‹ Dissertations sur la vérité de la religionChapitre 19 sur 53 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

Objections contre C authenticité*

Je commence par examiner celle de leurs difficultés que les incrédules présentent avec le plus de confiance, qu'ils répètent le plus fréquemment, et sur laquelle ils insistent avec le plus de force. Elle a été dévelop-

SUil LA RELIGION* l{]

péc principalement dans l'ouvrage intitulé/ Examen critique des apologistes de la religion chrétienne, ci imprimé sous le nom de M. Fréret.

XXXIII. « (Test u«i fait certain # reconnu de tous les sa vans, avoué des défenseurs du christianisme , que dès les premiers jours de l'Eglise , et au temps même dont datent les livres du Nouveau Testament/ il a été publié une multitude de livres faussement attribués soit à Jésus- Christ f soit à la Vierge, soit aux apôtres, soit aux premiers disciples, Fabricius , qui a recueilli tout ce qu'il n pu en rassembler»

en compte cinquante, seulement sous le titre d'évangiles, et un beaucoup plus grand nombre encore sous différons titres.

Chacun de ces écrits avoit , dans le temps , ses partisans. Il résulte évidemment de là, que, parmi les chrétiens de ee siècle, les uns éloient des fourbes et des im-pos-

crédul.es. Si on pouvoit aussi aisément tromper ces premiers fidèles, s'il étoit si facile de leur faire illusion sur des livres supposés, que deviennent tous les sophismes par lesquels on prétend démontrer l'impossibilité d'une supposition? Au milieu de ce chaos de livres produits en

48 Dissertations » même temps , et tous reçus alors avec res* » pect , quel moyen peut-on avoir mainte- » nant de distinguer ceux qui étoient au-

• thentiques, et ceux qui étoient apocry- » phes? Mais ce qui rend celte distinction » plus impossible encore , c'est que nous

• voyons les évangiles apocryphes cités avec » vénération par les premiers pères de l'E- » glise : saint Clément , saint Barnabé , saint i Jacques , les constitutions apostoliques , saint » Paul lui-même, citent des paroles de Jéi sus-Christ tirées des évangiles apocryphes. » Il y a plus encore : on . ne voit pas que les » premiers pères de la secte qui est restée » la dominante, parmi toutes celles qui s'é- » levèrent alors, aient connu les quatre évan- » giles qui nous restenl. Jusqu'à Justin , on » ne trouve dans leurs écrits que des cita- » lions de livres apocryphes. Depuis Justin » jusqu'à Clément d'Alexandrie, les pères » emploient l'autorilé, tantôt des livres sup- » posés, tantôt de ceux qui passent- aujour- » d'hui pour canoniques. Enfin , depuis

• Clément d'Alexandrie, ces derniers l'em- » portent , el éclipsent entièrement les autres. » On voit bien , à la vérité , dans les premiers » pères , quelques passages qui ressemblent » à des paroles des évangiles actuels; mais

• comment peut-on cire certain qu'ils en

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i soient tirés ? Matthieu Marc , Luc. et » Jean, ne sont nommés ni dans Clément, » ni dans Ignace, ni dans aucun des écri- » vains des premiers siècles. Les axiomes » de Jésus -Christ que répètent ces pères, n ils pouvoient les avoir appris de vive voix , » par le canal de la tradition , sans les avoir » puisés dans des livres. Ou, si Ton veut que i ces paroles aient été tirées de quelque é-

• vangile, il n'y a aucune raison de croire » qu'elles aient été prises dans les quatre qui » restent , plutôt que dans cette multitude » d'autres que l'on a supprimés. Les livres » reconnus apocryphes ont été produits en » mémo temps que ceux qu'on donne pour

• canoniques : ils ont été publiés de la même » manière , reçus avec le même respect, cités » avec la même confiance, et même de pré- » férence. Il n'y a donc aucune raison pour

• croire à l'authenticité des uns, qui ne mi- » lite au moins avec la même force pour l'au » thenticité des autres. Puisque ceux-là ont » été évidemment, et de l'aveu de tout le » monde , supposés , il est permis de croirs

• que ceux-ci ont pu également l'être. »

XXXIV. Cette difficulté exige une discussion étendue , et va me forcer d'entrer dans des longueurs. Avant de donner une réponse directe , commençons par faire quelques ob-

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sensations sur les évangiles et aulres livres apocryphes.

