‹ Dissertations sur l'hydrotherapie appliquee aux maladies guerissables ou modifiables par ce traitementChapitre 20 sur 35 · LETTRE DIX-SEPTIEME · texte numérisé non relu

LETTRE DIX-SEPTIEME

Maladies nerveuses ayant leur siège probable dans les centres nerveux

- Le Tétanos - Ses caractères - Ses symptômes - Ses variétés - Le trismtls - L'Emprasthotonos - L' Opistholonos - Le pleurosthatanos - Durée du crtv njfivtinr, - .SV.< muses - Variété el multiplicité des médicaments employés pour la combattre - Ilippocrate a parlé du traitement de cette affection par l'hydrothérapie - Emploi simultané des moyens hydratht'rapiqw et de l'opium - Traitement rationnel hydrothérapique - L'Epilepsik - Ses divers noms Ses caractères - Epilepsie idiopathique - Epilepsie symptomatique

- Causes de t'épilepsie - Opinion du divers médecins hydropathes sur la curabilité de cette affection - Opinion personnelle de Vautour

- La Catalepsie - Ses symptômes - Ses caractères - Variété des traitements employés jusqu'à ce jour - Traitement hydrothérapique - £'Hypochokdb[e - Sa durée - Son incurabilité proclamée par divers médecins hydropathes ; Priestnitz, Schedel, Fleury - Sa curabilité proclamée par l'auteur - L'Asthme - Ses causes - Sa nature nerveuse - Traitement hydrothérapique d'après SclifM ■

Nous allons aborder dans celte dissertation les maladies nerveuses qui ont leur siège probable dans les centres nerveux. La première et peut être la plus importante de ces maladies dont nous avons à nous occuper est le tétanos. L'histoire de cette maladie fait pour ainsi dire partie intime de la chirurgie, tant il est rare de la voir se développer en l'absence d'une cause traumatique : mais le tétanos ayant évidemment son siège, appréciable ou non matériellement, dan3 le système nerveux central , nous avons cru devoir nous en occuper.

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Le tétanos est caractérisé par une contraction plus ou moins violente de quelques uns des muscles volontaires; ses caractères en sont connus depuis la plus haute anliquilé. Hippocrate, Celse, Galien en ont longuement parlé, et Fernet en a tracé une description exacte.

Le tétanos spontané se déclare brusquement; il est quelquefois précédé d'abattement, de tristesse, de vertiges, d'insomnies et de douleurs vagues. Bientôt les malades commencent à ressentir de la raideur dans les muscles de la région du cou; ils éprouvent de la difficulté à remuer la tête et la mâchoire ; puis ils ressentent des mouvements convulsifs dabord rares et courts, puis qui durent plus longtemps et finissent par devenir permanents, dabord ils n'occupent que quelques parties, se propagent ensuite à un plus grand nombre et finissent par envahir tous les muscles qui obéissent à la volonté. Quand le tétanos a envahi toute l'économie, tous les mouvements sont suspendus, le tronc et les membres demeurent dans une complète immobilité; la raideur est telle que le malade pourrait être soulevé en masse comme une statue en le soutenant seulement par les pieds ou par la tête. La langue quelquefois est libre, mais souvent elle est projélée hors de la bouche par un mouvement convulsif de ses muscles, et elle se trouve serrée et déchirée entre les dents. Dans cet état de contraction les muscles se déchireraient plutôt que de céder à toute tentative de réduction ou de flexion. Les mâchoires, les lèvres sont quelquefois tellement serrées, qu'il est impossible de les écarter. Quelquefois la bouche reste entr'ouverle, mais dans ce cas il est impossible de rapprocher les mâchoires. Les muscles ainsi

