LA MANIÈRE D’AVOIR DU POISSON
Lors partit de ses compaignons Et Tint A la Poissonnerie ,
Et les laissa, delà les ponts ,
Quasi pleins de merencolie.
Il marchanda, à cbere lie ,
Ung pannier tout plain de poisson , Et sembloit, je tous ccrtifüe, Qu'il (ust homme de grant façon.
Maistre Françoys fut diligent D’achapler, non pas de payer,
Et qu’il baillerait de l’argent Tout comptant au porte-pannier.
Ils partent donc sans plaidoyer,
El passèrent par Nostre-Dame ,
Là où il Tit le Penancier
Qui confessoii homme ou bien femme.
Quand il le Tit , à peu de plaist ,
II lui dit : « Monsieur, je tous prie , Que tous despechei , s'il tous plaist , Mon nepveu , car, je tous afüe ,
Qu’il est eu telle resTerie :
Ver» Dieu il est fort négligent ;
Il est en tel’ mcrencolie ,
Qu’il ne parle rien que d’argent.
— Vravment , ce dit le Penancier, Très-Tolonliers on le fera. »
Maistre Françoys print le pannier,
Et dist : • Mon amy, Tenez (à?
Vêla qui tous despechera , Incontinent qu’il aura fait. »
Adonc maistre Françoys s’en va A-tout le pannier, en effect.
Quand le Penancier eut parfaict De confesser la créature , Caigne-Denier, par dict parfait.
Accourt deTers lny bonne allure , Disant : « Monsieur, je tous asseurc , S’il tous plaisoit prendre loysir De me despecher à ceste heure ,
Vous me feriez ung grant plaisir.
— Je le Teuil bien , en Terité ,
Dist le Penancier, par ma foy !
Or, dictes Bénédicité,
Et puis je tous confesscrav.
Et , en après , tous absouldray,
Ainsi comme je doy le faire ;
Puis , penitence tous bauldray,
Qui tous sera bien necessaire.
— Quel confesser? dit le povre homme.
Fns-je pas b Pasqoes absoulz ?
Que bon gré sainct Pierre de Romme !
Je demande cinquante sonlz.
Qu’esse-cy ! A qui sommes-nous?
Ma maislresse est bien arrinée!
A coup , b coup , despechez-vous :
Payez mon pannier de marée.
— Ha, mon amy, ce n'est pas jen !
Dit le Penancier : seurement,
II tous fanll bien penser b Dieu El le supplier humblement.
— Que bon gré en ayt mon serment !
Dlst cet homme; sans contredit,
Despechez-moy legierement,
Ainsi que le Seignenr a dit? »
Adonc le Penancier Tit bien Qu'il y eut quelque tromperie :
Quant il entendit le moyen ,
Il congneut bien la joncherie.
Le poTre homme , je tous aide ,
Ne prisa pas bien la façon ,
Car il n’eut, je tous certifüc,
Or ne argent de son poisson.
Dans le Nouveau Palhelin , comme dans les Repues
franches , la tromperie repose sur l 'équivoque des deux verbes despecher et depescher, l’un signifiant expédier, et l’autre confesser; mais l’objet et les particularités de cette tromperie sont totalement différents dans les deux ouvrages. On ne saurait donc dire quelle est la source primitive de l'aventure. Pathelin a-t-il imité Villon? Villon a-t-il imité Pathelin ? Les Repues franches ont été composées vers 1485; c’est un point d’histoire littéraire à peu près fixé. Quant au Nouveau Pathelin, quia été appelé ainsi pourie distinguer de l'ancien, on a prétendu qu’il devait être du même temps quele7>sfamenl, lequel, selon les frères Parfaiet, daterait de l’année 1520 environ. Nous ignorons d’après quelles preuves ou quelles inductions les auteurs de l'Histoire du Théâtre françois ont été amenés à placer sous cette date la composition et la représentation du Testament; mais nous pouvons, nous, établir, d’une manière presque certaine, que le Nouveau Pathelin a été composé en 1474, c’est-à-dire quelques années plus tard que le premier Pathelin.
