‹ Dissertations sur la vérité de la religion, savoirChapitre 23 sur 47 · III. C'est après le retour du divin Sauveur dans les · texte numérisé non relu

III. C'est après le retour du divin Sauveur dans les

in sacris litleris praedictum faerat , in oninem terram exivit sonus evangelistarara , siinal et apostoloram, et usqne ad fines lerrae verba eorum. Per omnes igitur civitates et vicos , ecclesiae infinita hominum multitadine abondantes, velut areae quaedam frngibus refertae brevi congregatse snnt. [Euseb. , Hist. Ecoles. ^ lib. ii , cap. 3.)

In prlncipio itaque irnperatores, et reges omnes, et populi et civitates, et daemonum phalanges, et ipsa diaboli tyrannis , et alia innamera invaserant ecclesiara. lUa taraen omnia fracta et disâolata sunt, et interierant. Ipsa autem crevit; et in tantam provecta est altituditiem , nt ipsos etiam coelo* superaverit. (5. Joann. Chrysost , Expos, in psalin. cxLvn, n° 4.)

(i) Voyez deuxième Disseitation , part. 2 , cbap. i , n° m, note r, page 21 5.

(2) Manifestum qaidem est paucos initio fuisse christianos, si comparentar cum maltitudine quae consecuta est : qQanqaain non omnino pauci erant, (^Origenes contra Celsum , lib. m, n° ro.)

cieux , et au momenl où ses disciples viennent de recevoir le Saint-Esprit , que commence , pour durer pendant près de trois cents ans, ce grand miracle de la promulgation de l'Evangile. Dès le premier jour où les apôtres ouvrent leur prédication, trois mille personnes sont converties (1). Peu de jours après, un second discours de saint Pierre fait cinq mille prosélytes (2j. A peine la foi a franchi les limites de la Judée , et voilà une multitude d'églises fondées de tous côtés (3). Environ dix ans après la mort de son Maître, saint Pierre adresse sa première épitre aux fidèles dispersés dans le Pont, dans la Galatie, dans la Cappadoce , dans l'Asie, dans la Bitliynie (4). Nous avons des épitres de saint Paul aux fidèles de Rome, de Corinthe , de Galatie, d'Ephèse , de Colosses, de Philippes, de Tliessalonique , de Crète. Les Actes des apôtres font mention de beaucoup d'autres endroits où l'Evangile avait déjà des disciples, d'Aiitioche , d'Athènes, de Damas, de Césarée , de Milet , de plusieurs autres villes. Et il ne faut pas croire que ce fussent les seuls pays où la foi eût été plantée. Saint Paul, dans l'épître aux Pvomains, leur dit qu'il avait rempli de l'Evangile toutes les ré-

(i) Appositae sunt in die illa animae circiter tria tnillia. {Act. ii , 41.)

(2) Multi autem eorarn qui aadiebant verbum credideiunt : et tactus est namerus credentium quinque ruillia. {Act. iv, 4.)

(3) Mare s'wiiil prœdabuntur. Non enim solum continentein divini apostoli , verum eiiarn mare obenntcs et insulas, spirilalis luminis radiam intalerunt. Narn et in Cypro Barnabas et Paulus sacia copula ad caltaram gentium destinati et Elym» refaiarunt inendacium, et veritatem deraonstraverunt : et Cietae aposlolum Titum designavit beatas Paulus, et Tiniothaeum Epbesi. Haec igitnr sanctissimus Spiritas per prophetam piaedixit , quod non terram tantum , sed mare diripient; ac velut belli ductores qoidara , gentes nonnnllas qnae defecerunt, et ad tyrannum se adjunxerunt , dévidas subactasque ad nniversornm regem adducerent; et maria trajicient ; non jadaeos habentes gubernatores et nantas, sed alienigenas et allopbylos. ( Théodoretus interp. in Is. ^ cap. xi , vers. 14.)

(4) Petros apostolas Jesu Cbristi electis advenis Pouti , Galatiae, Cappadociae, Asiae et Bithyniae>. (i. Pet. 1,1.)

SDR LA RELIGION. 405

gions, en tournant depuis Jérusalem jusqu'à l'Illyrie (1). Il leur annonce que leur foi est célébrée dans tout le monde (2). Cette assertion ne doit pas nous étonner, quand nous voyons les autres apôtres dispersés sur toute la terre , portant la religion de Jésus-Clirist dans l'Ethiopie , dans la Scytliie , dans la Perse, et jusque dans l'Inde. Tel était déjà , lorsque les apôtres allèrent recevoir le prix de leurs travaux, c'est-à-dire environ trente ans après qu'ils les avaient commencés, l'état où ils laissaient la religion. Saint Clément, qui occupait le siège de Rome très-peu d'années après saint Pierre, atteste que de son temps le nombre des Chrétiens surpassait déjà celui des Juifs (3).

ly. Nous pouvons citer un témoin assurément non suspect, du grand nombre de Chrétiens formés par les apôtres dans le cours de leur ministère. C'est Tacite, qui parle du christianisme de la manière la plus dure et la plus méprisante. A l'occasion de l'incendie de Rome, arrivé la dixième année de Néron, il raconte que ce prince voulant détourner sur d'autres l'opinion publique qui l'accusait de ce crime, chercha à le rejeter sur les Chrétiens, et les livra aux supplices (4).