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contractés deviennent le siège de douleurs quelquefois légères, mais plus souvent très fortes et plus souvent encore de crampes intolérables. Quelquefois la souffrance est continue, d'autrefois intermittente, dans ce dernier cas, pendant l'intermittence, c'est-à-dire l'espace de quelques minutes seulement la contraction est moins violente, mais jamais le relâchement n'est complet. Le moindre mouvement, la moindre secousse , la moindre émotion ravive la douleur et renouvelle la souffrance. La figure du malade exprime un état d'angoisse profonde, ordinairement pâle, parfois injectée, turgescente, elle semble indiquer une épouvante indicible. Les yeux sont tantôt convulsivement agités, d'autrefois immobiles et fixes comme le reste du corps ; des rides profondes sillonent le front, le nez est tiré en haut, et les joues sont fortement entraînées vers les oreilles. La contraction des muscles abdominaux fait quelquefois rendre involontairement aux malades les urines et les matières fécales, mais quelquefois aussi la contraction du sphincter de l'anus est telle que l'introduction d'une canule même extrêmement déliée est impossible ainsi que la sortie des gaz, ce qui augmente considérablement la souffrance des malades.

Pendant cet état le pouls est petit, fréquent, irrégulier. Le thorax ne pouvant se dilater par suite de la contraction des muscles, la respiration est difficile, fréquente, haletante, entrecoupée, quelquefois elle demeure entièrement suspendue. L'anxiété est extrême, l'asphyxie parait parfois imminente, et la peau se couvre alors d'une sueur froide et visqueuse, tout en conservant une chaleur plus grande. Pourtant il n'y !a pas précisément de la fièvre ; cependant si la maladie se prolonge il

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n'est pas rare de la voir survenir. Généralement les malades affectés du tétanos sont eonsu'pés, à moins que la maladie n'ait envahi le corps que partiellement. La soir est très vive si peu que la constrictioQ des mâchoires soit grande, et il n'est pas rare, dans ce cas, de voir se présenter des symptômes d'hydrophobie. L'excrétion urinaire est difficile, mais les urines ne présentent aucun caractère particulier; les fonctions intellectuelles s'opèrent très bien el sans aucun trouble. Le sommeil exerce toujours une action favorable sur l'état général du malade et fréquemment un soulagement notable s& fait sentir à l'approche de la nuit.

Lorsque la maladie fait des progrès, les crises sont toujours de plus en plus fortes, et les temps de rémission de plus en plus courts; bientôt ia raideur est persistante, la peau devient rude et sèche, le pouls petit et fréquent. Le faciès se grippe, la respiration devient embarassée, et la mort survient soit par suite de L'épuisement nerveux, soit par asphyxie.

Voilà les symptômes les plu3 graves du tétanos général, mais il est loin de présenter toujours un caractère aussi sérieux. Souvent la maladie n'envahit qu'une parlie des muscles volontaires, et suivant le lieu qu'elle affecte et la forme qu'elle prend on lui a donné des noms différents. Quand le tétanos se borne aux muscles élévateurs de la mâchoire inférieure on lui donne le nom de trismus. Lorsque les muscles de la partie antérieure du corps sont seuls tétanisés, ou quand ils le sont à un degré plus fort que ceux de la partie postérieure , le tronc se fléchit en avant; le menton vient toucher la poitrine, et les genoux sont fortement portes en avant, la maladie prend alors le nom de emprosiAofonos. Quand

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au contraire la tête est rejelée en arrière et le corps incliné dans le même sens , on l'appelle opisllwtonos. Enfin si le corps est porté sur un côté ou sur l'autre, et si les muscles d'une des parties latérales sont seuls convulsés, la maladie prend le nom de plewosthotonos ou tétanos latéral.

Le tétanos dure généralement peu de temps, et il eBt assez rare de le voir durer plusieurs mois en passant à l'état chronique : la convalescence est courte et peu en rapport avec la gravité de la maladie , on a vu cependant quelquefois des déplacements de muscles persister toute la vie. La maladie est généralement beaucoup plus grave dans les pays chauds que dans les pays froids, pendant l'été que pendant l'hyver.

Les causes du tétanos sont aussi variées que nombreuses. « 11 faudrait faire un gros livre pour épuiser les détails relatifs à chacune d'elles ; on n'y verrait, du reste, rien que de conforme aux idées générales émises par les divers auteurs. Mais après ce travail, il resterait encore à dire comment des causes communes à la plupart des maladies peuvent produire une affecLion dun caractère aussi spécial .que le tétanos. Là se trouve un problème que jusqu'à présent les auteurs ont vainement essayé de résoudre, et dont on n'exigera pas, j'espère, que je donne la solution » (Bochoucc, Dict. de Méd. en 30 vol., t. XXIX, pag. 532).

