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XXX. Qui pourroit, après dix-sept siècles

révoquer en doute la vérité des miracles de Jésus-Christ, si, dans le temps où ils ont été publiés * elle n'a pas été contestée; si ceux qui auroient eu, avec le plus grand intérêt, les plus puissans moyens pour la combattre , n'ont pas osé la démentir? Leur silence ne seroit-il pas une preuve démonstrative ? Voyant d'un côté les apôtres attester hautement les miracles de Jésus-Christ, et appeler en témoignage ceux mêmes à qui ils les annonçoient; voyant , de l'autre , les ennemis de Jésus- Christ, ses persécuteurs, ses meurtriers, ne pas disconvenir de la réalité de ses miracles , pourroit-il rester à aucun homme sensé le plus léger soupçon que les miracles n'eussent pas été opérés? Or, ce n'est pas là une supposition , c'est un fait qu'il est très facile de démontrer.

XXXI. Les chefs des prêtres, les docteurs, les pharisiens avoient un intérêt majeur à nier les miracles de Jésus-Christ, s'ils l'avoient pu. La prédication des miracles étoit une accusation formelle, intentée à eux tous d'avoir fait périr l'envoyé de Dieu , le Messie attendu par la nation. Si Jésus-Christ n'étoit pas un séducteur , comme ils l'en avoient accusé, ils étaient eux-mêmes des scélérats de l'avoir immolé; s'il étoit un prophète, le Messie promis à Israël, ils s'étoient

rendus coupables d'un crime énorme envers Dieu et envers la nation. Ils avoient l'intérêt le t plus grand à se laver de cette si grave inculpation; et le moyen le plus simple à la fois et le plus certain , étoit de montrer la fausseté des miracles sur lesquels on fondoit la divine mission de leur victime.

A l'intérêt le plus grand de soutenir la fausseté des miracles , les chefs des Juifs auroient joint les moyens Jes plus efficaces de la prouver. La puissance étoit entre leurs mains; ils étoient les maîtres d'ordonner des enquêtes juridiques, de faire venir tous les témoins des lieux où on annonçoit que s'étoient faits les miracles , de recevoir, de publier les déposi tions : leur crédit, la confiance qu'on a voit en eux, la crainte qu'ils inspiroient , auroient encore donné à leurs informations une grande autorité : un seul de ces miracles démontré faux auroit fait tomber la secte naissante et son inculpation. .

Ces hommes dévoient savoir positivement la vérité 01: la fausseté des miracles, la possibilité ou l'impossibilité de les contester. La publicité avec laquelle on annonçoit qu'ils avoient été opérés , ne pou voit leur laisser, à cet égard, ni ignorance ni doute.

11 étoit absolument impossible qu'ils méprisassent la publication qui en étoit faite.

SUR LA BÉLIGÏON. 28l

La nouvelle religion prenoil tous les jours de prodigieux accroissemcns : les deux premières prédications lui a voient acquis huit mille disciples; des églises se fondoient dans tous le* pays, à Athènes, à Corinthe, à Antioche, à Alexandrie, à Rome; de tous côtés retenlissoit l'accusation de déicide intentée contre eux; de tous côtés elle prenoit de plus en plus de la consistance, et le nombre de ceux qui y ajoutoient foi se grôssissoit sans cessé. - 4

XXXII. Les chefs de la nation juive se dévoient donc à eux-mêmes, ils dévoient à leur honneur outragé, à leur ministère avili, à leur religion ébranlée , dfe démentir les apôtres „ de rectifier, de prouver qu'ils en imposoiènt en publiant les miracles de leur maître. La volonté ne leur manquoit sûrement* pas; les moyens eussent été entre leurs mains : s'ils eussent pu nier les miracles , certainement ils l'auroicnt fait; si donc ils ne l'ont pas fait, c'est qu'ils ne l'ont pas pu. Or, l'ont-ils jamais faite , cette dénégatioh si importante pour eux? Ce seroit à ceux qui voudroient le prétendre à le prouver. On n'en aperçoit dans aucune histoire , ni sacrée , ni profane , le plus léger vestige : et peut-on croire que dans les écrits qui nous restent relatifs à la religion chrétienne , et

