‹ Dissertations sur la vérité de la religionChapitre 18 sur 53 · XVI. De tous les disciples dfes apôtres · texte numérisé non relu

XVI. De tous les disciples dfes apôtres

dont les écrits sont parvenus jusqu'à bous»

le seul que je n'aie pas cité est Hermias , auteur du livre intitulé te Pasteur, et que Ton croit être le même dont parle saint Paul dans son épîlre aux Romains : c'est qu'on ne yoit pas dans son ouvrage , comme dans ceux des autres pères apostoliques , des passages précis du Nouveau Testament , textuellement rapportés. Mais si je ne crois pas devoir faire usage de son autorité, les incrédules peuvent encore .moins tirer avantage de son silence. Si aucun texte du Nouveau Testament n'est rapporté par lui dans ses propres termes , il fait beaucoup d'allusions manifestes, spécialement à l'évangile de saint Matthieu et aux épStres de saint Paul , et il dit beaucoup de choses qui en sont clairement tirées. Entre plusieurs exemples que je pourrois rapporter, je me contente de produire un petit nombre de passages (35).

Des pères apostoliques , passons à ceux de l'âge suivant , qui n'ont pas été immédiatement disciples des apôtres , mais qui sont plus reculés d'un degré, et qui ont reçu la foi de ceux à qui les rçpôtres l'a voient enseignée. Nous trouvons aussi dans leurs écrits la preuve que nos livres saints étoient connus , cités et révérés par eux, comme les véritables ouvrages des apôtres et des premiers disciples du Sauveur.

XVII. Le premier est saint Justin , d'abord philosophe , converti à la foi chrétienne à l'âge de trente ans , martyrisé en 167 , un an après saint Polycarpe. Né en Palestine , au commencement du second siècle, , il a dû connoître beaucoup de personnes qui avoient vécu avec saint Siméon, disciple et proche .parent de Jésus-Christ, et second évêque de Jérusalem , couronné de la palme du martyre en 107. Saint Justin a dû vivre aussi avec des disciples de l'apôtre saint Jean , mort vers l'an 100 de l'ère chrétienne. Il ne peut pas y avoir de doute que ce saint docteur n'ait connu, et révéré comme le dépôt sacré de la foi , nos livres saints. Dans sa première apologie de la religion, qu'il présenta, vers l'an i5o , aux empereurs Antonin-le-pieux, Marc- Aurèle et Vérus, au sénat et au peuple, il dit, „ copame nous l'avons vu , que les commentaires des apôtres sont lus dans les assemblées des fidèles. Il avoit dit auparavant que ce qu'il nomme commentaires des apôtres est ce qu'on appelle communément évangiles ; et la preuve sans réplique que c'est de nos évangiles qu'il parle, est qu'au même endroit il rapporte , comme tirée de ces commentaires, l'institution de l'Eucharistie, dans les propres termes employés par saint Matthieu, saint Marc etsaiut Luc (3b). Dans toute la suite

de ses ouvrages, il suppose la vérité de l'Histoire évangélique. Il s'attache surtout, dans son dialogue avec le juif Tryphon , à montrer l'accord parfait des prophéties judaïques avec les faits de la vie de Jésus-Christ , tels que. nos évangélistes les racontent. Enfin, dans beaucoup d'endroits , il cite formellement les évangiles , présentant textuellement leurs expressions. Il seroit beaucoup trop long de rapporter ici toutes ces citations : je me contente d'en indiquer quelques - unes , tirées seulement d'une partie de sa première apologie (37).

XVIII. ïalien, disciple de saint Justin , composa, peu après le martyre de son maître, un ouvrage contre le paganisme, intitulé Discours aux Grecs. 11 y rapporte dans deux endroits des passages tirés du premier chapitre de l'évangile selon saint Jean (58). Une autre preuve que cet écrivain connoissoit nos évangiles , et les regardoit comme les fondemens de la foi, transmis par les apôtres , c'est que lorsqu'il fut malheureusement tombé dans Thérésie , et qu'il se fut fait chef de la secte des encratites , il ne contesta pas l'authenticité de ces livres sacrés, qui le condamnoient formellement; il imagina de les tronquer, et de les accomtnoder à ses erreurs : il composa , au rapport d'Eusèbe , de saint Epi-

