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OBJECTIONS CONTRE LES MIRACLES DU CHRISTIANISME

Dans le chapitre où j'ai traité de la résurrection, j'ai rapporté et discuté les objections qu'on fait particulièrement contre la réalité de ce grand miracle. Ce sont donc celles qu'on élève contre les autres miracles de Jésus-Christ et contre ceux de ses disciples , que j'ai en ce moment à résoudre.

I. Une des difficultés sur lesquelles l'incrédulité insiste le plus, est que les miracles de Jésus-Christ et de ses disciples ne sont attestés que par des auteurs chrétiens. « Un peuple entier, me direz -vous, est 'i témoin de ce fait : oserez- vous le contester? Oui, « j'oserai , tant qu'il ne sera pas confirmé par quelqu'un « qui ne sera pas de votre parti, et que j'ignorerai que 0 ce quelqu'un était incapable de fanatisme et de * séduction. » Ainsi s'exprime un célèbre déiste, x Le « silence des auteurs contemporains, juifs ou païens, « forme , disent quelques autres , contre ces miracles ,

« un argument qui, tout né^^atif qu'il est, a la plus « grande force. Que l'on songe à l'éclat que devaient « avoir des faits miraculeux aussi éclatants et aussi « nombreux. S'ils avaient été réels , ces auteurs au- « raient-ils manqué d'en parler? Si quelqu'un venait « aujourd'hui vous dire qu'il y a cent ans un homme «« parut en France , faisant des miracles tels qu'on en « attribue à Jésus- Christ , cette fable ne serait- elle pas « réfutée d'elle-même par le silence de tous les écrivains « d'alors ? Nous n'avons, hors de la religion chrétienne, « aucun auteur du temps de Jésus-Christ et de ses M disciples, qui ait parlé de leurs miracles. C'est une .« preuve certaine qu'ils n'ont pas été faits. »

II. Cette difficulté consiste en deux points : le premier, que le témoignage des auteurs chrétiens n'est pas suffisant pour établir la vérité des miracles du christianisme ; le second , que les écrivains qui n'étaient pas chrétiens n'en ont point parlé. Je nie formellement ces deux propositions.

III. En premier lieu , je crois avoir prouvé que le témoignage des disciples de Jésus-Christ sur ses miracles , et que celui des premiers chrétiens sur ceux qui se faisaient de leur temps , réunissent tout ce qui est nécessaire pour leur imprimer la certitude, et que ces témoins oculaires n'ont été ni trompeurs ni trompés. On oppose à leur assertion positive non pas l'assertion contraire, mais seulement le silence de leurs adversaires. Est-ce là une preuve de la fausseté de leur relation? Au contraire, c'est une vérité qui saute aux yeux, que d'une part l'assertion des miracles solennellement faite par les chrétiens , et d'autre part le silence de leurs adversaires intéressés à les contredire , formen t une démonstration complète de la réalité de ces miracles. Lorsque , dans un procès , l'une des parties avance hautement un fait décisif dans la cause , et que l'autre partie ne le conteste pas , conclut-on que le fait est faux? Le silence des ennemis du christianisme^ loin d'infirmer la foi des miracles , la confirme ; il ne

peut avoir d'autre cause que l'impuissance de les contester : il montre que ces miracles sont non-seulement prouvés, mais avoués.

IV. Cet argument que l'on tire du silence des Juifs et des païens est purement négatif; les incrédules ne peuvent pas en disconvenir. Mais dans les règles de la logique , les arguments de ce genre n'ont de poids , que lorsqu'ils ne sont pas combattus par des raisonnements positifs. Dès qu'une chose est positivement prouvée , tout ce qu'on lui oppose de raisons négatives est sans force.

V. Ju'exemple que l'on apporte pour donner du corps à cette objection est absolument étranger à la question actuelle. On suppose des faits antérieurs de cent ans, dont personne n'aurait paulé jusqu'ici. Est-ce là le cas des miracles chrétiens ? Pour former une parité , et en tirer quelqu'induction , il aurait fallu alléguer des faits attestés dans le temps par un grand nombre de témoins oculaires , et écrits par plusieurs d'entre eux , mais dont quelques auteurs contemporains n'auraient pas parlé. Alors il serait raisonnable d'examiner de quel poids sont, d'une part, les témoignages en faveur de ces faits, et de l'autre le silence qu'on leur oppose; mais dans l'hypothèse que l'on forge ici, il n'y a pas de pour et contre à peser , puisqu'il n'y a qu'un silence universel.

YI. Pourquoi ne veut-on pas croire les chrétiens sur les faits qui concernent leur religion ? Les événements des histoires grecque et romaine ne sont écrits que par des Grecs et des Romains. S'avise- 1- on pour cela de les révoquer en doute ?

VII. On dit, pour affaiblir la relation des auteurs chrétiens, que ce sont des écrivains de parti. Mais peuvent-ils n'en pas être? S'ils n'en étaient pas, quelle valeur aurait leur témoignage? Supposons les miracles du christianisme rapportés par des auteurs restés juifs ou païens , avec quelle véhémence plus grande encore

les incrédules argumenteraient contre leur narration, et opposeraient leur croyance à leurs écrits?

L'impartialité est en général une qualité précieuse dans un historien. Mais on ne considère pas qu'en matière de religion l'impartialité est impossible. L'écrivain qui rapporte les faits qui servent de fondement à une religion, les croit ou ne les croit pas; il les présente comme vrais ou comme faux , selon son opinion ; et son opinion règle sa religion. Il est donc nécessairement dans un parti , et il parle selon les idées de ce parti. La première qualité de tout historien , supérieure même à l'impartialité, est sa sincérité. On n'ajoute foi à son récit que parce qu'il en est lui-même persuadé. Or, il ne peut pas être persuadé de la réalité et de la divinité des miracles , sans l'être de la religion qu'ils prouvent. Les écrivains des premiers siècles étaient si convaincus des miracles qu'ils annonçaient , qu'ils versaient leur sang pour en attester la vérité. Est-ce là une partialité qui doive les rendre suspects?

VIII. Quels étaient-ils donc ces écrivains dont on récuse le témoignage sur les miracles , sous le prétexte qu'ils étaient d'un parti? C'étaient des Juifs ou des païens , convertis à la foi par la certitude qu'ils avaient de ces miracles. Outre les apôtres et les évangélistes, nous pouvons nommer St. Clément , St. Ignace , saint Polycarpe, St. Justin, Tatien , Théophile, St. Irénée, Athénagore , Tertullien , IViinutius - Félix , Arnobe. Nous ne naissons pas chrétiens , disait Tertullien , nous le devenons (1). Joignons à ces auteurs Quadratus , d'abord philosophe athénien , ensuite cpnverti à la foi , et , à ce que Ton croit , évêque d'Athènes. Il présenta à l'empereur Adrien, vers l'an 126 de notre ère, une apologie du christianisme , qui est maintenant perdue , mais dont Eusèbe nous a conservé un fragment bien

(i) HcEc et nos risimus aliqaando. De vestris fuimus. Fiunt, non nascantur christiani. [Tert. Jpol. , cap. i8.)

pvécieux , par le témoignage qu'il rend aux miracles de Jésus-Christ. li y atteste, en propres termes, que plusieurs des malades guéris ou des morts ressuscites par le Sauveur sont parvenus jusqu'à son temps (1). Je demande à tout homme raisonnable : le témoignage de ces auteurs , qui tous rapportent ou supposent les miracles , est-il affaibli parce qu'ils ont été convertis par les miracles ? Serait-il plus convaincant , si les écrivains qui le rendent étaient restés dans leur religion?

On leur reproche la partialité , parce qu'ils sont, dit-on, du parti du christianisme : mais ils avaient été auparavant du parti contraire ; ils y étaient restés jusqu'à ce que les faits évangéliquesleur fussent démontrés. Touslespréjugés de naissance , d'éducation , de société, de religion , toutes les passions, tous les intérêts s'opposaient à ce qu'ils en changeassent. Les apôtres étaient, comme tous leurs compatriotes, très-attachés aux rits mosaïques. Leurs prosélytes , soit païens , soit Juifs étaient de même imbus des principes de leurs religions. Ils n'ont pu embrasser une religion différente, et surtout une religion qui exigeait de très-grands sacrifices, qu'après un examen sérieux des faits (2). Ils ne se sont cer tainement pas portés à cet examen

(t) Hoic (Adiiano) Quadratus obtnlit orationem, pro defensione religionis nostrae idcirco conscripserat , quod quidam malevoli homines vexare nostios atque incessere conabantar. Extat hodieque apud plerosqae ex fralribus haec oratio, qnara nos etiara habemcs, ex qaa ingeniam hajus viri, et rectara apostolicse fidei doctiinaiu, perspicne iicet cognoscere. "Porro idem sciiptor suam ipsius antiqnitatera satia déclarât bis verbis : « Servatoris , inqait , nostri opéra seniper cons- « picaa erant, qoi])pe qu?e vera essent , iis scilicet qui morbis libe- " rati, aat qui ex morte ad vitara revocati fuerant. Qui quidem non « solum dam sanabantar, aut dam ad vitam revocabantur , cons- ■ pecti sunt ab omnibas , sed secuto deinceps tempore. Nec solnra « quamdiu in terris moratus est Salvator noster, vernm etiara post « ejas discessam diu superstites faerant, adeo ut nonnalli eorura , • etiam ad nostra nsque tempora pervenerint. » {^Euseb.^ Hist. Eccles. lib. IV, cap. 3. )

(a) Ex bis fiant christiani utiqae de compertOj et incipiant odisse.

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avec une prévention favorable; mais pour y procéder utilement, ils ont du commencer par se revêtir de l'impartialité convenable. Ils ont donc eu véritablement cette impartialité. Ils l'ont eue, quand elle était possible; ils ne l'ont plus eue , quand elle est devenue impraticable. Ils l'ont eue, pour s'instruire; ils n'ont ni dû, ni pu l'avoir , quand ils ont été instruits lis l'ont eue en vérifiant les faits : qu'importe qu'ils ne l'aient pas eue, quand ils les ont écrits ?

Elle n'est donc pas vraie , la première proposition sur laquelle porte la difficulté proposée , savoir , que le témoignage des auteurs chrétiens , par cela seul qu'ils sont chrétiens , est insuffisant pour prouver les miracles. Je pourrais m'en tenir là , et l'objection serait entièrement résolue ; mais allons plus loin , et examinons la seconde proposition , et le fait qui y est énoncé.

IX. Je dis donc, en second lieu, qu'il n'est pas vrai que les écrivains, ennemis du christianisme, se soient tus sur ses miracles. J'ai prouvé que les plus ardents de ces ennemis , les thalmudistes , Celse , Porphyre , Julien , en avaient parlé , et les avaient attribués à la magie. J'ai prouvé que cette assertion de leur part 1° était un aveu formel, fait par eux, de la réalité de nos miracles; 2° supposait et représentait les aveux de tous leurs devanciers dans l'opposition au christianisme (1). Cette assertion , que les miracles étaient les œuvres du démon , donne une grande force à la preuve qui résulte des aveux de ces écrivains. Si en avouant les œuvres miraculeuses de Jésus-Christ et de ses disciples , ils les avaient attribuées à une vertu divine , ils auraient cessé d'être Juifs ou païens ; et les incrédules nous diraient qu'en qualité de chrétiens ils leur sont suspects. 31ais quand ils impu-. tent ces miracles à une puissance diabolique , il est évident que leur aveu est fait non-seulement saBS préven-

qnod faerant, et profiteri qaod oderant. ( Tertull. , Apolog. , cap. i. ) (i) Vovez chap. i, n° xxxiii et saiv. page 24 5.

tion favorable , mais avec une prévention contraire.

jNous le dirons donc avec vérité au déiste dont on nous objecte le passage : \ous convenez que vous croirez aux miracles quand ils seront confirmés par quelqu'un qui ne sera pas de notre parti , et que vous saurez que ce quelqu'un était incapable de fanatisme et de séduction. Accuserez-vous les auteurs qui ont écrit contre le christianisme d'être du parti du christianisme? direz-vous qu'ils étaient animés d'un esprit de fanatisme pour le christianisuîe ? les soupçonnerez-vous d'avoir été séduits par les partisans du christianisme ? Vous ne pouvez pas refuser d'ajouter foi à des témoins dont vous avez reconnu l'irréfragable autorité. Vous avez prononcé votre condamnation : vous devez à la bonne foi d'y souscrire.

X. Outre le silence des anciens auteurs, on nous objecte en particulier celui de l'historien Josèphe. « Cet au- « teur est du plus grand poids : il était presque contemo porain de Jésus-Christ , parce qu'il était né l'an 37 de a notre ère , et qu'il a vécu jusqu'au règne de Domitien; « il était de race sacerdotale, et descendait par sa mère « des Asmonéens; il jouit de la réputation la mieux méri- « tée d'érudition et de sincérité. Le temps de la vie de Jé- ■ sus-Christ fait partie de son Histoire des Antiquités Ju- « daiques. Il rapporte très en détail tous les événements a arrivés alors dans sa nation ; il parle spécialement de « plusieurs faux messies, qui se sont élevés vers cette « époque. Si les miracles de Jésus-Christ eussent été « réels ; s'il eussent eu la pubhcité qu'on leur attribue , <« un historien aussi exact aurait-il manqué d'en parler ? « Quelle raison aurait pu l'engager à laisser une telle « lacune dans son histoire? Dès qu'il n'en a pas parlé , il •< est clair que ces miracles n'étaient pas crus dans leur « temps. Les chrétiens ont bien senti le tort que fai- • sait à leurs parti le silence d'un auteur aussi ins- « truit, aussi véridique , aussi attaché à rapporter « tous les faits de quelque importance , favorables ou « contraires à sa nation. En conséquence, ils ont fabriqué « un passage de cet auteur , et l'ont inséré dans son ou-

« vrage. Mais la fraude est si maladroitement tissue , <t qu'elle se manifeste d'elle-même. Le texte interpolé <« parle si magnifiquement de Jésus-Christ et de sa ré— « surrection , que , s'il était réel , il serait impossible « que Josèphe fût resté Juif. D'ailleurs les Pères des « trois premiers siècles de l'Eglise n'eu font point men- « tion , et il ne se trouve point dans les plus anciens ma- « nuscrits. On a bien voulu prétendre que les Juifs « avaient supprimé ce passage dans les anciens exem- « plaires ; mais auraient-ils pu commettre cette fraude , « sans qu'elle fût connue des chrétiens ? D'ailleurs on « connaît la maxime : Celui-là a commis le crime ^ à qui M il est utile. D'après ces raisons péremptoires , tous les « vrais savants s'accordent à rejeter ce passage comme « une de ces pieuses supercheries que les chrétiens se « sont si souvent permises. »

XI. Voici le passage de Josèphe , qui fait difficulté. « En ce temps-là était Jésus , qui était un homme sage , « si toutefois on doit le considérer simplement comme <» un homme , tant ses œuvres étaient admirables. Il en- « seignait ceux qui prenaient plaisir à être instruits de « la vérité , et il fut suivi non-seulement de plusieurs « Juifs , mais de plusieurs gentils. C'était le Christ. Des « principaux de notre nation l'ayant accusé devant Pi- « late , il le fit crucifier. Ceux qui l'avaient aimé pen- « dant sa vie ne l'abondonnèrent pas après sa mort : il « leur apparut vivant et ressuscité le troisième jour , « comme les saints prophètes l'avaient prédit , et qu'il a ferait plusieurs autres miracles. C'est de lui que les « chrétiens que nous voyons encore aujourd'hui , ont tf tiré leur nom (1). »

Deux questions s'élèvent relativement à ce passage : 1*^ Est-il vrai , comme le prétendent les incrédules , qu'il ne soit pas réellement de Josèphe , et qu'il ait été inséré

(i) Josèphe, Antiqaitéa Judaïques, liv. xvitr, ch. 4. Tradaction d'Arnand d'Andilly.

après coup clans son livre ; 2° en suppposant qu'il soit faux , et que Josèphe ait gardé le silence sur Jésus-Christ et sur ses miracles , qu'en résulte-t-il relativement à ces miracles ?

