‹ Dissertations sur la vérité de la religionChapitre 17 sur 53 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Preuves de V authenticité.

III. Je suppose un principe qui doit être la base de toute cette discussion : c'est qu'il est possible d'être assurée de l'authenticité d'un livre ancien. IL serait inutile de vouloir prouver celle de nos livres saints à des hommes qui auroient l'extravagance de prétendre qu'on ne peut jamais être sûr qu'un

ouvrage ancien, quel qu'il soit, est de l'auteur à qui on l'attribue. Vis-à-vis de ceux qui voudroient rejeter toute authenticité de tout livre, il n'y a d'autre parti à prendre que de les abandonner h leur absurdité; de même que ce seroit perdre son temps que de vouloir prouver la chose la plus claire à un pyrrhonicn absolu-, qui s'obstineroit à douter de tout. Aussi le pyrrhonisine sur l'authenticité des écrits est universellement regardé comme ridicule; et on sait avec quel mépris il a été reçu quand on a voulu le produire.

Il n'y a pas d'homme raisonnable qui ne croie fermement, et sans aucun doute, que les poésies d'Homère et de Virgile^ les harangues de Démosthènes et de Cicéron , les histoires de Thucydide et de Tacite, les ouvrages philosophiques de Platon et d'Aristote , sont véritablement de ces auteurs. Au reste, ce ne sont pas les incrédules de nos jours qui pourroient nous faire cette difficulté : ils nous objectent divers auteurs., Tite-Live, Tacite, Suétone, Cicéron, Josephe; ils reconnoissent donc l'authenticité de leurs ouvrages. Ainsi, en niant qu'on puisse être sûr de l'authenticité d'un écrit ancien , non seulement ils heurteroient le sens commun et la persuasion universelle, mais ils se contrediroient euxmêmes.

Ce principe incontestable posé, je dis qu'il ne nous est pas venu de l'antiquité un ouvrage dont l'autenticité soit plus évidemment prouvée que celle du Nouveau Testament; et qu'aucune authenticité n'est certaine, si cdle-là ne l'est pas. Je vais plus loin : je prétends que les preuves de l'authenticité de nos saints livres sont et plus multipliées et plus fortes que celles qu'on peut apporter en faveur de tous les autres livres quelconques (2).

IV. Les motifs sur lesquels on est persuadé qu'un ouvrage et véritablement de l'auteur dont il porte le nom, sont :

Que tout, dans cet ouvrage, soit conforme aux circonstances historiques, aux mœurs, aux usages du temps et du pays où on dit qu'il a été? composé;

Qu'on y trouve des indications positives que c'est dans ce temps qu'il a été écrit;

Qu'il ait été alors très public ;

Que dans les temps voisins on l'ait généralement attribué à cet auteur ;

Qu'il ait été cité par d'autres auteurs contemporains, ou peu postérieurs;

Qu'une tradition continue et bien' constante, depuis le temps de l'auteur, le lui attribue;

Que ceux mêmes qui auroient pu avoir

intérêt à contester l'authenticité, en soient convenus;

Que la supposition n'ait pu être faite par aucune personne ;

Qu'elle ne puisse être fixée à aucune époque.

Il n'est pas même nécessaire , pour être fermement convaincu de l'authenticité d'un livre , de réunir l'universalité de ces preuves : et si on vouloit les exiger toutes, je demande quel est l'ouvrage profane qu'on pourroit croire authentique? Si donc je p'uis montrer que nos livres sacrés réunissent tous ces caractères , j'aurai déraonstralivement établi non seulement qu'ils sont authentiques , mais qu'il n'en existe aucun autrc i dans le monde, dont l'authenticité puisse leur être comparée.

