‹ Dissertations sur l'hydrotherapie appliquee aux maladies guerissables ou modifiables par ce traitementChapitre 18 sur 35 · LETTRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE SEIZIÈME

flcs maladies mentales - De. leur nature - Leur classification - Maladies des sens - Maladies de l'intelligence - Maladies du contr - Maladies de l'esprit - Hallucinations - Délire - Mélancolie - Désespoir - Manie religieuse - Manie ambitieuse - Manie vaniteuse - Manïe du meurtre - l'umm .icnnitirms - Elles peuvent naître de l'état vicieux de nos sens aussi bien que d'un vice de conformation cérébrale - Symétrie de notre organisation - Les maladies mentales peuvent plutôt se graduer que se distinguer - Idée fixe - Manie - Folie alternante - Délire - Diverses espèces de délire - Diversité des auteurs pour la classification de ces maladies - La cause morale est toujours la cause première et principale - La cause physique n'agit que comme déterminante - Importance des faits psychologiques dans la production de ces maladies - Influence, de l'idée sur la formation de la folie - Influence de l'instruction et de l'éducation - Besoins cl aspirations de l'âme - Confusion et disparate des iiirrs r/diis l'éducation de l'enfance - Conditions de In vie morale et rapports sociaux - Contradiction de la >■«' .wi'k.'c arec .'<■- étude* morales - Influeiir.r de la civilisation et des moeurs actuelles de la société sur le développement des maladies mentales - Erreur de ceux qui ne voient dans la folie qu'une lésion physique - Preuve de l'immortalité de l'âme - Inflwnce drs éirnernmts politiques ou atmosphériques suites esprits prédisposés aux affections mentales - Désordres de l'intelligence - Désordres de la sensibilité - Désordres de la motilité - Désordres de la vie organique - Conditions et connaisances nécessaires au médecin aliéniste - Traitement des diverses affections m'iitiili--:-. p,tr Sri moi/cm hiidruthr-ap^pici - Supériorité incontestable de ce traitement - Traitement moral - Influence de la vie de famille sur les aliénés - Du travail - Des moyens de correction.

« L'élude des aberrations de l'esprit est , sans contredit, un des chapitres les plus intéressants de l'histoire de l'homme, list-il, en effet, un accident plus

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terrible que la perte de la raison? Par quelles influences celte intelligence, souvent si brillante, s'obscurcitelle tout-à-coup? Jusqu'à quel point l'organisation, le monde extérieur et intérieur, la civilisation, contribuent ils à favoriser le développement de la folie? quelle est la prédominance des causes morales sur les causes physiques , des idées sur les faits ? Peut-on remonter à l'origine de celle affligeante maladie? Est-il au pouvoir du médecin de dissiper les ténèbres qui obscurcissent la raison? Et s'il obtient ce résultat, par quels moyens y parvient-il ?

n Cette «"numération rapide montre assez l'intérêt de ce sujet qui toucbe aux questions les plus élevées et les plus délicates de la psychologie, de l'histoire, de la morale et de la médecine u (Fabre, ouv. cité, tome 9, page 330).

La classification des maladies mentales, fondée sur un ensemble du symptômes qui n'ont rien de constant, qui se transforment assez souvent les uns dans les autres , et qui ne sont pas toujours nettement dessinés, est loin d'être satisfaisante.

Par l'organe qui la perçoit, dit Raspail dans son histoire naturelle de la santé et de la maladie, tome 2, page 351, toute souffrance est, à proprement parler, morale; car la souffrance, en générai, est la conscience simultanée de nos besoins et de nos privations, de notre aptitude et de notre impuissance, de ce qu'il nous faut el de ce qui nous manque, soil que ce qui nous manque nous ait été refusé par la nature , on qu'il nous soit ravi par accident: dans le second cas, la souffrance est physique ; dans le premier, elle est morale: la différence n'est que dans le point de départ; les

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conséquences nosologiques en sont définitivement les mômes; car, dès que l'âme souffre, qu'elle s'enveloppe dans sa douleur, pour ne plus élaborer que ses angoisses , toutes les fonctions se troublent, et faute de l'influence qui en animait le jeu , et par l'absence de la sensibilité, qui se concentre en elle même et cesse de faire irradier la vie par les canaux nerveux. Une idée peut donc tuer par une sorte d'asphyxie nerveuse , comme un coup de poignard par la plus large solution de continuité.