Nous n'avons pas grand intérêt à agiter la première question : ce n'est pas sur le témoignage de cet historien que nous établissons la preuve des miracles. Il n'est cependant pas inutile d'en dire quelques mots, pour faire voir le peu de confiance que l'on doit prendre dans les assertions faites avec le plus de hauteur et du ton le plus triinchant par les incrédules.

XII. J'observerai d'abord que si c'est là une interpolation , elle est faite tout à la fois avec bien de l'adresse et bien de la maladresse. Il y a eu de l'adresse à imiter si parfaitement le style de l'historien , et à placer le passage d'une manière si naturelle , qu'il semble une suite de l'histoire, et que l'insertion ne paraisse pas. 3Iais , d'un autre côté , le faussaire a été bien maladroit de faire parler Josèphe d'une manière aussi forte de Jésus- Christ et de ses miracles. Il lui eût été bien facile d'adoucir les traits, de donner, à Josèphe seulement, des doutes sur les miracles, ou de les lui faire rejeter, soit sur des causes naturelles, soit, comme les autres, sur la magie. On n'aurait pas alors donné prise à l'objection des critiques , qu'un homme restant juif ne devait pas parler ainsi.

Tous les vrais savants , disent les déistes , conviennent que le texte dont il s'agit est interpolé. Ces messieurs ne reconnaissent de vrais savants que ceux qui pensent conformément à leurs idées. Dès qu'un fait favorable à la rehgion est douteux et forme une dispute, ils prononcent hardiment qu'il est décidé en leur faveur par tous les vrais savants. Le fait est que , jusqu'au seizième siècle , le texte en question a été universellement regardé comme authentique ; qu'il a été cité comme tel par beaucoup d'auteurs , et qu'on ne voit pas dans tout ce long intervalle une seule U'ace de contradiction. Osi-

ander, l'un des disciples de Luther, est le premier qui se soit élevé contre l'opinion générale : et il est vrai qu'il a été suivi par plusieurs auteurs de l'une et de l'autre communion. IMais un très-grand nombre d'autres , trèsdistingués, se sont déclarés pour l'authenticité de ce passage. Je demande avec confiance si on ne doit pas placer parmi les vrais savants Pic de la Mirandole , les centu— riateurs de Magdebourg , Galatin , Sixte de Sienne , .Baronius , Pagi , Tillemont , Sponde , Possevin , Vossius , Coccejus, Bellarmin , Spencer, Valois, de Roye, Spanheim , Noël , Alexandre , Huet , Parker , Pearson , Houtteville. Charles d'Aubuz, dans la dissertation qu'il a faite sur ce sujet, et qu'Havercamp fait réimprimer à la suite de la traduction de Josèphe , cite encore plusieurs autres auteurs , et déclare qu'il est bien loin de les nommer tous. Si on veut décider cette question par le nombre et par le poids des autorités, je crois qu'elle le sera sans difficulté en faveur de l'authenticité du passage.

Mais dans ce débat entre les auteurs modernes , nous avons , pour nous décider, les anciens , dont le suffrage est bien d'un autre poids. Eusèbe était certainement un homme fort savant, et tous ses ouvrages en font foi. Il copie en entier le passage de Josèphe sur Jésus-Christ, tel que nous l'avons rapporté (1). On ne révoquera sûrement pas en doute la profonde érudition de saint Jérôme, surtout dans ce qui concerne les antiquités judaïques dont il avait fait une étude particulièire ; il transcrit pareillement le même texte , et dans les mêmes ^rmes (2). St. Isidoie de Péluse le rapporte pareillement (3).

Il y a d'anciens manuscrits où ce passage ne se trouve point; mais il y en a d'autres tout aussi anciens et en aussi grand nombre, où on le lit; on dit même qu'il en existe un d'une très-haute antiquité dans la biblio-

(i) Eustb.^ H'ist. Ecçles.^ lib. i, cnp. i.

(2) HieroriYin. catalog. script, eccl. in Jostphurn.

(3) Isidorus Pelusioca. Epist. lib. tv , Epist. 225, Eudumoni

thèque du Vatican, ou le texte se trouve, mais raturé. Il y avait sûrement été copié avant d'être effacé. Il est possible que les chrétiens l'aient inséré dans quelques exemplaires : mais il est tout aussi possible que les ennemis du christianisjne l'aient supprimé dans les autres. L'intérêt des juifs, quoiqu'on en dise, était aussi grand pour la suppression , que celui des chrétiens pour l'interpolation ; et si on veut que les juifs n'aient pas pu retrancher le passage à l'insu des chrétiens, on doit convenir qu'il était tout aussi impossible aux chrétiens de le glisser dans l'ouvrage, sans que les juifs et les païens ne s'en aperçussent.

^lais les autorités que j'ai citées donnent une giande probabilité à l'opinion que le texte est véritablement de Josèphe. Eusèbe était né environ deux cents ans après le temps où écrivait l'historien juif. Je ne crois pas que l'on connaisse de manuscrits du livre dont il s'agit, antérieurs à cette époque. Ceux que copiait Eusèbe ont donc sur tous ceux qu'on peut leur opposer deux avantages ; l'ancienneté et l'autorité que donne le suffrage d'écrivains aussi éclairés qu'Eusèbe, St. Jérôme et St. Isidore. En admettant l'interpolation, il faut supposer qu'elle a été faite avant Eusèbe , et que ni Eusèbe, ni les deux autres saints Pères n'en ont eu connaissance. Si la supposition du passage avait été faite avant le temps de ces auteurs, il y aurait eu, comme il y a à présent, deux sortes de manuscrits; les uns, dans lesquels se serait trouvé le passage; les autres, dans lesquels on ne l'aurait pas lu. Si cela eût été, peut-on croire que des auteurs aussi érudits l'eussent ignoré? Il y aurait eu dans ce cas des disputes, au moin de l'incertitude; et ces auteurs si graves , si voisins du temps où se serait faite l'interpolation , se seraient-ils permis de rapporter avec une confiance entière , et sans l'air du moindre doute , un passage falsifié I On croyait, au temps d'Eusèbe et de St. Jérôme, que ce passage était véritablement de Josèphe , et c'est au moins une très-forte présomption qu'il en est véri-

tablement. L'argument que l'on tire de ce qu'il n'a pas été cité par les pères antérieurs à Eusèbe , est purement négatif, et ne peut pas inûrmer des autorités positives aussi graves. Quand a-t-on prétendu qu'un passage n'est pas véritablement dans un ouvrage , et que c'est une interpolation , parce qu'il n'a pas été cité dans les temps immédiatement postérieurs à la publication de l'ouvrage?

On rejette le passage sur le fondement qu'un homme qui s'exprime ainsi se serait fait chrétien. Observons sur ce raisonnement les contradictions de nos adversaires. Nous les avons vus, il n'y a qu'un moment, rejeter comme suspect le témoignage de ceux qui se sont faits chrétiens ; ici ils rejettent comme nul celui de Josèphe, parce qu'il est resté juif.

Pour répondre directement à cette difficulté, j'emprunterai les expressions d'un auteur que j'ai déjà cité, a Ce raisonnement est spécieux , mais je ne le crois « pas décisif . Qui sait si, en raisonnant de cette ma- « nière, on ne soutiendra pas, quelque jour, que ce « morceau de V Emile, où le caractère de Jésus-Christ « est peint avec tant d'éloquence et de vérité , n'est pas u sorti de la plume de Rousseau? L'inconséquence de « Josèphe n'est pas plus frappante que celle du philo- « sophe de Genève. L'opposition qui se trouve entre le « passage cité de l'historien juif disparaîtrait peut-être, u si nous avions une connaissance exacte de ses prin- « cipes sur la religion. On sait qu'il rapportait à \espau sien ce que les prophètes avaient prédit du Messie. « Puisqu'il savait concilier une idée si profane avec la c< profession extérieure du judaïsme, il pouvait bien « aussi croire aux miracles de Jésus-Christ et même à a sa résurrection , sans se donner la peine d'en appro^ a fondir les conséquences , ou sans avoir le courage de « se déclarer pour une religion persécutée. Avec moins « de mauvaise foi que la plupart des pharisiens et des « prêtres ses collègues , Josèphe était un de ces poli- « tiques dont il est dit dans l'Evangile qu'ils aiment

« mieux la gloire des hommes que la gloire de Dieu (1).» D'après cela, je conclus, et cette conséquence est certainement très- modérée, que le texte critiqué de Josèphe est au moins aussi probablement authentique qu'apocryphe ; et s'il est authentique , c'est un des plus forts témoignages qui puissent exister en faveur des miracles de Jésus-Christ. 3Iais je ne veux pas insister sur ce point , et , supposant que ce passage n'est pas réellement de Josèphe, je vais raisonner comme si cet auteur avait réellement gardé un silence absolu sur les miracles de Jésus-Christ , et examiner ce qui résulte de ce silence.

XIII. Pour en connaître la conséquence, examinonsen la cause. Je ne vois que trois raisons qui aient pu .produire ce silence , et je ne crois pas qu'on puisse en imaginer une quatrième ; l'ignorance , le mépris , la politique. Il faut dire que Josèphe n'a pas parlé de Jésus-Christ et de ses miracles , ou ])arce qu'il n'en avait pas connaissance, ou parce qu'il les méprisait, ou enfin parce qu'il avait quelqu'intcrêt particulier qui l'en empêchait.

Je dis d'abord que ce n'a pas été le défaut de connaissance qui a causé le silence de Josèphe sur les miracles du Sauveur. Il était impossible qu'un historien aussi instruit que l'était Josèphe de ce qui concernait sa nation, et surtout des événements si voisins de lui, qu'un historien qui rapporte dans un aussi grand détail tout ce qui s'est passé pendant le temps de la vie de Jésus-Christ, qu'un historien qui fait mention de tous les faux prophètes qui se sont élevés à cette époque , et qui n'ont laissé après eux aucune suite; il était, dis-je, impossible que cet historien ignorât l'existence et les faits principaux de la vie d'un homme qui avait fait si récemment tant de bruit parmi son peuple , qui s'était

(t) Démonstration Evangélnjoe, par M. Daroisin , cinquième édition, page 3o8.

Ditsert. sur la Relig. 16

donné hautement pour le Messie, et qu'un parti déjà nombreux présentait comme tel à la Judée et à tout le monde. Mais nous ne sommes pas réduits sur ce point à de simples conjectures. Nous avons la preuve que Josèphe connaissait Jésus-Christ par deux passages de cet auteur dont l'authenticité toujours reconnue n'est pas révoquée en doute par les incrédules eux-mêmes. Le premier est relatif à Tcmprisonnement de St. Jean- Baptiste , dont il loue la haute piété, la saine morale, et de qui il rapporte la vénération qu'il avait inspirée à tout le peuple (1). Est-il possible qu'il ait connu saint Jean-Baptiste, et qu'il n'ait pas connu Jésus-Christ; St. Jean-Baptiste, qui n'a vécu que pour Jésus-Christ; St. Jean - Baptiste , qui déclarait publiquement qu'il n était que le précurseur de Jésus -Christ; St. Jean- Baptiste, qui n'a cessé de prêcher Jésus- Christ , de l'exalter , de se ravaler lui-même au-dessous de lui ; St. Jean-Baptiste enfin , dont on ne rapportait aucun miracle , tandis que de Jésus-Christ on en rapportait de très-nombreux et de très-éclatants? Le second passage est encore plus frappant : il y parle de la mort de St. Jacques le mineur, fils de Marie, sœur de la Sainte- Vierge , et par conséquent cousin germain , ou , selon

(i) Plusieurs juifs ont cru que cette défaite de l'armée d'Hérode était une punition de Dieu, à cause de la luort de Jean sninomraé Baptiste. C'était on homme de grande piété , qui exhortait les juifs à embrasser la vertu, à exercer la justice, et à recevoir le baptême, après s'être rendus agréables à Dieu, en ne se contentant pas de ne point commettre quelques pé-hés, mais en joignant la pureté du corps à celle de l'âme. Ainsi , comme une grande quantité de peuple le suivait pour écouler sa doctrine, Hérode craignant que le pouvoir qu'il avait sur eux n'excitât quelque sédition , parce qu'ils seraient toujours prêts à entreprendre tout ce qu'il leur commanderait , il rrnt devoir prévenir ce mal pour n'avoir pas sujet de se repentir d'avoir attendu trop tard à y remédier. Pour cette raison, il l'envoya prisonnier dans la citadelle de Mâchera, dont nous venons de parler ; et les juifs attribuèrent la défaite de son aimée à un juste châtiment de Dieu, d'une action si injuste. {Joseph.^ Antiquit. Judaïq. ^ liv. xviu , chap. 7.)

