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CHAPITRE III

MIRACLES DES DISCIPLES DE jÉSUS-CHRIST.

1. Jésus-Christ avait prédit que ceux qui croiraient en lui opéreraient ainsi que lui des miracles. Nous voyons cette promesse formellement énoncée dans les Evangiles. « En vérité, dit-il dans un endroit, celui qui croira « en moi fera lui-même les œuvres que je fais , et il en « fera de plus grandes encore (1). Tels sont, dit-il ailu leurs, les prodiges qui suivront ceux qui croiront en rt moi : ils chasseront les démons en mon nom; ils par- «< leront des langues nouvelles ; ils manieront des ser- «t pents; s'ils boivent des choses mortelles, elles ne leur M nuiront pas ; ils imposeront les mains sur les mala- «< des , qui ensuite se porteront bien (2). » Les Evangiles ayant été composés postérieurement aux premières prédications des apôtres, ne sont que le récit mis en écrit des faits que les apôtres et les autres témoins avaient publiés de vive voix. Les disciples de Jésus-Christ ont donc certainement ouvert leur carrière, non-seulement en rappelant aux Juifs les miracles de leur maître et en publiant sa résurrection, mais encore en annonçant qu'ils

(i) Amen, amen dico vobis, qni crédit in me, opeia qnœ ego faeio, et ipse facial, et majora horum faciet. [Joan. xiv , 2.)

(2) Signa autem eos qui eredideiint, hœc sequenlar : In ncmine Hieo daemonia ejicient, linguis loquentur novis , serpentes tollent ; et si mortiferuiB qnid bibeiinr, non eib nocebit ; super aegros manus imponent, et bene babebnnt. (Marc, xvi, 17, 18.)

avaient reçu de lui son pouvoir d'opérer des prodiges. Ils ont ensuite donné plus de force encore à cette déclaration en la consi(;nant dans leurs évangiles et en la publiant universellement. Cette proclamation si solennelle était un engagement formel qu'ils contractaient de faire aussi des miracles. Ils prenaient cet engagement envers leurs ennemis si acharnés contre eux , si puissants pour les punir s'ils manquaient à leur promesse. En le prenant, ce grand engagement, ils donnaient, et au peuple juif, et à l'universalité des nations à qui ils portaient l'Evangile , un moyen certain, et en même temps un moyen facile de reconnaître s'ils étaient véritablement les juinistres du Tout-Puissant. En promettant des merveilles ils attiraient sur eux les regards du monde, sur leurs œuvres son attention. Il ne fallait que des yeux pour voir s'ils guérissaient les malades par la seule imposition des mains; que des oreilles pour s'assurer qu'ils parlaient toutes sortes de langues. La déclaration publique cju'ils font de leur pouvoir miraculeux est tout à la fois et une invitation adressée à tous les peuples d'examiner, d'observer, de scruter, de juger leurs œuvres, et un défi porté aux incrédules, soit de leur temps , soit même de tous les siècles , de les trouver en faute. Ils ne se dissimulaient pas qu'ils seraient continuellement environnés d'hommes attentifs à les considérer, habiles à discerner leurs actions, ardents à les prendre en défaut. Ils savaient à n'en pas douter, que leurs œuvres auraient pour témoins 1rs Uiagislrats juifs et idolâtres qui avaient l'intérêt, le désir, l'autorité de les punir sur le moindre soupçon de fraude. Ils étaient donc bien sûrs de leur puissance pour l'annoncer avec une telle hauteur? Ils auraient été des insensés (et nous avons prouvé qu'ils ne l'étaient pas), si, sentant leur impuissance à opérer des prodiges, ils s'étaient avisés de promettre aussi pubhqueinent des prodiges. Qu'ils crussent en imposer en racontant les miracKs de leiu' maître, cela même, comme nous l'avons vu, eût été souverainement déraisonnable ; mais qu'ils eussent ima-

giné de tromper le monde entier sur leurs propres miracles, sur des miracles annoncés d'avance et sévèrement examinés, c'eût été une extravagance dont on ne connaît pas d'exemple. Un seul prodige annoncé et non effectué , un seul tenté sans succès, une seule fraude découverte, leur ministère estannéanti : un opprobre éternel devient leur partage , et ils se sont livrés aux supplices que méritent les imposteurs. La promesse qu'ils font des miracles, en montrant leur assurance d'en opérer, est déjà un j)réjugé très-fort en leur faveur. Mais voyons s'ik l'ont tenue et s'ils ont accompli cette prophétie de leur maître. Suivons-les dans cette carrière d'œuvres merveilleuses qu'ils vont parcourir.

II. Le premier miracle de cette carrière des Apôtres, c'est sur eux-mêmes qu'il est opéré (1) : c'est celui qui les rend capables de tous ceux dont ils rempliront leur vie; c'est la descente du Saint-Esprit sur eux, dix jours après que Jésus-Christ fut reuionté dans les cieux.

III. Voudrait- on révoquer en doute ce grand prodige , et attaquer la véracité de l'écîivain sacré c[ui le rapporte dans les Actes des Apôtres? Nous dirons qu'il est aussi complètement prouvé que tous les autres miracles

(r) At nerao turbeîur apostolos sic iraperfeclos videns. jNondum cnim crui advenejal , iionduni Spiritus gratia data erat. Si velis autera ipsoruni virtutem ediscere, p.)st haeo illos conbidera, videbisque ipsos orani luorbo animi supenores. (5. Joan. Chrjsost.y in Matth.. homil. Lxv alias lxvi , n" 2.)

Sed jam hic panlo ante tiiuidus, qnalis post adventam Spiritus ex titerit videainus. Ceite Lnea testante didicmius , contra saceidutes et

principes qmnta D>>iDinuiu aui^tor.ta'e praedicaverit Ecce ille

panlo ante tiinidus, jiiin linguis loquitur , cornscat luiraculis , infidelitatena sacerdotuin ac pnncipurn libéra voce increpat^ ad praedicandorn Jesuni exempliim auctoiitatis caeteiis prestat. Ne in nornine ejus loqai debeat verbeiilius prohibetar, nec tamen compcscitur. Gontemnit flagetia caedenfuiu, qui paulo ante requiientiam verba timaera' , et qui aiiciilae vires re pii>itQs expavit, vires piincipnm caesns premit. Sancti enim Spiri'.u^ jam virtute sob'datus, hujiis mnndi aliitudines libertatis calce depriœebat. ( ^. Gregor. Magn., Moral. ^ lib. xvir , cap. 3i , n" 49.)

