LXI. Parfaitement d'accord sur la sub
slance des faits , Ie6 auteurs sacrés ont laissé dans leurs écrits quelques différences. Mais nous verrons ailleurs qu'elles servent à prouver que leur récit est véritable , que leur uniformité sur le fond des choses n'est pas l'effet d'un concert, et que, s'ils avoient voulu tromper , ils auraient aisément fait disparoître ces légères et peu nombreuses variétés. Pour des contradictions, les ennemis de la religion les cherchent depuis long-temps , et il n'ont pas pu réellement en relever une seule.
Toutes celles qu'ils .ont prétendu marquer, ont été facilement conciliées par les commentateurs.
LXIL < Cette question, si essentielle de » l'authenticité , disent encore les incré- » dules , et dont dépend la vérité du chris- » tianisme , a été beaucoup trop négligée » par les apologistes chrétiens. Us l'ont plui tôt supposée 9 qu'ils ne Font traitée cxoc- » lement. Us se sont imaginé avoir suffisaw- » ment prouvé l'authenticité des évangiles, » en tâchant de faire voir qu'il n'est pas possi- » ble de supposer des livres de cette nature. »
demande d'abord si les preuves nombreuses que nous avons apportées de l'authenticité du Nouveau Testament, se réduisent à faire voir qu'il n'est pas possible de supposer qn tel livre.
gG DISSERTATIONS
Je demande ensuite si 'prouver l'impossibilité de la supposition des évangiles , n'est pas par. cela même démontrer clairement leur authenticité } quel est l'esprit raisonnable qui ne se contenteroit pas de cette seule preuve?
Mais passant sur ces considérations , ve-
Z à l'objection en elle-même; exainice qu'elle a de vrai, et ce qui en résulte.
LXIII. La discussion de notre question a été négligée tant qu'elle a été inutile. L'authenticité de nos livres saints a été supposée, tant qu'elle n'a pas été contestée. Mais aussitôt que les ennemis de la foi l'ont combattue , elle a été fortement défendue par les apologistes de la religion. Il s'agit de prouver ces vérités.
Tant qu'une vérité n'est pas niée , on ne s'attache pas k la prouver. On ne combat point pour ce qui n'est pas attaqué. Les apologistes de la religion chrétienne, qui la défendoient contre les païens , ne cherchoient point & établir que les livres étoient des auteurs dont ils portent les noms , parce que les païens ne le dtsputoient pas. Je dis plus : de ce qu'ils ne défemloient pas l'authenticité dq Nouveau Testament , il résulte qu'elle n'eloit pas révoquée en doute par leurs ad-
versaires. Leur défense éloit dirigée sur l'attaque. Nous les voyons répondre à toutes les difficultés, à toutes les calomnies que la haiqe contre le christianisme faisoit vomir à ses ennemis. Ils entrent dans le détail des objections les plus foibles, les plus puériles, les plus évidemment absurdes. Àuroient-ils laissé de côté une objection aussi grave, dont la- force accordée auroit fait tomber le christianisme ! Voici qui est plus positif encore. Nous les voyons, dans plusieurs endroits , citer les évangiles , soit pour disculper la religion de reproches faussement intentés, soit pour montrer la beauté de sa doctrine. Auroient-ils allégué les livres saints à des gens qui n'en auroient pas cru l'authenticité? Avec quel mépris les incrédules regarderoient un homme qui , pour prouver un fait des premiers siècles , • leur citeroit aujourd'hui les fausses décrétales ! Le silence de ces apologistes sur l'authenticité du Nouveau Testament , et les citations qu'ils font des évangiles prouvent clairement que , de leur temps, tout le monde, et amis et ennemis de la religion, convenoient que nos livres saints étoient des auteurs dont ils portent les noms. Ajoutons ce que nous avons dit plus haut , que Celse suppose ce fait dans ses objections; que Julien l'énonce formelle-
98 DISSEHTATIONS
ment (m). Je demande si c'est là une objection contre l'authenticité, ou une preuve de plus en sa faveur ?
Je dis la même chose d'une seconde classe d'apologistes , qui , dans les trois premiers siècles , ont défendu la foi catholique contre les hérétiques. Ces premiers sectaires + en rejetant l'autorité de plusieurs livres canoniques , en les tronquant , en les corrompant , en les adaptant à leurs erreurs , ne nioient pas ,qu'ils ne fussent des hommes apostoliques à qui nous les attribuons ; ils le supposoient même évidemment, en accusant ces auteurs d'y avoir mis des erreurs.