V. J'ouvre d'abord les livres du Nouveau Testament , et j'examine leur contenu. Je ne vois rien dans les discours , dans les actions de Jésus-Christ et de ses disciples, qui ne soit parfaitement conforme aux circonstances personnelles ou locales du temps et des pays dont il est parlé. Je vois, au contraire, l'histoire de l'évangile, et celle des Actes des apôtres liées, dans beaucoup d'endroits, à l'histoire civile, et partout y cadrant exactement. Je vois un grand, nombre

de faits particularisés, et Ions les détails se rapportant aux lois , au gouvernement , h la religion, aux mœurs, aux usages, soit des Juifs, soit des autres peuples. Nulle part je ne découvre la plus légère dissonnance. II n'est nullement aisé de faire adopter un ouvrage supposé, et de ne pas donner quelque prise à la critique , qui est si soupçonneuse et si éclairée. Combien de livres , que les plus légères différences avec quelques usages du temps ou du lieu font rejeter comme faux, ou suspecter comme douteux ! Ce qui seroit difficile pour un seul ouvrage , le devient bien davantage encore , quand on pense qu'il s'agit de plusieurs écrits attribués à divers auteurs; quand il faudroit y mettre, comme dans nos livres , la marque des différentes mains qui les auroient composés, et en effacer la trace du temps où ils auroient été fabriqués. Un faussaire qui auroit voulu faire une pareille supposition , auroit - il osé y mettre tant de particularités , tant d'indications de personnes , de lieux , de circonstances? N'auroit-il pas craint de se trahir par quelque endroit? S'il avoit eu la hardiesse maladroite d'entrer dans tous ces détails , auroit -il pu réussir à imiter si parfaitement , dans toutes les parties, ce qui auroit dû être dit dans le temps et parles personnes, qu'il

fut impossible de découvrir la Irace de sa fraude ?

VI. Ce n'est pas tout. Nous voyous dans les évangiles plusieurs variétés, qui appartiennent aux circonstances des temps différens où ils ont été écrits , et des objets divers pour lesquels ils l'ont été. J'en citerai seulement deux exemples : saint Mathieu écrivoit son évangile en hébreu, et spécialement pour les Juifs convertis à la foi : en conséquence il s'attache plus que les autres évangélistes à rapporter et h appliquer à Jésus- Christ les prophéties de l'Ancien Testament , afin de montrer aux Juifs qui y croyoient, l'accomplissement de ces oracles dans la personne du Sauveur. Saint Jean , qui écrivoit son évangile beaucoup d'années après les autres, et dans un temps où il s'étoit élevé des hérésies sur la divinité de Jésus-Christ et sur la réalité de sa chair, insiste particulièrement, et plus que tous , sur les déclarations que son maître avoit faites de sa divinité (5).

Nous lisons aussi dans les trois premiers évangélisles les prophéties de Notre-Seigneur sur la destruction de Jérusalem : il éloit utile de lès rapporter avant l'événement , pour établir et confirmer la foi. Saint Jean , qui écrivoit après la prise de cette ville , n'en parle pas, parce que son récit n'auroit plus eu le

méuie effet. Un faussaire, fabricant des évangiles postérieurement au temps des évangélistes, auroit-il imaginé d'adapter avec cette justesse les divers évangiles à des circonstances qui alors auroient été aussi éloignées de lui ? Concluons donc que tout le Nouveau Testament décèle si parfaitement le temps apostolique , qu'il est déraisonnable de le rapporter à un autre temps.

VIL Voici un autre preuve que le Nouveau Testament est réellement de ce tempslà : c'est qu'à la seule inspection des livres dont il est composé, on voit clairement que tous (excepté les ouvrages de saint Jean, son. évangile, son Apocalypse, et peut-êlre ses épîtres ) ont été écrits avant la ruine de Jérusalem. Il est parlé très souvent, au livre <les Actes des npôtres , dè Jérusalem et de son temple , comme de choses alors existantes :

les épîtres de saint Paul le supposent aussi évidemment. Mais avant d'écrire le livre des Actes, saint Luc avoit composé son évangile; il le dit expressément (4). Voilà donc évidemment un des évangiles antérieur à la destruction de Jérusalem. Or, il est certain, par le témoignage de toute la tradition , que les deux évangiles de saint Matthieu et de saint Marc avoient été écrits avant celui-là, et que saint Luc n'a été que le troisième qui ait

