais du présent livre; le 167 e , à Bastienne de la Chambre, princesse de Brandy; le 168 e , à la reine Marguerite de Valois, car « pour l’interpretation du nom de Marguerite, il ne se peut dire Marguerite, qu'on ne parle de guérites, et les guérites se font aux forteresses pour se deffendre des ennemis; » le 169°, à Charlotte de la Tri-

DISSERTATIONS BiBLIOGRAPHIQIES.

mouille, princesse de Condé, roine du Beau Temps; le 170 e , au cardinal de Joyeuse, le Céleste, « à cause qu’on ne peust estre joyeux qu’on ne possédé la gloire eternelle »; le 171°, à dom Joan de Médicis, roy secourable de Florence, a à cause, que Florence veut dire une grande richesse » ; le 172', à Henri de Bourbon, duc de Montpensier, roy de Mommirable, quatrième prince de sang royal ; et enfin le 173' livre à Henri de Savoie, prince et duc de la duchesse (sic)de Nemours en France, « le plus ancien prince qui soit au monde, tant en apparence que en vertu, roy Octavian, et passera pour son prophète le roy Baltazard. »

Voici la fin de cet étrange ouvrage que nous avons voulu faire connaître par de nombreuses citations : « Il faut mourir pour avoir creu la terre ; il ne faut quitter le jour pour courir à la nuit; la terre nous tire à soy comment l’aimant attire le fer. Fin de la Vie de Jesus-Christ. » Ces paroles apocalyptiques accompagnent un petit portrait en pied de l’auteur avec sa devise : Permission de Dieu.

Si nous possédions ce rare volume, qui est peutêtre unique aujourd'hui (car nous ignorons en quelles mains a passé l'exemplaire de Mac-Carthy), nous aurions soin qu’il fût habillé magnifiquement de maroquin par Duru ou 'Bauzonnet'; puis , nous irions l’offrir à la Bibliothèque impériale, avant que l’Angleterre eût fait un pont d’or au comte de Permission pour le décider à passer chez elle. Dieu

merci! le volume que nous venons d’inscrire parmi les desiderata de la Bibliothèque impériale est encore en France à l’heure où nous achevons de l’examiner; mais y serait-il demain ?

Page 1