CHAPITRE II
Intégrité du Nouveau Testament.
Après avoir montre par des preuves multipliées , et par la réfutation des diverses objections , que Ies livres du Nouveau Testament sont incontestablement des auteurs dont ils portent les noms , il nous reste à établir que ces livres sont parvenus jusqu'à nous , purs , entiers , et sans altération. Mais avant de prouver qu'ils n'ont pas étà altérés , il est nécessaire d'expliquer ce que nous entendons par ce mot , et de poser nettement l'élat de la question.
LXXVIII. Quand naus disons que nos livres sacrés sont entiers et purs , nous ne prétendons pas que tout , jusqu'à la moindre virgule , jusqu'au moindre mot , $oit aujourd'hui dans le même élat qu'il est sorti des mains des auteurs. Nous ne parlons pas des erreurs de copistes qui ont dû procéder de l'ignorance , de l'inadvertance , de plu-
ll6 DISSERTATIONS
sieurs autres causes naturelles , et qui , se répétant et .se multipliant dans une très grande quantité d'exemplaires , ont produit Ce que Ton appelle des variantes » et en ont produit un très grand nombre. Il est même naturel que le livre qui a été le plus souvent copié et le plus souvent traduit , soit celui oh Ton voie le plus de ces sortes de fautes. Nous disons , et c'est là tout ce que nous prétendons , que ces livres sacrés sont les mêmes , quant au fond et à la substance des choses , quant à ce qui est de quelque conséquence et pour le dogme et pour la morale , enfin quant au sens des phrases , qu'ils sont sortis des mains des apôtres et des évangélislcs.
LXXIX. Ce n'est pas là ce que veulent les incrédules. Quelques - uns d'entre eux affectant un respect hypocrite pour des livres qui seroicnt effectivement émanés de la divinité , prétendent que « la Providence se i doit à elfe-mèrae, et doit aussi aux hom- » mes, de préserver les livres qu'elle daigne t leur donner pour leur instruction, non % seulement d'erreur , mais de toute alté-
• ration jusque dans le* moindres ertpres- ■ sions ; qu'elle doit veiller avec un soin » bien plus grand à leur intégrité qu'à celle » des autres livres qui ne sont pas nécessaires
• au salut , et , à raison de leur origine di-
SDR LA RELIGION 1 1 7
• Tinè et de leur extrême importance , les
• garantissent du sort commun. Dieu , ajou- » tent-ils , ne pouvoit rien faire de plus d utile pour sa religion , que de conserver » dans une pureté entière ces livres préd cieux % c'eût été une preuve déaionstrab tive qu'ils sont inspirés* •
LXXX, Dieu , consignant dans les livres la révélation qu'il daigne donner aux hommes , ne doit pas souffrir qu'elle s'a 1 1ère et ae défigure dans ces livres ; qu'elle y devienne méconnoissable et obscure ; qu'on n'y voie plus ce qu'il a voulu y mettre; il doit, en un mot , maintenir ces livres exempts d'erreurs et dans un état tel , qu'ils servent à son objet. Si c'étoit là tout ce que prétendent nos adversaires, leur assertion- seroit raisonnable , mais leur difficulté seroit nulle. Des fautes d'écriture qui se trouvent dans diverses copies rendent-elles les livres méconnoissables ? dénaturent-elles les faits? altèrent-elles la doclrine? corrompent -elles la morale? Les variantes changent-elfes quelque chose à la révélation? Les exemplaires où on les lit, ne nous instruisent- ils pas de )a religion aussi bien que les autres?