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publié un évangile : il n'est pas nécessaire de m 'arrêter à prouver une vérité qui, je crois, n'a jamais élécontestée.IIrésulle de là évidemment que ces trois évangiles sont antérieurs à la subversion du peuple juif. Nous en avons encore un lémoin d'une grande autorilé; c'est le pape saint Clément, disciple des apôtres, qui , dans sa première lettre , écrite vers l'an 68 de notre ère, cite plusieurs fois les évangiles, ainsi que nous allons le voir, et qui, de plus, parle de l'exercice de la religion judaïque dans le temple de Jérusalem, comme 4 d'une chose alors existante (5). Dès que ces livres sont antérieurs à la prise de Jérusalem , ils sont incontestablement du temps des auteurs auxquels on les attribue. La ruine de cette ville est de l'an 70 de notre ère; le martyre 1 de* saint Pierre et de saint Paul, de Tan 66; celui de saint Marc, de l'an 68; saint Jacques avoit subi le sien en l'an 61 ; quant à saint Luc , il a survécu de beaucoup h tous ces temps-là. Il est donc incontestable que les livres du Nouveau Testament ont été écrits et publiés dans le temps des auteurs auxquels on les attribue.

YIIL Si on veut nier l'authenticité des évangiles , il faut contester aussi cello de tous les autres livres du Nouveau Testament, ils sont tous intimement liés entre eux; quoi-

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q.ue distincts , ils forment un ensemble. Le livre des Actes suppose lès faits rapportés dans les évangiles ; les épilres apostoliques rappellent aussi ce qui est contenu, soit dans les évangiles, soit au livre des Actes ; mais nier l'authenticité de ces épHres , c'est se jeter dans des difficultés insurmontables, ou , pour mieux dire , dans des absurdités intolérables. Veut-on que ces épHres n'aient pas été écrites? Aiine-t-on mieux qu'elles l'aient, été par un personnage supposé? A qui imaginera- t-on de persuader qu'on a fait à la fois illusion à tous les néophytes de différens pays , de Rome , de Corynlhe , d'Ephèse , de Xhessalonique , etc. ; et qu'on leur a fait ih lusion au point de leur persuader qu'ib avoient, reçu de saint Paul des lettres que dans le fpit ils n'auroient jamais vues? Comment tous ces fidèles auroient-ils pu $€ tromper sur l'auteur de ces lettres , quand ils y lisoient dos réponses h des questions qu'ils avoient proposées h l'apôtre sur divers points de discipline et de morale , sur les viandes offertes aux idoles , sur les observances légales , sur l'Eucharistie , sur le mariage et la virginité ? Quel faussaire auroit voulu , auroit pu se faire prendre pour saint Paul , en annonçant h ces églises , tantôt qu'ils les a visitées , tantôt qu'il, compte les revoir

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incessamment; ailleurs, qu'il leur envoie un de ses disciples ? Pour faire toutes ces suppositions , il faut supposer le trompeur et les trompés imbécilles au point où aucun homme ne Test.

XI. Si dans les commencemens du christianisme on voyoit les livres du Nouveau Testament tenus secrets , et publiés seulement quelques années après, on pourroit plus aisément soupçonner qu'ils auroient été supposés. Mais, au contraire, nous les voyons, dès les premiers temps , répandus universellement et avec profusion. Eusèbc rapporte que beaucoup de disciples de ce temps primitif, abandonnant leur patrie, alloicnt exercer le ministère évangélique , annoncer Jésus- Christ aux peuples qui/ n'en avoient pas encore entendu parler, s'empressant avec ardeur de leur donner les livres des saints évangiles; et qu'ils ne parloient de ces pays, pour aller répandre ailleurs la foi , qu'après y avoir établi des pasteurs, à qui ils confioient le soin de leur nouvelle plantation (6). Nous apprenons de saint Justin, qui écrivoit dans le milieu du second siècle, que ce3 livres, qu'il appelle les commentaires des apôtres, éloient lus publiquement le dimanche dans les églises (7). ïertulien , qui florissoit à la fin du même siècle , dit

que de son temps les originaux des lettres des apôtres , conservés dans les églises auxquelles ils les avoient écrites , y éloient lus publiquement (8). Nous ne cachons pas nos livres, dit -il ailleurs, et beaucoup de circonstances les font passer aux mains de ceux qui sont étrangers à la religion (9). Origèue prouve l'avènement du Messie et par lies prophéties et par les écrits apostoliques , qu'on met constamment enlre les mains de ceux qui sont en état de les entendre (10). C'étoit pour donner à ces saintes écritures la plus grande publicité, que la plupart avoient été écrites en langue grecque, la plus usitée qui fût alors, qui étoit la langue naturelle de beaucoup de pays , la langue savante de tous les autres, et qui étoit connue de tous les hommes éclairés. Et pour qu'elles fussent encore plus répandues et mieux connues de toutes les classes d'hommes , on les traduisit bientôt dans toutes les langues. Les apôtres ont fondé des églises dans un grand nombre de régions éloignées les unes des autres. Ce fait ne p<eut pas être et n'est pas contesté. On trouve les livres du Nouveau Testament répandus et lus dans toutes les églises , dès les premiers temps de leur fondation , et immédiatement après les apôtres. Il est donc certain que c'étoient les apôtres, ou los hommes aposto-