XXXV. Il ne faut pas croire que tous ces évangiles que Ton appelle apocryphes , aient élé composés à. mauvaise intention , et fabriqués par des imposteurs. II faut en distinguer de diverses classes : il y en a eu certainement beaucoup dé forgés par les hérétiques pour soutenir leurs erreurs; mais il y en a. -eu aussi plusieurs écrits par des fidèles dans des vues droites et pieuses.

En premier lieu., les néophytes du premier siècle, et peut être aussi du second, recueilloient avec soin ce qu'ils entendoient dire aux apôtres et aux prédicateurs de la foi , ils le mettaient par écrit pour en conserver le souvenir, et pour l'instruction de leurs familles. Il a clû., dans le commencement du christianisme , y avoir un grand nombre de collections de ce genre , faites de différens côtés : la plupart sont restées dans l'intérieur des familles qui les avoient composées; quelques-unes ont été un peu plus répandues.

On a donné le litre d'évangile à celles qui contenoient les actions du Sauveur, parce que c'était le titre que portaient les écrits principaux , universellement révérés , sur la vie de Jésus -Christ. On en a mis plusieurs tous le nom des apôtres de qui on tenoit ces

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faits'; et c'est de là qu'est venu le nom d'Evangile de saint Pierre, d'Evangile de saint André, etc. Nous ne connoissons , de la plupart de ces évangiles , que les noms recueillis par Fabricius , qui rapporte aussi quelques légers fragmens de ces livres. Nous ne pouvons donc pas savoir au juste quels étoient ceux de ces évangiles qui étoient regardés comme catholiques; mais nous en connoissons quelques-uns : tels étoient spécialement l'évangile des Hébreux et celui des Egyptiens , composés par des néophytes de ces deux nations. Saint Jérôme n'avoit pas dédaigné de traduire le premier. Notre intention n'est pas de faire sur ces évangiles une dissertation qui nous eloigneroit de notre objet. On peut consulter ce qu'en ont dit Goletier (64) , Grave (65) , Fabricius (66). Je me contente d'observer ici ce qu'ils prouvent, sa voir : -que parmi les livres appelés apocryphes , il ?y en avoit qui n'étoient ni rejetés comme des ouvrages mauvais et vicieux, ni reçus avec respect comme des écrits inspirés , mais qui étoient considérés comme des écrits ecclésiastiques. Les hérétiques en avoient abusé, et de quoi n'abusent-ils pas? Ces livres n'ayant pas été écrits sous l'inspiration divine , n'a voient pas l'exactitude des livres sacrés , et prêtoient plus facilement à

de fausses interprétations : il n'est pas étonnant que les sectaires aient cherché à en faire l'appui de leurs erreurs. Cela n'a pas empêché plusieurs des pères de citer ces ouvrages comme catholiques. Eusèbe parlant des livres que l'on dit appartenir au. Nouveau Testament, en distingue quatre espèces; les uns, qui sont reçus universellement par toutes les églises , comme sacrés ; les autres , sur lesquels il y a des doutes, mais qui sont cependant reçus par la plupart des églises; les troisièmes , que l'on reconnojt généralement ne pas être de véritables écritures sacrées ; les derniers , enfin , qui sont les ouvrages des hérétiques , qu'aucun écrivain ecclésiastique n'a cités, et que l'on doit rejeter comme absurdes et impies, h pi ace dans la troisième classe plusieurs de ces livres apocryphes; Yapocalypse de saint Pierre, la doctrine des apôtres, Y évangile selon les Hébreux,' il les y place avec le livre du pasteur e,t Yépître d* saint Barnabé , qui ont toujours joui d'une grande considération dans l'Eglise, et il les distingue formellement , soit des livres inspirés, soit des écrits hérétiques (67).

En second lieu , outre ces livres apocryphes, mais catholiques, il y en avoit d'autres qui étoient hérétiques, soit qu'ils eussent été entièrement composés par des sectai-

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rcs , soit que ce fussent des ouvrages primitivement rédigés pas les fidèles , comme nous l'avons exposé , d'après la prédication de quelques apôlres , que 1rs hérésiarques avoient ensuite altérés et adaptés à leurs erreurs , pour s'autoriser de l'intitulé' respectable , quoique faux, de ces livres. Ainsi il y eut des évangiles qui portèrent tout simplement le nom des sectes pour lesquelles ils avoient été fabriqués; tels lurent ceux de Basilide , de Cérinthe, de Valenlin, etc. Il y en eut d'autres pareillement infectés d'hérésie , quoique portant le nom des apôtres; tels furent , d'après le passage que nous venons de rapporter d'Eusèbe, les évangiles de saint Pierre, de saint Thomas, de saint Matthias, et quelques autres.