dont nous avons démontré la réalité. C'est dans le cénacle , il est vrai, loin des regards du public, que s'est passé le fait de la descente du Saint-Esprit. Mais il y avait dans le cénacle environ cent vingt personnes, tant hommes que femmes. Tout le monde s'y trouvait rassemblé pour attendre cet événement qui leur avait été prédit par Jésus-Cliiist avant son retour dans les cieux. Dira-t-on que ces personnes se sont trompées? Dira-t-on qu'elles ont voulu tromper? Pour soutenir la première hypothèse, il faudrait dire que toutes se sont lait illusion, et toutes la même illusion, sur un fait aussi frappant, qu'elles avaient prévu, qui leur était personnel, sur ses diverses circonstances , sur ce qu'elles avaient vu, entendu, éprouvé ensemble. Car il est dit dans le texte sacré , qu'un grand bruit s'était fait entendre , semblable à celui d'un vent violent, des langues de feu étant apparues , et étant venues se poser sur chacun des assistants, remplis de l'Esprit saint, ils commencèrent tous à parler diverses langues, selon que l'Esprit saint leur ordonnait de parler (1;. Une rêverie, une folie, une illusion aussi forte , aussi unanime sur un tel fait, serait une chose absurde à soutenir. Veut-on que^saint Luc qui a écrit cet événement , et que les apôtres qui l'avaient précédemment publié , aient été des imposteurs qui aient abusé de la crédulité publique? Il faudra nécessairement dire que les cent vingt personnes qui étaient dans le cénacle ont été complices de l'imposture. Rappelons-nous ce qui a été dit plus haut de l'impossibilité d'un concert entre tant de personnes ; de l'impossibilité plus grande encore que ce concert se soutienne unifor-

(i) Cnm complerentur dies Pentecostes , erant omnes pariter in eodem loco, et facras est lepente de cœlo sonus, tanquam advenientis Spiritus vebeii;enti.s , et lepievil toiam doraum uhi erant sedentes. Et apparaerunl illis dispertitae Imgaœ tanquam igni.s , seditque supra singnlos eorum. Et repleti sont omnes Spirifu sancto, et cœpeiant loqui variis linguis , proQt Spiritns sanolus dabaf eloqni illis. [Âct.n, I et scq. )

méinent sans jamais varier sur aucune circonstance, persévéranunent sans jamais se démentir, même au milieu des dangers, des persécutions, des supplices. Rappelons ce qui a été prouvé du caractère moral des témoins, qui écarte d'eux tout soupçon de mensonge. Tous les raisonnements que nous avons faits sur le témoignage rendu par eux aux miracles de Jésus-Christ établissent avec la même force la vérité de leur témoignage sur le miracle de la Pentecôte (1).

IV. Le fait même de la descente visible du Saint-Esprit s'est passé dans le cénacle; et comme nous venons de le voir, il n'en est pas moins certain. Mais ce qui a suvi immédiatement ce fait , d'après le récit de saint Luc , a eu pour témoins tous les Juifs réunis à Jérusalem à l'occasion de la fête ; c'est la sortie des apôtres du cénacle , annonçant hautement la résurrection de Jésus-Christ ; c'est leur don de parler toutes sortes de langues ; c'est l'étonnement des Juifs à la vue de cette merveille ; c'est le succès prodigieux des deux premières prédications , où trois mille, cinq mille se convertissent; c'est la guérison soudaine d'un paralytique à la seule parole de saint Pierre ; c'est le courage avec lequel tous les apôtres répondent aux prêtres et aux magistrats. Or, il n'est pas difficile de prouver que ces faits , qui ont eu toute la publicité possible , sont indubitablement : 1° véritables; 2° les effets de la descente du Saint-Esprit.

V. En premier lieu , lorsque saint Luc écrivait ces faits, ils étaient crus unanimement par les chrétiens. Il n'aurait pas osé les produire s'ils avaient été ou inconnus, ou rejetés par la croyance commune. Si son livre des Actes n'eût pas contenu des faits, tous reconnus universellement véritables, nous ne le verrions pas, dès le temps où il a été publié , reçu avec respect dans toutes les églises, non-seulement comme un ouvrage souverainement véridique , mais comme un ouvrage inspiré ; nous ne le verrions pas inséré comme tel depuis l'ori-

(i) Voyez ch;ip. i, u" ix , et suiv. , page i47'

gine, dans le canon des livres saints. Puisque l'Eglise entière, répandue dans beaucoup de pays, croyait et regardait comme incontcslables ces circonstances qui avaient accompagné la descente du Saint-Ksprit, il est certain que les apôtres les avaient publiées partout, dès les temps voisins de celui où elles s'étaient passées. Auraient-ils osé, devant un si grand nombre de témoins oculaires, attester des faits aussi publics, aussi frappants, aussi importants , qui eussent été faux? S'ils l'avaient osé, non-seulement ils n'auraient trouvé aucune créance sur ce point-là, mais ils auraient décrédité leur ministère, fait tomber dès le commencement leur prédication. Ils n'auraient pu ni imaginer de publier une fausse narration de ce genre , ni réussir à la faire recevoir. S'ils avaient eu l'ineptie de le tenter, l'indignation ou le mépris, probablement même l'une et l'autre, auraient excité une réclamation générale. Une seule de ces circonstances arguée de faux , qui aurait voulu se faire chrétien ? Pour soutenir que le récit de ces faits est une fable, il faut prétendre que les apôtres, et tous leurs associés , étaient des fous de les publier ; tous les premiers chrétiens, des imbéciles de les croire; tous les habitants de la Judée des sots de ne pas les contredire. VI. En second lieu, ces faits, qui sont bien certains, ont été et n'ont pu être que les effets de la descente du Saint-Esprit. St. Pierre le déclare formellement , au nom de tous ses collègues , dans son premier discours à tout le peuple juJ rassemblé, et étonné des choses extraordinaires qu'il voyait. Après avoir rapporté la prophétie de Joël , qui annonçait ce grand événement (1), il dit que c'en est l'acconiplissement et

(i) Sed hoc est qnod dictuni est per prophetam Joël; et erit in novissimis diebus, dicit Donii.-ius : Effundam de Spiiilii meo saper omnem carnem , et piDpbetabunl filii vestri, et filiae vesirœ, et jarenes veslii visiones videbunt , et seniores ve.stris orania soinniabnnt ; et quidem super servos meos , et super anrillas meas, in diebos illis , elfaudam de Spiritu meo, et prophetabant. (.4ct. n,i6, 17,18.)

que c'est l'efFel de la promesse que Jésus-Christ a faite , de répandre cet Esprit saint que vous voyez, ajoute-t-ii, et que vous entendez (1). Cette assertion de St. Pierre est-elle vraie? ou doit-on attribuer ces faits à une cause naturelle? Il n'y a pas de milieu entre ces deux propositions. Tout ce qui s'opérait alors était nécessairement l'elïet , ou de causes naturelles quelconques, ou de la cause surnaturelle.

