LETTRE TROISIÈME
Étude physiologique rfu sang - Sa couleur - Sa pesanteur - Sa composition - Matières azotées du sang - Le sérum - Substances que l'on peut extraire du sérum - Toutes les substances qui entrent dans la composition du sang ne sont pas connue» - Le caillot - Sa composition - La fibrine - La téurinc - Corpuscules du sang
- Leur forme - Leur couleur - Leur composition - Principes constituants du sang - Importance du sérum trop longtemps méconnue - Procédé de M. Dumas pour étudier les globules du sang
- Les globules sont des êtres vivants - Ils respirent - But de cette respiration des globules - Substances qui n'altèrent pas le sang - Substances qui l'altèrent - Origine des globules du sang
- Leur métamorphose - Dernière phase de leur développement - Globules blancs - Leur transformation - Substances qui peuvent se transformer en globules sanguins - Fonction de la rate - Influence du lait sur le développement du corps - Comment (es substances ingérées dans l'estomac deviennent sang - Phénomènes de la digestion - Nature du régime hydrothérapique - Causes de
Mon intention, en publiant ces lettres, n'est pas de faire de la physiologie hors de propos , aussi est-ce bien malgré moi que je vais aborder[ quelques études physiologiques. Mais ces études-là étaient indispensables à mon sujet ; et pour bien faire comprendre toute l'importance de l'hydrothérapie , il me faut nécessairement indiquer l'influence que l'eau est appellée à exercer et exerce réellement sur l'organisation humaine soumise à ce traitement. La base de l'organisation humaine, c'est le sang ; c'est le sang qui distribue les principes nutritifs à tous les tissus organiques ; c'est le sang qui nous
vivifie et que nous vivifions à notre tour dans l'acte de la respiration ; c'est le sang qui est ia cause de notre existence, sa pureté nous fait sains, son altération nous rend malades; qu'est-ce donc que le sang? quelle est sa composition? est-il susceptible d'altération et de modification ? Voilà le point physiologique que je me propose d'examiner succintement, renvoyant aux traités spéciaux pour les détails plus minutieux.
« Le sang (je parle du sang de l'homme , le seul dont j'ai à m'occuper ici) est un liquide visqueux, d'un rouge plus ou moins foncé ; il a une pesanteur spécifique qui varie entre 1050,1079, une saveur salée légèrement nauséeuse, et une odeur sut generis. Sa température est de 36° centigrades environ. Lorsqu'il est extrait des vaisseaux qui le contiennent, il perd très promptement sa fluidité et se transforme en une masse solide, gélatineuse, nommée caillot, qui se resserre peuà-peu et fait sortir par expression , un liquide clair et jaunâtre , le sérum , interposé dans sa substance. La composition de ce liquide est des plus complexes ; il est formé principalement d'albumine tenue eu dissolution dans l'eau à la faveur du carbonate de soude. Quant au caillot, il se compose d'un réseau de fibrine retenant les globules sanguins emprisonnés entre les mailles. Ainsi le sang renferme trois matières organiques azotées, essentielles à sa. nature et à ses fonctions : la fibrine, Yaibumine et la matière des globules.
Le sérum est un liquide transparent, d'un jaune légèrement verdâlre, d'une densité d'environ 1028 à + 36°; il offre une légère odeur et une saveur salée. Soumis successivement à la chaleur de l'éther, de l'alcool, etc. on peut en extraire, indépendamment de l'eau: 1.° de
Yalbumine; 2." une matière colorante jaune ; 3.° six matières grasses distinctes, savoir: de la séraline, de la cholesiérine , une graisse phosphorée, un sel de soude à acide gras volatil odorant , du margarate et de Yoléaie de soude ; 4.° un grand nombre de sels à base alcaline ou terreuse; ce sont: le carbonate, le phosphate, Vhydrochloraie et le lactate de soude, le carbonate et le phosphate de magnésie, le carbonate el le phosphate de chaux. , le sulfate et V hydrochlorate de potasse , et enfin Y hydrochlorate d'ammoniaque ; 5." quelques matières ex l l'actives indéterminées.