Nous avons vu cette vérité prouvée par les témoignages de saint Irénée , de ïerlulien * d'Origènc, d'Eusèbe (112). Pourquoi donc ces premiers pères auroient-ils cherché à prouver ce qui étoit convenu entre eux et leurs adversaires?
LX1V. Au quatrième siècle la question changea de face. Lorsque les livres du Nouveau Testament étoient encore récens, lorsqu'on voyoit très clairement près de soi leur origine ; lorsqu'une supposition , si elle avoit existé, auroit été clairement reconnue, personne n'avoit imaginé celle idée. Mais après trois siècles, on crut pouvoir plus aisément disputer sur un fait qui commen-
çoit à être éloigné. L'hérésie manichéenne, née dans le troisième siècle et répandue au quatrième , attaqua l'authenticité du Nouveau Testament, et prétendit lui substituer un évangile de sa façon , favorable à ses erreurs. Alors aussi changea le système de défense des saints pères. Ils ne se bornèrent pas à supposer l'authenticité des livres saints contre des ennemis qui ne la reconnoissoient plus; ils la défendirent et la prouvèrent par des argumens victorieux. On n'exigera pas que nous rapportions ici tout ce qu'a écrit sur cette matière saint Augustin, spécialement daas son grand ouvrage contre le manichéen Fa us te. Contentons-nous d'en citer quelques passages , qui suffiront pour prouver que la question n'a pas été négligée , quand il est devenu utile de la traiter , et que l'authenticité n'a pas été simplement supposée, aussitôt qu'une dénégation a mis dans le cas de la prouver.
Le saint docteur dit qu'il n'y a pas un seul livre qu'on puisse croire de l'auteur dont il porte le nom, si l'évangile n'en est pas. Il cite plusieurs ouvrages célèbres , dont l'authenticité ne peut pas être contestée sans se rendre ridicule., et n'est pas mieux prouvée que celle des livres saints. Il montre qu'on ne peut pas s'empêcher de reconnaître.
lOO DISSEBTA.TIONS
pour authentique un livre qui a été reconnu tel dans son temps» Il donne pour exemple les écrits répandus sous le nom d'Hippocrate 9 dont les uns , d'après cette règle , sont reconnus pour être de lui , les autres pour n'en être pas. Il demande aux manichéens qu'elle raison ils ont de reconnottre comme authentiques les ouvrages de l'auteur de leur secte , qu'ils n'aient pas pour croire tels les écrits apostoliques. Il dit qu'il en sera , de même que des autres ouvrages , de celui qu'il écrit actuellement et de ceux que Fauste a composés; et que, si on vient, dans un temps futur, h douter de qui ils sont, on ne pourra le savoir que par le témoignage de ceux qui auront vécu entre les deux époques» Il insiste souvent et revient à plusieurs reprises, à donner comme une preuve certaine, incontestable , de l'authenticité , la succession des évêques conservateurs des livres saints , et leur succession continue depuis le temps apostolique (i i3). Que ceux qui disent que la question de l'authenticité des livres saints a été négligée, que cette authenticité toujours supposée n'a jamais été prouvée , lisent ces passages de saint Augustin , et plusieurs autres que nous leur épargnons» Les preuves qu'il donnoit de cette vérité , à la fin du quatrième siècle , non seulement confondirent alors les
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manichéens, mais ont été tellement victorieuses , que , de toutes les sectes qui se sont élevées depuis contre l'Eglise, aucune n'a plus osé disputer aux auteurs sacrés leurs ouvrages. Elles sont encore, ces mêmes preuves , également puissantes aujourd'hui.
Nous pouvons même dire que l'accession unanime de tant de siècles a eucore ajouté à leur force. Et nous le disons en deux mots : l'authenticité du Nouveau Testament n'a pas été prouvée dans les trois premiers siècles, parce qu'on n'osoit pas la contester; et c'est une preuve de sa réalité. Elle Ta été, il y a seize cents ans , de manière que ceux qui a voient osé la nier ont été confondus; et que , jusqu'aux incrédules de nos jours, personne n'en aura plus douté : c'est encore une preuve à laquelle tout esprit raisonnable ne peut pas refuser de se rendre.