Le nombre de médicaments employés pour combattre le tétanos est tel, .qu'il embrasse à peu près toutes les médications actives dont se compose la matière médicale. C'est la preuve la plus grande que i on puisse indiquer de leur inefficacité. En effet tant que l'on a cherché à guérir cette maladie par les cinétiques, les

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catbartiques, les diaphoniques, les diurétiques, le quinquina, les fleurs d'arnica, le phosphore, le musc, le castoréum, l'opium, le tabac, l'huile, le vin, le mercure, la saignée, les lavements, les frictions, les onctions, les bains chauds, les fomentations, les errbins, les ve'sicaloires, l'électricité, etc. Les insuccès et les échecs se sont succédés avec une constance desespérante.

Un médecin Canadien conseilla l'emploi des affusions froides combinées à l'opium. Il voulait que l'on commençât le traitement par une affusion prolongée jusqu'à la syncope, puis que l'on enveloppât le malade dans des couvertures de laines sèches et bien chaudes et enfin qu'on lui administrai une potion composée de vin chaud et d'opium à haute dose. Les mêmes moyens doivent être recommencés à chaque reproduction de la contracture.

Voici comment Schedel parle du traitement de cette affection, dans son ouvrage, pag. 387.

ii La nouvelle méthode n'a pas ajouté à ce que nous savions déjà sur les vertus de l'eau froide appliquée par affusions à la surface du corps, et cette méthode remonte au père de la médecine. Est vero, nous dît— il, ubi in tetano sine ulcère, juveni bene carnoso, estate média, frigido multo affusio caloris revocationem facit; calor autem hoc sohit. Cependant, il faut le dire, ce moyen était en quelque sorte abandonné par les médecins, malgré les avantagea que Currie en avait retiré dans le traitement de cette redoutable maladie. Ce médecin, il est vrai, administrait en même temps l'opium, et portait quelquefois la quantité de ce médicament à des doses énormes, environ huit grammes dans vingt-quatre heures (Reports on cold Water, etc. , ouv. cité). Dans un

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cas où l'opium n'avait pas réussi , les allusions froides ont triomphé de la maladie. Ce remède n'agit pas en produisant la sédation , mais bien en opérant un effet perturbateur; aussi Currie conseille de jeter l'eau froide avec force et de haut sur le corps, puis de bien essuyer le malade et de le remettre au lit entre des couvertures de laine où une sueur bienfaisante ne tarde pas à s'établir, puis de revenir à l'emploi des allusions si les contractions tétaniques persistent.

M. le docteur Treille parait également avoir obtenu de bons résultats de l'emploi des affusions froides faites de cette manière, et comme Currie, il administrait simultanément l'opium. C'est ainsi qu'il nous dit: « J'ai obtenu de très grands succès de l'opium administré à très haute dose , en même temps que le malade était soumis aux aspersions d'eau froide. Sur cinq tétaniques que j'ai soumis à ce traitement, trois ont élé conduits à une complète guèrison. Quelques détails sur l'emploi de ce moyen ne me paraissent pas inutiles. Dès que les accidents tétaniques se manifestaient, on répandait à grands flots de leau froide sur toute la surface du corps du malade, on l'essuyait légèrement, on l'enveloppait ensuite dans quatre ou cinq couvertures de laine, et de demi-quart-d'heure en derai-quart-d'heure, on lui faisait prendre deux grains d'opium (dont on eut pu doubler la dose). Quinze minutes étaient à peine écoulées, que le pouls devenait fébrile; une sueur abondante couvrait tout le corps, les muscles ne tardaient pas à tomber dans un état de relâchement complet, parfois le sommeil avait lieu, enfin le tétanos semblait ne plus exister.