On voudrait que l'inspiration qui a garanti d'erreur les livres saints , se fût étendue des auteurs à tous les copistes , à tous
" i l8 dissertations les traducteurs. On prétend que la Providence leur devoit à tous l'infaillibilité. Mais c'eût été à chaque fois qu'un homme entreprenoit une traduction ou une copie , ua nouveau miracle ; et il est de la sagesse divine de n'en opérer que lorsqu'ils sont nécessaires. Quel est l'ouvrage ancien que l'on ne regarde pas comme entier , et comme tel que l' auteur l'a composé , malgré les erreurs de copistes , qui ont pu., dans le cours des siècles , s'y introduire ? Si on admettoit le raisonnement de nos adversaires , il faudroit rejeter tous les livres , et renoncer à toute érudition.
Mais , dit on , la Providence doit un soin particulier aux livres inspirés; leur exemption de variantes seroit une preuve de leur divinité. Que ne dit-on de racine qu'elle est tenue de préserver ces livres des accidons qui les- détruisent , de la vétusté , des incendies , des inondations ; de conserver incorruptible le papier ; de rendre l'encre indélébile? Cette assertion seroit tout aussi raisonnable. Ce soin , plus grand encore , dos livres sacrés , seroit une preuve plus forte de leur divinité. Le seul soin particulier que la Providence doive à ces livres , est , comme nous l'avons dit , de les maintenir dans leur intégrité morale , parce que c'est la seule nécessaire à ses vues.
LXXXI. L'état de la question ainsi établi» je passe à la discussion. Je prends d'à-
nuscrits du Nouveau Testament , qui existent dans la chrétienté entière et dans les diverses langues , et je les trouve tous absolument semblables : et ceux de l'église latine , et ceux de l'église grecque., et ceux de l'église catholique , et ceux de toutes les communions qui s'en sont séparées , soit dans l'orient , soit dans l'occident. Comment un concert aussi unanime , aussi général , auroit-il pu se former pour des changemens ? Gomment tant de communions aussi opposées entre elles s'y trouveroient - elles réunies» si nos livres avoient éprouvé des altérations (124)? Dira-t-on qu'elles se sont accordées entre elles pour corrompre les livres saints ? dira-t-on qu'il y a eu des faussaires assez adroits , ou assez puissans » pour leur faire recevoir à toutes , soit d'autorité» soit sans qu'elles s'en aperçussent » les changemens qu'ils avoient imaginé?
LXXXII. Depuis que les divisions actuellement subsistantes dans l'Église ont commencé » l'altération que l'on prétend avoir été faite dans le Nouveau Testament a été impraticable. Voudroit-on la reporter aux temps qui ont précédé ? l'hypothèse ne
sera pas moins absurde. Du moment oii nos livres saints furent composés , ils furent répandus dans tous les lieux où le fut la religion. Nous avons vu que les hommes apostoliques les pèrtoient avec eux , et les laissoient aux églises qu'ils fondoient. De ce moment , il y eut nécessairement la plus grande vénération pour ces livres , soit à raison des auteurs qui les avoient composés , soit à raison des fondateurs qui les avoient donnés , soit surtout à raison de ce qu'ils contenoient. Nous voyons qu'on les lisoit avec respect dans les églises; mais ces églises étoient déjà répandues dans l'empire romain et au-delà de ses limites. Il auroit donc été dès lors impossible qu'une altération se fit universellement; il auroit été impossible qu'elle se (lit sans qu'on s'en aperçût. Les exemplaires que l'on lisoit dans les églises catholiques étoient tous les mêmes. Ils étoient donc tous purs , et tels qu'ils avoient été écrits.
