XLII. Mais il y a plus. La publication
64 BISSERT1TI0NS
des faux évangiles, loin de former une objection contre l'authenticité des nôtres, est une nouvelle raison d'y croire. On a fait tout ce que Ton a pu pour faire regarder comme véritables ces évangiles supposés, et on n'a pas pu y réussir; tous les efforts que l'on a tentés pour les faire admettre comme des ouvrages»
des apôtres, ont élé inutiles. L'impossibilité d'une supposition d'évangiles, déjà démontrée par la nature de la chose, <*st encore prouvée par le fait. Le soin qu'ont apporté les fidèles à écarter les écrits apocryphes, est un garant que ceux qu'ils ont transmis comme authentiques , le sont. El puisqu'on n'a pas pu parvenir à faire passer pour réels ceux qui étoient supposés , on doit croire que ceux qui ont passé constamment pour réels, le sont véritablement.
On vient ensuite, et c'est la seconde parlie de l'objection que nous examinons, aux citations faites par les premiers pères de l'Église, soit de nos évangiles, soit des évangiles apocryphes ; et ce que Ton en dit peut se rapporter à deux chefs. On révoque en doute les citations faites par ces anciens docteurs, de nos quatre évangiles; on prétend qu'ils ont cilé avec vénération les évangiles apocryphes. Examinons successivement ces deux points.
XLIII. Je commence par les citations qu'où prétend faites par les pères apostoliques des livres apocryphes. Pour juger la conséquence qui en résulte , il faut d'abord examiner quelles sont ces citations qu'on nous oppose.
Les incrédules ont cherché dans les écrits des premiers pères tous les passages qui pouvoient être tirés des ouvrages apocryphes ; ils ont recueilli tout ce qu'en ont dit Grabe et Fabricius; et avec toutes leurs recherches ils n'ont pu recueillir que huit passages : un de saint Paul , quatre de saint Clément , un de saint Barnabé , un de saint Ignace , un des Constitutions apostoliques. Examinons -les l'un, après l'autre.
Sâint Paul, à Tascmblée de Milet, composée d'évêques et de prêtres , s'exprime ainsi : « Il » faut avoir soin des infirmes , et se souvenir » des paroles du Seigneur Jésus ; car il n dit : » Il est plus heureux de donner que de re- • cevoir (77). » Ces paroles , dit-on , ne se trouvant pas dans les évangiles actuels, il faut qu'elles aient été tirées de quelqu'un de ceux qui- sont perdus. Voilà une conséquence bien extraordinaire. Toute» les paroles de Jésus-Christ , de même que ses miracles, n'ont pas été écrites. Il peut très bien se faire que saint Paul ait rapporté celles-ci de mé-
moire , et lès ayant apprises par tradition : il est possible aussi qu'il fasse allusion à ce que le divin Sauveur a si souvent répété sur le devoir de l'aumône , et sur le bonheur de ceux qui pratiquent les œuvres de miséricorde.
Dans la seconde lettre du pape saint Clément on lit : « Interrogé par quelqu'un quand » arriveroit son règne, le Seigneur répon- » dit : Lorsque deux ne feront qu'un; lors- » que ce qui est» dehors sera comme ce qui » est dedans ; lorsque le mâle étant avec la » fémelle, il n'y aura plus ni mâle ni fei melie (78). » Saint Clément , dit-on , n'explique 'pas d'où il a tiré cette réponse; ce n'est certainement pas de nos évangiles, oir on ne la trouve point ; mais saint Clément d'Alexandrie , rapportant ces mêmes paroles , nous apprend qu'on les lisoit dans l'évangile des Egyptiens (79). Je ne ferai sur cette citation qu'une observation ; c'est qu'il est également possiblô , et que saint Clément ait appris par tradition cette réponse de Jésus- Christ , et qu'il l'ait tirée de l'évangile des Egyptiens. Mais je n'ai pas intérêt à discuter ce point. Que ce soit dans l'évangile des Égyptiens que saint Clément ait puisé ces paroles , celâ ne fait rien contre nous , ainsi, que je le prouverai.
On rapporte deux aulres citations faites par le même pape , d'un texte qui n'est pas dans nos évangiles actuels , qui , par conséquent , doit être dans quelqu'un des apocryphes. Dans sa première épîlre on lit :
» Loin de nous l'écriture oii il est dit : Mal- » heureux sont ceux qui ont l'esprit double » et incertain; qui disent Nous avons en- » tendu ces choses de nos pères , et voilà » que nous avons vieilli , et que rien de tout » cela ne nous est arrivé! » Dans sa seconde épîlre^ oa lit dè même : t Malheureux sont » ceux qui ont l'esprit double et le cœur in- » certain , et qui disent: Nous avons enten^ » du toutes ces choses de nos pères, et oepen» » dant , en attendant de jour en jour , nous' » n'.avons rien vu de tout cela (80) ! > Pourquoi recourir à des évangiles apocryphes, que nous ne connoissons pas , dont nous n'avons même aucun fragment , quand nous trouvons un passage semblable à celui-là dans- un de nos livres sacrés ? Ce n'est pas , à la vérité , dans un de nos évangiles , et saint Clément ne dit pas qu'il en soit tiré : il dit que ces paroles sont dans une écriture , dans le discours prophétique. Cette écriture est la seconde épître de saint Pierre , où cet apô.-r tre s'exprime ainsi : « Ils disent : Où est la » promesse? où est son avènement? Depuis
» que nos pères se sonl endormis, toutes les » choses persévèrent comme du coininence- » ment de la création (81). » On dira peutêtre que les expressions de l'apôtre ne sont pas les mêmes que celles du pontife ; mais c'est évidemment le même sens. Saint Clément citoit de mémoire , plus occupé du fond des choses que des tormes , et nous en avons la preuve dans les citations mêmes dont il s'agit. Ses expressions , en rapportant, le même texte , ne sont pas les mêmes dans sa première et dans sa seconde épilrc. Est-il étonnant que n'étant pas conforme à lui-même dans ces deux citations, il ne le soit pas non plus au texte original qu'il cite?