Néaumoins cet état ne se maintenait ainsi que de quatre à cinq heures ; la sueur commençait alors à di-

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minoer, puis elle disparaissait, et les accidente tétaniques se montraient de nouveau. Je faisais de suite répéter les aspersions fiwdes, et les phe'nomènes que je viens de décrire se renouvelaient (l'opium était toujours donné à la dose et dans l'ordre que j'ai dit). Mais que de soins ne doit on pas apporter dans l'administration, des aspersions froides ! Tous les instants du jour et de la nuit doivent être employés à surveiller attentivement le malade. Il faut renouveller les aspersions dès que la peau cesse d'être couverte de sueur. Ces faits n'ont aucun rapport, ce me semble, avec l'insuccès des aspersions à la glace, faites à grands flots sur la tète des tétaniques, pendant que ces infortunés étaient retenus dans un baquet d'eau très froide. Ici, comme ailleurs, les extrêmes sont nuisibles a ( Treille , Proposit. medicochirurg. pratique. Paris, 1816).

Lihydrothérapie moderne a donc peu ajouté à ce que nous savions déjà touchant i'éfficacité de l'eau froide dans le traitement du tétanos, mais l'impulsion qu'elle aura imprimé à l'emploi de ce moyen ne permettra plus cette hésitation qui a toujours accompagné l'usage de ce remède. A Graefenberg, il parait qu'un malade a été guéri du tétanos au moyen des affusions répétées, et suivies de l'enveloppement dans les couvertures de laine, de manière à amener chaque fois d'abondantes transpirations.

On se gardera donc bien, en voulant traiter hydropathiquement un tétanique, de recourir à des enveloppements successifs dans le drap mouillé, aux frictions subséquentes dans un bain partiel, et à l'ingestion d'eau froide en abondance. Les affusions doivent être faites rapidement en .projetant avec force sur le corps bien

essuyé plusieurs grands seaux d'eau froide; le malade sera essuyé de nouveau, ou plutôt frictionné par plusieurs personnes , jusqu'à siccité parfaite, et aussitôt enveloppé dans des couvertures de laine; là, on entretiendra la transpiration en donnant Irès souvent à boire de l'eau froide en petite quantité, mais seulement quand la chaleur commencera à s'établir. Lorsque les sueurs viendront à cesser, il suffira de pratiquer des ablutions avec de l'eau dégourdie, sans remuer le malade, de manière à entretenir la sueur et à empêcher ia peau de retomber dans le relâchement. On pourrait aussi , dans le cas où quelques contractions tétaniques viendraient à se faire sentir, couvrir les parties où elles existent de compresses excitantes; mais si ces contractions tétaniques reprenaient de la force, il faudrait avoir recours à de nouvelles afïusions , suivies encore de l'enveloppement dans les couvertures de laine. On devra prendre soin de tempérer la chaleur que ce moyen développe par des ablutions générales, faites avec une éponge trempée dans de l'eau dégourdie. Quand la chaleur générale est très vive , ce qui s'observe souvent dans le tétanos, on peut faire transpirer le malade et entretenir la sueur dans le drap mouillé. Mais it faut bien se garder de chercher à produire une sédalion au moyen du froid ; celui-ci est un agent perturbateur, et Von doit choisir dans la nouvelle méthode les procédés qui paraissent les mieux appropriés à ce résultat pratique. Les afïusions une fois faites, il faut hâter la réaction en faisant des frictions par dessus la couverture de laine , et ne pas laisser le corps du malade longtemps exposé à l'air. La même couverture servirait à l'enveloppement, et l'on en ajouterait plusieurs autres ».

