CHAPITRE H
preuves qve la propagation du christianisme est l'oeuvre de dieu.
XXV. L'établissement de la reli^',ion est Tœuvre de Dieu ou des liomnies. S'il a été opéré par des inovens surnaturels , sa cause est divine ; si elle est humaine , il a été produit par des moyens naturels : les hommes n'ont que ceuv-là en leur pouvoir; tout ce qui excède la nature surpasse leurs forces. La question se réduit donc à ce point très-simple : Est-ce par des moyens naturels que le christianisme s'est propagé aussi rapidement et aussi universellement ? Si ce n'est pas par de tels moyens , c'est donc par des moyens supérieurs à la nature ; c'est donc par une force divine ; le christianisme vient donc de Dieu ?
Nous disons que non-seulement les moyens que peut fournir la nature n'ont point concouru à la rapide diffitsion de notre religion , mais que même toutes les causes naturelles connues s*y opposaient ; et que , pour s'établir dans le monde, il a fallu que le christianisme surmontât les obstacles de tout genre qu'elles opposaient à son agrandissement.
XXVL Keportons-nous en esprit au temps où notre religion fut donnée au monde. Considérons en lui-^mème le projet de son auteur. Lorsqu'il donnait à ses apôtres la mission d'aller instruire toutes les nations, il les chargeait d'opérer dans l'univers la révolution la plus extra-
ciura inferentes. Qnin et alias qaoqne liis graviores pœnas excogifalunt , infesti naturse daenionis , veritatisque hosis luagisterio ernditi, Atbletarum taraen forlitiulinem non fiegere. Sua enira sponte occarrebant , luortera quœ imnioilaleoi viiam parit oppetere cupicnte^. ( Thcod. , Hist. Eccles. , lib. v, cap. 38.)
ordinaire, la plus vaste , dont l'histoire des siècles fasse mention. Les hommes avaient vu plusieurs fois des états changer de face, les empires s'écrouler, et d'autres empires s'élever sur leurs déiiris. Mais qu'étaient ces événements auprès de celui que Jésus ordonne à ses apôtres d'exécuter? Il est bien plus difficile de changer les nations que de les soumettre (1). Vous compterez vingt conquérants pour un réformateur. Et ici ce n'est pas seulement un peuple , ce ne sont pas quelques peuples qu'il s'agit de transformer, c'est l'universalité des peuples dont il faut réformer toutes les opinions ; c'est la totalité de toutes les pensées humaines à changer. Il fctut apporter et fai^e recevoir aux hommes d'autres principes, une autre morale , d'autres dogmes, un autre culte, un autre Dieu. Il faut, du monde actuel, faire un monde tout nouveau.
XXyiI. Au seul aperçu de cette immense entreprise, l'esprit étonné se demande : Et quels sont donc les moyens qui ont de la proportion avec un si prodigieux eff'et? Quelle force humaine est assez grande pour soulever et tourner ainsi le genre humain entier? Mais ne nous arrêtons pas à cette vue générale ; entrons dans le détail des causes naturelles qui peuvent faire recevoir et adopter aux hommes une doctrine quelconque. Nous pouvons les rapporter à cinq chefs principaux :
1" La nature de la doctrine en elle-même.
2*^ Les dispositions des hommes à qui on la présente.
3" Les qualités de ceux qui la publient.
4*^ La manière dont ils font usage pour la faire recevoir.
5° L'autorité employée pour l'établir.
(i) Sic praesertim nieara ostenJam fortitndinem , cam oves lapo« vicer.int , etianasi in medio Jupoiuna sinl , et innumeri^ morsibas lacerentar , non modo non deleantar, sed etiaiu lupos convertant : qaod longe mirabilius est qnam si occideieiit, si nempeeoium mutent volantatein , animaraque transforment. (^S. J. Chrjrsost. , in Malth. y bomil. xxxiii j al, xxxiv , n° i. )
Appliquons ces diverses causes àla propagation de l'Evangile, et voyons si elles ont dii la favoriser ou s'y opposer.
ARTICLE PREMIER
Les dispositions des peuples étaient - elles favorables ou contraires au christianisme ?
J'intervertis ici l'ordre que je viens de présenter. Avant d'examiner quelle était en eUe-méme la doctrine prêchée par les apôtres, je regarde ce qui existait antérieurement à sa publication; je considère l'état où elle trouve le monde : j'observe le caractère du siècle auquel elle lut présentée, et les dispositions qu'apportaient à la recevoir les peuples auxquels on la proposait. Je considère ces dispositions sous quatre points de vue principaux ; savoir :. les lumières , les dogmes religieux , les principes moraux , les maximes politiques.
XXyiII. En premier lieu , de tous les siècles qui s'étaient écoulés depuis la création , celui où le christianisme fut donné à la terre était certainement le plus éclairé. Jamais les sciences et les lettres n'avaient été portées à un si haut degré de perfection. Les plus beaux génies dont l'humanité se glorifie , avaient rempli la terre de leurs productions. La philosophie , surtout , était alors au faîte de la gloire. Chacun aspirait à l'honneur d'être philosophe ; les empereurs eux-mêmes y prétendaient. C'était le ton général, et comme une mode universelle; tout ce qu'il y avait d'hommes un peu instruits , religieusement attachés à leur secte philosophique , y plaçaient leur amour -propre , et employaient, à la faire prévaloir, tout ce qu'ils avaient de connaissances , de raison , de talents et d'éloquence. Le siècle où les sciences étaient aussi répandues et aussi approfondies, était certainement celui auquel il était le plus difficile d'en imposer. Des hommes accoutumés à tout soumettre au jugement de leur raison, ne pouvaient
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adopter une religion nouvelle qu'avec de longues et mûres réflexions. Ainsi le christianisme dut , à sa naissance, éprouver de toutes parts des examens sévères ; et déjcà, sous ce premier point de vue, que d'obstacles ne devait-il pas trouver à son établissement! obstacles qui fussent devenus insurmontables, s'il eût présenté à la critique un côté faible.
XXIX. En second lieu , les idées religieuses des peuples s'opposaient encore plus fortement à la propagation du christianisme. Il fut présenté à deux classes d'hommes, aux juifs et aux païens. La haine des premiers contre notre religion, laquelle dure encore, ne peut pas être douteuse. Ils avaient crucifié son auteur ; ils persécutèrent en tout lieu ses fondateurs , et nous avons vu que dès les pren)iers temps ils excitèrent contre elle la liaine des païens , et envoyèrent de tous côtés des émissaires pour la faire persécuter(l).
XXX. Parmi les païens les principes religieux s'étaient autant dégradés que les lumières s'étaient perfectionnées. L'idée de la Divinité était, sinon entièrement effacée, au moins absolument défigurée. Des diverses idolâtries , imaginées dans tous les pays et dans tous les temps, s'était formé le paganisme. Cet amas de cultes, dont aucun n'était exclusif, parce qu'aucun n'était véritable, que rien ne divisait, et que le besoin connnun d'une tolérance générale tenait réunis j était devenu la refigion de l'univei-s connu. Les peuples étaient fortement attachés à leurs superstitions par des préjugés de divers genres.
XXXI. Préjugés d'éducation. L'incrédule prétend aujourd'hui réduire les principes de la foi à ces premières impressions que l'on reçoit dans les premières années , qui se gravent profondément dans l'esprit encore tendre, et qui y laissent des traces durables. Il
(i) Voyez ddaxièrac Dissertation, 2^ part., chapit. î, n° nr, note S, page 265.