11 y a deux sortes de maladies mentales , ayant également pour cause la conscience d'un défaut d'équilibre entre notre aptitude et nos moyens : les maladies des sens et celles de l'intelligence; les maladies du coeur et celles de l'esprit; les souffrances et les hallucinations.

Les premières proviennent de la conscience de notre aptitude et de notre impuissance, et impliquent nécessairement un état de souffrance, sans apparence de lésions externes et organiques provenant d'un défaut d'organisation ou de circonstances. Oh 1 que l'on souffre ici-bas, quand on conçoit ce qu'on ne peut atteindre, quand on a un cadre qu'on ne saurait remplir, une idée qu'on ne peut communiquer ou faire partager , une sympathie qu'accueille l'ingratitude ! C'est un terrible cauchemar que ce cauchemar les yeux ouverts 1

Avoir la conscience intime et mystérieuse de l'être qui seul, entre tous, nous parait en état de nous comprendre, de nous aimer, de combiner son âme avec la nôtre, sa substance avec cotre substance, et cependant se sentir dans l'impuissance de l'approcher ou de l'attirer, c'est une faim, c'est une soif qui lue comme l'autre: de là, délire, manie, mélancolie, onanisme, désespoir et consomption.

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Sentir un ardent besoin d'aimer et se trouver dans l'impuissance de réaliser son amour sur la terre, ce qui fait que notre âme se reporte au delà de la tombe , ayant la prescience que la métempsycose, cette résurrection de la vitalité, que nous appelons les deux dans le langage ordinaire, nous replacera dans des circonstances plus complètes; et ce qui est complet, c'est le bonheur: de là, manie religieuse.

Avoir le sentiment de ce qu'on peut pour l'amélioration et la puissance de l'espèce humaine ou de la cité, d'un côté, et de l'impuissance où dous placent les circonstances, de réaliser ce beau rôve, de l'autre: de là, manie ambitieuse.

Avoir le sentiment et de ce que l'on croit propre à nous élever au dessus des autres, afin de faire plus que les autres pour le bien de tous, et de l'impuissance où nous placent nos organes pour remplir cette mission avortée; grande idée qui se résout en vains efforts, et finit par ne s'appliquer qu'à de petites choses, qu'à des futilités: manie vaniteuse.

Lorsque les organes sont arrivés à ce point d'impuissance, que le besoin d'aimer et d'être utile ne peut que se concentrer en soi, pour se réaliser au moins en partie: c'est la manie égoïste. L'égoïsme, c'est l'amour de la vie, moins le sentiment de la réciprocité; c'est le souvenir de ses droits, moins la conviction de ses devoirs; c'est croître sans trop se soucier de multiplier.

L'ambition impuissante qui cherche à obtenir par la force ce qu'elle ne peut par l'ascendant ou la persuasion, et qui renverse ou tend à renverser violemment comme obstacle iout ce qui ne veut pas se soumettre et obéir, constitue la manie cruelle, la manie du meur-

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tre. Il y a des homicides qui ne sont pas l'effet d'une maladie, mais de l'anomalie des positions et d'une inévitable fatalité. Condamnez à vivre ensemble, et attachés à la même chaîne, deux êtres qui s'abhorrent: le plus fort ou le plus adroit des deux tuera l'autre, s'il n'y a pas d'autre moyen pour lui de s'en séparer.

Il est certaines maladies mentales qui proviennent d'un vice de raisonnement et d'une fausse appréciation des choses de ce monde. Ces sortes de maladies , qui supposent un défaut de symétrie et d'équilibre entre le centre des sensations et les organes qui nous transmettent nos impressions, émanent, soit de l'état vicieux de nos sens, soit du vice même de la conformation cérébrale. Supposez que nos sens nous transmettent des impressions contradictoires, que le toucher démente le témoignage de la vue, ou la vue le témoignage du toucher, l'esprit le mieux fait nous dira alors des folies et déraisonnera réellement. D'un autre côté, toute notre organisation porte l'empreinte d'une admirable symétrie ; tout est double chez nous, comme si chacune de nos opérations était soumise a un contrôle et à une pondération réciproque. Dès que la symétrie manque ou que l'équilibre se perd, tout est faux en nous, pensée comme mouvement, jugement comme action, impression comme volonté.