(i) Ita nt ab Jerasalem per circuitam, asque ad lUyricum repleverim evangeliam Christi. (Rom. xv, 19.)

(2) Qoia fides vestra aimantiatnr in universo niando (Rom. i, 8.)

(3) Quod antem dixit : quia muhi Jilii desertœ , magis quam ejus quce habet virum, quando quidem populas noster desertus esse videbatnr, et Deo orbatus. 2sanc vero cam credidimns plures facti samus iis qui Deam babere rensebantar. [S. Clemens ^ épis?. 2, n° 2.)

(4) Sed non ope bnmana, non largitionibus prinripis , ant denin placamentis, decedebat infamia qnin jussam incendinin crederetnr. Ergo abolendo rnmori Nero subdidit bos , et qnaesitissimis pœnis affecit, quos per flagilia invisos vnlgas christianos appellabat : Anctor nominis hnjas ChiistQS qoi , Tibeiio imperitante, per procoratorem Pontiura Pilalum supplicie affectus erat. Repressaque in praesens exitiabilis guperititio^ rursus ernrnpebat, non modo per Jpjdaeam originera hajasmodi , sed per urbem etiain , que cuncta undiqne atrocia, aut pudenda confinant, telebrantnrqne- Igitar, primo correpti qui fatebantnr , deinde indicio eornm mnltitudo ingens, haud perinde in

C'est la première persécution , dans laquelle saint Pierre et saint Paul subirent le martyre. Il y a sur le texte de Tacite plusieurs choses à remarquer : d'abord, le mot dont il se sert pour exprimer le nombre des Chrétiens. // y eulj dit-il, une multitude immense convaincue, non du crime de Vinccndie , mais de la haine du genre humain. Ensuite, il n'est question dans son récit que de la seule ville de Rome. On peut , d'après cette multitude immense de Chrétiens dans une ville , juger de ce qu'il y en avait dans les autres pays. Enfin, il y avait seulement vingt-cinq ans que saint Pierre était venu porter l'Evangile à Rome, et c'était dans ce court intervalle de temps que s\ était formée cette immense multitude de Chiétiens. Il n'est pas non plus hors de propos d'observer que ce récit de Tacite cadre avec ce que dit saint Paul, qu'il y avait des fidèles jusque dans h maison de César (1).

y. A l'époque dont parle Tacite, Sénèque vivait. Saint Augustin en rapporte un texte, dans lequel ce philosophe s'exprime ainsi sur les Juifs : « Les coutua mes de cette nation scélérate ont fait de si énormes «« progrès , qu'elles sont déjà reçues dans toute la terre. « Les vaincus ont donné des lois à leurs vainqueurs (2). » Saint Augustin dit qu'en nommant les Juifs, Sénèque a en vue les Chrétiens, que l'on confondait alors avec

crimine incendii , quara odio humani generis convicti sant. Et pereuntibus addita ludibria, ut feraram tergis contectii laniatn canum interirent : aul cacibas aflixi , aut iiaminandi , atque obi defecisset dies in osum nocturni luminis uterentur. Hortos siios ei spectacolo Nero obtnleral ; et circense ladicrnm edebat, habitu aniigae permixtus plebi, vel cnrriculo insistens. Unde, quanqaam ad versus sontes, et novissima exempla meritos, miseratio oriebatur, lanquam non utilitate pnblica , sed in saevitiam unias absnmerentur. ( Tacit. Annal. ^ lib. XV, cap. 44-)

(i) Saluiant vos omnes sancti, maxime auteni qui de domo Cœsalis sant. {Ph'dipp. iv > 22.)

(2) Sceleratissiinae genlis consnetudo usqne eo invalait, ut per omnes jam terras recepta sit. Vicîi victoribns ieges dederant. {^S. Au' giist., de Civ. Dei^ lib. vr , cap. li.)

SUR LA BELIGION. 407

les Juifs , parce qu'ils tiraient leur origine du judaïsme. La conjectuie du saint docteur est d'autant plus certaine , que les Juifs n'ont jamais eu l'ardeur de faire embrasser leur religion et adopter leurs mœurs et leurs coutumes aux autres peuples. Ainsi les expressions de Sénèque , appliquées à eux , seraient extraordinaires et même fausses; mais elles deviennent exactes^ si on les entend des Chrétiens qui avaient le zèle de propager leur religion.

YI. Si , au rapport même des païens , le christianisme était déjà si grandement répandu , moins de quarante ans après son commencement , on ne doit pas s^tonner de voir, environ trente ans après , c'est-à-dire au commencement du second siècle , un autre païen , de haute considération, représenter la propagation de cette religion comme étant encore bien plus étendue. C'est Pline le jeune , gouverneur de la Bithynie, qui consulte l'empereur Trajan sur diverses difficultés relativement à sa conduite envers les Chrétiens. Son plus grand embarras est le grand nombre de ceux que la persécution met en danger. Il y en a de tout âge, de tout ordre, de l'un et de l'autre sexe. Ce n'est pas seulement dans les villes, c'est dans les bourgs, et jusque dans les canipagnes, qu'a pénétré la contagion de cette superstition. Il ajoute qu'avant les moyens qu'il avait employés , et dont il espérait le succès, les temples commençaient à être abandonnés ; que les solennités avaient été longtemps interrompues , et que les victimes étaient devenues très— rares (1).