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phane et de Théodoret, un ouvrage qu'il intitula Diatessaron , ce qui veut dire , seloû tes quatre ; lequel n'était autre chose qu'une collection et une su* te de textes tirés des quatre évangiles, et une sorte de concordance formant une histoire suivie du divin Sauveur. Il n'ajouta rien au texte des évangiles , mais il en retrancha ce qui éloil contraire à sa doctrine réprouvée, spécialement les généalogies de notre Seigneur, et tous les passages qui le présentent comme le descendant de David , selon la chair (39). Si au temps de Ta tien, c'est-à-dire au second siècle, nos quatre évangiles n'avaient pas été connus, Ta tien auroit-il pu en former son ouvrage? S'ils a voient été regardés alors Comme des écrits apocryphes et faussement attribués aux premiers fondateurs de la religion , Tauroit-il voulu ?

XIX. On croit communément qu'Hermias a écrit, peu de temps après saint Justin et Tatien, son ouvrage contre les philosophes païens. Il le commence par un passage de la première épître de saint Paul aux Corinthiens (/jo).

XX. Athénagore, qui étoit du même siècle, a publié en 177 une Apologie de la religion. Il y cite de môme plusieurs fois les paroles du Sauveur, telles que nous les voyons dans les évangiles (4i).

XX. A peu près dans le même temps qu'Athénagore écrivoit son Apologie , Théophile, évcque d'Antioche , composoit son ouvrage en trois livres , adressé h Autolycus. Ç'es]t pareillement une défense de la religion çhrétienne, et il y rapporte de même plusieurs passages du Nouveau Testament

XX1L L'autorité de saint Irénée est d'un poids immense dans celte matière , non seulement parce qu'il est, comme les auteurs dont nous venons de parler , très voisin du temps apostolique , mais parce qu il avoit été , dans sa jeunesse , disciple d'un respectable personnage de ce temps. Dans une lettre à Florenus , dont JSusèbe pou* a ponservé le fragment* saiçt lignée rapporte combien il avoit coqnu saipt Polycarpe ; il raconte ce que ce grand évêque lui ayoit dit de la fajnilia^ r ilé dans laquelle il avoit yjécp avec l'apôtre saint Jean et avec plusieurs autres dispiples qui avoient vu le peigneur, et de ce qu'il avoit appris d'eux j&ur la personne jiu Sauveur , sur ses miracles , sur sa doctrine. Saint PQlycarpe, ajoute -t- il, rapportoit exactement, d'après eux, tout ce qu'ils lui avoient appris; et il étoit en tout d'accord avec la sainte écriT ture (43)- 11 est impossible quo saint Irénée, qui tenoit les évangiles , non pas précisément de |a première main, mais de la seconde; cju|

avott continuellement entendu parler h son maître des évangiles ; qui admiroit le rapport entre les instructions de son maître et les évangiles , ne sût pas positivement de qui étoient les évangiles : or, il s'exprime, sur Tanthenticité de ces saints livres , de ta manière la plus positive; il semble qu'il ait prévu qu'un jour elle scroit contestée.

Nous ne connoissons , dit-il , ce qui nous dispose au salut , que par ceux de qui l'évangile est parvenu jusqu'à nous; qui d'abord l'ont prêché; qui ensuite, par la volonté de Dieu , nous l'ont transmis par écrit , pour être le fondement et la colonne de notre foi. Ainsi Matthieu, parmi les Hébreux, a écrit dans leur langue l'évangile que Pierre et Paul sont allés publier en fondant les églises. Après leur départ , Marc , disciple et interprète de Pierre , nous a fait passer par écrit ce qui avoit élé annoncé par Pierre. Luc , suivant de Paul , a enseigné dans un livre l'évangile qu'il prêchoit; et après cela , Jean, disciple du Seigneur, qui a été appuyé sur son sein , a aussi publié un évangife , lorsqu'il demeuroit à Ëphèse (44) • Saint Irénée dit plus bas qu'il n'y a ni plus ni moins de quatre évangiles, et il en donne une raison mystique tirée des quatre régions du monde, dan$ lesquelles l'Eglise est disséminée (45). '