Supposez que l'une des deux moitiés de l'organe cérébral soit en défaut, l'autre étant saine, nos idées sans contrôle, resteront à l'élat de doute, et nos jugements Bans fixité n'engendreront que des volontés bizarres. Dans la première hypothèse, nous ne verrons rien comme le3 autres; dans le second cas nous ne voudrons rien comme les autres; nous parlerons et nous

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agirons avec folie. Que vous semblerait d'un homme qui, jouissant de toute la plénitude de sa raison, aurait perdu l'usage des sens et ne serait plus en communication complète avec le monde extérieur, sans l'usage de la parole? Pauvre sage qui ne mériterait plus que le titre de fou. Malheureux mortels, notre vie est une fièvre intermittente ou ataxique de folies pseudologiques; chaque soir le sommeil nous constitue dans un accès de ce genre ; sans compter ceux que de temps à autre notre folle société nous impose. Les maladies mentales, dans ce monde, ne peuvent que se graduer et non se distinguer.

Lorsqu'un seul de nos organes élaborateurs de la pensée continue à opérer intégralement, et que de tous les autres aucun ne le seconde, la volonté ne s'attache qu'à une seule idée, car la volonté n'exécute que ce qui est clair : c'est l'idée fixe.

La manie est le contraire de l'idée fixe ; dans la manie un seul organe est incomplet, quand tous les autres opèrent dans la plénitude de leur puissance et de leur faculté de se contrôler ; c'est une idée fixe Rattachant a de petites choses, dès que la raison n'est pas absorbée par de plus sérieuses.

La folie alternante est une succession à espaces assez égaux, de délire et de raison, provenant de l'épuisement trop rapide de l'une ou de plusieurs de nos facultés, qui interrompt notre état de veille par des éclairs de délire fiévreux.

La folie délirante est cette maladie , dans laquelle tous les contrôles de la pensée sont supprimés sans retour, et où tout équilibre est perdu entre les sens et les idées. Le délire, est un rêve continuel; il prend les ca-

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raclères divers des passions dont l'organe dan? ces cas est le plus en souffrance et éprouve le plus de privalions; d'où vient le délire erotique ou fanatique, ridicule et jovial, ou sérieux et grave, ambitieux ou furieux-, haineux ou vindicatif, pieux ou impie, égoïste cl avare, prodigue et dissipateur, timide ou téméraire, oisif et idiot, entreprenant et infatigable ; tout autant de variétés du manque d'équilibre et de contrôle dans le jeu des fonctions de l'esprit et du coeur, qui peuvent émaner toutes d'une cause de même nom agissant sur divers organes , et prendre des formes aussi innombrables, que peuvent l'être les rapports de dimension d'une même lésion.

Nous ne chercherons pas à retracer ici les diverses classifications des maladies mentales, qui ont été faites par Gall, Spurzheim, Parcbappe , Prichard, Guislain , et nous renvoyons nos lecteurs au bel ouvrage d'Esc] uirol , et au mémoire de M. Brierre de Boismont, sur ^interdiction des aliénés, pour connailre tout ce qui a été dit de plus positif et de plus sérieux sur ce sujet si intéressant. Toutefois sans méconnailre toute l'influence que les causes physiques peuvent exercer sur le développement de cette déplorable maladie, nous n'hésitons pas, malgrès la contradiction apparente qui existe entre notre opinion et las diverses statistiques, d'attribuer lu majeure partie des maladies mentales à des causes toutes morales. Que des faits physiques, une lésion , une chute, une maladie, le climat, la saison , la profession , une funeste habitude agissent comme cause déterminante, c'est possible, c'est probable; mais derrière la cause physique , le médecin observateur rencontrera toujours la cause morale, et c'est ce qui rend la gué-

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rison de ces affections si difficile, c'est ce qui explique la raison des guérisons remarquables qui ont été obtenues dans ces maladies, depuis que dans les divers établissements d'aliénés, on a plus traité les malades par le raisonnement, le travail et les distractions que par les remèdes des pharmaciens.

