‹ Dissertations sur l'hydrotherapie appliquee aux maladies guerissables ou modifiables par ce traitementChapitre 14 sur 35 · LETTRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE ONZIÈME

Des maladif s de l'appareil digestif et de ses annexes - tes maladies de la louche ne sont pas guérissables par l'hydrothérapie - De l'amygdalite - Traitement - Cas d'amyijilalitr.s dans lesquels l'hydrothérapie est insuffisante - De la pharyngite - Traitement - De Vocsophagite ~ Traitement - Des hémorrhotdes - Traitement - De la névralgie de l'anus - Traitement - De la gastrite - Traitement - De l'kématémèsc ou vomissement de sang - Traitement De la gastralgie - Traitement - De l'entérite - Traitement - II'' l'enteratgie - Traitement - De la diarrhée - Traitement - De la dyssrnterie - Traitement - Du choléra-morbus - Traitfinf-iil De la constipation - Traitement - La péritonite mt iwiuérissttbli' par l'hydrothérapie ~ De l'ascitc ou hydropisie - Traitement - De l'hèpatalgie ou douleur nerveuse du foie - Traitement - De l'hépatite ou inflammation et congestion du foie - Traitement - De la splénite ou inflammation de la rate - Traitement.

Les maladies de l'appareil digestif et de ses annexes feront le sujet de cette onzième dissertation. Nous laisserons de côté naturellement toutes les affections chirurgicales, nous proposant de traiter à part, et d'une manière générale, les lésions traumatiques par la méthode hydrolhérapique, et nous commencerons par nous occuper des affections de cet appareil, qui ne reconnaissent pour cause occasionnelle, aucune autre maladie. Comme nous le disions dans une de nos lettres précédentes, une affection générale engendre presque toujours quelque affection particulière, et si l'on prend k coeur le traitement de la maladie consécutive en négligeant l'affection primitive, on s'expose à voir échouer

114 LETTRES sue l'iitdhoïhéiiapie

non seulement l'hydrothérapie mais encore toute autre méthode thérapeutique. C'est ainsi, que toutes les affections cancéreuses, tuberculeuses, scrofuleuses, etc. reconnaissent pour cause une dialhèse particulière qui peut être modifiée par le traitement hydrothérapique. Je ne veux pas dire par cela , que le traitement doit guérir ces diverses affections, mais en modifiant la constitution du malade, il laisse, aux diverses opérations nécessitées par ces sortes de maladies beaucoup plus de chances de réussite et beaucoup moins de chances de récidive. Nous tacherons de prouver celte assertion, en nous appuyant sur des autorités scientifiques irréfutables, lorsque dans les maladies des femmes, nous parlerons du cancer du sein.

Après les maladies de la bouche, dont aucune n'est guérissable par l'hydrothérapie, si Von excepte ces légères inflammations des gencives ou des lèvres ou du voile du palais, qui disparaissent presque d'elles mêmes et sans qu'on prenne la peine de les soigner, la première qui se présente à nous, dans le cadre des affections de l'appareil digestif et de ses annexes, est l'amygdalite.

Cette maladie est trop connue pour que nous en fassions la description, mais nous ferons une observalion qui nous parait assez importante pour ne pouvoir pas être passée sous silence. C'est qu'il est très rare que l'inflammation se borne à une amygdale, presque toujours elle les atteint toutes les deux à la fois ou successivement. Cette circonstance est assez remarquable, car les autres organes doubles ne sont que par exception , affectés en même temps. Sur quatre-vingt-dix cas de pleure-pneumonie observés à la clinique de M. Chomel

LETTRES SLR L'HÏDBOTHÉRAPIE H5

de. 1831 à 1832, l'inflammation n'a occupé les deux poumons que dix fois, tandis que sur Lrenle trois amygdalites, M. Louis en a vu trente occuper simultanément les deux glandes ; M. Rutz a noté l'amygdalite double onze fois sur quinze. La fréquence de l'amygdalite double est donc un fait acquis à la science.

La question du siège de la maladie est plus, difficile a résoudre; il a été admis que l'inflammation occupait exclusivement tantôt la muqueuse, tantôt le parenchyme de la glande, d'autres fois le tissu cellulaire interposé aù tissu propre de l'amygdale, et dans un autre ordre de cas tous les éléments de l'amygdale en même temps; nous ne saurions admettre ces divisions de l'amygdalite qui sont plutôt théoriques que pratiques; tout au plus si l'on doit admettre des amygdalites parenchymateuses et des amygdalites muqueuses. D'ailleurs dans les unes comme dans les autres le traitement diffère peu.

Sudation dans le drap mouillé pendant trois quarts d'heure ou une heure, suivi d'un bain partiel à 12° R. Dans lequel le malade est vivement frictionné partout pendant quelques minutes. Compresse excitante devant le cou pendant l'emmaillotement. Pendant le temps de la sudation le malade tient constamment dans la bouche, sans se gargariser, de l'eau à 8°, en la renouvellant souvent. Dans la journée, compresses excitantes au devant du cou, frictions avec la main mouillée, après les compresses. Frictions au devant de la poitrine avec la main mouillée avant l'application des compresses. Le soir deuxième enveloppement semblable à celui du matin ; bain de pieds froid pendant cinq minutes, les jambes étant vivement frictionnées pendant la durée du bain.

ne

u:tyhks sr:n r.'iiïimtiTnKBApiK

Dans les cas où la congestion se porte vers la tête quelques compresses rafraicbissantes suffisent pour la faire disparaître. Lorsque la fièvre accompagne l'amygdalite avec une force trop grande, l'enveloppement dans le drap mouillé doit être répété jusqu'à la disparition de l'état fiévreux.

Dans les cas où l'amygdalite est accompagnée de fausses membranes, l'hydrothérapie est insuffisante et l'on fera bien de recourir alors à d'autres moyens thérapeutiques.

La pharyngite a été généralement décrite sous les noms d'angine gutturale, à'angine pharyngienne, ou pJiaryngée; tous les auteurs ne sont pas d'accord sur la valeur de ces dénominations, relativement à ce qui concerne le siège de l'inflammation; pour nous, cette maladie consiste dans l'inflammation de toute la muqueuse du pharynx , toutefois nous ferons observer qu'elle peut avoir pour siège unique la membrane muqueuse de l'isthme du gosier, du voile du palais ou des amygdales; dans ce dernier cas c'est une amygdalite comme nous venons de la décrire. La pharyngite est encore une de ces maladies assez connues pour que nous n'en fassions pas ici une description même succincte, et le traitement est à peu de choses près le même que nous venons de tracer pour l'amygdalite. Seulement nous ferons observer, que soit que la maladie se trouve aigiie ou chronique, il faudra bien se garder de n'employer que la partie locale du traitement, ce qui malheureusement n'arrive que trop souvent. Des frictions fréquentes au devant du cou, des gargarismes froids, des fomentations excitantes, sont, employés seuls, des moyens plus nuisibles qu'utiles. H faut toujours les faire accompagner d'enveloppe-

LETTRES BOB l'HYDHOTHËRâHK H7

menls "généraux dans le drap mouillé, de bains de siège, de frictions générales, en un mot du traitement hydrothérapique général.

Loesophagite se traitera comme la pharyngite dont elle n'est, pour ainsi dire, qu'une soeur charnelle.

Les hémorrhoïdes sont une affection complexe qui consiste dans un écoulement sanguin ou muqueux par l'anus et dans des tumeurs sanguines de l'extrémité du rectum. Ordinairement tumeurs et écoulements se trouvent réunis; et dans le langage ordinaire, par hémorrhoïdes on entend surtout les tumeurs dont il vient d'être question. Nous ne parlerons ici, ni des causes si diverses qui peuvent produire les hémorroïdes, ni des divisions en hémorrhoïdes veineuses et en hémorrhoïdes érectiles, el nous nous contenterons de citer les quelques lignes suivantes de M. Shedel, dans son examen critique de l'hydrothérapie, page 420:

« Ces dilatations variqueuses des veines du rectum se présentent, comme on sait, sous des aspects très divers, et lorsqu'elles constituent des tumeurs de volume variable, el formées d'un tissu en quelque sorte érectile, l'altération du tissu prend alors un caractère sérieux. Cette affection ordinairement légère et liée à l'état de la constitution, est très commune, et cependant, quelque fréquente qu'elle soit en France , elle me parait l'être encore plus dans les pays du nord, en Allemagne, en Hongrie, en Pologne, et en Russie, Aussi remarque-ton que dans ces contrées, l'état hémorrhoïdaire des malades joue un rôle très important dans les opinions médicales. On y voit celte affection apparaitre chez de très jeunes gens, et cela d'une manière tellement générale, qu'il est impossible de ne pas l'attribuer à une

148 LKTTBES SUR L 1 Hï D H01 HÉ BA PI K

cause commune. On place en première ligne la disposition héréditaire, on tient compte ensuite de l'oubli des règles hygiéniques, surtout pendant la première jeunesse, d'une vie trop sédentaire suivie d'exercices violents, de l'abus du café, de la bière, des liqueurs alcooliques, du tabac, etc. Aussi le nombre des hémorrhoïdaires est il fort considérable à Graefemberg , et l'on y voit non seulement des hommes d'un âge mûr, mais encore beaucoup de jeunes gens.