Malgré celte multiplicité d'éléments démontrés dans le sérum par l'analyse chimique , il D'est pas douteux qu'il en reste un grand nombre d'autres à découvrir, qui n'ont échappé jusqu'ici à nos moyens d'investigation que par ce qu'ils y existent en proportions minimes, en égard à l'imperfection de nos procédés analytiques, ou bien parce qu'ils ne se rencontrent que temporairement dans le torrent de la circulation, La présence de l'urée dans le sang, qui n'a pu être constatée dans ce liquide qu'après l'ablation des reins (Prévost et Dumas) , bien que M. Simon assure être parvenu à en décéler la présence dans le sang, et la découverte faite par M. Magendïe de la présence normale du sucre dans le sang des animaux qui sont soumis à une alimentation féculeuse, comme aussi celles dues à M. Millon, relativement à la présence dans le sang, de la silice, du manganèse, du plomb et du cuivre, en sont des preuves non équivoques. Quoiqu'il en soit pour savoir si véritablement le sang renferme tout formés les éléments des sécrétions , de nouvelles études sont encore nécessaires.
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Le caillot, avons nous dit, relient toujours, après qu'il s'est pris en masse, une certaine quantité de sérum dont on peut le débarasser en le soumettant dans un nouet à l'action de l'eau. Par ce moyen on en sépare les globules et la fibrine. Celle-ci qui constitue la base du tissu musculaire est uns substance solide, blanche, flexible, insoluble dans l'eau et l'alcool, élastique, insipide, inodore. Elle a l'aspect de fibres feutrées et tenaces et l'on reconnaît au microscope qu'elle est formée de globules blancs , semblables à ceux des particules colorées du sang. Mise danB l'eau, elle se résout en globules avant de se putréfier. La fibrine se racornit par le feu , et donne à la distillation beaucoup de carbonate d'ammoniaque, parce qu'elle est très azotée, c'est par la môme raison qu'elle se putréfie promptement dans l'eau. Traitée par l'acide sulfurique concentré, ta fibrine est transformée en une substance particulière appelée léucinc. Elle est composée, selon MM. Gay-Lussac et Thénard, dè carbone 53,36; oxygène 19,69; hydrogène 7,02 ; azote 19,93. Quant aux globules sanguins, si l'on regarde au microscope une goutte de sang aussitôt qu'il vient d'être extrait des vaisseaux, on reconnaît qu'il y a deux sortes de corpuscules: les uns incolores, les autres colorés. D'après Henle , ces deux sortes de corpuscules , seraient de la lymphe à diverses périodes de leur transformation en globules colorés du sang. Ceuxci , sont des disques aplatis, ronds, d'un diamètre qui varie entre */uo à '/joo de millimètre. Chaque globule renferme dans son axe un noyau incolore transparent, de forme sphériqoe ou ovale, et, dans ses bords, la matière colorante du sang.
Si l'on compare actuellement les évaluations de MM. Berzélius, Dumas et Prévost, Marcet et Lecanu,
on obtient en moyenne les proportions suivantes pour les principes constituants du sang, dont nous venons de faire rémunération : matériaux solides du sérum, 80 parlies, dont 8 parties pour les éléments organiques; fibrine 3 parties; eau 790 parties, sur 4000 parties. Le sang se charge en outre accidentellement de particules odorantes provenant , soit de l'air inspiré , soit des substances introduites dans le tube digestif.