Je demande quelle cause naturelle a pu si subitement transformer les apôtres en d'autres hommes; donner à de pauvres pécheurs ramassés sur les bords du lac de Génézareth , sans lettres , sans instruction . d'un esprit jusque-là si simple et si épais, qui, de leur propre aveu, quelques semaines auparavant, ne comprenaient pas ce que leur maître leur disait de plus clair; je demande quelle cause naturelle a pu leur donner subitement cette force de parole que St. Pierre déploie dans ses deux premiers discours; qui convertit dans Jérusalem un aussi grand nombre de Juifs; que de là ils vont tous porter dans les villes les plus célèbres, centres de toutes les connaissances, et avec laquelle ils combattent les savants les plus éclairés de ce siècle de lumières? je demande quelle cause naturelle a pu faire de ces hommes, auparavant si timides , qui avaient abandonné lâchement leur maître à son premier danger, qui ensuite tremblants pour eux-inémes d'éprouver son sort, restaient enfermés dans le cénacle ; quelle cause naturelle, dis-je, a pu en faire dans un moment les héros les plus intrépides que l'univers ait connus; leui donner le courage d'abord de répondre avec cette fermeté si hautaine aux meurtriers de Jésus-Christ revêtus de la puissance et maîtres de les traiter comme lui , et de soutenir constamment la même audace dans tout le cours de leur vie , devant tous les tribunaux ,

(i) Dexfera igiinr Dei exalfaHis, et promissione Spiritas sancti accepra a Pâtre, effndit hune, qnem vos videtis et aoditis. {Ibid. 33.)

et jusque sur les échafauds où on les fait expirer (1)? Toutes les causes naturelles devaient produire en eux l'effet contraire. Leur métamorphose soudaine nonseulement n'est pas dans la nature , mais elle est en contradiction avec ce que, dans les mêmes circonstances, opère constamment la nature. En rejetant le miracle, elle est incompréhensible, mais elle s'explique parfaitement par la raison qu'a donnée St. Pierre, par l'infusion du Saint-Esprit, qui les a entièrement changés. Ils sont eux-mêmes le premier miracle de leur prédication (2).

(r) In horadominicae coraprehensionis scriptura de eisest, quia, relieto Domino omnes fogeranl. An non valde inHrmus tanc Petras erat, cam interrogantis ancilliilae vocem limuit, et Pvederaptorera negavit...? Sed nbi eos robur induit , libet intueri quam foitis fuir. Repentino quippe sonitu saper eos SpirifussanctUi venit ; et eoruna infirmitatem in mirae charitatis virlutein pernmtavit. Cœperunt enim Christam, jam robore indati, praedicare , qai persecatorurn minas nun erubescebant delitescendo fugeie , et (jui mniierum vcrba timuerant , auctoritatem principam libère frangebant. Vicit robur formidinera ; terrores, minas et caedes saperav;t; et quos superveniendo induit , in cœlesli militia aadaciae in.>>ignibaa illusîravit; ut inter flagella, caedes , et opprobria, non metaerent , sed exultarent. (^S. Gregor. Magn. in i. Reg. f lib. I , cap. 3 , n° la.)

(2) Discipuli admodom liraidi erant, anteqaam id qnod par erat ediscerent, et donc Spiritns sancti dignarentar. Postmoduni vero leonibas aadacjores faerant. Et Pttrus , qui pueilae minas non talerat, inverso capite appensus , et veiberatus, milieque periculis exposifus, non tacebat, sed, quasi baec per somniam pateretar , sic libère loqoebatar. [S.Joan. Chrysost., in Joan., Honi. Lx.xvr ; alias lxxv , n° i.)

Qaibas profecto tune Spiritns virtuîera tribait , cnm in igneis lingais apparens, in cordibus eorara divini flammas amoris accendit. Quod qaidem aperte cognoscere posiamas, si quales ante, quales post adventum sancti Spiiitus fuerint , perpendamiis. Qai enim ad passionem tendentein Magistrum fugientes reliqaeiant, postmodam, per adjunoram Spiritus sancti gratiam roboiati.^ constanter et poblicc nomen Cbiisti praedicabant. Nain, ut reliqnos praetermittamus , ipse apostoloram princeps, (joi mori mefuens vitam nt-gaverat, ciim facto conventn, caesis apoiiolis, sacerdutes et sciibae, ne in nomine Christi loqaerentur, pruhibererU , aiebat : Oportet obedire Deo magis quam hominibus. Cœlonam igitur virtus de Spirita sancto e^t,

Et les autres prodiges racontes par St. Luc , ce talent qui n'avait jamais été vu dans le monde, et qui était nécessaire à l'établissement de la religion , de parler indilléreinment , et sans hésiter, toutes sortes de langues qu'on n'a jamais apprises (1) ; la guérison d'un paralytique par une seule parole ; sont-ce là encore des effets naturels? En les rapprochant des promesses laites par Jésus-Christ à ceux qui croiraient en lui, n'est- il pas clair que c'en est l'exécution? Concluons de là que la descente du Saint-Esprit, ce premier miracle du christianisme, principe de tous les autres, et de l'établissement même du christianisme, est positivement démontrée, d'abord par le témoignage irréfragable des disciples qui en ont été l'objet , ensuite par les effets évidemment divins qu'elle a produits. Passons aux autres miracles dont les disciples du Sauveur ont été non plus les objets, mais les auteurs, ou plutôt les ministres, et voyons s'ils sont aussi bien prouvés.

YIÏ. Je trouve une preuve générale que les apôtres ont fait des miracles, dans les diverses églises qu'ils ont fondées. Que les apôtres aient établi des églises partout où ils ont jeté les fondements de la foi, c'est un fait tellement certain , si clairement rapporté par tous les

qaia per infusiira saiicti Spiritns gratiain , facti sunt in Chiisti confeS' sione fortes apostoli, qui prins fueranl ex. fiagilifate carnis infirmi. Nisi enjm proraissa charismatum dona illi doininici gregis pastores susceperint, nnlio virlutis décore claruissent. ( Opus S. Cregor. Magn. attribut. Exposit. in vu psalm. pœnit. ; in psalm. vi, n°i6.)

(i) Gnr eigo aiite omnia illud (dunum linguarum ) acceperunt apostoli? Quia per omnes orbis partes pervasuii eiaat, et siciit in tempore quo facta estturris, lingua qnae erat tina dividebatur in mulfas, ita tune qnse eiant maltae s^epe ibant ad uniim bominem ; et idem hoino , Persarum , et Romanorum , et Indorum, et aliis ujultis loquebatur lingais , in ipso insonante Spiiitu. (.?. Joan. Chrys. ^ in epist. I ad Cor. , Homil. xxxv, n" i. )

Divinis autern apostolis gratia Spiritus lingaarnm cognitioneni dederat ; quoniam, cum esst^nt omnium gentiam doctores consiituti , oportebat eos scire omnium vores , ut-unicuique per propriam vocem evangelicatu praedicalionem afferrent. ( Theodor. , in Epist. i ad Cor., tom, m, cap, xii , v. i.)