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lîques, qui leé leur avoient donnés en les fondant. Il seroit ridicule d'imaginer une supposition de livres, exécutée dans aussi peu de temps et dans autant de pays divers.

X. On ne peut pas douter qu'un livre ne soit de l'auteur auquel il est attribué, quand on le voit cité,, d'abord par les contemporains de cet auteur, qui ont vécu avec lui; ensuite successivement par d'autres écrivains, qui de génération en génération rendent témoignage à l'authenticité. Cette chaîne d'attestations forme une démonstration irrésistible. C'est ce que peuvent présenter bien pou d'ouvrages anciens, sur lesquels cependant on n'a •aucun doute; et c'est ce que la Providence a voulu réunir, pour réfuter d'avance, par l'organe des témoins les plus respectables , tout ce qu'on pourroit opposer dans la suite h l'authenticité des saints livres qu'elle a inspirés.

XL Saint Clément, qui fut le troisième successeur de Saint Pierre sur le siège de Rome , avait beaucoup vécu avec les apôtres, spécialament avec Saint Pierre et Saint Paul. Les citations qu'il fait de nos livres sacrés prouvent donc : i° que ces livres sont antérieurs à ce qu'il a écrit, et par conséquent du temps des apôtres ; â° qu'ils sont véritablement des hommes apostoliques & qui l'kglise les

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attribue, et qu'il avoit long-temps connus.

Dans sa première épître aux Corinthiens , qui est incontestablement de lui , il rapporte les paroles de Jésus -Christ tirées du chapitre IV de l'Évangile de saint Luc : t Faites » miséricorde pour obtenir miséricorde; re- » mettez , et il vous sera remis. Comme vous » fa if es il vous sera fait : la mesure dont » vous aurez usé , sera celle qu'on emploiera d envers vous (11). » Dans un autre endroit il présente de même , comme sorti de la bouche du Seigneur, ce qui est dit au chapitre XVIII de Saint Matthieu , au chapitre IX de saint Marc, et au chapitre XVII de saint Luc : « Malheur a cet homme ! Il seroit bon pouiw » lui qu'il ne fût pas né, plutôt que de scan- » daliser un de mes élus : il vaudroit mieux t pour lui qu'on lui attachât une meule au » cou et qu'on le jetât dans la mer , que i de scandaliser un des petits (12). » J'observe , sur ces deux citations , que saint Clément ne prétend pas apprendre aux Corinthiens ces préceptes de Jésus-Christ, tirés des évangiles; il les leur rappelle, il leur dit de s'en souvenir. Ils étaient donc connus auparavant. Les évangiles étoient donc très publics avant Tépllre de saint Clément, c'est à dire deux ans après la mort de saint Pierre et de saint Paul.

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Je cite avec moins de confiance là seconde épître de saint Clément, parce qu'il n'est pas également cerlain qu'elle soit de lui. Cependant , comme le plus grand nombre des savans la lui attribuent , je crois pouvoir présenter plusieurs textes des évangiles qui y sont rappelés. Il rapporte dans un endroit ces paroles du Sauveur , tirées du chap. IX de saint Matthieu : « Je suis venu appeler , » non les justes* mais les pécheurs (i5). »

Dans un autre , celles-ci , tirées du même évangéliste , chapitre X : t Celui qui me con- » fessera devant les hommes , je le confes- » serai devant mon père » Dans un •

troisième , celles-ci , d'après le chapitre XVII du même : « Tout homme qui me dit : Sei- » gneur, Seigneur, ne sera pas sauvé; mais

• celui qui opère la justice (i5). • Et ces autres , dont une partie se lit au même chapitre : t Si vous êtes assemblés en mon nom , » et si vous n'observez pas mes commandei. mcirts , je vous rejetterai , et je vous dirai : » Retirez-vous de moi; je ne sais d'où vous » êtes, ouvriers d'iniquité (16). » Plus bas il rappelle les maximes rapportées aux chapitres VI et XVI de saint Matthieu, et au chapitre XVI de saint Luc : « Que nul ne peut