(i) Visa est eniin mihi res digna consnltatione, maxime propter periclitantinm nnmeitim. Multi enim oranis setatis, omiiis ordinis, utrinsque sexus ctiam vocantnr iii periciilura , et vocabantur. Neqae enim civitates tantani, sed vicos etiam atque agros snperstitionis conlagio pervagata est, quae videtur sisti et corrigi posse. Certe jam salis constat prope jam desolata templa cœpisse celebrari , et sacra solemnia dia intericiasa repeii ; passimijne venire victiraas qnarum adhac rarissimas eraptor inveniebatur. (P/inius, 2 ad Trajanum^ ep.^ lib. x, epist. 97.)

Vil. Nous connaissons encore sur le même sujet une épître au même empereur, d'un autre gouverneur de province ; c'est de Tibérianus , préfet de la première Palestine. Cotelier, qui rapporte cette lettre , doute de son authenticité, parce qu'Eusèbe n'en parle pas. Mais Fabricius et d'autres savants pensent que cet argument négatif ne doit pas la faire rejeter. Tibérianus rend compte à Trajan que , selon ses ordres , il s'est lassé à punir et à livrer à la mort les Galiléens , qui viennent à lui sous le nom de Chrétiens ; qu'ils ne cessent de s'offrir d'eux-mêmes à la mort ; que quelques exhortations, quelques menaces qu'il ait employées pour les détourner de se déclarer de cette religion , la persécution, les souffrances ne les arrêtent pas (1).

Au même siècle , deux auteurs païens , ennemis trèsdéclarés du christianisme, sont des témoins non suspects de sa grande diffusion.

YIII. Le premier est Lucien, qui introduit l'imposteur Alexandre, disant que la province de Pont est pleine d'athées et de Chrétiens, et que si on veut se rendre Dieu favorable , il faut les chasser à coups de pierres (2).

IX. Le second est Celse, qui tantôt reproche aux Juifs d'abandonner la loi de leurs pères pour un homme

(i) Defaligatns sum puniendo et neci tradendo galilacos qui noLis veniunt sob noinine christianornm secandom vestra mandata. Illi vero non cessant ad caedeoi sese palefacere. Et licet tam adhortaiionibas quani minis multum laboraverim, ut dogmatis illius esse se professores indicare mibi non anderent, persecntionem tamen passi , non qaiescunt. Quae igitur iraperio vestro visa fuerint , edicere mihi digne tnr maj estas vestra. ( Tiberiani ad Trajaniiin de Christ. Relatio. P. P. apost. , tora. Il, p. i8i.)

(a) Cnra multi jam prudentes viri , qnasi ex profunda se ebrietate recipientes , contra ipsnm consistèrent, in piiinis quotquot Epicnri sodales essent , omnes ilbns praestigiae, ac totns fabnlae apparatus ferricularaentnin quoddam contra ipsos expcdit, dicens alheis plénum esse et cbristianis Pontura, qui audebant pessima de se maledicta spargere; quos lapidibus jiissit alàgi, si propitiara habere vellent Deuni. (Lucianiis J/exander , seu Pseudomantis , n° 2 5.)

puni (lu dernier supplice (1), tantôt regarde comme une absurdité, que, tandis que Jésus-Christ vivant n'a pu persuader personne, après sa mort ses disciples persuadent tant de choses à tous ceux qu'ils veulent r-2).

X. Saint Justin, qui florissait vers le milieu de ce siècle , déclare qu'il n'y a aucune sorte d'hommes , Grecs ou barbares, et de quelque nom qu'ils soient appelés, soit hamaxabiens, qui habitent sur des charriots, soit nomades, qui n'ont point de maisons, soit scénites, qui vivent sous des tentes, parmi lesquels il ne soit offert des prières et des actions de ^^ràces à Dieu le père, au nom de Jésus-Christ crucifié (3).

XL Saint Irénée, postérieur à saint Justin de quelque temps, pour montrer que la foi est la même dans toute l'Eglise, fait mention des églises qui sont dans la Germanie, dans l'Espagne, dans les Gaules, dans l'Orient , dans l'Egypte , dans l'Afrique , dans les régions qui sont au milieu des terres f4j.

XII. Saint Clément d'Alexandrie observe que les pbilosopbes n'ont pu communiquer leur doctrine qu'à leurs compatriotes, parmi lesquels encore ils n'ont eu

(i) Deinde illins (Celsi) jadaens eos qui e popnlo Jesum sicut sunt sic alloquitur : Heri et nudiustertins, cnm in eura qai vobis os snbliniebat animadversnra est, a lege patria defecistis, ( On'gen. cont. Ce/5. , lib. n, n° 4.) *

(2) Haec igitar apad illam ordine spqnitnr. Si dam viveret nemini persuasit, post morfera antem ejns qnicnmqae volunt fam mnlta persuadent, nonne res est perqnam absurda? [Ibid. n° 46.)