SUR LA RELlGIOxV. 333

auteurs et chrétiens et païens, que nos adversaires ne le révoquent pas en doute. Je le dirai d'abord avec plusieurs sainls Pères : Sans miracles, ces églises auraientelles pu se former (1)? Coinnientles disciples auraient-ils pu trouver créance aupi es de tant de peuples , leur faire adopter une doctrine incompréliensdjle , pratiquer une morale sévère, s'ils n'avaient pas donné cette preuve de la divinité de leur mission ? On ne croit pas légèrement, et sans raison , qu'un liomme est l'envoyé de Dieu. On se rend plus diflicile encore à le croire, quand à sa voix il faut changer toutes ses idées, réformer toutes ses inclinations. Et quel autre motif que les miracles les hommes apostoliques auraient-ils pu donner pour se faire croire tels? Observons de plus que dans l'Evangile qu'ils publiaient , il était formellement prédit qu'ils feraient des miracles. Cette prophétie favorisait leur prédication, si en effet ils en opéraient; mais elle la contrariait, elle devait même la faire tomber, s'ils n'en opéraient pas. Voici qui est plus démonstratif encore. Dans toutes ces églises fondées par les apôtres et par leurs associés , on était persuadé qu'ils avaient fait beaucoup de miracles. Comment cette persuasion si forte, si unanime, se serait-elle établie, s'ils n'en avaient fait aucun? Qui aurait pu persuader en même temps à tant d'hommes si distants de pays, si différents de langage, qu'eux, ou., si l'on veut, que leurs pères avaient vu des miracles qu'ils n'avaient jamais vus, ou dont leurs pères ne leur auraient jamais parlé ? Quelle puissance assez forte, assez étendue, aurait été

(i) Jnre a-itein signornm gratiam pelant. Non a!io en m inodo ostendere poreiant ipsam resurrexisse, iiisi ex signis. (S. Joann. Chrysost.^ in Acta Apostol. , Homil. xi, n" a.)

Neque enim po uissfrii oinnes gente-. in tain brevi teiiiporo r-!;fderc , nisi sigiioriiin iniraculis (Id; 3 eoinm qaodani modo esset extorta. Lorjuenti')n.s enim et clamantibns apotolicis viris , Dominus signoram magnitiîdine respondchnt. (5. Hieronym. Commemt. in Isa'am^ lil). XVIII, rap. 68. )

capable deproduiie un effet aussi extraordinaire, aussi universel ? Cette foi unanime de toutes les é{jlises formerait à elle seule une preuve complète des miracles de leurs fondateurs. Kile acquiert un nouveau ])oids et devient une démonstration irrésistible , quand on la lie à l'impossibilité de la formation de ers é{;liscs autrement que par les miracles. L'établissement de tant d'é}',lises justifie leur croyance aux miracles apostoliques ; leur croyance aux miracles apostoliques montre que c'est par eux que s'est fait leur établissement. Ces églises donnent la preuve des miracles par leur formation , et la raison de leur formation par les miracles(l).

VIII- Le livre des Actes des Apôtres où sont rapportés beaucoup de miracles des hommes apostoliques, est aussi une preuve de ces miracles. Outre les prodiges du jour de la Pentecôte dont nous avons parlé. St. Luc en rapporte beaucoup d'autres. La punition soudaine d'Ananie et de Sapliire (2) ; les guérisons de toutes les sortes de maladies opérées par l'ombre seule de St. Pierre (3) ; les apôtres tirés de prison par un ange (4) ; les malades guéris et les possédés délivrés par saint Philippe, à Samarie, dont résulte la conversion de Simon le magicien (5); la conversion de St. Paul (6); la guérison du paralytique Enée , et la résurrection de Théhite par St. Pierre (7); la descente visible du Saint- Ksprit dans la maison du centenier Corneille (8),

(i) Haec (rairacnla) nt fîdem facerent , innotoernnt. Haec per fidem , quam fecciunt, inuho clarins innotoerunt. Leguntar qoippe in populis, ut ciedantnr; nec in populis tamen, nisi crédita, legerentur. (S. Augiist. , de Civit. Dei , lib. xxit, cap, 8 , n° i.)

(a) Act. V , I et seq.

(3) Ibid. i5.

(4) Ibid. 19 et seq.

(5) Ibid. viir, 5 et seq.

(6) Jèid. IX , I et seq

(7) Il>id. 33 et seq.

rS) Ibid. X, 44, 45.

SDR LA RELIGION. 335

à la voix du iiiéme apôtre (1); les prophéties faites par Agabus, d'une famine qui a lieu sous le règne de Claude, et de la persécution susciiée à Jérusalem contre St. Paul (2) ; la délivrance de St. Pierre par un ange, de la prison où l'avait mis Hérode (3) ; la mort soudaine de ce prince, en punition de sou orgueil (4), l'aveuglement subit du magicien î]lymas , prodige qui soumet à la foi un proconsul (5); la guérison d'un boiteux de naissance, à Lystres , par St. Paul (6) ; la délivrance d'une 611e possédée, à Philippes^7) ; les portes de la prison où était renferiiié St. Pierre , ouvertes avec fracas, ses chaînes brisées et son geôlier converti (8); le Saint-Esprit descendu à Ephèse sur environ douze nouveaux convertis, qui aussitôt parlent diverses langues et prophétisent (9) ; les malades guéris , les possédés délivrés dans la même ville par le seul attouchement des linges qui avaient servi à St. Paul (10) ; la résurrection du jeune Entiche, à Troade, par le même apôtre (11); sa prédiction dans une tempête de quatoi-ze jours , qu'il n'ari iverait nul malheur à aucun assistant(12); la morsure d'une vipère dans l'ile de Malte, dont il ne lui résulte aucun mal (13;. Il paraît, par plusieurs passages du même livre , qu'il a été fait par les apôtres beaucoup d'autres miracles qui n'y sont pas rapportés.

(r) At-t. X, 44, 45.

(a) Ibid. xr , 28; XXI, lo, il.

(3) Ibid. XII, 3 etseq.

(4) Ibid. 2 3.

(5) Ibid. 1.111, 8 et seq.

(6) ibid. XIV, 7 et seq.

(7) Ibid. XVI, m et seq.

(8) Ibid. 2 5 et seq.

(9) Ibid. XIX ,6,7.

(10) Ibid. 1 1 , 12.

(11) /^/</. XX, 9 et seq.

(12) Ib'.d. XXVII, 22 et seq.

^3) Ibid. xxvni, 3, 4, 5,

Ces récits de St. Luc sont-ils certainement véridiques? Cette question, comme nous l'avons vu, en renferme deux. A-t-il pu être trompé, a-t-il voulu tromper sur les faits qu'il rapporte?

IX. D'abord il n'a pu être lui-même dans l'erreur. Il y a bcaucou|T de ces njiracles dont il avait été person— nellemenl témoin; il yen a d'autres qu'il rapporte sur la foi de ceux qui l'avaient été. Il avait des premiers la certitude physique, des seconds la certitude morale. Dira-t-on, sur les premiers, qu'il se faisait illusion ; que tous ses sens se trompaient, non pas une fois, mais presque continuellement? Ce serait déjà une absurdité ; mais en voici une plus révoltante encore. Saint Luc rapporte (et puisqu'on le suppose daris l'erreur, il faut le croire sincère) Timpression que faisaient sur les assistants les miracles apostoliques, les effets qui en résultaient. Tantôt les miracles de saint Paul le font prendre pour un Dieu ; tantôt ils opèrent de grandes conversions. D'autres effets encore sont rapportés dans diverses circonstances. Il faudra donc soutenir que les assistants qui voyaient avec saint Luc, qui croyaient, de même que lui, les merveilles opérées par les apôtres, se faisaient la même illusion , éprouvaient la même erreur de tous leurs sens. Que devient la certitude physique dans cette ridicule assertion?