LXXXIII. Plusieurs hérétiques de ces premiers temps entreprirent, pour appuyer leurs erreurs , d'altérer en quelques endroits le Nouveau Testament , et nous trouvons dans leur tentative infructueuse encore , une preuve de la pureté de nos livres. Aussitôt qu'ils commencèrent à publier leurs exem-
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ploires falsifiés , le cri de toute l'Église s'éleva contre eux. Les saints pères leur reprochèrent avec force ces corruptions qu'ils avoicnt faites des livres sainls , et les leur prouvèrent par deux titres que réunissoient les exemplaires de l'Église catholique : par leur antériorité sur ceux des hérétiques , et par leur universalité* Tertulien , écrivant contre les marcionites f fait valoir spéciale* ment le premier de ces motifs. Morcion , dit* il , a fait l'évangile sien , en l'interpolant (i*5). Son hérésie fait voir une témérité humaine , et non une autorité divine , quand elle corrige sans cesse l'évangile en le corrompant. Par ces prétendues corrections , elle prouve deux choses, l'antériorité de notre évangile qu'elle a trouvé existant avant le sien , et la postériorité du sien , dont par ses amendemens elle montre la nouveaulé (126). Saint Augustin, réfutant Fauste le manichéen , qui prétendoit que c'étoient les livres catholiques qui éloient altérés , et les siens qui étoient les véritables f se sert , pour le confondre , de ces deux titres , de la priorité et de l'universalité» Que ferez-vous , lui dit-il? où vous retournerez-vous ? quelle origine donnercz-vous au livre produit pas vous? quelle ancienneté lui attribuerez.
tous? quelle suite de successions appelle- 1. 6
t«* "DISSERTATIONS, :
rez-vous en témoignage ? Si tous ïes$ay#r f tous ne pourrez pas en venir à bout. Et voye* dans celte matière de quel poids est l'autorité de l'Église catholique , qui , sur les chaires fondées par les apôtres , nous présente jusqu'à nos jours une succession d'ëvêques non interrompue , laquelle est encore appuyée -par le consentement de tous les peuples. Si on élève la question sur l'autorité des exemplaires, elle sera décidée par .ceux des régions étrangères d'où la foi nous est Tenue. Si on y voyoit encore de la variété»
on devroit préférer les plus nombreux à ceux qui le sont moins* les plus anciens aux plus nouveaux. S'il restoit encore de .l'incertitude, le moyen de la lever seroit de consulter la langue primitive , dont se sont faites les traductions (127). Parlant d'un passage eité contre les manichéens , tous les exemplaires , dit-il , anciens et 'nouveaux, le portent , toutes les églises le lisent , toutes les langues sont d'accord (128). Sur deux passages du même apôtre., que Fausle avoit prétendu être opposés entre eux.: nous ne pouvons pas , disoit-il > prétendre * que 4' un r de ces deux textes n'est pas de saint Paul , puisqu'il n'y a point à cet égard de différence dans les exemplaires (129)* Il seroit pq&çible de produire encore d'autres textes de ce saint
docteur.
On a donc tenté, dans les premiers siècles ; d'altérer la pureté du texte sacré , et on ne Fa pas pu. La fraude a été découverte au moment où elle a été entreprise. 11 a été impossible de cacher aux églises qui existaient en tant de divers lieux , la différence entre les versions nouvelles qu'on produisoit , et le texte que , depuis leur fondation , elles étoient accoutumées à lire. Les exemplaires falsifiés périrent avec les hérésies qui leur «voient donné l'être, Les hérésies postérieures au troisième siècle , voyant ee mauvais succès de celles qui les avoient précédées , n'ont pas osé les imiter. Toutes ont lu le Nou. veau Testament de même que les catholiques.
Quoiqu'on leur montrât leur condamnation écrite dans ce livre divin , elles Font respecté. Elles détournent le sens du texte , elles n'en contestent pas la pureté. Nous avons cependant vu , dans ces derniers temps, la tentative des premiers hérésiarques se renouveler et avoir le même succès. Les novateurs , qui , depuis le dix-septième siècle, •'efforcent obscurcir la doctrine de l'Église sur la grâce , avoient imaginé de faire à Mons une nouvelle édition du Nouveau Testament selon la vulgate , et de substituer à un mot contraire à leur erreur , une autre expression qui y étoit plus favorable (i3o).