On nous objecte une quatrième citation dë saint Clément, d'un texte qui n'est pas dans nos évangiles. « Il nous dit donc : Gardez » votre chair et votre sceau sans tache , pour » que vous receviez la vie éternelle (82.) »
D'abord, ces paroles partissent être, dans saint Clément, moins un précepte spécial qu'il attribue à Jésus-Christ , qu'une conséquence qu'il tire de la doctrine du divin Sauveur.
Ensuite, de ce qu'un discours de Jésus-Christ n'est pas dans nos évangiles , il ne s'ensuit nullement qu'il soit tiré des évangiles apocryphes , puisque , comme nous l'avons dit , il peut être rapporté d'après la tradition.
SUR LA RELIGION. Cg
Le texte de saint Barnabé qu'on nous oppose comme tiré d'un évangile apocryphe , toujours par la seule raison qu'on ne le lit pas, dans les nôtres» est celui-ci : « Le fils de » Dieu a dit : Résistons à toute iniquité , et » nous l'aurons en aversion (85). » D'abord ce passage ne se trouve pas dans le texte grec de cette épilrc, mais dans une ancienne version latine , dans laquelle on n'a pas une gronde confiance. De plus , n'est-il pas possible que saint Barnabé , qui avoit été , à ce qu'on croit , disciple de Jésus-Christ, eût recueilli ces paroles de la propre bouche du Sauveur ?
Saint Ignace, poursuit -on, dans son épitre aux Suiyrnicns, dit : « Lorqu'il vint à ceux » qui étoient avec Pierre, il leur dit : Pre- » nez , et touchez-moi , et voyez que je ne » suis pas un démon incorporel (84)« » Or, saint Jérôme nous apprend que ces paroles se irouvoient dans l'évangile des Hébreux. En admettant que saint Ignace les en eût tirées , je montrerai encore incessamment qu'on ne peut rien en inférer contre l'authenticité de nos livres saints. Mais sans recourir à un écrit inconnu , saint Ignace ne pouvoit-il pas avoir en vue ce que le Sauveur , selon saint Luc , dit aux onze apôtres : Touchez-moi , et voyez qu'un esprit n'a pas de la chair et des os , comme vous voyez que j'en ai (85).
tjQ DISSERTATIONS
On nous objecte , enfin , que dans les constitutions apostoliques il est dit : « Soyez des » agens de change honnêtes (86) ; » ce qu'on ne voit dans aucun évangile. Mais les constitutions apostoliques sont uue production du second, ou peut-être du troisième siècle; il n'est pas juste de les confondre avec les écrits des pères apostoliques. D'ailleurs , il n'est pas dit dans le texte que ce soit là une parole de Jésus-Christ : de plus, ce peut être une allusion à la parabole des talens.
Ajoutons à tout t:ela qu'on peut d'autant moins s'autoriser des constitutions apostoliques , pour prétendre que les livrfes apocryphes ont été assimilés au Nouveau Testament , qu'on y trouve une condamnation formelle de ces livres (87).
XLIV. Voilà exactement tout ce qu'à force de recherches les incrédules ont pu xecueillir de passages cités par les pères apostoliques , et que Ton ne trouve pas dans nos évangiles actuels. De ces textes , deux ou trois ont une telle conformité avec des textes de nos livres saints , qu'il est plus que probable que Ce sont des allusions qui y sont faites. Il y en a cinq sur lesquels on n'a d'autre raison de les croire tirés d'écrits apocryphes , que de ce qu'on ne les trouve pas dans les livres canoniques. Mais nos ad-
versaires conviennent, ils prétendent même., et c'est une de leurs difficultés , que les pre- . miers pères citoient des paroles de Jésus- Christ, non pas toujours sur des livres écrits., mais souvent d'après des traditions orales , qui les leur avoient transmises. N'est-il donc pas très possible que ces cinq citations de textes que nous ne trouvons pas dans le Nouveau Testament , fussent ainsi faites de mémoire et sur la tradition ? Quel motif at-on de prétendre qu'ils ont été plutôt tirés d'ouyrages que nous n'avons pas ? L'assertion de nos adversaires est donc purement gratuite; et puisque., pour la soutenir, ils n'ont que leur simple affirmation » noire simple dénégation suffit pour leur répondre.