Youdrait-on dire que saint Luc a été induit en erreur sur ceux des miracles dont il n'avait pas été témoin ? Mais il avait connu et ceux qui les avaient opérés, et ceux sur cjui ils avaient été opérés, et ceux qui en avaient été convertis, et tous ceux qui les avaient vus. Il les tenait des églises entières qui y avaient été présentes. Il en avait vu les eff'ets. Si on veut n'ajouter foi à un écrivain que sur ce qu'il a vu de ses propres yeux , qu^le histoire pourra-t-on croire? Que devient, dans cette seconde supposition, la certitude morale?

X. L'assertion que saint Luc a voulu tromper sur les miracles des apôtres , n'est pas moins déraisonnable. Outre que ses écrits , et son caractère moral , confirmé

encore par celui de tous ses associés , ne donnent aucune prise à cette accusation, il est certain que, s'il avait voulu induire en erreur, il aurait pris, pour y parvenir, un moyen détestable et qui l'aurait empêché de réussir. Aux miracles qu'il rapporte il joint toujours l'indication du lieu où ils ont été opérés, et souvent la désignation des personnes qui en ont été les objets. Il donne par là un moyen simple, naturel, facile , de vérifier les faits qu'il rapporte. Est-ce là la marche qu'aurait suivi un fourbe? Son histoire renferme un intervalle d'environ trente ans qui venaient de s'écouler. Dans tous les pays dont il parle , il y avait des hommes qui y vivaient lors des faits qu'il rapporte. Tous les autres habitants de ces pays pouvaient facilement, devaient même naturellement s'en informer. Si on vous rapportait que dans la ville que vous habitez il s'est passé, il y a dix, vingt, vingt-cinq ans et avant que vous y fussiez, un fait très-extraordinaire, très-public, trèsfrappant, très -important, n'iriez- vous pas vous en informer auprès de ceux qui habitaient alors cette ville, et qui ne peuvent manquer d'en avoir connaissance ? Si on veut que St. Luc ait été ua imposteur, on veut donc qu'il ait été à la fois le plus maladroit et le plus heureux des imposteurs ; le plus maladroit, puisque, par son indication des circonstances, il fournissait lui-même le moyen de découvrir sa fourberie ; le plus heureux, puisque, malgré cette énorme bévue, il est parvenu à procurer à son ouvrage la croyance et le respect de ses conteinporains et des générations suivantes. L'objet de saint Luc était de favoriser, de confirmer et d'étendre la religion dont il était ministre. En insérant dans son livre des faits faux, et dont la fausseté eût été facilement constatée , il prenait le moyen diamétralement contraire à son but. Quel effet et parmi les païens, et njéme dans les églises chrétiennes , aurait produit la fausseté reconnue d'un seul fait rapporté par un évangéliste? En deux mots, il est impossible que St. Luc ait menti sur des miracles aussi publics, aussi récents, que tant de per- Ditsert. sur la Relig. 15

sonnes de tout parti avaient et un intérêt majeur et une tacilité extrcnie de vérifier. Il est évident qu'il n'a pas menti , puisqu'après les vérifications qu'on n'a sûrement pas manqué de faire, son livre des Actes a toujours joui de la plus grande autorité, et que les faits qui y sont rapportés ont été constamment et universellement crus. XI. Voici un nouveau témoin du plus grand poids, et qui imprime aux miracles apostoliques le motif de certitude le plus convaincant ; c'est l'apôtre saint Paul. Le premier miracle qu'il atteste , est celui que Jésus- Christ lui-même a opéré sur sa personne ; c'est sa propre conversion (1). 11 serait absurde de soupçonner qu'il s'est trompé sur un tel fait. Il n'est pas plus raisonnable de l'accuser d'avoir voulu tromper. 1° Quel intérêt y aurait-il eu? Sa prédication devait, comme il l'annonce, lui attirer les plus grands maux ; et en effet il n'a cessé , dans le cours de sa carrière , de les éprouver. 2.° 11 cite les témoins du miracle qui l'a converti ; ce sont les gardes qui l'accompagnaient, qui ont été frappés de la lumière, qui ont entendu la voix céleste, qui l'ont vu renversé, qui, le voyant aveugle, l'ont conduit par la main à Damas. Si le fait est faux , les circonstances le

(i) Cum Paolam videas qui ipsam (Jesnm) non viderat , qui ip- -sum non aadierat, qui doctiinae particeps minime faerat, qui etiam post crncem ip=,i bellum indixerat, et eos qui in illum credebant interficiebat, qui cmnia raiscebat ac turbabat , hune subito mutafum , inferendis pro praedicatione verbi laboiibus omnes Chiisii amicos superare; qnae tibi, qaaeso, deinceps impudentiae occasio relinquitar , S! rciurrectionis verba non credasT Si enira Christus non resnrrexisset , qnis honiinam adeo crudelem et inbnmanura, quis adeo infensum et efferatum sibi cor.ciliasset et ad se adstruxisset ? Die enira, quéeso, Judae, quis Paulo persuasit nt Christo ss adjongeret ? jNum Petrus? Nom Jacobus? Num Joannes ? Atqui omnes isti eura tiraebant et horrebant; neque taninm ante hoc tempus,sed tam etiam, cum in amicorcm nunierum relatns erat; quando prensum il- 1cm mann Barnabas Jerosolyraam introduxit, adhnc illi propins 5€ adiungere timebant ; ac sedatum quidem erat bellum; metos tamen adhuc in apostolis permanebat. [S. Joan. Chr^sost.^ Homil. in illud : San! adhuc .'pirans, n° 5.)

sont ; si elles le sont , les témoins le démentiraient. 3° Accusé devant un tribunal, il raconte, pour se justifier, le miracle de sa conversion. Les Juifs ses accusateurs^ ses ennemis acharnés, qui faisaient tous leurs efforts pour le traîner à la mort, n'osent pas le contredire sur ce point. C'est lorsqu'il dit qu'il a été envoyé pour prêcher aux nations , qu'il s'élève un cri contre lui et qu'on demande sa mort , en disant qu'il n'est pas digne de vivre (1). Ainsi on veut qu'il périsse , parce qu'il porte aux nations la doctrine qui devait rester concentrée dans le peuple Juif; mais on ne l'accuse pas d'imposture, pour avancer le fait de sa conversion, ^^'en estce pas là une sorte d'aveu?