XXXVI. Sur le temps où ont été composés les évangiles apocryphes catholiques , nous n'avons rien de certain. Plusieurs indications nous les présentent cep;mîlant comme très anciens. Plusieurs saints pères ont pensé que c'est de ces évangiles apocryphes que parle saint Luc au commencement du sien , lorsqu'il dit que plusieurs personnes se sont efforcées de mettre en ordre les choses passées de son temps. Quant aux évangiles apocryphes des hérétiques, il est certain qu'ils ont été ou. fabriqués > ou falsi-

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fiés par eux postérieurement à la composé tion des trois premiers évangiles par saiat Matthieu , saint Marc et saint Luc» Celui de aint Luc, le dernier des trois, date, selonceux qui le rejettent le plus loin , de l'an 55 de notre ère, et h cette époque il n'existoit pas encore d'hérésies : on peut le conclure de la première épUre de saint Paul à Timothée , écrite Tan 64 : il lui dit qu'il lui a été clairement révélé parle Saint-Esprit , que dans un temps* très prochain plusieurs abandonneroiént la foi pour se livrer à l'esprit d'erreur et à la doctrine des démons (68). Si les hérésies eussent existé dès lors , saint Paul auroit-il prédit qu'èlles s'élèveroient incessamment? Nous avons de plus, dans la tradition, d'autres preuves plus positives encore. Eusèbe nous a conservé un fragment de l'histoire ecclésiastique écrite par Hégésippe qui vivoit au milieu du second siècle. Cet aur teur, si voisin des faits qu'il rapporte, raconte qu'à la mort 4e saint Jacques -le -Mineur , laquelle est de l'an 62 , saint Siméon , parent de Jésus - Christ , fut élu en sa place cvêque de Jérusalem. L'Eglise éloit encore vierge , n'ayant été souillée d'aucune erreur hérétique ; mais un certain Thébutis , piqué d'avoir été rejeté de sa demande de Pépiscopot, travailla secrètement à l'infecter d'erreurs;

et c'est là , selon Hégésippe , l'origine des hérésies qui se sont élevées depuis (69). Saint Irénée atteste que les hérétiques sont de beaucoup postérieurs aux évêques à qui les apôtres a voient confié les églises (70). Saint Clément d'Alexandrie, pour prouver que les hérésies sont venues long -temps après l'Eglise catholique , dit qu'elles furent imaginées seulement sous l'empire d'Adrien (71). Il résulte clairement de ces témoignages, qu'au moins nos trois premiers évangiles ont l'antériorité de temps sur les évangiles apocryphes des hérétiques : et c'est une des preuves de leur supériorité qu'alléguoit Tcrtulien (72).

XXXVII. Il nous reste une réflexion iin • portante à faire sur le mot apocryphe. On appelle ainsi ordinairement des ouvrages qui ne sont pas des auteurs dont ils portent les noms. D'après celte notion, un grand nom* bre des écrits dont il s'agit ici ne sont pas, à proprement parler, apocryphes. Les évangiles de Cérinthe , de Basilide , etc. , avoient certainement ces hérésiarques pour auteurs.

De même , les évangiles des Hébreux et des Egyptiens, rédigés par des fidèles de ces deux nations , ne peuvent pas être appelés apocryphes dans le sens propre. On ne devroit véritablement appeler ainsi que les

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ouvrages qui portent faussement le nom dé Jésus - Christ , ou de sa sainte mère, ou de ses disciples. Mais on a donné, par l'usage, et depuis très long-temps , une plus grande étendue au mot apocryphe; on y a compris généralement tous les écrils composés dans les premiers siècles sous des titres semblables à ceux de nos livres saints. On leur a, donné, celle dénomination commune , pour les distinguer tous ensemble de nos livres canoniques; en sorle qu'on a lait deux classes séparées, l'une des livres inspirés, l'autre des. livres apocryphes. Mais dans celte seconde classe, il faut soigneusement distinguer les deux sens dans lesquels on dit que ces livres sont apocryphes. Une partie principale dé l'objection de nos adversaires consiste comme nous allons voir, dans la confusion des deux significations de ce mot.

Ces considérations établies , je passe à l'examen de l'objection proposée ; et pour mettre de l'ordre dans celle discussion nécessairement très élendue , je la diviserai en deux parties. Je considérerai d'abord les livres apocryphes en eux-mêmes , et ce qu'on peut conclure de leur existence contre l'authenticité des livres canoniques. J'examinerai ensuite les citations que l'on dit avoir ét.é faites par les pères, de ces Ihres apocry-

phes •, et ce qui en résulte relativement à notre question.