Il reste donc , et c'est à cela que se réduit toute l'objection, deux passages, l'un de saint Clément , l'autre de saint Ignace f qui sont conformes à deHX passages que nous savons avoir existé, celui-là dans l'évangile des Égyptiens , celui-ci dans l'évangile des Hébreux. C'est de ces deux seules citations que nous avons à parler. J'ai dit qu'on ne pouvoit rien en inférer contre l'authenticité de nos évangiles , et c'est ce que j'ai à prouver. Je pourrois faire contre les incrédules l'argument qu'ils font contre nous , et qui seroit tout a$issi fort contre eux; savoir, que ce peut
être d'après une tradition que saint Clément et saint Ignace ont rapporté les paroles de Jésus-Christ. Mais je le leur épargnerai , et je me bornerai à leur donner deux réponses :
la première , que les deux évangiles dont on dit les passages en question tirés , étoicnt yérilablement des Hébreux et des Égyptiens-, dont ils portoient les notfts ; la seconde , que ces deux évangiles n'étoient pas des ouvrages vicieux , mais avoienl été composés à bonne intention.
XLV. En premier lieu, de quoi est -il question entre nous et les déistes ? De savoir si les évangiles que nous possédons sont authentiques ou apocryphes , c'est-à dire s'ils sont ou s'ils ne sont pas des quatre auteurs dont ils portent les noms. On prétend prou- Ter qu'ils n'en sont pas , en rapportant des citations d'évangiles apocryphes faites par les pères les plus anciens : il faut donc rapporter des citations d'évangiles apocryphes , dans < le sens qu'il ne soit pas des auteurs dont ils sont intitulés. Au lieu de cela , on confond , comme j ai eu occasion de l'observer , les deux significations du mot apo ayphe : on prend dans le principe du raisonnement ce mot dans un sens , et dans là conclusion dans un autre. Les pères apostoliques , dit-on , ont cité deux évangiles
apocryphes, c'est-à-dire qui n'éloient pas inspirés; donc les livres que nous possédons sont peut-être apocryphes , c r est-à-dire ne sont peut-être pas des auteurs auxquels on les attribue. Pour prouver que ces anciens docleurs ont pu se tromper sur l'authenticité de nos évangiles , il faudroit prouver qu'ils se sont trompés sur l'authenticité d'autres écrits : on ne le prouve pas , en disant qu'ils ont cité les ouvrages qui étoient véritablement authentiques.
XLVI. En second lieu , que prouve une citation ? D'abord , qu'un livre existe , ensuite qu'on croit véritable ce qui y est contenu* C'est là tout ce qu'on peut inférer des citations faites par les pères , des deux évangiles dont il s'agit. Mais, entre regarder un livre comme véridique , et lui attribuer l'autorité de nos livres divins, il y a une grande différence (88). Ne citons-nous pas tous les jours, en faveur de la religion, des livres qu'assurément nous n'assimilons pas aux évangiles ? Les pères ont bien pu citer les livres appelés apocryphes du Nouveau Testament , comme les apôtres eux-mêmes avoient cité ceux relatif» à l'Ancien. Saint Judo cite un passage du livre d'Énoch (89) ; et saint Jérôme remarque une citation du même genre , faite par saint Paul, ainsi que des vers de plusieurs
y4 DJS0KBTÀTIOKS
poètes païens (90). Ni saint Jude, ni saint Paul ne croyoient égaler les livres qu'ils citoient aux saintes Écritures , ou porter atteinte h l'authenticité des livres inspirés; mais ils rapportoient ces passages comme utiles à l'édification. Il sayoient bien , dit Origcne , ce qu'ils pouvoient tirer de ces livres apocryphes , et ce qu'on devoit en laisser (91),
XLVIL Ainsi , lorsque saint Clément et saint Ignace, lorsqu'après eux plusiours autres saints pères ont quelquefois cité des évan* giles appelés apocryphes , ils ont pu en faire usage comme d'ouvrages pieux et propres k opérer l'édification > et non comme d'oùyrages inspirés. Pour tirer quelque parti des passages des pères , il iaudroit montrer qu'ils leur attribuoient la même autorité qu'à nos évangiles , et c'est ce qu'on ne peut pas as* Mirément prouver. Mais , dit -on , ils les citent avec la même vénération que les livres du Nouveau Testament. À cela je réponds d'abord que ce qu'Us en citent étant des pa-> rôles de notre Seigneur Jésus-Christ , il est tout simple qu'ils le ^apportent ayee respect» Je réponds ensuite : Où est la preuye de pette égalité de vénération pour- les livres apocryphes et pour les livres canoniques ? En avançant une assertion , il faudroit en don* per les raisons. Je réponds , enfin , qu'il s'en