'On ne nous adressera point le reproche, dit Monsieur Brierre dans un travail inédit, d'avoir amoindri les influences physiques. Médecin, physiologiste, observateur, nous savons la part puissante de l'organisme, nous l'avons faite large; mais l'homme n'est pas plus l'organisme seul, que la lésion anatomique n'est la maladie. Des phénomènes d'un ordre plus élevé, les faits psychologiques jouent un rôle tout autrement important dans la production des affections mentales. Aussi, pour bien saisir le mécanisme des aberrations intellectuelles, pensons nous qu'il faut étudier l'homme dans sa nature, sa destinée, les conditions de sa vie morale, el ses rapports sociaux.

En nous plaçant à ce point de vue, nous sommes persuadé que nous donnons à l'étude des maladies mentales les proportions qui lui conviennent. Il y a dans cette manière d'envisager les faits un caractère de vérité pratique qui doit plaire aux esprits philosophiques. Nous avions déjà tenté autrefois un essai de ce genre dans notre Mémoire sur la civilisation; mais manquant alors île matériaux scientifique, d'observations qui nous fussent propres, nous ne fîmes que poser quelques jalons. Aujourd'hui nos connaissances sont plus précises, nos vues plus arrêtées, nos convictions, par cela même, plus profondes, nous n'hésilons donc pas à marcher résolument dans cette voie, et à proclamer la prédominance

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des causes morales sur les causes physiques, ou en d'autres termes, l'influence toute puissante de l'idée sur la formation de la folie.

Séduits par les doctrines matérialistes , quelques esprits se sont opiniatrés à voir dans les altérations grossières de la forme, souvent contestées et d'ailleurs secondaires, la cause de la folie, tandis que le simple bon sens montrait qu'il fallait la chercher dans l'aliment intellectuel du cerveau, dans la nature des idées.

Professant ces mêmes principes, Mably, Condillac , Helveliu s, Thomas Payne, avaient écrit que les faits influaient sur les idées. Nous croyons être l'expression de la vérité en affirmant que les idées influent sur les faits dont ceux-ci ne sont que les manifestations sensibles.

Mais si l'idée est la condition indispensable, l'élément de toute opération intellectuelle, il faut qu'elle soit vraie, que sa source soit pure: fausse ou empoisonnée, elle ne peut produire que le plus grand désordre dans l'ordre moral.

Dès le premier coup d'oeil jeté sur cet immense sujet, on est frappé de la fausseté des notions, de la confusion des idées, qui fait naiLre dans l'esprit de l'homme les différences d'opinions des organisions et des spiritualisles. Sans vouloir intervenir dans ce débat, qui demanderait un autre lieu, nous croyons devoir déclarer que prétendre qu'il ne faut tenir compte que des organes et des fonctions, c'est bàlir sur le sable, se mettre en opposition avec les plus beaux génies anciens et modernes , c'est aller contre ses propres inspirations. Non, la pensée n'est pas le produit d'une sécrétion cérébrale, son origine est divine, et dès qu'elle n'est plus retenue par les liens de la terre, elle s'élance vers l'immensité,

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car elle sent qu'elle vient de Dieu et qu'elle doit retoarner près de lui. A quoi donc serviraient tous ces sentiments généreux que nous portons dans notre coeur, l'amour de l'humanité, le désintéressement, le dévouement, le sacrifice de nos plus chers intérêts, si la matière seule existait, si tout finissait avec nous? La perfectibilité de notre espèce est fondée sur cette croyance sublime: l'immortalité de l'amb.