Il y a, dans cette seconde farce, un passage qui équivaut à une date : c’est la valeur de l’écu d’or ou écu à la couronne, valeur qui, à cette époque, variait sans cesse suivant les conditions du change et de l’état financier du pays. Il s’agit donc de savoir en quelle année dix écus d’or représentaient seize francs. Le Pelletier demande d’abord douze écus de sa fourrure; Pathelin n’en veut donner que dix; le Pelletier se réduit à onze; mais, comme Pathelin
tient bon, le Pelletier le prie d’ajouter deux francs à son offre; or, dix écus, avec deux francs en plus, représentent dix-huit francs. Nous voyons, d’après les tables du Traité des Monnoies de Leblanc, que, vers l’année 1474, l’écu d’or à la couronne valait trente-deux sols, ce qui produit la valeur exacte spécifiée dans le Testament de Pathelin ; car dix écus, à trente-deux sols l’un, équivalent à seize francs nets, auxquels il faut adjoindre les deux francs supplémentaires exigés par le Pelletier, pour parfaire la somme totale de dix-huit francs. On peut donc dire, sans crainte de se tromper, que le Testament de Pathelin a été composé vers 1474.
Ce n’est pas tout; dans un autre passage de cette farce, Pathelin dit au Pelletier, qu’il invite à venir manger avec lui une grosse anguille à la purée de pois :
• Je Toys faire piler les pois. •
Ce passage est évidemment l’origine du nom de jeu des pois pilés, que le peuple donnait aux représentations des Enfants Sans-Souci , de la Mère Sotte et de la Basoche. Il est évident, pour nous, que le Nouveau Pathelin fut composé à l’imitation de Maître Pierre Pathelin, qui avait fait la fortune d’une de ces troupes de joueurs de farces, qu’on vit naître au milieu du quinzième siècle pour faire concurrence aux Confrères de la Passion. Le Nouveau Pathelin fut joué certainement à Paris, sans doute aux
by GooglÉ
Halles, comme on y joua plus lard, en 1311, le Jeu du Prince des Sots et de Mère Sotte; le Nouveau Pathelin eut une vogue prodigieuse , et les gens du peuple, qui couraient à ce spectacle, se disaient entre eux : « Allons voir piler les pois par maître Pathelin. » Ce fut donc le peuple de Paris, qui , dans une de ses boutades, inventa ce mot de pot* pilés, que les savants dénicheurs d’étymologies du dix-septième siècle ne comprenaient déjà plus.
Le Nouveau Pathelin est donc incontestablement de 1474 ou 1475; mais on peut néanmoins supposer que le langage de cette farce fut tout naturellement rajeuni, lorsqu’on l'imprima pour la première fois vers 1512. Le Mystère de la Passion a été, comme on sait, retouché et refait deux ou trois fois dans le courant du quinziéme siècle; la farce du Nouveau Pathelin, jouée par les Enfants Sans-Souci, qui comptaient dans leurs rangs Clément Marot , André de La Vigne, Jean Bouchet et d’autres bons poètes, a dû subir aussi une sorte de rajeunissement littéraire , que la représentation publique rendait inévitable, et qui n’a pas trop changé pourtant ce curieux monument de l’esprit, de la langue et des mœurs de nos ancêtres.
LA PRENOSTICATION
DE
MAISTRE ALBERT SONGECREDX BISSCAIN.
Le cabinet de M. Léopold Double (1), ce cabinet un des plus riches et des plus curieux qui soient à Paris, quoiqu’il ne comprenne pas plus de cinq cents volumes, mais tous d’un choix exquis, d’une rareté inestimable et d’une beauté exceptionnelle, ce cabinet ne possède peut-être pas une pièce plus rare ni plus
(l) Cotte admirable collection de livres rares et précieux est aujourd'hui dispersée. M. L. Double, qui n’avait pas dépensé moins de
200.000 francs pour la former en moins de quatre ans, s’en est séparé tout b coup, et la vente a eu lieu au mois de mars 1865. Cette vente, qui marquera parmi les ventes les plus célèbres, a produit près de
300.000 francs, et pourtant le catalogue ne contenait pas même 400 articles Le nom de M. L. Double reste désormais associé b ceux des grands bibliophiles : Gaignat, Mac-Carlhy, Cicogne, etc.
précieuse que la Prenosticalion de maislre Albert Songecreux Bisscain. On peut dire presque avec certitude que cet exemplaire est unique.