sue ta bbugion. 75 faut de beaucoup , comme je l'ai déjà annoncé, que les saints docteurs, en citant ees divers livres , missent les uns et les autres sur la même ligne. Ceux d'entre eux qui ont le plus souvent cité des évangiles apocryphes , sont saint Clément d'Alexandrie, Origène et saint Jérôme; or, nous voyons spécialement ceux-là mettre une extrême différence entre les écrits canoniques et les autres. Saint Clément répondant à une citation de l'hérétique Cassien , dit que le texte qu'il allègue se trouve non dans les quatre évangiles qui nous ont été transmis , mais dans celui des Égyptiens (g«)r Et, dans un autre endroit , rapportant lui-même un précepte de Jésus Christ tiré d'un livre apocryphe , il dit qu'on le lit dans quelque évangile (93) , expression dont assurément il ne se sert pas en parlant des évangiles canoniques. Nous voyons Origène, rapportant des passages de l'évangile des Hébreux , ajouter : « Si on veut bien le 1 recevoir, non comme ayant l'autorité de » décider la question, mais comme propre » à l'éclairck» (94) ; » et ailleurs : « Si quel»
• qu'un veut bien recevoir cet évan- 1 gile (90). • Saint Jérôme, après avoir opposé aux pélagiens un passage du même évangile , et un tiré des épitres de saint Ignace , leur dit :
• Si vous ne voulez pas reconnoître l'auto^
» riié de ces témoignages , reconnoissez-en » du moins l'antiquité , et voyez ce qu'ont » pensé tous les hommes apostoliques (96). »
Que résulte-t-il donc de ces citations d'écrits apocryphes, faites par les anciens pères, que l'on fait sonner si haut ? Elles se -réduisent à deux ; elles sont tirées de livres qui étoient véritablement des auteurs dont ils portoient les noms : ainsi elles ne montrent pas que les saints docteurs se trompassent sur l'authenticité des livres. Les livre» où elles sont puisées étoient des ouvrages pieux ; ainsi , de ce que les pères les ont produits , il ne s'ensuit nullement qu'ils assimilassent ces ouvrages au Nouveau Testament. Dès lors elles ne prouvent absolument rien contre l'authenticité de nos livres saints.
XLVIII. Venons maintenant à l'autre as* fiertion de nos adversaires , relative aux citations de nos évangiles par les saints pères.
Elle renferme trois parties : la première , que jusqu'à saint Justin on ne voit , dans les écrits des pères , que des citations de livres apocryphes ; la seconde , que , depuis saint Justin jusqu'à saint Clément d'Alexandrie , les pères emploient l'autorité, tantôt des livres supposés , tantôt de ceux qui passent aujourd'hui pour canoniques ; la troisième f
Sttt Ll RELÎCÏON, ~]
que , depuis saint Clément d'Alexandrie , nos évangiles l'emportent et éclipsent entièrement les autres. De pareilles propositions en imposent par le ton audacieux avec lequel on les met en avant; et il est aisé, avec cet air d'érudition , de faire illusion à dés hommes peu instruits. Mais en produisant de pareilles assertions , il faudroit les prouver ; et les incrédules , hardis à affirmer , se gardent bien de présenter des preuves. Suppléons à leur défaut , et , reprenant leurs deux premières propositions , prouvons - en successivement la fausseté.
Sur la première , j'observerai d'abord que , quand on ne verroit dans les pères apostoliques aucune citation de nos livres saints t ce seroit encore à tort qu'on en concluroit qu'ils ne les ont pas connus : ce ne seroit qu'un argument négatif; et il seroit d'autant plus foible , que nous n'avons , de ces premiers docteurs , que quelques lettres et en assez petit nombre. Cet argument pourroitil balancer les témoignages des auteurs suivants ? Combien de livres sur l'authenticité desquels il n'existe aucun doute , ne nous sont connus que par une tradition qui commence plus d'un siècle après leur publication?
Mais nous n'avons pas à nous en tenir à celte seule considération. La fausseté de
l'assertion a été complètement démontrée par les passages que nous avons produits de tous les pères apostoliques. De tous les écrivains ecclésiastiques antérieurs à saint Justin , il n'y en a qu'un seul , qui est Hermias , dont nous n'ayons pas produit de citations formelles du Nouveau Testament ; encore nous avons vu qu'en plusieurs endroits il y fait manifestement allusion. Tous les autres pères apostoliques , qui sont saint Clément, saint Barnabé, saint Ignace, saint Polycarpe , rapportent en propres termes des passages de nos livres saints; et Papias, dont nous n'avons qu'un fragment , nomme positivement deux de nos évangélistes.
Les incrédules ont senti combien étoit fortement démentie leur assertion par toutes ces citations si multipliées. Ne pouvant nier leur réalité , ils ont pris le parti de dire que ce n'étoient pas nos livres canoniques qui étoient cités dans ces divers passages. Les raisons qu'ils en donnent , sont , que nos évangélistes n'y sont pas nommés ; que les premiers pères pouvoient avoir appris les paroles de Jésus-Christ » de vive voix et par tradition , sans les avoir puisées dans des livres ; enfin , qu'ils pouvoient aussi bien les avoir tirées de quelques-uns des évangiles supprimés > que de ceux qui nous restent.
SCft LA RELIGION. *Q
%LïX. Admirons la logique et la bonne foi de nos adversaires. Ils soutiennent que les "saints pères, disciples des apôtres, ont fait usage des évangiles apocryphes; et leur raison démonstrative est , qu'on trouve dans leurs ouvrages un petit nombre de passages que Ton sait avoir été dans ces évangiles.