doit sentir combien ces mêmes impressions avaient alors de force pour repousser la foi. Outre la mythologie générale , commune à tous les peuples , chaque nation , cliaque ville, chaque famille avaient leurs divinités particulières, qu'elles ré'véraient , qu'elles chérissaient comme la portion la plus précieuse de l'héritage de leurs pères et de toute la suite de leurs ancêtres. C'était à ces attachements , tellement enracinés dans eux , qu'ils y étaient comme innés, et que l'habitude en avait fait comme une seconde nature, qu'il fallait les arracher (1). XXXII. Préjugés d'imagination. Les fables du paganisme, embellies de tous les charmes de la poésie, à laquelle elles devaient en grande partie leur origine, présentaient à Tesprit les images les plus agréables. Tout était animé par ces brillantes fictions. Leschamps,
(i) Etenim etiamsi decem anrtoram lantnm ; nec dico tanti temporis , etsi paocorum hominura , nec dico tolius oihis consnetudinem Bgressi illi fuissent , sic qnoqne mntatio difficilis fuisset. Nunc antem et sophistae et viatores , et patres, et avi , et abavi , et niiilti antiqaiores, eriore erant praeoccnpali. El terra, mare, montes , saltus, barbai orum omnia geneia, grsecorum populi onines , sapientes , idiotae', principes, subdiii , mulieres et viri , juvenes et senes , heri et servi , agricolse et artifices, qui urbes et qui vices incolebant , omnes , et par erat ilios omnes catechumenos dicere.... Quoi eiiam nonc videnius homines ex. prscjudicata opinione in impietate détentes; qui nihil possunt ratione CQnsonum dieere cum aceusantur , qnod nt genliles sentiant : alleganiqne patres ^ avos et proavos. Inde exterorum qaidam consueiudinem secundam naturam vocant. (Jnm antem in dogmatibus consuetudo adcat , ea fumior est. Omnia eniiu facilias mntaverint quam cultura. Et pudor , una cum consuelndine , ad impediendum salis eral , et qnod videantnrin extreraa senectute dédiscere , etiamque ab iis qui minus intelligerent.... Apostolorura vero tempore aliud erat niajus impedimenttim , qnod ïion modo consuetudo tara antiqua raoïaretor , sed quod mntatio illa cum periculo fieret. Non modo enirn a consuetndine ad consnetudinem trahebant ged a consuelndine securitatem habente, ad rem pericula miniiantem.. Credentem statim accidebat publicari , pelli , a patria excidere , ab. oranibns odio haberi , commanem boslera esse et sois et alienis. Itaqne etiamki vocassent a novii^te ad consuelndinem , eiiam sic res difficibs fuisset. Cura autem a consnetudine ad novitatem vocarent , et iiaec adeflsent mala , cogita quantum erat lUud impedimentum. (5. Joaan. Chrysost, , in primam épis t. ad Cor. , bomil. vii , n° r .)
les bQÎs, les eaux, la noture entière était peuplée de divinités. Dans les astres inèine qui brillaient sur sa tête, le païen admirait ses dieux, et les lioninies célèbres qui avaient mérité de le devenir. Les apothéoses de ces premiers héros, la solennité des fêtes instituées pour les honorer, la pompe des sacrifices qu'on leur offrait, la magnificence des jeux et des spectacles où des nations entières couraient de divers côtés pour se rassembler, pour honorer leur mémoire, toutes les parties de cette religion avaient pour objet de réveiller l'attention, d'amuser l'esprit, de ranimer sans cesse l'imagination. Ces brillantes rêveries , ces illusions séduisantes, ces songes flatteurs entretenaient doucement le genre humain dans le sommeil de ses erreurs , où il se plaisait, et dont le réveil ne pouvait que lui être désagréable et pénible.
XXXIII. Préjugés d'antiquité. Emerveillés de leurs fictions , les peuples ne connaissaient rien qui fût plus ancien qu'elles. Les fables dont ils embellissaient leur origine la reportaient aux divinités de qui ils faisaient descendre leurs fondateurs. Trouvant leur culte antérieur à leurs lois, ils croyaient que rien ne l'avait précédé. Leur religion déjà si chère, leur devenait infiniment vénérable par l'autorité de tant de siècles , et par cette longue perpétuité qui était à leurs yeux un garant de sa vérité. A ce seul titre, avec quel désavantage ne se présentait pas une religion jusque-là inconnue, un Dieu qui s'annonce, eu disant : Yoilà que je rends tout nouveau (1)?
Que peut répondre à ces faits l'incrédulité ? Dira-t-elle qu'ils ne sont pas vrais? Elle sera démentie au même instant par quiconque a la plus légère connaissance de l'antiquité. Prétendra-t-elle qu'ils ne formaient pas des
(i) Ecce ego facio nova, et nanc orientar : aiique cognosceiis ea. Is. xLiir , 49- )
obstacles à la fondation du christianisme ? Ce serait une aJDSurdité qui ne mérite pas qu'on la réfute.
XXXIV. En troisième lieu, en dégradant la relir^ion , le genre humain avait aussi corrompu la morale. C'était une réciprocité d'erreurs et de vices, qui se soutenaient mutuellement. Le cœur avait séduit l'esprit, et l'esprit entretenait, aggravait la dépravation du cœur. En se donnant des dieux au gré de son imagination , l'homme avait eu soin de les forger favorables à sa corruption. Il n'y a pas de passion , quelque vile , quelque odieuse qu'elle pût être, qui n'eût ses dieux, ses temples, ses autels, ses prêtres, son culte; et souvent ses mystères secrets. Les passions divinisées , on n'hésita plus de s'y livrer avec une entière sécurité. Parvenu à adorer ce qu'il avait pratiqué , l'homme ne rougit plus de pratique ce qu'il adorait. Une fois en possession du ciel , les vices ne trouvèrent plus de résistance à l'empire de la terre. On en vint même jusqu'à faire des actions les plus honteuses des actes de religion ; et n'est-ce pas une idée assez naturelle , de croire qu'on honore la Divinité , et qu'on lui plaît en l'imitant? Rome, surtout, devenue la maîtresse et le modèle du monde, donnait hautement aux peuples soumis et empressés à l'imiter l'exemple de tous les crimes. En envahissant les nations, elle s'était appropriée leurs dieux et leurs vices (1). La pudeur ne peut soutenir la lecture des satires qui dévoilent ses dissolutions. Par la licence avec laquelle les hommes vertueux de ce temps peignent ces désordres , jugeons de l'effrénée liberté avec laquelle les autres les commettaient. Parmi les philosophes , les deux sectes dominantes favorisaient les deux passions les plus chères à l'homme ; le stoïcisme fomentait l'orgueil , l'épicuréisme attirait à la volupté. Les riches étalaient un luxe dont les détails pa-
(i) Tôt sacrilcgia Roimnornm , q^not trophaea ; tôt de diis , quot de gentibns triumphi-j. {^TcriulL ad. nac, lib. u , c.-;p. 17.)
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laissent incroyables, même à notre siècle, et qu'ils entretenaient par les énormes usures dont ils dévoraient les pauvres. Le peuple aimait avec passion les jeux , le cirque , les théâtres, et se livrait avec transport à ces divertissements. L'ambition des grands, érigée en vertu, et regardée comme une grandeur d'àme, après avoir longtemps troublé la république . l'avait enfin abattue, et menaçait sans cesse le trône qu'elle avait élevé. Les vengeances des hommes puissants avaient souvent rempli de proscriptions , et inondé de sang , et la ville et tout Tétat. Imaginez toutes les passions déchaînées se livrant avec fureur à toute leur impétuosité , et vous concevrez une idée de la morale de l'enipire romain au moment où l'Evangile lui fut présenté.
Je le demande avec confiance : Cet ordre de choses était-il favorable à l'introduction d'une nouvelle morale? L'attachement des peuples à des jouissances où ils plaçaient leur bonheur, auxquelles l'inclination les portait, dont l'habitude leur faisait un besoin, que le préjugé général leur faisait regarder comme légitimes, que consacrait l'exemple des divinités, n'était-il pas un obstacle très-puissant , et supérieur à touteà les forces humaines , à l'établissement d'une religion qui le contrariait?
XXXV. En quatrième lieu, dans cet empire universel que Rome exerçait , un lien intime unissait la religion à l'état. La politique de Xuma l'avait formé ; celle du sénat l'avait resserré ; celle des Césars en faisait un des principaux ressorts de leur gouvernement. Le sacerdoce et l'empire, réunis dans la même main, augmentaient réciproquement le respect pour l'un , la soumission à l'autre. De magnifiques temples décoraient les villes et attiraient le concours des peuples. De nombreux collèges de prêtres, en augmentant la pompe du culte, multipliaient les intéressés à sa conservation. Des vestales , décorées de superbes privilèges, entretenaient continuellement le feu sacré , emblème de celui du patriotisme. Toutes les entreprises publiques commen-
çaient par des actes religieux. On offrait des pompeux sacrifices, on interrogeait les augures, on consultait les oracles. Dans les prospérités, on rendait grâces aux dieux ; dans les revers on les apaisait. L'opinion universelle était que Rome devait sa grandeur à leur protection. Que l'on juge quel devait être l'attachement de tout l'empire, souverain et sujets, grands et petits, pour une religion à laquelle ils croyaient attachées les destinées de l'état; quel était leur éloignement de toute religion qui tendait à la détruire.
Ainsi, tout ce qui existait à cette époque, et de bien, et de mal, et de prinr.ipes, et de préjugés, et de lois, et de coutumes, et d'affections , et d'antipathies, se réunissait, et formait comme une ligue, pour s'opposer à l'admission de la religion nouvelle. \ oyons maintenant ce que cette religion apportait par elle-même , et indépendamment de tout secours surnaturel, pour triompher de ces obstacles.