Il est évident, que puisque les bémorrhoïdes sont liées à l'état général de la constitution, et que les altérations de tissus que le temps a amené dans les parties affectées deviennent habituelles, il est évident, disje, que le traitement doit s'adressera l'ensemble de la constitution . et à la localité affectée. L'hydrothérapie remplit admirablement bien ces conditions, et me parait offrir aux malades qui veulent bien s'y soumettre , plus de chances de guérison qu'aucun autre mode de traitement. Les procédés hydrolhéra piques sont peu rigoureux, et il en est de même de l'hygiène qu'elle prescrit. L'hydrialrie appliquée à la cure des hémorrhoïdes dépend trop des indications particulières pour que l'on puisse établir d'une manière précise des règles générales.

En voici cependant quelques unes : 1 ° Fortifier la constitution par une vie active , par l'exercice au grand air, par le mouvement imprimé non seulement aux membres inférieurs, mais plus particulièrement aux supérieurs , s'abstenir de toute liqueur fermentée, de café, etc. Prendre des mets simples et non excitants, en quantité suffisante, boire de l'eau froide aux repas et dans les intervalles, prendre des lavements d'eau frai-

che el non tout à fait froide, si la constipation est opiniâtre ; 2." Employer les procédés hydrothérapiques d'abord avec ménagement, puis avec une certaine énergie, de manière à obtenir une réaction prononcée à !a peau ; 3." Appliquer la ceinture abdominale ; donner des bains de siège d'abord de courte durée , et à une température de 10 à 12°. Leur effet parait favoriser !e flux hémorrhoidal , qui presque toujours augmente au début du traitement ou revient quand il avait disparu. Plus tard, lorsque la congestion abdominale est moindre, la durée des bains de siège est prolongée, et leur température abaissée.

La névralgie de l'anus qu'ont signalée les premiers, Ulhnan (Encyclop. Worter buch der Med. Wissench, t. I, pag. 634), et M. Campaignac [Journal hebdomadaire de Médecine, t. VI, pag. 396) n'a pas de causes saiaissables. Il n'y a ni rougeur, ni gonflement, ni la plus légère trace d'altération analomique dans les parties qui sont le siège de l'affection. Des douleurs superficielles en apparence , el que le moindre pression exaspèrent en forment le caractère principal. Assez souvent ces douleurs reviennent par accès, tantôt très rapprochés, tantôt très éloignés, permettant ainsi dans les intervalles une santé parfaite. Dans d'autres cas elles sont continues el les accès sont remplacés par des exacerba lions. Chez quelques malades , l'anus semble se contracter avec force de temps en temps pour se relâcher aussitôt après ; d'autres fois c'est l'inverse qui s'observe, une dilatation qui peut amener des gardes robes involontaires. La névrose ne tarde pas à se propager à la vessie , et l'on voit apparailre tous les signes rationnels de la pierre, au point que souvent les plus habiles chirurgiens s'y sont laissés tromper.

lïl) LETTRES SUR L'BTDIOTHBBAPU

Cette névralgie est une maladie fort singulière, dit M. Velpeau (Dict. de Médecine, t. III, pag. 282) qui me parait avoir son siège au col vésical, plus souvent que dans l'anus même, et dépendre fréquemment d'un étal hémorrhoïdal de la fin du rectum. La thérapeutique n'en étant pas mieux connue que la nature, il faut se borner en attendant, à la traiter par les méthodes rationnelles ou les moyens usités pour les névralgies en général.

Cette méthode et ces moyens, l'hydrothérapie les possède : c'est le traitement général des névralgies comme nous l'avons déjà indiqué, et comme nous aurons à y revenir, les douches rectales, les bains de siège hémorrhoïdaux , et le régime hygiénique indiqué si souvent dans les affections nerveuses par les médecins hydropathes.

Il n'y a pas longtemps que l'on considérait la gastrite oomme une affection rare et déterminée presque exclusivement par l'ingestion d'un médicament ou d'un aliment àcre. Si l'on étudie la nosographie philosophique de Pinel on jugera le degré d'importance que l'on accordait à cette époque à une maladie dont la description et le traitement occupent à peine deux pages dans un ouvrage aussi important; autant pour l'entérite et tout était dit.

Broussais donna à cette affection une importance sérieuse ; jointe à l'entérite sous le nom de gastroentérile, de gastro-colite, etc. Elle devint la base de la pathologie presque toute entière. L'embarras gastrique, L'embarras intestinal, les fièvres gastriques, les fièvres bilieuses, adynamiques, ataxique3, le eholéra-morbus , la fièvre jaune , la peste tout jusqu'au cancer lui môme fut rattaché à ce point culminant. Le traitement;se simplifia , les délayants et les saignées prirent la place de

LETTRES SUR L'HYBEOTHÉBAMB 121

tout l'appareil pharmacologique , la thérapeutique se résuma à peu près dans les mêmes termes, et la science prit un te! aspect de simplicité , que l'élude devait cesser d'exiger des efforts d'esprit et de temps.

Nous ne considérerons que la gastrite aiguë et la gastrite chronique dans notre travail, et comme le traitement de lune s'applique parfaitement au traitement de l'autre, et comme il ne varie que par sa durée nous aurons fort peu de considérations à ajouter. D'ailleurs, les causes de la gastrite et ses symptômes sont assez connus pour que nous nous dispensions d'entrer dans de trop longs détails, et nous passerons de suite au traitement hydrotnérapique, nous reservant de traiter longuement ce sujet dans notre traité de pathologie hydrolhéra pique auquel nous renvoyons nos lecteurs.

La gastrite est peut être de toutes les affections, celle où l'effet sédatif de la médication bydrotbérapique se fait le plus heureusement apercevoir. Lorsque l'estomac contient des substances indigestes, ou s'il y a embarras des premières voies, l'on commence par faire prendre aux malades de l'eau à cuillerées de deux en deux minutes jusqu'à ce qu'on ait déterminé le vomissement. Si au contraire les vomissements sont fréquents, on ne donne à boire qui; de temps en temps un 'peu d'eau fraicbe. Pour diminuer la lièvre et la douleur épigastrique, le malade est placé dans un demi bain de 18 à 20° où l'eau monte jusqu'à l'épigaslre , puis on frictionne toutes les parties du corps du malade tandis qu'il se frotte légèrement lui même le creux de l'estomac. Après un quart d'heure de séjour dans ce bain, et lorsque les douleurs commencent à se calmer, on abaisse

)22 LKTTHKS SUR l'BÏDBOI NÉBàPlE

la température de l'eau du bain jusqu'à 12". Après ce bain qui n'aura pas duré plus de vingt-cinq minutes, le malade est placé dans son lit ; une compresse trempée dans l'eau froide et peu exprimée est placée sur l'épigaslre, et le corps est enveloppé dans le drap mouillé. Toutes les cinq minutes on fait boire au malade une gorgée d'eau froide. Au bout d'une heure ou deux, et suivant la constitution du malade, on le sort du lit pour le remettre dans un autre demi bain semblable au premier, ou on le fait passer sous la douche à pluie, puis on le remet au lit en appliquant sur l'épigastre une fomentation excitante. Aussitôt que l'estomac peut supporter le lait on en fait absorber au malade dabord en petite quantité puis en augmentant progressivement les doses, et toujours froid. Lors qu'il y a de la constipation, les douches rectales sont parfaitement indiquées. Si le malade ressent des douleurs de tôle ou un commencement de congestion , on recouvre la tète de fomentations calmantes.

Les guérisons miraculeuses obtenues par ce mode de traitement le rendent supérieur à tous ceux employés jusqu'à ce jour.

L'hématémèse , qu'il ne faut pas confondre avec l'hémoptysie, consiste dans un vomissement de sang fourni par l'estomac ou les organes voisins , tantôt liquide et rouge, tantôt grumelé et noirâtre , pur ou mclé avec des aliments, avec les matières contenues dans le ventricule. L'hématémèse peut être: 1." Idiopathique ; â." Symplômatique ; 3.° Traumatique. C'est de la première seule que nous avons à nous occuper; nous en avons donné précédemment les raisons. Les symptômes

L ET THES SUIt L'HYDROTHÉRAPIE 123

de cette affection, ses causes, sa raison d'être sont assez connus pour que nous nous contentions d'indiquer seulement le, traitement employé par l'hydrothérapie.

Boisson légère, peu abondante et très froide après le vomissement; douches périnéales et anales fréquemment répétées; bains de pieds froids de peu de durée; bains de siège à douches alternés avec les bains de siège hémorrhoïdaux. Régime hygiénique hydrothérapique dans toute son extension. Fomentations: sur l'estomac, émollientes; sur les membres, excitantes; repos complet après la réaction.