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Après le tétanos la maladie la plus grave des centres nerveux est assurément l'épilepsie. L'épilepsie est connue depuis la plus haute antiquité ; Aristole l'appelait morbus herculeus, on ne sait trop pourquoi ; Platon la désignait sous la^nom de vairon iepà, morbtts sacer aut divinus, parce que, selon lui, elle attaquait la partie divine de l'âme; Hippocrale, Celse et Galîen lui conservèrent ce nom de maladie sacrée sans toutefois admettre comme Platon qu'elle dépendait du courroux des Dieux. Pline et Serenus l'appellaient morbus comitialis, parceque les comices étaient dissous lorsqu'un des membres était atteint d'une attaque d'épilepsie. Aulu-Gelle l'appelle malfaisante, morbus sonticus; Paracelse, morbus caducus ; Arétée , morbus demoniacus , parce que, disait-il, le démon s'emparait des épileptiques. Les Arabes la décrivirent sous le titre d' dvxÂfi4"t , prise, reprise. Les auteurs sacrés l'appelèrent trstymta , astralis interlunis, et infligèrent l'épithète de lunatiques aux malheureux malades. Elle a ensuite tour à tour reçu les noms de haut mal, mal caduc, grand mal, mal de terre, mal de Saint-Jean, mal des enfants, mais le seul qui lui soit resté comme la plus rationnel est celui d'épilepsie. Ce mot vient du grec fV^a/wa^'v , suspendre tout-à-coup , parce qu'elle terrasse le malade à l'instant même.

Ce qui dislingue surtout l'épilepsie c'est l'état convulsif et l'absence de sentiment. Suivant Sauvages, l'épilepsie est un spasme clonique général, chronique et périodique avec abolition des sens dans le paroxisme, et oubli de ce qui est arrivé auparavant. Pour Cullen , c'est une convulsion des muscles avec somnolence ; pour Van-Swieten, une maladie du centre nerveux, dans laquelle la sensibilité est détruite, la force motrice et

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musculaire, considérablement augmentée, sans participation de la volonté et de la conscience; pour S. P. Franck, une convulsion générale et partielle, le plus souvent accompagnée de perte des sens el de la mémoire pour ce qui s'est passé dans le paroxysme. Pour Georget c'est une névrose chronique et intermittente du cerveau, caractérisée par des attaques convulsives, en général de courte dure'e , avec perte subite et complète de connaissance, insensibilité, turgescence rouge ou violette de la face, distorsion de la bouche, immobilité des pupilles, écume à la bouche.

Nous admettons avec Culten deux genres d'épilepsie: 1.° i'ëpilepsie idiopatkique ; 2.° l'épilepsie symptomalique. Les attaques d'épilepsie ne surprennent pas toujours les malades; bien souvent des phénomènes précurseurs viennent les avertir de l'invasion de l'accès. Ces phénomènes sont de deux ordres : Les premiers consistent dans des troubles organiques, de la somnolence , de la céphalalgie , un sommeil agité , des rêves effrayants, des vertiges, des nausées, des vomissements, une extrême irritabilité, un besoin presque continuel de se mouvoir, de la faiblesse, des malaises, des crampes, des engourdissements, les seconds sont des désordres de l'intellect ou des sens, des inégalités dans le caractère, qui échappent aux malades, mais qui ne manquent pas d'éveiller la sollicitude des personnes qui les entourent. Les accès se montrent plus souvent la nuit que le jour, ce qui tient peut-être à la position de la tête pendant le sommeil.

Les causes de l'épilepsie sont tellement nombreuses que nous ne les passerons pas eu revue, laissant aux traités spéciaux le soin de décrire in extenso les divers

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phénomènes et les diverses raisons d"être de celte épouvantable maladie, qui, jusqu'à ce jour, il faut bien l'avouer, est restée incurable ; tous les efforts 6e3 médecins ont échoué contre celte cruelle affection , et la plus grande preuve, c'est ie nombre infini de personnes qui en sont atteintes et qui encombrent les hôpitaux.

Malgrès l'opinion des divers médecins hydropathes qui ont réputé, au moins Comme mutiles, si non comme nuisibles, les diverses opérations hydrothérapiques , j'ai été appellé k m'en servir plusieurs fois, et si je n'ai pas obtenu de guérison définitive j'ai, du moins, tellement vu s'éloigner les accès que je n'hésite pas à dire que, non pas toujours, mais dans certains cas, surtout dans l'épilepsie symplômatique , les malades arriveraient peut être à la guérison, s'ils avaient la patience de continuer le traitement un temps assez long. Au début, le traitement doit être employé avec beaucoup de précautions et de prudence , mais lorsque les malades y sont habitués, ils subissent sans hésitation, sans crainte et sans danger les opérations les plus énergiques.