ARTICLE II
La doctrine chrétienne était-elle 'par elle-même de nature à être reçue favorablement j ou à être contredite?
XXXyi. Le premier caractère que je remarque dans le christianisme est son opposition essentielle à toute autre doctrine , son impossibilité absolue à s'y amalgamer. Il différait par là de toutes les religions qui étaient venues successivement s'incorporer dans l'ancienne. Il présentait au monde une religion insociable, un culte incompatible avec tous les cultes , un Dieu ennemi de tous les autres dieux (1). Croit-on que cette manière de
(i) At enim odio dignus est qnod ex orbe religiones expulit, qnod »d deorum cultnm prohibnir arredi ? Ergone ille religionis cxlinctor, et impiet.Tiis anctur iirgiiitur , qni ver:im in oibe religioneni indaxit ? ( Arnob. adv. génies , iib. ii , cap. a. )
s'annoncer dans le monde fiU bien propre à l'y faire recevoir (1)?
Mais entrons dans le détail; voyons ce qu'il y avait, dans la doctrine chrétienne, qui dût plaire ou déplaire aux nations , et les engager à l'adopter ou à la rejeter. Comparons ce qu'elle proposait au monde , avec les obstacles que nous avons vu le monde lui oppser; et examinons si elle était de nature à lever ou à augmenter ces difficultés.
XXXyiI. Un enthousiasme philosophique avait saisi tous les esprits ; la doctrine chrétienne commençait par anéantir tous les systèmes de philosophie alors existants^ et par traiter de folie ce que le monde entier regardait comme le chef-d'œuvre de la plus haute sagesse (2). Il
(x) Decrelis vero et regam , et eoram qui leges priscas condiderint, et philosophorani et poetarnm et theologorum contrarias leges potière , quae simalacrorurn cullura oppugnent , quaeqae quas volunt obtineant , easdemqne inexpagnabiles et invictas in perpetaam constitaere , qais ex oranibas qui anqaam faerint praestigialor cogitavit ? At enim Salvator et Dominus noster , non sic qnidem cogilavit, hoc at aggredi non sitaasas; neque vero sic aggressus est, ut postea non perfecerit. Sed ano verbo , anaque voce , cum dixisset ad saos discipnlôs : ite , instruite ornnes gentes, Jocentes eas servare qucecumque mandavivobis ; veibo rein atqiie efticaciarn adjecit. Atque e vestigio in disciplinara venit brevi teinpore omne gênas et graecorum et barbarornm , et leges in cunctas nationes di^seaiinataî sont , antiqaae superslitioni adversantes , leges dcemunam oppugnatrices , et omnes in maltorura deoram culta inimicae; leges Scytbaram et Persarom et alioruiu barbaroruin modératrices, et q'iae damnaverint oranein ab omni jure a'ienum et ferinum coltum ; leges quae everterint quaecumqne institQta habaerint Giaeci ab iniiio buinani generis, et novam veiamqne pietatem indaxerint. Cur igitar antiquis praestigialoribus , ante Jesn tempora,aut eliam post , nibil taie aut simile incœptnm est;nt probaljiliter affirmare possimus illcm ;ib aliis in iis qnae ad praestigias pertinent adjutum fuisse ? Qiiod si neino illi biinileni quempiam proferre possit ( nullns en:m lUi tantae auctor virtutis ) ; jain ergo fatendnra sil inusitatam qaarndam divinamque natuiam inter honiines esse versalam, quae sola et prima , ea qaae nanquara humanis auribas audita sint perfecerit. [Eustb.^ Deinonst. Evang. ^ lib. iii.j
(2) Qaod stallum est Dei, sapientiusest hominibas. ( r. Cor. i, aS.') Una igitar spes hominibas vita est , unus portos salutis , unam re-
ne pouvait rester clans notre relio;ion ni stoïciens, ni académiciens , ni péripatéticiens , ni épicuriens ; il ne pouvait y avoir que des chrétiens. Cette philosopliie nouvelle, ainsi l'ont appelée plusieurs saints Pères, était absolument exclusive. Toutes les sectes philosopliiques avaient pour principe commun d'exalter la raisun humaine, en soumettant tout, sans exception^ à ses juf^emcnts; et le christianisme humiliait la raison , en lui montrant ses limites , en la soumettant à la foi , en lui présentant des mystères qu'il est ordonné de croire , défendu de sonder, impossible d'approfondir {\]. Pouvons-nous , d'après cela , être étonnés , quand nous voyons les philosophes de toutes les classes, déposant leurs oppositions naturelles , se liguer et conspirer contre le christianisme? et ne conçoit-on pas aisément quelle était sur l'opinion publique l'influence de tous les honmies éclairés , réunis dans les mêmes principes, et combattant tous ensemble, de concert, la religion naissante (2).
XXXyiII. Xous avons vu, en second lieu, les na-
fagium libertatis, si abjectis quibas tenebantur erroribus , aperiant oculos raentis suae , Deumqae cogiioscant ia qao solo domicilium veritatis est, teriena et de terra ficta conteinnere ; philosopbiam qaae apad Deum staltitia est , pro nihilo compalenl ; et vera sapientia , id est, religione sasceota , fiant immoi taies haeredes. {^Lactant. ^ Epit. Divin. Institut.^ cap. 5i.)
(r) Dat se Deas credendam et non definiendarn. Mihi enim credere jassam est, non di^cnte^e permissura est. [S. Athanas. , de Assnmptione Hominis , lib. m.)
(i) Qnid sibi valt illud : ubi sa{i;ens ? Ac si diceret , obi snnt illa philosophoinm , ubi rhetotom , ubi sophistarnm , ubi scriptorum ? Facessunt omnia , et perierunt et evanuere. Nam ita splt-ndida fuit Victoria , nt illa jam ne corapaieant quidam. Ideo illis omnibus sic tanquam pulvis dissipatis , interrogat el ait: ubi sapiens.'* Apparuit crnx ; et illa orania solu'a sunt. Insonuit praedicatio : et faciiins quam araneae tela dissipata sunt. Ubi sapiens? Ubi verboruni fastus '? Ubi facundiae pnlchiitudu? Ubi sophismatara gravitas .^ Ubi veiborum vis ? Ubi lingna acuta ? Ubi conventus et concessus .-' Illa omnia detracta sunt , perierunt , corrnpia snnt, abierunt, terga dederunt. {S. Joann. Chrysost. , Homil. de Eleazaro , et de Septem titeris ^ n°4.)
lions fortement attachées à leurs superstitions , et tenant à leurs idées religieuses par des préjugés fortement enracmés. Le christianisme arrive, prétendant déraciner tous Jes attachements, heurtant de front tous les préjugés-
L'éducation les avait profondément gravés dans les cœurs et dans les esprits. Les hérauts de l'Evangile crient hautement de tous cotés: « Peuples , égarés dans • les régions de l'erreur , tout ce que vous avez cru « jusqu'ici est des fables^ tout ce que vous avez révéré < est des chimères; tout ce que vous avez adoré est des a démons. Arrachez de vos esprits les principes que « vous suçâtes avec le lait ; étouffez dans vos cœurs les « affections dans lesquelles une longue habitude vous a fait placer votre bonheur ; abjurez au pied des nou- « veaux autels les dogmes que, par une succession a immémoriale, vous ont transmis vos ancêtres; ou- « bliez tout ce que vous avez appris , détestez tout ce » que vous avez chéri, méprisez tout ce que vous avez « respecté» »
Et que substituera le christianisme à tout ce qu'il ôte? Par quoi remplacera-t-il ce qu'il anéantit? Au lieu de ces fictions enchanteresses qui charmaient et séduisaient les esprits , il ordonne de croire des dogmes austères et incompréhensibles. Au lieu de ces fêtes pom-* penses , de ces magnifiques cérémonies qui élevaient l'âme en l'amusaat , et qui flattaient par les souvenirs agréables auxquels elles étaient liées , il prescrit un culte spirituel. Au lieu de ces divinités dans lesquelles le peuple admirait ses anciens héros , et que l'imagination m.ultipliait et embellissait à son gré, il offrait aux adorations de la terre un homme sorti du peuple le plus méprisé, et dont la vie, passée dans l'état le plus bas, a été terminée , par l'ordre d'un président romain , dans un supplice infâme (1). Nous sommes instruits,
(i) Quid autem de illo dicentes videbantur lide digni ? Quod cru-
accoutumés à révérer la croix , que nous regardons comme l'instrument de notre salut; mais transportonsnous au siècle auquel Jésus-Christ y fut attaché. C'était, dans l'opinion générale , le plus humiliant de tous les supplices, un supplice réservé aux esclaves, et dont un citoyen romain ne devait pas être souillé (1). L'idée seule d'adorer un crucifié jetait sur la religion qui la proposait, une prévention de mépris et de dégoût, et élevait un des plus puissants obstacles à sa propagation.