La gastralgie est une névrose ou une névralgie de l'estomac indépendante de toute lésion organique, de tout phénomène inflammatoire. Il est très difficile de séparer la gastralgie de la gaslro-entéralgie à cause des phénomènes communs qui les rapprochent. Les causes les plus fréquentes de cette affection sont l'hérédité, un tempérament nerveux, irritable, un état habituel d'irritabilité de l'estomac, mais surtout les affections morales, les peines d'esprit et de coeur, les contrariétés domestiques, les tourments d'affaires, les excès dans les" plaisirs de l'amour, l'onanisme, les travaux du cabinet, la vie sédentaire, les méditations profondes et les fortes contentions d'esprit après le repos; l'influence de l'imagination, la crainte d'une maladie organique, la tristesse, les chaleurs atmosphériques élevées, une température chaude et humide, les variations brusques et repétées de l'atmosphère. À ces causes nous pouvons joindre celles signalés par le Docteur Barras dans son Traité des gastralgies, 3. e édition ; t. I, page 338:

« L'abus des saignées dans le traitement de différentes maladies, et plus particulièrement dans celui des

124 LETTRES SUR t'HTDBOTHEBAPlB

affections gasiro-inleslinales; les hémorrhagies copieuses, les jeûnes, l'abstinence, l'usage immodéré ou longtemps prolongé des aliments aloniques; du lait, des fruit crus, des légumes, du poisgon , des farineux, des boissons aqueuses délayantes et mucilagïneuses ; une salivation excessive, la lactation et la leucorrhée , la chlorose el l'état de grossesse; l'habitude, dans quelques professions, celle de tailleur, par exemple, de pencher la poitrine sur le ventre, et d'avoir constamment l'épigastre renfoncé; les acides, le vin blanc, le café, le thé, et quelques autres aromates pris d'une manière immodérée; en un mot, tous les agents qui peuvent exalter directement ou indirectement la sensibilité nerveuse de l'estomac et des intestins, et augmenter la susceptibilité de ces organes, c'est-à-dire, tout ce qui peut les débiliter ou les stimuler; car les névroses des premières voies, viennent de la faiblesse ou de l'excitation, comme celtes des autres parties du corps ».

Les symptômes en sont assez connus poor que nous n'entrions pas, au sujet de cette affection, dans de plus longs développements, et nous nous occuperons immédiatement du traitement hydrothérapique qui lui convient. Les connaissances médicales les plus positives, sont indispensables pour reconnaître les causes des troubles nerveux de cette maladie, troubles toujours inquiétants de prime abord , et dont on débarasse les malades avec une extrême promptitude quand on sait s'y prendre.

Le traitement de celte affection ne saurait se faire que dans un établissement, et sous l'oeil d'un médecin exercé et pratique ; l'exercice et une nourriture simple et exempte de stimulants est indispensable. La quantité d'eau à boire dans la journée est subordonnée à la to-

lérance de l'estomac. Les procédés hydrialriques, variables suivant les causes qui ont produit la maladie , consistent dans l'enveloppement dans te drap mouille, quelquefois des frictions; dans des bains partiels et des allusions froides sur l'épigastre ; fomentation excitante continuelle sur l'épigastre; s'attacher à ce que les malades ne souffrent jamais de froid aux extrémités; grande douche à poussière d'eau.

L'entérite, comme la gastrite, se divise en entérite aigUe et entérite chronique en appellant de ce nom toute inflammation des diverses parties de l'intestin grêle. Nous parlerons de l'inflammation du gros intestin quand nous traiterons de la diarrhée et de la dyssenterie.

L'entérite est générale ou partielle; elle occupe en totalité ou en partie le tube intestinal, et revêt divers caractères suivant qu'elle affecte la membrane muqueuse ou la membrane séreuse de l'intestin. Les causes de l'entérite se rapprochent beaucoup de celles de la gastrite ; de l'estomac l'inflammation se propage aisément aux intestins ou les attaque après avoir abandonné son siège primitif. Parmi les causes principales il faut admettre: un froid prolongé aux extrémités inférieures ; une acrimonie bilieuse, putride, la répression d'un exanthème, un état rhumatismal; les purgatifs violents, les drastiques, qui dépouillent les intestins de leurs mucosités, surtout les aloètiques ; les aliments lourds et mal préparés, la suppression des hémorrhoïdes, des lochies, des menstrues, le volvulud, l'accumulation de matières endurcies qui obstruent la cavité des intestins , des vers, etc.

Les symptômes de l'entérite sont trop connus pour que nous les retracions ici nous passerons donc immédiatement au traitement qui s'adapte le mieux à celle

136 LETTRES SUB f IIYD80THÈBAWE

affection. L'hydrothérapie est assurément celui qui s'adapte le mieux à cette forme nosologique et qui exerce sur elle l'influence la plus heureuse. L'action salutaire de l'eau peut immédiatement être dirigée sur les surfaces malades, en même temps qu'on l'applique extérieurement. Du reste, les divers procédés hydrialiques varient considérablement, non seulement à cause de l'époque à laquelle on entreprend le traitement, mais encore à cause des diverses formes qu'affecte la maladie, et de la constitution et de ta tolérance du malade. Nous ne pouvons donc qu'indiquer les moyens généralement employés, laissant au praticien hydropathe le soin de choisir celui ou ceux qui s'adapteront à la forme de maladie qu'il aura à soigner. Le traitement de cette affection est généralement fort long et ne peut durer moins de six à huit mois quand elle est passée à l'état chronique; à l'état aigu elle peut disparaître en peu de jours.

Boisson plutôt abondante dans la journée, au delà de dix verres; alimentation composée de pain, lait, beurre, viandes blanches et légumes, suivant l'appétit du malade; ceinture hydrothéra pique renouvellée de deux en deux heures; frictions au drap mouillé plusieurs fois par jour, suivant l'état du malade. Enveloppements dans le drap mouillé suivi d'ablutions à 12° et après quelques jours de ces opérations, bain de piscine après l'enveloppement, douches à poussière d'eau ne dépassant jamais une durée de trois à quatre minutes; douches à déluge quelquefois; bains de siège à eau tournante en spirales. La crise qui est la conséquence de ce traitement est toujours une éruption furonculeuse.

L'cntémlgie , ou colique nerveuse, est tout— à-faii d'une nature identique à la gastralgie. Comme celte der-

LETTRES SUH L'HYDROTHÉRAPIE 127

iiière, elle peut être aigiie ou chronique, ses symptômes sent analogues, ses causes sonl de même nature, son traitement à peu près le même; l'hypochondrie est très souvent une conséquence de celle affection. Les mGmes moyens que nous avons indiqué plus haut (page 123 ) pour combattre la gastralgie doivent êlre employés pour l'entéralgie en y adjoignant, les bains de siège à eau tournante eti spirales chaque fois que la douleur se présente avec une trop grande persistence.

La diarrhée, est une augmentation avec altération de la sécrétion des humeurs intestinales ou versées dans les intestins par les organes conligus, leur évacuation fréquente et copieuse par l'anus à l'état liquide, seules ou mêlées avec les excréments. Nous n'entrerons pas dans toutes les divisions qui ont élé faites de cette affection par les auteurs, seulement nous la considérerons nomme aigiie ou chronique et enfin comme critique. Nous avons vu, en parlant des crises (page 73), ce que l'on devait faire pour la diarrhée qui se présente comme crise pendant le Lraitement; la diarrhée aigiie, suivant la cause à laquelle elle est due, trouve dans la thérapeutique ordinaire mille moyens de la combattre, et dans l'hydrothérapie, une puissance énergique dans la boisson, les bains de siège, les douches rectales, les fomentations et les frictions. La diarrhée chronique est beaucoup plus sérieuse, et généralement elle résiste à tous les moyens thérapeutiques imaginables excepté à l'hydro- Ihérapie. Dans le commencement de ce traitement généralement la maladie s'aggrave, mais en persistant on voit céder les diarrhées les plus rebelles el les plus invétérées. Voici en quoi consiste le traitement, qui doit

LETTRES SDH l'hïDROIIIKHAHE

toujours être subordonné à la tolérance des malades et attentivement conduit par un médecin qui ait l'habitude de 1 hydrothérapie. Le matin, bain de siège à poussière d'eau pendant cinq minutes ; boisson de cinq ou six verres d'eau et immersion dans la piscine deux heures après. Ceinture hydrothérapique en permanence ; drap mouillé ou enveloppement pendant trois quarts d'heure ou une heure daus la journée, suivi d'un nouveau bain de siège à eau tournante. Le soir nouveau bain de siège semblable à celui du matin. Vers la fin du traitement douche générale à pluie ou à poussière d'eau sans transpiration préalable.

« Les bains de siège froids, dit M. Schedel, pag. 334, administrés dans le but de tonifier les organes du bas ventre, sont combinés avec beaucoup d'autres moyens, dont l'action énergique sur la peau doit nécessairement entraîner une stimulation centrifuge très salutaire. Aussi ceux qui, pour combattre une diarrhée chronique, ont recours aux bains de siège froids seuls, se trouvent non seulement déçus dans leur espoir, mais encore voient ils presque toujours le mal augmenter. C'est ainsi que le docteur Bauro a vu administrer à une jeune personne affectée de diarrhée chronique, des bains de siège froids, sans autre effet que de produire un état en quelque sorte cholérique, duquel on ne retira la personne qu'avec peine. Le père de la jeune personne ayant fait une cure à Graefemberg, et y ayant vu administrer des bains de siège froids pour arrêter les dévoiements opiniâtres, avait cru pouvoir entreprendre aisément le traitement de sa fille ».