XII. Ce n'est pas seulement le miracle de sa conversion que saint Paul atteste ; il fait mention des miracles qu'il avait opérés, et il les rappelle à ceux qui en avaient été témoins, u Notre prédication de l'Evangile , dit-il a à ses disciples de Thessalonique, n'a pas été seulement « en paroles , mais aussi en miracles , et dans le Saint- « Esprit, et dans une grande abondance, comme vous « savez que nous avons été parmi vous et pour vous (2;.» Il répète , peu d'années après , la même déclaration aux Corinthiens '3,. Il leur dit ailleurs que les preuves de son apostolat ont été sa patience entière , ses prodiges , ses miracles, et les effets de la force divine (4;. « Je « vous ai écrit avec liberté , dit-il aux Romains , pour « rappeler à votre souvenir la grâce que Dieu m'a « accordée d'être le ministre de Jésus-Christ parmi les o nations ; car , ajoute-t-il , je n'ose parler de ce que

(i) Act. xxn.

(aj EvangeLum nostrum non fait ad vcs in seiraone tanium, sed in virtate, et in Spirila sancto , et in plenitadine multa; sicatscitis, qaaies faerimas in vobis prupfer vos, ( i. Thessal. i , 5- )

(3) Serrao meus et praedicatio inea , non in persuasibilibns hamanae sapientiae verbis, sed in ostenbione Spiritus et virtaiis; ot tides vestra non sit in sapientia hominarn , sed in virtate Dei. ( i . Cor. ii , 4 , 5. )

4) Signa taraen aposto'.atos mei facta sont saper vos, in omnipatientid , in signis, et prodigiis , et virtotibus. (2. Cor. xu , 12.)

« Jésus-Cliiist a fait pour moi, pour se soumettre les t< gentils par la parole et par les œuvres , par la vertu « des miracles et des prodiges , et par la force du Saint- « Esprit; en sorte que, de Jérusalem jusqu'à l'Illyrie, « j'ai tout rempli de l'Evangile de Jésus-Chiistfl;. »

Je demande à tout homme raisonnable s'il pouvait entrer dans l'esprit de St. Paul de dire aux Tliessaloniciens, aux Corinthiens, aux Romains , qu'il avait fait des miracles parmi eux, et d'invoquer, sur ces miracles , leur témoignage , si effectivement il n'avait fait parmi eux aucun miracle^ Je demande quel effet aurait produit sur ces nouveaux chrétiens de différents pays une déclaration aussi insensée? Que l'incrédule qui nie les miracles de St. Paul , se transporte aux lieux où ces lettres ont été adressées , et au moment où elles y sont arrivées. Quelle idée prendrait-il de l'écrivain qui aurait été faire un mensonge aussi impudent , un mensonge nécessairement reconnu de tout le monde aussitôt qu'il aurait été produit? Il ne lui ferait pas l'honneur de le prendre pour un imposteur qu'il faut punir, il le regarderait comme un fou c|u'il faut enfermer. Il n'y a pas un Romain , un Corinthien , un Thessalonicien , qui ait pu penser autrement, s'il n'était pas persuadé des miracles de St. Paul. Mais, au contraire, nous voyons ces lettres reçues avec respect , et par les églises à qui elles sont adressées, et par l'Eglise universelle; nous voyons que dès les premiers temps on les lisait dans les assemblées des fidèles comme des écrits inspirés. Nous avons vu TertuUien attester que les originaux de ces lettres étaient, de son temps, religieusement conservés dans

(i) Audacius sciipsi vobis, fratres, ex parte, tanqaam in memoriam vos reducens propter gratiam qnae data est rnihi a Deo ut sim minisler Clidsti Jesu in gentibns... Non enim audeo aliquid loqui eorum , quae per me non efficil Christns in obedientiam gentiutn vepho , et factis , in virtute signoram et prodigiornm, in virtute Spiriîns sancti, ila nt ab Jerasalera per circaitam usque ad Illyrirnra , lepleverim, evangelium Chrisli. (/îow.xv, i5 et seq.)

les églises qui les avaient reçus (1). Il est donc évident que les fidèles de Tliessalonique^ de Corintlie , de Rome, savaient parfaitement, et étaient intimement convaincus que St. Paul avait fait parmi eux des miracles. Il est donc hors de doute qu'il en avait opéré.

XIII. Ce n'est pas tout encore. Que St. Paul eût persuadé à ses disciples qu'il avait fait devant eux des miracles, quoiqu'ils n'en eussent vu aucun, ce serait une grande absurdité. Mais une autre , bien plus grossière encore , bien plus révoltante, serait qu'il fût venu à bout de faire croire, contre la vérité, qu'euxmêmes avaient le pouvoir de faire des miracles, et qu'ils en faisaient réellement et journellement. C'est cependant ce qu'il faut soutenir, si on veut révoquer en doute les miracles des premiers fidèles. Ce n était pas seulement à ses douze apôtres , c'était à tous ceux qui croiraient en lui, que Jésus-Christ avait promis cette grande puissance. Nous avons vu , en citant les miracles rapportés aux actes des apôtres, le don des langues et celui de prophétie être plusieurs fois l'effet de la descente du Saint-Esprit sur les néophytes. L'apôtre , dans ses épîtres , leur parle souvent de ces dons miraculeux qui leur sont accordés. Dans l'épître aux Romains, traitant des différents dons que Dieu distribue aux membres de son Eglise , il fait mention de celui de prophétie (2). Dans celle aux Galates , il demande si celui qui leur a donné son esprit opère parmi eux des miracles par les œuvres de la loi, ou par la foi (3). Il dit aux Ephésiens que Dieu a établi des apôtres, des prophètes , des évangélistes (4). Il recommande

(i) Voyez la première Dissertation, n" ix, note, page Sg.

(2) Habentes autera donationes , secandnm gratiam quae data est nobis, différentes, sive per prophetiam secandam rationem fidei , etc. {Rom. xii, 6.)

(3) Qai ergo triboit vobis Spirilum, operatnr virtutes in vobis, es. Qperibus legis, an ex audifii fidei '' {Galat. m, 5. )

(4) Dédit qaosdam apostolos, quosdam anlem prophetas , alios evangelistas, {Ephes. iv, ii.)

aux Thessaloniciens de ne pas mépriser les prophéties (1). Mais c'est surtout dans sa première épître aux Corinthiens qu'il traite, à plusieurs reprises, des dons miraculeux existants parmi eux : ici , détaillant les grâces que le Saint-Esprit répand diversement, il nomme le don de guérir les maladies, celui des miracles, celui de prophétie , celui de parler diverses langues (2) ; là, distinguant les divers ministères, il parle encore de ceux qui sont prophètes , de ceux qui font des miracles , de ceux qui guérissent les maladies, de ceux qui parlent diverses langues (3) ; ailleurs il donne la préférence au don de prophétie sur celui des langues (4) ; dans un autre endroit, il annonce la fin des dons de prophétie et des langues; mais il ajoute que la charité, qui leur est supérieure, leur survivra (5).