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le langage des Juifs, frère de Jt'sus-Christ. Parlant de cet apôtre, pouvait -il ignorer qu'il était évéque de Jérusalem et chef de tous les chrétiens de la Judée ? Rapportant son martyre, pouvait-il ne pas savoir que c'était à ce titre et pour cette raison qu'il l'avait subi> Mais voici qui est plus décisif encore. Il dit, en propres ternies, que Jacques était frère de Jésus nommé Christ (1). Il est donc évident qu'il connaissait Jésus nommé Christ.

Il serait aussi déraisonnable de dire que c'est par inépris pour Jésus-Christ et pour ses miracles que Josèphe n'en a pas fait mention. Il aurait dû mépriser bien plus ceux qui s'étaient portés pour le Messie, et dont le parti éphémère avait été promptement dissipé que Jésus qui laissait après lui un parti nombreux , se grossissant tous les jours et se formant sans cesse' de nouveaux adhérents. Quelque faux qu'il crût ses miracles, il ne pouvait se dissimuler qu'ils faisaient une grande sensation dans la Judée et jusqu'à Rome. Le christianisme commençait à prendre une telle consistance dans le monde, que Tacite et Suétone, qui écrivaient l'histoire romaine , se crovaient obligés d'en parler. Et un historien juif, écrivant l'histoire des juifs rapportant dans le plus grand détail tout ce qui concernait les juifs, surtout à cette époque, aurait gardé par mépris le silence sur un événement qui importait autant aux Juifs, et auquel ils prenaient un si vif intérêt , que c'étaient eux qui, dans ces premiers temps, excitèrent les païens à persécuter le christianisme nais-

(x) Il (Ananas) prit le temps de la mort de Festos, et qu'Albinos n était pas encore arrivé , pour assembler an conseil, dans Jeqnel il fit ven,r Jacques, frère de Jésus nomme Chr.st, et quelques autres • les accusa d avoir contrevenu à la loi , et les lit condamner à être la' p.des. Cette action déplut infiniment à tous ceux des habitants qoi avaient de la p.ete et un véri.able au.our pour lobserva.ion des lois. (/6m. ,bv. SX, chap. 8.)

sant , envoyant partout des émissaires pour le dénoncer coinme une secte impie et ennemie des lois(l)!

Il reste donc , que le silence de Josèplie soit un silence politique ; et dès-lors , que prouve-t-il contre les miracles de Jésus-Christ? 11 a eu des raisons personnelles de ne pas parler de ces miracles , donc il les a crus faux. C'est là un singulier raisonnement. Il n'y a aucune relation entre les intérêts de l'historien Josèphe et les miracles de Jésus- Christ.

Mais je vais plus loin , et je prétends que ce silence même est un témoignage en faveur des miracles; que si Josèphe les avait crus fabuleux, il n'aurait pas manqué d'en parler, et que son silence ne peut être expliqué qu'en admettant qu'il les croyait véritables.

D'abord , s'il croyait faux les faits miraculeux . tout le portait à en parler pour les combattre. Juif, n'avaitil pas à soutenir la gloire de sa nation contre la terrible inculpation de déicide? Pharisien, n'était-il pas naturellement porté à défendre l'honneur de sa secte, accusée d'hypocrisie , d'orgueil , d'avarice , de tous les vices ? Prêtre , pouvait-il laisser s'élever une religion ennemie de la sienne ? Historien , n'était-il pas de son devoir de rapporter des faits qui avaient une grande importance , qui en acquéraient tous les jours davantage , et qui étaient intimement liés avec l'histoire qu'il écrivait? Une omission aussi grave serait une faute impardonnable dans tout écrivain. Elle est surtout incroyable dans un auteur tel que Josèphe , qui rapporte avec exactitude tous les faits, qui aime à en raconter tous les détails. S'il a cru l'histoire évangélique fausse, rien n'a dû l'engager à se taire; au contraire, tous ses intérêts et son caractère ont dû le porter à en parler.

Mais, s'd les a crus vrais, on conçoit aisément qu'il n'en ait rien dit. Il suffit pour cela d'admettre de deux

(i) Voyez chap. ii , n** iir, note a , page 26'].

choses l'une : ou qu'il ait craint de se compromettre avec les Juifs et avec les Romains ; ce que les persécutions exercées par eux , contre le christianisme , rendent assez probable : ou qu'il ait désiré de ne pas déplaire à l'empereur ; ce qui rend très-vraisemblable sa conduite basse et peu consciencieuse envers ce prince. Il aura eu assez de candeur pour ne pas combattre la vérité ; il n'aura pas eu assez de force pour la défendre. Dans cette disposition équivoque , qui n'est pas rare dans le monde, placé entre la conscience et l'intérêt, désirant de ne pas trahir ouvertement l'une , mais aussi ne pas nuire à l'autre , il n'avait pas d'autre parti à prendre que le silence. Ce n'est pas la croyance qui lui a manqué pour avouer les miracles; c'est la force. Pour n'en pas faire mention , il n'est pas nécessaire qu'il ait été méchant, il suffit qu'il ait été faible; et un prêtre juif, qui flattait Vespasien de l'idée d'être le Messie , pouvait-il ne pas l'être? Le silence de Josèphe, incompatible avec ses intérêts et son caractère , s'il croyait les miracles faux , lui a donc été commandé par ses intérêts et par son caractère , s'il les a crus vrais. Il résulte donc de son silence même qu'il était persuadé de leur réalité. Ce silence est un aveu, un témoignage aussi fort que le texte qu'on lui dispute. En se taisant, il parle aussi hautement en leur faveur. « Ce fut peut-être , dit un « auteur moderne très-judicieux et très-savant , par « une permission particulière de la Providence dont « nous devons toujours admirer les voies ^ que Josèphe « resta dans le judaïsme , pour être ainsi , par son his- « toire, un témoin plus respectable, et pour servir « d'une manière plus éclatante à prouver la vérité de « la religion chrétienne (1). »

XIY- Ce n'est pas seulement du silence des auteurs juifs et païens que l'on argumente contre les miracles ;

(i) M. Seignenx de Correvon, Dissertations sur Tonvrage d'Adis- •11 , tora. m, p. 141.

c'est de l'opposition formelle qu'ils ont éprouvée de •::. part des juifs et des païens, «t Quelle impression n'au- « raient pas faite des miracles aussi nombreux , aussi » éclatants que ceux qu'on attribue à Jésus-Cbrist et à " ses apôtres? Serait-il possible qu'il fût resté , parmi '« les Juifs ou parmi les païens, un seul incrédule, si »c ces prodiges avaient été crus? Le monde est bien u aujourd'hui aussi peu disposé à croire qu'il l'était .< alors. Cependant quel éclat ne ferait pas la résur- «1 rection d'un mort I Quelle impression ne produiraiti« elle pas sur nous - mêmes! A plus forte raison , « jugeons de l'effet que produirait une suite de guéri- <( sons , de résurrections et d'autres œuvres surnatu- " relies. Nous voyons, au lieu de cela , Jésus-Christ, « au moment où on dit qu'il opérait cette multitude « de prodiges, traité d'imposteur, et puni du dernier '« supplice. On ne croyait donc pas de son temps à ses « miracles? Ses miracles n'étaient donc pas réels? On " en faisait si peu de cas, lorsqu'il était facile de les » vérifier, qu'on a pas même daigné en faire d'infor- « mation. On conclut leur vérité , de ce qu'ils ont u converti quelques personnes. Mais , de ce qu'ils n'ont « dans leur temps converti que quelques personnes , on « doit au contraire conclure qu'ils n'ont pas été réels. « La nation presque entière, la nation moralement «« entière, avec ses chefs, a bien un autre poids pour '« combattre les miracles, que quelques individtis pour «< les prouver. INous pouvons dire la même chose des " païens du premier siècle , puisque le nombre de ceux « qui se convertissaient était infiniment petit en compa- M raison de ceux qui restaient dans leur haine contre la « religion naissante. Il est certain , et les défenseurs du « christianisme en conviennent , qu'il éprouva , dans <« son commencement , de violentes contradictions de " la part de tout le monde. Il est donc évident que tout « le monde regardait Jésus-Christ et ses apôtres comme '* des imposteurs, et par conséquent leurs miracles " connue des fables. On ne peut donc pas douter que

« l'histoire de ces miracles n'ait été fortement attaquée « par écrit aussitôt qu'elle a été publiée. Si nous avions « les ouvrages des docteurs juifs et des philosophes « païens , qui la combattaient , nous y verrions les .< preuves de la fausseté des miracles. Mais les chrétiens « ont trouvé plus facile de supprimer ces livres que de <i leur répondre. «

XV. Pour résoudre cette difficulté dans tous ses points, je commence par examiner ce qui est dit des écrits par lesquels on veut faire croire que la vérité des miracles chrétiens a été combattue dans leur temps; et j'établis trois propositions : 1° Il est très-probable qu'il n'y a pas eu d'écrit publié directement contre le christianisme , et dans lequel on combattît ses preuves , avant celui de Celse^ qui est du second siècle. 2° Il est très-certain que la réalité des miracles n'a été contestée dans aucun écrit. 3° On accuse injustement les chrétiens d'avoir supprimé les ouvrages de leurs adversaires.

1° Si, dans le premier siècle du christianisme, il avait été publié quelque ouvrage contre sa vérité , comment se ferait-il qu'il n'en existât nulle part aucun vestige ; qu'on ne connût le nom d'aucun auteur qui eut rien écrit de ce genre; que ni les écrivains chrétiens, pour le réfuter, ou au moins pour le décrier, ni les païens pour s'autoriser de son témoignage , n'en aient dit un seul mot? Il paraît que ce n'était pas par des livres qu'on attaquait la religion naissante.

2° Si , dans le premier siècle , on avait combattu la réalité des miracles dans quelqu'écrit, on ne les aurait pas attribués, dans le second, à la magie. Cet ouvrage aurait été bien éphémère , s'il n'avait pas pu passer jusqu'au temps de Celse I II y a deux manières de répondre à une preuve de fait ; de nier le fait; d'en contester la conséquence. Nous voyons, de tout temps, les ennemis du christianisme dire que les luiracles ne prouvent rien, et ses défenseurs occupés à prouver qu'ils forment une démonstration. Nous ne voyons

nulle part ses adversaires nier la réalité des miracles, nous les voyons au contraire en convenir positivement, en les attribuant à la magie. Il est donc certain que les miracles n'ont pas été niés. J'ai développé ailleurs ce raisonnement. (1).

3" Les éciits des premiers temps contre le christianisme étaient de deux sortes : ceux des juifs , ceux des païens. Lesquels accuse-t-on les chrétiens d'avoir supprimés? Ce ne peut pas être ceux des juifs. D'abord il» ne l'auraient pas pu. Cette nation s'étant constamment perpétuée, séparée de toutes les autres, a conservé ses livres, et les a transmis des pères aux enfants. Quel moyen auraient eu les chrétiens de les leur enlever? Ensuite, il est évident qu'ils ne l'ont pas fait, puisque les livres les plus injurieux au christianisme, les thalmuds et autres, se sont conservés dans la nation juive. Dans ces écrits, les miracles de Jésus-Christ, attribués à un pouvoir diabolique, sont formellement avoués. Les juifs auraient conservé avec beaucoup plus de soin encore ceux où les miracles auraient été contestés. Ce ne peut donc être que sur les livres des païens que porte l'imputation de suppression. Mais c'est un singulier raisonnement, de dire : Il y a des écrits des païens perdus, donc ce sont les chrétiens qui les ont supprimés. Accusera-ton aussi les chrétiens d'avoir supprimé beaucoup d'autres ouvrages intéressants des philosophes , des orateurs , des poètes , des historiens ? Leur reprochera-t-on aussi la perte de beaucoup d'écrits (rès utiles à la religion , qu'avaient composés les saints Pères et les apologistes? Il y a bien d'autres causes qui ont fait disparaître ces ouvrages , dans un temps où ils ne se })erpétuaient pas par l'impression : la vétusté , les incendies, les ravages des barbares, la difficulté des transcriptions. Il y a même une raison particulière pour que

(i) Voyez chdp. i, u° xxx et suiv. page a 4 3.

les écrits en faveur du paganisme aient péri. L'idolâtrie tombée, personne n'a eu intérêt à les conserver, personne n'a dû en prendre la peine. Il n'y a pas eu un projet de les supprimer. Ils se sont anéantis d'euxmêmes avec la religion qu'ils défendaient.

XVI. Le christianisme a éprouvé dans son origine de grandes contradictions ; mais elles n'ont pas porté sur la réalité des miracles. Ce point établi , toute l'objection proposée tombe. Puisque les miracles de Jésus-Christ et de ses apôtres n'ont point été contestés, ils ont été crus. Puisqu'ils ont été crus, ils sont vrais. Puisqu'ils sont vrais, ils prouvent la vérité de la religion.

3Iais on exige que nous expliquions pourquoi les miracles , s'ils ont été si publics , si éclatants , s'ils ont été généralement crus , n'ont pas converti sur-le-champ tout le monde; pourquoi la majeure partie , la presque totalité de la nation juive a persévéré dans son incrédulité, a regardé Jésus-Christ comme un imposteur, et l'a traité comme tel.

Je réponds, en premier lieu, que nous ne sommes pas obligés de donner cette explication. Lorsqu'un fait est complètement prouvé , on n'est pas fondé à le contester sous prétexte qu'il n'a pas produit tel efïet qui, à ce qu'il semble , aurait dû en résulter.

Je réponds , en second lieu, que l'incrédulité des Juifs sur Jésus-Christ , et la manière dont ils l'ont traité, loin de former un argument contre sa religion , en sont au contraire une preuve. Elles avaient été prédites par les prophètes en plusieurs endroits. Ils avaient annoncé que le Messie serait renié, méconnu, persécuté, mis à mort par sa nation. Jésus-Christ lui-même avait, en plusieurs occasions, renouvelé ces prophéties. La manière dont les juifs l'ont traité, est l'accomplissement de ces oracles. Leur refus de croire en lui est un des signes auxquels on doit le reconnaître comme l'envoyé céleste. Il a été dit avec raison ; » Nous devons « croire en lui, parce que les Juifs n'y ont pas cru. « Un messie, que les Juifs auraient reconnu, ne serait

« pas le véritable. Il lui manquerait un des caractères •« expressément marqué par les propliètes (1). »

Je réponds , en troisième lieu , que l'obstination des juifs à ne pas recomiaitre Jésus Christ pour leur messie, malgré tant de miracles, est, à la vérité, très- étonnante; mais qu'en y réflécliissant, on en découvre plusieurs causes qui ont dû être très-puissantes.