Il en est ainsi pour toutes les affections soignées par l'eau, celui qui n'a pas l'habitude de ce traitement s'expo-

Digitizcd by Cuoi

LETTHES SUR 1. 'hydrothérapie 129

se à des erreurs constantes dont les premières victimes sont les infortunés qu'il a voulu soulager.

La dyssenterie est une maladie qui porte son action sur le tube intestinal, principalement sur les gros intestins, détermine des coliques, des envies fréquentes mais presque inutiles d'aller à la selle, un flux puriforme, souvent sanguinolent, avec ténesme et inflammation pllis ou moins vive du rectum. A l'état aigu comme à l'état chronique les symptômes de celte maladie sont assez connus pour que nous les passions sous silence, el que nous indiquions immédiatement le traitement hydrothérapique convenable.

Boisson abondante, douches rectales très fréquentes, enveloppement dans !e drap mouillé suivi de transpiration, fomentation excitante sur l'abdomen mCrne pendant l'enveloppement; après l'enveloppement, bain de siège à eau fixe et frictions générales sur les membres pendant un quart d'heure. Pendant les premiers temps du traitement l'eau doit être à i5 ou 16V

C'est surtout dans le traitement de cette affection que le malade a besoin d'avoir affaire à un médecin hydropathe pratique, s'il veut éviter les conséquences funestes d'un traitement mai appliqué.

Le clwléra-morbus, qu'il nous a été donné d'observer d'une manière toute particulière, lorsque nous fumes chargé par le Comité Médical des Bouches du Rhône, d'une mission spéciale, pour aller observer le fléau dans les provinces italiennes envahies en 1884, le choléra-morbus ne nous parait pat toujours, surtout en temps d'épidémie, guérissahle par l'hydrothérapie. Nous avons parlé trop longuement sur celte affection dans notre Mémoire à ce sujet ( 1854, 1."' édition -

130 LETTRES SUR L'HYDBOTHÉHÀPIE

1855, 2. d < édition italienne), pour que nous noua exposions à des redites inutiles; cependant nous sommes persuadés, que les cas de choléra sporadique, peuvent très bien être traités par cette méthode, et en cela nous nous appuyons sur le docteur Schedel (Examen clinique de l'hydrothérapie, pag. 281 ) n'ayant jamais eu occasion d'employer cotte méthode pour cette affection.

n C'est en réagissant sur la peau, en y produisant une réaction centrifuge énergique, que l'hydrothérapie procède dans le traitement du choléra. Pour atteindre ce but, on a recours aux ablutions froides, accompagnées de frictions énergiques, suivies de l'enveloppement dans la couverture de laine où l'on cherche à produire une transpiration abondante. L'on fait boire en même temps de l'eau froide, d'abord en petite quantité avant l'apparition des sueurs, puis en plus grande abondance. Tel est en résumé le traitement du choléra tel qu'il a été observé à Graefemberg ».

La constipation est l'état d'une personne qui ne peut aller à la selle , ou ne peut y aller que difficilement. Cet état qui constitue un des symptômes les plus incommodes de dérangement des fonctions intestinales , est celui dont l'hydrothérapie triomphe le plus complètement.

Boisson abondante, repas froids; beaucoup de laitages et d'herbages, pain noir, enveloppements dans le drap mouillé suivi de lavages dans de l'eau à 10°, ceinture hydrolhérapique, douches rectales que l'on éloigne progressivement, tel est en résumé le traitement de cette maladie.

Il est d'ailleurs un fait important à noter, c'est que presque tous les malades qui font le traitement hydrolhérapique , sont dans les commencements pris par la

LETTRES SUR l/HÏDHOTHÉHAPIE 131

constipation, soit que l'excitation cutanée développée par le traitement bydriatrique, détourne les fluides de la surface des voies digeslives, soit que.celles ci perdent, par le changement de régime, une stimulation qui leur était nécessaire. Mais cet état dure peu et fait place bientôt à une régularité de selles très remarquable.

Malgrès l'opinion de Priestnilz et de quelques auteurs hydropalbes trop eugoués de leur système , nous ne croyons pas la péritonite susceptible de guérison par le traitement hydrolhérapique, bien que l'on put retirer quelques avantages des moyens sédatifs employés par les hydropathes, combinés avec ceux habituellement mis en usage, pour combattre cette affection.

h'ascite ou hydropysie de l'abdomen est rarement idiopalbique , et les diverses causes qui l'engendrent ne changent, en rien au traitement hydropathique employé. Nous ferons remarquer pourtant que lorsque la maladie est trop ancienne, cette méthode de traitement peut échouer aussi bien que les autres, quelques puissants que soient ses moyens d'action. Quelle que soit la partie qui se trouve le siège d'une hydropisie; abdomen, jambes, bras, économie entière, elle doit être traitée hydropathiquement d'une manière presque identique sauf les indications locales, qui consistent en applications de fomentations excitantes et en frictions très souvent répétées, soit avec la main humectée, soit avec le drap mouillé. Quant à l'application des autres procédés hydrothérapiques , l'on comprend aisément combien elle est incertaine entre les mains d'un hydropathe peu pratique. Tantôt en effet la transpiration forcée est d'un immense secours, et tantôt elle ne fait qu'augmenter la faiblesse du malade. Convenablement appliquée, elle

133 LETTRES SDR L'ilïDROTBERAPIB

rend des services émtnents soit comme moyen de sédation utile, lorsque il existe de la fièvre, et que la peau est sèche et chaude, soit comme moyen d'obtenir, par des sudations forcées, l'évacuation de la sérosité inliltrée. Ces effets sont remarquables dans (es anasarques fébriles , dans les hydropisies actives, etc. , Faisant toujours bien attention de faire précéder les transpirations forcées par les enveloppements dans le drap mouillé. Môme dans les cas d'anasarque, conséquence des maladies du coeur, ces sudations forcées peuvent rendre de grands services; toutefois il est important de bien préparer la peau par des frictions répétées et l'on obtiendra ces transpirations dans un drap très fortement tordu. L'on ne doit jamais donner que l'eau nécessaire pour soulager le malade , sans chercher à soutenir les transpirations par un emploi abondant et prolongé. C'est, dans tous les cas, un des moyens énergiques que la médecine puisse employer.

h'hépalalgie, ou maladie nerveuse -du foie, comme toutes les maladies nerveuses dont nous avons déjà parlé; se traite généralement comme nous avons indiqué pour la gastralgie, en joignant au traitement général, les bains de siège à spirales, les demi bains à eau courante suivis de frictions locales, et la douche à dix jets loco dolenti, après la sudation dans le drap mouillé. Le régime et la boisson comme dans la gastralgie.

L'hépatite, ou inflammation du foie, se complique souvent avec l'inflammation de quelques autres organes abdominaux, principalement l'estomac, le duodénum, etc. L'hépatite peut être aiglie ou chronique, générale ou partielle. Les causes de l'hépatite, dit M. Franck, dans Bon Traité de Médecine pratique, t. I, page 219, so nt

LETTRES SCI1 L'HÏDBOTHÉBAPIB 133

en général toutes celles des phlegmasies ; mais les plaies de tête qui déterminent l inflam motion et la suppuration de plusieurs organes donnent lieu spécialement à celte maladie. Les violences extérieures exercées sur l'abdomen, les chûtes, les contusions, les blessures, les efforts, les sauts d'un lieu élevé, les affections violentes de l'àme, les boissons froides après une grande colère, le refroidissement du corps échauffé, et dans un état d'éffervescence, par l'humidité du sol, sur lequel on se couche; les calculs hépatiques, cystiques, amènent aussi l'inflammation: du foie. Il existe de nombreux exemples d'une irritation continuelle, quelquefois d'une inflammation de ce viscère occasionnée par des ascarides lombricoïdes qui passent des intestins dans son parenchyme. Tout ce qui amène l'inflammation des intestins, de l'estomac, du diaphragme, des poumons, peut également produire l'hépatite, à raison du voisinage. La cause la plus fréquente de l'inflammation érysipélateuse du foie est la présence d'une matière corrompue et acre dans les voies digestives, la suppression d'une diarrhée salutaire, la repercussion subite d'une affection rhumatismale, psorique, érysipélateuse, ou autre; enfin toute espèce de métastase.

C'est dans l'âge mûr et dans le sexe masculin que l'hépatite aigûe est observée le plus fréquemment.

L'hépatite chronique est due souvent aux mêmes causes que l'hépatite aigûe et assez souvent elle succède à celle-ci. Mais plus souvent elle débute sous la forme chronique. L'usage longtemps continué d'aliments trop stimulants, tels que viandes noires, gibier, ragoûts épicés, l'abus des liqueurs spiritueuses, du café, y prédisposent et finissent même par la produire, sur-

13* LETTRES SUR L'ilFDROTBÉKAPIE

tout chez les sujets d'un tempérament bilieux , à peau brune, à membres secs, à cheveux noirs . et dont le système nerveux est très développe.

