XI. II est aussi très adapté à la nature de
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l'homme, ce langage qui est complètement démonstratif et universellement persuasif; qui par sa force convainc l'esprit, et porsa simplicité estii la portée de tous les esprits. -
XII. Premièrement , le miracle forme une démonstration rigoureuse. Quand j'entends dire, ou quand je vois faire quelque chose , qu'il n'y a qu'un certain homme qui le puisse dire ou faire, j'en conclus que c'est la parole ou faction de cet homme. La conséquence est certaine , et si jamais je me trompe à cet égard , ce n'est que sur le principe ; c'est que je croirai qu'une chose n'a pu êtrç dite ou faite que par un tel homme , quoiqu'elle Ait pu l'être par un autre. Ce même raisonnement fonde la conviction résultante du miracle : je vois une chose qui n'a pu être faite que par Dieu , et je ne peux pas me tromper sur ce principe; Tordre de la nature ne peut être dérangé que par celui qui a autorité sur la nature. Quand donc je voi$ un homme qui me propose une doctrine au nom de Dieu , faire en même temps tin acte qui est une dérogation certaine .aux lois de la nature, je suis forcé de croire qu'il eat véritablement envoyé de Dieu pour m'iq* struire , et que la doctrine qu'il me prêche yient de celui qui seul a pu lui donner le pouvoir 4e Caire le miracle (7).
X^i >DI9SEBTÀTI0NS
Lorsqu'un homme s'annonçant l'enroyé de Dieu , et présentant une doctrine comme divine , offre en même temps de faire des miracles, il appelle DîetS en témoignage de ce qu'il avance. S'il opère, en effet, le miracle qu'il à voit promis, Dieu lui-même intervient , il atteste ce que cet homme a dit en son nom , et il le dégage de sa promesse en la réalisant, il se rend la caution et le garant de sa véracité (8).
Quand on voit un envoyé se présenter de h part de son prince avec des lettres de créance authentiques, on croit cPabord qu'il est en effet l'envoyé de ce prince ; ensuite , que ce qu'il dit, il le dit de la part de son maître : on regarde sa parole comme celle du souverain lui-même. Le miracle est la lettré de créance de Dicii, et certainement la lettre de créance la plus authentique qui puisse exister. On sent que je ne parle ici que du miracle certain et incontestable.
MIL Secondement , le langage du mi racle si démonstratif par lui-même, est encore parfaitement digne de la sagesse divine, en ce qu'il est à la portée de tous les esprits. Il satisfait pleinement la raison du savant , et n'èxcèdé pas celle de l'ignorant. Plus oîi le médite, plus on le trouve convaincant, et il n'a pas besoin d'être approfondi pou t
SUR LA BElIÇHm.
être trouvé tel. L'examen d'une doctrine exige des raison nemed s , des discussions , dont la plus grande partie des hommes n'est pa& ca* pàble. Le miracle tranche toutes les difficultés; àbrége toutes les disputes. Il ne faut que des yeux pour s'assurer du fait; et la conséquence est tellement immédiate, tellement claire; qu'il suffit, pour l'apercevoir, de n'avoir pas l'esprit dérangé. i
XIV. C'est donc à tort que l'incrédule oppose h la possibilité des miracles leur inuti* Klé. « N'est-il pas surprenant, dit-il, que 1$ » Divinité trouve plus facile de déranger l'or* » dre de la nature, que d'enseigneraux homme» » des vérités claires, propres à les convaincre, t capables d'arracher leur assentiment? Ne * peut-elle pas , sans ce moyen extraordinaire, » persuader les hommes , et leur faire vouloir » ce qui lui plaît? • . ' &
' XV. Quand nous ignorerions quelle . est Utilité des miracles, ce ne seroit pas une raison pour èn nier la possibilité. Que de choses existent dans le monde, dont Dieu est par conséquent l'auteur, et dont il est impossible , et aux déistes et à nous , de donner la raison ! V '
XVI. Mais l'utilité des miracles n'est pat un mystère, Noé seules lumières suffisent pour nous faire voir que c'est, sinon l'uni-
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que, au moins le plus convenable et le plus efficace moyen d'instruire la multitude des hommes des vérités et des volontés divines (g). Je ne vois que deux autres moyens que la sagesse divine pût employer pour atteindre ce but. L'un seroit de rendre toute révélation inutile, en perfectionnant nos facultés, au point que nous vissions clairement par notre raison toutes les vérités et tous les préceptes divins; l'autre, de les manifester à chacun de nous par des révélations particulières. Le premier n'a nulle proportion à notre nature; ce ne seroit plus l'homme que Dieu instruiroit, ce seroit un autre être d'un ordre différent. Le Créateur , en nous accordant des facultés , tant corporelles qu'intellectuelles , dans une certaine mesure , les a proportionnées à nos besoins : le changement de ces facultés exigeroit le changement de ce pour quoi elles nous ont été données.