1« Leurs préjugés; et on sait quelle est leur force, surtout en matière de religion (2). Ils attendaient un messie qui confirmerait toute la loi de Moïse ; Jésus- Christ en abolissait la partie cérémonielle : qui paraîtrait dans la splendeur; Jésus-Christ se présentait dans la condition la plus basse : qui fonderait sur la terre un empire étendu; Jésus Christ prêchait le détachement de toutes les grandeurs : qui les délivrerait du joug des Romains; Jésus-Christ enseignait à payer le tribut à César.

2<* L'autorité à laquelle ils déféraient. Ils avaient une estime profonde pour leurs pharisiens , une confiance entière dans leurs docteurs, une pleine soumission à leurs prêtres. Tous ces hommes , ennemis déclarés de Jésus- Christ , qui démasquait l'hypocrisie des premiers , abaissait l'orgueil des seconds, détruisait la puissance des troisièmes , le poursuivaient sans relâche de leurs intrigues , dégradant ses miracles , et les attribuant au pouvoir du démon ; combattant sa mission , et disant tantôt qu'on ne saurait d'où viendrait le Messie, mais qu'on savait d'où il venait ; tantôt que jamais prophète n'était sorti de Nazareth '^, calomniant sa conduite , et l'accusant ici de violer le sabbat , là de vivre avec les

(r) Démonst. Evangél., par M. Davoisin , cinquième édition, page 295.

(2) Qaippe lune vim habet contentionis ainor et praeconcepta opinio, qui iis assaeli sont, ii rebns etiara perspicuis lefraganlur, potiusqoam 0])iniones ponan? , quihui eornm anima imbuia est. Ac iiiuUo facilins de aliis rébus consuetudines reliqaerit qnispiam, qu.'tnivis ab illis difficile admodnm evellalur nent. {Origen. contra CeUitrn, lib. i, n° 5a.)

personnes de mauvaise vie. Et nous voyons en conséquence le peuple partagé dans ses opinions ; les uns , à la vue de ses prodiges, le regardant comme un prophète ; les autres , sur la foi de leurs chefs , le traitant de séducteur (1).

3° Leur frayeur. Nous voyons , dès le temps de Jésus- Christ , un grand nombre de personnes , même des plus considérables, croire en lui dans le fond de leur cœur, et n'oser le manifester dans la crainte d'être chassés de la synagogue par les pharisiens. La terreur dut être ^•ien plus vive, quand la rage qui avait crucifié le maître se tourna avec la même violence contre ses disciples.

4^ Leurs passions ; et cette dernière cause ajoutait encore aux autres une giande force. Qui est-ce qui ignore combien les passions sont Ingénieuses à se forger des prétextes ; quel poids elles donnent aux plus misérables motifs? Embrasser le christianisme , était renoncer entièrement à ses passions, se détacher de toutes ses inclinations , rompre toutes ses liaisons , réformer toutes ses habitudes , et remplacer toutes les douceurs auxquelles on s'était accoutumé, par des vertus austères et des devoirs pénibles.

. Je réponds , en quatrième lieu , que , malgré tous ces obstacles , il ne faut pas croire que les miracles de Jésus-Christ ne lui aient pas attiré beaucoup de disciples, et pendant sa vie mortelle et après son ascension. 11 y en avait qui croyaient en lui pour un temps , c'est-à-dire lorsqu'ils étaient frappés de ses miracles , et qui ensuite, par légèreté , par insouciance , par dissipation , par la diflicuUé de croire ses mystères , par les autres causes que nous venons d'exposer, se séparaient de lai. Tels furent les cinq mille hommes qu'il avait nourris dans le désert. Au moment même ils voulaient le faire roi ; et

(i) Maïuaar autom eral in turba de eo. Qadain enim dicebant quia bonus est. Alii autem dicebani : îSoii , sei seducit turbas. [Joan.

vu , 12. )

peu de jours après ils l'abandonnèrent. Mais pour ne parler que des conversions solides , après sa résurrection il se fait voir à plus de cinq cents d'entre les frères; et de ce nombre n'était pas sans doute la multitude, que la crainte des juifs empêchait de se montrer. C'est en annonçant les miracles de son maître, en invoquant sur leur réalité le témoigna^oe des juifs eux-nièiues, en leur rappelant ce qu'ils avaient vu tout récemment , que St. Pierre, dans ses deux premières prédications, en convertit huit mille. C'est la persuasion des miracles qui a fait en peu d'années un grand nombre de prosélytes, qui en peu de siècles a rendu l'univers chrétien. Que peut-on demander de plus ?

Xyil. On oppose le nombre plus petit des juifs et des païens convertis dans le premier siècle par les miracles , au nombre infiniment plus grand de ceux qui , malgré les miracles , sont restés dans leur croyance ; et on en conclut que la réalité de ces miracles a été généralement rejetée.

D'abord cette conséquence n'est pas juste , puisque , comme nous l'avons montré ^ la question entre les uns et les autres était, non la réalité , mais l'autorité des miracles.

Mais, laissant à l'écart cette première considération, qui est cependant très-grave et même décisive , supposons pour un moment, contre la vérité, que ceux qui ont refusé de croire à la loi de Jésus-Christ ne croyaient pas à ses miracles; descendons, j'y consens, à la comparaison du grand nombre de ceux qui ont refusé d'y croire, au petit nombre de ceux qui y ont cru. Pesons leurs témoignages respectifs. Je dis que du côté du petit nombre est le poids qui entraîne la balance. Quand on considère les terribles suites qu'avait alors la profession du christianisme, les sacrifices qu'elle exigeait de toutes les pensées, de toutes les passions, de toutes les inclinations, de tous les attachements, les périls nombreux et de tout genre auxquels elle exposait, les maux affreux auxquels elle livrait, on sent que pour s'y dévouer il faU

lait une persuasion intime, qui ne pouvait être que le résultat d'un examen bien approfondi. Des miracles pour lesquels il faut mourir ne sont pas crus sans les plus puissants motifs. Mais pour rester dans sa vieille croyance il n'était pas besoin de grandes réflexions. La légèreté dans les uns, l'indifTérence dans les autres, dans ceux-ci l'apathie, dans ceux-là l'habitude, dans tous rattachement aux anciennes idées , l'amour de l'aisance, le charme des passions , la crainte de la persécution , l'exemple commun , étaient des causes suffisantes de demeurer dans sa religion , et de rejeter sans examen tout ce qui pouvait en retirer. On ne change point d'état , de situation , sans des fortes raisons. Pour rester comme on est, il suffit de se trouver bien. Pour déposer la religion dans laquelle on est né , et à laquelle on est attaché par une multitude de liens, il faut des motifs bien autrement convaincants que pour y persévérer. Combien d'hommes forment leurs opinions sur leurs désirs I et combien de raisons faisaient désirer de n'être pas obligé à devenir chrétien I Un seul juif, un seul païen converti donne plus d'autorité à la foi des miracles que la résistance d'un grand nombre ne la décrédite. Elle suppose nécessairement dans lui un examen que les autres peuvent n'avoir pas fait ; elle exige de sa part des sacrifices qui, dès le premier aspect, ont dû effrayer les autres. Quelle conviction ne doit donc pas opérer la multitude de conversions faites dans les temps où les miracles encore récents pouvaient aisément être vérifiés I

XVIII. Il ne reste plus à résoudre que la partie de l'objection où on argumente de ce qu'il n'a pas été fait d'informations sur les miracles de Jésus-Christ et de ses disciples. Je pourrais d'abord nier le fait , citer l'information faite par les pliarisiens , au sujet de la guérisou d'un aveugle né , et rapportée au chapitre neuvième de l'évangile de St. Jean , et dire que le peu de succès de celle-là , qui avait tourné à la confusion des ennemis de Jésus-Christ , les a empêchés d'en faire d'autres. Je pour* rais demander s'il était d'usage chez lesjuifs de faire des

informations juiidiques dans la forme observée parmi nous. Je pourrais remarquer que Ton n'en fait pas ordinairement sur les faits publics passés sous les yeux mêmes des juj^es; que l'on n'en fait pas, surtout, quand on est persuadé, ou qu'on affecte de l'être, que le fait est sans conséquence et ne décide pas la question. Mais, passons sur tout cela. Je consens à me réunir à nos adversaires, pour admettre la nécessité dont aurait été une information sur les miracles, et je dis : Ceux-là ont tort, qui, pouvant faire l'information, s'y sont refusés. Or, entre les apôtres qui attestent les miracles de leur Maître ^ et les chefs de la synagogue qui (nous continuons de le supposer) les rejettent, à qui appartient-il de faire des informations? Lesquels sont revêtus du droit de l'ordonner, delà puissance pour l'effectuer? Les apôtres la provoquent de tout leur pouvoir, cette information, en publiant à haute voix les miracles de Jésus- Christ, en prétendant eux-mêmes en opérer, en accusant solennellement le sanhédrin de déicide. Si le sanhédrin eût pensé qu'une information pût lui réussir , ne se fût- il pas empressé de la faire? Il le pouvait, l'autorité était entre ses mains ; il le devait , son honneur était attaqué , sa réputation compromise , la religion nationale intéressée. Quelle raison a donc pu l'en empêcher , lorsqu'il en avait tant d'intérêt et tant de moyens? Qu'on cherche où on voudra , qu'on se retourne de tous côtés .

n ne pourra jamais en trouver qu'une. Il n'a pas informé juridiqueineut, parce qu'il n'a pas osé. Il a senti que ce nombre immense de témoins qui venaient récemment de voir les mhacles de Jésus -Christ , qui voyaient encore tous les jours ceux de ses apôtres, le confondraient par leurs dépositions. Ce furent les ennemis de Jésus-Christ qui se refusèrent alors à vérifier le fait de ses miracles par une information; et ce sont eux qui aujourd'hui nous opposent le défaut d'information. Comment ne sentent ils pas qu'ils trahissent par là

leur cause , et qu'ils se percent de leurs propres armes ? XIX. Aux contradictions des ennemis de Ifi religion ,

les incrédules ajoutent les oppositions que la foi des miracles a éprouvées, selon eux, au sein même du christianisme. « Les anciens hérétiques contemporains des I. apôtres, ou au moins de leurs disciples, niaient la réau lité d'un grand nombre de miracles. Les uns niaient «t l'incarnation du Verbe ; les autres qu'il fût né d'une t« vierge; d'autres, qu'il eût un corps réel, qu'il eût « véritablement souifert , et par conséquent qu'il fût M ressuscité. Voilà donc les principaux faits démentis w par des chrétiens, dès le temps où ils ont été publiés « par d'autres chrétiens. Quel est celui des deux lémoi- <t gnages qui doit l'emporter? Il résulte de cette divi- « sion entre les chrétiens au moins deux conséquences : « la première , qu'il n'est pas vrai que les miracles « de Jésus-Christ ait été universellement crus, même « dans le christianisme; la seconde, que ces autorités " opposées doivent se contrebalancer , et jettent sur les « miracles, que l'on prétend évidemment démontrés , « une grande incertitude. »

XX. Cette difticulté confond deux choses très-distinctes : le dogme et les miracles, les objets de la foi et les fondejnents de la foi. L'incarnation du Verbe est un dogme bien plus qu'un miracle. La virginité de sa sainte mère appartient aussi plus à la doctrine qu'on doit croire , qu'au prodige qui fait croire. Ce sont des vérités que nous présentons à professer , et non pas les motifs par lesquels nous engageons à embrasser la religion. Les hérétiques, qui erraient sur ces deux points, n'en croyaient pas moins aux miracles de Jésus -Christ. En combattant la divinité du Verbe , Arius ne révoquait pas en doute ses prodiges. Les incrédules ont donc tort d'argumenter de l'opinion de ces hérétiques, et de nier qu'ils admissent les miracles rapportés dans l'évangile, parce qu'ils rejetaient ces deux dogmes enseignés dans l'évangile.

Les autres hérétiques des premiers siècles, qui niaient la vérité des miracles de Jésus-Christ , ne favorisent pas.

plus rincrédulité moderne. En niant que ces prodiges eussent delà réalité, ils avouaient qu'ils en avaient eu toute l'apparence. Les uns distinguaient le \erbe d'avec Jésus, ils ne niaient pas la naissance, la mort, la résurrection de Jésus ; ils prétendaient que le Verbe était pour rien dans tout cela. Quant aux miracles, ils disaient bien que Jésus n'en avait point opéré , mais ils disaient que c'étaient des œuvres du Yerbe. On ne peut pas dire que ceux-là contestassent la vérité des miracles. Les autres prétendaient que ce que les apôtres avaient vu faire des miracles, mourir et ressusciter, était un corps fantastique, semblable en tout à celui de Jésus- Christ, mais qui n'était pas le sien. Il y en avait qui disaient que c'était une personne étrangère que Jésus- Christ avait revêtue de sa Ggure, qui était morte et ressuscitée pour lui. Ces hérétiques convenaient que Jésus-Christ avait été vu constamment pendant trois ans, faisant une suite de prodiges ; qu'on l'avait vu ensuite mourir, ressusciter, monter aux cieux : ils prétendaient seulement que tout cela n'était que des illusions , et ils avouaient qu'à moins de révélations particulières les apôtres avaient dû en croire la réalité. La dispute entre les catholiques et ces hérétiques différait donc du tout au tout de la nôtre avec les déistes. La question alors agitée était de savoir si les disciples et les juifs avaient eu raison de croire la relation de leurs sens. La question actuelle est de savoir si la relation des sens , soit des juifs , soit des disciples, a existé. Les incrédules modernes voudraient-ils convenir avec les hérétiques anciens , que les miracles de Jésus «Christ ont eu toute l'apparence de la vérité , et soutenir avec eux que c'étaient des illusions que Jésus-Christ faisait aux spectateurs ? Faisons sur cette pitoyable objection une réflexion. Il fallait que l'authenticité , la multiplicité , la force des témoignages fussent bien incontestables, dans ce temps où les miracles étaient si récents , pour que ceux qui voulaient les attaquer fussent obligés de recourir à de si ridicules

moyens ; il fallait que l'évidence des miracles fut bien fortement établie , pour qu'on trouvât plus avantageux Je combattre l'autorité des sens, que de révoquer en doute leurs relations.