LXV. t On prétend, disent les incré- » dules , prouver l'authenticité du Nouveau » Testament, parce qu'il a été reçu univer- » tellement dès les premiers siècles de l'Égli- » se. Mais le fait n'est pas exact. On voit , » par les écrits de plusieurs des pères , que » pendant long -temps quelques- uns des li- » vrcs du Nouveau Testament n'ont pas été » reçus , et qu'on ne les croyoit pas des au- 9 teurs dont ils portent les noms. Ce n'est
» qu'après un assez long temps qu'on a fiûi » par regarder comme canoniques des livres » dont l'authenticité n'avoit pas été jusque- » là reconnue. Est-ce là ce qui peut fonder » une certitude ? On dit que ce fut le concile » de Nicée qui fit le triage des livres cano- » niques , entre la multitude de ceux qui » circuloient parmi lès fidèles. Ce fut , à ce » que l'on raconte , un miracle qui décida » de ce choix. A la prière des évêqucs , les » livres inspirés allèrent d'eux- mêmes se > placer sur un autel; c'est un des faits les » plus avérés de l'histoire ecclésiastique. Il », n'y avoit donc pas , à cette époque , de » livre universellement avoué. Voilà donc » sur quoi repose toute la foi des chrétiens. » N'est-ce pas d'ailleurs évidemment un » cercle vicieux, de fonder l'authenticité » du Nouveau Testament sur l'autorité de » l'Église, laquelle elle-même n'est fondée* » que sur le Nouveau Testament ?>*
LXVI. 11 est vrai que dans les premiers siècles il y a eu des doutes sur l'authenticité de quelques-uns des livres du Nouveau Testament, c'est-à-dire de la seconde épître de saint Pierre, de la seconde et de la troisième de saint Jean , de celles de saint Jacques et de saint Jude , de celle de saint Paul aux Hébreux , et de l'apocalypse; mais les autres livre*,
savoir : les quatre évangiles , les actes des apôtres, les treize premières épîtres de saint Paul , la première de saint Pierre et la première de saint Jean, ont été de tout temps reconnus authentiques par tout le monde.
Les mêmes pères de qui nous tenons que quelques personnes doutoient de l'authenticité des premiers , disent aussi positivement que l'authenticité des seconds étoit reconnue universellement , sans exception , sans aucune difficulté ; et nous défions nos adversaires de citer aucun écrivain des premiers temps , qui aient fait mention du plus léger doute sur ce point. Il n'est donc pas vrai qu'à l'époque du concile de Nicée aucun livre n'étoit universellement avoué. II y avoit de l'incertitude relativement à quelques livres; donc, conclut -on, il n'y en avoit aucun qui fût reconnu universellement authentique. Voilà la logique de l'incrédulité. Les doutes que l'on conservoit sur l'authenticité de quelques-uns de ces livres, n'ébranlent pas la certitude de l'authenticité des autres. C'est donc à tort qu'on nous demande : « Est-ce là ce qui peut fonder une certitude? » Non, nous en convenons; ta oertitude , relativement à quelques épîtres et à l'apocalypse, n'est pas fondée sur oe qu'elles ont été constamment et universel-
lement réputées authentiques ; mais celle relative aux autres livres du Nouveau Testament repose sur ce fondement inébranlable.
En considérant les cinq épîlres sur lesquelles il y a eu pendant quelque temps du doute, on voit ce qui a pu le causer. Elles ne sont pas adressées» comme les autres , à des églises particulières qui les auroient conservées avec soin , et qui en auroient produit les originaux, ainsi que le dit Tcrtulien ; elles sont écrites , soit à des particuliers obscurs et peu connus, soit à des fidèles dispersés en divers lieux. On conçoit qu'il a fallu du temps pour s'assurer de leur authenticité. Il a été nécessaire de consulter le témoignage de diverses églises , et de s'assurer que l'opinion de la grande pluralité étoit favorable à ces épîlres. 11 n'est pas étonnant que dans cet intervalle on soit resté en suspens.