dans ceux où il en est seulement fait mention» il ne s'en trouvât aucune trace? Remarquons la différence du langage des apôtres, lorsqu'ils parlent de la résurreotion de leur maître,. qui étoit contestée, et de ses autres miracles. Sur la résurrection , c'est leur propre témoignage qu'ils allèguent , c'est par là qu'ils s'efforcent de la prouver; sur Jes autres miracles, ils ne cherchent pas à donner ces preuves, il disent seulement que toute la nation les connoît. Si la vérité des miracles de Jésus-Christ avoit été mise en question , on verrott quelque part cette question traitée; il en scroit au moins fait mention dans quelques écrits. On connoit les objections faites au christianisme par ses premiers adversaires; on ne voit pas cellelà , qui eût été la plus forte de toutes , mise en avant. Si elle avoit été proposée , les premiers apologistes de la religion, qui se sont attachés à réfuter toutes celles que Fou faisoit , jusqu'aux plus minutieuses , auroient-ils pu négliger de la traiter? Leur défense a dû nécessairement être dirigée sur l'attaque : ce qu'ils ont répondu montre ce qu'on leur opposoit. Quoique les écrits des premiers adversaires soient perdus , nous sommes assurés que cette difficulté ne s'y trouvoit point. Ne pas combattre un ohjec-

tion aussi importante , n'eût-ce pas été en avouer la solidité? n'eût-ce pas été convenir que la religion avoit un fondement ruineux?

Que la dénégation des miracles lût restée sans réponse, il ne pouvoit pas exister de christianisme : on n'y a pas répondu , donc elle n'a pas été faite.

XXXIII. Mais ce n'est pas seulement des disciples de Jésus-Christ, c'est de ses ennemis eux-mêmes que nous apprenons que ses miracles n'ont pas été contestés dans leur temps. Ce qu'ils opposoient à la preuve résultante de ces miracles , le démontre clairement. Le divin Sauveur venoit en leur présence de guérir un possédé qui étoit muet et aveugle; tous les assistans > émerveillés de ce prodige, disoient à haute voix : Seroit-cc donc là le fils de David? Que** répondent à cela les pharisiens ? C'est que Jéstfc^Christ ne chasse les démons que par Béelzébuh, le prince des démons (37). N'est-ce pas là évidemment un aveu de la réalité du fait qu'ils avoient actuellement sous leurs yeux? S'ils avoient pu le contester, l'auroient-ils attribué au pouvoir du démon ? S'ils avoient eu à donner une réponse aussi tranchante que la dénégation , s'ils n'avoient pas senti l'impossibilité de la proposer devant la multitude des témoins, se seroient-ils avisés de

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recourir h une défaite aussi misérable , que le Sauveur eut bientôt confondue?

Voudroit-on attaquer la fidélité de ce récit, sur le fondement qu'il est fait par des disciples de Jésus-Christ ? M is leur narralion est postérieure de peu d'années au fait qu'Us rapportent; ils le racontent à la vue de ceux mêmes qui ont imputé au démon le miracle; qui sont encore revêtus de la puissance; qui, s'ils n'ont pas tenu ce discours, si même ils ne l'ont pas tenu si publiquement qu'il soit impossible de le désavouer, ont le droit de les punir; qui en ont évidemment l'intérêt, qui en ont même le devoir; car tout gouvernement se doit de réprimer ceux qui le décrient en lui imputant des choses fausses et ridicules. Le sanhédrin s'est-il inscrit en faux contre le récit des deux évangélisles ? a-t-il tenté de les en châtier ? Deux choses sont évidentes : saint Matthieu n'àuroit pas osé avancer un tel fait , s*ït n'a voit' pas été non seulement certain, mais très public; et s'il avoit eu cette témérité, il en auroit indubitablement été sévèrement puni.

Telle étoit donc la réponse que doiinoient les Juifs à la preuve résultante des miracles que ne cessoit d'opérer Jésus-Christ; ils ne nioient pas la réalité de ces prodiges , ils en

contestaient la conséquence; ils convenoient qu'il les opéroit; ils soutenoient que ce n'étoit pas au nom de Dieu; ils lui accordoient un pouvoir, mais un pouvoir diabolique et non divin : l'état de la question entre les défenseurs et les antagonistes de la religion a constamment été de savoir, non si les miracles étoient réels, mais de quel principe ils procédoient.