fi8 DISSERTATIONS

Il combat les diverses hérésies par l'aveu qu'elles font de l'autorité des évangiles, laquelle est, dit-il, tellement assurée , que les hérétiques mêmes lui rendent témoignage, et s'efforcent d'en faire le fondement de leur doctrine : lès ébionites usent du seul évangile de saint Matthieu : Marcion reconnoit celui de saint Luc , qu'il tronque et altère h sa manière; ceux qui séparent Jésus du Christ, disant que c'est Jésus quia souffert, et que Je*Christ est impassible , préfèrent l'évangile de saint Marc; les valentiniens se servent de celui de saint Jean. Puis donc, conclut-il, que ceux qui nous contredisent rendent témoignage à ces livres, et en font usage , c'est avec vérité et avec force que nous les produisons (46). Tout raisonnement que l'on pourroit faire , d'après ces passages , seroit inutile, tant ils sont clairs et démonstratifs. Pour y répondre , il faudroit soutenir que >aint Irénée ou a été induit en erreur, ou a vouiu y induire. Il est difficile de décider laquelle des deux assertions seroit la plus absurde. Je ne crains pas de l'avancer; n'eusnions-nous que le seul témoignage de saint Irénée , l'authenticité de nos évangiles seroit complètement démontrée.

XXIII. Tertulien écrivoit , à la fin du second siècle , contre Marçion. Cet béré-

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siarqtic , ainsi que nous venons de le voir, rejetant l'autorité des autres évangiles , ne reconnoissoit comme véridique que celui de saint Luc, auquel encore il avoit fait des changeuiens. Il ne s'agit pas ici de ces altérations; nous verrons dans le chapitre suivant ce qu'en dit Tertulien. Pour établir l'autorité des trois autres évangélistes , il commence par poser en thèse , que l'évangile a eu pour auteurs les apôtres , et avec eux les hommes apostoliques qui les avoient eus pour maîtres; et que notre foi est fondée, parmi les apôtres, sur Jean et Matthieu; parmi les hommes apostoliques, sur Luc et sur Marc (47)« H prouve ensuite cette vérité par deux raisons : par l'ancienneté et par l'universalité ; parce que ces évangiles existent dans les églises apostoliques , depuis leur fondation par les apôtres , et parce qu'Us sont reconnus par la totalité' de ces églises , et aussi par toutes les autres. Il conclut , en demandant à Marcion pourquoi , rejetant les autres évangiles , il n'admet que celui de saint Luc , puisqu'ils sont tous également reçus dans l'universalité des églises, et depuis le

commencement (48).

J'observe , sur ce* passages de Tertulien , qu'il se sert , pour prouver Pauthencité du Nouveau Testament , de la même preuve que

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nous employons , de la tradition de toutes les églises depuis le temps des apôtres. Je viens d'établir celte tradition par l'autorité de tous les pères apostoliques et de leurs suçcesseurs immédiats. Mais j'aurai occasion incessamment de revenir sur le raisonnement très fort que fait ici Terlulien.

XXIV. Que saint Clément d'Alexandrie, contemporain de Tertulien , ayant été mis à la tête de l'école d'Alexandrie en Tan 189, ait connu et cité , comme étant des auteurs auxquels nous les attribuons, les livres du Nouveau Testament , c'est ce que démontrent une infinité de passages de ce père. Contentons-nous d'en rapporter quelques-uns relatifs à plusieurs de nos saints livres (49).

Je ne pousserai pas plus loin que le second siècle cette suite de témoignages qui attestent l'authenticité du Nouveau Testament , parce que nos adversaires eux-mêmes conviennent qu'à celte époque toute l'Eglise en étoit convaincue. Je m'arrête seulement à considérer la conséquence évidente qui en résulte.

XXV. Tout ouvrage est nécessairement antérieur aux ouvrages dans lesquels il est cité : donc les livres du Nouveau Testament ont été écrits avant ceux des élèves des apôtres ; donc ils sont du temps des apôtres euxmêmes.