(3) ?^allam enim oranino genus est, sive graecornm, sive barbarornm, sive qaolibet nomine appellentur , val hamaxabiornm qni in plaustris degunt, vel nomadum qni domibas carent , vel scenitarnra qai pecora pascentes habitant in tentoriis, nullum, inqaam , hujusmodi genns est, in quo non per noraen crocUlxi Jesn preces et gratiarura actiones patri et creafori aniversornm fiant. {S. Justinus , Dial. cum. Triph. cap. 117.)

(4) At neqae hae qoîe Germ^niis sunt ecc'esiae aliter credant, aut alirer tradunt, neqne in Hfspaniis, ant in Galliis , antin Oriente, ant in Egypte, ant in Africa , ant in mediterraneis orbis regionibus sedem habent. {S. Iren. cont. Hœres. , lih. i, cap. 10, n° 2.)

Dissert, sur la Relig. 18

qu'un pelit nombre de disciples. Mais, ajoute-t-il, la parole de notre maître n'est pas restée resserrée dans la Judée, comme celle des pliilosoplies dans la Grèce; elle s'est répandue par toute la terre , parmi les barbares comme parmi les Grecs; elle a porté la persuasion dans les nations, dans les bourj^s , dans des villes entières ; elle a amené à la vérité un grand nombre de ceux qui l'ont entendue , et même plusieurs philosophes (1).

XIII. TertuUien écrivait à la fin du second siècle, et au commencement du troisième. On peut juger avec sûreté de l'état où était le christianisme à cette époque, par ce qu'il en dit en plusieurs endroits. Dans son ouvrage aux nations : « Vous gémissez , leur dit-il , de « voir croître tous les jours le nombre des Chrétiens. « Tous criez que la cité en est obsédée. A ous déplorez .< les pertes que vous faites de Chrétiens de tout sexe , « de tout âge, de toute dignité, qui vous abandonnent M dans les châteaux , dans les campagnes , dans les « îles (2). > Ecrivant à Scapula, gouverneur d'Afrique, qui était porté à la persécution : u Que ferez-vous , lui « dit-il, de tant de milliers d'hommes et de femmes de « tout âge, de toute dignité, qui viennent s'offrir à « vous? De combien de bûchers, de combien de glaives »« n'aurez-vous pas besoin? Que ne souffrira pas Car-

(i) Philosophi graecis solis , neqne iis omnibns placuere : sed Plaîoni qaidem Socrates et Xenocrati Plato , Aiistottles Ihecphras'o, et Chleanti Zeno, qui snos solos pprsuaseinnt asseclas. INIagistii aotera nostri verbum non mansit in tola Juc]a?a , sicut philosophia in Graecia; sed diffosum est per lotanjoibem terrae, grzecoium simul ac barbarorum , gentibus, et vicis, et totis urbibus persuadens tutas doinos ; et sursum unumqnenifjne ex iis qui aubcultabant ; et ex ipsis eliam pbilosopbis, non pancos jam iraducens ad verifatera. (S. Clem. Alex. Stromat., lib. vi, cap. i8.)

(2) Adeo qnolidie adulescenteoi numeram cbrîstianorum ingemitis. Obsessam vociferamini ci\^ta!em. In agiis,in castellis, in insulis cbristianos, omnem sexum, omnem aetatem, cmnem deniqae dignitatem transgiedi a vobis , quasi delrimento doletis. ( Tertuîl. ad nationesy lib. i, cap. i.)

SUR L\ RELIGION. 4ll

s thage , qu'il vous faudra décimer, quand chacun aura u reconnu ses parents , ses commensaux ; quand elle y « aura vu peut-être des hommes et des dames du plus u Jiaut rang , et jusque dans votre ordre , des proches « et des amis de vos amis? Ayez pitié, sinon de nous, « au moins de vous-même. Ayez pitié , sinon de vous , H au moins de Carthage. Ayez pitié de cette province, « qui , dès que votre intention sera connue , se trouvera u exposée aux vexations des soldais et des ennemis de « chacun (1;. » îMais il ne parle nulle part avec plus d'étendue et d'énergie que dans son apologétique. « Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons « tout votre empire, les villes, les îles, les châteaux , « les compagnies, les camps, les tribus , les décuries , « les palais, le sénat, le barreau : nous ne vous lais- «1 sons que vos temples. ]Nous pourrions iiiéme, sans * armes et sans révolte, mais par notre seule sépara- *c tion , vous combattre. Si, étant une multitude aussi « nombreuse, nous allions nous retirer dans quelque « partie éloignée de l'univers , votre domination serait M confondue de la perte d'un si grand nombre de ci- M toyens. Leur seul éloignement vous punirait. ^ ous « frémiriez de la solitude où ils vous laisseraient, de ce « silence universel , et de la stupeur où resterait votre « univers comme mort. Vous chercheriez à qui com- « mander (2). » A ces textes si forts et si concluants