• servir deux maîtres; qu'on ne peut pas ser- » vir à la fois Dieu et l'avarice; qu'il ne sert

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» de rien de gagner tout le monde , si on » perd son aine (17). » Plus bas encore il répète ce que le Seigneur a dit dans l'évangile (c'est celui de saint Luc, chap. XVI ) : « Celui qui est fidèle dans les petites choses » est aussi fidèle dans les grandes (18). »

Enfin , pour terminer cette longue suite de citations , il dit qu'il a été déclaré par Jésus- Christ, a Que ceux-là sont ses frères, qui 0 font la volonté de son père (19); » ce que l'on trouve au chap. XII de saint Matthieu.

Je dois observer ici qu'on ne voit point dans les lettres de saint Clément de citations de l'évangile de saint Jean : cela ne pouvoir pas être; saint Clément est mort long-temps avant que saint Jean n'eût publié son évangile. Mais il est impossible , en voyant plusieurs textes des premiers évangiles cités par saint Clément, disciple et compagnon de plusieurs apôtres, de se refuser à la conséquence* que ces saints écrits sont authentiques.

Dira-t-on, pour affaiblir celte autorité,, que saint Clément ne nomme pas positivement les évangélistes ; que ce n'est peut-être pas* des évangiles qu'il a tiré les paroles de Jésus- Christ qu'il rapporte, et qu'il peut les avoir k apprises par tradition? C'est une des objections auxquelles je répondrai dans l'article suivant. Je me contenterai ici d'observer que

parmi les passages cités de saint Clément, il y en a qui repoussent formellement l'idée qu'ils soient cités d'après la tradition. Ce saint pontife dit dans l'un , qu' une écriture rapporte ; dans un autre, que Jésus-Christ dit dans l'évangile. C!est donc d'après une écriture, ç'est d'après un évangile, qu'il rapporte les discours du Sauveur.

Xll. Il y a parmi les savans quelques doutes sur l'authenticité de * l'épi tre de saint Barnabé; mais la plupart la lui attribuent.

On ne peut pas d'ailleurs douter que ce ne soit, au moins, un monument de quelque personnage apostolique , quand on la voit citée avec respect sous le nom de cet apôtre par saint Clément d'Alexandrie (20) et par Origène (21). Or, dans cet épître, nouslisons deux citations des évangiles ; l'une , du discours de notre Seigneur, • qu'il est » venu appeler, non les justes, mais les » pécheurs (22); » l'autre, de ce précepte du Sauveur : «Donnez à quiconque vous » demande (23). »

A la suilc do saint Clément et de saint Barnabe, nous pouvons appeler en témoignage plusieurs autres ailleurs très respectables, qui vivoient très peu de temps après eux, qui avoient été disciples de l'apôtre saint Jean, et que Ton appelle comme eux , par cette

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raison , pères apostoliques. Il étoit impossible que ces hommes, instruits par un apôtre qui étoit lui-même évangéliste, ne sussent pas positivement si les évangiles éloient ou n'étoient pas des auteurs dont ils portent les noms. Lors donc que nous les voyons rapporter des textes des évangiles, et les citer comme les propres paroles de Jésus-Christ, nous pouvons être assurés que les évangiles existoient du temps des apôtres; que c'éloient les apôtres eux-mêmes qui les donnoient à leurs disciples, et- que par conséquent leur authenticité est incontestable.

XIII. Le premier de ces pères est saint Ignace , évêque d'Anliochc , et martyrisé l'an 107, danS un âge avancé. Il étoit, c'est lui-même qui l'atteste, un de ceux qui avoient vu Jésus -Christ dans sa chair après sa résurrection (24) ; il avoit conséquemment dû connoîlre personnellement les apôtres et plusieurs des premiers disciples du Sauveur.

