Les moyens prophylactiques' après la guérison
7. " Le traitement préventif et modificateur dans le cas de disposition héréditaire.
L'isolement est une mesure dont l'utilité est trop généralement comprise pour que nous en fassions sentir la nécessité. On peut consulter à ce sujet l'excellent ouvrage d'Esquiros (lies maladies mentales, t, II, p. 742). il ne faut pas croire cependant que l'isolement soit toujours commandé. Lorsque le délire est léger, lorsque le monamane ou l'halluciné remplit exactement ses devoirs, et que l'idée fixe ne peut avoir d'inconvénients il serait sans utilité et même nuisible de recommander la séquestration, à moins que le malade ne le voulut lui même; car on pourrait craindre que le séjour au milieu des fous n'aggravât une affection peu avancée. Nous renvoyons aux auteurs spéciaux pour toutes les considérations qui appuyent cette opinion et la modifient suivant les circonstances.
On traitait la folie avec des saignées aux bras ou aux pieds, des sangsues, des ventouses, etc., lorsque
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M. Brierre lut à l'Académie de Médecine de Paris , en Décembre 18i6, un mémoire sur l'emploi des bains prolongés et des irrigations continues dans le traitement des formes aiguës de la folie et en particulier de la manie. Ce mémoire, qui a été imprimé dans le t. XIII des mémoires de ce corps savant, se résume par les conclusions suivantes:
1.° Toutes les formes aiguës de la folie et de la manie en particulier peuvent être guéries dans un espace de temps compris entre une et deux semaines.
g. 0 Le traitement à employer pour obtenir ce résultat consiste dans les bains prolongés et les irrigations continues.
3.° La durée des bains doit être, en général, de dix à douze heures; elle peut èlre prolongée quinze el dix-huit heures.
A." Les irrigations qu'on associe aux bains, doivent être continuées pendant toute leur durée ; on peut les suspendre quand le malade est tranquille.
5. ° Lorsque les malades ont pris huit ou dix bains sans amélioration marquée, ou qu'ils maigrissent rapidement dès les premiers bains, el que leurs traits s'allèrent, il faut les cesser, on pourra plus lard les reprendre.
6. ° Les bains doivent être donnés à la température de 28° à 30° centigrades et les irrigations à 15.
7. " De toutes les formes de la folie, celle qui cède le moins à l'action des bains prolongés el des irrigations est la manie aiguë ; viennent ensuite le délire aigu simple, le délire aigu simple, le délire des ivrognes, la manie puerpérale et les monomanies tristes avec symptômes aigus ; mais dans plusieurs de ces for-
ÏSO LKTTBEJS SIUl l.'HVDROTHÉnAPIK
mes, les guérisons ne sonl ni aussi rapides, ni aussi constantes que dans la manie aiguë.
8. " La période de convalescence doit àlre surveillée avec soin, parceque les rechûtes ne sont pas rares, lorsque les individus sonl trop brusquement exposés à l'influence des causes qui ont amené la maladie,
9. " La manie ancienne ou aiguë, la manie chronique avec agitation , ont été améliorées, mais non point guéries.
10. ° D'après tes faits contenus dans le mémoire, on peut affirmer que tes guérisons des formes aigUes de la manie, sont plus nombreuses et plus promptes par les bains prolongés et les irrigations que celles obtenues par les autres méthodes.
. 11° L'emploi des bains prolongés n'est pas nouveau dans la science; mais jusqu'à présent, celte méthode, dune application facile, et qui peut être essayée partout, n'avait poiol élé formulée dans le cas de l'espèce (Voir le mémoire de Léopold Turck sur la nature de la folie et sur le traitement à lui opposer, Paris el Plombières, 1845 ; et le Rapport fait sur ce travail, Revue médicale, Novembre 1846, p. 379).
Le nombre des faits rapportés dans ce mémoire , s'élévait à 72. Sur 33 individus atteint de manie aiguë, 33 ont guéri, 1 a résisté au traitement, \ est mort. Les 1 \ cas de delirium tremens ont tous guéri ; c'est , au reste, ce qu'on observe par la méthode expectante et par l'opium. Les 10 cas de monomanie avec agitation , et donl plusieurs présentaient de la tendence au suicide, ont tous eu une terminaison favorable, mais trois ont éprouvé des recbûles.