(i) Hoc si placuerit fieri, qnid faciès de tantis œilLbus hominnm, toi viris ac feminis, oinnis sexus, omnis aelatis, oninib d'gn ta'js , offerentibns se tibi ? Qaantis ignibas, quantis gladiis opu^, eiit? Qaid ipsa Carlhago passara est, decimanda a te; cora propinquos, cam contubernales suos, illic unusquisqae cognover.t; cam viderit ilhc fortasse, et toi ordinis viros et matronas, et principales quasqae personas, et amicoram taorurn, ve! propinquos, vel ainicos. Parce ergo tibi, si non nubis. Parce Cartbagini, si non tibi. Parce provincise qaae,visa inienlione tna, obnox.ia facta est concussionibas et militnru et inimicoram suorum cujusqoe. ibidem y ad Scanulam^ cap. V, versas tinem. )

(i) Hestemi snmas : et vestra omnia implevinjas, arbes , insalas, rastella, municipia , conciliabula, castiaipsa, tribas, decarias, pala-

les incrédules répondent que ce sont là des amplifications de rhéteur. Des amplifications! Passons le mot; mais sont-ce des exagérations? Observons que c'est dans des apologies de la religion que Tertullien s'exprime ainsi, et que c'est à des païens (ju'il s'adresse , lesquels savaient indubitablement si les faits avancés étaient faux ou véritables. Aurait-il osé les assurer, sûr d'être démenti à l'instant par le cri public? On dit que son Apologétique eut du succès; qu'il arrêta dans quelques lieux la persécution, la modéra dans d'autres. Mais le ridicule qu'aurait jeté sur son ouvrage une exagération aussi grossière, n'en aurait-il pas empêché tout l'eftet? Enfin , ne considérons pas son témoignage comme isolé ; rapprochons-le de ceux qui le précèdent, et nous sentirons qu'il doit être vrai. Spécialement ce que dit Pline, sans exagération , du nombre des Chrétiens au commencement du second siècle , rend très-probable ce qu'en assure Tertullien à la fin du même siècle.

XIY. Origènes, qui vivait au troisième siècle, atteste la connaissance qu'a tout le monde de cette vérité, que la prédication de l'Evangile s'est propagée d'une extrémité de la terre jusqu'à l'autre, et <iue déjà il n'y a presqu'aucun lieu qui n'ait reçu la semence de la parole divine (1).

XV. Un fait important nous montre quelle crainte la grande multiplication des Chrétiens inspirait, à cette

lium , senatnm, forom; sola vobis relinqnimns templa. Potuimus et inernies, nec rebelles , sed tanturamodo discordes , solius divortii invidia , advcisus vos dimicasse. Si enim tanta vis bominuni in aliqaem reinoti orbis sinuin nbrapissemus a vobis, snffudisset utique dorainationem vestram tôt qualiarutumque amissio civiura ; ironio etiara et ipsa destitutione punisset. Procul dabio expavi.ssetis ad sobtudinem vestram , ad silentinm reruin et stuporeiu quemdam qnasi mortai orbis. Quaesissetis qaibus imperaretis. ibidem ^ Apol.^ cap. iri. )

(i) Qnis jam expositione indiget, ut sciât semen Christi qaomodo multiplicetar , qui videt a finibus teriae,usqae ad fines terrae, propagatam praedicationem evangelii, et nnllum pêne esse jain locnm, qui non semen verbi sasceperit. {^Origen, in Gènes. ^ Homil. ix, n* st.)

SUR LA RELIGION. 4l3

époque, aux païens, de voir le christianisme devenir la religion universelle. L'empereur Alexandre-Sévère avait envie d'élever un temple à Jésus-Christ et de le placer au rang des dieux ; mais il en fut détourné , parce qu'on l'assura qu'après avoir consulté les choses sacrées il avait été trouvé que, si son projet s'effectuait, tout le monde se ferait chrétien , et que les autres temples seraient abandonnés. Si c'était un écrivain chrétien qui rapportât ce trait , on pourrait en contester la vérité; mais il n'est pas possible de le révoquer en doute, quand on le lit dans Lampride, historien païen et contemporain (1).

XYI. Nous avons la preuve que le christianisme avait pénétré jusque dans la famille impériale , et y avait beaucoup de partisans , dans ce que rapporte Eusèbe , que la persécution excitée contre le christianisme, par Maximin , meurtrier et successeur d'Alexandre-Sévère , eut pour motif la haine que portait cet usurpateur à la famille de son prédécesseur, dans laquelle il y avait un grand nombre de Chrétiens (2).

XYII. Saint Cyprien compare l'Eglise de son temps, au soleil dont les rayons éclairent tout le monde ; à un arbre dont les rameaux couvrent toute la terre; à un ruisseau qui répand partout ses eaux (3).