D'après ce qui précède, on voit que la détermination de la proportion relative des principes constituants du sang est de la plus haute importance au point de vue physiologique. Aussi que de travaux importants ne voyons nous pas surgir de nos jours sur cette partie de la science, dans le but, non seulement de reconnaître les parties constituantes du sang, mais aussi pour déterminer rigoureusement jusqu'aux altérations de ces mêmes parties. A cet égard l'attention des savants s'est plus particulièrement portée sur les globules du sang que sur la composition du sérum qui , à notre avis, doit donner des résultats au moins aussi importants. Par un procédé excessivement ingénieux, M. Dumas a mis les globules du sang dans un état d'aération favorable à la permanence de leur état artériel, en même temps qu'il les empêche de se déposer sur les parois de son appareil tout le temps nécessaire à l'expérience, et il a trouvé que ces globules se comportent comme s'il3 constituaient des êtres véritablement vivants, capables de résister à l'action dissolvante du sulfate de soude, tant que leur vie persiste; mais dès qu'on suspend l'aération, les globules, quoiqu'en contact avec le sulfate de soude, ne lardent pas à succomber à l'asphyxie, qui résulte pour eux, de la privation de l'air et qui se manifeste avec une singulière rapidité, soit par le
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changement de couleur, soit par leur promple dissolution. On peut donc dire, d'après cela, avec M. Dumas, que les globules du sang sont, dans l'état physiologique, doués d'une respiration propre, et que cette respiration ii pour objet de fournir de t'oxygène aux globules. Dans ce cas, le sérum du sang dans lequel flottent ces globules, se chargerait d'oxygène pour le leur transmettre. Dès lors, si l'on calcule les effets de la respiration, il faut tenir compte des membranes qui forment les enveloppes des globules ; car on sait combien sont différentes de la dissolution pure et simple des gaz, ces phénomènes d'endosmose si étranges qui se passent à travers les membranes qui servent à séparer deux réservoirs pleins de gaz différents, ou deux liquides chargés de gaz dissemblables aussi.
Le sang peut, sans inconvénient, recevoir des quantités de sulfate ou de phosphate de soude bien supérieures à celles qu'il renferme ; le lartrate de soude peut exister dans le sang, même à dose élevée, sans qu'il en résulte aucun dommage. Mais il en est tout autrement du sel marin ou du. chlorure de potassium, ainsi que du sel ammoniac.
Les sels renfermant des acides organiques compliqués, comme les acides lartarique et citrique, conservent mieux l'intégrité des globules , que les sels fournis par des acides minéraux.
Les sels a base de soude sont plus propres à maintenir cette même intégrité que les sels à base de potasse et d'ammoniaque.
Il parait donc exister une liaison inattendue , dit M. Dumas, entre l'intégrité des globules, l'étal artériel du sang, les phénomènes de la respiration, et la nature ou la proportion des sels dissous dans le sang.
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11 suffit d'avoir essayé quelques expériences de ce genre pour être convaincu que l'asphyxie peul être provoquée au milieu de l'air ou de l'oxygène, sans que rien soit changé en apparence dans les phénomènes de la respiration, par le seul fait de l'introduction de quelques sels qui modifient la manière des globules du Bang à l'égard de l'oxygène.
Un grand nombre de substances animales et végétales , même parmi celles qui exercent sur l'économie l'action la plus puissante, telles que pour les substances végétales la ciguë , la noix vomique , le seigle ergoté , la morphine, etc. sont sans influence sur les globules du sang, ainsi que, parmi les substances animales, le lait, l'urine, le pus frais inodore, les décoctions concentrées de corne de cheval, et de laine de mouton.
Les globules du sang sont, comme il est facile de le voir par ce qui précède , excessivement importants à étudier, autant sous le rapport physiologique que sous le rapport pathologique ; voyons donc quelle est leur origine, quelle est la métamorphose qu'ils subissent et quelle est leur dernière phase de développement.
Voici à cet égard les résultats auxquels est arrivé M. Donné:
Le globules du sang, dit-il, ne sont pas tous identiques, ni au même degré de formation; Us ne résistent pas tous de même à l'action des agents chimiques, et la différence de leurs propriétés indique qu'ils ne sont pas tous au même état de développement.
Les globules sont le produit du chyle incessamment déversé dans le sang; ces globules se réunissent trois à trois, quatre à quatre, et s'enveloppent d'une couche albumineuse en circulant avec le sang; ils constituent de cette manière les globules blancs.
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Les globules blancs une fois formés changent peu à peu de forme; ils s'aplatissent, se colorent, et la matière intérieure granuleuse devient homogène ou se dissout; ils se transforment enfin en globules sanguins proprement dits ou en globules rouges.
Les globules sanguins rouges n'ont eux mêmes qu'une existence passagère ; ils se dissolvent dans le sang au bout d'un certain temps, et constituent ainsi le Quide sanguin proprement dit.
Certaines substances sont susceptibles de se transformer immédiatement en globules sanguins par leur mélange direct avec le sang.