La nouveauté même du christianisme , que l'on comparait à l'antiquité révérée de l'idolâtrie , formait contre lui un violent préjugé; et nous voyons ses apologistes
cifixas esset ; quotl ex paupere icnliere jodaea natus esset , <jn» desponsata fuerat judaeo fabro ; quod ex gente esset orbi odiosa. Veiuin haec oninia non ra-jdo non apta eiant ad persuadendos et alliciendos auditores , sed ad oinnes adversnm concilandos idonea. ( S.Joann. Chrysost., in pr imam epist. ad Cor. , Humil. v, n"' 5.)
Nec enim visibile aliquod regnuin sectatoribus suis proponnnt purpura ornatum , et corona refulgens , scrutatorumque et slipatornni numéro et niagnitudlne cirturaseptum , et copiosum habens exercitam , ac daces fortiter in belle se gerentes , alia deniqoe orania qaae faina illustres possessores suos efficiant , sed speluncara , et praesepe , et paaperculam virginem et tenui fascia obvclotum infantulnra illo in praesepi reclinatniu ; et oppidum in quo haec gesta sont pusillum etignobile : crescenlis ad haec Infanlis paopertatem , et famem , et sitim , et langnorem de via : et post haec passionera ab omnibus decantatam ; alapas in maxillam inconcussas : terga flagris discissa , crucera , clavos , fel , acetum , mortem. Et taraen , cura haec et similia narrent apostolorum sciipta , fîdem facinnt. ( Theod, , servaowïv., de Marlyribus.)
(r) Misera est ignominia jadiciorom pahlicorum , misera mnlatio bonoram, raisernm exilinra , sed tamen in orani calamirale retinetur aliquod \€sJigium libertatis. Mors denique si proponitur, in libertate moriaranr. Carnifex autem , et cbducho capitis, et nomen ipsnm crucis , absit , non modo a cfprpore civinra romanornm , sed eiiam a cogitatione, oculis , auribus. Hariim enim omnium rerum , non solnm eventus atqne perpessiu , sed eliam conditio, expectat o , mei;tio ipso denique , intiigna cive romauo , alque homine libero est. ( Cicer. ^pro M, Rahirio , n° 5. )
occupés à réfuter cette objectiou de ses adversaires (1;. Les peuples voyaient avec dédain le commencement du christianisme dans la venue toute récente du Christ. Ils ne connaissaient pas cette chaîne de prophéties , qui font remonter l'origine de notre religion jusqu'à celle du monde , et qui lient le réparateur du péché au premier auteur du péché (2). Le respect naturel pour l'antiquité , le sentiment inné qui porte à révérer , comme des vérités incontestables, ce .qui est consacré par l'assentiment des siècles, les attachant à un culte dont l'origine se perdait dans la nuit des temps; les éloignait de celui qui , dans leurs idées , était sorti de terre depuis quelques jours.
XXXIX. Le troisième obstacle que nous avons observé dans les dispositions des peuples à la propagation de l'Evangile était la corruption universelle de la morale ; et la morale évangélique était, par sa sévérité, la plus propre à augmenter encore , et à porter au plus haut degré cette difficulté. Les hommes se livraient sans retenue , comme sans scrupule , à toutes leurs passions; et la loi chrétienne ne tolère aucune passion, n'en ménage aucune, ne compose avec aucune ; elle
(i) Adversas haec igilur nobis negotiam est, adverses inhtitutlones njajurnm ; adversas vefustatem, consuetadinem , necessitatem , adversus exeiupia , prodigia , niiracula , quae omiiia aduîterinam islam divinitatem corroboraverunt. ( TertuU. ad Mat. , lib, it , cap. i.) Sed quod agiraas novura esî : quod autem apud vos priscuin est, et nimia; veîDslaiis. Ecquid istod vos javat, aut noslrain caosam , rationemque contrisiat ? (^/-«o^, adv. Gentes ^ lib. ii , cap. 71.;
(2) Errant igitur qui deoinm cultus ab esordio reruin fuisse contendunt ; et priorem esse gentilitatein, qiiam Dei religiunein ; qnam pnlant posterins inventani , quia fonlem et originera verilaiis ignorant. {Lactant., div. Instit. , bb. 11, cap. 14. ]
Nam res ipsa qnae nunc christiana rebgio nuncnpainr erat apad antiqaos , nec défait ab in'tio generis bnmani , qnonsque ipse Christns veniiet in carne. Unde vera religio quae jaiii erat , cœpit appellari christiana. {S. August. , retract, lib. 1, cap. i3. Vid. id. ep. cii, ad Deogratias , qnaest. secun. n° 12 . et serin. ccCT ; al. cix , de Div^ n"' I et 2. )
Dissert, sur la Relig. 19
ordonne de les combattre , de les réprimer toutes. Les hommes plaçaient leur bonheur dans leurs jouissances, dont ils usaient avec l'immodération la plus effrénée; et la loi chrétienne en prescrit impérieusement le sacrifice : elle ordonnait aux peuples, qui n'avaient jamais entendu ce langage , de remplacer les agréments du luxe par les rigueurs de la mortification, d'enchaîner les projets de l'ambition dans les liens de l'abnégation , d'abaisser les prétentions de l'orgueil sous le joug de l'humilité, d'étouffer les fureurs de la vengeance dans les embrassenients de la charité , de répandre les trésors de l'avarice dans les profusions de l'aumône , d'éteindre le feu de la volupté par les larmes de la pénitence. Se faire chrétien, était commencer une vie diamétralement opposée à celle que jusque-là on avait menée avec une entière sécurité de conscience (1). Pour y engager les nations, il fallait changer leurs goûts, redresser leurs penchants, abolir leurs coutumes, plier leurs habitudes, anéantir eurs affections. La profession du christianisme était le renoncement à tout ce dont on avait fait son souverain bien, l'adoption de ce qu'on avait toujours regardé comme le coinble du malheur , le détachement de toutes choses auxquelles porte la nature , l'attachement à toutes celles auxquelles la nature répugne. Si on a tant de
(i) Praeterea antem quœ dicta snnt, aliud non levias erat qaod mntationera difficilem redderet. Ad consnetudinem enim , et ad pericula , id addas quod haec prsecepta onerosiora essent, et ea a qu;bus abdacebant levia et facilia. Nam a fornicatione ad oastijatem vocabant; ab nmore vitae ad inortetn , ab ebrietate ad jejuniam , a risu ad lacrymas et compnnctionein . ab avarilia ad paupeitatem , a securitate ad pe. ricala : et per omnia extremam exigebant accurationem. Nam ait : turpitudo et stultiloquinm et scurrilitas ne exeant ab ore vestro. Et bcec dicebant iis qui nihil aliud sciebant. qaam inebriari, ventri indalgere ; iis qui dies festos agebant non alio modo consistentes , qnam ex tnrpitndine, risu et universa comœdia. Itaque , non modo quod pbilosophiam exigèrent onerosa illa praecepta erant, sed quod hominibus proferientnr , qui in licentia , tuipitadine , stultiloquio, risu, iebns(ine comicis ediicati essent. (5. Joan. Chrysost. , in primam epist. ad Cor. ; Homil.vn, n" 3.)
peine à engager des hommes nés et élevés dans le seins du christianisme , et qui sont persuadés de sa vérité, à pratiquer dans leur exactitude ses saintes règles , quelle énorme difficulté ne devait-on pas avoir à y amener des honunes élevés dans des principes absolument contraires? Et }>armi les incrédules de nos jours, presque tous , tous peut-être , ne renoncent à la religion que pour secouer le joug onéreux de sa morale. Peuvent-ils de bonne foi imaginer qu'il fût dans la nature de déterminer à s'en charger , des hommes qui l'avaient en aversion par principes, comme par inclination et par habitude , et dans qui l'horreur naturelle pour la double mortification des passions et des sens, était soutenue par le préjugé antique , fortifiée par l'exemple universel et consacrée par celui des dieux (1)?