Est-il possible que St. Paul abusât ses disciples sur une puissance miraculeuse qu'il leur attribuait à euxmêmes? qu'il leur persuadât, contre leur propre raison, contre leur propre expérience , contre leur propre sentiment , qu'ils exerçaient journellement et habituellement cette puissance ? qu'il leur fit accroire qu'ils faisaient continuellement des choses au-dessus de la force humaine? qu'il le fît accroire, non pas à un seul homme, mais à des églises entières; non pas même à

(i) Prophetias nolite spernere. (i. Thessal. v, 20.)

(2) Alii quidem per Spirituin datur Gratia sanitatam in nno

Spiiitu , a!ii operatio virtutum , alii prophetia, alii discretio spiritunm alii gênera linguarnm. ( i. Cor. xi: , 8, et seq. )

(3) Et qaidem qnosdam posait Deus in Ecclesia, primnin apostolos , secundo prophetas, tertio doctores , deinde virtales, exinde gratia cnrationum, opitulationes , gubernationes, gênera lingnarnm , interrogatio seimonom. Nuraquid oranes apostoli ? Numquid omnes prophetae? Numquid omnes doctores? Nuraqnid omnes virtutes ? Numqaid omnes gratiara habentes cnrationum? Numquid omnes linguis loquunlnr ? (/Ziî^f. , 28 et seq.')

(4) Volo omnes vos loqui lingois, magis antem prophetare; nam major est qui prophetat , quam qui loquitur linguis. {Ibid. xiv , i5.)

(5") Charitas numquam excidit; sive propheiiae evacuabuntar , sive iingua? cessabunt, {Ibid. xiii, 8.)

une église, mais à plusieurs? Ou ces fidèles de divers pays croyaient effectivement avoir cette puissance miraculeuse dont leur parlait St. Paul, ou ils ne le croyaient pas. S'ils ne Tavaient pas cru , de quel front l'apôtre aurait-il osé leur dire qu'ils en étaient investis , et qu'ils en faisaient usage? Avec quel mépris auraientils reç ses lettres, traité sa personne, rejeté sa doctrine? Mais si, comme il est évident, ils croyaient avoir ces dons surnaturels, ils les avaient donc? On pourrait se tromper sur quelques faits étrangers; on ne se trompe pas sur ce qu'on peut faire soi-même, sur ce qu'on fait actuellement. L'incrédulité, qui, au bout de dix-liuit siècles , s'avise de révoquer en doute les dons miraculeux des premiers siècles , est obligée de dire que tous les chrétiens de ce temps-là , qui faisaient profession d'y croire, étaient, ou trompés par les apotrcs , ou trompeurs avec eux. Entre ces deux absurdités nous lui laissons le clioix. Qu'elle préi^ende , si elle le veut, que St. Paul est venu à bout de persuader à la multitude des fidèles qu'ils avaient un pouvoir qu'en effet ils n'avaient pas , et qu'ils faisaient des miracles que réellement ils ne faisaient pas' : ou qu'elle soutienne, si elle l'aime mieux, que les preuiiers chrétiens, après avoir été les objets et les dupes de la fraude des apôtres , en sont subitement, après leur baptême , devenus les complices et les instruments ; et qu'au moment où ils se sont aperçus qu'ils avaient été indignement abusés, tous unanimement, attachés plus fortement parla même à leurs imposteurs, se sont associés à la fourberie.

XïY. Une dernière preuve de la vérité des miracles des disciples de Jésus-Christ, dans les premiers temps de l'Eglise, c'est qu'attestés et produits en preuve de la religion parles saints Pères, ils n'ont pas été contestés par leurs adversaires , qui avaient un si grand intérêt à les nier , et qui en auraient eu une si grande facilité , s'ils eussent pu les croire faux.

XV. Je dis, en premier lieu, que les apologistes de la religion attestent ces miracles. Et ce n'est pas seule-

ment de ceux qui ont été opérés par les apôtres , par les disciples de Jésus-CIaist, par les premiers chrétiens, élevés de ceux-là, que parlent nos saints docteurs: ils annoncent, ils attestent, ils proclament ceux qui se faisaient encore de leur temps; car les dons miraculeux n'ont pas été bornés au temps apostolique; ils se sont prolongés dans l'Eglise pendant plusieurs siècles. Les saints Pères de ces siècles parlent avec une ferjue assurance de ces prodiges qui s'opéraient encore publiquement et fréquemment dans les églises. Ils en parlent, non pas une seule fois , et comme en passant, mais souvent, et comme d'un motif puissant de croire en Jésus-Christ. Ils ne cherchent pas à les prouver; ils les supposent comme des faits incontestables et non contestés : tantôt invitant les païens à venir contempler ces spectacles; tantôt déSant qu'on leur présente un possédé du démon, qui ne soit aussitôt délivré par un chrétien quelconque ; tantôt alléguant à leurs adversaires la connaissance qu'ils ont eux-mêmes de ces merveilles. Que l'on lise ce qu'en disaient au second siècle saint Justm, St. Irénée, Tertulhen; au troisième, Origènes, St. Cyprien, Minutius-FéUx; au quatrième, Lactance , St. Jérôme; et jusque dans le cinquième siècle, saint Cyrille d'Alexandrie (1) : on verra combien ils étaient cer-

(r) Id profecto ex his qaae omnium ocnlis gerantur perspicere potestis. Pluribus eiiim dœraoniis agilatis in toro orbe et in arbe vesfra, mahi ex nostris christianis , cum par nomen Jesu Christi sab Pontio Pilato cracifixi adjararent , ab aîiis adjutoribus , incantatoribas, et venefîcis non sanatos sanaverunt, atqoe etiam nuiic sanr.nt fraclis et ejectis daemonibus homines detinentibus. {S. Justin^ Apolog. 2 , cap. VI. )

Adjuforem enim et redemptorem enm vocamns, cnjus qnidem vel nominis potentiam daemonia ipsa perhorrescunt; ac hodie per noraen Jesu Christi, qui snb Pontio Pilato Jadaeae piœside crucifiius fuit, adjnrata subjiciuntar. {Idem , Dialog. cum Trjphone ^ cap. xxx. )

Et nunc qui in cracifixum sub Pontio Pilato Jesum Dominnm nostrnm crediraus, daîmonia omnia , et malos spiritns adjnrando poteslati nostrœ subjicimus. [ihid.^ cap. lxxvi. )

Apad nos etiara nanc dona extant prophetica ; ex que et ipsi in-

tains des miracles dont ils font mention , combien ils craignaient peu d'être démentis. A ces témoignages généraux de la persévérance des dons miraculeux parmi les fidèles , dans les premiers siècles , je puis ajouter des miracles bien certains , rapportés et attestés par les auteurs les plus graves : celui de la légion thébaine, sous Marc-Aurèle, dont font mention Tertullien et Eusèbe j ceux de St. Grégoire-Thaumaturge , rapportés

telligere debelis, quae apud vos olim fuere , ea in nos esse translata. {^Ibid., cap. Lxxxir.)