LXVII. Nous devons observer, au reste, que ces épîlres sur lesquelles on a eu des doutes , étoient cependant reçues par le plus grand nombre des églises. Eusèbe le dit expressément (11 4). Avant lui, Origène regardoit comme authentiques tous nos livres canoniques (n5). Malgré ces autorités on hésitoit encore à les déclarer tels. Que résulte- t- il de là? l'extrême circonspection
SUR LA RELIGION. lo5
avec laquelle on procédoit dans l'Église .pour admettre les livres saints. Loin donc que ce doute affoiblisse notre certitude de l'aulhenticité de ces liyres , il est , au contraire , Une raison de plus d'être persuadé que ce n'est qu'en grande connoissance de cause que l'Eglise s'est déterminée à les placer dans le
canon sacré*
LXVIII. Nous n'avons plus le décret du concile de Nicée qui fixoit le canon des saintes écritures; mais la manière dont on dit que les pères de ce concile procédèrent , est une fable ridicule , tirée d'un livre méprisable, plein de minuties, d'erreurs, dV nachronismes, et écrit cinq ou six cents ans après le concile. Que l'on nomme un auteur de quelque considération , qui ait répété ce conte qu'on affecte de donner comme un des faits les plus avérés de l'histoire ecclésiastique. Les hommes respectables qui composoient celte auguste assemblée , n'ont pas eu besoin d'un miracle pour déterminer quels étaient, entre tous les livres qui existaient, les vérilables canoniques. Il leur a suffi de consulter la tradition des églises , et d'examiner, d'abord, quels étaient les livres universellement reçus; ensuite, parmi ceux sur lesquels on conservoit des doutes , quels étoient ceux que regardoient comme aulhen-
tiques le plus grand nombre des églises , et d'où leur venoit cette persuasion. Cet examen ne lui étoit pas bien difficile , puisqu'ils étoient réunis de divers pays ; que chacun d'eux connoissoit parfaitemeut et apportoit la tradition de son église et des églises voisines. Ils ont jugé l'authenticité des livres saints par cette même tradition par laquelle nous avons vu les pères qui les avoient précédés, en juger, et par laquelle on juge aussi de l'authenticité des livres profanes. C'est toujours le même principe qui dirige ce jugement. Et si les pères assemblés à Nicée ont fixé , d'une manière plus positive que lés pères antérieurs, le canon sacré, c'est qu'à raison de leur réunion ils ont pu mieux connoître l'universalité de la tradition.
LXIX. Je fais abstraction de l'autorité conciliaire dont ils étoient revêtus; je parle seulement des motifs humains qui ont dû les décider; je les considère indépendamment de l'inspiration divine qui écartoit d'eux l'erreur* Traitant ici contre les incrédules qui nient l'authenticité de tout le Nouveau Testament , je n'emploie point les décisions de l'Église, dont ils ne font aucun cas. Mais lorsque nous parlons à des chrétiens, qui, reconnoissant l'authenticité et
SINl LA RELIGION. IO7
l'autorité* des évangiles et de la plupart des autres livres , en rejetant seulement quelques-uns, nous nous servons de ceux qu'ils reçoivent, pour leur prouver qu'ils doivent de même admettre les autres. Nous leur montrons, dans les livres auxquels ils se soumettent, l'infaillibilité de l'Église établie. Nous leur prouvons que l'Église n'est pas moins infaillible sur l'authenticité des livres inspirés que sur leur sens , parce que leur authenticité est, de même que leur sens, le fondement de la foi. Nous en concluons que ces chrétiens doivent se soumettre à ce que l'Église a décidé sur l'un comme sur l'autre objet. Nous partons du principe reconnu de l'authenticité du plus grand nombre des livres du Nouveau Testament , pour établir l'autorité infaillible de l'Église , et de l'autorité infaillible démontrée, pour prouver l'authenticité de quelques autres livres dont on veut douter. C'est une suite de principes et de conséquences. On ne peut pas y voir un cercle vicieux.
LXX. Nous avons dit qu'il n'y a aucun temps où la supposition du Nouveau Testament ait été possible. On s'inscrit en faux contre -cetté proposition. « H est possible , » dit-on , que , dans la confusion qui suivit > la ruine de Jérusalem quelques chrétiens
i aient cotnposé les livres que nous avons,
» en les attribuant aux Apôtres. On connoît
» les fraudes pieuses qui ont eu lieu de tout
0 temps dans le christianisme , de la part des » docteurs de l'Église, et spécialement dans y> les premiers temps. Les chrétiens ajou-
1 toient alors foi à des livres pleins de rêve- » ries, tels que le Pasteur d'Hermias, VE- » vangile de C en fance, etc. Les quatre évan- » giles n'ont commencé à être connus que • sous Trajan, ou même sous Adrien. Jus- » qu'alors ces écrits éloient restés cachés » dans les archives des églises, et entre les » mains des prêtres, qui en disposoient à » leur gré. On avoit grand soin de les sou- » straire aux regards de ceux qui n'étoient » pas initiés aux mystères de la religion ; et » l'on voit les chrétiens qui livroient ces » livres aux païens appelés tradileurs, et pu- » nis par la séparation de la communion, p
J'ai déjà répondu à presque toutes les parties de cette objection. Je vais cependant les reprendre Tune après l'autre le plus succinctement qu'il me sera possible.