Mai» le piège a été aussitôt découvert que tendu : l'Église universelle s'est élevée contre cette perfide innovation. À l'édition falsifiée , elle a opposé toutes les éditions , tous les manuscrits , toutes les versions du texte sacré ; et les auteurs de la supercherie n'en ont recueilli que de la honte.
LXXXIV. Tel a donc été dans tous les temps la profonde vénération , tel a été le vif attachement des fidèles de toute l'Eglise pour le livre divin , où ils trouvoient le principe de leur foi , le fondement de leurs espérances , la règle de leur vie , que ces sentimens oi)t repoussé constamment tout ce qui pouvoit porter atteinte h sa pureté et à son intégrité, Les évêques étoient soigneusement occupés h conserver intact ce précieux dépôt qui leur étoit confié ; et les peuples eux-mêmes ne souffroient pas qu'on y portât atteinte. Nous trouvons dans l'histoire ecclésiastique plusieurs faits qui le dé» montrent.
LXXXV. Au quatrième siècle , un évêque nommé Tryphillus, qui avoit de la réputation d'éloquence , crut , dans un sermon t devoir changer un mot de l'écriture , qu'il ne trouvoit pas assez nohle , en un autre plus relevé. Spiridion f autre, évéque qui étoit en haute cowidéraliop pour sa vertu , indigné
StJfc U ftELlGÎOff. 125
de cette altération , lui demanda s'il se croyoifc plus habile que Celui qui avoit employé le mot qu'il changeoit ; et à la vue de tout le peuple , il se leva de son siège et s'en alla (i3i).
LXXXVI. Théodoret raconte un fait qui hii étoit personnel. Le Diatessaron de Tatien , dont nous avons eu occasion de parler, étoit composé de passages des quatre évangélisles. Rien n'y avoit été ajouté; seulement tout ce qui étoit contraire à l'hérésie de l'auteur étoit retranché/ Ainsi le texte sacré s'y trouvoit , non dans son intégrité , mais dans sa pureté* Beaucoup de fidèles ne s'apercevant pas de la fraude , le lisoient avec simplicité , comme un abrégé des évangiles. Théodoret trouva dans les paroisses de son diocèse plus de deux cents exemplaires de cet ouvrage; il les supprima avec soin; et à leur place fit lire à ses diocésains les quatre évangiles (i3s)«
LXXXVII. Nous voyons saint Jérôme, entreprenant une nouvelle traduction de l'Écriture sainte, sentir tout le danger de cet ouvrage , et prévoir les cris qu'il va faire élever contre lui par ses détracteurs , qui commencent déjà à l'accuser d'introduire des nouveautés , et de vouloir altérer l'antique version des septante (1 55). Et en eflet
une épitre de saint Augustin à saint Jérôme lui apprend le mauvais effet qu'a voit produit dans une occasion sa traduction. Un évêque ayant voulu lire dans son église cette version nouvelle, il.se trouva dans la prophétie de Jonas quelque chose qui différoit de ce qu'on étoit accoutumé depuis long temps à entendre. Il se fit parmi le peuple un grand tumulte. Les Grecs surtout accusèrent l'évêquo de falsifier le texte. Celui-ci, pour se justifier, appela les Juifs en témoignage de la conformité de sa version avec le texte origînal. Les Juifs , soit par malice , soit par ignorance , répondirent au contraire , que le* texte hébreu étoit conforme à ceux des anciens exemplaires grecs et. latins. L 'évêque craignant de rester sans troupeau , se vit obligé d'avouer qu'il 4 avoit fait une faute:
Par ces exemples du zèle et du soin avec:
lesquels on conservoit dans l'Église te texte sacré dans toute sa pureté , on peut juger si une altération un peu importante eût été; possible.
LXXXVIII. A toutes ces raisons j'en ajouterai une dernière, tirée d'un auteur récent • Mais si l'incrédule ne peut m'opposer que » des hypothèses qui se détruisent d'elles- » mêmes , je puis l'accabler par une preuve-
SUR LA REJLIGIOH. 1
xle fait , et qui est encore sous nos yeux.