Mais , selon eux , une vingtaine de passages que nous avons rapportés » et qui se trouvent les mêtnes dans nos livres saints et dans les écrits des pères apostoliques , ne prouvent pas que ces pères aient connu nos livres saints!
Il est évident , disent-ils , que les premiers pères ne connoissoient pas les évangiles , puisqu'ils ne les ont pas nommés ; mais il est évident en même temps qu'ils ont connu et cité les évangiles apocryphes , qu'ils ne nomment pas davantage.
Les paroles de Jésus-Christ, ajoutent-ils, que rapportent quelques - uns des anciens docteurs , et qui sont conformes à nos évangiles , ce peut être par tradition qu'ils les aient apprises. Mais celles qui se trouvaient dans les livres apocryphes , ce ne peut pas être la tradition qui les leur ait transmises» c'est incontestablement dans ces livres qu'ils les ont puisées.
Tel est le sort naturel des mauvaises
causes , qu '«Iles ne peuvent elre soulcnues que par des contradictions. Mais abandonnons les incrédules aux inconséquences dans lesquelles ils sont forcés de se jeter f et après les avoir opposés à eux-mèihcs f opposonsleur la raison.
Les pères apostoliques, disent -ils, n'ont pas nommé nos évangélislcs. D'abord , le fait n'est pas vrai. Nous avons vu Papias nommer positivement saint Matthieu et saint Marc : ce témoignage seul suffiroit pour détruire la difficulté.
L. De ce qu'ils n'ont pas nommé les évangélistes , on conclut qu'ils ne les cannoissoient pas» Mais ces mêmes pères ont souvent rapporté des passages de l'Ancien Testament, sans dire de quel livre ils les tiroient; il faut donc dire aussi qu'ils ne connoissoient pas l'Ancien Testament*
C'est parmi nous encore la chose la plus commune , de voir des prédicateurs rapporter des passages de l'bcrittire sainte , sans dire de quels livres ils les ont tirés. II n'est utile de marquer nommément le livre que l'on cite , que dans les discussions théologiques - f oii il faut faire voir la fidélité de la citation. Les écrits des pères apostoliques étoient des leçons de morale , des exhortations % et no» pas des diputes ? ils rappe-
Stfft LA BELICION. 8l
loient les textes du Nouveau Testament à des gens qui les conrioissoient , et nous avons ya saint Clément et saint Polycarpc disant aux fi* dèles de s'en souvenir* Il est donc tout simple que ces premiers docteurs n'aient pas fait de citations nominales. Mais lorsque lès discussions furent engagées contre le* hérétiques , nous voyons les pères, saint Irénée , Tertulien , Origène , et leurs successeurs , employer ce genre de citations. La différence dans la manière de citer vient de la différence du genre d'écrits.
LI. Ce peut être , ajoute- t-on , de la tradition , que les premiers ont reçu les paroles de Jésus-Christ qu'ils rapportent. Voilà déjà l'objection de nos adversaires fort atté* nuée. Ils avançotent très affirmativement que nos évangiLes n'avoient jamais été cités par les premiers pères; et quand il s'agit de prouver l'assertion , ils se restreignent à dire qu'il est possible que les citations alléguées soient tirées d'ailleurs. Ce n'est donc plus qù'à une simple possibilité que nous avons à répondre. Voyons s'il est raisonnable d'y . croire.
Il seroit absolument possible qu'une parole de Jésus - Christ eût été transmise de vive voix par ses apôtres à leurs disciples , telle que nous la lisons dans nos évangiles.
Ainsi , s'il n'y avoit qu'une seule citation de ce' genre , ou même un très petit nombre , dans les ouvrages eçclésiastiques du premier siècle , elles pourroient ne pas former à elles seules et par elles-mêmes une démonstration absolue de l'authenticité du Nouveau Testament. Nous serrons par conséquent en droit de retourner contre nos adversaires , et avec bien plus de force qu'eux , l'objection qu'ils nous font , et de leur dire : Les deux discours du Sauveur que vous rappor-r lez d'après saint Clément et saint Ignace, et que l'on lisoit dans des évangiles apocryphes , n'étoient peut-être connus de ces deux docteurs que par tradition. Le petit nombre de ces passages rendroit notre raisonnement bien autrement plausible que le leur. Quand je vois, au lieu de cela , non pas un écrivain , mais tous les écrivains de ce siècle , rapporter, non pas une fois, mais souvent, des paroles de Jésus-Christ , telles qu'elles sont dans nos livres saints , il ne m'est: pas possible de douter qu'ils n'aient connu ces livres. Ce ne peut pas être le hasard qui ait opéré le rapport constant entre le Nouveau Testament et les écrits des premiers docteurs ; ce ne peut pas être une simple tradition qui ait fait rapporter tant de fois des discours du Sauveur , dans des termes aussi semblables
StiR LA. RELIGION. 83
& ceux que nous lisons dans les évangiles. Il y auroit de bien plus grandes dissonnances , si^c'éloit de mémoire, et non d'après des livres, que les pères eussent rapporté ces passages.