IL avoit spécialement passé une grande partie de sa vie avec saint Jean. Ce Saint docteur , dans plusieurs de ses lettres, emploie souvent des passages , soit des évangiles , soit des épîtres apostoliques. Ici , il rappelle ce que dit Noire-Seigneur dans saint Matthieu , chapitre XII, et dans saint Luc, chapitre VI, «que l'arbre se connoît à ses fruits (s5); »

là , que Jésus-Christ est baplisé par saint Jean , t pour remplir toute justice (26),»* ainsi que le dit saint Matthieu au chapitre III; dans un autre endroit, ce que recommande le Seigneur, au chapitre X de saint Matthieu , « d'être prudent comme le serpent, et simple » comme la colombe (27). » Il cite aussi plusieurs fois les épitres de saint Paul : par exemple, lorsqu'il dit ce que recommandoit l'apôtre aux fidèles de Corrnlhe , a* d'être » parfaitement unis dans le même senti- » ment , et d'êlrc tous unanimes dans leurs » discours (28) ; » et quand , après avoir parlé des injures qu'on lui fait souffrir, il répète, d'après saint Paul, «que pour cela » il n'est pas justifié (29). »

XIV. Saint Polycarpe , lié d'amitié avec saint Ignace , quoiqu'il fût beaucoup plus jeune , avoit été aussi disciple de saint Jean. Nous avons- de lui une épîlre aux Philippiens, dans laquelle il cite plusieurs passages des évangélistes , entre autres ceux-ci de saint Luc, chapitre VI : «Ne jugez point, pour r. n'être pas jugés : remettez , et on vous re- » mettra ; on vous mesurera sur la mesure » dont vous aurez usé; » et ces autres du chapitre V de saint Matthieu : « Bienheureux les » pauvres, et ceux qui souffrent persécution » pour la justice, parce que le royaume de

» Dieu est à eux (3o) ! On y lit aussi ces paroles du chapitre IV de saint Matthieu : * Ne » nous induisez pas en tentation; » et celles rapportées par saint Matthieu , chapitre XXVI , et par saint Marc, chap. XIV : « L'esprit est » prompt et la chair est foible (3 1 ). »

XV. Papias , évêque d'Iliérapolis , . vivoit dans le même temps que saint Polycarpe. Son ouvrage en cinq livres, intitulé Exposition des discours du Seigneur, n'est point parvenu jusqu'à nous; mais Eusèbe raconte de lui diverses particularités , et rapporte plusieurs fragmens de son ouvrage. Papias n'avoit été disciple d'aucun des douze apôtres , il ne les avoit pas même vus; mais il s'étoit informé avec soin, auprès de ceux qui les connoissoient, et qui étoient dans leur intimité, de ce qui concerne la foi. Quand je rencontrois, dit-il , quelque ancien qui eût vécu avec les apôtres, je m'informois avec soin de ce qu'ils avoient enseigné; de ce qu'avoient dit André, Pierre, Philippe, Thomas, Jacques, Jean, Matthieu , ou quelque autre disciple du Seigneur; de ce qu f avoient dit enfin Aristion et Jean , prêtres , lesquels étoient aussi du nombre des disciples du Seigneur (52). Eusèbe ajoute que Papias avoit été disciple particulièrement d'Arislion et du prêtre Jean (33), et il rapporte ce que ce prêtre , différent

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de l'apôtre du même nom, lui avoit appris. Il me disoit , c'est Papias qui parle , que Marc, qui éloit interprète de Pierre, avoit écrit tout ce qu'il coiiservoit dans sa mémoire» avec exactitude, mais non dans Tordre où lé Seigneur l'avoit dit ou fait.

Quant à saint Matthieu, reprend Eusèbe , Papias raconte de lui qu'il a écrit en hébreu l'évangile des oracles et des actions de Jésus- Christ , que chacun a'intcrprété comme il le pouvoit. Le même auteur, ajoute Eusèbe, a aussi employé les témoignages de la première épftre de saint Jean , et de la première de saint Pierre (34). Voilà donc deux évangiles et deux épitres apostoliques dont l'authenticité est garantie par Papias. L'autorité de cet écrivain est très grave, puisque non seulement il parle d'après les récits que lui avoient faits ceux qui avoient vécu familièrement avec les disciples de Jésus-Christ , mais qu'il rapporte ce que lui avoit positivement dit un de ces disciples. Son témoignage nous représente celui du prêtre dont il le tenoit. Sa narration prouve démonstrativement que les écrits dont il parle étoient , dès les commencemens du christianisme , connus et attribués aux auteurs dont ils portent les noms.

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