(i) Christo teraplum facere voluit (Alexander Severos enmqae inter deos recipere.... Sed prohibitas est ab iis qui, consulentes sacra, repererunt omnes christianos futures , si id optato evenisset, et templa alia deserenda. { Lampridius vita Alexand. Sev. , cap. xtiii. )

(2) Alexandre Romanoram imperatori, cum tredecim annis reipnblicae gabernaculis praefuisset , Maxiaiinus Csesar successit. Qui propter invidiam qua contra Alexandri familiam, in qua coroplares fidèles et chrisiiani versabaniur; flagrabat, acerbam persecntionis tempestatern concitavit , jnssitqne solos ecclesiaruin prœsides , tanquam auctores doclrinae evangelicae neci dari. (Eiiseb. f Hist. Eccl. ^ Lb. vi , cap. a8 )

(3) Ecclesia nna est quae in multitodinem laiius increraento foecunditatis extenditar. Qnomodo solis malti radii , sed lumen unura; et raini arboris reiulti , sed robur nnam teuaci radice fandatuni; et cuîu de fonle nno rivi plorimi defluant. Sic et ecclesia Domini luce

XVIII. Nous voyons, par l'apologie de Minutius- Félix, que dans ce siècle les païens reprochaient aux Chrétiens les rapides accroissements de ce qu'ils appelaient leur exécrable superstition. Il leur répond en convenant de cette prodigieuse muliiplication des Chrétiens. « Nous ne nous en glorifions pas, dit-il. A nos « yeux nous sommes très-nombreux ; devant Dieu nous « ne le sommes pas assez (1). »

XIX. Arnobe écrivait^ vers la fin du troisième siècle, son ouvrage contre les nations. Il faisait aux païens d'alors le même raisonnement que nous adressons aux incrédules d'aujourd'hui. Il leur donnait de même, comme une preuve de la religion , sa diffusion rapide et universelle. Il presse cette preuve en divers endroits (2). « Si, comme vous le croyez, dit -il, l'histoire de ces « faits n'est pas véritable, comment a-t-il pu se faire " qu'en aussi peu de temps le monde entier se soit « trouvé rempli de cette religion? Comment des nations « de pays si éloignés , de climats si différents , ont-e lie « pu se réunir dans un seul esprit? N'est-ce pas , re- » prend-il ailleurs, à vos yeux , un motif suffisant pour « croire, de voir dans un temps aussi court nos dog- « mes ré])andus sur toute la terre; de voir qu'il n'y a « aucune nation de mœurs si barbares et si éloignées de « toute douceur, qui , convertie par l'amour de Jésus-

perfasa, per totum orbem radios snos porrigit. Ramos snos ia universam terrain copia ubertalis extendir, profluentes largiter livos latins expandit. (S. Cyprianiis , de Utrt. Ecoles.')

(r) Ac jain at faecand^ns nequiora proveniunt serpentibos in dies perditis moribus per oniversum orbern, sacraria ista tetenimae, irnpiae. coïtionis adolescunt, delestanda prorsus baec et execranda saperstitio... Nec nobis de nostia freqnentia blandiraar. Mulii nobis videiunr : sed Dec pauci snmus. (Minucius Félix Octavius ^ n° ix et xxxin. )

(2) Qaod si falsa, ut dicitis , historia illa rerum est, nnde tara Lrevi tempore totus raundus illa religione completns est ? Aat in unara coire qui potuerunl menlem gantes regianibus disjiinctae, ventis cœli , non couvexionibusque dimotae ? [Arnobius adv, gentes y lib,, cap. 55.)

SUR LA RELIGION. 4l5

« Christ, n'ait adouci sa rudesse, et, reprenant des « sentiments plus iiumains, n'ait recouvré sa tranquil- « lité (Ij? » Dans un autre endroit , il attribue aux miracles du Sauveur et des prédicateurs de sa loi cette réunion de tant de nations et de peuples, si dilférents de coutumes , dans une seule foi et dans un même esprit; il parle des choses merveilleuses qui ont été opérées dans rinde, chez les Sères, chez les Perses, chez les Mèdes, dans l'Arabie, dans l'Egypte, dans l'Asie, dans la Syrie , parmi les Galates, les Parthes, les Phrygiens, dans l'Achaie, la Macédoine, FEpire, dans les îles, dans toutes les provinces que parcourt le soleil levant et le soleil couchant ; enfin dans Rome la dominatrice , dans laquelle les hommes attachés aux institutions de Numa et aux antiques superstitions n'ont pas laissé cependant d'abandonner les préjugés paternels, et de venir se réunir à la vérité chrétienne (2;. Il fallait qu'à cette époque la diffusion universelle du christianisir.e fut une vérité bien reconnue, pour que les défenseurs de cette religion en fissent, contre leurs adversaires, la base d'une de leurs preuves, ne s'occupassent pas même à la prouver, mais raisonnassent d'après ce fait, comme d'après un principe certain et avoué de tout le monde.

(i) Nonne vel haec saltem Cdem vobis facinnt argaraenta credendi, qnod jam pêne per omnes terras in tara brevi lempore et parvo , iroraensi hajiis sacraraenta sunt : qnod nnlla jam natio est tara barbari moris, et raansuetudinem nesciens , diffusa quae non ejns amore versa , molliverit asperitatem snain , et in placides sensus assompta tranquillirate migraverit.... îs'isi fotte obtusi et fatui videntur hi vobis , qui per orbera jam totnm coeunt et conspirant in UDtun istitw creduliiatis assensain. {^Ibid. lib ii , c^p. 5.)