LU. Mais , dit-on enfin , comment peut-on être assuré que c'est plutôt des évangiles canoniques que des évangiles apocryphes que sont tirées les citations de ces pères? Est-ce de bonne foi qu'on propose celte pitoyable difficulté? Quand nous lisons les mêmes passages , en grand nombre , avec des exprès^ gions aussi semblables , et dans nos évangiles, et dans les écrits des pères, est-il raisonnable d'aller chercher ailleurs que dans nos évangiles l'origine de ces passages? D'ailleurs , les écrivains des siècles suivans , tels qu'Eusèbe et saint Jérôme , remarquent souvent diverses citations des livres apocryphes faites par leurs prédécesseurs ; ils auroient observé celles-là comme les autres.
LUI. Si , contre toute espèce de raison , quelqu'un vouloit encore conserver des doutes, et, malgré le rapport si frappant entre nos livres saints et les écrits des premiers pères , relativement à un si grand nom» bre de textes, rester incertain si c'est des livres saints ou d'ailleurs que les pères ont tiré ces textes ; pour dissiper toute incertitude il nauroit qu'à rapprocher les pères du
84 MtsntrittMS
premier âge de ceux qui les ont immédiatement suivis. Les pères du second siècle , qui avoiefnt été disciples de ceux du premier, non seulement conndissoient nos quatre évangiles , mais avoieqt pour eux la plus profonde vénération. Nous avons entendu saint Justin attester qu'on les Ksoit dans les assemblées des fidèles; et saint Irénéc, après avoir nommé nos quatre évangélistes , dire que c'est par la volonté de Dieu qu'ils ont écrit leurs ouvrages , qui sont le fondement et la colonne de notre foi. Or r ils n'ont pu tenir que de leurs maîtres ces évangiles , ils n'ont pu prendre que d'eux l'idée qu'ils en avoienh Ne considérons donc plus seulement les pères apostoliques comme les premiers témoins de l'authenticité du Nouveau* Testament ; voyons en eux les premiers anneaux de celte longue chaîne de témoignages qui t d e siècle en siècle, a fait passer jusqu'à nous la certitude de celte authenticité; et alors toute la difficulté, qui était déjà si légère , sera entièrement dissipée* Les premiers témoins fondent l'autorité des seconds ; les seconds , réciproquement , fortifient l'autorité des premiers , développent plus positivement ce qu'ils avoient dit » et achèvent d'anéantir toutes les chicanes que pourroient former les esprits les plus dificultueux.
StK LA BELIGION. 85
LIV. Les incrédules prétendent , et c'est la seconde partie de l'assertion à laquelle nous répondons, que , depuis saint Justin jusqu'à saint Clément d'Alexandrie , les pères ont cilé indifféremment les évangiles canoniques et les apocryphes* Entre saint Justin, martyrisé l'an 67 , et saint Clément, qui succéda à Pantène dans Técole d'Alexandrie , ep 191 , les auteurs ecclésiastiques dont les ouvrages sont parvenus jusqu'à nous , sont Talien , Théophile d'Antioche, saint, Irénée , Athénagore., Ucrmias; on peut y joindre Tertulien , contemporain de saint Clément. Nous avons vu tous ces écrivains citer nos livres saints. Mais quel est celui d'entre eux qui cite de la même manière des livres apocryphes?
Seroit - ce Tatien , Théophile d'Antioche , Hermias , dans lesquels on ne trouve pas une seule citation des apocryphes ? Seroitce saint Irénée, que nous avons vu déclarer positivement qu'il n'y a que nos quatre évangiles qui soient véritables (97) ? Seroit ce Athénagore? On lit, à la vérité, dans son Apologie , une citation d'un écrit apocryphe; mais elle est bien différente de celles qu'il fait de nos livres saints. Qaand il cite ceux-ci, il dit, ainsi que nous l'avons vu:
c Les préceptes dans lesquels nous sommes 1 nourris (98); t mais dans la citation qu'il
fait d'un écrit apocryphe , il l'appelle tout simplement , « une écriture quelconque (99;. » Seroitce Tertulien qui auroit égalé les évangiles apocryphes aux canoniques , lui qui établit si fortement l'autorité de nos quatre évangiles composés par deux apôtres» Matthieu et Jean, et par deux hommes apostoliques, Marc et Luc (100)? Enfin veut-on attribuer celle égalité dans les citations à saint Clément lui-même? N'avons-nous pas vu la différence précise qu'y met ce saint docteur (101) ? Il est donc certain que , des écrivains du second siècle qu'on prétend avoir cité tantôt les vrais , tanlôt les faux évangiles , les uns n'ont (ait aucune citation des apocryphes , les autres ont marqué très formellement combien ils étoient inférieurs en autorité au Nouveau Testament; et il reste démontré que, dans ces deux points prinpaux , l'assertion des incrédules est aussi absurde que hardie. 11 n'y a de vrai que ce qu'ils ajoutent , savoir , que depuis saint Clément d'Alexandrie nos quatre évangiles éclipsent absolument les autres : mais cette vérité est aussi évidente pour le temps qui a précédé ce saint docteur, que pour celui qui a suivi.