Malgré l'opinion de Schedel (voir son ouvrage déjà cité, pag. 392) je n'ai jamais retiré aucun avantage des bains de siège ; tandis que les bains de piscine quelquefois, mais plus souvent, la pluie générale précédée ou administrée en même temps qu'une douche à arrosoir sur la région épigastrique a donné les meilleurs résultats. J'ai toujours insisté pour que les malades bussent de l'eau le plu8 possible et fissent de l'exercice jusqu'à se fatiguer légèrement. D'ailleurs, dans cette affection , comme dans toutes les autres, le médecin doit bien observer la constitution du malade et remonter autant qu'il est possible à la cause première de la maladie ,

c'est une condition indispensable pour savoir au juste le traitement hydropathique le plus convenable. Si chez les femmes l'utérus joue un grand rôle par rapport à cette affection , chez les hommes et même chez les femmes, il faut tenir compte de l'état de l'estomac et des lésions qui peuvent affecter cet organe, et ne jamais perdre de vue l'importance du réseau du grand sympathique et l'influence qu'il exerce sur presque toutes les affections nerveuses. Cette maladie est une de celles que la médecine hydropathique doit chercher à combat- Ire sans cesse , et j'ai l'intime conviction qu'avec le temps et la persévérance on arrivera à la réduire à de telles proportions qu'elle perdra ce caractère épouvantable qui la fait considérer comme un fléau par la famille, dont un malheureux membre se trouve atteint, objet de pitié pour tous ceux qui le connaissent et de dégoût pour ceux qui l'assistent.

La catalepsie est une maladie excessivement rare si l'on exige pour l'admettre qu'il ne manque aucun des symptômes qui la constituent, mais assez fréquente si l'on veut bien conserver ce nom générique à de simples phénomènes cataleptiques partiels. Georget définit la catalepsie une affection intermittente, le plus souvent apyrétique du cerveau , qui se compose d'attaques ordinairement caractérisées par la suspension plus ou moins complète de l'entendement, et par une raideur comme tétanique générale ou partielle du système musculaire , avec cette particularité que les membres conservent pendant tout le temps de l'attaque , ia position qu'ils avaient au commencement, ou celle qu'on parvient à leur faire prendre pendant le cours de l'attaque , quelque gênante d'ailleurs que soit cette position.

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Les symptômes qui précèdent la catalepsie portent sur plusieurs ordres de fondions, parmi lesquelles on compte les fonctions cérébrales. L'intelligence devient obtuse, et les malades accusent un grand abattement d'esprit. Quelques uns se plaignent de douleurs de tète, mais ces douleurs n'ont aucun lieu de prédilection ; chez les uns c'est la région frontale , chez les autres l'occipitale , chez quelques uns la région pariétale. Quelques malades éprouvent des mouvements convulsiEs, d'autres de véritables crampes d'autres des resserrements spasmodiques ; la respiration est quelquefois gênée et quelquefois aussi la circulation est assez vivement troublée pour que le malade soit pris de syncope.

Pendant l'accès cataleptique toutes les fonctions animales sont suspendues: intelligence, sentiments moraux, impressions des sens, conlractïlité volontaire; rien de tout cela n'existe; mais les muscles de la vie conservent leur faculté de contraction, seulement cette contraction demeure indépendante de la volonté. Pendant que ies fonctions animales sont anéanties, pour ainsi dire, les fonctions organiques jouissent de toute leur intégrité; le pouls reste à peu près normal ; la chaleur de la peau reste la môme ; la respiration n'est nullement gênée. Les facultés intellectuelles sont complètement abolies. Tant que dure l'accès, l'usage des cinq sens est suspendu ; l'oeil n'apprécie plus les couleurs, l'oreille les sons, le nez les odeurs, la bouche les saveurs, et le tégument les formes. Une lumière approchée de l'oeil de manière a brûler les sourcils et les cils ne produit pas la plus légère impression; des corps étrangers mis en contact avec la conjonctive, de manière à provoquer une irritation mécanique assez forte, ne font pas sourciller le

malade. Des pressions à l'aide de stylets, des sternutaloires. énergiques, ne font aucune impression sur la muqueuse nasale. La peau soumise à toutes les épreuves, pincée, piquée, brûlée, tordue, etc. ne donne aucun signe de sensibilité. Il y a cependant à ces phénomènes généraux des exceptions, mais elles sont rares.