SUA LA ftELlCIOtf. 5l

Nul ne peut mieux savoir si un ouvrage est de fauteur à tjui on l'attribue , d'abord <]ue ceux qui ont vécu avec lui , surtout s'ils oùt été ses disciples ; ensuite » que ceux qui ont vécu avec ses disciples , et qui ont été instruits par eux; enfiu , que ceux qui ont connu les élèves de ses disciples , qui ont eu avec eux de grandes relations , et qui ont reçu d'eux leur doctrine. Plus le témoignage est voisin du fait, plus il a de force. Plus les témoignages voisins du fait sonl nombreux # plus ils se fortifient réciproquement. Chacune des autorités que nous venons de rapporter» isolée, donneroit une raison suffisante de croire à l'authenticité du Nouveau Testament; réunies, elles forment une démonstration irrésistible*

Si l'on veut , après de si nombreux et de si graves témoignages , s'opiniâtrer à soutenir que nos livres saints ont ét£ supposés , il faut nécessairement prétendre aussi que les écrits de saint Clément , de saint Ignace, de saint Polycarpe , qui ont suivi immédiatement les apôtres, et qui les citent, ont été pareillement fabriqués après coup. Les pères qui ont remplacé ceux-là, saint Justin, Athénagore, Théophile, etc., citent aussi les évangiles. Dirat-on aussi que les ouvrages de ceux-là sont apocryphes? Descendons une

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génération. Saint I renée, Terlulicn , saint Clément d'Alexandrie se présentent ; ot il faut soutenir encore que les écrits qu'on leur attribue ne sont pas d'eux. Dans toute la suite du christianisme , les auteurs ecclésiastiques se tiennent les uns aux autres ; ils rapportent des passages des livres sainls,ct des auteurs qui les ont précédés : par là , ils sont des garants de l'authenticité et de l'écriture sainte» et des ouvrages de leurs prédécesseurs; ils forment une chaîne de témorgnages qui remonte jusqu'aux apôtres, et qui descend jusqu'à nous. Si te Nouveau Testament est supposé, tout ce qui existe d'ouvrages chrétiens , depuis l'origine de la religion , est apocryphe.

XXVI. Origène , qui suit immédiatement les pères que je viens de citer, ayant été disciple de saint Clément et son successeur dans l'école d'Alexandrie , avoit donc raison de dire : « C'est ainsi que je l'ai reçu par » tradition , au sujet des quatre évangiles, » qui seuls sont admis sans contradiction » dans toule l'Eglise de Dieu , qui est sous le » ciel (5o). » Cette tradition générale est la même chose que la perpétuité et l'universalité, que nous venons de voir Tertulien réclamer en faveur des livres saints. C'est le même raisonnement que font ces deux pèrea*

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tju'a v fait aussi saint Augustin (5i) , et que nous répétons avec confiance d'après ces grands défenseurs de la foi. Comment tant d'églises qui existoient de leur temps, qui étoient répandues dans tant- de pays éloignés les uns des autres , et différens entre eux de mœurs, de gouvernement, de langage, auroient- elles pu s'accorder à reconnoître les quatre évangiles que nous possédons aujourd'hui» comme les seuls véritables évangiles venus des apôtres, si elles n'avoient pas eu un motif général et commun à toutes ? Ce motif nous est expliqué par Origène. Chaque fidèle de tous les pays pouvoit dire comme lui : t C'est ainsi que je l'ai reçu par tradi- » tion. » Cette tradition existoit dans toutes les églises , parce que toutes avoient été fondées par les apôtres ou par leurs successeurs. À mesure qu'ils fondoient une église , ils lui remettoient le livre des saints évangiles , et y établissoient des pasteurs , ainsi que le rap porte Eusèbe (5a). Ces pasteurs ou évéques étoient spécialement chargés du dépôt : c'est le précepte que donne saint Paul au disciple qu'il avoit établi évêque à Ephèse (53). Or, le dépôt n'étoit autre chose que la saine doctrine, et les livres sacrés dans lesquels elle est consignée. Les évéques , rendus dépositaires , dévoient le garder avec soin , et le remettre