XXI. Voici une des objections que l'incrédulité répète avec le plus de confiance : « On vante beaucoup le noin- M bre des témoins qui ont attesté les miracles, et de « ceux qui, sur leur déposition, et après un mùr exa- « men, y ont cru. Mais , quelle confiance peut-on pren- « dre dans de pareilles autorités? Considérons quels « étaient ces premiers chrétiens ; tous des hommes sim- « pies, grossiers, une populace crédule , incapable , par H défaut d'éducation, d'habitude et de lumières, de « tout examen. On sait avec quelle facilité de tels hom- «< mes se font illusion et se persuadent les choses les plus « absurdes. »

« On sait , et l'expérience de tous les temps l'a mon- «< tré , que le petit peuple a d'autant plus de propension « à croire, que les choses sont plus incroyables; parce M que le merveilleux le frappe plus vivement que le » vrai. Pendant le temps que le petit peuple reçoit avi- « dément le récit des miracles, nous voyons tous les <» hommes ayant quelque esprit, quelques connaissan- « ces, quelqu'état dans le monde , les prêtres, les doc- « teurs, les magistrats, tous les hommes en place, rejeter M ces histoires comme des fables, et les traiter d'im- « postures. A laquelle de ces deux classes doit-on ajou- « ter foi ? N'est-il pas plus aisé de concevoir qu'un peu- « pie léger , ignorant et brute , a été abusé , que d'ima- " giner que s'il y avait eu quelque fondement à ces miu racles, il ne se fût trouvé aucun homme de considé- « ration , aucun ayant des talents et des connaissances , « qui, après les avoir examinés, les eût crus véritau blés? »

XXII. Je n'examine pas encore le fait sur lequel repose cette difficulté , savoir , que le christianisme n'a été embrassé dans sa naissance que par la lie du peuple : je le discuterai dans un moment ; maintenant je le suppose.

Je commence par altaquer la conséquence de l'assertion, avant de combattre l'assertion elle-même.

XXIII. La classe la plus liunible du peuple est facile à tromper : mais sur quels objets ? Sur ce qui favorise ses préjuges , ses intérèls, ses passions. Sur ce qui contrarie tout ce qu'elle a de cher, elle ne s'en laisse pas aussi aisément imposer. Elle croit avec facilité ce qui la flatte , avec peine ce qui lui répugne. On dit vulgairement , et une expérience constante justifie cet adage, que l'homme le plus simple ne l'est pas sur ses intérêts. Que l'on considère ce qui résultait de la foi des miracles, et on verra s'il était facile de les faire croire à la multitude contre la vérité. En y ajoutant foi, il fallait déposer la religion dans laquelle on avait été élevé , et tous les principes que l'on avait sucés avec le lait ; il fallait sacrifier toutes ses affections , abjurer l'amour des richesses et des plaisirs, embrasser la pratique des vertus les plus pénibles , de la mortification , de l'abnégation , de l'humilité , de l'amour des ennemis : il fallait s'exposer à la haine et au mépris de ses concitoyens , à la persécution des hommes puissants , et à ses terribles suites. Croit-on qu'il soit facile d'opérer avec des tours d'adresse une telle métamoi-phose sur un peuple , quelque léger ^ quelque grossier, quelque simple qu'il soit? Le bon sens n'est pas tellement l'apanage du rang et de la science , que les ignorants et les petits en soient dépourvus. Le simple peuple a beau être ignorant , il n'est pas insensé. Ce serait être fou, que de changer d'idées, de goûts , d'affections , de sentiments , et cela pour se mettre plus mal que l'on était sans avoir examiné avec tout le soin dont on est capable les raisons de ce changement.

Et considérons encore en quoi consistait cet examen nécessaire pour que le peuple ne fût pas trompé sur les miracles de Jésus-Christ et de ses disciples. S'agissait-il de raisonnements qui passassentsa portée? Fallait-il des discussions profondes, des arguments abstraits? Rien de tout cela assurément. Il suffisait d'avoir cette mesure de

bon sens dont le petit peuple est doué comme lesliommes les plus considérables. On était si voisin des faits , que la vérification en était de la plus extrême facilité. Quand les apôtres prêchaient pour la première fois Jésus-Christ, ils parlaient à des gens qui avaient été personnellement témoins de ses miracles ou qui étaient environnés d'hommes qui les avaient vus. Quand ils disaient que leur Maître leur avait communiqué son pouvoir de faire des miracles , et qu'en conséquence ils en faisaient , on n'avait pas besoin de grandes méditations pour s'en assurer. Des yeux, et un jugement qui ne fût pas égaré, voilà tout ce qui était nécessaire. Parmi les premiers chrétiens , il n'y en avait aucun qui ne fut capable de cet examen. Quand il s'agit de faits bien palpables et bien solennels, le paysan le plus grossier peut en être aussi sûr que le plus habile philosophe.

En continuant de supposer que tous les premiers chrétiens, prosélytes de Jésus-Christ et de ses apôtres , hommes de la dernière classe du peuple , et dépourvus d'instruction , ont pu facilement se laisser abuser, il faut encore admettre que l'illusion a continué , lorsque au bout de quelque temps des hommes d'un état plus considérable , et ayant plus de lumières, sont entrés dans la nouvelle religion. Mais de cette conséquence nécessaire résultent deux graves absurdités : 1° il faut adopter de deux choses l'une ; ou que tous, ces personnages éclairés ont embrassé le christianisme sans examen, malgré tous les intérêts qui devaient les en détourner, ou que l'examen de tous ces hommes éclairés leur a fait croire , contre toute espèce de raison , des faits dénués de vraisemblance. 2^ Les illusions populaires , faites par des charlatans , durent jusqu'au temps où les hommes qui ont des lumières se mettent à examiner la chose, dissipent le prestige et désabusent le vulgaire. Dans le fait du christianisme , il serait donc arrivé le contraire de ce que l'expérience constante et le sens commun montrent qui doit arriver toujours. Ce seraient les hommes de l'ordre le plus humble de la société , les hommes sans esprit ,

sans connaissance , sans habitude de raisonner, sans facilité de s'exprimer , qui auraient subjugué et amené à leur manière de voir tous les personnages les plus considérables, les plus savants, les plus éniinenunent doués de la force du raisonnement et de la parole.

De ce que les premiers néophytes étaient des hommes simples et pauvres, loin qu'il s'ensuive un argument contre la rehgion chrétienne , il résulte au contraire une considération en sa faveur ; c'est que ce choix de la Providence avait été prédit par les prophètes. Isaie l'avait spécialement annoncé (1); et Jésus-Christ lui-même, dans plusieurs occasions , s'était appliqué cet oracle, en avait montré dans sa personne l'accomplissement, et avait réclamé ce témoignage de sa mission (2). Ainsi la prédication de l'Evangile , particulièrement aux pauvres , était un des caractères du Messie. Ce rapport du fait avec la prédiction montre que le fait, loin de former une difficulté contre la religion , donne au contraire une raison de plus d'y croire.

XXIV. Passons maintenant à l'examen du fait allégué , et voyons s'il est vrai , comme on le prétend , que l'Evangile ne fut d'abord reçu que par la plus basse populace, crédule et incapable de tout examen.

(i) Spiritas Domini saper me , eo quod unxit Dominas me. Ad annantiandam mansuetis inisit me, at mederer contritis corde , et prsedicarem captivis indulgentiam , et clansis apertionem • nt praedicarem annam placabilera Dom'no , et diem altionis Deo noslro ; nt consolarer omnes lugentes. (Is. lxi, 1,2.)

(2) Et traditas est ei liber Isaise prophetae ; et ut revolvit librnm, invenit locam abi scriptam erat : Spiritus Domini super me, propter quod unxit me, evangelizare paaperibus raisit me, sanare contritos corde; praedioare captivis remissionem, et caecis visnra; dimiitere confractos in remissionem ; prœdicare annum Domini acceptum , et diem retributionis ... Cœpit autem dicere ad illos : Quia hodie impleta est baec scripinra in auribns vestris. [Luc, iv , 17 et seq. )

Et respondens di\it illis : Euntes renuntiate Joanni qnae audiaiis et vidistis : Quia caeci vident, clandi ambulant, leprosi mundanlur, sardi audiunt, mortui resurgunt, pauperes evangelizantur. {Idem, ï^ii, aa.)

Jésus-Christ vivait encore , et déjà il comptait parmi ses disciples plusieurs personnes de considération : Nicodème, un des chefs des Juifs (1), Joseph d'Arimathie, homme riche , noble décurion (2) , le centenier dont il avait guéri le serviteur à Capharnaûm '^3) , au même endroit un autre officier dont il avait guéri le fils (4) , beaucoup des principaux de la nation , que la crainte des Juifs empêchait de se déclarer (5). Ainsi , dès le temps de son ascension il n'était pas vrai que sa doctrine ne fût embrassée que par ce petit peuple qui ne sait rien examiner.

Il n'a pas plu à l'Esprit saint de nous apprendre de quel état étaient les huit mille hommes convertis dans les deux première;^ prédications de l'Evangile; mais ce qu'il nous dit, qu'immédiatement après la première de ces prédications ceux qui avaient des possessions les vendaient, et en distribuaient le prix aux indigents, selon leurs besoins (6) , montre qu'il y avait des personnes d'un autre état que de la dernière classe du peuple. La foi était encore concentrée dans la Judée, et déjà une troupe de prêtres, c'est-à-dire des hommes les plus éclairés du peuple juif, lui obéissait (7).

De la Judée , je suis la publication de l'Evangile dans

(i) Erat aotem homo es pharisads , Nicodemus nomine , prioceps Jadaeorum. {Joan. m, i. )

(a) Yenit quidam homo dives ab Arimathaea , noraine Joseph, qui et ip^e discipalus erat. {^Matth. xxvu, 5'].)

Venit Joseph ab Arimathaea nobiiis decurio , qui et ipse erat expecïans regnam Dei. (^Marc. xv , 45.)

(3) Match, vm, et seq.

(4) Et credidit ipse (Régulas), et domas ejas tota. {Joan. iv, 53.)

(5) Vetumtamen et ex priiicipibas molli crediderunt in eam ; sed propter pharisaeos non confi'ebanlnr. {Joan. xii , 4ti.)

(6) Omnes autem qui credebant, erant pariter , et habebant omnia communia, ]josseswones et sabstantias vendebant , et dividebant illa omnibus, prout cuique opus erat. (Act. ii , 44 , 45.)

(7) Verbam Domini crescebat , et rauliiplicabatur nnmerus discipalorom in Jérusalem valde. Malta etiam turba sacerdotom obediebat fidei. {yict. VI, 7. )

les divPi's pays où va la porter le zèle dos apôtres. Je les vois établissant le théâtre de leur prédicalion dans les villes les plus grandes et les plus célèbres, séjours des personnages les plus distingués, centres des connaissances les plus brillantes et les plus étendues. Serait-ce là qu'ils iraient se placer, si leur intention était seulement de convertir les gens de la lie du peuple? Je recherclie les résultats de leurs exhortations. Je trouve sur le chemin de Gaza l'eunuque de la reine d'Ethiopie, homme puissant et sur-intendant de ses trésors (1;; à Césarée , Corneille, centurion d'une cohorte (2) ; à Paphos, Sergius Paulus, proconsul romain (3) ; à Athènes, Denys^ membre de l'aréopage (4); à Ephèse , Apollo, homme éloquent, et puissant dans les écritures (5); à Corinthe, Eraste , trésorier de la ville (6) ; à Rome, plusieurs saints dans la maison de César (7). Etaient-ils de la dernière classe du peuple ces chrétiens formés par les apôtres 7 Je demande aussi s'ils étaient incapables de tout examen, ces juifs de Bérée , les plus nobles de ceux de Thessalonique , qui reçurent la parole avec avidité, après avoir étudié avec soin, dans les Ecritures , si ce qu'on leur annonçait était véritable (8) ? S'ils étaient des hommes sans aucunes

(i) Et ecce vir aethiops , eunuchus potens Candacis reginae iEihiopuiK , qui erat super omnes gazas ejus. {^Act. vixi, 27. )

(2) Vir autem quidam nomine Cornélius, centario cohortis quae dicitur italica. i^Acl. x, i.)

(3) Cum proconsul vidl^set faclum, credidit admirans saper doctrina Doinini. {^Act. xiii , 12.)

(4) Quidam vero adhicrentes ei credideiunt , ex quibas et Dionysins areopagila. {Act. xvii , 34.)

(5) Judseus autem quidam, Apollo nomine, alexandrinus génère, vir eloquens, venit Ephesura , potens in scriplnris. Hic erat cdoctus viam Domini. {Act. xviii, 24, 2 5. )

(6) Srtlutat vosErastus. arcarius civitatis. (Rom.xvi, 2 3.)

(7) Salutant vos omnes sancti, maxime autem qui de domo Caesaris sunt. {Philipp. xv , 22.)

(8) Hi autem nobiliores erant eomm qui sunt Thesalonicce , qui sasceperont verbum corn omni aviditate, qaotidie scrutantes scripta-

connaissances, ces fidèles d'EpLèse , qui, s'étant livrés autrefois à l'étude des curiosités de la nature, brûlèrent, après leur conversion, des livresde leur frivole science,' pour le prix de cinquante mille deniers (1)? Si c'étaient des ignorants, n'ayant la teinture d'aucune science, les nouveaux chrétiens de Colosses , que l'apôtre avertit de ne pas se laisser séduire par une vaine et fausse philosopliie (2)? Si elles étaient de la populace grossière les femmes à qui St. Pierre et St. Paul interdisent les frisures élégantes, les parures magnifiques (3)? Nous soutiendra-t-on aussi que les Clément, les Ignace, les Polycarpe, prosélytes de la foi sous les apôtres, après eux ses défenseurs, étaient des hommes sans esprit et sans lumières? Les apôtres venaient de terminer leur carrière, et un grand nombre de ceux qui professaient le christianisme avaient été formés par leurs travaux . quand Pline écrivait à Trajan que la persécution à laquelle on dévouait les chrétiens mettait en péril des personnes de tout rang comme de tout âge et de tout sexe (4). Je m'arrête là , et je ne poursuis pas la recherche des personnes au-dessus du vulgaire converties à la religion, au-delà du temps de la prédication apostolique.

ras, si haec ita se haberent. Et raulti qaidera crediderunt ex eis et mulieram gentilium honestaram , et viri nou panci. (Act. xvii ii

(i) Molti ex eis qui faerant corioba sectati contulerunt libroa et combusseruat coram omnibus, et compatatis pieùis illorum, invenerant pecuniam denariorum quinqaaginta milliam. {Act. xrx', 19.)

(:») Videle neqnis vos decipiat per philosophiam'et inanem fallaciam. {Colo&s.u^ 8.)