Parcourez > lui dirai- je , lés écrits innombrables des pères de V Église qui , dans leurs commentaires , dans leyrs traités dogmatiques , dans leurs homélies, ont transcrit en quelque sorte le Nouveau Tesrlatnent tout entier. Vous y trouverez le sçns , et presque toujours les paroles mêmes de nos livres saints ; en sorte que , si par impossible ces livres yenoient à disparoitre tout à coup , il.seroit aisé de Içs refaire < 9 en rassemblant les citations éparses dans les auteurs ecclésiastiques. Rreuvc démonatralive de l'intégrité constante de* livres du Nouveau Testament , puisqu'il
sont parfaitement conformes à ceux de la p4ûs haute antiquité (1 55) > . , On a fait contre l'intégrité du Nouveau Testament plusieurs objections. >
LXXXIX. « On nous oppose d'abord qu'il » est tellement vrai que les chrétiens ont » corrompu et altéré à leur gré, et selon » qu'il leur convenoit , les évangiles , . que » Gelse le leur reprochoit ^ et qu'Origine » étoit forcé d'en convenir/
XC. Gette difficulté est de la plus insigne mauvaise foi. Origène est bien éloigné de convenir que les fidèles aiegt altéré le* li-
Très saints. Il répond au contraire à l'accusation , qu'il n'y a que quelques hérétiques qui s'en soient rendus coupables, les sectateurs de Marcion , de Valentin, et peut-être ceux de Lucanus; et qu'il est injuste d'imputer ce tort .à l'Église (i56). Nous avons parlé de ces falsifications du Nouveau Testament , tentées par les sectaires des premiers siècles , et nous avons vu que loin de prou* ver que ces livres nous soient venus avec des altérations , elles forment au contraire , par le cri qui s'éleva au même moment dans toute l'Église , par la résistance universelle qu'on y mit , par ce qu'y opposèrent les pères de l'Eglise , une preuve de la fausseté que le Nouveau Testament ait jamais été cor* rompu.
XCI. « On prétend que l'histoire de la » femme adultère absoute par le Sauveur , » n'étoit pas originairement dans l'évangile » de saint Jean , puisqu'elle manque dans » d'anciens manuscrits. Papias , cité par Eu- » sèbe , rapporte cette histoire d'après l'é - » vangile des Hébreux , où elle étoit racon- » tée , et d'où elle a été transportée dans » celui de saint Jean. Au reste , qu'elle ail » été retranchée de quelques exemplaires , i qu'elle ait été ajoutée dans quelques au— » très , il en résulte toujours que le texte
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» des évangiles n'étoit pas fort respecté , et • qu'il n'a pas été impossible de l'altérer. »
XCII. L'histoire de la femme adultère ne se trouve point dans quelques anciens manuscrits de l'évangile de saint Jean : donc elle a été interpolée après coup dans ceux où elle se trouve. Telle est la manière de raisonner de nos adversaires. Nous avons souvent oc-
casion de citer des exemples de cette logique.
L'histoire rapportée par Papias , et qui se trouve aussi dans l'évangile des Hébreux 9 d'une femme accusée auprès du Sauveur , est-elle la même que celle racontée par saint Jean? Eusèbe ne le dit pas; rien ne l'indique. Au contraire , il paroît que ce sont deux faits différens. Papias parle d'une femme accusée d'un grand nombre de crimes (i37). Il est clair , par le texte de saint Jean , qu'on n'imputoit à la femme amenée devant Jésus- Christ , que le seul adultère dans lequel on venoit de la surprendre (i38). Ajoutons que Papias ne rapporte pas les circonstances racontées par saint Jean, de la provocation faite par le divin Maître aux accusateurs , de jeter la première pierre , de l'indulgence dont il use à l'égard de celte femme , et de la défense qu'il lui fait de ne plus pécher.