LXXI. J'ai établi que la plus grande partie du Nouveau Testament avoit été écrite avant la ruine de Jérusalem; il est inutile de revenir là-dessus (ii6). Qu'entend-on par la confusion qui suivit cette destruction? Il y
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eut sans doute beaucoup de confusion à celte époque dans la Judée ; mais on ne voit pas que dans les autres pays il y en ait eu. Comment le trouble et le désordre du petit pays de Judée auroienl-ils pu faire recevoir aux églises fondées en Italie, en Grèce, en Asie» dans beaucoup d'autres régions , des évangiles mis faussement sous le nom des Apôtres? Comment, nous le répétons, auroil-on fait accroire aux disciples des apôtres, qui gouvernoient alors ces églises , que ces écrits étoient dfc leurs maîtres ? Comment Pauroiton persuadé à saint Jean lui-même , qui a survécu trente ans au désastre de Jérusalem ; à saint Luc, qui a aussi poussé sa carrière audelà de cet événement ? Il y a peu de suppositions plus absurdes , que celle de placer à cette époque la composition des livres du Nouveau Testament.
LXXII. On noua parle de fraudes pieuses faites au commencement du christianisme , et on ne manque pas de les mettre sur le compte des docteurs de la primitive Église»
II y a eu de faux ouvrages publiés dans ce temps-là ; donc , dit-on , ce sont les pères de l'Église qui ont été les faussaires. Voilà une conséquence bien extraordinaire. Nous avons, au contraire, la preuve que l'esprit de l'Eglise et de ses chefs étoit très opposé à ces falsifi-
cations. Terlullien rapporte, et saint Jérôme après lui, qu'un prêtre d'Asie ayant écrit des Actes de saint Paul et de sainte Thècle, et ayant avoué qu'il Tavoit fait par amour pour saint Paul , fut déposé. Saint Jérôme ajoute que ce fut l'apôtre saint Jean qui le convainquit (117). Ces suppositions étoient en général l'ouvrage des hérétiques , qui , pour appuyer leurs erreurs, se permettoient d'altérer les saintes écritures , et même d'en répandre de fausses. Il peut cependant-y avoir eu des suppositions, dont quelques lidèlcs" aient été les auteurs, soit par un zèle mal entendu, soit par une extrême simplicité. Il ne faut pas mettre dans ce nombre le livre du Patteur, qui paroît avoir été véritablement d'un auteur nommé Hermias , soit que ce fût lé dUciple dont parle saint Paul , comme on le croit communément, soit que ce fût un autre chrétien pieux de ces temps-là. Cet ouvrage renferme, à la vérité , plusieurs choses que nous n'entendons pas, mais ce n'est nullement un livre méprisable. Quand h Y Evangile de C enfance, qu'en nous nomme un seul auteur qui dise qu'il ait été en recommandation auprès de quelques chrétiens.
LXXIII. On dit que nos quatre évangiles n'ont été connus que sous Adrien. Les citations rapportées ci-devant de saint Clément ,
de saint Barnabé , de saint Ignace , prouvent le contraire pour no6 trois premiers évangiles. Quant à celui de saint Jean» -qui avoit été composé peu avant le règne de cet empereur, il est possible qu'il n'ait été - universellement répandu que dans ce temps-là.
Mais ce qui est absolument faux , c'est que, jusqu'au règne de ce prince, nos livres sacrés soient restés cachés dans les archives des églises. Je crois avoir suffisamment prouvé qu'Us ont toujours été- très publics (118).
Observons, en passant, le ridicule anachronisme où la haine de la religion entraîne ses ennemis. Ce fut au troisième siècle que , pour détruire le christianisme les empereurs imaginèrent de supprimer les livres saints, et ce fut alors qu'on prit le parti de les cacher , et que l'ont punit ceux qui avoient la foiblesse de les livrer. De ce qu'au troisième siècle on déroboit ces livres aux regards des persécuteurs , les incrédules concluent que de tout temps on les avoit tenus cachés à tous les regards.