(3) Qaaram non sit extrinsecns capillatara, aut ciicnmdatio auri aut indaraenti vestimenloram caltus. (i. Petr. (ii, 3.) '

Similiter et malieres in-vestita ornato, cam verecandia «i sobrietale ornantes so , et non in tortis crinibus, aut anro, aut margaritis aut veste pretiosa. (Timoth., 11, 9.) 01

(4) Visa est mihi res digna consultatione propter periditanlium unmerum. Multi enim omnis aetatis , omnis ordinis, niriusqne sexus etîam vocantur in periculam, et vocabnntur. {Plin. secund. ad Trajanum. lib, x, episr. 97.)

J*aurais trop d'avantages sur nos adversaires, et je n'imagine pas qu'eux-mêmes veuillent prétendre que le christianisme , à mesure qu'il s'est étendu , n'a pas acquis de néophytes dans les classes les plus élevées de la société.

Quel était donc, à cet égard, l'état de l'Eglise dans le temps des apôtres, et telle qu'ils l'avaient composée? St. Paul nous en donne l'idée, quand il dit qu'il n'y a pas un grand nombre de sages selon la chair , de puissants et de nobles (1). Il n'y en avait pas un grand nombre; il y en avait donc quelques-uns (2). L'apôtre aurait-il pu , aurait-il ose dire qu'il n'y avait pas dans le christianisme une grande quantité de savants et de puissants, s'il n'y en avait pas eu du tout? Sans doute, dans ces premiers temps, il y avait, comme il y aura

(i) Tidete vocationem vestram , fratres ; quia non mnlli sapientes secnndnra carnem, non mnlti potentes , non mulli nubiles, sed qnas sont stnlta mnndi elegit Dens, nt confiindat fortia ; et ignobilia mundi et contemptibilia elegit Deus , et ea quae snnt destrneret. (i. Cor. I, 26 , 27 . 28. )

(2) Fortai-se etiam opinion! eornm, qui eroditnm , aut sapientem , ant prudentem arbitrantur , in nostram societatem non recipi , locum dederit bic alius Pauli iocus : Vidcte vocationem vestram , etc. At non dictnm est : JS'emo sapiens secundum carnem ; sed, non multi sU' pientes secundum carnem.... Injuste igitur Celsus in nos insnrgit quasi diceremus : Nemo eruditus, neino sapiens, nemo prudens ad nos accédât. Imrno accédât eruditus, sapiens et prudens, cuin voluerit ; sed accédât nibilorainus siolidus, ineruditus, puer. PoUicetnr enim nostra doctrina se et illos honaines sanaturam; si accesserint, quippe quae omnes Deo dignos efficiat. FaUum et istnd tsl , fatuos , ignobiles, stupidos , mancipia ., miilierculas , puerulos , hos oranes soles esse, quos divinae doctrinae praecones sibi comparare velint. Hos enim nostra doctrina vocat quidem , ut meliores reddat ; sed vocat et alios ab illis longe diverses. {Origen, contra Cels. , lib.in , n" 48,

Ne sibi contradiccre videatur (Paulus) ; persuasit enim proconsnii, persuasit areopagilœ, peisuasit ApoUini; et alios eliara videmus sa* pientes, prsedicationem secutos. Idcirco non dicit : Nemo sapiens ; sed, Non multi sapientes. Si quidem non per sortem indoctos vocavit, dimisitautem sapientes; sed et hos accepit, et illos longe magis. (S- Joan. Chrjiost. in epist. i ad Corinth. , Homil.)

toujours, plus de chrétiens de la classe populaire que d'autres. Il en est une raison naturelle ; c'est que cette classe est en tout temps et en tous lieux, de beaucoup la plus nombreuse (3). Mais St. Paul nous en donne une autre raison d'un ordre supérieur : c'est qu'il était dans les décrets divins, que ce fiit par ce qu'il y a de plus faible aux yeux du monde , que la foi triomphât de ce cjue le monde a de plus fort. J'aurai occasion de revenir sur cette vue de la Providence ; et d'en montrer la réalisation et la conséquence.

Il reste donc prouvé que, dans l'objection proposée , ni le fait c^u'on allègue n'est exact , ni la conséquence qu'on en tire n'est juste.

XXY. Les incrédules insistent sur l'amour des hommes pour le merveilleux , et en concluent qu'il n'a pas été difficile de les induire en erreur sur les miracles du christianisme. «< Le peuple, disent-ils, n'aime pas à « douter, il préfère de croire; et plus une chose est u extraordinaire , plus il la croit facilement. Il n'y a « peut-être pas eu , depuis l'origine du monde , un M fripon annonçant des merveilles et ayant l'air d'en a faire, qui n'ait trouvé des dupes. Notre siècle si éclairé « en fournit plusieurs exemples. Mais c'est surtout en « matière de religion qu'il est le plus facile de tromper « le monde. Le sentiment religieux l'emporte sur le « sens commun. Un homme qui professe une religion « peut être enthousiaste au point d'imaginer qu'il voit

(i) Quoniam autpm plares ubiqae snnt ignari et roâtici, qaam in scientiis exei'citati , necesse fait in tanla eorarc inaliitadine , qni cioctrinae manns dabanl , plnres esse rades et rusticos , qaam lilteratos. Tamen Celsu* noiens ad haec aniraara advertere , benignain banc doctrinam j et peitingentem ad omiiem animam nsque ad solis ortum , pro siinplicitute habet; pntatqae illa doctiina sohis rudes devictos esse propterea quod rudis ipsa est, et neqnaqnam ad persuadendnm efficax. Neqae tamen solos simplices dicit bac doctrina ad Dei secundum Jesam cultam adductos fuisse. Falelur enira ex eis maltos esse modestes, temperatos , prudentes, et qui allegoriam intelligant. ÇOrigen. contra Celsitm ^ lib. vu, cap. Sg.)

Dissert, sur la Relig. 17

M ce qu'il ne voit point, ce qui n'a aucune réalité. L

« est même possible qu'avec les meilleures intentions

<i du monde , et pour avancer les intérêts d'une si sainte

« cause, il raconte ce qu'il sait être faux. Ceux qui

« l'écoutent , ou n'auront pas assez de ju^^ement pour

« apprécier la vérité de son rapport; ou, s'ils en ont,

u ils y renoncent, dès qu'il s'agit d'objets aussi sublimes.

« Dans le fait, quelle est la religion qui ne vante pas

.1 ses miracles? L'eidèvement de Romulus au ciel; le

c. fait d'Altius-Nœvius, qui coupa un caillou avec un

a rasoir , et pour lequel on avait élevé à cet augure une

a Statue; celui de Curtius qui, se jetant dans un gouffre,

« le fit fermer ; les mi-racles d'Apollonius de Thyane,

«t celui de Tespasien , ne sont plus crus par personne ;

« ceux du diacre Pâris^ qui de nos jours avaient séduit

« tant de gens de si grave autorité sont aussi tombés

a dans le mépris. Ce qui doit surtout altérer la foi des

- miracles cbrétiens , c'est la quantité de faux miracles

« allégués en faveur du christianisme , qui remplissent

u les légendes, et dont tout le monde reconnaît le

.( ridicule. Au reste, si on veut établir une religion sur

« les miracles , il faut donc discuter les miracles que

» produisent toutes les religions : et cet examen est

« impraticable à la presque totalité des hommes. Mais

u quand on voit les hommes si souvent trompés par de

« ridicules relations de miracles , produites pour soute-

« nir des religions, on doit juger que la seule circons—

u tance , qu'une chose extraordinaire est attachée à une

u rehgion , est une preuve de fraude , et doit , sans

« autre examen, faire rejeter le miracle. »

XXYI. Yoici en quoi consiste toute cette objection , que les incrédules aiment beaucoup à répéter.

Il a été raconté souvent de faux miracles ; donc il ne faut ajouter foi à aucun miracle.

Toutes les religions vantent leurs miracles; donc il n'y a aucune religion dont les miracles soient véritables.

L'enthousiasme fait croire trop facilement aux mi-

racles de la religion que l'on professe ; donc la foi trop facile aux miracles fait embrasser légèrement une religion nouvelle.

L'examen des miracles de toutes les religions est impraticable à la plupart des hommes ; donc tous les hommes doivent rejeter sans examen tous les miracles de toutes les religions.

Reprenons ces divers points , et après avoir fait sentir le ridicule de ces raisonnements , développons - en le vice.

XXVII. J'ai répondu , en examinant l'objection précédente , à ce qui est dit ici de l'amour du peuple pour le merveilleux. Ce merveilleux que le peuple aime, est celui qui flatte ses pensées et ses goûts. Tous ces fripons qu'on nous allègue, qui ont trouvé des dupes, ])romettaient des choses agréables: l'un, la pierre philosophale; l'autre, des sources d'eau; quelques-uns la vision de héros anciens ; la plupart , la santé. Mais que l'on cite un seul qui ait réussi à se donner des partisans par des illusions qui engageassent à de grands sacrifices, qui exposassent à de grands dangers ; car c'est à cela que les apôtres , en annonçant les miracles , ont amené ceux qui ont cru en eux.

De l'amour du peuple pour le merveilleux , il n'y a qu'une chose à conclure; et, nous l'avons déjà dit, c'est qu'il faut être très-circonspect à croire les merveilles. Mais en inférer qu'il est nécessaire de rejeter tous les miracles, est une conséquence évidemment exagérée et déraisonnable. Il en est à cet égard des faits miraculeux comme des événements naturels. Il y a un grand nombre d'histoires fausses : faut-il , pour cela , ne croire aucune histoire ?

XXYIII. C'est surtout, ajoute-t-on, l'enthousiasme religieux , qui égare et qui fait perdre le jugement. Je réponds d'abord que le principe est ici très-exagéré. L'enthousiasme peut effectivement engager un homme à croire qu'il voit ce qu'il ne voit pas , s'il est éloigné de l'objet, s'il n'y apporte pas une grande attention ,

si la fraude est tlssiie avec assez d'art pour échapper à son premier coujvd'œil. Mais ce n'est pas là notre question. Il s'agit de savoir si un homme peut être tellement emporté par son imagination exaltée , qu'il croie , comme on prétend «jue l'ont cru les apôtres , voir près de lui ce qu'il ne voit pas , entendre ce qu'il n'entend pas, toucher ce qu'il ne touche pas; qu'il croie tout cela sans fondement , non pas une fois , mais souvent, mais continuellement, mais pendant une longue suite de temps. Il s'agit de savoir , et ceci est bien plus fort encore, si une multitude de personnes, jouissant de leurs sens physiques et moraux , peut être tout entière dans la même illusion , et toute de la même manière, et y rester de même pei>dant longtemps.

Je réponds ensuite^ qu'il est possibleque l'enthousiasme d'une religion dont on est persuadé , fasse croire trop légèrement des miracles faits en faveur de cette rehgion; mais qu'il est absurde de prétendre que l'enthousiasme fasse admettre les miracles faits en faveur d'une religion nouvellement proposée et à laquelle on ne croit pas encore. Qu'un homme publie faussement, dans un pays chrétien , un miracle opéré en faveur de la religion chrétienne, je ne serai pas surpris que beaucoup de gens le croient légèrement. Mais qu'on vienne , dans ce même pays, annoncer un miracle fait pour accréditer la religion mahométane , je dis, et tout homme raisonnable en conviendra , que ce miracle ne sera pas cru légèrement; les uns le rejeteront sans examen, les autres voudront l'examiner. L'objection sort donc évi- ] demment de la question. Elle suppose un homme qui j professe une religion , qui en est persuadé , qui en est * enthousiaste ; et , entre nous et les incrédules il s'agit d'hommes qui , avant de voir les miracles , étaient dans une religion différente, qui par conséquent avaient des préjugés contraires à cette rehgion, que tous les intérêts humains devaient en éloigner. De tels hommes ont-ils pu admettre les miracles par enthousiasme? L'enthou-

siasme a pu être produit en eux par la vue des prodiges, et ce n'est assurément pas une preuve de leur fausseté. Mais il est déraisonnable jusqu'au ridicule de prétendre •qu'un enthousiasme qu'ils n'avaient ni ne pouvaient avoir, leur ait fait voir de faux prodiges. L'enthousiasme a pu être l'effet de la persuasion des miracles, il n'a pu en être la cause.

XXIX. Voici une autre assertion aussi extraordinaire; c'est qu'avec de bonnes intentions un homme peut assurer de faux miracles pour l'avancement d'une cause sainte. D'abord, s'il croit la cause sainte^ il est donc déjà persuadé de sa vérité ; et , comme je viens de le dire , ce n'est pas là l'état de la question ; il s'agit d'hommes convertis au christianisme par les miracles. De plus, s'il est possible qu'un homme soit assez mal organisé d'esprit pour concilier une telle imposture avec les sentiments de religion qu'on lui suppose, comment peut-on attribuer à une multitude d'hommes jouissant de leur raison , un mélange aussi extraordinaire de vertu et de crime? Comment veut-on que beaucoup d'hommes croyant une religion qui réprouve le mensonge , un Dieu qui le punit, inventent une fourberie, la concertent, la soutiennent unanimement, constamment ^ sans jamais se démentir; le tout avec les meilleures intentions du monde? Je crois difficile de présenter une idée plus incohérente.

XXX. Des témoins qui rapportent faussement un fait par enthousiasme, on passe à ceux qui les écoutent. On dit d'abord qu'ils n'ont pas assez de jugement pour apprécier la vérité du rapport , ensuite , que ceux qui en auraient y renoncent dès qu'il s'agit d'objets aussi sublimes. La première assertion peut avoir quelque vérité , quand il s'agit d'un imposteur qui choisit ses spectateurs; mais quand le fait est annoncé publiquement, comme l'ont été les miracles du christianisme , il y a nécessairement , dans la multitude , beaucoup de personnes qui sont en état d'examiner le rapport, et qui s'en donnent la peine. La seconde proposition est

absolument fausse. C'est, au contraire, quand il s'agit de la religion , que l'usage d'un jugement sain est le plus nécessaire. Qu'est-ce donc qui empêcherait des hommes que l'on suppose judicieux , d'examiner les preuves d'une religion qu'on leur annonce , et sur laquelle ils n'ont pas encore de préjugés?