Il vient de la bibliothèque du duc de La Vallière (n° 1838 du Catalogue des livres de cette bibliothèque , rédigé par Guillaume de Bure) , et il est arrivé dans le cabinet de M. L. Double, en passant successivement par les bibliothèques d’Armand Bertin (n° 1349 du Catalogue), de M. de Clinchamp (n° 540 du Catalogue), et deM. Solar (n° 1121 du Catalogue).
« L’exemplaire de La Vallière, dit le savant auteur du Manuel du libraire dans sa quatrième édition (1842), portait cette note manuscrite, d’une main fort ancienne : Proclamalum mense decemb. 1527. Cet exemplaire , qui , quoique relié en maroquin rouge, n'avait été vendu que 2 fr. chez La Vallière, a été porté à 3 liv. 2 sh. à la vente Heber. » La reliure en maroquin rouge est remplacée aujourd’hui par une reliure en maroquin vert, dont l’élégante simplicité fait honneur au goût de Bauzonnet.
C’est dans le commentaire de Le Duchat sur les Œuvres de Rabelais (1), que l’exemplaire, devenu plus tard la propriété du duc de La Vallière , fut signalé pour la première fois. Nous avons lieu de croire que la note qui en fait mention (2) est de La
(I) Amsterdam, Henri Bordesius, 1111,5 roi. la-8. (S] La 5 e du chapitre XX dans Gargantua.
Monnoye, et non de Le Dnchat ; « L’ouvrage, dit cette note, d’impression gothique, en quatre feuillets in-4°, est en rime françoise par petits quatrains. Il est intitulé : La Prenoslication de maistre Albert Songecreux Biscain , et, au bas du titre de l’exemplaire que j’ai vu, sont ces mots, écrits à la main, d’une écriture fort ancienne : Proclamatum mense decembri 1527. » On trouve, dans la Bibliothèque françoise de La
Croix du Maine, un article ainsi conçu : « Préel.
Il a escrit et composé en rithme françoise une Prognostication, laquelle contient une représentation des sots astrologues, imprimée l’an 1527. »
La Monnoye n’a pas manqué d’ajouter une note à cet article; la voici : « J’ai autrefois cru que la Prognostieation , dont parle Henri Estienne , page 525 et 526 de son Apologie d’Hérodote , imprimée chez lui l’an 1566, étoit la même que celle qui parut en quatre feuilles d’impression gothique, in-4°, sous le titre de : Prognostication de maître Albert Songecreux Biscain, mais j’ai depuis reconnu que rien n'étoit plus différent, et que. ce maître Albert Songecreux Biscain, nommé dans la Bibliothèque de Saint-Victor de Rabelais, n® 68 : Magisler noster Songecrusius, n’est autre que le Préel ici mentionné. » En effet, dans la note du commentaire de Rabelais, que nous attribuons à La Monnoye, ce docte bibliographe avait dit, à propos de cette phrase du Gargantua : « Veu qu’il leur avoit donné du passe-temps, et plus faict rire que n’eust faict Songecreux » :
DISSERTATIONS B1BLIOGRAPHIQTES. il
a Pierre Gringore, dit Vaudemont, hérault d’armes du duc de Lorraine, a fait un livre intitulé : Les Contredits de Songecreux, partie en prose , partie en vers, espèce de satire générale, imprimée in-8° à Paris, chez Galiotdu Pré, 1530. Ce n’est pas très-assurément de ce Songecreux froid et insipide, que Rabelais a voulu parler; c’est du Magister nosler Songeerusius, auteur de l’Almanach facétieux rapporté dans
le Catalogue de la bibliothèque de Saint-Victor
C’est de cet almanach que fait mention Henri Estienne, chapitre XXXIX de son Apologie d’Hérodote , page 525 de l’édition de 1566 en 572 pages. »
Le Monnoye, on le voit, ne s’est fait aucun scrupule de se corriger lui-même et d’avouer franchement qu’il s’était trompé. A son exemple, nous n’hésiterons pas à rectifier et à compléter ici l’article que nous avons consacré à maître Albert Songecreux et à sa Pronostication, dans notre Catalogue de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Victor au XVl a siècle (1). La bibliographie est une science où le plus expert trouve tous les jours quelque chose de nouveau à apprendre. Quand nous avons rédigé l’article en question dans l’ouvrage cité plus haut, nous n’avions pas encore eu la bonne fortune de voir la Prenostieation de mais - Ire Albert Songecreux Bisscain, c’est-à-dire de rencontrer l’exemplaire unique qui est venu prendre
(I) Paria , Techener, 1861 , in-8, pages 147 etsntv.