Les traitements employés jusqu'à ce jour pour combattre cette affection ont été excessivement variés ; l'électricité, les déplétions sanguines locales et générales (malgré la grande vérité émise par Hippocrate, et que l'on aurait toujours du respecter : Sanguis moderator nervorum); les vomitifs, les purgatifs, les diaphoniques, les dérivatifs, les emménagogues, les anlispas modiques, le trépan, etc. Les bains ont été généralement peu employés, les bains lièdes moins encore que es bains froids. Cependant ceux qui ont vu beaucoup de maladies mentales, ceux qui, s'occupanl ou non des pratiques bydrothérapiques , ont été appelfés à soigner beaucoup de maladies nerveuses, peuvent dire avec quelle énergie agissent les bains froids. Ils forment, sans contredit, le sédatif le plus puissant que nous ayons à notre disposition. Lorsqu'on les prolonge trop longtemps, ils éteignent peu à peu la sensibilité, phénomène fonctionnel nécessaire à tout acte vital : comme conséquence de ce premier fait, ils empêchent les contractions musculaires d'une manière immédiate , et plus tard l'activité fonctionnelle de tous les organes.

Les bains froids peuvent être employés dans tous les cas de catalepsie parce qu'on peut les graduer, et que l'on peut obtenir des effets variés , dont les plus faibles égalent ia modération et le calme des antispasmodiques simples, et les plus forts l'épuisement le ^plus

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complet. Quelques médecins ont prétendu que ce moyen était extrêmement dangereux, quand on en interrompait l'usage; le danger consisterait d'après eux, dans la réaction qu'il provoque et qui est suivi d'un mouvement fébrile inflammatoire. L'action du froid, il est vrai, est suivie d'une activité vitale abondante, mais ce mouvement spontané de la nature est bien différent d'une fluxion inflammatoire; j'en appelle à tous les hydropalhes.

L'hypochondrie serait bien mieux traitée à sa place si nous en avions parlé lorsque nous nous sommes occupé de la folie et des diverses maladies mentales, mais uous avons voulu obéir à ce vieil usage qui classe celle affection au nombre de celles qui ont leur siège dans les centres nerveux. S'il fallait décrire les divers symptômes de l'hypochondrie, nous n'en viendrions certes jamais à bout, chaque bypochondriaque en accusant de différents à cause des diverses maladies dont il se croit atteint, Et les erreurs de la part du médecin sont d'autant plus faciles, que la plupart des malades, fortement préoccupés de leur maladie imaginaire, se sont presque toujours nourris de la lecture de livres de médecine, et ils annoncent des douleurs et des phénomènes symplôma tiques très rationnels. Un ouvrage, d'ailleurs très remarquable, a été publié en 1845, sur ce sujet, par M. le docteur Michéa sous le titre de Traité pratique, dogmatique et critique de l'hypochondrie, nous y renvoyons le lecteur.

L'hypochondrie est une maladie qui dure ordinairement longtemps, quelquefois touLe la vie. Sa marche est très irrégulière, quelquefois elle est continue avec des rérailtences, d'autres fois elle présente de véritables intermittences. Les remèdes employés pour la combattre jusqu'à ce jour sont infinis, et si l'on en croit Priestnilz,

Schedel , Fleury et les principaux hydropathes, a l'inéfficacilé de tous les autres remèdes se joindrait celle de l'hydrothérapie. Nous ne partageons pas cette opinion , et nous avons vu guérir à notre établissement des hypochondriaques dont la maladie était déjà fort ancienne. Les moyens employés ont été, la boisson très abondante, exercice au grand air jusqu'à ia fatigue du corps, douches générales, bains de siège à eau courante, ceinture abdominale, et de temps en temps transpiration dans le drap mouillé. Nourriture froide et régime hydrothérapique appliqué dans toute la rigueur. 11 va sans dire, que tous ces moyens doivent être employés en même temps que le traitement psychologique, tel que nous l'avons décrit dans notre dissertation sur les. maladies mentales.