Le lait, qui par sa constitution organique, par l'étal de ses principaux éléments et par ses propriétés physiologiques, a la plus grande analogie avec le sang, est surtout propre à démontrer celte transformation.
Les injections de lait dans les veines, en certaines proportions, ne produisent, en effet, aucune action délétère, et la nature des globules de ce liquide permet de le suivre et de le reconnaître partout.
Or 1'observalion démontre que ces globules, injectés dans les vaisseaux, se transforment directement en globules sanguins, par le même mécanisme qui fait passer les globules du chyle à l'état de globules blancs et ceuxci à l'état de globules rouges.
La rate, d'après M. Donné, serait spécialement chargée d'opérer cette transformation. C'est du moins dans cet organe qu'il a trouvé le plus grand nombre de globules blancs à tous les degrés de formation.
L'examen de la circulation dans les organes les plus vasculaires ne montre en aucun point les globules sanguins sortant de leurs vaisseaux , pour aller se combiner
SK RETIRES SUR 1,'llYOROTrTKRAPlK
aux organes ou au\ éléments organiques; mais la partie séreuse du sang transude au travers des parois vasculaires, et c'est là probablement le fluide essentiellement organisateur.
Enfin les jeunes animaux nourris avec d'autres substances que le lait, s'élèvent et se développent beaucoup moins bien que ceux auxquels on conserve le lait tle leur mère; et l'influence d'une nourriture mal appropriée peut aller jusqu'à altérer sensiblement la forme et la nature des globules du sang.
Cette observation est d'autant plus importante, qne d'après tout ce qui précède , l'on a du voir que lorsque en commençant cette lettre nous avons dit , le sang c'est la vie , nous n'avons rien dit d'exagéré. Les os , les muscles , les nerfs, les glandes, les sucs, les sécrétions, tout notre être matériel enfin, tout sans en rien excepter, n'est qu'un produit du sang, qui dans sa nature complexe contient les éléments de tout notre être. Or, lorsque par l'effet d'agents introduits dans l'économie, le sang subit une altération quelconque, toute l'économie souffre et la maladie est engendrée.
Voyons maintenant comment s'opère la métamorphose des substances ingérées dans l'estomac, et comment elles deviennent sang; c'est une autre étude physiologique, que nous ne saurions nous dispenser de traiter, à cause de son importance et des rapports qu'elle a avec le sujet qui nous occupe.
Les aliments forment le chyle, avons noue dit plus haut, le chyle forme le sang, le sang c'est la vie, donc l'ingestion des aliments est une condition indispensable de l'existence ; mais il en est une autre , non moins importante, qui se lie étroitement à la première, c'est
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l'absorption non interrompue de l'oxygène atmosphérique par les poumons , la revivification du sang par la respiration.
Les substances alimentaires subissent dans l'appareil digestif certaines modifications; ces modifications s'accomplissent, et sous l'influence d'actions mécaniques, telles que la mastication et la sorte de broiement exercée sur les substances alimentaires par les contractions musculaires du canal digestif, et sous l'influence d'actions chimiques déterminées par des liquides capables de diviser, de dissoudre ces mêmes substances ; ce sont : la salive, le sac gastrique, la bile, le suc pancréatique, et le suc intestinal.
L'ensemble des modifications subies par les aliments dans le tube digestif constitue l'acte de la digestion.
Les aliments successivement introduits dans la bouche, sont soumis à l'action mécanique des dents, ou à la mastication , et à l'action chimique de la salive ; ramollis et réduits en bol alimentaire, ils cheminent bientôt par une suite de contractions constituant la déglutition de la bouche à Yœsophage, en franchissant le pharynx. L'acte de la déglutition, soumis à l'empire de la volonté, est favorisé par les abondantes mucosités que sécrètent toutes les parties environnantes. La déglutition des liquides s'opère par le même mécanisme ; elle est toutefois plus difficile en raison de leur peu de cohésion qui rend nécessaire une contraction musculaire plus forte. De là, la douleur qu'on éprouve à avaler les boissons dans les angines, tandis que les aliments solides peuvent encore passer sans difficulté.