domicile dans la bibliothèque de M. L. Double, et qui n’avait jamais été réimprimé par les soins des amateurs de la vieille poésie française.
Après avoir lu avec un vif plaisir cette maligne et spirituelle critique des almanachs et des pronostications, qui étaient alors à la mode, cette œuvre ingénieuse de maitre Albert Songecreux ou de Préel,
Cet almanach très-véritable Qui fnt faict an bout de la table...
nous nous sommes rappelé une phrase du prologue de Gargantua , composé et publié quelques années plus tard : « A la composition de ce livre seigneurial , je ne perdy ne employay oneques plus ny aultre temps que celluy qui estoit estably à prendre ma réfection corporelle , sçavoir en beuvant et mangeant. »
En lisant la Prenostication de maistre Albert Songecreux , nous avons souvent pensé à la Prognostication panlagruèline de Rabelais , qui n'était pas un athée , comme on l'a prétendu bien à tort, mais un philosophe déiste : « Quelque chose que nous disent ces folz astrologues deLovain, de Nuremberg, de Tubinge et de Lyon, dit-il, dans cette Prognostication pantagruéline, qui parut pour la première fois en 1532, ne croyez que, ceste année, y ayt aultre gouverneur de l’universel monde, que Dieu le Créateur, lequel,
par sa divine parolle , tout régit et modéré Et ne
aura Saturne, ne Mars , ne Jupiter, ne aultre planete,
certes non les anges, ny les saintz, ny les hommes, ny les diables, vertus, efficace, puissance, ne influence aulcune , si Dieu , de son bon plaisir , ne leur donne. »
Songecreux ou Préel semble être dans les mêmes sentiments lorsqu’il termine par ce quatrain la revue qu’il fait des sept planètes et sa recherche du Seigneur de ceste année , c’est-à-dire de l’astre dominant:
Par dessus ces sept planeltes ,
Les estoillcs y ont leur lieu ,
Qui toùsjours sont cleres cl nettes,
Donnant congnolssanee de Dieu.
Quel était-ce Songecreux? Gringore, ou Préel , ou tout autre. Nous ne dirons pas avec La Monnoye, que Gringore , dans ses Contredits de Songecreux, est froid et insipide ;'nous dirons plutôt avec Viollet Le Duc (1) : « Gringore était un poète comique, fécond, original , dont le style est vif, correct et précis pour son temps, qui n’était pas celui de la brièveté; ses expressions offrent souvent un sens inattendu , modèle de bonne plaisanterie. » Cependant nous ne voudrions pas jurer que Gringore et Songecreux fussent le môme personnage. Quant à Préel, ne nous en occupons point , car il est plus probable que ce nom bt* zarrc, que ne précède aucun nom de baptême, a été
(1) Bibliothèque poétique , page 178.
relevé fautivement par La Croix du Maine, d’après une note manuscrite où l’on avait désigné le libraire de la première édition des Contredits de Songecreux , laquelle porte sur son titre : « On les vend à Paris... en la boutique de Galiot du Pré. » De Préel à du Pré , il n'y a qu’un pas.