pur et entier à leurs successeurs» C'était Ik le principal canal de la tradition. Outre celui-là , elle découloit encore des pères aux en fan s , et des maîtres aux disciples. Une tradition de ce genre» bien établie dans une seule église, seroit déjà une preuve très forte en faveur de l'authenticité qu'elle attesteroit : mais quand on la voit générale dans toutes les églises, elle forme une démonstration à laquelle il est impossible de se refuser* Un effet absolument universel doit avoir une cause xommune; or , que l'on nous en indique une autre que l'origine apostolique de toutes les églises? Je conçois cet accord , quand je considère que chaque église a reçu ces livres saints de son fondateur; mais comment une telle unanimité auroit - elle pu s'établir après que ces églises auroient été fondées ? Quel homme auroit eu un pouvoir assez fort pour faire recevoir à quelques églises nos évangiles , comme les seuls venant des apôtres; , un pouvoir assez étendu pour les faire recevoir à toutes sans exception ; un pouvoir assez absolu pour les faire recevoir ainsi , sans réclamation ? La tradition que le& évangiles sont des auteurs dont ils portent les noms , remonte donc jusqu'à ces auteurs eux-mêmes , et elle forme une nouvelle preuve certaine de l'apostolicité de ces livres.

Pour sentir combien cetle démonstration , tirée de la tradition antique et universelle , avoit de force dans les bouches de Tertutien et d'Origène, considérons combien peu de générations il avoit fallu pour la transmettre jusqu'à eux. L'évangile de saint Matthieu a été écrit vers L'an Ao de notre ère; celui do saint Marc, quatre ou cinq ans après; celui de saint Luc, vers l'an 52. Quant à celui de saint Jean, il n'a été composé que dans les ^dernières années de cet apôtre , c'est-à-dire vers la fin du premier siècle. Tertulien a écrit à la fin du second siècle. Mais il faut considérer , d'une part , que les trois premiers évangélistes, les autres disciples du Sauveur, les fidèles à qui ils avoient remis leurs évangiles , ont survécu de beaucoup à l'époque de la composition des évangiles ; spécialement , nous apprenons de saint Jérôme que saint Luc a poussé sa carrière jusqu'à l'âge de 84 ans (54). H faut considérer d'autre part, que Tertulien étoit né long -temps avant d'écrire ses ouvrages. Il y a donc entre la mort des témoins personnels de l'authenticité des évangiles , et la naissance de ce doc teur un intervalle assez court : une ou tout au plus deux générations ont pu facilement le remplir. Quel est l'homme qui n'a pas vécu dans sa jeunesse avec des personnes de

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qui il a pu apprendre ce qui s'étoit passé cinquante ou même soixante ans auparavant; et q'ii , s'il parvient à un âge avancé , ne peut pas le redire, au bout du même temps , à des jeunes gens? Dans le fait, nous avonsvu saint Irénée , mort l'an 202 , c'est-à-dire Tannée même où Origène fut chargé de l'école d'Alexandrie , tenir les évangiles de la seconde main , et n'y avoir entre lui et l'apôtre saint Jean d'autre intermédiaire que saint Polycarpe* Et ce saint docteur parle d'autres anciens qui avoient vu non seulement saint Jean, mais les autres apôtres; qui avoient appris d'eux les mêmes vérités , et qui les attestaient d'après leur relation (55). C'étoit un point tellement important dans la religion , de savoir de qui étoient les livres fondamentaux de la foi , qui conlenoient les faits # les dogmes , les préceptes du christianisme i que les vieux maîtres ne manquoient pas de l'apprendre à leurs jeunes élèves.

Lorsque Tertulien , et , très peu de temps après lui, Origène, disoient que les livres saints étoient universellement répandus sous les noms de leurs auteurs , c'étoit un fait qu'ils avoient sous les yeux, et sur lequel il leur étoit impossible de se tromper. Lorsqu'ils assuroient l'origine apostolique de ces livres, d'après la tradition, c'étoit un autre

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fail dont ils étoient également assurés , puisqu'entre celte origine et eux il y avoit un si petit nombre de générations.