Demander que Dieu emploie ce moyen pour nous instruire , c'est demander qu'il fusse Pbomrae autre qu'il n'est. Le second de ces moyens, c'est-à-dire la manifestation particulière à chacun de nous, consister oit , ou dans une inspiration intérieure et purement spirituelle , ou dans une révélation, extérieure qui frapperoit nos sens. La première auroit, entre autres défauts,, celui d'être in-.
STJ& LA BEUOION. l^S
certaine. Gomment saurions -nous que telle inspiration nous vient de Dieu? Gomment la distinguerions -nous de toutes les autres pensées qui passent naturellement par notre esprit ? La seconde seroit plus certaine ; Dieu parlant physiquement aux hommes , et leur faisant retentir ses préceptes, comme autrefois du mont Sinaï , on seroit bien assuré qu'ils émanent de lui. Mais ne seroit-ce pas là un miracle ? N'est-ce pas une évidente contradiction, en rejetant tous les moyens miraculeux, d'en demander un de ce genre?
XVII. Ajoutons à tout ce que nous venons de dire de la conformité du miracle avec la sagesse divine , qu'il a l'avantage de convaincre non seulement ceux qui en sont témoins» mais tous ceux qui en acquièrent la connoissance par des relations authentiques. Si , au lieu de ce moyen général , on veut que la Providence emploie , pour l'enseignement du genre humain, des moyens individuels, ce seroit toujours des interversions de Tordre naturel, soit physique, soit moral, qu'il faudra renouveler autant qu'il y aupa d'hommes; et voilà que, pour nier l'utilité et la possibilité d'un^seul miracle , on en nécessite une multitude infinie d'autres.
JÇYIII. f Mais, dit-on, Dieu pouvoit n'eni seigner que des vérités tellement évidentes i
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» qu'elles subjuguassent d'elles-mêmes l'assen- » timent. •
XIX. Je demanderai d'abord : si Dieu le pouvoit, y étoit-il tenu? n'est -il pas le maître de révéler aux hommes des vérités d'un ordre supérieur à celles que la raison peut atteindre?
Je demanderai ensuite quelles sont ces vérités d'une telle évidence , qu'on soit forcé de les admettre. Les premiers principes de la religion, l'existence de Dieu, son unité, ses principaux attributs , l'immortalité de l'âme , les devoirs commun de la morale ; Toilà sans doute ce que nos adversaires appellent des vérités si évidentes , qu'elles arrachent l'assentiment. Qu'ils nous citent dono une nation qui les ait professées sans mélange d'erreurs grossières, à moins d'en avoir été instruite par une révélation positive? qu'ils examinent quelles étoient, sur ces vérités fondamentales, les opinions non seulement du peuple , mais des philosophes les plus célèbres avant l'avènement de Jésus-Christ , et qu'ils aillent les chercher dans les écrits mêmes de ces philosophes (10). Les égaremens du genre humain presque entier , sur les points les plus essentiels et les plus clairs , prouvent l'utilité d'une révélation positive. L ? utilité d'une révélation suppose* celle des miracles.
XX. Les incrédules de nos jours réchauffent , contre la possibilité des miracles , une objection de Spinosa. c Admettre des mii racles, est contester à Dieu son immuta-
• bilité. Les lois de la nature ne sont autre » chose que les décrets divins. Un change i ment dans les décrets de Dieu seroit un » changement dans sa Volonté. Il est con~ x» tradictoire de reconnoltre un être immua- » ble, dont la volonté soit versatile. Il est i absurde d'imaginer que ce que Dieu a dé-
• crété de toute éternité , il le change dans » le temps. Un changement dans les lois de d la nature est donc impraticable; et, par » conséquent, le miracle est impossible, »
XXI. Lorsque Spinosa proposoit cette objection , elle étoit une conséquence de son système d'athéisme. Selon lui , la nature entière, c'est-à-dire la collection de tous les êtres , est Dieu. Dans cette hypothèse, il est clair que tout changement dans la nature est un changement dans Dieu, Mais en ôtant son absurde. principe, il n'est plus vrai qu'il survienne un changement dans Dieu , lorsqu'il y a quelque chose de changé dans l'ordre de la nature , puisque la nature est autre chose que Dieu.
XXII. Il n'est pas vrai non plus qu'il survienne un changement dans les décrets
de Dieu , lorsqu'il en arrive à Tordre qu'il a établi dans le monde (1 ) ).
