LETTRE SEPTIÈME
Crises hydrothèrapiques - Tort des malades qui se découragent en face des crises - Classe de malades i/ur" recourent à l'In/drulliérapic - Les crises i,nnt~el!es nécessaires pour l-i 'iiterison des maladies? - Est œ toujours le traitement qui les fait naitre? - Qu'est ce, qu'une crise ? - Quand la crise est elle heureuse ? - Quand est elle nuisible ? - Combien de formes affectent les crises ? - Éruptions cutanées et Dérangement des voies dincstîvcs - Hémorrhoïdes - Sueurs - Fièvres - Salivation.
Avant d'aborder la question si importante et si difficile du traitement des diverses maladies susceptibles de guérison ou de modification par la méthode hydrothérapique, nous ne croyons pas inutile de jelter un rapide coup d'oeil, sur ces différents phénomènes, qui se représentent si souvent , pendant le traitement et auxquels on a donné le nom de crises. Ces crises qui forment la base de la théorie humorale de Priestnitz . ont été différemment appréciées par les divers auteurs qui se sont occupés d'hydrothérapie, et ce n'est pas un mal de démontrer ce qu'il peut y avoir de vrai ou de faux dans les diverses opinions émises à ce sujet jusqu'à ce jour. 11 est un fait certain, et qui se présente presque constamment après les premiers jours du traitement, c'est l'exaspération ou l'aggravation des divers symptômes de la maladie que l'on cherche à guérir, cette aggravation a découragé souvent des malades, qui ont abandonné le traitement, avant d'avoir seulement attendu
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quelques jours, pour savoir si cette aggravation continuerait en persistant à se traiter, et cela a toujours été de la part de ces malades une faute grave, qui leur a fait nier les faons effets de l'hydrothérapie, et renoncer à une méthode de traitement qui les aurait peut Être guéri. L'on ne doit pas perdre de vue que la majorité des malades qui recourent à l'hydrothérapie, n'arrivent la plupart du temps, dans les établissements, que pour se soigner de maladies chroniques qui comptent déjà plusieurs années d'existence. Or l'effet de tout traitement énergique, effet essentiellement rationnel suivant nous, est de faire passer à l'état aigu toute affection chronique; cet état aigu est toujours plus douloureux et plus pénible pour le malade, c'est vrai, mais c'est aussi un symptôme presque certain que la maladie est guérissable ou sinon modifiable par le traitement adopté. Pourquoi donc alors se décourager? Maintenant reste à savoir , si tous les phénomènes que l'on a qualifié du nom de crises, sont indispensables à la guérison , s'ils arrivent par ie seul fait du traitement lui môme, ou s'ils sont survenus à la suite de quelques manoeuvres employées pendant le temps du traitement. Si l'on appelle crise toute réaction prolongée, accompagnée ou suivie d'évacuations, ou d'éruptions, ou seulement de certains mouvements fébriles qui persistent quelquefois pendant plusieurs jours, l'on a raison de les attribuer au traitement lui même et l'on peut même en tirer un augure favorable à l'issue de la maladie. Dans ce cas, mais dans ce cas seulement, nous n'hésitons pas à dire que la crise est presque toujours une chose heureuse. Mais si l'on donne le nom de crises à ces éruptions violentes qui, bien souvent, sont la conséquence forcée
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des frictions énergiques exercées par des mains vigoureuses, sur une peau plus ou moins délicate et dans un étal d'action et de réaction permanente, nous sommes loin de les considérer comme nécessaires au traitement, et nous faisons, au contraire, tous nos efforts pour qu'elles ne se déterminent pas on du moins qu'elles soient le plus légères possible.
Ces crises se présentent sous six aspects différents : ).° sous la forme d éruptions à la peau; %° sous la forme de dérangement dans les fonctions gastro-intestinales ; 3.° sous la forme d'écoulement liémorrho'fdal ; 4." sous la forme de sueurs plus ou moins épaisses , plus ou moins fétides, plus ou moins abondautes ; 5." sous la forme de mouvements fébriles, généralement irréguliers cl intermittents ; G." sous forme de salivation plus ou moins abondante.