XXVII. J'ai déjà observé qu'il est très difficile de supposer un livre quelconque , sans donner à la critique» qui est si attentive et si éclairée, quelque moyen de découvrir la fraude. Mais la difficulté est dans une énorme proportion plus grande, de supposer un livre auquel une société entière prend iiji vif intérêt , qui fait son titre constitutif, qui renferme le code de ses lois , qui est la base de sa religion. Les Romains ne prenoient pas plus d'intérêt aux actions de leurs ancêtres , que les chrétiens aux faits évangéliques. Auroit-on pu persuader aux Romains que les histoires de Tiie-Live et de Tacite étoient de ces auteurs , si cela eût été (aux? Les chrétiens avoient pour les premiers fondateurs de leur religion un respect profond; auroient-ils souffert qu'on leur attribuât des écrits qu'ils n'auroient pas faits? Plus ils avoient de vénération , de déférence , de soumission pour leur autorité, plus certainement ils examinoient avec attention si ce qui venoit de leur part en venoit effectivement*

XXVIII. La difficulté déjà si importante de tromper toute une société sur un point

oti il lui est si essentiel de ne pas l'être , devient bien plus grande encore , si cette société est répandue dans beaucoup de ppys séparés par de grandes distances. Ce n'est plus alors une seule société, c'est une multitude de sociétés qu'il faut abuser. Les apôtres avoient étendu leur prédication dans l'Italie , dans l'Egypte , dans la Grèce , dans l'Asie mineure ,. dans bien d'autres pays encore :

dans chaque région ils a voient fondé plusieurs églises. Comment imaginer qu'on ait pu persuader à tant d'églises ainsi dispersées , que des ouvrages dont elles n'auroient jamais entendu parler étoient de leurs premiers fondateurs? Comment faire adopter h tous ces hommes en même temps , sans réclamation d'aucun d'eux, une imposture qu'ils avoient tant d'intérêt et tant de facilité à dévoiler?

XXIX. La supposition de nos livres saints devient encore bien autrement incroyable, quand on pense qu'il auroit fallu les faire recevoir à plusieurs sociétés opposées entre elles; et nous avons vu saint Irénée faire ce raisonnement (56). Dès les premiers siècles du christianisme, il s'est formé dans son sein des hérésies animées d'une haine furieuse contre l'Eglise, qui de son côté les condamnoit sévèrement. De ces sectaires des deux

stm la religion. 5g premiers siècles , quelques-uns reconnoissoient l'autorité de lous les livres du Nouveau Testament; il y en avoit qui ne reconnoissoient que l'un des évangiles , et qui rejetaient les autres; on en voit qui altéraient les textes des évangiles qu'ils admettaient pour les adapter à leurs erreurs. Mais c'était l'autorité de quelques livres saints qui étoit contestée; ce n'étoit pas leur authenticité : on combattoit la vérité du récit , on n'en nroit pas la réalité. La question entre l'Église catholique et ces sectes étoit de savoir non si les hommes apostoliques a voient écrit, mais s'ils avoient bien écrit. Arrêtons-nous un moment à prouver celte vérité, qui donne un grand poids à nos preuves.

Quand saint Irénée rapporte ce que disent divers hérétiques sur les évangiles, c'est, comme nous l'avons vu , pour les combattre par l'autorité même des évangiles qu'ils admettent. Quand Tertulien poursuit Mar~ cion de ses raisonnemens victorieux , son objet est de prouver que les trois évangiles auxquels Marcion refuse de se soumettre , étant aussi anciennement connus , aussi gé-, néralement répandus que celui de saint Luc, on doit y ajouter une égale foi. Il ne cherche pas à prouver cette antiquité, cette universalité, ce qui auroit été nécessaire , s'il avoit

eu à établir rauthentîcité du Nouveau Testa-

nient : il les suppose comme des faits que Marcion ne nie point; il en argumente, et il en conclut que ces livres ayant tous une pareille authenticité , doivent avoir une égale . autorité.