XL. Enfin le préjugé national, né de la politique et entretenu par elle, qui attachait l'universalité des peuples au paganisme, eût suffi lui seul pour les détourner d'embrasser notre religion. Le sacerdoce et l'empire étaient réunis dans la même main; le christianisme les séparait. A côté du trône des Césars il élevait la chaire des pontifes. Il établissait vis-à-vis de la puissance civile une puissance spirituelle, non pas opposée sans doute, mais qu'on pouvait, dans les idées mondaines, craindre qui ne le devînt, et que malheureusement on a trop souvent, au préjudice de l'une et de l'autre , regardée comme rivale. Les immenses prospérités de l'empire romain étaient, dans l'opinion universelle, attribuées aux divinités qu'il adorait. Le sénat
(i) Etenim qnos rcmotis eliam vitiorum illecebris a malo avertere atque a deieriori parte ad meliorem tiadnceie difficile est. Quis tandem his, ut placidi et njocJerali sint, persaaserit : cura deos viliosaram affectionura duces ac patronos habeant : nbi vitiusnm esse, noix modo non turpe , sed bonorifuuru etiam existimalur? Ut pote deornin abqueiu fiefensorem ac pationniu as-iurciens, qui vitiosa bac affeclione laboret ; atque aris et saciiliciis ornatur ; legitiraamque libertatem nacta est. (^. Gregor. Naz. adv. Jiilianiim , Oiat, m , n" 1 15. )
était venu à bout de persuader que , lon^^temps avant, elles avaient été prédites par les sibylles. Comment faire adopter un Dieu qui proscrivait , qui réduisait en poudre tous ces dieux protecteurs? Et ce n'est pas ici un raisonnement de pure spéculation. Lisez les écrits des anciens, et vous verrez que c'était là une des difii^ cultes que les ennemis du christianisme lui opposaient. Tout ce qui était arrivé de splendeur à l'état , il le devait à sa religion (1) : tout ce qui arrivait de maux dans le monde , la religion chrétienne en était responsable (2). Pense- t-on que ce fut une chose aisée de faire revenir le peuple d'une prévention aussi générale, aussi invétérée, liée à d'antiques prophéties dont il croyait voir l'accomplissement?
(i) Sed qnam verum est fastigiam romani dominii religiositatis merilis deputare cum pobt impeiium sive adhuc regnum , auciis jam rebns, religio profeceiit. Nam etsi a Nurua concepta est curiositas snporstitiosa , nonduru taïuen , aut siruulacris, aut templis, res divi-
na apud Roiuanos constabat Noiidum entra tnnc ingénia Grae*
corum atqne Thaseorum fingendis simalacris urbein inundaverant. Ergo non ante religiosi romani quam magni : ideoqne non hoc magni qr.ia religiosi. ( Tertull. , apoL , cap. xxv.)
(2) Praetexentes ad odii defensionem illara quoque vanitatem , qnod existiment oîî.'nis public?e cladis , omnis popularis incommodi christianos esse in causa. Si ïiberis ascendit in mœnia ; si Nilus non ascendit in arva , si cœlum stetit , si terra movit , si famés , si lues , statim christianos ad leonem. ( Tertull. , ApoL , cap. xxxix. )
Qui nostrara omnibus modis doctrinam calamniantar , exiitimant causam tanise quae nnnc est rerum perturbationis eam esse, quod fideliura namerus increscit ; nec eos profligaridos purent prapsides , it snperioribus temporibus factitatum. ( Origen. contra Celsum, lib. m , n^ i5.)
Sed enim cum dicas plurimos conqneri quod bella crebrius surgant , quod Inès, quod famés seviant, quodque imbres et pluvias selena longa suspendant, nobis iœpntari : tacere ultra non oportet : ne jam non verecnndise , sed diffîdentiae esse incipiat quod tacemus : et dura criminaliones falsas contemnimus refutare , videaranr crirnen agnoscerc. [S. Cypriam. ad Demetriam.)
Cnm igitur haec itasint, nequeuUa irrnperit novitas, quae tenorem perpetunra rerum dissociata continnatione deduxeril , quid est istud qnod diciiur, invectam esse labtm terris, postquam religio chribtia-
SDR L.V RELIGION. 437
Il est doue certain que uou-seuleuieut la doctrine chrétienne n'était pas, par sa nature, propre à lever les obstacles qu'apportaient à sa propagation les dispositions des peuples , mais que sa nature même était un obstacle très-puissant à ce qu'elle se propageât.
ARTICLE m.
Les premiers prédicateurs de la religion chrétienne étaienlils choisis de manière à la faire admettre ou rejeter?
XLI. On conçoit aisément que le nom d'un auteur contribue à faire recevoir sa doctrine. Le rang, les talents, la célébrité donnent de l'influence sur l'opinion publique. Les anciennes sectes philosophiques devaient un grand nombre de leurs partisans à la réputation de leurs fondateurs , et il y avait telle école où la dernière raison qu'on donnait d'une assertion, était : Le maître Ta dit. Et ne pouvons-nous pas observer aussi que ce sont les funestes talents, la déplorabk célébrité de plusieurs des chefs de l'incrédulité , qui attirent dans leur parti un grand nombre d'esprits superficiels, qui, incapables de toute étude, se font un point d'honneur de penser comme ceux dont ils admirent le génie ? Examinons donc ici quels étaient ceux qui les premiers ont répandu l'Evangile dans le monde. Voyons s'ils étaient tels , qu'ils dussent naturellement opérer la grande révolution qui a suivi leur prédication , ou si ,
na intallt se ranndo , et verifatis absconditae sacramenta patefecit. Sed pestilentias , inqaiunt, et siccitates , fragiiru inopiam, locustas , mures, et grandin«es, resque alias noxias , quibus negotia incursantar humana , dii nobis important , injuriis veslris atque offensionibu3 exaspérât!. (^Arnob. adv. Gentes ^ lib. i, cap. 3. )
lUis enim qai contra christianara fîdem querelas impias jactare non qniescunt , dicentes quod anteqnani ista doclrina per raandum praedicaretnr, tanla mala non patiebatar genns humanura , facile est ex evangelio respondere. (5. Aug. epist. cxi j al. cxsii, ad Victorianiim , n° 2 . )
au contraire , leurs personnes n'étaient pas un obstacle naturel à leurs succès.
XLIÏ. Où Jésus-Christ trouve-t-il les instruments propres à l'exécution de son vaste projet? Où va-t-il clierclier les hommes qu'il charge d'aller jusqu'aux extrémités de la terre , faire adopter sa religion à toutes les nations? Choisit-il, parmi ceux qui ont reçu sa doctrine, des hommes doués de génie, puissants en éloquence, ornés de connaissances? Envoie- 1- il un Joseph d'Arimathie, un Nicodème, un Nathanaèl , qui sont entre les chefs du peuple , et dont le nom et les lumières pourront donner du poids à leur.enseignement? Non. Pour l'entreprise la plus difficile que la terre eût ' jamais vue, pour faire abjurer à tous les peuples du inonde une religion à laquelle ils tiennent par tous les genres de liens , pour leur faire adopter universellement une doctrine qui répugne à toutes leurs pensées comme à toutes leurs affections , il ramasse sur les sables de la mer , dans dés comptoirs de péagers , douze hommes de la dernière classe du peuple , de l'intelligence la plus bornée , dépourvus d'éducation , n'ayant aucune notion des premiers éléments des sciences, aucune idée des arts, aucune teinture des lettres (1). Yoilà les hommes à qui il donne la mission de changer la face de l'univers. Ils sont faibles et timides; à son premier danger ils l'ont abandonné lâchement ; le chef qu'il leur donne l'a
( I ) T'Iegit discipulos quos et apostolos nominavit , humiliter natos , iniionoiatos , illiteratos , ut quidquid magnum esseat et facerent , ipse in eis esset et faceret. {S. Augiist. de Civit. Dei , lib xviii ^ cap. 49. )
Praedicatores infimes , abjectosque habere studuit , qui fidèles populos ad spiritalis patriae aedificia superna colligerent : Unde in evangelio Dominus Nathanaelem laudat ; nec tamen in sorte praedicantium nuœerat : quia ad praedicandum eura taies venire debuerant , qui de laude propria nihil habebant : ut tanto solidius veritatis esse cognosceretur quod agerent , cpianto et aperte cerneretur quia ad id agendum per se idonei non fuissent. Ut ergo mira potestas per prsedicatorum linguas elucesceret, nrius uiirabilius actum est ut eorumdem praedicantium meritum nullum esset. (^S. Gregor. Mag. Moral. ]JLb. xxxin, «ap. 16, n° ,^3.)
même formellement renié : et c'est à eux qu'il ordonne de braver toutes les persécutions, tous les supplices qu'attirera sur eux leur prédication (1;. Ils sont grossiers et delà plus profonde ignorance, ne sachant que la langue de leur pays; et ce sont eux qu'il envoie défier les génies les plus puissants et les plus exercés, et confondre^ dans toutes les langues , les plus habiles philosophes du siècle le plus éclairé.