XXXVIII. Il a existé , dès les premiers temps du christianisme, des livres apocryphes , cela est indubitable; mais inférer do là que* tout ce qui a existé de livres dans co temps -a été apocryphe, seroit une conséquence évidemment ridicule. C'est comme si l'o*i disoit que parce qu'il y a de la fausse monnoie , il n'en existe pas de véritable. Ce seroit même un faux raisonnement de dire :

Il y a eu beaucoup de livres apocryphes; donc on ne peut constater l'authenticité d'aucun livre.

Ce n'est pas , je le répèle , de ce que nos livres saints existent depuis I«î premier siècle du chrisliatianisme, que nous concluons qu'ils sont véritablement des auteurs dont ils portent les noms. Nous fondons cette vérité sur ce que , et dans le premier siècle et dans tous ceux qui l'ont suivi, on a été constamment et généralement persuadé que nos livres sacrés étoient de ces auteurs. Une tradition originaire , perpétuelle , universelle , voilà le motif de notre croyance. Pour opposer avec fondement les livres apocryphes , il faudroit produire en leur faveur une tradition semblable; sans cela il n'y a pas de parité , et par conséquent pas d'objection. Rien

de plus aisé que de mettre à la tête d'un livre qu'on a composé, le nom d'un auteur quelconque : la difficulté est de faire croire au public que le livre est réellement de cet aûteur; et l'impossibilité est de le persuader à des sociétés qui ont un. grand intérêt à savoir ce qu'il en est; à des sociétés différentes et éloignées les unes des autres; à des sociétés opposées enlre elles sur l'objet, de ce livre.. Réduisons donc la question à son vrai terme. . Examinons s'il y a pour l'authenticité des livres appelés apocryphes , les mêmes raisons que pour celle des livres que nous regardons comme canoniques; si on a été de même , et dans le temps où ils ont paru , . et depuis ce temps , universellement persuadé qu'ils étoient authentiques.

On nous dit bien que dès les premiers temps les livres apocryphes avoient leurs partisans , qu'ils étoient reçus avec respect ; mois quelles preuves en apporte-t-on ? quelle chaîne de témoignages présente-t-on à l'appui d& cette assertion ? Pour l'apprécier et la réduire au point de la vérité , considérons-la relativement d'abord h ceux de ces livres qui étoient hérétiques , et ensuite à ceux qui étoient catholiques.

XXXIX. Les livres des hérétiques étant des ouvrages de parti , il est tout simple

SUH LA RELICIOX 5(J

qu'ils aient en quelques partisans ; mais ils n'en avoient que dans leur parti. Ceux produits par Ébion , éloient reçus seulement parles ébionites; ceux mis au jour par Cérinthe , uniquement par les cérinthiens; et ainsi dès autres. L'intérêt de la secte étoit ce qui leur dônnoit- des sectateurs , mais tous renfermés dans chaque secte , et combattus avec force par le reste des chrétiens. Car tous les sectaires divisés des catholiques , pour admettre les évangiles de leur secte , éloient réunis à eux pour rejeter comme faux et supposés les évangiles des autres hérésies. Quelle comparaison peut-on faire de ce petit nombre d'hommes qui croyoient à ces livres, àvec l'Eglise universelle, déjà répandue dans la Judée, dans l'Asie, dans la Grèce, dans l'Italie, et dans beaucoup de pays, qui tous s'accordoient à reconnoître et à révérer nos évangiles? De plus , nous avons vu que celles de ces premières hérésies qui n'admettoient pas- tous nos évangiles , ne nioient pas leur authenticité , et altaquoient seulement leur véracité. Nous avons, prouvé cette vérité par les autorités de saint Irénée, de Tertulicn, d'Origène , de saint Clément d'Alexandrie (75).

Ainsi , à cette époque il n'y avojt point de contestation sur les auteurs de nos livres sacrés. Mais nous avons vu, au contraire, les

fit) DISSERTATIONS

pères qui ont réfuté les premières hérésies, spécialement Terlulien , attaquer les livres qu'elles produisoient, non seulement comme contenant des erreurs , mais comme fabriqués depuis la naissance de ces erreurs (74). Les évangiles des hérétiques avoient , en même temps que quelques partisans ., pour contradicteurs de leur authenticité, tous les autres chrétiens. Enfin, ces premières hérésies n'ont eu qu'une exUlence tués courte ; et lorsqu'au bout de quelque temps elles sont tombées , les livres dont elles avoient imaginé de s'étayer sont tombés avec* elles, et il n'est plus resté personne qui ne fût convaincu de leur fausseté. Au lieu de cela , l'authenticité de nos livres saints a reçu , de génération en génération , . de nouveaux témoignages.