'a) "Virtutes sub oculis positjc, inauditae, illa vis rernm qnae vel ab ipso fiebat palani , Vfi ab ejns prœconibus celebrabaïur in toto orbe, eas sabdidit appetitionum flammaset ad uniuscredulitalis assensora mente una concurreie gentes et populos fecit , et moribus dissimillimas nationes. Enumerari enira pcssant atqae in usum coinpatationis venire, ea quae in India gesta sunt, apad Seras, Persas et Medos , in Arabia , .ïgypîo , in Asia , Syria, apud Galatas, Partbos,

Toute cette chaîne de témoignages sur l'accroissejncnt progressif et rapide de la religion cluélienne, nous conduit aux dernières années du troisième siècle, et au commencement du quatrième, et doit préparer à voir la religion chrétienne , devenue dans l'empire romain celle du plus grand nombre, en attendant que nous la voyions, très-peu de temps après, devenir la religion dominante par la conversion de Constantin.

XX. JNous apprenons de Laclance que Dioclétien , porté par son propre attachement , au paganisme , et de plus, excité par la rage de sa mère à persécuter les Chrétiens , fut cependant arrêté pendant longtemps , et délibéra pendant tout un hiver avant de s'y déterminer. Ce qui le retenait était la considération de la grande abondance de sang qu'il lui faudrait répandre , et la crainte du danger de troubler tout l'univers (1).

Mais voici des faits qui établissent bien plus clairement encore, qu'à cette époque notre religion l'emportait de beaucoup sur l'idolâtrie par le nombre de ses partisans,

XXI. Maxence, fils du persécuteur Maximin , aussi cruel que son père, et depuis persécuteur comme lui, ayant usurpé Fempire, fit semblant, dans le commencement de sa domination , de professer la religion chrétienne, et cela dans la vue de se conformer au peuple

Phrygas, in Achaia , Macedonia , Epiro, in insulis et provinciis omnibus qaas sol oriens atque occidens lostrat ; ipsara den^que apnd dominam Romani; in qua mm bonùnes tunt Numœ régis artibns , atquae antiquis superstitionibus occupali, non dis'ulerunt taraen res patrias Jinqiiere , et veritati coalescere christianae. (Ibid. , cap. 12.)

(i) Hinc (mater Diocletiani^ concepit odium adversns eos (Christianos), ac liliani suum non minas superstiliosum qnerelis muliebribus ad tollendos hojnines inciiavit. Ergo , habito inJer se per tolnm hiemem consdio, cum nemo admitteretur , et omnes de summo stata reipublicae nactari arbitrarentur , dia senex. furori ejus repugnavit , ostendens qnam peruiciosum esset inquielari orbem teria^, fundi sanguinem maliorum. [Lactarit. , de Mort. Perscc, cap. xt. )

romain et de lui plaire (1). Maxence croyait donc que le parti des Chrétiens était le plus nombreux et le plus fort , puisque , malgré ses préjugés , il croyait utile de s'y ranger.

XXII. Eusèbe nous a conservé deux actes authentiques de l'empereur Maximin second, qui établissent incontestablement la même vérité. Le premier est un édit de persécution qu'il avait lu sur une colonne , et dans lequel Maximin disait que les maux de l'empire étaient arrivés à cause de l'erreur pernicieuse des chrétiens, laquelle, entrant dans leurs esprits, avait répandu ses ténèbres sur l'univers presqu'entier ^2^. Le second est une lettre du même prince aux gouverneurs de province, dans laquelle il dit que les empereurs Dioclétien et Maximien s'étaient déterminés à persécuter le christianisme , parce que presque tous les hommes abandonnant le culte des dieux , allaient se mêler et s'unir à la gent chrétienne (^). Il est impossible de produire un témoignage plus positif et une autorité plus tranchante.

XXIII. Mais nous avons encore l'aveu de nos adversaires eux-mêmes. La plupart des incrédules assurent que ce ne fureiit ni la vue d'une croix miraculeuse, ni

(i) Hojns filins Maxentius, qui Roraae tyrannidem airipoit, principio quidena fidei noslrx* professionein aimulavit , ut in eo morem gereret , blandiietnrque populo romane. (Euseb.y Hist. Eccles. , lib. VIII , cap. 14.)

(2) Atqae ista oniversa accideront ob perniciobum illnra et vanam errorem hominnm nequ^im et improborom , chrislianorum videlicet errorem , qui qnidera , cum in illoram animos illaberetar, universum prope dixerini orbein terrarum coufusione qnadain oppressit. [Eiiseb., Hist. Ecdcs., lib. ix , cap. 6.)

{'i^ Cum apud tuam graviiatem, tum apad omnes bomines , satis inciebnisie arbitrer, dominos et patres nostros impeiatores Diocietiannin et Max'mianuni. q-.iando oiuiies feie homines, relicto deorum culta, se cura chrislianorum gente commibcuisse , conjanxisseque intellexiTant, recte saneque mnndabse ut cnnc i qui a deorum suorum iminoitalium religione seoessistent , aperta animadversione et supplirio, ad eoiara venerationeni denuo revocarentar. {^Ibid., cap. 8. ;

l'examen des preuves du christianisme, qui déterminèrent Constantin à l'embrasser. Ce fut, disent-ils, la politique de ce prince qui lui conseilla de mettre les Chrétiens dans son parti. Nous sommes bien éloignés d'admettre la vérité de cette inculpation à la mémoire d'un empereur aussi religieux; mais, de cette assertion de ses ennemis, il résulte évidemment qu'ils reconnaissent la vérité, qu'ils nous forcent à prouver contre eux, savoir qu'avant l'avènement de Constantin au trône , le christianisme était déjà la religion la plus nombreuse. S'il ne l'avait pas été , la politique de Constantin eût été la plus maladroite et la plus fausse du monde.