LV. Nous pouvons citer encore , pour montrer comment on considéroit, dans ces
I6tnps anciens > et nos évangiles et les évangiles apocryphes, un fait rapporté par Eusèbe. Saint Sérapion, évcque d'Antioche, contemporain de Tertulien et de saint Clément , avoit permis aux fidèles de la ville de Rossa la lecture d'un évangile attribué à saint Pierre, le croyant exempt d'erreurs. Mais ayant eu occasion de voir cet ouvrage , il reconnut qu'il avoit été trompé, et par un écrit pastoral il avertit ses diocésains de se prémunir contre l'erreur. Il leur déclare qu'il reçoit Pierre et les autres apôlres comme J <5sus— Christ lui-même; mais que, quant aux écrits faussement intitulés de leurs noms , il les répudie comme ne les ayant pas reçus des an* ciens (102). Nous voyons dans ce peu de paroles trois choses : le respect dont on étoh pénétré pour les livres canoniques, l'opinion désavantageuse qu'on avoit des apocryphes , et la manière dont on distinguoit les uns des autres , qui est celle que nous invoquons encore, la tradition des anciens.
* LVI. Je viens de discuter toutes les parties de cette objection tirée des livres apocryphes , dont les ennemis de la sainte écriture font tant de cas , et qu'ils répètent sans cesse avec une confiance si hautaine. Je ne crois pas avoir laissé en arrière une seule de leurs difficultés. Voyons ce qui . en résulte :
Qu'il y a eu, dans les premiers siècles, des livres apocryphes, mais dont l'existence n'em^ pêche pas l'authenticité des noires ;
Que plusieurs des livres apocryphes étaient décorérdu nom des apôtres , mais qu'on ne voit pas que jamais on y ait été trompé dans l'Église, et qu'on les ait attribués à ces saints personnages ;
Que l'on voit, dans les pères du premier âge , deux citations de deux évangiles appelés apocryphes; mais que ces deux livres n'étoient pas apocryphes dans le sens qu'ils fussent faussement attribués ù leurs auteurs, et que c'étoient des ouvrages pieux et propres h opérer l'édification ;
Que les pères du second âge ont cité aussi quelquefois les livres appelés apocryphes; mais qu'ils ont marqué expressément la différence qu'ils mettaient entre ces livres et nos livres canoniques ;
Qu'e» conséquence on ne peut prétendre, ni qu'on ait pris dans l'Église , pour authentiques, des livres qui ne l'étaient pas » puisqu'on ne voit d'autres livres cités , que ceux qui étaient véritablement des auteurs dont ils portoient les noms ; m qu'on ait eu pour les livres que nous appelons apocryphes le même respect que pour les livres canoniques , puisqu'aucun auteur ne les assimile , et qu'au
Di
contraire plusieurs de ceux qui ont parlé des apocryphes , en ravalent l'autorité*
Après avoir résolu celle première objection , je passe aux autres que proposent les incrédules. En voici une qui attaque plus directement encore la divinité du Nouveau Testament, que son authenticité. Elle n'est cependant pas entièrement étrangère îi la question de 1'aulhenlicité ; et les ennemi» du Nouveau Testament la répètent si souvent et avec tant de confiance , que je crois devoir la rapporter et y répondre.
LVII. a Le style , dit-on , est d'une pfax> lilude insupportable h des hommes éclai-»
t rés. On dit que ç'est le Saint-Esprit qui a 1 inspiré ces livres , et ils sont écrits , comme 1 auroient pu les écrire, sans son secours, » les hommes ignorons et grossiers qui pas* » sent pour en avoir été les auteurs. Une » histoire profane, composée dans le même » style, ne seroit lue par personne, et seroit
• universellement méprisée ; et cependant » celle-ci seroit d'un bien plus grand intérêt
• pour le genre humain, si elle étott vraie* » On n'y voit d'ailleurs nul ordre , nulle
• suite; les faits, les renseignemens rapport 1 tés sans méthode, sont entassés confusé- § ment. Les anachronisme* y sont fréquens;
• il suffit pour les apercevoir , de comparer
gO DISSERTATIONS
• entre eux les quatre évangélistes : cdui-ct t place dans un temps ce que celui-là rap- 9 porte à un autre. On y trouve aussi beau- » coup d'obscurités. Enfin il y a des con-»
i tradictions qui suffiraient pour- les faire » rejeter. •
LVIII. Le premier reproche que Ton fait ici à nos livres sacrés, est leur simplicité* Avant de l'examiner en lui-même, rappro* chons-le du prodigieux effet qu'ont produit ces livres dans le monde. Comment des livres que Ton dit écrits avec une platitude dégoûtante, ont -ils pu produire, dans le siècle de goût et de lumières où ils ont paru f la plus vaste révolution que l'univers ait vue? L'histoire évangélique ne présente pas la pompe du discours qu'étalent les orateurs et quelques philosophes , et cependant quel orateur a autant persuadé ? quel philosophe instruisit jamais autant de monde? Moins l'éloquence humaine s'y produit , plus s'y manifeste la force divine. Il répondoit d'avance à cette objection , celui de nos auteurs sacrés qui disoit : c Notre prédication n'a i pas pour appui les discours persuasifs de » la sagesse humaine (io5). » Il falloit que les livres divins fussent écrits avec simplicité, pour que leur effet ne pût être attribué qu 'à celui qui les inspiroit.