La médecine hydrolhérapique est la seule qui combatte avee un succès presque constant celte redoutable affection ai peu connue jusqu'à ce jour, et surtout si peu soignée et si rarement guérie.

Le traitement consiste en douches à dix jets sur le foie, douches générales, frictions, ceinture hydrothérapique, boisson proportionnée à la constitution du malade, régime hygiénique tel qu'il est hydrotnérapiquemenl prescrit, de temps en temps quelques bains de siège à douches et à spirales, et des demi bains accompagnés de frictions.

La splénile, ou inflammation de la rate, se divise en deux espèces principales: l'inflammation de l'enveloppe séro-fibreuse ( périsplénite), et l'inflammation du parenchyme propre de la rate (splénile proprement dite). Nous n'avons rien à dire de la première espèce qui 6e rattache à la péritonite; l'inflammation du tissu propre de la rate peut être aiguë ou chronique. Cette maladie est trop connue aujourd'hui, pour que nous en fassions une description détaillée, nous renvoyons pour cela, au dictionnaire en 30 vol., tome XXVII, page 259, article de M. Dalmas; à la Nosographie Médicale du docteur Bouillaud , tome III, page 308, et au traité du diagnostic et de semeiologie du docteur Piorry, t. H, p. 287.

Le traitement est entièrement semblable à celui de l'hépatite, seulement la douche à dix jets devra être dirigée sur la rate au lieu de l'être sur la foie et le bain de siège à spirales devra avoir ses spirales tournées en sens contraire.

LETTRES SU» l' ItVUHOTNLHAI'IU

LliTTHE BOUZ1ÈMIS.

Des maladies de l'appareil respiratoire - Du coryza ou rhinite - Traitement - De l'epistaxis - Traitement - Do la bronchite aigue - Traitement - De la bronchite chronique - Traitement - De la grippe - Traitement - De la pneumonie - Peut-elle ou ne peutelle pas être traitée par l'hydrothérapie - Raisons de la possibilité de ce traitement - Raisons laïuni'-i. de é'/ieurde - Ce i/ui fut. dit dans 1rs raiitjrh \te< l'jil.'ifilli'i , à ce sujet, en 1 8 i : t et 18ii - Traitement de la pneumonie - De l'hêmophtliysie - Tnti levv.nt - Ile In y.hthishi pulmonaire - Gurahilité de cette affection - Pourquoi et comment l'hydrothérapie peut et doit guérir 1a phthisie - De la pleurésie - Possibilité de confondre cette affection avec d'autres assez différentes - Son traitement - De la pleurodynie - Traitement - De V hydrothorax - Traitement.

Quoique les affections des organes de la respiration et de la circulation r soient souvent liées comme leurs fonctions , nous osons espérer que le iecteur nous pardonnera de les avoir traitées séparément, malgrès les influences que ces deux appareils exercent mutuellement l'un sur l'autre. Nous commencerons donc par les maladies de l'appareil respiratoire.

La première affection qui se présente est ie coryza, que l'on a aussi appellé rhinite, que Ion nomme communément rhume de cerveau, et qui n'est autre chose que l'inflammation de la muqueuse des fosses nasales. Les causes du coryza sont très diverses, froid humide aux pieds ou à la téle, respiration de poudres ou de vapeurs irritantes , etc. Quelques auteurs même ont admis un coryza intermittent et il nous a été donné de

soigner, et de soulager assez môme pour faire admettre une guérison définitive, un coryza congénital chez un homme de quarante ans environ. Les symptômes en sont trop connus, pour que nous les énumérions. Le traitement consiste en reniflements, douches générales à pluie et à poussière d'eau, précédées de l'enveloppement dans le drap mouillé quand-il y a de la fièvre. D'ailleurs suivant les cas et la constitution des malades, le praticien hydropathe doit s'attacher autant à l'état général qu'aux symptômes locaux.

L' épistaxis est l'hémorrhagie nasale ou écoulement de sang par le nez ; les moyens pour le combattre sont aussi simples que rationnels. « L'enveloppement général dans le drap bien mouillé d'eau très froide, dit Schedel, page 413, et plusieurs fois répété à de courts intervalles, parait avoir souvent arrûté des épistaxis qui avaient résisté à des applications de compresses froides sur la nuque, eur le front, et même sur les parties génitales. L'eau, dans ces cas, doit être à la glace. Les moyens que la médecine emploie contre l'hémorrhagie nasale, atteignent ordinairement leur but, et j'ai vu des épistaxis très opiniâtres céder à l'introduction méthodique de petits morceaux de glace dans les narines, pendant que des compresses imbibées d'eau glacée étaient maintenues continuellement sur le front ».

La bronchite est l'inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse l'arbre aérien. L'expectoration muqueuse qui avait fait donner à cette affection le nom de catarrhe pulmonaire, est loin d'exister a toutes les périodes de la maladie et souvent elle est accompagnée d'une dyspnée très considérable et d'une fièvre trèsvive. La bronchite est aigiie ou chronique, le traitement

LETTRES EUR L'HVDHOTHÉBAPIE 137

de la bronchite, aiguë est excessivement difficile, et demande beaucoup de circonspection , de prudence et de mesure de la part du médecin bydropathe. Le malade affecte de bronchite aigiie ne doit boire que de l'eau froide, se gargariser souvent avec de l'eau fraicbe et non seulement faire malin et soir des lavages généraux avec de l'eau à 10 ou 12°, mais encore dans la journée. Après ces ablutions ou les frictions dans le drap mouillé il devra faire de l'exercice, autant que possible, au grand air. Lorsqu'il y a de la fièvre, de l'abattement général et de la toux, le malade doit fttre enveloppé dans le drap mouillé plusieurs fois par jour jusqu'à ce que la sueur se déclare, ce qui n'arrive quelque fois que plusieurs jours après le premier enveloppement; quand la sueur est arrivée, on l'entretient en faisant boire au malade de l'eau froide à petites gorgées. Ces enveloppements doivent toujours être suivis du bain partiel accompagné de frictions. Alors même que le sang ee porte à la tête pendant les enveloppements ou n'applique aucune compresse froide sur le front. D'ailleurs, le médecin hydropalhe doit soigner cette affection avec une attention plus particulière encore que les autres, bien que tous les traitements par l'eau froide aient besoin d'une habitude et d'une pratique bien grande.

La bronchite chronique, commune chez le vieillards, les enfants, les sujets lymphatiques , ne devient chronique qu'après un état aigu d'une certaine intensité, ou après plusieurs récidives de bronchites aiguës, dont elle n'est que la prolongation. Cependant il arrive quelque foia que sa marche est si lente dès le début qu'on peut la regarder comme primitive.

138 I.ETTItKS SUK L'HÏDHOTHËMPIH

Il s'agit, dans cette affection, liydropathiquemenl parlant, de dissiper l'irritation de la membrane muqueuse bronchique , en obtenant une réaction soutenue vers la peau. La flanelle ou les flanelles, car il est certains malades qui portent jusqu'à trois et quatre gilets de flanelle , doivent disparaître dès la première semaine ; les vesicatoires et les cautères doivent être supprimés-et les malades laisser leur col et leur poitrine exposés à l'air en restant sans cravate et laissant entrouvert le devant de leur chemise. En dehors des opérations hydrothérapiques , le malade doit toujours agir au grand air, faisant le plus d'exercice possible, ne boire que de l'eau avant, pendant et après le repas et après chaque opération. Suivant la cause occasionnelle de !a maladie, le traitement est variable, mais en. général, il consiste en enveloppements plus ou moins répétés dans le drap mouillé, en ablutions dans un bain partiel, en bains de siège à douches, en bains de piscine, et en douches à pluie générales; lorsque l'on soupçonne une cause rhumatismale , il faut insister un peu plus sur les sueurs forcées et si l'on veut appeller les hémorrhtfi'des, l'on insiste sur les bains de siège que nous avons appellé hémorrhoïdaires. La ceinture hydrotbérapique doit être portée sur le thorax, en même temps que des fomentations excitantes sont appliquées sur les .membres.

Ce traitement exige de la part des malades une grande confiance et une grande énergie morale , mais si l'on veut tenir compte de la gravité de cette affection et de ses conséquences si terribles, ou n'aura garde d'hésiter de se soumettre à un traitement qui a déjà enregistré tant de succès dans ces sortes d'affections.

LETTRES SUR L'HYDROTHERAPIE 139

La grippe est une variété de la bronchite ; elie apjiarait généralement sous une forme épidémique et frappe avec une force et une vivacité de symptômes qui en ont fait faire une maladie à part. Lorsque la grippe est guérie, le malade demeure en convalescence un temps plus ou moins long, mais qui n'est jamais en rapport avec le peu de durée de l'affection principale. C'est ce qui rend cette maladie plus grave , car dans beaucoup de cas, elle a été le point de départ de très sérieuses affections thoraeiques.

