‹ Dissertations bibliographiquesChapitre 8 sur 24 · II · texte numérisé non relu

II

Monseigneur, notre Saint Pere a dit à quelque personnaige, ainsy que j'ay esté adverty, que par les lettres duvmilavoitplusgrantesperance à la paix qu'il n’avoit poinct [sic) eu ; toutes foys, par les propos que tiennent mesmes les Imperiaulx, ils ne sont de ceste opinion , mais bien que quelque trefve se pourroit obtenir du costé

de l’Empereur, et neantmoins le marquis de Guast ne laisse de faire préparatifs pour la guerre, et entre autres provision d argent, et à ceste (in a mis nouvelle imposition sur le sel du duché de Milan , dont il tirera une grosse somme. Aussi ont publyé les Imperiaulx que la noblesse du royaulme de Naples avoit accordé à l’Empereur ung subside extraordinaire de troys cens cinquante mil escus, et à la fin se trouvera à néant. Par lettres de Venize du x, s’entend que Ferdinando avoit fait trefves avec le roy Jehan Vay.vaude pour ung an. et que ledit Ferdinando avoit dict à l’ambassadeur de ce seigneur qui estoit vers luy, que non seulement estoit faicte ladicte trefve, ains paix entre eulx, mais qu’ils ne la vouloient publier pour le respect du Turcq : que ladicte seigneurie avoit imposé sur le clergé de ses pays deux cens mil escuz, avec comination que, s’ils n'estoient payez dans la fin de ce mois, ils en payeroient dix pour cent, et s’ils differoyent pour le mois de may, autres cinq, et si le mois de juin, quinze davantage, qui seroient trente pour cent: dont Iedici Saint Pere n’est content , d'autant que ladicte imposition s’est faicte sans son autorité: et, pour l’apaiser, l’ambassadeur de ladicte seigneurie poursuit d'en avoir octroy de Sa Sainteté, qu’on estime le debvoir bailler pour cent mil escuz, pour ostcr la conséquence que ladicte seigneurie avoit escript secrettement en Levant pour sentir le moyen de se reconcillier avec le Turcq, si elle en estoit contrainte. De Haguse il y a lettres du xxvm du passé, disans que Barberousse tenoit propos de vouloir aler à Tunis, et que le Turcq avoit entendu que le Roy et l’Empereur cstoient d'accord, dont il estoit fort mal content, et doubtoit Ion que le bruit de l’allée dudict Barbe-

rousse fust pour faire quelque mauvais party à nos galleres.

Monseigneur, apres mes très humbles recommandations à votre bonne grâce, je supplye le Créateur vous donner en santé longue vie. De Plaisance, le xvii avril. Votre très humble et très obéissant serviteur

Rabelais.

Monseigneur, depuis ma première escripte, qui a esté gardée jusques aujourd’huv, est retourné celluy que le Pape avoit envoyé à Nyce vers le duc de Savoye pour avoir la forteresse, qui luy a esté de rechef refusé. Touteffoys, par lettre de la court de l’Empereur du xnii* et xvi, s’entend que les galleres de Gennes arrivèrent à Rarcelonnele dict xmi', et que le xxn, qui sera demain, debvoit s’embarquer l’Empereur pour venir à Villefranche, donnant esperance certaine à Sa Sainteté, parce que le légat Jacobas luy escript, de France, que, toutes excuses cessans, ledict duc baillera ladicte forteresse de Nyce : ce neantmoins Sadicte Sainteté , ne s’y voulant du tout fyer, n’est délibéré partir d'icy qu’elle n’en soit asseurée. Parquoy je pense que nous y demeurerons dix ou douze jours : du moins ledict légat se debvoit trouver en Avignon le xx, avec monsieur le légat de Carpy, et par ensemble partir en poste pour venir icy, où ils sont attendus à la fin de ceste sepmaine. Il est aussi venu lettres de Venisse du xvi, con-

tenant qu’il y avoit advis de Zebenigo , en Dalmatie, que xx“. chevaulx turcqs y estoient arrivés et avoient assiégé une place forte de la seigneurie, nommée Madyn ou Nadyn : dont elle estoit fort ennuyée, mesmes ne voyant que l’Empereur fait compte de satisfaire à la promesse de la Ligue, bien que les Imperiaulx asseurent qu'ils ont lettres de leur Majesté, disans qu’il avoit eu pour sa part du Peroue ung million et deux cens milescus d'or et cent cinquante mil escus en argent. Et l’a dicl le marquis d’Arguillars mesmes à monsieur de Lavaur , affermant qu'il ne l avoit voullu publier qu’il n’en eust nouvelles dudict Empereur. Qui est en effect tout ce que je vous diray pour ceste heure, si ne si (sic) que ne je veulx oublier vous suplier. Monseigneur, que pour l’amour de Dieu vous ayez pitié de ma povreté, me faisant payer de ma pension, dont il m’est ja deu demye année.

Monseigneur, je supplie le Créateur de vous donner en santé longue vie. De Plaisance, le xxi avril.

Votre très humble et très obéissant serviteur

Rabelais.

m POÈTE SAVOYARD

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