Une citation de Viollel Le Duc, qui n'y attachait pas, il est vrai, l'idée que nous y cherchons, va nous indiquer très -catégoriquement que Songecreux est un autre que Gringore : « C’est, dit-il en parlant des Contredits de Songecreux, une espèce de plaidoyer, en prose et en vers de toutes mesures et de toutes formes, entre l’Acteur, ou l’auteur, et Y Autre. L’un expose ce que chaque état offre d’honorable et de profitable; l’autre, qui apparemment est Songecreux, contredit son interlocuteur, en ne faisant remarquer que le ridicule et le mauvais côté de chacun de ces états, et, comme il arrive presque toujours, la critique est infiniment plus piquante et plus amusante que l'éloge. » Il résulte de cette observation bibliographique, que Gringore est Y Acteur ou l’auteur du livre des Contredits de Songecreux , mais que Y Autre ne peut être que Songecreux lui-méme.
Nous sommes bien près de découvrir quel est ce Songecreux. Pierre Gringore avait été Mère sotte ou chef élu de la confrérie des Sots , laquelle faisait partie de la Basoche du Palais, lorsqu’il mit au jour en 1516 les Fantaisies de Mère sotte; nous ignorons s’il conserva son titre et ses privilèges de Mère sotte
jusqu’au moment où il publia en 1530 les Contredits de Songecreux. Mais, à cette époque, Songecreux n’était autre que le Prince des Sots , c’est-à-dire l’assesseur et le premier suppôt ou officier de Mère sotte. La seconde édition des Contredits , imprimée à Paris le 25' jour d’août 1532, est intitulée: Contredits du Prince des Sots , autrement dit Songecreux. 11 est donc vraisemblable que Gringore n’avait pu devenir Prince des Sots après avoir été Mère sotte : c’eût été là une déchéance.
On voit, sur le titre de plusieurs éditions des Fantaisies de Mère sotte , imprimées à Paris avec privilège dudict Mère sotte, autrement dit Pierre Gringore, une gravure en bois, qui figura encore, quelques années plus tard, sur le titre d’une édition des Menus propos (Paris, Gilles Couteau, 1521, gr. in-8,goth.). Cette gravure représente la Mère sotte entre deux fols, plus petits qu’elle, et dont l’un est sans doute le Prince des Sots ou Songecreux , avec la triple devise de la confrérie : Raison partout , partout Raison , tout par Raison. Dans cette gravure, ce doit être Gringore qui porte le costume de Mère sotte. Sur le titre de la Prenoslication de maistre Albert Songecreux Risscain, il y a aussi le portrait d’un fol, coiffé du bonnet à oreilles d’âne, vêtu de la tunique à grelots, et armé de sa masse ou marotte. C’est évidemment Songecreux ou le Prince des Sots.
La note manuscrite qui a été conservée au-dessous
du titre de la Prenoslicalion suffit pour démontrer expressément que cette facétie a été proclamée ou récitée en public, sans doute dans une des monstres de la Basoche à l'occasion des fêtes de Noël ( libertasde ■ cembris ), au mois de décembre 1527; elle aura été livrée à l’impression peu de temps après. 11 ne saurait y avoir de doute sur l’interprétation du mot proclamalum, comme le prouve d’ailleurs l'intitulé de cette pièce bien connue : LeCry et la proclamation publique pour jouer le mystère des Actes des Apostres en la ville de Paris (Paris, Denis Janot, 1541, in-8, goth.). Les grandes représentations publiques de la Basoche avaient lieu ordinairement le jour des Rois, le mardi gras, et le 1 er mai : elles étaient précédées de monstres ou processions burlesques , accompagnées de cris et de proclamations , dans les principales rues et sur les places de Paris.
Le Prince des Sots avait pris le surnom de maistre Albert Songecreux Biscain , à l’exemple d’un de ses confrères ou suppôts , qui s’était baptisé maistre Tubal Holoferne, à la fin d’une Pronoslication nouvelle imprimée vers 1520. Ce Songecreux était l’auteur de différentes poésies, et l’on doit lui rendre sans hésitation VÈpislre de Cloriende à Rheginus , ou plutôt Histoire romaine de la belle Cloriende , laquelle saulva la vie à son amy Reginus le Romain en habit de charbonnier (Paris, Alain Lotrian et Denis Janot, s. d., in-8 de 16 ff., goth.), que l’abbé Goujet a cru devoir
DISSERTATIOXS BIBLIOGRAPHIQUES. 53
attribuer à Pierre Gringore, à cause de ces deux vers du rondeau qui la précède :