L'œsophage n'est plus susceptible de mouvements volontaires, mais chaque bouchée en en déterminant pro-
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gressivement l'amplialion, le sollicite à se contracter, et ces contractions ondulatoires, en se succédant dans toute la longueur du canal œsophagien, conduisent les aliments dans Y estomac en leur faisant franchir l'orifice supérieur ou cardia.
L'estomac vide et resserré par l'action contractile de sa tunique musculeuse, se laisse graduellement dilater par les aliments que lui renvoie l'œsophage, et finit par se remplir: alors cesse le besoin de manger, le sentiment de la faim, sorte de malaise que remplace une sensation de bien être.
Accumulés ainsi dans l'estomac, les aliments y éprouvent une altération profonde sous la double influence des contractions de ce viscère et de l'action dissolvante du suc gastrique; ils s'y transforment en une pâle homogène, pultacée, grisâtre qui prend le nom de chyme.
Bien que le chyme présente des différences dues à la nature des aliments ingérés, il tient en dissolution les matières fibrincuses et albumineuses que les veines de l'estomac absorbent pour les transporter directement dans le torrent de la circulation. Il en est de même pour toutes les matières solubles dans l'eau, qui se dissolvent par conséquent dans les boissons ingérées, et qui sont absorbées avec elles par les veines de l'estomac.
Dans les premiers temps de la digestion, le pylore reste tout-à-fait clos; mais à mesure qu'elle s'opère, il oppose moins de résistance, et finit par s'ouvrir pour laisser passer la masse chymeuse, et avec elle les substances non digérées et non digestibles, tels que noyaux de fruits, fragments d'os, etc.
Le chyme, déjà dépouillé dans l'estomae d'une portion de la molécule nutritive, mais renfermant encore
la majeure partie des matières amylacées , les matières grasses et les autres résidus de la digestion stomacale, pénètre dans le duodénum et de là dans ['intestin grêle, où s'accomplit l'absorption de ce qui lui reste encore de parties alibiles.
La bile, qui se rapproche du savon par sa nature et ses propriétés, est éminemment propre, si non à dissoudre, au moins à émulsionner les substances grasses et à les présenter à l'orifice des vaisseaux chylifères dans un état de division favorable à leur absorption ; cette transformation a lieu dans le duodénum, avec lequel s'abouche le conduit cholédoque ou biliaire. Une portion de la bile est néanmoins rejetée avec les excréments, qui lui doivent en partie leur couleur foncée.
Le suc pancréatique est destiné à transformer l'amidon en dextrine et en sucre ; c'est dans l'intestin qu'a lieu cette transformation.
L'absorption veineuse, si active à la surface de l'estomac, porte directement dans le sang la majeure partie des aliments azotés, rendus solubles par l'action du suc gastrique. Les produits de la digestion intestinale qui constituent le chyle proprement dit, passent moins directement dans le sang ; ils n'y arrivent qu'après avoir traversé un ordre de vaisseaux extrêmement ténus ,nommés chylifères. Ces vaisseaux s'anastomosent avec les vaisseaux lymphatiques, de sorte que le chyle ne se mâle au sang que mélangé lui môme avec la lymphe.
Le chyle considéré d'une manière générale, est un liquide blanc laiteux, quelquefois coloré en rose ou même en rouge. Il renferme de la fibrine et de l'albumine; aussi se coagule-t-ils ponlanément au bout de huit à dix minutes; il est en outre très riche en globules gras.
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La masse alimentaire a cependant parcouru toute la longueur du petit intestiD, se dépouillant peu à peu de ses parties nutritives par l'absorption, et devenant de moins en moins fluide. Arrivée à la limite du gros intestin , elle franchit la valvule iléo-cœcale qui la laisse librement passer, mais qui s'oppose à son retour. Parvenue dans le gros intestin, elle y devient plus consistante et y acquiert une odeur particulière; sa couleur jaune se rembrunit; il ne reste plus qu'une sorte de magma homogène composé des résidus de la digestion. Ces résidus sont rejeltés au dehors en traversant le rectum.
L'évacuation des excréments est accompagnée de la sortie d'une quantité indéterminée de gaz. A l'état normal , ces gaz sont généralement rares; mais leur proportion augmente dans les mauvaises digestions; le genre de nourriture a en outre une très grande influence sur. leur production, qui est toujours déterminée, dans l'intestin grêle, par les décompositions spontanées qu'y subissent les aliments; il suffit de manger certains légumes contenant du souffre, pour qu'il y ait abondante formation de gaz acide sulfurique.