LXXIV. « On est si peu assuré , disent » encore quelques-uns de nos adversaires, que » les livres du Nouveau Testament sont des au- » teurs dont ils portent les noms , qu'on ne » peut dire ni le temps , ni le liea où ces au- » teurs les ont composés. »
LXXV. II y a quelque incertitude sur Tannée précise et sur le pays oh plusieurs de dos livres saints ont été composés; mais, avant nos modernes incrédules , il n'étoit venu à l'esprit de qui que ce soit de contester l'authenticité d'un ouvrage» parce qu'on ne peut pas fixer au juste le lieu et l'année où l'auteur l'a écrit.
LXXVI. Une autre objection de l'incrédulité , est que les évangiles , s'ils étoient du temps auquel on les rapporte , renfermeroient un anachronisme manifeste. « Jésus- » Christ y annonce aux Juifs que tout le sang » innocent répandu sur la terre , depuis celui » d'Abel jusqu'à celui de Zacharie , fils de » Barachie, qu'ils ont immolé entre le lem- » pie et l'autel, retombera sur eux (119)* Or, 9 ce Zacharie, fils de Barachie, fut égorgé » dans le temple par la faction des zélés , » pendant la guerre des Juif» contre les Ro- » mains , ainsi que nous l'apprenons de Jo- 1 sèphe (120). Voilà donc une preuve évid dente que les évangiles de saint Matthieu b et de saint Luc ont été écrits après la de- » struction de Jérusalem , et qu'ils ne sont » ni du temps, ni des auteurs auxquels on » les attribue. »
LXXVII. Jésus-Christ parle d'un Zacharie , fils de Barachie , massacré entre le
SUR H RELIGION. Il3
temple et l'autel. Josèphe fait mention d'un Zacharie, fils d'un Baruch , égorgé dans lo temple. Donc ils ont en vue la même personne. Voilà tout le raisonnement des in- - crédules. Je ne m'arrêterai pas à la considération de la différence des noms de Barachie et de Baruch , qui peut fonder une présomption légitime que le Zacharie dont il est question dans l'évangile, et celui dont parle Josèphe, ne sont pas le même. Jo demande s'il ne peut pas y avoir eu deux Zacharie , fils de Barachie, tués entre le temple et l'autel ou dans le temple; et si cela est possible , l'objection tombe. Jésus-Christ connoissoit, sur l'histoire dfes Juifs , beaucoup de choses qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous. II pouvoit donc savoir qu'il y avoit un homme de ce nom, dont nous n'avons pas de notions. Les interprètes de l'écriture ont cherché quel pouvoit être celui dont parle Noire-Seigneur. Les uns ont dit que c'étoit le même dont Josèphe fait mention, et que c'est en esprit prophétique qu'il en parle. Saint Jérôme rapporte trois opinions sur ce sujet/ L'une , que ce Zacharie est celui que l'on compte le onzième parmi les petits prophètes, dont le père s'appeloit effectivement Barachie; l'autre, que c'est le Zacharie , père de saint Jean-Bap-
tisie ; là troisième , que c'est le Zacharie ', fils de Joïada , massacré par l'ordre du roi Joas,- dans le parvis des prêtres , qui étoit entre le temple et l'autel. Il réfute les deux premiers sentimens, et s'arrête au troisième, fondé sut/ une ressemblance de signification entre le nom de Joïada et celui de Barar chie , et sur ce que , dans l'évangile des Hébreux , on lisoit fils de Joïada au lieu de fils de Barachie (121): Je trouve dans l'écriture un Zacharie , fils de Barachie. Il vivoit du temps d'Isaïe, qui en parle comme d'un juste, et qui le nomme un témoin fidèle (122). Il y eut dans ce temps-là une violente persécution , et l'écriture dit que le roi Manassès fit couler une grande abondance de sang innocent , et qu'il en remplit Jérusalem (i23). Il est possible que ce Zacharie, fils de Barachie , y ait été immolé entre le temple et l'autel, et que ce soit ce meurtre que Jésus-Christ rappelle. On voit dans les livres saints plusieurs Zacharie ; on y voit aussi plusieurs Baraohies, C'éloient des noms assez communs parmi les Juifs. Que ce soit de l'un des Zacharie que nous venons de nommer, ou de quelque autre qui nous soit absolument inconnu, que Jésus -Christ ait parlé, cela nous est absolument indifférent.
Il suffit qu'il ait pu y avoir avant Jésus-
Christ un Zacbarie , fils de Barachie , tué entre le temple et l'autel , pour - qu'on he puisse pas prétendre qu'il y a dans l'évangile un anachronisme , et pour réduire à rien cette objection.