XLIII. Quelle énorme disproportion entre l'ouvrage qu'entreprend Jésus et les instruments qu'il y emploie {2)1 Son intention est-elle donc de rendre son
(i) Sed quae tandem vox laudis ejus andiri effîcienda est, neque e^ quod credentium animos posuerit in vitam , quod apostolicae prsedicationi, et martyrum confession! constantiara et perseverantiam largitna sit coniitendi ; quorum discursibus orbem terrce , quibusdaiu quasi
pedibus, cœlestis regni praedicatio transcnrrit Non enim huma-
narum comminationum terriculis apostoli deflexi sunt ; neque firmitas pedum insistentiam a fidei gressu commota est , qui super judicii et regni aeterni dominum praeàicarent. {S. Hilar., Tract, in psalin. lxv, n'^ 19.)
(2) Cum enim cogitasset îd quod nulltis unqtiam cogitavit, proprias leges , novamque doctrinam , in omnes disseminare nationes , omneqnf hominum genus eam docere pietatem quae unum sapremum Deum veneratnr, hujusce rei se niagistrum exhibera , omnium maxime agrestibus , maximeque ignobilibus putavit sibi esse utendnm hujtis consilii ministris : utpote cum verisimile sit illum censuisse praeter omnium rationem haec se facturnm. Quo enim pacto qui ne deducere quidem os idonei erant , saltem uniuscujuspiam hominis prarceptores fieri potuerunt ; nedum virorum conventos. Quomodo autem multitudinem alioqui erat instruere, qui ab omni eruditione abhorrebant. Ac hoc quidem fecit , quod et divinum consilium , et vim divinam , quae in iUis et cum ilUs ipsum opus obihat , declararet. Ergo cum illos vocasset , tum primum dixit : venite^ sequirnini me : et faciam vos piscatores hominum. Cum vero jam illos sectatores esset adeptus , divinaque sua vi afflasset , roboreque atque animi confidentia complesset , jamque velnti qnoddam vere Dei verbum ipseque Deus tantorum auctor miraculorum inteUigentium rationaliumque animarum creatores illos constituisset , remque ipsam atque efficaciam voci ilh qua dixerat : venite., sequimini ine^ et jaciam ^os piscatores hominum , simulque et operarios et magistros pietatis illos fecisset, tum in omnes gentes dimisit , suaeqne doctrinae praecones declaravit. Quis autem non stupescat ? Quis non incredibile merito ezistimet id quod omnem fidem superai miraca^
440 DISSERTATIOiNS
grand dessein, déjà hérissé de difficultés si énormes, plus impraticable encore? Oui, ce sont là véritablement ses vues. Il choisit, ce sont les apôtres eux mêmes qui le disent, ce qu'il y a de plus inepte dans le monde pour confondre tous les saj^es du monde ; ce que le monde a de plus faible , pour triompher de ce qu'il y a de plu5 fort; ce que le monde re^jarde comme le plus vil et le plus méprisable, ce qui n'existe en quelque sorte pas à ses yeux, pour abattre ce qu'il y a dans le monde de plus grand (1). Nous voyons le résultat de ce combat d'un genre tout nouveau, entre la simplicité et la dialectique la plus sublime , entre l'ignorance et l'érudition
lam ? ^Xiillus certe eorum qui unquam alicujns claritatis inter homines fuerunt , non rex , non legum inventer , non philosophas , non graecus, non barharus , hujusmodi quicquam cogitasse narratur : ac ne somniasse qnidem ahquid quod ad hoc proxime accédât. Satis enim superque unusquisque tahum semper habuit, dummodo in sua regione institutura suum propositumque compleret , et quae bonae utilesque vitae essent leges eas in una salteiu sua ipsius gente sa n cire ac tueri posset, At hic noster nihil mortale aut humanum moUtur. Considéra vero cum rursus tanquam vere Deus vocem emiserit , nhi suis iUis adeo ignobilibus ad verbum dixit discipulis : euntes ^ docete omnes gente s. Quid ? Si discipuU , ut fit , suo praeceptori respondissent , ac disissent : Quo tandem modo istud a nobis lieri poterit ? Quoinodo E-Omanos, exempUgratia, publiée docebimus? Ouomodo autem jEgyptios alloquemur ? Qua vero hngua homines unam syriacam vocem audire soliti , apud Graecos utemur ? Qua apud Persas , Armenos , Chaldaeos, Scythas, Judos, ac denique omnes quascumque offendemns barbaricas gentes ? Quomodo iUis pei-suadebimus , ut deos quidem pa» trios deserant , unum veio omnium quaecumque sunt Deura opiiicem colant ? Qua porro dicendi vi freti , tantum facinus aggrediemur ? Quae autem perficiendi spes aderit hominibus , qui leges figere audeant contrarias legibus quascumque omnes gentes de patiiis diis a condito aevo servaveiint ? Quibus tandem copiis, et qua vi nobis hceat isti audaciae superesse? {^Eiueh. , Démons. Evang. , Ub. m.)
( I ) Quae stulta sunt mundi elegit Deus , ut confundat sapientes ; et infirma mundi elegit Deus , ut confundat fortia : et ignobiUa mundi et contemptibiha elegit Deus, et ea quae non sunt , ut ea quae sunt destrueret. ( r. Cor. i, 17, 28.)
Infirma mundi elegit Deus , ut confundat fortia : ignobUes vocavit ut nobiles vinceret ; piscatores elegit ut reges subjugaret. ( S. Gregor. Magn.^ Expos, in 7 psalm. pœnit. inS psalm., n° 2 3. )
SUR LA RELIGION. 44l
la plus profonde , entre la grossièreté et l'éloquence la plus brillante (1). Riches, pauvres, nobles, rois, savants, orateurs , philosophes, tout a fini par venir se prendre dans le filet des pécheurs (2). Figurez -vous , cette comparaison est de St. Chrysostôme, douze hommes sans armes et faibles de corps , se jetant aumiheu d'une nombreuse multitude de guerriers armés , ne recevant aucun mal des traits innombrables qu'on leur lance , et sans autres armes que leurs mains, vainquant leurs ennemis , tuant les uns , amenant les autres captifs. Direz-vous que cette victoire est due à une force humaine? Mais, ajoute le saint docteur, le triomphe des apôtres est bien plus admirable encore. Il est moins étonnant de voir des hommes nus n'é-tre pas blessés, et vaincre leurs nombreux ennemis , que de voir des hommes sans connaissances , sans lettres, de simples pécheurs, devenir les lumières du monde en surmontant de si énormes obstacles , et n'être arrêtés dans leur marche , ni par leur petit nombre , ni parleur pauvreté, ni par leur ignorance , ni par leur timidité , ni par l'universalité des anciennes coutumes , ni par la grande sévérité de la doctrine qu'ils prêchent , ni par les morts cruelles dont ils sont à chaque moment menacés, ni par l'immense multitude de ceux qui sont engagés dans l'erreur, ni par l'autorité imposante de ceux qui les y
(r) Elegit qnippe stalta mundi, ut confundat sapientes. Prias namque collegit indoctos , et postmodum philosophos ; et non per oratores docuit piscatores , sed mira potentia per pLscatores subegit oratores (S. Gregor. Magn. , Moral. , lib. xxxiit , cap. i8 , n° 35.)