L'acte de la digestion accompli, les radicules veineuses dans l'estomac, les vaisseaux chylifères dans l'intestin , ont absorbé , puis transporté , les premiers immédiatement, les seconds médiateroent , dans le torrent de la circulation , les matériaux nécessaires à l'entretien de la vie.
J'ai cru nécessaire d'entrer dans ces détails physiologiques sur la nature du sang et sur son mode de formation, afin de faire ressortir aux yeux des moins clairvoyants, la raison du régime alimentaire exigé par le traitement hydrothérapique. Ce régime qui consiste prin-
cipalemenl en viandes, en fécules, en laitage, et qui [.ta rail souvent trop abondant pour les personnes qui ne sont pas habituées à voir manger les malades soumis à cette cure, est cependant parfaitement indiqué par l'étude physiologique que je viens de mettre sous les yeux du lecteur; mais voici d'autres raisons qui viennent encore à l'appui du mode d'alimentation nécessaire pendant ce traitement.
Je n'ai rien voulu dire de l'acte de la respiration qui est aussi nécessaire à l'existence que l'acte de la nutrition, par ce simple motif que J'ouvrage que je publie n'étant pas un traité de physiologie, je ne parle de physiologie que tout autant que je ne puis me dispenser de le faire, mais je rappelle un fait connu de tous : la liaison intime de la nutrition et de la respiration. Il résuite de cette liaison que la quantité d'aliments nécessaires pour l'entretien de la vie, pour la formation et la revivification du sang doit être en rapport direct avec la quantité d'oxygène absorbée; et c'est en effet ce qui arrive. L'enfant, dont les organes respiratoires sont plus actifs que ceux de l'adulte, prend, toute proportion gardée, plus de nourriture que ce dernier. L'homme qui agit, qui respire plus vile par conséquent, mange plus que celui qui garde le repos ; et la quantité d'oxygène inspiré par le poumon dépend non seulement du nombre des inspirations, mais encore de la température et de la densité de l'air. En biver comme en été, aux pôles comme sous l'équateur, au bord de la mer comme sur le sommet des montagnes , nous respirons le même volume d'air, mais non le môme poids; en hiver, aux pôles, au bord de la mer, cet air, plus condensé, contient plus d'oxygène ; il y a donc , sous l'influence de
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ces circonstances, nécessité d'une plus grande réparation que pendant l'été, que sous la zone torride, que sur le sommet des Alpes , et non seulement la réparation doit être plus grande, mais la proportion d'aliments Don azotés doit augmenter. En effet, l'homme mange bien plus de viande dans les contrées septentrionales que sous les Lropiqnes, où la nourriture est presque entièrement végétale. L'habitant du nord s'abreuve à longs traits de liqueurs ferroentées où prédomine le carbone, tandis que l'Arabe prend tout le jour du café contenant une notable quantité d'azote. La nature elle même a indiqué cette hygiène, ce régime de vie, ce genre de nourriture; les fruits des pays équinoxiaux contiennent à peine 42 / 100 de carbone, et la graisse, l'huile de poisson, si largement consommée par les peuplades hyperboréennes en contiennent so / 100 .
-Le malade soumis au traitement hydrolhérapique , quel que soit le climat sous lequel il se soigne, fait bien plus d'exercice que dans son état normal, la fraîcheur de l'eau remplace pour lui la fraîcheur de l'air, la réaction à laquelle son traitement l'oblige exige une réparation plus grande de forces, une hygiène et un régime à part.
Voilà pourquoi le lait, le beurre, la viande et toutes les substances les plus assimilables sont préférablement indiquées par le médecin hydropathe aux malades confies à ses soins. Voilà pourquoi ces malades mangent davantage et pourquoi ils revivifient leur sang, le modifient, le renouvellent, et voient guérir à leur grande satisfaction des maladies que l'on avait cru incurables, parce qu'elles avaient leur siège dans le torrent circulatoire, ou dans le système lymphatique ou dans le système nerveux. mm
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