La grippe, dit M. Schedel, ouv. déjà cité page 231 , est une des affections où les affusions froides ont eu le plus de succès entre les mains de Currie, de Wright, et de Gregory; ils l'employaient au début de la maladie, lorsque la peau était sèche et brûlante. Le malade était assis nu sur un tabouret placé au milieu d'un grand baquet vide , et deux ou trois seaux d'eau froide étaient versés sur sa tête, de manière à couvrir en nappe tout le corps. Le malade était promptement essuyé et mis au lit où il ne tardait pas à être inondé de sueur. Si la peau redevenait très chaude et sèche, on revenait aux affusions , mais cela n'était presque jamais nécessaire. Les avantages de cette méthode étaient la rapide disparition de tous les symptômes fébriles, et nerveux, ainsi qu'une convalescence Franche.

L'hydrothérapie emploie, non les affusions , mais lesenveloppements dans le drap mouillé, l'application de compresses d'eau froide sur la tète et sur le front, en particulier, des aspirations d'eau froide par le nez, et l'eau froide pour boisson. Après un certain nombre d'enveloppements, le corps est lavé dans un bain partiel à H", ou bien on fait sur tout le corps des ablu-

lions avec un linge ou une grosse éponge trempée dans de l'eau à celle température. Si la transpiration s'établit dans le drap mouillé, on donne à boire de l'eau froide à petits coups, et on laisse transpirer le malade pendant plusieurs heures, puis quand le3 sueurs sont moins fortes, on le dégage des couvertures qui l'cntourenl'et l'on pratique les ablutions.

Le point principal est l'apparition des sueurs, aussi quand elles tardent à venir, on prolonge l'enveloppement dans le drap, et l'on ajoute même une couverture de laine ; lorsque les sueurs s'établissent, on laisse transpirer les malades d'autant plus longtemps, que le soulagement en est plus marqué. En retirant le drap on pratique sur le corps les ablutions, pendant une minute ou deux avec de l'eau à 14° ou 45°, puis, si les forces et le courage du malade le permettent, il s'habille et fait de l'exercice en plein air, si le temps est beau.

Dans les convalescences tardives que la grippe laisse souvent à sa suite, l'hydrothérapie peut rendre encore des services signalés , des frictions générales avec le drap mouillé, suivies d'un exercice modéré en plein air , l'eau fraîche pour boisson , l'enveloppement dans le drap mouillé, pendant les exacerbations fébriles, suivi d'ablutions froides, seraient très avantageux.

N'ayant jamais eu occasion de traiter de pneumonie par l'hydrothérapie, et n'en ayant jamais vu traiter par d'autres hydropathes je ne saurais que répéter ce que dit le Docteur Fleury dans son traité d'hydrothérapie page 191 : « Les caractères fondamentaux.de toute pblegmasie aiguë sont: l'élévation de la température animale, l'augmentation de la fibrine du sang et l'accélération du pouls.

LETTRES SUR L'HYDROTHÉRAPIE Ut

Dans quel ordre se succèdent ces phénomènes ? quels sont les liens qui les unissent? Quels sont les rapports de cause à effet qnï existent entr'eux?

Sans accepter les assertions de Mulder suivant lesquelles l'albumine et la fibrine ne seraient, celle là qu'un, protoxyde et celle ci qu'un deutoxyde de protéine, ne peut-on point se demander si le premier phénomène produit par l'inflammation n'est pas l'élévation de la température animale? Si la suractivité de la combustion n'a aucune influence sur l'accroissement de la fibrine et l'accélération du pouls?

D'un autre coté les recherches de Messieurs Andral et Gavarret ont établi que les saignées coup sur coup n'ont pas la puissance d'abaisser la température animale palhologiquement élevée, d'empêcher l'augmentation de la fibrine , qui va croissant tant que la maladie fait des progrès, et enfin de diminuer la fréquence du pouls.

Dans cet étal de choses, ne serait-il pas important de rechercher a l'aide du thermomètre , de l'analyse chimique et de l'aiguille à secondes, les influences exercées par la médication réfrigérante appliquée au traitement d'une grande phlegmasie superficielle , de l'érysipèle, du rhumatisme articulaire aigu, par exemple, sur la température animale, sur la fibrine du sang et la fréquence du pouls, et cette élude ne pourrait-elle pas démontrer que c'est en supposant , dès le début, à l'élévation de la température, que la médication en question empêche la fibrine de dépasser notablement son chiffre physiologique, et le pouls d'atteindre la fréquence qu'il présente ordinairement dans ces phlegmasies ?

142 LETTRES SUR L'ilT UR0THÉRAP1 E

Si les résultats de l'expérimentation étaient ceux que nous venons d'indiquer, le froid ne deviendrait-il pas la base du traitement rationnel de toutes les phlegmasïes commençantes, de la pneumonie comme de la brûlure, et la question ne serait-eile pas réduite aux proportions d'une question de procédé opératoire approprié aux différents sièges que peut occuper l'inflammation.

Si l'on réfléchit en outre , que les recherches de l'école de Vienne tendent a établir que les émissions de sang sont plus nuisibles qu'utiles dans le traitement de la pneumonie (1) et que celles de Messieurs Demarquay, Duméril, et Lecointe (2), montrent que le tartre stibié à hautes doses, dont l'éfBcacité est généralement admise, abaisse la température animale de 2°, en deux heures, on trouvera peut être dans ces considérations, de nouveaux et sérieux motifs, pour expérimenter la méthode réfrigérante dans le traitement des grandes pblegmasies internes , et de la pneumonie eu particulier. »

« En 1 843 , dit M. Schedel page 271 , lors de la réunion des médecins hydropathes à Marienberg , près Boppart , sous la présidence de M. le Docteur Schmilz, on agita la question de savoir si l'hydrothérapie pouvait s'appliquer aux imflammations pulmonaires et pleurales. Il y fut décidé, après que l'on eut rapporté beaucoup de faits à l'appui, que ces inflammations, lors même

(1) Der Aderiassin rter Longen-Enlillndung ; Vienne 1B49 arch. gen. de Méd. lame XXII p. 1ÎG ; 18.'».

(2) Demarquay, Dumâril et Lecoiole , Rech. expérimentales sur les modifications imprimées à la température animale , par l'introduction dans l'économie des différents agents lherapeuliqo.es ; in Gazette des hôpitaux , mi . page 183.

LETTRES SDH L'EIÏIlHOJHKiUl'lK

<ju elles étaient parvenues à un haut degré d'intensité, pouvaient être guéries par celte méthode , et à l'exclusion de toute autre. Les opinions offrirent seulement de la divergence sur le point de savoir si les évacuations sanguines, devaient ou non être employées concurremment, el sur celui de déterminer quels étaient les procédés hydrotliérapiques les plus convenables et les plus éfficaces en pareil cas.

Plusieurs hydropathes assurèrent que, sans saignées, et par la soustraction pure et simple de la chaleur animale au moyen de l'eau , ils avaient guéri complètement el avec promptitude , ces graves phlegmasies. D'autres, au contraire, ont mis en doute le principe de l'inutilité des saignées , dans les cas de pneumonies graves, où le danger de mort est imminent et où le traitement hydrothérapique n'offre pas de probabilités suffisantes pour prévenir une catastrophe imminente. Cependant ii fut décidé à l'unanimité que, quand même la prudence exigerait d'avoir recours simultanément, dan3 de certains cas, aux émissions sanguines, cela ne préjugeait rien contre les avantages et la sûreté de l'hydrothérapie.

Tous les hydropathes furent également d'accord sur l'action favorable des enveloppements dans le drap mouillé, tant comme moyen de sédalion du système circulatoire morbidement excité , que comme moyen d'amener les sueurs et de provoquer des crises salutaires.

Mais les avis, étaient partagés, quand au 'mode d'application de ce moyen si énergique. Ainsi , tandis que les uns ne voyant d'autre indication que celle de la soustraction du calorique el l'extinction, pour ainsi

dire, de l'incendie allume dans le sang, insistaient sur l'enveloppement général et souvent répété , dans le drap mouillé, aBn de soutirer le plus possible de calorique dans un temps donné, les autres soutenaient que cet effet sédatif des enveloppements devait être secondé par des bains de siège dérivatifs, de 10 à 12" lï., et qu'il fallait prolonger pendant des heures entières, jus qu'à ce que le frisson fut passé. L'on objecta à ces derniers: l."Que puisque la question même de savoir si les bains locaux agissaient , comme moyen dérivatif, sur la masse du sang restait encore indécise, à plus forte raison, pouvait on mettre en doute l'effet dérivatif d'un bain de siège plus ou moins froid dans le cours d'une pneumonie ; 2." Que , comme selon toutes les apparences , l'emploi du bain de siège occasionnait une congestion (courte il est vrai) vers la poitrine, il serait plus rationnel de chercher à obtenir cette action dérivalive, en agissant sur toute la surface du corps, au moyen d'enveloppements dans le drap mouillé, suivis d'ablutions et de frictions faites sur toute la surface cutanée avec de l'eau dégourdie.