Saint Augustin explique la raison qui a fait supprimer celte histoire par des gens de peu
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de foi , dit-il , ou plutôt ennemis de la vraie foi. Oubliant qu'après avoir absous cette femme , Jésus-Christ lui avoit ordonné de ne plus pécher dans la suite, ils ont craint que la clémence dont il avoit usé envers elle ne fût prise pour une impunité de ce péché; et ils ont imaginé que Dieu ne de voit point lui remettre une telle offense , pour ne pas blesser des esprits insensés (i3<)). N'avonsnous pas vu , en effet , les incrédules de nos joufs imiter les falsificateurs qjue blâme saint Augustin, et faire, de la respectable indulgence de Jésus-Christ, le sujet de. leurs railleries? , v .
XCIII. < On nous objecte enfin Victor , » évoque de Tinuis , ou de Tunnone,.qui , » dans sa Chronique, rapporte que sous le » consulat de Messala , les saints évangiles » furent repris à Constantinople , par ordre » de l'empereur Anastase., comme ayant été » composés par des. évangélistes imbécilles
XCIV. D'abord l'autorité d'un chroniqueur isolé , et dont la narration n'est confirmée par aucun auteur , n'est pas en soi bien considérable. Ensuite , en. supposant le fait vrai , que s^ensuivroit-il ? qu'un empereur , qui favorisoit les hérétiques , avoit voulu falsifier les évangiles ; mais Victor ne dit
SIB LV ftELlGION. l3l
pas que ces évangiles ainsi corrompus aient été publiés , qu'ils aient été reçus dans aucune église. Ce n'est pas la tentative d'altérer les livres saints qui est impossible , c'est le succès. La preuve que ces prétendus évangiles altérés n'ont jamais paru dans le public, c'est qu'on ne voit aucune trace des réclamations , des contestations qui n'auroient pas manqué de s'élever au sujet de la falsification ; c'est qu'aucun autre écrivain, ni du même temps , ni dc£ temps suivans , ne dit un seul mot d'un fait' aussi important. Nous lisons dans un auteur contemporain de Victor de Tunnone , un fait qui contredit celui dont il s'agit , et qui peut-être éclaircit la difficulté. Cet auteur est Libérât diacre de Carthage , qui , dans son Abrégé des hérésies nestoriennes et eu tychicnnes , rapporte que Macédonius , évêque de Gonstantinople , fut chassé dé son siège par l'empereur Anastase , comme ayant * falsifié les * évangiles (14 1 )• Si Anastaso punissoit les corrupteurs des livres saints , il n'ordonnoit donc pas qu'on les corrompit. . Peut-être Victor et Libérât , dans léurs narrations opposées, ont-ils en vue le même fait. La narration de Libérât est beaucoup plus vraisemblable , d'autant qu'il y joint diverses circonstances; et on peut croire que Victor a pu trop facilement ajou-
l32 DISSEftTATIOftS SUS LA ftEUCIOJC
ter foi h quelques bruit* populaires répandu» sur uû empereur qui étoit odieux , et que son attachement à des doctrines perverses pouvoit faire soupçonner de chercher à altérer les sources do la saine doctrine.
Des miracles sur lesquels est fondée la certitude
du christianisme.
Les ennemis du christianisme combattent nos miracles de deux manières. Ils attaquent d'abord les miracles en général , et nient qu'ils puissent exister , et qu'on puisse en être certain. Ils attaquent ensuite les miracles chrétiens en particulier, et en contestent la réalité. Je vais répondre successivement à ces deux genres d'attaque , en divisant celte dissertation en deux parties.
Dans la première , je traiterai du miracle en général; dans la seconde, je montrerai la vérité des miracles chrétiens.
Du miracle en général.
h Le miracle peut -il exister? pouvonsnous être certains qu'il a existé ? Ce sont
deux questions qu'élèvent les incrédules, et' que je vais examiner dans deux chapitres.