POST-SCRIPTUM
La fausse lettre de Rabelais qui fait l’objet de la dissertation précédente, et dont l'authenticité ne fut alors soutenue par personne, avait fait son entrée dans le monde des amateurs d’autographes avec trois autres lettres de Rabelais provenant de la même source, et vendues primitivement à M. Charron par un archiviste paléographe nommé Letellier. Ces trois lettres, qui ne supporteraient pas plus que la première une discussion approfondie, et dont le canevas se retrouverait presque textuellement dans les -Annales ecclesiaslici de Rinaldi, sont cachées maintenant dans quelques collections particulières , où nous
n'irons pas les chercher. Il suffira de les faire connaître en les citant textuellement ici sans commentaires.
Plaisance, le 13 avril.
Monseigneur, hier, un gentilhomme du legal Jacobas, qui estoit party de Barcelonne le v, vint trouver le Pape à Pontremoli et Iuy rapporta que l'Empereur avoit mandé en diligence à Ccnnes deluy envoyer les galleres, et que incontinent qu'elles seroient arrivées il s’embarqueroit pour venir à Nyce, où il avoit envoyé vers le duc de Savoye l’ambassadeur dudit duc qui estoit riere luy, pour persuader audit duc de bailler à notre Saint Pere la forteresse de Nyce : que le second fils de l’Empereur estoit décédé, et que neantmoins icelluy Empereur continuoit à vouloir passer audit Nyce, ayant toutes foys promis à l’Imperatrice de se trouver devers elle cinquante jours apres son partement. André Dorva estoit pour prendre (sic) le voyage d’Afrique apres la venue de l’Empereur. Et juge Ion que c’est pour guecter et surprandre nos galleres à leur retour du l.evant, pour revanche de la chasse que celles de Marseille luy avoient donnée, s'en allant en Espagne, et pour contreschange de deux navées espaignolles chargées de biens genevoys, que nosdites galleres avoient pris: que ledit Jacobas devoit partir un jour ou deux apres ledit Empereur, pour s’en venir droit en Avignon, où il espe-
DISSERTATIONS BIBLIOCIUPHIQIES,
roit trouver M. le légat de Carpy, et par ensemble s'en debvoient icy venir en diligence vers ledit Saint Pere, où Sa Sainteté les attend : laquelle a despuys eu aultres lettres du vin, dudit légat Jacobas, qu'il n’estoit encore party, mais debvoit partir le lendemain, et confirmoit la venue dudit Empereur à Nyce , donnant espcrance que ledit duc de Savoye bailleroit la forteresse : au moyen de quoy Sa Sainteté despescha vers luy un sien chambrier pour sçavoir son intencion touchant ladite forteresse : que ledit chambrier doibt estro de retour le lendemain de Pasques pour tout le jour, au casque ledit duc refusât icelle forteresse et ou il l'octroy croit, il a charge d'en advertir en dilligence Sa Sainteté, eUfcra cependant ses logis et de sa court [sic).
Monseigneur, apres vous avoir tousjours recommandé ma povreté et moy très humblement à vostre bonne grâce, je supplye le Créateur vous donner en santé bonne vie et longue. De Plaisance, le xm avril.
Votre très humble et très obéissant serviteur
Rabelais.