Nous avons des témoignages plus positifs encore de cette vérité , que c'était l'autorité et non l'authenticité des évangiles que contestaient quelques-uns des premiers hérétiques. Saint Irénée , qui connoissoit à fond la doctrine des hérétiques , contre lesquels *il écrivoit, dit que ces ennemis de la tradition apostolique se prétendant plus sages , non seulement que les prêtres , mais que les apôtres, assurent qu'eux seuls ont trouvé la pure vérité , et que les apôtres aux paroles du Sauveur ont mêlé des choses de l'ancienne loi (57). 11 répète encore dans un autre endroit cette vaine prétention des hérétiques , d'être plus francs et plus instruits que les apôtres qui ont prêché l'évangile, encore imbus d'opinions judaïques, (58). Accuser les apôtres d'avoir inséré des erreurs dans leurs livres , c'est supposer évidemment que ces livres sont des apôtres.

Tertulien nous apprend le motif sur lequel se fondoit Marcion , pour rejeter les trois évangiles de saint Matthieu, de saint Marc

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et de saint Jean. C'est, dîsoU ce hérésiarque, parce que, dans son épflre aux Galatcs, saint Paul reprend les apôtres de ne pa* marcher avec droiture, selon la Vérité de l'évangile, et accuse quelques faux apôtres de pervertir l'évangile de Jésus-Christ (59). Ce motif pour ôler la foi aux évangiles , est absurde en soi ; mais il montre dans quel sens Marcion les rejetait; que c'étoit comme contenant des faussetés , et non pas comme faussement attribués aux hommes apostoliques. Marcion ne leur auroit pas imputé d'avoir mis des faussetés dans leurs écrits , s'il n'avoit pas été persuadé que ces écrits étoient leur ouvrage,

Origène nous donne la raison pour laquelle plusieurs sectes , telles que les ébionites et les encratites , n'admettent pas les épitres de saint Paul ; c'est quelles ne reconnorssent pas cet apôtre pour un homme saint et sage (60). Ce n'étoit donc pas l'authenticité, c'étoit la vérité de ces épitres qui étoit contestée.

Eusèbedit de même que les ébionites toient les épitres de saint Paul, en disant qu'il étoit un déserteur de la loi (61). Par cette inculpation même , ils reconnoissoient bien clairement que saint Paul étoit l'auteur de *es épitres.

H est donc certain que les hérétiques des deux premiers siècles ne nioient point l'au-?

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thcnticité de nos livres saints. Mais de quel poids n'est pas le témoignage de ces ennemis de l'Eglise , soit qu'on le considère en kfi • même et isolé , soit qu'ofc le rapproche de celui de l'Eglise catholique? D'abord, il falloit que cette authenticité du Nouveau Testament fût bien incontestable, puisque, dans le temps où il éloit si facile d'en connoilre la réalité ou la fausseté , elle n'étoit pas contestée ; puisque ceux mêmes que l'on combattait avec des textes du Nouveau Testament , ne la révoquoient pas en doute; puisque ceux , enfin , qui ne pouveient s'en>pêcher de lire leur condamnation dans nos livres, aimoient mieux accuser les autres d'erreurs , que nos livres de supposition.

Mais si nous considérons après cela l'accord des hérétiques avec les catholiques sur cette authenticité, elle en devient évidemment démontrée. Ils étoient trop ennemis, trop attentifs à veiller les uns sur les autres, pour qu'une fraude pût s'établir. Ils sont réciproquement garants de la vérité qu'ils reconnoissent unanimement. Si l'un des deux partis avoit voulu introduire de nouveaux écrits , comme venant des apôtres , l'autre auroit-il pu l'ignorer? auroit-il voulu le souffrir? Dira-t-on que l'un des deux ayant fait la supposition , a eu le pouvoir de ta

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faire adopter à l'autre? Dira-t-on qu'ils se sont accordés pour commettre cette infidélité ? L'incrédulité est réduite à choisir entre ces deux absurdités. ,

XXX. En soutenant que nos livres saints sont apocryphes , il fa u droit fixer l'époque où ils ont été introduits dans le christianisme : c'est à ceux qui font une allégation, à en donner la preuve. C'est ce que jamais n'ont pu faire , avec quelque ombre de probabilité , les incrédules. Nous leur portons hautement le défi d'indiquer un temps où la fraiïde ait été , nous ne disons pas seulement effectuée, mais possible. Assignera-ton le temps où les apôtres vivotent encore?