XXXI. On dit que la discussion de tous les miracles , de toutes les religions, est impraticable à la plupart des hommes. Mais leur est-elle nécessaire? A-t-on besoin , pour être assuré d'une vérité , d'avoir réfuté toutes les objections qu'on y oppose ? D'après cet étrange principe , il n'y aurait presque rien dont le vulgaire , c'est-à-dire à peu près tous les honmies , pussent être persuadés. Et les déistes eux-mêmes , que de choses ne croient-ils pas , sans avoir fait cet examen respectif des preuves et des difficultés ? Il en est de la question des miracles comme de toutes les autres. Il ne faut pas de grandes lumières pour voir que ceux du christianisme sont au moins aussi bien prouvés qu'aucun autre fait puisse l'être. Le commun des hommes n'a pas besoin d'en voir davantage. Les théologiens examinent ensuite les difficultés qu'on oppose à la réalité des miracles du christianisme ; ils les comparent à ceux des autres religions, et en font voir la différence. Toute la tourbe des déistes n'a pas approfondi les subtilités des athées. Ils n'en croient pas moins l'existence de Dieu. Toute la multitude des chrétiens n'a pas plus besoin , pour croire les miracles du christianisme , d'approfondir les sophismes des déistes , des idolâtres , des mahométans. Au reste, on exagère beaucoup ici la difficulté de la comparaison entre nos miracles et ceux des autres religions ; et il ne faut assurément pas de grandes lumières pour en apercevoir la différence. Tout honuïie légèrement instruit est en état de juger que les uns n'ont pas été , comme les autres , prédits d'avance , opérés publiquement, attestés unanimement , constamment, invariablement, par beaucoup de témoins oculaires, irréprochables , que tous les intérêts humains détournaient

de les publier, et avoués par ceux qui étaient intéressés à les contester.

XXXII. On argumente de ces faux miracles qui ont été publiés dans les diverses religions. Pour donner du corps à ce raisonnement, il faudrait dire : On a été souvent trompé par des miracles attestés de la même manière que ceux du christianisme ; mais alors il serait évidemment faux. Ajoutons que l'erreur où on a pu être induit par ces miracles supposés , a été plus ou moins promptement découverte par la critique; au lieu que l'assentiment de tous les siècles donne un nouveau poids à nos miracles. Enfin , ces divers miracles étaient faits, non pas comme ceux du christianisme, pour établir une nouvelle croyance , mais pour favoriser des religions déjà existantes.

Comme l'incrédulité insiste beaucoup sur ces faux miracles, examinons ceux qu'elle nous oppose.

L'enlèvement de Romulus n'a eu pour témoin qu'un sénateur , nommé Proculus , intéressé à l'inventer , pour cacher l'assassinat de ce prince. Il n'est rapporté que par Plutarque, plus de neuf siècles après.

Le fait d'Attius-Xœvius est rapporté pçr Cicéron et par. Tite-Live , postérieurs aussi de plusieurs siècles (1;.

(i) Id quia inaagarato Romabis fecerat, negare AtîiusZSaevios inclylus ea tempestate augnr , neque mntari , ncqae novain constitai , nisi a?es addixissent , posse. Ex eo ira régi nioia , eludensqne arteru ( at feccrant) ; Agednm , inquit , <iiV//;e. Tu inaugura fieri ne possit quod nunc mente concipio. Qamn ille in angario rem expertas , profecto futnram dixi'ser, atque hcec anlmo , agitavi ^ inqail , te novacuîa cotem discissurum. Cape hœc , et perage quod aves tuœ jierl posse pertendunt. Tam illura hanc canctanter discidisse coiem ferunt. Statua Atti , capite velato , quo in loco res acta esf , in corailio , in gradibas ipsis , ad laevam curiae fuir. Coterii qaoqae eodem loco sitam fnisse inemoranl , nt esset ad posteros miraculi ejas monnraentnra. ( Tit. Liv. , Hist. , lib. i, rap. 36 ).

Ex qno factura est, ut cum ad se rex Priscus arcesseret. Cujus cum tentaret scientiam , auguratus dixit ei, cogitare se quiddam : id possetne fieri consuluit. Ille, augurio acto, posse respondit. Tarquinius autem dixit ei se cogitare cotem novacula posse prccidi. Tum Attium

Celui-ci, loin de l'assurer, le donne connue un simple bruit, Cicéron qui en parle plus aHirniativcment , ne dit pas un mot de la statue , qui aurait été un monument du fait.

Tite-Live rapporte aussi que le nom de Curlius vient d'un chevalier romain de ce nom , qui avait comblé un gouffre en s'y précipitant; mais il donne ce récit comme une fable à laquelle il ne croit pas luimême (2).

Les miracles d'Apollonius sont racontés par Philostrate , un siècle après si mort , sur la foi d'un nommé Damis , homme inconnu , qui peut-être n'a jamais existé. On ne voit pas que de son temps, et jusqu'à celui de son historien, ils aient fait du bruit dans le monde. On ne connaît dans ce temps-là personne qui les ait crus. Ils ont été écrits , à ce qu'il paraît , pour les opposer à ceux de Jésus-Christ ; et malgré l'intérêt

jussisse experiii , ita cotem in comitium allatam , inspectante et rege et populo, novacula esse discissam. Ex eo venit , ut et Tarquinius augure Attio-Naevio uteretur , et populis de suis rébus ad eum deferret. • Cotem autem illam et novaculam defussam in comitio supraque impositUBi puteal accepimus. [Cicer. ^ de Divifiatione ^ lib. r. cap. 17, n° 32, 33.)

(i) Eodem anno , seu mctu terrae; sen qua vi alia , forcim médium ferme specu vasto conl.ipsum in iinmens^in altitudinem dicitnr , neque fum voragir.em conjectu teriœ qnara pro se quisque gereret espleri potuist,e , piiusquam Deuiii moniiu qnaeri cceptiim qno plurinium populus romanus j.osset. Id enim illi locjo dicandum vates canebant , si rempublicam romanam perpetnam esse vellent. Tum M. Cnrtium juvenem belle egreginm , castigasse ferunt dubitanles an uUum magis roraanura bonnra , quam arma , virtnsque esset. Silenlio facto , terapla deorum iramortalium , qnae foro imminent , Capitoliuraque intuentem , et manus , nunc in cœlam , nunc in patentes terrœ hiatus, ad Deos Mânes porrigentem , se devovisse. Equo deiude , quam maxime poteiat , exornato insidentem , se in specua: iraraississe ; donaque ac fruges saper eum a mnltitudine virornm ac muliernm congesîas , lacuraque curtiura , non ab antiqno illo ï. Tatii milite Curtio Mette , sed ab hoc appellatum. Cui-a non deesset si qua ad verura via inquirentem feriet. IN'unc fama eoium standum est , ubi cerlam derogat vetustas fidem ; et lacus nemen ab bec recentioî:© insigr.itias fabula est. ( Tit. Liv., Hist ^ lib, vi, cap. 6).

qu'avaient les païens à les faire valoir, ils n'ont eu aucune suite, et n'ont donné à Apollonius aucun sectateur (Ij.

Les miracles attribués à Vespasien , et racontés par Tacite et par Suétone (2), ne peuvent pas plus que les autres être opposés à ceux de Jésus-Cluist. 1" On ne rapporte de ce prince que deux miracles, sur lesquels la fraude est bien plus facile à supposer , que sur la multitude de ceux du Sauveur. 2° lis ne sont rapportés que par deux écrivains, peu éloignés du temps, il est vrai , mais qui ne les avaient pas vus , et qui ne disent pas de qui ils les tiennent. Les faits miraculeux de Jésus-Christ ont pour écrivains des témoins oculaires qui en citent beaucoup d'autres. S" On voit à Vespasien

(i) Ona:n inuîta ferlar Appollonius ille Thyanaeub fecisse. Verum uti scires omnia illa esse coniicta, vana , nibil hibentia \e.i, exlincta snnt , et finem acceperunt. (S. Joan. Chrys. , adv. Judceos ,Ot&X.iv^ n" 3).

(2) Per eos menses quibcs Vespasianus Alexandriae stalos a^stivis flatibas dies , et certa maris opperiebatur, inulta miiacala evenere, qaibus ccelestis favor , et qucedam in Yespasiannm inclinatiu nnminam ostei.deretur. Es. plèbe alexandrins quidam oculurum tabe notns , genua ejas advolvitur leraediam caecitatis exposcens gérai tu , monitus Serapidis Dei , qnera dediia gens sopersîilionibus ante alio-î colit , precatarqae principem nt gênas et oculorum orbes dignaretni respergere oris excieraento. Alias manu œger, eodem Ueo auctcre , nt pcde ûc vestigio Cœsaris calcarettir , orabat. Tespasianas piirao irridere , aspernari , atqne alils instanlibas , modo famam vanitatis melaere, modo obsecratione ipsorom et vocibos adulantium in spem indaci; postremo affimari a medicis jabet an talis caeciias ac débilitas ope humana superabiles forent. Medici varie dissereie , hu.'c non exesam vim lon.inis , et reditaram si pellerentar ob.'^tantia ; illi elapsos in pravum artas , si falutaiis vix adhiberetor , posse integrari : id fortasse cordi diis et divino niinislerio principem elecium : deinde patrati reniedii gloriam pênes Casa rem , irriti pênes mseros fore. Igitar Vespasianus , cnnc ta fortiinae suae patere ratus , nec quidquam ulira incredibile , laetu ipse vnhn, erecta quae adstabat maltitudine , jussa exequiiur. Statim conversa cd usum manas , ac cceco reluxit dies. Uttumqne qui inierfuere , nanc quoqae memorant , postquara nuUom mendacio prsemium. f Tac. Hist. , lib. iv, cap. 8i). Ex plèbe quidam lurainibus orbatus , item alias debilis crure , se-

.*594 I)lSSERTATIONS

un motif pour tromper ; il avait intérêt à se faire croire appelé du ciel à l'empire. Quel intérêt pouvait avoir Jésus , que ses miracles conduisaient , comme il le disait lui-même, à une mort ignominieuse? 4° Vespasien avait en main l'autorité, qui donne de grands moyens pour ourdir , soutenir, propager une imposture. La puissance publique était opposée à Jésus. 5' Les témoins de Vespasien sont ses courtisans désirant le flatter, intéressés à ne pas révéler une fraude. Ceux de Jésus sont ses ennemis , qui n'auraient pas manqué de divulguer une tromperie. G"* Il paraît par le récit de Tacite que les deux malades furent amenés à Vespasien par des courtisans. Jésus guérit indistinctement tous ceux qui se présentent à lui. 7° Selon Tacite , les médecins avaient déclaré que les deux malades pouvaient être guéris par des moyens humains. A-t-on jamais dit , peut-on dire la même chose de ceux qu'a guéris Jésus? Voici donc ce que l'on peut croire du double miracle de Vespasien, sans qu'aucune circonstance combatte cette présomption. Pour donner de la force au parti qui relevait à l'empire contre Vitellius , et pour inspirer du courage à ses soldats, lui, ou quelqu'un de ses partisans^ imagina de présenter un miracle^ par lequel la Divinité parût se déclarer en sa faveur. On choisit deux hommes , dont on s'assura aisément pour de l'argent, qui se dirent malades, qui peut-être l'avaient été. Pour donner plus de foi au prodige, l'empereur parut résister et se fit presser. Il n'y eut dans le secret que ces deux honmies , les médecins consultés , un ou deux courtisans. Le reste des assistants put croire de bonne foi que c'était un

dentem pro tiibunali pariter adiei-unt ; orantes opem valetndinis demonstratam a Serapide per quielem , reslilutuiunj ocnlos , si couspuisset ; confirmaturuœ cras , si dignaretur calce contingere. Cnm vix fides esset rem ullo modo successuram , ideo ne experiri quidem auderet , extrême , hurîanlibus aiaicis , palam pro concione utroinqoe tenlavit , nec eventus defuit. ( Siieton. Cccsar. , vita Vespas. , cnp. 8).

sua LA RELIGION. 39o

miracle, le répandre, et le répéter encore, comme dit Tacite , lorsque après la mort de Vespasien et de ses enfants il n'y eut plus d'intérêt à le soutenir. Qu'on imagine une pareille présomption sur les miracles de l'origine du christianisme , une multitude de circonstances l'aura aussitôt dissipée.

Les miracles du diacre Paris se faisaient sur des sujets du parti , que l'on avait soin de choisir et de préparer convenablement. Il fallait , pour qu'ils s'opérassent, qu'on s'y prît d'une certaine manière. Une information juridique , dont le procès-verbal fut déposé à l'ofiicialité , en démontra la fausseté , et même auparavant les honnêtes gens de la secte rougissaient de ces manœuvres. Ce qui les a achevés, a été la proposition de la police de leur donner une loge à la foire. On n'a plus osé ni les continuer , ni y croire.

On nous oppose de faux miracles de nos vieilles légendes. Je conviens que beaucoup trop souvent la crédulité, la superstition, peut-être un zèle mal entendu, quelquefois, hélas I cela serait aussi possible, un vil intérêt , ont fait publier des miracles qui n'avaient aucune réalité , et qui cependant ont été reçus avec avidité : mais quelle différence de ces prétendus miracles avec ceux sur lesquels est fondé le christianisme! ne fût-ce que dans la manière dont les uns et les autres sont attestes. Que l'on examine ces miracles des légendes avec la même sévérité que ceux des livres saints; qu'on n'admette que ceux qui seront positivement démontrés, mais qu'on ne nous donne pas comme une preuve de la fausseté des miracles évangéliques, d'autres miracles postérieurs de beaucoup de siècles , et qui n'ont avec eux rien de commun.

XXXIII. De tous ces raisonnements , de tous ces faits, on conclut hardiment que puisqu'on est si facilement , et que l'on a été si souvent trompé par de faux miracles, il faut, dès qu'un fait merveilleux est lié à une religion, le rejeter, par cela même, sans examen.

Belle conséquence sans doute , et qui résulte bien directeuient du principe I Puisqu'il est facile et commua d'être trompé , il faut se garder d'examiner. Et moi , je dis , au contraire , que c'est lorsqu'un fait miraculeux est donné en preuve d'une religion , qu'on doit l'examiner avec plus de soin ; d'abord , parce que c'est alors qu'il a plus d'importance; ensuite, parce que c'est alors seulement qu'il est possible. Que Dieu intervertisse l'ordre de la nature pour notre instruction , je le conçois sans peine , mais un miracle sans motif est nne chose incroyable.