Dans l'exaltation maniaque, qui diffère de la manie par des nuances que les praticiens connaissent, les faits,
lettres suit l'hydhotiiéhapik 831 au nombre de it), ne se sont pas tous terminés par la guérison: deux n'ont été qu'améliorés, et un n'a pas guéri ; tous les autres cas au nombre de 6 , ont cédé au traitement, à L'exception d'un malade qui avait une exaltation maniaque chronique, et dont l'étal est resté le même.
Plusieurs de ces malades ont été vus par MM. Parisst, Rayer, Behier , et par beaucoup d'autres médecins. Depuis cette communication la méthode a été appliquée sur '15 autres malades et sur plusieurs autres en ville ; elle a obtenu le même succès. Nous avons seulement constaté trois rechûtes dans les convalescences , par ce que les individus ont voulu s'en aller au bout de six à huit jours {i).
L'eau, sous tous les formes, est, sans contredit , un des agents thérapeutiques les plus indiqués, l'utilité des bains est incontestable; il est peu d'aliénés qu'ils ne soulagent; les bains tièdes sont ceux qu'on administre le plus souvent. Mélampe , après avoir prescrit l'ellébore aux filles dn roi Protus, les fit baigner dans une Eontame d'eau chaude , et l'histoire dit qu'il les guérit ainsi de leur détire [Histoire philosophique de In médecine, édition Taurlelle). Lorsqu'il y a de la chaleur à la tête ou de la céphalalgie, on recommande de mettre des compresses d'eau froide sur la tête et le front. Les irrigations continues rendent les mêmes services, et sont bien autrement faciles à employer dans les folies agitées.
(i) CoDsullei sur ca sujeL le m6moiro lu , par M, Briene, le H Févri«r 1848, a l'Académie des Sciences , el ayant pour titre: Noui-elkt observations pour servir à l'emploi des bains prolongés et des irrigations continues dans le traitement des formes aigiïcs de la folie , et en particulier rte la mania, inséré ifans la Revue médicale de Septembre 18i8,
232 lettres sur i/hydruthérahe
Les affusions froides sont beaucoup moins usitées, el ii est certain quelles sont quelquefois suivies d'une vive réaction, ou d'un collapsus profond ; mais elles ont été utiles dans certaines folies à forme ataxique, ou lorsqu'il existait de la stupeur, de l'abattement. L'usage des douches est aujourd'hui singulièrement restreint, on ne les prescrit presque plus guère que quand il s'agit d'infliger une punition, ou comme moyen auxiliaire dans le traitement moral de M. Leuret; nous croyons cependant que les douches en arrosoir devraient être d'un usage plus fréquent. Dans ces derniers temps, H. le professeur Rech a cherché à apprécier les effets de la douche d'une manière plus rigoureuse qu'on ne l'avait fait jusqu'alors. Suivant lui, ce médicament produit trois effets immédiats : le refroidissement de ta tête, un choc sur la voûte crânienne, et la gêne de la respiration. La douche agit alors moralement , mais elle a aussi un effet dynamique dune manière générale; on peut dire qu'elle a une action prompte et forte dans les aliénations mentales avec exaltation , tandis que son action est lente à observer dans les aliénations mentales avec concentration (De la douche et des a/fusions d'eau froide sur la téte dans le traitement des aliénations mentales. Montpellier, 1846). .
Dans ses visites successives aux établissements d'aliénés de l'Italie, de l'Allemagne, de la Belgique, de la Hollande et de l'Angleterre , M. Brierre n'a point trouvé que les bains fussent d'un usage bien général. On a beaucoup vanté les bains froids, ils ne doivent pns être prescrits indifféremment. L'hystérie, la nymphomanie, l'érotomanie, l'excès des plaisirs des sens, en réclament plus spécialement l'emploi, mais il faut les surveiller avec soin; l'expérience nous a appris que le
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refroidissement progressif était bien préférable à l'usage subit du froid. On a beaucoup vanté le bain par surprise. En ne perdant pas de vue les guérisons obtenues par une grande commotion, on comprend qu'il ait pu être quelquefois utile ; un exemple ancien,' emprunté à Willis, est rapporté dans le Mémoire sur le délire aigu; il faudrait être bien sûr de soi pour y recourir.
Les manuluves et les pédiluves sont des moyens accessoires. Les purgatifs deviennent quelquefois nécessaires pendant le cours du traitement.