Mais alors il faut dire que la supposition s'est faite ou à leur insçu , ou de leur consentement, Ou malgré leur opposition : toulefs ces hypothèses se réfutent d'elles - mêmes. Veuton que ce soit après la mort des apôtres que les évangiles aient été produits? D'abord, l'assertion seroit réfutée par les témoignages des pères apostoliques que nous avons cités , par l'impossibilité que nous avons remarquée d'abuser tant d'églises différentes , tant de sectes opposées. De plus , les apôtres avoient formé des disciples , avoient laissé des successeurs chargés du gouvernement des églises : auroit-on pu en imposer à tous ces

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personnages , et leur faire prendre pour cfefc écrits de leurs maîtres, des ouvrages dont tours maîtres ne leur auroient jamais parlé ? au roi (-an pu les associer tous à la fraude, el les engager à recevoir tous unanimement , comme ouvrage des apôtres , des livres qu'ils auroient su n'être pas des apôires ? Enfin , passera-t-on aux âges suivans pour y placer la supposition des évangiles ? Plus on la recule , plus on la rend incroyable et impossible. Un plus grand nombre de pères antérieurs qui ont cité les livres saints , démontre la fausseté de Passerlation ; un plus grand nombre d'églises fondées dans des pays plu»

éloignés, rend l'unanimité plus impraticable; un plus grand nombre de sectes rend le concert plus absurde. Le système de la falsification du Nouveau Testament, déjà déraisonnable parce que personne n'auroit pu la faire, Test encore parce que, dans aucun temps, on n'auroit pu la faire.

XXXI. Et si elle avoit été réelle, croit-on qu'elle eût pu s'effectuer avec un tel secret , que les ennemis du christianisme , si acharnés contre lui , si attentifs à saisir toutes les manières de le combattre , n'en eussent eu aucune connoissance , et qu'ils eussent négligé un moyen aussi favorable à leur cause? Nous avons un grand nombre d'écrits des Juifs ,

ofr ils se répandent en invectives contre le christianisme, où ils le combattent par tous les argumens qu'ils peuvent imaginer : eussent-ils omis le plus puissant de tous , celui qui auroit fait crouler le christianisme par ses fondemcns? Celse, qui é cri voit cent ans après Jésus-Christ , connoissoit parfaitement nos évangiles : il en relève souvent des passages , tantôt pour tes arguer de faux , tantôt pour en tirer des argumens. Nulle part il ne dit que les évangiles sont supposés. Il reproche même aux chrétiens d'avoir changé et perverti plusieurs fois le contexte primitif de l'évangile (62)* N'est-ce pas déclarer positivement qu'il y a eu un contexte primitif?

In tenter oit -il l'accusation plus légère d'altération , s'il pouvoit articuler celle bien autrement grave d'une falsification totale?

Lo témoignage de Julien est plus exprès encore, li attribue formellement les livres du Nouveau Testament à leurs auteurs, et il combat la divinité de Jésus-Christ, en disant que ni Paul, ni Matthieu, ni Luc, ni Marc, n'en ont parlé, et que Jean est le premier qui ait osé la mettre en avant (63).

Combieq doit-on être assuré d'une vérité qui est attestée par ceux mêmes qui auroient intérêt à la contester! et quelle idée doit-on *e former de la cause des incrédules mo-

de mes , qui , pour la défendre , sont obligé de combattre même les incrédules du temps dont ils parlent? w . ,

XXXII. Je reprends maintenant ce que je disois au commencement de cet article ; et je demande si , de tous {es motifs qui peuvent fonder la persuasion qu'un livre ancien est authentique» il en manque un seul au Nouveau Testament? Je demande que Ton me cite un seul ouvrage de l'antiquité, qui réunisse autant de caractères d'authenticité. Je conclus que quand même , ce qui n'est pas vrai , et ce que nos incrédules ne croient pas tel , on ne pourroit être assuré de l'authenticité d'aucun autre livre, on ne pourroit néanmoins former aucun doute sur celle de nos livres sacrés. Il ne reste plus maintenant qu'à confirmer cette démonstration par l'examen des sophismes qu'on, emploie pour l'ébranler.

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