XXIV. Il reste démontré par cette suite d'autorités , tant de Chrétiens que de païens, lesquels, malgré leur inimitié , s'accordent pour attester le même fait , que le christianisme, dans ses commencements, s'est progressivement et rapidement accru dans l'empire romain , qui formait alors la plus grande partie du monde connu (1) , tellement qu'en moins de trois siècles il est devenu la religion la plus répandue, et qu'au commencement du quatrième le nombre des chrétiens excédait celui des païens. Nous n'avons pas autant de monuments des pays qui ne faisaient pas partie de l'empire ^ parce que nous ne connaissons pas d'historiens de ces nations; mais nous sommes assurés que la religion s'y était aussi établie. Nous venons de rapporter des textes de saint Justin, de saint Clément d'Alexandrie, d'Arnobe , qui le disent positivement. Eusebe et Théodoret rapportent de même que la prédication apostolique

(i) Qnin etiam qui occidentem incolunt , panier cnm his qui in Jocis versus Orientem habitant , ad enra eodem Jemporis luomento collaadandum , ipsias piaeceplis perdocti sunt. Et qni versus Eoream doruicilia reram suaram collocaïunt , simul cura illis qui regiones versus Meridiem accolunt, uno concentn , eum praedirant piom Vivendi inodani consectantnr , iisdein moribus et instituts, ii:s;ructiim anum Deum palrera , oroninm gubernatoiem praed catiore efferunt, onigenitura ejns Fi'.ium servatorem nosjrum , omnium boroium auotorera proflteniur. { Eiiseb.^ Orat. de Laudibus Const. )

SDR LK RELIGION. 4l9

s'étendit bien loin au-delà des limites de l'empire (Ij. On voit, du temps d'Origènes , se tenir en Arabie des conciles auxquels ce grand docteur est appelé. On sait qu'il y a eu en Perse de grandes persécutions (2).

La vérité de la propagation rapide du christianisme démontrée, passons à la seconde partie de notre preuve; et, le fait établi, établissons-en la conséquence.

(i) At vero apad oraiies nomen Je^a praedicare , admirabiliaqoe eju* gesta , et in urbibus et in agris docere et alios qnidera eoruni imperiam romanam , ipsamque omnium nrbium reginara civitate/u invadeie , alios Peisaiam regnum , alios Armenioium , Partbornm alios nationera, item alios Scytharam , qnosdam etiam ad orbis terras venissc fines, ludorumqne regionein pénétrasse; alios vero trans Oceannra evasisse ad eas insulas quœ Britannise vocantur. Haec sane ego nanqaam hnmana vi effecta putaverim : nedum conatu leviam vulgarinraque hominam ; et mulio minas sedacloram , praestigiisqne utentiora. ( Euseb. , Demonstr. E^angel. , lib. m, cap. 7.)

At piscatoies nostri et publicani, satorqne, cunctis nationibas leges intuleiunt. Neqne solam Romanos, quique sub illorum vivunt imperio , sed et Scytbicas et sarraaticas gentes, et Indos, et ^ihiopes, et Persas, et Seras, et Hyrcanos, et Baotrianos , et Britannos , et Cimbros, et Germanos, a?qne , ut semel dicam , cmne hominura genus, nationesqne omnes indaxerant, ut cracifixi leges acciperent. ( Theod. aerra. ix , de Legibus. )

(2) Hinc igitnr exorsa procella gravissimos et s?evissimos contra pietatis alumnos exoitavit , et triginta jam annis elapsis tempestas a magis , velat a turbinibus qu;ba->tlam agitata daravit. Magos vero Persae eos vocanl qui elementa deos faciant quorum nos fabnlas alio in opère ostendimus , in quo ad qiiaesiiones illorum solutiones attulimas. Et Varrarones quidera Isdegerdae filius post mortera patris , una cum regno bellam etiara adversns pietalem suscepit. Moriens enim ille ambo conjuncla filio reliquit. Tormentorum vero gênera , et exqoisiti cruciatus , quibu» pios affecerunt, verbis expiirai vix possnnt. Nam qnorumdam manibus , aliorura dorsis cutem detraxere ; aliorum capita a fronte ad barbam nsqne pellibas nudarunt : alios semiiecios arnndinibus circnmdantes , et qaa parte incisae erant corpori applicantes, firnïls deinde vincniis a capite ad pedes usque adstringentes vi arundines iingulas extrahere , ut vicinam cu'em dilaniantes , acerbiores dolores efficerent. Lacobas etiam effossis ac diligenter obtnratis , magnorum muriam grèges conclusere , pietatisque atbletas illis devorandos objecere , manibus eorum ac pedibus conslrictis : ne abigere a se bestias possent. Mores vero famé pressi carnes sanclomm sensira depascebantur , longura illis et acre suppli-

SiJiJLS.JLSLJUlSLJUlJLS.JLJLSLJU3.JiJLJLJLSULJiJLJ^ AJLA JUl

Page 1