Mais l'ame, limitée dans le temps, a besoin d'être en communication avec le monde qu'elle habite ; c'est l'office des sens de lui apporter d'innombrables notions. Sont-elles défectueuses, les idées se faussent, les erreurs surgissent, le mal moral se développe et se grave par les maximes, les exemples, les apologies. Voyez ce qui arrive chez l'enfant. On veut qu'il soit religieuse! moral, on lui jette à la hâte, et à de courts intervalles, quelques instructions que personne ne pratique, pas même la famille, et qu'on ahandonne ensuite pour toujours. C'est un programme officiel qu'on remplit, mais auquel le coeur n'a' aucune part. Ainsi se trouve déposé le premier germe du doute qui ne cessera plus de croître. Comment, en effet , ne serait-il pas frappé de la fausseté du rôle, par lequel il débute dans la comédie hypocrite de la vie qui lui présentera, presque toujours, les préceptes en désaccord avec les actions. L'instruction lui fournit son contingent d'idées fausses; elle lui vanle, outre mesure, les vertus des grecs et des romains, qu'il devra bien se garder de mettre ea pratique , sous peine d'encourir toute la sévérité des lois ; mais elle ne l'entretient jamais de ses devoirs de chrétien, d'époux, de père, de fils, de citoyen. Les livres qu'il a lus pendant des années lui avaient exalté

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lettres sur l'hydrothérapie 319 le désintéressement des grands hommes de l'antiquité, recommandé la modération en tout. A peine a-l'-il franchi le seuil du collège, qu'il voit passer devant lui des multitudes d'hommes qui courent après la fortune, les honneurs, les plaisirs, prenant à peine le temps de faire une balte dans la boue. Les exemples les plus pernicieux lui sont donnés au dehors et jusque dans son propre foyer. On rit de ses discours, on persiffle ses exemples; autres temps, autres moeurs, lui crie-t'-on. Toutes ses notions sont ébranlées, confuses, son éducation est à refaire. L'incertitude , le doule , le scepticisme s'emparent de plus en plus de son esprit , et avec eux grandît le mal moral, qui, plus tard, se révélera, suivant les circonstances, par des fautes, des crimes , b maladie , le suicide et la folie.

Un penseur profoud a dit que chez nous l'enfant subit dix éducations contradictoires, celle du de viris et du citoyen Scipion, qui combat celle du père, en général mondain et Voltaîricn , et celle de la mère, femme à la mode , sans compter celle du catéchisme et l'influence des jeunes amis. Nous ne parlons ici ni de l'éducation des feuilletons épicuriens, ni du théâtre, ni du vaudeville, ni du roman, ni peut-être des prédications des apôtres. du temps. Imaginez quelle doit être la confusion de ces teintes et demi-teintes entassées par couches transparentes dans la -même intelligence, et de quelle misère, de quelle anarchie, de quel néant elle doit être frappée sous ces incohérentes notions panthéistes, mystiques, matérialistes, catholiques, protestantes, démocratiques, aristocratiques , chevaleresques, poétiques, positives, astrales, géométrales, machiavéliques, rhétoriques et romanesques. Si les maisons de fous ne se

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peuplent pas démesurément, je liens le fail pour honorable à la nation ( Philarète Chasles, Revue des Deux Mondes, i." Août 1848).

Ainsi voilà l'enfant livré aux idées les plus confuses et les plus disparates; homme, ses perplexités ne font qu'augmenter. On lui avai.t appris que la conscience, l'équité, la justice devraient être les règles de sa conduite; dès ses premières démarches, il acquiert ia conviction que la vertu et le mérite ne sont d'aucune utilité pour la fortune, qu'ils ne servent qu'après le succès. Tous ceux qui l'entourent ne sont parvenus qu'à force de sollicitations, d'intrigue, d'abnégation, et après s'être choisi quelque protecteur puissant. Il est forcé de s'avouer qu'un service présent est le prix d'un service futur, et qu'en général on n'accorde qu'à ceux qui donnent, effrayent ou fatiguent. Etonnez vous donc de l'absence du sens moral, lorsque vous forcez des hommes à mettre de côté tout sentiment de dignité personnelle , à mendier vos suffrages , à ramper devant vous et à faire plusieurs fois antichambre pour la plus mince place due à leurs travaux, à leur talent.