L'asthme est une de ces affections dont nous ignorons à peu près entièrement les causes; nous savons seulement qu'elle est essentiellement héréditaire. Fort rare dans l'enfance, elle se déclare spécialement vers l'âge adulte. Les hommes y sont beaucoup plus prédisposés que les femmes. Les causes principales qui provoquent les accès sont les variations brusques de la température , 1b séjour dans un lieu chaud, dans un air non renouvellé, les excès alcooliques , certaines odeurs.

Personne ne saurait contester la nature nerveuse de l'asthme. Mais en quoi consiste cette maladie? Tient elle à un rétrécissement spasmodique des bronches? C'est une opinion que professent messieurs Culien, Laennec, messieurs les professeurs Fouquier, Cruveilhier et Begin, ainsi que messieurs les docteurs Brïcheleau et Lefèvre. Il ne répugne en effet nullement de croire que les fibres musculaires de Reissessen puissent se con-

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tracter, rétrécir les cellules des bronches, et donner lieu ainsi à une série d'accidents. L'existence des râles secs et humides ne doit point porter à faire de l'asthme une variété de la bronchite, attendu que la présence des raies n'implique pas nécessairement l'idée de l'inflammation. Des mucosités telles que celles qui sont exhalées dans l'accès, sous l'influence, non d'une phlegmasie, mais de la perversion nerveuse, expliquent très bien la production de ces bruits.

Voici ce que dit Schedel du traitement hydrothérapique de cette affection :

« 11 a déjà été question de cette maladie lorsqu'elle accompagne une affection organique du coeur, et nous avons vu que l'hydrialrie pouvait, même dans les cas de complication, y apporter du soulagement. Aussi se monlrera-t'-on moins incrédule aux effets qu'on dit avoir retirés du môme moyen contre l'asthme essentiel, que je n'ai pas vu traiter.

Les procédés qu'on emploie sont les mêmes. Si l'on croit que la maladie dépend d'une affection goutteuse, on agit vivement sur la peau au moyen de frictions humides énergiques et de transpirations dans la couverture de laine, suivies d'ablutions dans un bain partiel dégourdi ou de simples frictions avec un drap mouillé. D'autres fois, c'est dans le drap mouillé qu'on fait transpirer les malades tous les deux ou trois jours, en y ajoutant toujours les ablutions obligées. Tous les matins aussi, le corps sera lavé d'eau froide, le thorax en particulier, et toute la surface de la peau frottée avec soin, puis le malade doit faire immédiatement de l'exercice, après avoir bu quelques verres d'eau froide. Avant de s'habiller, une ceinture excitante sera placée autour de

la poitrine , et chaque fois qu'on lavera cette partie avec de l'eau froide dans la journée, ce qui se fait à trois ou quatre reprises, la compresse doit être changée. On la garde pendant la nuit, le malade dine de bonne heure, ne soupe pas, boit plusieurs verres d'eau dans la soirée et prend un bain de pieds avant de se coucher. On frictionne les pieds et les jambes de façon à les réchauffer complètement ce dernier point est de rigueur. Les bains de siège froids et de courte durée sont aussi employés une ou deux fois dans la journée, mais on en surveillera l'effet très attentivement, car quelquefois, surtout chez les personnes délicates, ils augmentent le mal et semblent ramener les accès.

Lorsque ceux-ci surviennent, on fait prendre des bains de pieds d'eau dégourdie qu'on fait alterner avec de l'eau froide, et dans lesquels on fait frictionner les pieds vivement et continuellement. On frictionne aussi la poitrine, et surtout le dos, avec de l'eau froide jusqu'à ce que l'accès se soit calmé. De temps en temps on fait boire quelques gorgées d'eau froide, et lorsque l'accès est passé, une compresse excitante est placée sur las quatre membres et entourée de compresses sèches. Enfin l'alimentation doit être légère, nutritive et surtout non stimulante.

Ces moyens méritent certainement de fixer l'attention, mais dans le cas ou leur usage ne soulagerait pas, refuser d'employer d'autres moyens, me parait absurde ».

LETTRES SLR l'hïHROTHÉBAWï

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