SUR L'A RELIGlOft. gt
Un aulre motif plus humain rendoit celle simplicité nécessaire. Le premier mérite du style / dans un ouvrage quelconque, est d'être adapté h l'objet de cet ouvrage, et d'être à la portée de tous ses lecteurs. Les écrivains sacrés n'avoient pas la prétention du bel esprit (io5). Ils en a voient une bien supérieure, c'était d'instruire de toutes les vérités religieuses, soit dogmatiques, soit morale* , le genre humain entier , le peuple comme les grands , les ignorans comme les savans f les enfans comme les personnes âgées (106). Le salut des uns n'est pas moins précieux, à Dieu, et ne leur étoit pas moins cher que celui des autres. Ils ont donc dû employer un langage qui pût être entendu de tous les hommes , de quelque élat, de quelque classe qu'ils fussent. Si saint Paul eût ambitionné la gloire de l'éloquence, croit -on qu'il n'eût pas pu l'atteindre ? Qu'on lise son discours devant l'aréopage , où il s'élève h la hauteur des génies auxquels il parle, et qu'on juge si ce n'est pas volontairement qu'il se rabaisse ailleurs à la portée des hommes à qui il s'adresse.
Je conviens donc . je prétends même que l'histoire évangélique est écrite avec simplicité t mais je nie qu'elle le soit avec platitude. Au contraire, j'admire le caractère
92 MSSEftTATIÔN*
de grandeur que présente cette simplicité Aucun homme n'auroit imaginé d'écrire l'histoire sainte comme elle Test. Les écrivains vulgaires s'efforcent de faire Valoir , par la beauté du style , les choses qu'ils di~ sent. Les choses que disent les écrivains saerés n'ont pas besoin qu'on les fasse valoir* Les dogmes qu'ils enseignent sont au-dessus de ce que la raison peut comprendre. La morale qu'ils présentent est, de l'aveu même» de plusieurs des principaux incrédules , la plus sublime qui ait jamais été proposée* Les faits qu'ils racontent sont les plus merveilleux dont le monde ait entendu parler. Les ornemens qu'on ajouteroit à tout cela no feroient que le déparer „ Quel homme ayant un peu de goût, peut n'être pas frappé de la majestueuse simplicité avec laquelle toutes ces choses admirables sont rapportées ^107), sans un éloge qui les relève, sans une seule réflexion pour en faire sentir la beauté? Jésus étend sa main et touche un lépreux en disant : Je le veux , sois -guéri ; et au même temps la lèpre disparoft (108). Jeune homme, dit-it à un mort que Ton porloit en terre, lève-?
toi , je te le commande; et le mort se leva, et commença à parler (109). Saint Pierre entrant dans le temple avec saint Jean » dit k im boiteux de naissance qui leur demande Tau.
SBB LÀ RELIGION. t)5
tnône : Je n'ai ni or ni argent; mais ce que j'ai, je le le donne : au nom de Jésus-Christ lève-toi et marche. Il le prend par la main; le soulève , et aussitôt les jambes et les pieds de cette homme se raffermissent (i 10). Quelle pompe de langage pourroit approcher de la simplicité de ces écrils et de tous les autres que nous pourrions citer également? C'est là , j'ose le dire , le vrai sublime ; non pas celui des mots, après lequel courent les auteurs, mais le sublime des choses. Des païens ont reconnu un modèle du véritable sublime dans ces mots du commencement de la Genèse : Dieu dit : que la lumière soit ; et la lumière fut. Toute l'histoire évangéliqueest écrite de la même manière. * r^f
LIX. On objecte le peu d'ordre et de méthode qui est dan* les évangiles. L'objet des évangélistes a été , non d'écrire une histoire suivie de la vie de Jésus - Christ , mois de donner des mémoires sur sa vie. Ils en rapportent les principaux faits selon qu'ils se présentent b leur souvenir; il ne cherchent point à les lier les uns aux autres. Leur but est uniquement de prouver la mission divine de leur maître , et de faire connoftre sa doctrine. Ils l'atteignent aussi bien , en rapportant ses miracles et ses préceptes hors de Tordre où ils ont été opéré* et dictés , que
n£ DISSERTATIONS
s'ils ovoîent fait une histoire en règle. Il en résulte de la difficulté à placer chaque fait et chaque discours dans Tordre du temps ; mais ce désordre apparent, loin d'attaquer la vérité historique , me paroit un indice de la candeur et de la sincérité des historiens* Des hommes qui auroient voulu en imposer , l'auroient-ils laissé subsister? Rien n'eût été plus aisé que de faire un roman suivi.
Ce que je viens de dire, répond aussi aux reproches d'anachronisme. 11 ne peut point en exister où il n'y a pas d'indication de date.
LX. Quant aux obscurités qui se rencontrent dans les livres saints , on les exagère beaucoup. Ce n'est ni le style qui est obscur 9 il est, au contraire, très clair; ni les faits, ils sont rapportés avec simplicité et netteté; ni les préceptes , ils sont exposés de manière que tout le monde les comprend parfaitement. Il y a quelques circonstances particulières que l'on a de la peine à entendre; mais ce très petit nombre d'obscurités tient à l'éloignement où nous sommes des temps et des lieux où les faits se sont passés , 5 notre ignorance des mœurs du peuple juif et du langage alors usité.