Ce magnifique dogme de l'immortalité de l'âme, qui entraîne avec lui l'idée d'une autre vie, celle de récompense et de punition, qu'eat-il maintenant dans l'état actuel des esprits? Un épouvantai!; on n'a pas le Lemps d'y songer, car la multiplicité des affaires, le désir de jouissances matérielles, la nécessite de se les procurer emportent la vie dans un tel tourbillon , que ces souvenirs importuns ne se réveillent que de loin en loin et disparaissent comme des éclaira. Mais on a beau dire; Dieu ne se mêle pas des actions humaines, on sent que la conduite est en désaccord complet avec

lettres s un r.' hydrothérapie 22t les préceptes. A mesure que l'adversité, tes déceptions, lea souffrances nous arrivent, et elles n'épargnent personne, cette lutte intérieure prend plus de force, et elle est la source de chocs, d'ébranlements, de doutes qui affaiblissent l'esprit et te préparent pour tes catastrophes. Comment, en effet, ne pas éprouver des frémissements dans tout son être, quand on se pose ce terrible dilemme: cela peut être faux, mais aussi cela peut être vrai ; si cela est vrai !

La manière dont s'accomplissent les conditions de la vie morale et les rapports sociaux ne sont-ils pas également pour l'homme des sujets continuels de perturbation, te point de départ de doutes de toute espèce? 11 faut être vertueux, juste, bon, équitable, lui enseigne la morale, et sauf quelques exceptions, il voit toutes ces qualités méconnues, foulées aux pieds. Des liaisons illégitimes existent partout autour de lui. Chaque année des milliers d'êtres sans nom, des procès scandaleux, des crimes atroces, d'autres, beaucoup plus nombreux, ensevelis dans tes ténèbres, lui prouvent que la vertu n'est pas, sans doute, un vain nom, mais que sa pratique est loin d'être générale. Cherchera-t-il à remonter à la source de fortunes qui l'étonnent, il s'arrête éperdu au milieu d'actes entachés de dol, de fraude et de ruse, de testaments obtenus par la prostitution , le mensonge et la calomnie.

Aimez voire prochain comme vous même, lui dit l'écriture, et dès qu'il est mêlé aux hommes, qu'il prête l'oreille à leurs discours, il entend murmurer sourdement des paroles de haine, il surprend des regards farouches. Ce sont des amours propres, des vanités blessées, pour lesquels te pardon des injures est

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un mot vide de sens. Enfin lorsque, jetant un regard rétrospectif sur lui même, il examine son for intérieur, il a la douleur de reconnaître que rien ne lui est arrivé à temps, qu'il a dévoré des humiliations et des déceptions sans nombre, et qu'il a presque toujours été en opposition avec ses devoirs et ses intérêts. Aussi que fait-il? 11 s'isole des hommes, se cantonne dans sa famille, c'est-à-dire, dans un égolsme étroit, mesquin et desséchant, d'où ses semblables et la patrie ne sauraient le faire sortir.

Nous n'avons soulevé qu'un coin du voile, examinons maintenant l'élat de la société, et voyons si l'anarchie intellectuelle, la confusion des doctrines, le renversement des principes anciens, la prédication d'utopies qui sapent Dieu, la famille et la propriété, ne sont pas de nature à augmenter les incertitudes, les doutes, les idées fausses qui assiègent, troublent tes âmes.

Certes, les règles éternelles de la vérité et de ta justice existent toujours , mais pour beaucoup elles sont cachées derrière la nuée du désert. Les rapports de la créature au Créateur sont méconnus, il semblerait quai se fait un retour vers le vieux monde; les dieux naissent sous nos pas. La pratique nous avait appris que tout était incomplet sur la terre, la théorie nous dit que tout est divin dans la nature de l'homme. Aussi l'orgueil n'a-l-il plus de bornes. Partout ce sont des religionnaires de l'humanité divinisée, se proclamant des dieux, parfaits, complets, fractions intégrantes de l'absolu, dont l'origine céleste se perfectionne éternellement dans ses métamorphoses. Entrâmes par ces doctrines panthéistes et spinosisteB, les hommes raisonnent ainsi: puisque je suis Dieu, tout est à moi; puisque je suis

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libre, tout m'est permis , et ils agissent en conséquence. L'âme ne soupire plus après les félicités de l'avenir, elle les cherche dans la satisfaction des sens et le bonheur matériel devient l'objet de la poursuite générale.