1.° Les éruptions cutanées présentent des formes tout à fait diverses, et offrent des caractères souvent insignifiants et quelquefois fort graves. Tantôt la peau se recouvre de plaques rouges semblables à un exanthème, tantôt ce ne sont que des bulles, des vésicules, des pustules ou des papules, tantôt de véritables anthrax. Quelquefois la peau semble avoir été soumise à des frictions, avec l'émetique ou avec l'huile de crolon lïglium. L'apparition de ces sortes de crises est généralement précédée de malaise général, de fièvre et de dérangement dans les fonctions des voies digestives. C'est alors que le malade impatient, prend souvent le traitement en dégoût, el se plaint amèrement d'une cure qui a pu occasionner de pareils désordres dans sou organisme; et c'est pourtant alors que l'on commence à voir s'amender les phénomènes de la maladie pour la-
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quelle le traitement a été entrepris. L'époque de l'apparition de ces phénomènes est très-variable; quelquefois on les voit surgir après cinq ou six semaines et d'autres fois après plusieurs mois, quelquefois jamais. Le point de prédilection des furoncles el des éruptions est ordinairement le côté gauche du corps, mais c'est surtout dans le voisinage des articulations qui sont le siège d'une douleur goutteuse ou rhumatismale qu'on les voit apparaître en plus ou moins grande quantité. Priestnitz redoutait avec raison, que les furoncles se dévelopassent aux mains ou aux pieds, aussi dès que les premiers symptômes de tuméfaction de ces parties se déclarent, il ne faut pas hésiter à employer les moyens hydrothérapiques dérivatifs les plus énergiques, pour détourner l'éruption de ces points où on ne saurait la laisser se développer sans s'exposer à un danger sérieux. Plus le temps est. froid et plus i'eau est fraîche, plus l'éruption déterminée est considérable.
Souvent l'aspect pourpré des furoncles ressemble à une affection scorbutique, au point de jetter le doute dans l'esprit d'un médecin, qui ne serait pas au courant de ces phénomènes hydrothérapiques, mais l'on est bien iwte désabusé par l'état général du malade et par la solidité et la couleur normale des gencives.
Les parties envahies par ces éruptions, doivent être recouvertes de compresses humides excitantes sur lesquelles on place une compresse sèche. Toute friction sur les points irrités doit ÔLre soigneusement évitée.
2.° La diarrhée et les vomissements ne sont que la conséquence de ia quantité d'eau absorbée, et présentent généralement un symptôme favorable à l'issue de la maladie. Il faut pourtant que le médecin hydropothe,
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agisse avec assez de circonspection pour ne pas laisser continuer trop longtemps cette sorte de crise. Autant elle est favorable quand elle dure peu, autant elle devient nuisible et préjudiciable en se prolongeant outre mesure.
3.° Les sueurs naturelles qui se déterminent délies munies dans les maladies aiguës sont toujours d'un Favorable augure. Elles ne se montrent jamais dans les affections chroniques. Mais comme la diarrhée, dont nous avons parlé dans le paragraphe précédent , il serait imprudent de les laisser se continuer trop long-temps et agir comme débilitantes. Dans ce cas elles sont assez nuisibles, pour que le médecin emploie les moyens qu'il a en sa puissance afin de les renfermer dans de justes limites,
i.° Il n'est pas rare de voir le flux hémorrhoïdal se déterminer, pendant le cours d'un traitement hydrothérapique, même chez des personnes qui n'avaient jamais éprouvé aucun symptôme de celte affection. Généralement cet écoulement constitue une crise salutaire, quand il se détermine chez les malades affectés de congestions cérébrales, pulmonaires, abdominales, et chez ceux qui se soignent pour des affections calarrhales chroniques ou des bronchites chroniques. Le dégorgement du système veineux abdominal explique, dans ces cas, l'amélioration presque toujours consécutive à l'apparition de cette crise.
5." Les mouvements fébriles qui s'observent chez les malades, qui suivent le traitement hydrothérapique , ne constituent pas précisément un phénomène critique, mais accusent chez le malade une sensibilité plus ou moins prononcée. L'apparition de celte réaction fébrile concorde
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constamment avec une augmentation dans les moyens hydrialiques qui ont été employés , et qui étaient au dessus des forces du malade. L'on voit effectivement cesser cet état de fièvre, aussitôt que l'on mitigé le traitement, et si peu que l'on ne sache pas ou que l'on ne puisse pas graduer la force du traitement par rapport à l'état des forces du malade, les mouvements fébriles se reproduisent.
6." La salivation est de tous les phénomènes critiques celui que l'on observe le moins fréquemment; généralement, on le voit se déterminer chez les personnes qui ont été soignées par des agents métalliques, surtout par le mercure, il a pourtant été observé aussi, chez des personnes qui prétendaient n'avoir jamais usé de ce remède destructeur, mais c'est le plus rarement et dans ces cas l'exception ne saurait infirmer une règle. Cette crise est généralement favorable et prouve la puissance du traitement employé. J'ai vu un caB très remarquable d'une personne qui se soignait pour une affection rhumatismale, et qui fut prise d'une véritable salivation me/curielle à la suite de laquelle survint un écoulement blennorrhagique. Il y avait plus de vingt ans, que le malade n'avait plus eu de maladies syphilitiques, lorsque cette crise se déclara, et il était certes loin d'avoir récemment oontracté cette affection. Ce fut le signal de la décadence de sa maladie rhumatismale , qui un mois après avait complètement disparu, et depuis trois ans il n'a plus éprouvé la moindre douleur. L'écoulement persista deux mois après son apparition si tardive, la salivation n'avait duré que cinq jours.
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