Je dis que tel a été l'état de la question, et je le prouve par toute la suite de cette longue et importante contestation. Nous voyons d'un côté Jésus-Christ , ses apôtres et leurs successeurs, donner invariablement les mêmes preuves de la religion; nous voyons, de l'autre, les adversaires du christianisme répéter constamment les mêmes objections, les uns d'après les autres : ils sont de deux classes , les juifs et les païens; or, et les uns et les autres, répondant à la démonstration des miracles, conviennent formellement de leur réalité, et se rabattent, on à dire vaguement que les miracles ne prouvent rien , ou à renouveler l'absurde accusation intentée par les pharisiens , que c'est par la puissance du démon qu'ils ont été opérés.

XXXIV. Prenons d'abord les rabbins , héritiers de la haine et des argumens de leurs pères contre le christianisme. Dans le Tal-

inud de Babylone, et dans celui de Jérusalem, il est dit que le mot Jehovah, prononcé d'une certaine manière , suffit pour opérer les plus grandes merveilles , et que Jésus avoit appris le secret de cette prononciation , qui lui faisoit faire, ses prodiges. Honteux, sans doute , de celte pitoyable défaite de ses devanciers , Maimonide qui passe pour le plus éclairé des rabbins, donne à la preuve tirée des miracles de Jésus-Christ une autre réponse, h peu près aussi misérable, et qui montre également qu'il n'osoit pas en contester la réaliCé : il dit que le Messie ne devoit pas en faire.

XXXV,. Lès aveux des païens ne sont pas moins formels. Saint Justin, qui florissoit au second siècle, défend les miracles de Jésus- Christ contre l'objection qu'on leur faisoit d'être des œuvres magiques (38).

Cetse répète à plusieurs reprises la même imputation. Tantôt il dk que Jésus, ou s'est rendu coupable en faisant des choses extraordinaires par l'art magique , ou a tort d inculper ceux qui , par le même art, ont fait les mêmes choses (3cj). Tantôt il prétend qu'élevé d'abord secrètement, Jésus alla ensuite se mettre en condition en Egypte; que là il apprit l'art de faire des miracles; et qu'en étant revenu , à raison de ces miracles

il se donna pour un dieu (4o). Tantôt, comparant les miracles du Sauveur aux choses étonnantes que font publiquement, pour de l'argent , ceux qui sont instruits dans l'art des Egyptiens, il demande si on doit croire aussi que ces hommes sont les fils de Dieu.

(4i). Le témoignage de Celse est d'autant plus •important , qu'il y avoit à peine cent ans que Jésus-Christ étoit remonté dans les cieux , quand il écrivoit contre sa religion. Il avoit dû voir, dans sa jeunesse, des personnes qui avoient connu ou Jésus-Christ luimême , ou des hommes de son temps; il ne pouvoit donc pas ignorer ce qu'on avoit pensé du temps de Jésus^-Christ , sur les miracles que l'on rapportoit de lui : il n'a voit certainement pa6 manqué de s'en informer, et on voit qu'il possédoit l'histoire évangélique, dont il cite fréquemment des textes.

Si donc quelque contemporain de Jésus- Christ eût nié ses miracles , Celse l'auroit indubitablement su : animé comme il Pétoit d'une haine violente contre le christianisme , ingénieux à trouver des argumens pour la combattre , n'eûl-il pas opposé fortement cette dénégation ? eût-il renoncé à l'avantage qu'elle lui eût donné? eût-il recouru au minutieux moyen d'imputer à Jésus-Christ un pouvoir magique, s'il eût pu contester

absolument son pouvoir? C'est donc avec bien de la raison qu'Origène dit, et que nous le répétons d'après lui , que Celse n'attribue les miracles à la magie, que parce qu'il est dons l'impuissance de les révoquer en doule (4s).

Les ennemis de la religion, du temps d'Àrnobé, repétoienl aussi la même inculpation de sortilège , qu'il réfute avec force (43).

Porphyre, dans le troisième siècle, attribuoit de même aux prestiges du démon les miracles opérés par Jésus-Christ et dans les premiers temps de l'Eglise (44)-

Hiéroclès ne nioit pas non plus les miracles du Sauveur : il disoil seulement que c'étoit une bagalelle d'avoir rendu la vue à des aveugles , et fait quelques autres merveilles du même genre; il croyoit qu'elles pouvoient avoir été opérées par un homme ami des dieux, et il opposoit à ces miracles ceux d'Apollonius de Thyane (45).