Dans le congrès des médecins hydropathes de 4844 [nov. ) la question si importante de l'emploi de celte méthode dans les affections aiguës des poumons et des plèvres ne me parait pas avoir fait de notables progrès. Un seul des membres de celte réunion, M. le D. Von Mayer, a rapporté onze cas d'inflammation des poumons à diverses périodes, traités dans le cours de l'année précédente, par lui même et avec succès, bien que les malades se trouvassent dans la force de l'âge. Depuis neuf ans , ce médecin assure n'avoir pas fait tirer une goutte de sang dans le traitement des affections

aiguës. Un autre membre , le D. Parmi , a également cité un cas de guérison de pneumonie par les compresses rafraîchissantes , et Veau froide en boisson.

Il résulte donc de tous ces détails que la sédation et la transpiration assurent le succès du traitement hydrolhéra pique dans la pneumonie comme dans beaucoup d'autres maladies aigiies où ce moyen réussit. Le mode d'application que Priestnitz emploie me parait devoir mériter la préférence , par ce que ce procédé, celui de l'enveloppement dans le drap mouillé , soutient la tendance à la sueur en même temps qu'il produit la sédation désirée. Aussi. la conduite à tenir lors de l'apparition des sueurs, est un point important du traitement, et cependant nous avons vu qu'on s'en occupe à peine dans les observations précédentes. Les règles de conduite tracées par l'hydropathe Weiss me paraissent mériter le plus de confiance, d'un coté, par ce que c'est un homme qui a beaucoup vu, et de l'autre par ce que on en saisit facilement l'intention médicale. Celui-ci considère donc les premières sueurs dans la pneumonie, comme très importantes , et il veut qu'on les respecte si le malade éprouve un soulagement marqué après leur apparition. C'est ainsi qu'il a laissé transpirer pendant trente heures, sans changer les couvertures, une jeune fille de dix neuf ans, forte et robuste qu'il traitait d'une pneumonie, et chez qui l'apparition des sueurs était suivie d'une amélioration de plus en plus prononcée à mesure qu'elles duraient davantage. Ce ne fut qu'après ce laps de temps qu'il procéda aux ablutions avec de l'eau à 18° R. Si, au contraire, la chaleur est extrême, ainsi que la lièvre,

fit) LETTRES SUB L' Hï DBOT 11 ÉBÀPIE

on procède aux ablutions malgré les sueurs; mais toujours on cherche à les favoriser dès que l'élat fébrile diminue. Weiss conseille de pousser à ta transpiration pendant trois jours consécutifs, s'il le faut; enfin jusqu'à ce que le malade éprouve un mieux prononcé. On lui donnera pour toute nourriture une décocLion légère de gruau, et pour boisson de l'eau qui a séjourné quelque temps dans la chambre. Weiss veut que toute l'eau des compresses soit fortement exprimée, et qu'après les avoir appliquées très exactement, on ne les change que lors qu'elles sont tout-à-fait sèches. Il persiste jusqu'à parfaite guérison dans l'enveloppement avec le drap mouillé, où le malade doit rester selon son état, une, deux ou trois heures, et dans lequel il faut le laisser transpirer pendant ce temps, sans oublier de procéder aux ablutious subséquentes.

Ainsi donc, suivant Weiss, pendant les trois premiers jours de la maladie, après avoir fait des ablutions qui succèdent toujours aux sueurs, le malade sera bien couvert dans son lit, de manière à maintenir la moiteur de la peau, et si l'amélioration n'est pas prononcée, on l'enveloppera de nouveau dans le drap mouillé ou on le laissera transpirer.

Celte manière d'agir diffère notablement de celle du Docteur Weisskopf, qui ne cherche qu'à calmer la fièvre en opérant une forte soustraction de calorique, au moyen des compresses et des ablutions prolongées. Et comme, généralement parlant, les sueurs ne s'établissent que lorsque la sédalion a été éffectuée, l'entretien de la transpiration parait être réellement la meilleure méthode. C'est d'ailleurs celle de Priestoitz, qui l'emploie tout-àfait empiriquement.

LETTRES St lt L'HYDROTHERAPIE 117

Le traitement hydrothéra pique de la pneumonie, dans la première période de celle affection, consiste à opérer une sédation Énergique au moyen des draps mouilles et souvent renouvelas, puis à favoriser les sueurs, et à exercer sur toute la peau des frictions dérivatives avec de l'eau dégourdie. Il est possible, comme on le voit; de réduire à des principes scientifiques ce traitement en apparence si choquant ; mais que doit-on en conclure ? Je ne crois pas me laisser enlroiner par des idées préconçues en faveur de la médecine ordinaire en avançant que rien ne me parait moins satisfaisant. J'admets volontiers la possibilité de traiter ainsi avec succès une pneumonie franche, légère, et à sa première période, mais il y a loin de là à la prétention des hydropathes qui veulent en faire la seule bonne méthode de traitement. En admettant, ce qui n'est aucunement prouvé, qu'il existe des faits bien authentiques, bien avérés de guérison de la pneumonie par l'hydrothérapie, il est évident: 1.° Que ce traitement ne peut pas être appliqué à tout le monde; 2." qu'il ne convient qu'au début , qu'à la première période de la maladie.

Il ne pourrait convenir à tout le monde qu'autant que la sensibilité de la peau serait la même chez tous, du moins jusqu'au point de pouvoir baser là dessus le traitement. Or, l'on trouve journellement des individus dont la peau reste rebelle aux moyens les plus énergiques de l'hydrialrie; et n'est il pïjs évident que si ces personnes venaient à être atteintes de pneumonie, un traitement qui aurait pour base la réaction centrifuge vers la peau, devrait gravement compromettre la vie du malade?

148 LETTRES Cru [,'tlîDROTlIÉ R API E

L'hémophlhysie est une hémorrhagie, soit de !;i muqueuse aérienne, soit du tissu vésiculaire. Le sang qui provient des voies aériennes y des caractères particuliers, qui sont surtout très remarquables lorsque l'hémorrhagie est médiocrement intense : il est écumeux et d'un rouge vermeil , deux conditions qui paraissent dépendre de son mélange intime avec l'air atmosphérique. Si l'hémorrhagie est très abondante, le sang qui s'échappe est souvent pur et ne contient point d'air. Si elle est légère, et que le sang séjourne quelque temps dans les bronclies avant d'être expulsé, il prend quelquefois une couleur noirâtre. Ce phénomène a lien généralement pendant la période de décadence de la maladie.

Les avantages de l'eau froide appliquée, sur une partie du corps éloignée de celle où se fait l'hémorrhagie , ont été indiqués depuis longtemps par Currie et Giannïni. « J'ai arrêté des hémorrhagies pulmonaires , dit Currie, en plongeant les pieds dans de l'eau froide, et peut être arriverait-on encore plus sûrement à ce résultat, en appliquant le moyen réfrigérant aux parties génitales, où la sensation du froid serait plus vive, ces parties se dépouillant de leur calorique plus promptement qu'aucune ,autre. J'ai obtenu un effet encore plus puissant en plongeant le corps jusqu'au bassin dans de l'eau froide a. Voici comment Priestnilz soigne les hémop!ilhy9ies.

Enveloppement dans le drap mouillé depuis le col jusqu'aux genoux, et bien entouré de plusieurs couvertures de laine ; cet enveloppement se renouvelle six fois pendant une heure. Le malade est alors mis dans un bain partiel à 16" R. Là deux hommes frictionnent

LETTRES SUR L'ilïDROTIllïllAl'IK (49

partout le malade avec leurs mains mouillées dans l'eau du bain. Pendant le môme temps des abusions sont faites sur les épaules avec de l'eau à la même température. Peu à peu on renouvelle l'eau du bain qui ne doit jamais descendre au dessous de 12" et le malade y demeure tant que les douleurs de poitrine persistent. Quand elles ont cessé, le corps est bien essuyé et frotté , on enveloppe la poitrine et l'abdomen de fomentations excitantes et le malade fait une promenade au grand air. Cette médication se renouvelle deux, trois et mfime quatre fois par jour. Le traitement peut et doit être modifié suivant les circonstances et l'expérience pratique du médecin.

La phlhisie pulmonaire est-elle ou n'est-elle pas guérissable par l'hydrothérapie? Je n'ai jamais soigné de phlhisiques par cette méthode, mais je laisse parler le savant auteur du traité pratique d'hydrothérapie, page 500: <■ Des considérations de deux ordres se présentent ici: il est incontestable, en premier lieu, que la congestion pulmonaire joue un rôle considérable dans la production des phénomènes qui accompagnent les deux premières périodes de la pbthisie ; c'est à elles que sont dus le ramollissement des tubercules, l'inflammation circonscrite qui se développe autour de chacun de ces corps étrangers, la dyspnée, la fièvre, les hémophthystes ; c'est elle qui imprime à la phlhisie aigiie le caractère et la marche qui appartiennent à cette forme de la tuberculisalion pulmonaire. Prévenir ou combattre celte congestion, n'est-ce point obéir à l'une des indications les plus pressantes et les plus rationelles?