XXXIY. « C'est surtout , disent encore les incrédules, a chez les peuples ignorants, grossiers et superstitieux, .» que l'on voit une grande quantité de miracles; mais « à mesure que les peuples s'éclairent, cette foi aveugle u aux prodiges se dissipe. Aujourd'hui on ne voit plus « de miracles ; serait-ce que le pouvoir de Dieu est « diminué? Non, sans doute; c'est que l'esprit de « l'homme s'est éclairé. Si la religion chrétienne était « réellement fondée sur des miracles, pourquoi n'en u ferait-il plus de nos jours? Aussi violemment atta- « quée que jamais, n'en a-t-elle pas un aussi grand « besoin? »

XXXV. Je demande si le siècle où les miracles évangéliques furent annoncés n'était pas le siècle le plus éclairé que Ton ait vu , le siècle par excellence des lettres et de la philosophie ; si les grecs et les romains , auxquels ils ont été annoncés dès leur temps , et dont beaucoup y ont cru, étaient, surtout alors, des peuples ignorants et grossiers? Les juifs eux-mêmes, parmi lesquels ces miracles ont été opérés, n'étaient nullement un peuple ignorant ; c'était un peuple commerçant et répandu dans toutes les nations. Chaque juif était obligé de savoir et de copier la loi de sa main ; ils avaient donc tous un certain degré d'instruction. Il y avait, outre cela, à cette époque, parmi eux^ plusieurs personnages très - savants , témoins Josèphe et

Philou. On ne peut donc pas attribuer la croyance qu'ont obtenue les miracles , à l'ignorance et à la grossièreté.

XXXVI. On demande , pourquoi donc ces dons miraculeux qui étaient, dit-on, si communs dans la primitive église, ne se voient-ils plus? Je réponds qu'ils ont cessé, parce qu'ils devaient cesser. Et l'apôtre saint Paul , qui , comme nous t'avons vu , en a parlé si souvent , en a annoncé la fin (1). Ils ont cessé d'exister, parce qu'ils ont cessé d'être nécessaires. Avant que le monde ne crût, dit St. Augustin , ils étaient nécessaires pour que le monde cn.it(2> IMais , l'Evangile publié, la foi établie, l'univers converti, leur objet est rempli , et leur terme arrivé (3). Il n'est pas dans Tordre de la suprême sagesse de multiplier les prodiges sans nécessité. En devenant communs, ils cesseraient d'être frappants ; et riiabitude d'en jouir les confondrait avec celte multitude d'effets naturels dont la cause est inconnue (4). De quelle nécessité est-il que ces miracles se

( I ^ Charitas nunquam excidit , sive prophetiae evacuabuntur , sive linguae cessabunt. ( t . Cor. xiri , 8. )

(2) Cur, inquiant, illa miracnla , qiiae prsedicatis facta esse, non fiunt ? Pussum quidam dicere , necessaria fuisse priusquam crederet mundus, ad hoc ut crederet mundus. Quisquis adhuc prodigia , ut credat , inquirit , magnum ipse prodigium est , qui , mundo credente , non crédit. {S. Aug., de Civ. Dei, lib.xxri , cap. 8, n** 1.)

(3) Porro in scripturis qnoque vides solem retrocedentem , et lunam rursus cum eo stantem, et multa aba miracula. Quando enim ejus cognitio nondum extensa fuerat, baec fiebant. Nunc autem non est amplius opas bac doctinna , cum res ipsae clament et ostendant Dominum. {'S. Joan. Chrjrs.j expos, in psalm. cxtu, n" 5.)

Quidnura , fratres mei , quiaista signa non facitis, minime creditis ? Sed bapc necessaria in exordio ecclesiœ fuerunt. Ut enim fîdes cresceret , miracuKs fuerat nutrienda , quia et nos , cum arbusta plantamus , tandiu eis aquam infundimus , quousque ea in terra jam convaluisse videamus, et si semel radicem fixerint , in rigando cessnmus. (5. Gregor. Magn. in evangel. , bb. 11, Homd. 29 , n° 4. )

(4) Cur, inquis , ista modo non fiunt .>' Qm'a non moverent, nisi mira essent ; ad si soUta essent ; mira non essent. Num diei et noctis vices, et constantissinmm ordinem rertim cœlestium , anr.orum qua-

renouvellent devant nos yeux? Sûrs qu'ils ont existé, avons-nous le même besoin que les premiers chrétiens de les voir pour établir notre foi ? La religion est violemment attaquée ; mais les preuves démonstratives qu'elle présente de sa vérité suffisent à sa défense. Dieu est-il tenu de les nmltiplier à mesure qu'on y résiste? Il a voulu que ces preuves qu'il nous donne des miracles rendissent notre foi raisonnable , et que l'éloignement <les miracles la rendit méritoire. Heureux , a-t-il dit, ceux qui croient sans avoir vu(l) I Non, son

drifariara conversionein , redeuntes, decidentesque frondes arboiibns , ialinitam viin seminum , pulchritudinem lucis , colonim , sonorum , odorum , saporamqae varietates , da qui prirnum videat atque sentiat , cum qao tainern loqui possioius, hebescit, obriiiturque miiaculis. Nos vero baec omnia , non cognoscendi faciUtate , quid eniin causis horum obscurius ? sed certe sentiendi assidoitate contemniraus. Facta sunt igitur illa opportnnissitiie , ut in bis multitudine credentium congregata , atfpie pvopagata in ipsos mores utibs converteretur auctoritas. {s. Aug. , de Utitit. credendl ; cap. xvi , n° 34. )

(i) Quia vidisti me , Thoma , credidisti. Beati qui non videmnt , et crediderunt. (^Joan. xx, ag. )

Yeruni signa quaeritis , quae Uli ingressi faciebant; ieprosos mundabant. daemones ejiciebant, mortuos suscitabant. Sed et boc nobilitaîis vestrae maximum indicium est , quod sine pignoribus bujusmodi Dec credatis. Hac enim de causa cessa vit Deus signa edere. (5. Joan. Chrjs. , in Matth. , bomil. xxxii , al. xxxiii , n" 7. )

Xe itaque ex eo quod nunc signa non fiant argumentum ducas , tune etiaoi non fuisse. Etenim tune utiliter fiebant, et nunc utiUter non fiunt.... Itaque quanto inagis clara , et ad credendi nécessitât em adducentia stint illa, tanto magis fidei merces minuitur. Ideo nunc signa non fiunt. Et quod res se ita babeat , audi quid dicat ad Thomam ! Beati qui non vid^nint , et crediderunt. (Idem^ in epist. i, ad Cor. bomil. vl , n'^' 2 et 3. )

Nemo itaque fratres , dicat , non facere ista ( miracula } Dominum nostruin Jesum Cbristum , et propter boc praesentibus ecclesiae tempo ribus priora prseponere. Quodam qoippe loco idem Doniinus videntibus , et ideo credentibus , praeponit eos qui non yideraut et crediderunt.... Et qijid Dominus illi jam confitenti et dicenti : Dominas meus et Deus meus? Quia vidisti me ^ inquit, credidisti. Beati qui non violent et credunt. Quos dixit , fratres, nisi nos ! Non quia solos nos, sed et post nos. Post parvum eniru tempus , postquam ab oculis mortabbus recfâsit , ut formaretur fides in cordibus , quicumque crediderunt, non videntes crediderunt! et magnum meritum babuit fides

pouvoir n'est pas diminué . et il nous en donne encore quelquefois des témoignages; car, eu donnant, avec St. Augustin, les raisons pour lesquelles les miracles sont devenus très-rares, nous sommes^ comme lui, bien éloignés d'avouer qu'il ne s'en opère plus du tout (1). Il est vrai de notre temps, comme du sien, que Dieu daigne encore nous en faire voir par intervalles, soit pour confondre les sectes hérétiques, soit pour manifester la sainteté de ses serviteurs, soit pour d'autres motifs qui meuvent sa sagesse suprême '2j.

XXXYII. Disons un mot d'une autre objection proposée par quelques déistes , savoir que « les Pères ont M expliqué les miracles de Jésus-Clirist dans un sens « allégorique; qu'ils ont donc cru qu'on ne devait pas « les prendre à la lettre, et que dans le sens littéral - ils sont absurdes. On ne peut donc, conclut-on, en <* tirer aucune preuve. »

XXXVill. Prétendre que les saints Pères, qui tous ont défendu la religion chrétienne par les miracles, n'ont pas cru la réalité des miracles , est certainement une des idées les plus ridicules qui soient jamais entrées dans l'esprit humain. Ils ont tiré des miracles des allégories ; donc ils n'y ont vu que des allégories. Quel pitoyable raisonnement I Ils ont dtt que la lèpre guérie par Jésus-Christ était l'image du péché ; que l'aveu-

eoiuui , qui fîdei coraparandse cor tanturu admoverunt , non et palpantem raanum. {S. Aug. , serm. lxxxvxii ; alias s-vui , de verbis Dominl , n° 2. )

(i; Sed non sic accipiendum est quod dixit ; ut nnnc , in Giristi nomine fieri miracula nulla credantur. '^S. -Aug. ^ Retract. ^ lib. i, cap. xm, n"^ 7. )

Alio loco cum miracula comT.emorassem quae Dominos Jésus fecit , cmn hic esset in carne, adjunxi dicens : Ctir , inquies^ illa modo non fiant? atque respondi : Q^uia non moverent y nisi rnira essent ; si aiitem solita essent, mira non essent. Hue autem dixi , quia non tanta , née omnia modo ; non quia nulla sunt etiam modo. {Ibid. , cap. xrv , 11° 5.)

(2) On peut voir les preuves de cette véiité dans le savant ouvrage de Benoit XIV , sur la canonisation des saints.

gleineiit qu'il a dissipé dans quelques personnes était le symbole de Faveu^lenient spirituel ; que les diverses infirmités qu'il faisait disparaître représentaient les infirmités auxquelles l'àme est sujette ; que la mort dont il a rappelé à la vie était la figure de la mort de l'ame. Mais aucun d'eux n'a jamais dit que Jésus-Christ n'eût ni guéri de l'épreux, d'aveugles , de malades , ni ressuscité de morts. Au contraire , ils supposaient la réalité des faits , pour en faire ressortir des emblèmes. Au sens littéral qu'ils défendaient contre les incrédules de leur temps , ils ont ajouté un sens allégorique , qu'ils exposaient aux fidèles pour régler leurs mœurs. Ils l'ont ajouté, ils ne l'ont pas substitué. Il serait si facile, en rapportant une multitude de passages de tous ces saints docteurs , de prouver qu'ils étaient persuadés de la vérité des miracles , que cela est inutile. Contentons-nous de citer les deux Pères qui ont le plus multiplié les allégories , et qu'on a le plus accusés de les avoir portées à l'excès : Origènes et St. Grégoire le Grand. Le premier défend, contre Celse , le christianisme par les miracles; et il défend , ainsi que nous l'avons vu , les miracles contre l'imputation de magie. S'il avait cru que ce fussent de pures allégories , aurait-il pu employer de tels raisonnements? Il semble qu'il ait prévu qu'on lui ferait un jour l'absurde inculpation dont il s'agit , car dans un endroit il dit positivement qu'avant de se livrer au sens spirituel il faut commencer par admettre la vérité historique ; et dans un autre , il s'élève avec force contre ceux qui font ce qn'aujourd'hui on lui reproche , qui s'éloignant des décrets de l'Eglise se plaisent à de vaines allégories , et rappellent toutes les guérisons opérées par Jésus-Christ à la guérison de l'àme (1). Saint

(i) Hcec enim licct spiritaalem habeant intelleclum , tamen manente prius iiistoriae verilate, etiani spiritulis rccipiendus est sensus. Licet euim caecos seniper curet secandam spiiilalein intelligenliam . cam ignorantia excaecatas illuminât mentes, tamen et corporaliler tnnc caecum sanavi^ Et mortuos seraper suàciiat ; fecit tamen et taac

SDR LA RELIGION. 401

Grégoire n'est pas moins précis. Il faut, dit-il, commencer par être persuadé de la vérité historique , pour chercher ensuite le sens spirituel ; et l'ont goûte bien mieux l'allégorie quand elle est radicalement fondée sur la vérité de l'histoire (1).

Je ne prétends pas avoir réfuté toutes les difficultés que les incrédules de nos jours ont , ou réchauffées des temps anciens, ou imaginées de nouveau contre les miracles j mais je crois avoir répondu à toutes celles qui méritent une réponse , et qui peuvent faire quelque impression. Quand aux objections minutieuses, dont l'absurdité saute aux yeux aussitôt qu'on les présente , je crois devoir en épargner aux lecteurs l'inutile et ennuyeuse discussion. Je crois surtout devoir mépriser, laisser tomber dans l'oubli qu'elles méritent, les railleries et les injures dont les ennemis de la religion ont si souvent assaisonné leurs blasphèmes ; armes bien dignes d'une telle cause, mais qu'il serait indigne de la cause sacrée que je défends , non-seulement d'employer, mais même de repousser.

hojiisceniodi mirabilia, sicut filiam principis synagogae, et fîlinm vidnae, et Lazarum suscitando. Et quaiuvis semper , cuin excitatur a discipulis, compescat eociesiae turbines vel procellas, tamen certam est tnnc gesta esse qnae per historiam referuntnr. ( Origen. in epist. ad Galat.)

Santque haec potissimum dicenda his qui ab ecclesiae decretis dissident, gandentes allegoriis, et sanationum historiam reducentibus ad carationeni animae, qaam Jésus libéral ab omni morbo et ab omni mollitie. {idem, in Joan. ^ tom. xx , n° x8.)

(i)In verbis sacii eloqaii, fratres charissiini , prius servanda est Veritas hisloriae, et postmodura requirenda.spiritualis intelligentia allegoriae. Tnnc namque allegoriae fructus iuaviter carpitur, cura prius per historiam in veiitaiis radiée solidatar. [S.Gregor. Magn.^ in eiHingel., lib. n, Homil- 40, n° i.)

TROISIÈME DISSERTâTIOIS.

SUR LA PROPAG.\TIO> RAPIDE DU ClIRISTIAMSME.

I. Après avoir prouvé la vérité de notre sainte religion par les merveilles qui ont procuré son établissement, je passe à la merveille même de son établissement. J'entreprends , à la suite de tous les apologistes , de prouver que sa rapide propagation n'a été et n'a pu être l'effet d'aucune cause humaine , et qu'elle est incontestablement l'œuvre de la puissance divine. Cette vérité est le résultat nécessaire de deux propositions dont je vais montrer la certitude dans deux chapitres successifs. 1° Le christianisme s'est établi rapidement dans le monde. 2'* Il n'a dû sa rapide diffusion à aucun principe humain ; et, au contraire, tous les principes humains y résistaient. J'ajouterai un troisième chapitre, pour répondre aux objections que forment les incrédules contre cette démonstration.

JUlSLJLSiJLJiS. JUL SULJUlJULJULJLJLJULJiJLJUL Q^SLSLJLJLJLJLJLSlJL.SULJIJL-S-SI.

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