XXIII. L'opinion la plus communément reçue , soit parmi les métaphysiciens , soit entre les théologiens , et qui est aussi appuyée de l'autorité de plusieurs saints pères , au sujet de l'éternité divine , est qu'elle ne se compose pas , comme le temps , d'une suite de mouvemens se succédant Jes uns aux autres. Selon eux, elle est indivisible, et toujours tout entière. Pour donner une idée de la relation de l'éternité au temps , ils la comparent au point indivisible qui forme |p centre du cercle autour duquel tourne la circonférence composée d'une multitude de points se suivant les uns les autres. Ainsi , il n'y a réellement dans Dieu ni antériorité , ni postériorité. Le jour de la création du monde est celui de sa destruction , qui , relativement à nous , sont séparés par un si long intervalle , ne sont pour lui qu'un seul instant. Il est clair que dans ce système l'objection proposée est nulle. Dieu a voulu la loi générale que la nature devoit suivre dans toute la durée du temps , et la suspension qui devoit arriver à une époque précise, dans le même instant et par le même acte. Il est évident qu'il ne peut pas y avoir de change ment où il n'y a point de succession ; car il
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est impossible qu'un être soit , dans un seul et même moment, différent de lui-même.
XXIV. Mais ce n'est pas sur des systèmes, quelque accrédités, quelque raisonnables qu'ils soient, que nous fondons là défense de nos saintes vérités. J'admets donc maintenant l'hypothèse contraire , et supposant l'éternité formée, comme le temps, de momens successifs, je prétends qu'il ne survient pas un changement aux décrets de Dieu, lorsqu'il en fait arriver à l'ordre qu'il a établi dans le monde. Remettons-nous audelà des temps , et considérons Dieu, seul être alors existant , préparant dans sa sagesse les lois qu'il se proposoit de donner aux créatures qu'il feroit sortir du néant. Pouvonsnous douter que sa prescience infinie, embrassant dans une seule pensée tous les temps et tous les événemens qu'il feroit éclore (12), n'eût prévu dès lors et n'eût fixé toutes les dérogations qu'il lui plairoit d'apporter à ces lois (i3) ? Si les lois générales qu'il a données à la nature sont de toute éternité, les exceptions qu'il y a apposées sont également éternelles (i4). C'étoit lorsqu'il traçoit au soleil sa inarche régulière, qu'il lui ordonnoit de l'interrompre à telle époque , sur la voix de Josué. Le décret d'exception èst contemporain du décret de la loi générale.
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Supposons un prince qui , en dictant une loi h tous ses sujets, prévoie une circonstance particulière, dans laquelle il déclare que sa loi n'aura pas d'exécution; dira-t-on , ce cas arrivant , que la loi est changée ? Dieu a certainement eu, de toute éternité, autant de pouvoir pour ordonner des suspensions an cours de la nature, qu'il en a eu pour le régler. Il a donc pu ordonner des miracles; et, lorsqu'il en opère , sa volonté ne change pas , elle reste toujours la même (i5). Ses décrets ne sont pas intervertis , ils sont exécutés.
Que les déistes cessent donc de nous parler de l'impossibilité qui résiste selon eux à l'existence d'un miracle. Devant Dieu les faits naturels et les faits surnaturels sont également possibles. Il est aussi facile à sa puissance de rendre la vie à un homme , qu'il l'avoit été de la lui donner (16). II peut , au gré de sa sagesse , diriger les êtres qu'il a créés , ou tous ensemble par des lois générales, ou chacun par des lois particulières.
II peut soumettre les uns aux règles communes, et en affranchir les autres. Sa volonté suprême n'est gênée par rien.
XXV. Cette objection que je crois suffisamment réfutée , les incrédules la répètent, la retournent de plusieurs manières, et là présentent sous diffërens termes.
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Les uns disent que le miracle est une violation des lois divines : mais une dérogation momentanée faite par le législateur à sa loi , et décrétée par lui en même temps que la loi , n'est pas la violation de cet le loi.
D'autres veulent que le miracle soit l'infraction des lois mathématiques qui régissent le monde. S'entendent-ils bien eux-mêmes, quand ils parlent de lois mathématiques? C'est par des lois physiques que le cours du monde physique est réglé.
Selon d'autres , c'est aux lois immuables que le miracle est contraire. Immuables, par rapport à qui ? Pour les créatures , qui y étant soumises , n'ont pas la force d'y faire aucun changement; à la bonne heure : mais Dieu qui les a posées , y est-il pareillement astreint ? voilà ce qu'il serait nécessaire, et ce qu'il est impossible de prouver.
11 y en a qui prétendent qu'en changeant ses lois physiques , Dieu dérangeroit sa machine , déflgureroit son ouvrage. Une suspension momontanée d'une loi physique n'est pas le dérangement du monde , ne le défigure point.
L'univers ne cesse pas d'être aussi beau , aussi parfait qu'il ait jamais été , parce qu'un inort y est ressuscité.
Concluons. Le miracle ne répugne point en lui-même, il n'est contraire à aucun des
attributs divins; au contraire, il est parfaitement conforme à la suprême sagesse. Il est donc possible.