Nourris de pareils principes, comment les malheureux accepteraient ils le dogme de la résignation enseigné par l'évangile? Au milieu de leurs tandis et de leurs misères, les rhéteurs n'ont cessé de prêcher l'épicurisme le plus dissolu. Théâtres , romans , journaux les ont entretenus des ineffables beautés que la richesse contient, des jouissances qu'elle donne à ses élus, et des voluptés comme de la souveraineté humaine. C'était crier à des affamés : vive la joie ! Aussi quelle éruption d'épicuréismes effrénés, de haines ardentes.de vanités sauvages, réclamant l'égalité des orgies, la souveraineté et la volupté.

Le développement exagéré des professions libérales qui oqus donnent plus de médecins que de malades, plus d'avocats que de procès, plus de commis que de places, plus de feuilletonistes que de lecteurs, plus de peintres que de portraits, plus de musiciens que d'instruments, en accroissant une centralisation déjà excessive, ne pouvaient qu'enfiévrer les âmes, aigrir les esprits, créer des populations de mécontents et dépraver les intelligences.

Faut il donc s'étonner qu'avec un tel état de choses, la source des idées soit profondément empoisonnée , et n'est il pas tout simple que les folies et les fureurs du temps présent découlent des doctrines actuelles? Il y a bien moins de mal dans les faits et bien plus dans les idées qu'on ne l'imagine. Les faits se guériraient tous seuls si l'on guérissait les esprits.

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Le mal moral se perpétuera tant que continueront d'exister la folie do spinosisme politique, du panthéisme appliqué à la chose publique, les espérances insensées, la manie de se préférer à tout, de ne se résigner à rien, d'effacer ce qui fait obstacle, et qu'il y aura autant de chefs que d'individus.

L'auteur de l'Histoire des Hallucinations avait raison de dire que l'homme vit au milieu d'une atmosphère d'idées fausses qui l'entourent comme ces atôraes insaisissables qu'on voit tombillonner dans chaque rayon de lumière. Apportées par l'éducation publique et privée, par les institutions sociales et par d'autres milieux; ambiants , elles sont les véritables éléments générateurs de la folie. Au reste , celte esquisse rapide n'est point une idée spéculative. Toutes les fois, en effet, que nous avons pu descendre au fond d'une question de folie, nous y avons presque toujours trouvé un penchant vicié, une passion déréglée; en un mot, une mauvaise direction des idées et des sentiments (Cerise, des fonctions et des maladies nerveuses, Paris, 1842). Noos sommes les premiers à reconnaître que la satisfaction des penchants et des passions est légitime, mais elle doit être réglée, et il ne faut point perdre de vue la lutte qui existe entre ces deux mobiles des actions humaines et des facultés; la suprématie de l'esprit repose sur cet antagonisme.

La souffrance morale, voilà donc, en dernière analyse , le cri suprême de l'humanité. Dans celte immense mêlée de la vie, tous souffrent, mais ceux là surtout que la nature a donés d'une organisation nerveuse, d'une susceptibilité extrême. Lorsque la douleur est parvenne à son dernier période, qu'elle n'a plus de

LETTRES suh l'hïdhothkrapik 3Î5 relâche, qu'elle dépasse les forces, la folie est la terminaison fatale.

Que de faits on pourrait citer, en faveur de cette action toute puissante des souffrances morales dans la production de la folie ! Ne soyons donc pas 'surpris de voir celle-ci se manifester de préférence là où les passions ne cessent de fermenter, là ou l'ambition est démesurée, le désir des richesses effréné, l'amour du bien être matériel le but suprême, les préceptes religieux et moraux oubliés, l'individualisme et le scepticisme tout puissants, là, en un mot, où les idées et les sentiments sont sans cesse faussés, c'est-à-dire, dans nos grands centres de civilisation.

Les adversaires de celle doctrine ont présenté des chiffres à l'aide desquels ils voulaient combattre Pinel, Esquirol , Georget , Guislain , Foville et Brierre de Boismont; tous les calculs du monde, ont dit les auteurs du Compendium, ne détruiront pas un fait d'observation, c'est que le cerveau étant le centre auquel viennent aboutir, se rendre toutes les impressions du dehors, duquel partent toutes les impressions du dedans, l'organe qui est constamment en action, qui ne cesse d'enfanter, de produire, d'éprouver des cbocs, des émotions innombrables, il est tout simple que les causes morales l'emportent, en fréquence surtout, dans les pays où cet organe est le plus exercé.