Le traitement moral, d'une influence si réelle et si grande, ne peut offrir de chances certaines de succès, qu'autant que le malade est entré en convalescence, ou que les symptômes physiques ont perdu de leur acuité; sans doute, la science possède des observations d'individus qui ont guéri dans la période aiguë et chronique par les moyens moraux; mais ces faits sont rares. La direction à donner aux passions, leur emploi, exigent un affaiblissement marqué de l'excitation cérébrale. La cure morale de la folie est, sans contredit, le point capital du traitement, celui qui fait des médecins aliénistes une classe à part. Il ne s'agit point de ces consolations banales qu'on prodigue si souvent comme des formules tout apprises ; mais bien de l'art fort difficile de combattre les passions par les passions, en opposant aux penchants désordonnés, emportés, vicieux, des inclinations plus tranquilles, des penchants meilleurs, en substituant d'autres idées à celles qui font le tourment des malades. Le choix judicieux des moyens moraux exige de la part des médecins, une grande habileté et une connaissance parfaite du coeur humain, surtout dans les classes éclairées. L'homme du monde conserve
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dans Bes maux, ses habitudes et- ses goûts ; comment s'insinuer dans ses bonnes grâces, s'il ne retrouve dans le médecin qui l'approche les usages et le ton de la bonne compagnie, et si celui-ci, par l'étendue et la variété de ses connaissances, ne lui donne une opinion favorable de sa personne? C'est à l'aide d'une pareille conduite qu'il parvient à s'emparer de l'esprit de son malade. En vivant dans sa familiarité, il étudie, sans affectation , ses penchants, ses goûts , ses faiblesses mêmes; l'habitude de se voir, de causer ensemble, de mieux s'apprécier, amène nécessairement cette confiance si indispensable pour la cure des maladies nerveuses. Une fois introduit dans la place , le médecin en connait le fort et le faible; il sait quand il convient de parler avec fermeté, d'abonder dans le sens du malade; de le contrarier, de lui adresser des reproches; il sait mieux que personne calmer son imagination exaltée , détourner son attention concentrée sur ces objets , réveiller ses sensations affaiblies, el surtout faire briller à ses yeux le flambeau de l'espérance. A force de répéter constamment les mêmes choses avec adresse, il finit par produire une impression durable sur son esprit.
L'influence de la vie de famille combinée avec les bains prolongés et les irrigations continues, constituent deux progrès importants dans la thérapeutique des maladies mentales.
Frappé de l'action incessante que le médecin et sa famille exercent sur les aliénés au milieu desquels ils vivent, M. Brierre a pensé que cette action serait encore plus marquée, si l'aliéné était toujours en contact avec ceux qui le dirigent. C'eBt dans cette conviction qu'il n'a pas hésité à prendre dans son intérieur et
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jusques dans ses propres appartements les aliénés mélancoliques, assiégés d'idées tristes ; les monomanes suicides, ceux qui se croient damnés, coupables, poursuivis, les maniaques convalescents. Que de fois a-l-on vu ces malades qu'aucun raisonnement ne pouvait convaincre, contre lesquels l'intimidation était venue se briser, Être entamés peu à peu par le mouvement des visiteurs, les conversations d'affaires, les entreliens de toute nature, la variété des personnes et des choses. Cette vie active, secondée par une volonté ferme et bienveillante a souvent amené des guérisons, qui n'auraient pu êlre obtenues par aucun autre moyen. C'est ici surtout que le concours d'une femme est d'un avantage inappréciable. On ne saurait assez recommander aux médecins qui se destinent au traitement des aliénés d'apporter un grand soin dans le choix de leur compagne, car elle peut rendre les plus grands services à l'établissement, et il en est qu'elle seule peut rendre. Le caractère de l'homme n'est pas assez maitre de lui même pour garder des aliénés huit ou dix heures par jour auprès de lui. Voilà comment M. Brierre entend le traitement moral.
Il y a quelques années, M. Leuret, dans un ouvrage remarquable qui a pour titre: Du traitement moral de la folie, après s'être livré à un examen critique de tous les travaux de ses devanciers, établit que ces médecins n'avaient considéré les moyens moraux que comme un auxiliaire du traitement, et que si quelques uns d'entr'eux les avaient plus particulièrement recommandés, ils ne les avaient mis en usage que dans in convalescence. L'erreur de ces praticiens provient de ce qu'ils avaient voulu combattre des idées fausses par des re-
mèdes, tandis qu'il fallait les attaquer par des objections. Un tomme se trompe, dit M. Leuret, attaque-t-on son erreur par des remèdes ou par des objections ? Par des objections. Faisons de même pour les aliénés, car les aliénés sont des hommes qui se trompent.