Çii 111e qui discipnlos suos fecit piscatores hominum intra retia sua omne genus auctoritatis inclusit. Si multitudir.i credendum est , quid copiosius ecclesia toto orbe diffusa ? Si divitibus credendam est , attendant quoi pauperum millia. Si nobilibus intus est , jam pêne tola nobibtas. Si regibus, videant omnes subditos Christo. Si eloquentioribus , doctioribus , prudent ioribus inlueantur, quanti oratores , quanti periti, quanti pliilosophi hujus mundi ab illis piscatoribus irretiti sunt, ut ad salutem de profundo adtraherentur. (6\ August. serm. 4 ; al, de Div. lxiii, n° 4. )
ont entraînés (1). Nous le disons aux incrédules avec confiance : Plus vous ravalez et avilissez les apôtres , plus vous relevez leur courage. Plus vous faites sentir leur incapacité, leur inipuissance à établir la religion, plus vous prouvez qu'elle a été établie par une puissance supérieure à la leur (2). En supposant avec vous
( I ) Dei enim , si duodecim viri rei militaris imperitî , in armatam pugnatorum innumerabilium aciem irrumpentes , non inennes tantum, sed corpore infirmi , ab illis nihil maie paterentur , neque innumerabilibus telis impetiii sauciarentur : babentes autem tela infixa corpori nudo omnes prosternèrent , non armis utentes , sed manu ferientes , deinde alios occiderent , alios captivos abducerent , nullis acceptis vulneribus ; an quis diceret rem talem gestum humanum esse ? Atqui apostolorum tropœum longe illo mirabilius est. Longe enim mirabilios est quam nudum non vulnerari , quod imperitus, et illiteratus atque piscator, tantum superet gravitatt-m ; ac neque a paucitate , neque a paupertate , neque a periculis , neque a praevia consuetudine , neque a severitaie rerum quas praecipiebant , neque a quotidianis mortibus , neque ab eoi-um qui decepti fuerant multitudine , neque ab eorum qui deceperant auctoritate impedirentur. (S. Joann. Chrysost. , in ep. primam ad Cor. Homil. m , n° 5. )
(2) Adstruamas igitur pisraforis artem frequentias , ut plenius de virtute credaraus. Fuerit minister ignobilis , nt sit evangelista nobilior ; paupertate egenus , ut virtute locupletior. Yilis ad honorem videatur , sed pretiosus ad fidem. Quanto minus creditur piscatori , tanto amplius creditur : quia non sua , sed divina sunt quae locutus est. Obsequitur plebea conditio : expectationem aufert sapientiae sascalaiis ; opinionem auget sapientia spiritalis. Qui legem non didicit , et quae legis sunt sapit , ipse sibi lex est. Qui legem non didicit , et ultra legem loquitur , ab eo accepit a quo lex venit. (5". Amhros. de Virgbntnte , cap. xs , n° iSa.)
Et cum dixerint iUos agrestes fuisse apostolos , non addamus etiam fuisse indoctos , ilUteratos , pauperes , viles et obscuros. Non sunt haec maledicta apostolis illata : sed ad illorum gloriam cedit , quod taies cum essent, toto orbe terrarum fuerint clariores. Hi enim idiotae, agrestes , indocti , sapientes illos , potentes tyrannos qui divitiis , gloria , et extemis caeteris rébus fruebantur et gloriabantur quasi nec viri essent , profligarunt. Unde palam est magnam esse crucis potenti;im ; et ba?c non humana vi facta esse. Non enim bumanae naturae sunt illa ; sed supra naturara patrata sunt. Cum autem supra naturam , et admodum ultra naturam quaedam effîciuntur cum decoro et utilitate , palara est illa ex divina quadam virtute operatione facta esse. (5. Joann. Chrirsost. , in epist. primam ad Cor. homil. rn, n" 4-)
qu'il n'y a eu, pour opérer cette immense révolution , que des moyens naturels , c'est, qu'on me pardonne cette expression, une ridicule absurdité à Jésus-Christ d'en charger des hommes tels que les apôtres : c'en est une autre tout aussi révoltante que des hommes tels que les apôtres aient osé l'entreprendre (1). Mais ce qui est plus inconcevable , ce qui répugne plus encore que tout le reste , c'est que des hommes tels que les apôtres aient réussi, et que l'univers entier se soit soumis à eux. Au contraire , en admettant , comme Jésus-Christ l'annonçait, comme les apôtres le publiaient, comme le monde l'a reconnu, que c'est une puissance surnaturelle qui se déploie, Jésus-Christ, les apôtres, le monde agissent raisonnablement. Il n'avait pas besoin de choisir des hommes doués de talents et de connaissances , celui qui avait droit de leur dire : Quand vous serez interrogés , ne vous mettez pas en peine de ce que vous aurez à répondre. Ce ne sera pas vous qui parlerez , ce sera l'Esprit divin qui parlera par vous (2). Il leur était inutile d'étaler dans leur prédication les discours persuasifs de l'éloquence humaine, à ceux qui avaient reçu le pouvoir de montrer les dons de l'Esprit saint , et la
(i) At illi non modo exempla non liabebant qoeis se superataros sperarent ; sed etiara habebant qood saperaturi non essenr. Multi namqoe qui innovare tentaverant extincti faerant. Non de Graecoram rébus loquor : illae qaippe nondum erant, sed de ipsi* Judaeis eodem tempore, non cuin duodecim horainibns , sed cnm magna muitiiudine res aggressis. Nara Theudas et Judas magnos habentes boininum cœtns , cum discipulis perierant. Et ex bis exempiis ortus timor poterat ilios deterrere , nisi admodum persuasi fuissent sine divina virtute non posse quempiam superare. Quod si e»iam se vincere posse sperabant , qua spe folti tanta adiisscnt pericula nisi ad futnra respexissent ? (^S. Joann. Chrysost. , in epiit. primam ad Cor. homil. V , n° 3.)
(i) Cum auiera tradent vos , nolite cogitare quomodo ant qnid loqaimini. Dabitnr enim vobis in illa hora quid loqaamini. Non enim vos estis qui loqaimini. Sed Spirilus Patrîs vestri qui loquitur in voh\s. (Mattk. X, ig j ao. )
force divine (1). Il ne leur était pas nécessaire d'examiner quels étaient les discours des apôtres , à ceux qui voyaient leurs œuvres miraculeuses (2).
XLIV. Jésus-Christ a choisi , po ur établir sa religion , des hommes à qui tout manquait pour un aussi grand ouvrage. Quel a donc pu être son motif? Il n'en a eu, il n'a pu en avoir d'autre que celui que déclare son apôtre : il a voulu que l'établissement de sa religion ne pût jamais être attribué à la sagesse humaine , mais manifestât clairement la force de Dieu (3). En donnant à la terre sa religion , il s'est proposé non-seulement de la répandre dans tous les pays , mais de la perpétuer dans tous les siècles. Son intention a été que l'établissement même de la foi fût dans tous les temps la confirmation et la preuve de la foi. Il a cherché exprès , pour fonder sa religion, les hommes qui en étaient les plus incapables , afin que nous, qui dans la suite des siècles serions appelés à contempler ce magnifique ouvrage, n'y puissions trouver aucune trace d'une main humaine, et que nous vissions partont empreinte la main divine dont il est sorti (4).
(i) Sermo meus , et praedicatio mea , non in persuasibilibas hamanae sapieniiae verbis , sed in ostensione spiritas et virtutis. ( i. Cor. II, 4.)
(2) In quibus (apostolis) syllogisraos Aristotelis contoitaqne Chrysippi acumina resurgens mortuas confatabat.. ( S. Hieron. epistola xxxrir , ad Pammachium. )
(3) Ut Hdes vestra , non in sapientia hominum , sed in virtate Dei. ( I. Cor. xi, 5.)
(4) Ergo ad haec respondeo : qui prudenter et candide res ab apostoiis Josu gesta possunt exarainare , iis œanifestum fîeri hos divina virtute roboratos fuisse oportere , ut edocerent christiaiiam religionem , et homines verbe Dei subjicerent. Non enim iis seoundnm artes graecorum dialeciicas , aut rhetoricas discendi facultas et disserendi ratio inerat, qoa aaditores sibi conciliarenf. Atque etiamsi Jesas elegisset, et doctrinae suae ministres adhiboisset eos qui multomm opinione sapientes babentur , et aat cegitandi subtililate , aut sermenis facundia muliitudinis plaasus captare pessnnt , jnxla, mee quidero
ARTICLE IV
Les moyens emjiloycs par les apôtres étaient-ils, par leur nature, propres à favoriser ou à empêcher la propagation de la religion ?
XLV. Oublions pour un moment ce que nous venons de dire de l'incopacité profonde des apôtres ; supposons-
jodicio , suspicio fnisset simili cam ratione atque via qua philosophr sectae cajuspiam anctores usi snnt ; neque quod piomissum est de doctrinae ejus divinitate videretur adimpletum. Nam seinio et piaedicatio fuissent in persuasione illius sapienliae , quae verborum lenocinia , et aptae compositionis blanditias affecta* : et fidf s hsRC nostra perinde ac ea qnam sui dogmatis babent hajusrûodi ph.losopbi faisset m sapientia hominitm et non in virtute Dei. Nunc antem ecquis est , qui cum videt piscatores et pubKcanos, vel primornm elementorom imperitos , id enim de illis scriptura testaînr , et Celsus ipsis inscitiam suam vere dtscribentibus crédit), confîdenter de fide Jesu adjungenda : non modo apnd judaeos dispntave, sed eliam apnd reliquas gentes prospère Jesum annuntiare , non qiiaesierit onde illis inesset persuadendi facultas. Neque enim erat vulgaris. Ecquis non dixerit Jesum in apostolis divina quadam virtute execatum fuisse quod bis promiserat verbis : venue post me ; faciam vos piscatores hominum. ( Origen. contra Celsiim , lib. i, n° 62.)