Que Ton cesse donc de demander : « Quel * moyen , au milieu de ce chaos de livres , » peut-on avoir maintenant pour dislin- » guer. ceux qui étoient authentiques et » ceux qui étoient apocryphes? » Relativement aux livres hérétiques , le moyen n'est pas difficile. Quand , entre une multitude de livrée, on voit les uns reconnus pour authentiques , universellement par toutes les églises de divers pays, les autres regardés comme tels uniquement par un petit nombre

SUR LA RELIGION; 6l

de personnes ; les uns avoués authentiques par ceux mêmes qui avoient intérêt de le nier , les autres contestés par presque lout le monde ; les uns traversant , en conservant constamment leur caractère d'authenticité , toute la suite des siècles, les autres n'ayant qu'une existence éphémère, et périssant au bout de quelque temps , si absolument qu'il en reste à peine les noms; pcut-oii avoir un doute raisonnable sur l'authenticité des uns.-, sur la non authenticité des autres ?

Nos livres canoniques et ces livres apocryphes ont existé ; voilà tout ce que la tradition nous montre entre eux de commun.

Celle tradition, règle générale de l'authenticité des ouvrages , voilà le témoignage assuré que nous avons pour connoitre aujourd'hui quels sont , enlre tous ces livres , les authentiques.

XL. Quand aux livres appelés apocryphes, qui étoient catholiques, il faut expliquer ce qu'on entend , quand on dit qu'ils avoient des partisans. Veut-on dire qu'on les regardoit comme des livres inspirés , et qu'on les révéroit à l'égal de nos évangiles ? Où seroit la preuve de cette assertion ? que l'on nous nomme un seul auteur ecclésiastique , qui jamais leur ait attribué une telle autorité* Nous verrons , au contraire , incessamment ,

les sainls pères , en citant ces livres , mettre enlre eux et nos livres saints une grande distance (75). Se borne-t-on à prétendre qu'on les regardoit comme authentiques mais sans les révérer comme des écrits divins ? Je répondrai f d'après ce que j'ai déjà dit , qu'il faut distinguer entre ces livres : il y en avoit qui étoient véritablement des auteurs dont ils portoient les noms , tels que les évangiles des Héhreux et des Egyptiens; mais de l'authenticité reconnue de ceux-là , on ne peut rien conclure contre l'authenticité des nôtres. Il y en avoit d'autres qui portoient à tort le nom de quelques apôtres ; mais que l'on nous prouve qu'ils étoient réputés les ouvrages de ces apôtres , et qu'on les leur attribuoit ! 11 n'y a pas une preuve , pas une indication de la vérité de cette allégation. Ces ouvrages avoient des partisans, je le veux; mais c'étoiont des partisans de leur ulililé , et non de leur authenticité. Il n'est pas nécessaire , pour lire un livre avec édification , de savoir de qui il est , de le reconnoftre comme une production de l'auteur à qui on l'attribue. Beaucoup de personnes , alors comme à présent , croyoient que l'épîlrc de saint Barnabé n'étoit pas de lui , et la recevoient cependant comme un livre pieux. Et parmi nous , combien n'est pas considéré le livre

de F Imitation de Jésus -Christ , malgré les disputes et l'incertitude sur son auteur!

XLI. On nous parie de l'illusion faite aux premiers chrétiens sur des livres supposés , de la facilité que l'on a eue à les induire en erreur au sujet $e ces livres. Mais, je le dirai toujours, quelle raison a-t-on de croire qu'ils y aient été trompés? Quel monument ecclésiastique cite-t-on , qui annonce que les fidèles aient regardé comme pieux Ce qui étoit hérétique , comme inspiré ce qui ne l'étoit pas, comme composé par les apôtres ce qui n'éloit pas- leur ouvrage? Si, comme on le prétend ^ abusés par les titres des faux évangiles , les premiers chrétiens les avojent reçus et révérés à l'égal des quatre que nous possédons , ils les auroient fait passer de même aux générations suivantes : la tradition (ce raisonnement solide est de saint Augustin ) nous auroit transmis les uns avec les autres (79). Nous avons vu , dès le temps de saint Irénée, nos quatre évangiles seuls reconnus divins : il est donc clair que l'on n'avoit pas alors la même idée des autres évangiles.

Puisqu'au second siècle on les regardoit comme apocryphes , il n'est pus possible qu'ils fussent réputés authentiques au premier.

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