Quelles preuves plus fortes, en faveur de la prédominance des causes morales sur les causes physiques, que ces folies nombreuses qui portent la cachet de chaque événement, de chaque siècle, de chaque pays? M. Brierre de Boismont appela l'attention sur ce fait dans la Gazette médicale, après la révolution de 1830,

LtlTHKS si.'li L'UVUKOTHÉBiPlE

et dernièrement dans ['Union médicale du 22 Juillet 1848 et Février 1849, après la révolution de Février et les barricades de Juin. Pas de découvertes, pas de changement politique qui n'engendre des aliénations. L'histoire pourrait presque se lire dans la peinture des désordres de l'esprit. A l'époque de la révolution française en 1789, les familles nobles remplirent les maisons de santé, comme dans la révolution de 1638 en Angleterre, les nouveaux nobles devinrent en grand nombre aliénés. Partout se retrouve cette influence : pendant sa visite à la maison d 'A versa , dans lé royaume de Naples, le docteur Vulpes fit observer à M. Brierre de Boismont, que les révolutions qui ont tourmenté ce pays ont chacune produit une série de fous. Après la chute de la Pologne , plusieurs de ces malheureux exilés devinrent aliénés. Depuis 1 81 S on a remarqué une suite d'aliénations dont les caractères retraceraient fidèlement les désastres de l'empire, la révolution de Juillet, l'apparition du choléra, les journées des 5 et 6 Juin, toutes les phases de la révolution de 1848, des journées de Juin, du 2 Décembre, et enfin de la comète fantastique qui devait anéantir la terre dans la journée du 13 Juin 1857.

La nature de notre ouvrage ne nous permettant pas de trop nous appesantir sur un seul sujet, nous nous contenterons de signaler que tous les symptômes de la folie doivent se ranger sous quatre grands chefs : 4." Désordres de l'intelligence ; 2." Désordres de la sensibilité; 3." Désordres de la motitité; 4.° Désordres de la vie organique. I! serait trop long de détailler ici chacun de ces symptômes en particulier, nous laissons ce soin aux ouvrages spéciaux, et nous passerons immédiate-

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ment au traitement dans ses rapports avec l'hydrothérapie.

Guérir, voila le but vers lequel doivent tendre tous nos efforts. Il est sans doute glorieux de pifoélrer les mystères de l'organisme, de découvrir les lois de l'économie, d'arracher au cerveau ses secrets; mais ces conquêtes, toutes brillantes qu'elles sont, ne valent pas la satisfaction d'avoir sauvé la vie a un de ses semblables ou de lui avoir rendu la raison. La folie, compagne inséparable de la civilisation, croissant avec elle, se multipliant à mesure que les vices, les passions, les idées nouvelles, germent, se développent, bouillonent dans la tête de l'homme ; la folie n'est point du domaine de tous. Elle veut, pour être comprise, un médecin psychologiste et moraliste , dont le3 connaissances soient aussi étendues en pathologie qu'en hygiène. Comment, en effet, combattre les maladies incidentes, appliquer les médicaments convenables, si l'on n'a pas étudié la pathologie ailleurs que dans les hospices d'aliénés? Comment diriger le traitement moral, si l'on n'a fait un examen approfondi des passions qui agitent et tourmentent la vie? Mais eût-il toutes ces qualités, le médecin ne serait pas encore capable de traiter les fous , s'il n'avait longtemps habité les hôpitaux et les établissements qui sont consacrés à ces malades, s'il ne vivait avec eux en famille. Ces principes que M. Brierrs a établis dans son mémoire sur un projet d'établissement d'aliénés servent d'introduction naturelle au traitement de celte grave maladie. Lorsqu'on parcourt les ouvrages des auteurs qui ont écrit sur la cure de la folie , on est surpris de la confusion des moyens mis en usage. Ils y sont entassé» pêle-mêle, sans méthode. La distinction

LETTRES SliR HÏDROTHÉRAPIE

du traitement physique et moral est sans doute établie , mais les époques ne sont pas nettement tracées; ou bien , si une méthode est préconisée, elle l'est aus dépens de toutes les autres. Une appréciation plus rigoureuse était donc nécessaire, voici les règles que cet auteur a établies :

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