Tantain aufera absunt ab eo , nt raortnnm excitent, qnemadmoàx^m Dominas excitavit et apostoli per orationem, et in fraternitate saepissiine, propter aliquod necessarinm , ea , qoae est in unoqnoque loco , eccleda aniversa postulante, per jejunium et snpplicationem muitara, reversas est spirirns motlui, et donatus est homo orationibas sanctorum. (S. Iren., cont. Hœres. lib. ii, cap. 3i, n° 2.)

Qaapropter et in illius nomine, qui veie iilins snnt discipuli ab ipso accipientes graliam perficiant ad bénéficia reliqnorum hominnm; qaeraadmodum unusquisque accepit donum ab eo. Alii eniin dœniones excludunt firraissime et vere, ut eliara sa'pissirae credant ipsi qui emundati sunt a nequissimis spirilibus, et sint in ecclesia. Alii autem et prsescientiam babent futurorum , et visiunes, et dictiones propheticas. Alii autem laburantes aliqua inlirmitate per manus impositionem curant et sanos restituant. Jara etiara, quemadmodam diximus, et mortni resurrexerunt , et perseveraverunt nobiscum annis multis. Et quid autem? ZS^on est numerum dicere gratiaium quas per univcrsum mnndum ecclesia accipiens in nomine Cbristi Jesu crucifixi snb Pontio Pilato per singujos dies in opitulationera gentiara perficit. {Ibid., cap. 32 , n° 4-)

Edatur hic aliquis sub tiibanalibas vestris, qucm Jsemone agi ronstet. Jussos a quolibet Christiano loqui spiritns ille , tam da?raonem se confîtebitur de vero , quam alibi Deum de falso. jEque prcducatur aliquis ex iis qui de Deo pati existimantnr, qui aiis inhalantes nurr.en de nidore concipiunt, qui ruclando conanfur , qui aiihelando profantnr, ista ipsa virgo cœlestis plnviarura pollicitafrix, iste ips3 ^sculapius medicin:>rura demonstrator, alias de moiituris Scordii, et Donatii et Asclepiodoti subministrator ; nisi se dsemones confessi fuerint , christiano meniiri non audentes, ibidem illius christiani procacissimi sanguinem I"undite. ( Ttrtidl.^ Jpclog., cap. xxiii.)

Daemones autem non tanlum respuimus, verum eiiam revincimus, et quotidie traducimns, et de hominibus expellimus : sicr.t pir.rlmis notum est. ibidem y ad Scapulam, cap. n.)

Qain et etiamnnm apud christianos nonnnlla supersunt illius Spiii-

par St. Basile, St. Grégoire de Nysse, Eusèbe et saint Jérôme ; ceux de St. Antoine , de St. Hilarion , de St. Martin, que racontent St. Athanase , St. Jérôme, Sulpice-Scvère, et plusieurs autres; ceux faits à Milan par St. Ambroise , au tombeau de St. Gervais et de saint Protais, dont ce saint docteur fait le récit, confirmé par St. Augustin ; ceux que St. Augustin , au livre xii , de la Cité de Dieu, dit avoir été faits de son temps; le célèbre prodige arrivé lorsque Julien voulut inuti-

tus sancti qui colambae sperie apparuit , vestigia. Nam daemonia ejicinnt; morbos curant, et, volente Verbo , fntara praevident. {Origen. contra Celsum , lib. i, n° 46.)

Et h.odieque Jesu numeii perturbâtes animos componit, exigit daemones, rnedetur morbis. (^Ibid. n° 67.)

Signa aatem Spiritus sancti extiteront sub initinra praedicationis Jesa, plura post ejas assumptionem , postea paucioia. Hujas etiam vestigia etiamnam snnt apud paucos, quorora animae doctrina christiana agendique ratione buic doctrinae consentanea, pargatae sant. {Ibid. lib. vin, n° 8.)

Neqoe etiiin potest daemoniutn caecoram oculos aperire , vel baec signa facere qnfe scripta sant ; qaoram etiam vestigia et reliqniae vel usque in praesens fiunt in ecclesiis in nomine Domini. (Idem, in Joan. tom. xx, n** 28.)

O si audire eos velles et videre qaando a nobis adjurantur, et torquentur (dii paganorum) spiritualibus flagris , et verborara tormentis de obsessis corporibus ejicinntnr; quando ejulantes , et gementes , voce homana et potestate divina , flagella et verbera sentientes , ventnruoï jtjdicem confitentar ! Veni, el cognosce vera esse qnse dicimas. (5. Cyprian. epist. ad Demetrian.^

Hi taraen (dii) adjnrati per Deam veram a nobis, statim cednnt atque fatentnr, et de obsessis corporibns exire cognnfur. Videas illos nostra voce et operatione majestatis occultée, flagris caedi , igné torleri, incremento pœnae propagantis extendi , ejulare , gea^ere , deprecari , nnde veniant et qaomodo discedant, ipsis etiam qui se celant audientibas , confiteri ; et vel exiliunt statim, vel evanescunt gradatim, pront fides patientis adjuvat, aat gratia curantis aspirai. {Idem, de Idolor. Vanitate. )

Haec omnia sciant pleriqiie vestium , ipsos daemones de semetipsis confiteri, quolies a nobis et tormentis verboram, et oralionis incendiis, de corporibus exigantar. Ipse Saturnus, et Serapis, et Jupiter, et qnidquid daemonum colilis, vicii dolore , quod sant eloqnuntnr. ^ec Qîique in turpitudinem sui , nonnuUis praeserlira vestrum adsisîentibas, mentiuntur. Ipsis tesi.b;is esse eos daemones de se verum

lement rebâtir le temple de Jérusalem, et qu'attestent uon-seulement les auteurs chrétiens de ce siècle , saint Grégoire de Nazianze , St. Ambroise, St. Cbrysostôme , et après eux tous les historiens ecclésiastiques, mais encore Ammien-Marcellin , auteur païen contemporain , grand admirateur de Julien, et cependant généralement estimé pour sa véracité et son jugement. Et je suis bien loin de rapporter tous les prodiges de ces premiers siècles, qui ont, ou pour témoins ou pour historiens, les écrivains les plus véridiques.

XYI. Je dis, en second heu, qu'à ces assertions si formelles, qu'à ces preuves si frappantes, que donnaient de la vérité du christianisme ses défenseurs, ses ennemis n'ont jamais opposé la dénégation des faits. Nous avons déjà employé ce raisonnement pour prouver la vérité des miracles de Jésus-Christ (1). Ce que nous avons dit à cet égard, peut, avec une égale justesse, s'apphquer aux miracles des premiers chrétiens. Il est vrai de même, que s'ils avaient été contestés, nous en verrions quelque trace , et que les apologistes de la religion n'auraient pas pu s'abstenir de répondre à cette

confidentibas crédite. Adjurati enira per Deara vivam et solurn , invili raiseris corporibus inhaîrescant. {Minutius Félix Octafius , cap.

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