En second lieu, il est évident pour tout homme qui a observé avec soin et qui s'est rendu un compte

150 ' LETTRES SUR L'IIY'DROTIIÉIUPIE

exact des phénomènes , que la plus grande partie des phlhisiques succombent, non à la lésion locale, mais aux troubles généraux de la circulation , de la digestion, ■ et de la nutrition. La phlhisie chronique ne le démon- Ire-t'-elle pas péremptoirement? Ne voit on pas des individus portant de larges cavernes dans les deux poumons vivre pendant dix, vingt années? Les cas de guérison bien constatée n'appartiennent ils pas à des phlhisies chroniques, ayant laissé intactes les grandes fonctions générales de l'économie? M. Andral n'a-t'-il pas indiqué le rôle que jouent les altérations générales dans le développement et la marche de la tuberculisation , en disant :

« Dès le début de la tuberculisation pulmonaire, et alors que l'auscultation peut encore à peine en si- , gnaler l'existence , on trouve déjà les globules du sang peu abondants Ainsi la condition du sang qui coïncide avec le commencement de la phthisie pulmonaire, et qui vraisemblablement la précède , c'est cette condition générale que l'on retrouve dans tous les cas où, par une cause quelconque , les forces vitales ont perdu de leur énergie. Qu'est-il besoin de dire que ces résultats de l'analyse sont parfaitement d'accord avec l'observation clinique? Qui ne connail l'éliolement , la décoloration, l'affaiblissement que présentent la plupart des phlhisiques dès les premiers temps de leur maladie? Dans l'imminence de la tuberculisation pulmonaire, il y a des jeunes filles qui deviennent si débiles, si pâles, et qui en même temps, ont encore si peu des symptômes locaux, qu'il arrive qu'on se méprend parlois sur la nature de leur maladie, et qu'on les prend pour des chlorotiques ; réciproquement , il y a" des

LETTRES SU H L'ilVllROTlIÉRAPIE 151

chloroses qui , se compliquant de bronchite ou d'une simple toux nerveuse, ont pu jeter les observateurs les plus consommés dans une grande incertitude, et leur faire craindre un développement de tubercules.... la diminution de la quantité des globules du sang, dès les premiers temps de la phthisie , n'est pas la cause de la luberculisalion , mais elle est pour nous un signe certain que celte maladie prend naissance au milieu d'un notable affaiblissement de la constitution, et s'ajoutant à ceux fournis par l'observation clinique de tous les temps, ce signe vient encore nous éclairer dans le choix et la direction des méthodes thérapeutiques (1) ».

Si tout ce que nous venons de dire est exact, ne voit-on pas que l'hydrothérapie , par son action révulsive, tonique, reconslitutive , peut non seulement prévenir le développement des tubercules, mais encore être fort utile dans les cas de pblhisie confirmée, en combattant la congestion pulmonaire , en modifiant le sang, en maintenant l'intégrité des fonctions digeslives, en prévenant les sueurs, la diarrhée, la fièvre; en localisant la maladie, en un mot, et en donnant à l'économie la puissance nécessaire pour résister à la lésion du poumon et pour attendre la cicatrisation des cavernes, si celle ci doit l'opérer? En imprimant à la maladie la forme chronique, l'hydrothérapie n'augmente-t'-elle point d'ailleurs les chances de cette terminaison heureuse?

Le Docteur Schedel avait déjà entrevu la curabililé de la phthisie par la méthode hydrolhérapique, et il engageait vivement tous les médecins hydropathes à

tl] Aiiiuml, fc'jjaj d'kématabgkpalholoaiqui, p. 171-1 Tî. Paris, 1813.

458 "LETTRES SDK L'HYDROTHERAPIE

tenter la seule chance possible de guérison pour les infortunés frappés de celle terrible maladie. D'ailleurs, si jamais méthode fut rationnelle c'est dana les cas qui nous occupent, la méthode hydrialrique : en effet, le mouvement centrifuge développé par ce traitement est aussi énergique qu'incontestable, et le mouvement qu'il imprime aux fluides vers la surface est sensiblement augmenté par l'eau froide administrée à l'intérieur. Ne voit on pas d'ailleurs journellement , l'impunité avec la quelle beaucoup de personnes prennent des glaces immédiatement après des danses fatigantes et prolongées. Il est donc avéré et logique de penser, qu'il n'y aurait aucune crainte d'aggraver les souffrances d'un malade pbthisique, en le soumettant au traitement hydrothérapique, et la raison et la logique nous prouvent combien ce même traitement est rationnel et indiqué dans celte affection.

Les enveloppements dans le drap mouillé, suivis des ablutions avec frictions ; les douches générales, les bains généraux vers la fin du traitement seraient la base des opérations à suivre. Mais le médecin hydropalhe doit agir avec une prudence et une mesure excessive et ne laisser à aucun autre le soin de diriger la médication du malade. Les imprudences ou les exagérations si funestes dans tous les cas, le seraient peut être plus encore dans ceux-ci à cause de l'immense responsabilité qui pèse sur le médecin qui n'hésile pas à se charger du traitement d'une affection jusqu'à ce jour réputée incurable et que tout fait présumer Sire guérissable. Le traitement tonique général esl indiqué, et je ne crois pas qu'il y eut erreur à ne pas s'en tenir à la seule hydrothérapie: lorsque les voies digeslives seraient bien

rétablies, quand les sueurs auraient disparues, quand l'appétit el le sommeil seraient revenus , je ne verrais aucun inconvénient a ce que les malades se missent à l'usage de l'huile de foie de morue et n'achevassent leur guérison au moyen d'agents thérapeutiques dont l'emploi n'est nullement condamné par la méthode hydrothérapie que. Nous livrons ces réflexions au jugement des médecins intelligents qui n'ont en vue que l'intérêt de leurs clients.

La pleurésie, beaucoup moins sérieuse que la pneumonie doit être soignée hydropathiquement, comme nous avons indiqué plus haut en parlant des diverses congestions sanguines du poumon ou de ses annexes. Bien que depuis la découverte de l'auscultation et de la percussion il soit devenu difficile de confondre la pleurésie avec une maladie quelconque, si l'on applique rigoureusement ces procédés d'investigation, on prend cependant encore quelquefois pour une pleurésie la pleurodynie, la névralgie. intercostale, la bronchite, la pneumonie, la péricardite et l'hydrothorax.

La pleurodynie n'a de commun avec la pleurésie que la douleur, qui est cependant ordinairement plus étendue dans la première de ces affections, el la diminution du murmure vésiculaire produite dans la pleurodynie par la douleur qu'éprouve le malade à dilater complètement la poitrine ; mais aucun autre symptôme physique n'existant dans la pleurodynie, l'erreur ne peut être de longue durée.

De simples fomentations excitantes, suffisent le plus souvent pour faire disparaître la pleurodynie.

11 en est de même, et à plus forte raison, pour la névralgie intercostale. Aux fomentations excitantes, la

douche à poussière d'eau , la douche générale précédée du drap mouillé est souvent nécessaire dans certains cas de névralgie de cette nature.

La bronchite avec point de côté ne peut non plus en imposer pour une pleurésie, pour peu qu'on applique la main et l'oreille sur les parois du thorax- L'absence de vibration ihoracique, la matité ou le bruit de frottement, l'égophonie, etc. Ne se rencontrent point dans la bronchite. Nous avons vu précédemment le mode de traitement de cette affection.

Avec U pneumonie , la distinction peut quelquefois être plus difficile: ■ Mais, dit M. Grisolle, indépendamment des crachats rouiliés et de la crépitation fine et sèche, qui n'appartiennent qu'à la pneumonie, on pourra, en l'absence même de ces deux symptômes , distinguer ces deux affections l'une de l'autre en considérant que dans la pleurésie la fièvre, la prostration des forces, l'altération des traits ne sont pas toujours en rapport, comme pour la. pneumonie, avec l'étendue de la matité ».

La péricardite donne lieu également à plusieurs phénomènes qui appartiennent à la pleurésie. Cependant, un examen approfondi apprend bientôt que si la dyspnée et la douleur sont à peu près égales dans les deux maladies, la matité est bornée à la région du coeur dans la péricardite; qu'il n'y a ni affaiblissement du bruit respiratoire, au moins à une certaine distance du péricarde, ni absence des vibrations thoraciques; qu'il y a au contraire éloignement, souvent irrégularité des bruits du coeur, et assez souvent aussi des bruits anormaux coincidant avec les mouvements de cet organe. Nous noue occuperons plus tard du traitement de celle

affection modiâable seulement par l'hydrothérapie qui ne doit jamais être employée seule, mais bien concuremment avec d'autres agents thérapeutiques que nous désignerons.

Quant à Yhydrolhoracc, comme ce n'est qu'une des formes de l'un de ces épanchements hydropiques qui se font presque constamment dans plusieurs régions à la fois, il ne sera pas difficile de le distinguer d'une affection fébrile comme la pleuréBie, et de le rapporter à la maladie primitive dont il n'est que le symptôme. Nous avons vu plus haut le traitement en général des hydropisies soit locales, soit générales, nous ne reviendrons donc pas sur ce sujet.

Page 1