CHAPITRE PREMIER
Possibilité du miracle.
H. Nous appelons communément miracle un fait incontestablement contraire aux lois et au cours constant de la nature (i). D'autres disent que c'est une œuvre certainement supérieure aux forces des agens naturels. Il est clair, h la seule inspection, que ces deux notions reviennent au même. Ce qui est contraire au cours de la nature,. est au-dessus des forces des agens naturels. Leur force ne s'étend pas à changer des lois auxquelles ils sont euxmêmes soumis.
Sur chacune de ces notions il y a une observation à faire. Sur la première, lorsqu'on dit qu'un miracle est contraire aux lois de la nature, on iv'entend pas que toutes les lois physiques soient suspendues ; il suffit qu'une seule de ces lois le soit , le reste de la nature conservant toujours son cours. Sur la seconde , lorsqu'on parle d'agens naturels, il n'est question , m des bons , ni de» mauvais agens. . Nous ignorons quel degré (k force Dieu Jeur a. donné. Tout ce que nous
savons , c'est qu'il n'est pas en leur pouvoir d'intervertir l'ordre établi par le Créateur, sans son commandement, ou au moins sans sa permission.
J'ai dit que le miracle est un fait incontestablement contraire au cours de la nature. B ne suffit pas en effet, pour qu'une œuvre quelconque soit réputée miraculeuse, que nous n'en voyions pas la cause dans la nature ; il faut encore que nous connoissions po sitivement et avec Gertitude, qu'elle est en contradiction avec quelqu'une des lois physiques. C'est le défaut de cette réflexion , qui a trop souvent fait, prendre par des esprits simples , pour dès miracles , ce qui n'éloit que des effets naturels. N'en voyant pas la cause dans. la nature, ils sont allés la chercher au-delà.
III». Puisque le miracle est une dérogation aux. lois de la nature, il est évident qu'il ne peu* être* opéré par aucun autre que par celui qui a donné des lois à la nature (2). Puisqu'il surpasse les forces des agens naturels , il est évidemment l'œuvre de l'agent surnaturel : cette vérité n'a pas besoin d'être prouvée* Les incrédules qui refusent au Créateur le pouvoir de faire des miracles, ne prétendent pas certainement l'attribuer aux créatures. Lors donc que
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nous disons qu'un homme a fait des miracles, nous entendons que Dieu les a opérés par lo moyen de cet homme, et que cet homme, en les faisant, a été le ministre de Dieu (3).
IV. Dieu infiniment sage ne fait rien sans motif. Il ne peut déranger Tordre qu'il a établi dans le monde , que par des rues tirées de son infinie sagesse. Tout miracle doit donc avoir un objet. Un miracle sans but seroit indigne de Dieu, et dès lors il est impossible. Cet objet du miracle doit être de Tordre religieux, le seul qui soit digne que Dieu intervertisse ses lois. Ainsi nous ne regardons comme un vrai miracle que celui qui a pour objet quelque point de la religion. Qu'on fasse devant moi une chose aussi extraordinaire, aussi incroyable qu'on puisse le supposer; si c'est pour me prouver quelque chose d'étranger à la religion , je no croirai jamais que ce soit un miracle.
Le miracle est certainement impossible à tout autre qu'à Dieu; mais Dieu lui-même peut-il en opérer? En donnant des lois à la nature, s'est-il réservé ou s'est- il ôté le droit de les intervertir, de les suspendre? Voilà ce qu'il s'agit d'examiner.