Julien, ennemi si ardent et si éclairé du christianisme, avoue nettement les miracles de Jésus - Christ ; mais il trouve que ce n'est pas 4ine œuvre bien merveilleuse d'avoir guéri quelques boiteux , quelques aveugles , dans les bourgades de Bethsaïde et de Béthanie (46). Il dit qu'après la mort de leur maître des apôtres ont fait aussi des enchuntemens (47). Il reconnolt saint Paul

comme lo plus grand faiseur de prestiges (4$).

Nous voyons dans une épUre de Volusien h saint Augustin , qu'encore de son temps les païens objectèrent aux miracles du Sauveur, non qu'ils n'étoient pas réels, mais qu'ils n'étoient pas dignes de Dieu (4o)«

Nous avons un écrit du cinquième ou du sixième siècle > que quelques personnes attribuent h Evagrius, et qui est intitulé Consultalion de Zachée , chrétien, et d'Apollonius , philosophe. Apollonius, qui étoit païen 3 convient que Jésus-Christ a guéri différentes espèces de maladies , et ressuscité des morts ; mais il ne mérite pas, ajoule-t-il, d'être sin gulièrement admiré pour cela , puisque d'habiles magiciens ressuscitent les morts , et que les médecins guérissent des infirmités de toutes sortes (5o).

XXXVL D'après ces témoignages constans et non suspects, raisonnons. Le christianisme a eu, depuis le premier moment oii son divin auteur l'a annoncé , une suite continuelle d'ennemis, surtout dans les premiers siècles : tandis qu'on ne voit aucun d'eux contester la vérité des miracles du Sauveur, on voit tous ceux dont les objections sont venues jusqu'à nous l'avouer positivement ; les uns prétendent seulement que ces miracles ne sont pas d'une grando i x5

S>go DISSERTATIONS

importance ; les autres opposent , comme des faits également certains , les prodigeé racontés dans le paganisme , entre autres ceux d'Apollonius de Thyane : mais le plus grand nombre attribue les miracles de Jésus-Christ à la puissance du démon. Je vois cèlté im putation de magie née au temps même de Jésus-Christ , et objectée personnellement à lui ; je la vois passant de bouche en bouché , se transmettant de génération en génération, se perpétuant de siècle en siècle; je- la vois répandue parmi les ennemis du christianisme de toutes les espèces. Juifs et païens, tous la répètent, et certainement sans s'être concertés : cet accord «ans concert indique une cause commune , qui ne peut être autre que l'opinion des ennemis de Jésus-Christ dans son temps, laquelle s'est transmise à ses diters ennemis des temps suivans. Je vois ensuite cette même accusation accréditée non seulement parmi le peuple crédule , mais parmi les philosophes , et proposée par ceux qui on% attaqué la religion avec le plus de lumières. Estil possible, d'après cela, de douter que l'opinion générale ; constante , de tous eeux qui ne croyoient pas *u christianisme dans les siècles voisins de son origine, étoit qtffeles miracles annoncés n'avoient été opérés que .par l'art magique? Or, je dis, et il n'est assurément

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pas difficile de le prouver , que cette opinion si universelle et si suivie est un aveu formel , prononcé par tous lès premiers siècles, de là réalité des miracles de Noire-Seigneur. S'avise-t-on de rechercher la cause d ? ua fait qu'on ne croit pas vrai? Les ennemis du christianisme auroicnt-ils été assez imbéciles pour abandonner une réponse aussi péremploire que la dénégation des miracles, et pour en adopter une aussi pitoyable que l'accusation de magie ? Il falloit que la notoriété des miracles , dans le temps où ils ont été opérés, fût si éclatante., qu'elle mit dans l'impossibilité de les révoquer en doute, pour .faire recourir à une telle ressource. Ces deux propositions, les miracles n'ont pas existé, les miracles ont été des sortilèges, sont entre elles dans une contrariété si formelle, qu'elles ne peuvent pas être vraies toutes deux : qui adopte l'une, rejette par là même l'autre. Dire qu'ils ont été opérés par le démon, est avouer en propres termes qu'ils ont été opérés. En niant les miracles de Jésus-Christ , l'incrédulité de nos jours rejette le témoignage et des apôtres et de leurs ennemis; nos déistes combattent non- seulement nos pères dans la foi, mais aussi leurs propres devanciers dans l'incrédulité.

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