Il est des cas assez nombreux où l'intimidation est nécessaire, où elle; fait partie do traitement, et dan3 lesquels les malades lui ont dû la vie et la raison. M. Brierre a eu souvent l'occasion de traiter des aliénés qui voulaient se laisser mourir de faim ; ce malheur lui est rarement arrivé depuis qu'il a mis les individus aux prises avec une douleur qui les a fortement impressionnés.
Voici le procédé qu'il emploie. Il prévient le malade qu'il va être obligé de recourir à un traitement douloureux qui lui cause une peine extrême, mais que sa conscience ne lui permet pas de laisser périr un homme qu'on peut sauver malgré lui. Quelques uns cèdent momentanément, le plus grand nombre résistent: il fait camisoler le patient, qu'on assujetit dans un fauteuil de force ; il introduit la sonde par les fosses nasales jusqu'à ce qu'elle soit arrivée dans l'arrière bouche; il ne cherche point à la faire pénétrer dans l'oesophage, parce que ce n'est pas le dessein qu'il se propose ; il fait fermer la bouche par un aide; un autre applique les doigts sur la narine restée libre, et il verse le bouillon, le tapioka, etc. à l'aide d'un entomoir. Le malade fait tous les efforts pour ne pas avaler ; mais en cherchant à respirer , il est contraint d'opérer la déglutition. Dès que l'entonnoir est vide, M. /Brierre laisse respirer l'aliéné quelques instants, et il recommence à verser. Il y a ici une véritable lutte, des symptômes d'aBpby-
i suit l'hydrothérapie 237 e ; un aspect capable d'effrayer ; mais il y a aussi presque certitude de succès, car la plupart de ces aliénés cèdent à la première épreuve, et al teut rarement la seconde, surtout si on n'a pas tei visé. Il y a plus, la terreur de la sonde agit quelquefois comme une véritable révulsion morale, et les maladt sont, uon seulement guéris de leur perversion instincl ve, mais encore de leur folie.
L'emploi des bains prolongés est un moyen pénible et douloureux pour quelques malades. M. Brierre ne . s'est point ému de leurs plaintes, par ce qu'il avait la conviction qu'il hâterait ainsi leur guérison. Il n'a jamais hésité à revenir aux mesures coercilives quand il pensait qu'elles étaient nécéssaires à l'aliéné: l'intimidation est donc uue ressource puissante dans le traitement des maladies mentales, mais il faut que les cas soient précisés.
Quelqu' importante que soit dans la cure morale de la folie, la direction à donner aux passions, aux penchants, aux idées des malades, l'emploi des distractions n'est pas à dédaigner. Les réunions à table, dans les salons de conversation, les jeux, les causeries, la musique, la lecture, leur procurent d'agréables diversions.
On ne peut surtout se faire une idée de l'impression favorable que produit 3ur eux l'action bienveillante des femmes. Lorsqu'un établissement est assez heureux pour avoir une directrice bonne, affectueuse, ferme et juste , la physionomie générale de la maison porte l'empreinte de ses qualités. On a beau faire des règlements, élever des édifices somptueux, les choses ne valent que par les hommes; c'est en aliénation comme en tout.
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On a senti de tout temps la nécessité du travail pour les aliénés; une occupation constante change la chaîne vicieuse de leurs idées, fixe les facultés de l'entendement en leur donnant de l'exercice, et maintient l'ordre dans les rassemblements nombreux. L'utilité du travail ne saurait être mise en doute, aussi a-t-cllc été proclamée par Pinel; mais c'est M. Ferras le premier qui, parla création de la ferme sainte-Anne, près Bicetre, lui a donné de grands développements. Ellis, praticien sage et éclairé, s'était constamment occupé, pendant ses résidences à Wakefield et à Hanwell, de populariser ce moyen, et il était parvenu à force de zèle, à utiliser plusieurs centaines d'individus.
Si l'aliéné demeure sourd aux représentations, aux avis, aux menaces même; si turbulent, agité, furieux, il porte dans l'institut le trouble et le désordre; avant d'en venir aux mesures coercitives, il faut recourir à des moyens plus doux. Les remontrances, le changement dans le repas, portant sur la quantité ou la qualité des mets, le changement de demeure doivent être essayés avant toute punition. La réclusion dans la cellule ou la chambre, la camisole et le fauteuil de force, les genouillères et le3 douches, ne doivent être mis en usage que lorsque l'aliéné est incorrigible u ( Fabre , Ouw. déjà cité, t. 9, p. 350 et eoiv,).
LKTTRKS SDR l'hïDROTHÉRÂPIE