Admirabiles illi , prorsusque divini apostoli Servatoris nostri.cum essent vita quidem et moribus castigatissimi, et omnibus virtutibus ornati , sermeine an!em ipso rudes essent atque incnlti , freti divina et mirillca virtute ipsis a Servatore concessa , attificioso verborum ornatu magistri sui praîcepta exponere, neque noverant , neque item conabantur. Sed adjuvantis ipsos Spiritus sancli demonstratione et virtute Christi, quae per ipsos plurlma perpetrabat miracula , tantummodo utenles , notitiam regni cœlorum orbi terrarura nuntiabant. {Euseb.^ Hist. Eccles.Xih. lu, cap. 24-)
Vocavit discipulos siios et eîegit diiodecim ex ipsis , qnos ad pro» pagandum anxilium salutis bumanae per tenavam orbem satores fidei destinare. Simul adverte cœleste consilium. Non sapicntes aliqnos , non divites, non nobiles, sed piscatores et publicanos qnos dirigeret, elegit : ne tradoxi^se prndentia , ne redemisse divitiis , ne potentiae , nobilitatisque auctoritate, traxisse aliquosad suam gratiam videatur ; m veritatis ratio, non disputations gratia praevaleret. {S. Ambros. , Expos, evang. Liicœ ^ lib. v, n" 44-)
N?ra tum demum Dei vis mox'nie elucet , cura per viles et abjec-
les, au contraire, contre l'évidence, contre l'opinion même de nos adversaires, des hommes profondément habiles, des imposteurs de l'adresse la plus raffinée. Examinons connnent s'y prendraient de tels hommes pour répandre une doctrine nouvelle; cherchons les moyens qu'ils employeraient pour lui attirer des sectateurs. D'abord, ils travailleraient à se donner à eux-mêmes du relief, et à accréditer leur prédication par la considération personnelle qu'ils se concilieraient; ensuite ils aul'aient soin de composer une doctrine analogue aux idées les plus généralement reçues, et que l'on pût aisément goûter. Ils la prôneraient comme conforme à la saine raison; ils la produiraient avec précaution, d'abord, dans les lieux où ils espéreraient trouver le moins de difficultés; ils pourraient même, selon les circonstances, ne la produire que peu à peu , par degrés , et successivement dans ses diverses parties. Voilà les seuls moyens raisonnables , les seuls cjui soient dans la nature , pour répandre et faire adopter une doctrine nouvelle et fausse. Des fourbes habiles , tels que dans ce moment on suppose les premiers prédicateurs de l'Evangile , ne pourraient pas en adopter d'autres. Tout plan, contraire à celui-là les éloignerait évidemment de leur but, le leur fei'ait certainement manquer. Lors donc que nous voyons les apôtres employer précisément tous les moyens con-
tes ingénies res patrat. Ac proinde in alio etiarn loco aiebat : Virtus mea in injirmitate perficitur. Qui in veteri qnoqae testamento per
calices et muscas lotos barbaroium exercitas in fagam vertebat
Eodeni ilaque modo , hic quoqne missis solum duodecim viris de orbe victoriam adeptus est. Idqne etiam cuni sibi infesla omnia haberent , ac bello in omnibns vexarenlur. Dei ergo potentiara admilemur et adoreraus. Sciscileinur a Judaeis ; sciscitemar ex gentilibos , qnisnam nniverso leirarura orbi persuaserit al a patriis inslitulis abscederet, atque ad alteraui viveadi rationem sese conferrel. Piscalor , an tentoiiorom effeclor ? Publicana* , an indoctas et litlerariitn expers ? Quam anlera ralionern haberet , nisi vis divina fuisset , qaae per illos omnia conliceret ? (5. Joan. ChrysosV ^ in episC. secundam ad Cor. , homil. viit, u° 4-)
traires à ces moyens que présente la nature , que prescrit le bon sens, il faut en conclure que , s'ils étaient des imposteurs , ils étaient des imposteurs bien maladroits. Mais leur prodigieux succès ne permet pas qu'on les taxe de maladresse. En un mot , ils n'étaient ni des fourbes habiles, puisqu'ils prenaient toutes les mesures qui devaient les écarter de leur objet , ni des fourbes imbéciles, puisqu'ils ont converti le monde. Ils n'étaient donc pas des fourbes , des imposteurs. Nous devons donc croire ce qu'ils ont dit, que c'était par une force divine qu'ils agissaient.
XLVI. Nous avons à prouver le fait, c'est-à-dire, que tous les moyens dont nous venons de parler, qu'auraient pris des hommes agissant d'après les lumières de la raison, non-seulement n'ont pas été suivis, mais ont été contrariés en tout point par les apôtres , et que leur marche a été diamétralement opposée à toutes les idées de la sagesse humaine. Cette discussion nous ramène à des choses que nous avons déjà traitées, mais sur lesquelles il est nécessaire de revenir.
XlVII. Nous avons vu que , loin de chercher à se donner du relief dans le monde , les apôtres ont i^pporté , avec une sincérité qu'on ne voit dans aucun autre écrivain, tout ce qui pouvait leur nuire dans l'opinion de ceux à qui ils parlaient ; qu'ils faisaient ces aveux spontanément ; qu'ils n'y étaient pas obligés par la suite de leur narration ^ que l'histoire évangélique ne serait pas moins complète , quand ces aveux ne s'y trouveraient pas; enfin , que sans eux nous ignorerions ces circonstances humiliantes pour eux (1). Etait-ce un moyen de se faire valoir aux yeux des peuples , que de publier, comme ils le faisaient , leur basse extraction , et leur premier métier qui les éloignait de toute instruction?
Quelle idée donnaient-ils d'eux aux auditeurs, quand ils racontaient leurs propres imperfections et leurs dé-
fi) Voyez deuxième Dissert. , part, 2 , chap. i, n^ xiii, page 224.
fauts, leur ambition qui aspirait à des grandeurs, leur jalousie qui excitait entre eux des querelles pour les places du royaume de Jésus-Christ , leur jactance loin du danger; leur lâcheté dès qu'il était commencé ? Engageaient-ils bien puissamment à adopter leur doctrine , quand ils racontaient qu'eux-mêmes ne l'avaient pas comprise, lorsqu'elle leur avait été enseignée , tant ils étaient bornés? Si on veut s'obstiner à soutenir que ce sont là des charlatans , il faut dire que ce sont des charlatans d'un genre bien extraordinaire , tels que jamais on n'en a vu, et que probablement on n'en reverra jamais; qui, pour se faire croire, imaginent de débiter tout ce qui doit leur ôter créance; qui, pour se faire chefs d'une grande révolution dans le monde , commencent par s'avilir eux-mêmes, et par rapporter sur leur propre compte ce qui peut leur faire perdre toute considération et toute estime.
XLYIII. Ainsi dégradés aux yeux du monde , quelle est la doctrine qu'ils viennent lui apporter? Nous l'avons encore vu (1); c'est la doctrine la plus faite pour être rejetée par le monde, la plus diamétralement opposée à toutes les idées alors reçues dans le monde , la plus propre, par la sévérité de sa morale , à révolter le monde profondément corrompu , et par l'incompréhensibilité de ses dogmes, à dégoûter le monde engoué de ses propres lumières.
Et cette doctrine si nouvelle, si opposée à tout ce que l'on pense, à tout ce que l'on aime, ils ne mettent aucune adresse à la publier ; ils ne cherchent point à pallier l'incompatibilité de leur morale avec tous les principes qui dirigent alors les actions humaines. Ils veulent, dit-on , séduire le monde ; et pour y parvenir , ils commencent par déclarer nettement qu'il est impossible de servir Dieu et le monde (2) ; que le monde est l'en-
(i) Voyez ci-dessns, article second, page 428.
(a.) Non potestis Deo aervire et mammonae. Luc. xvi , i3.)
nemi de Dieu (1) ; que la sagesse du monde est opposée a celle de Dieu (2) ; que c'est un devoir de ne pas aimer le monde et tout ce qu'il renferme , parce que tout ce qui est dans le monde est criminel (3). Afin de se rendre agréables à leurs auditeurs et de capter leurs suffages , ils leur prescrivent , sans aucun ménagement , de renoncer à tout ce qui leur est cher et sacré. Préjugés^ inclinations , mœurs, habitudes, affections, religion, ils ordonnent impérieusement de tout déposer. Ils parlent de même, sans feinte et sans détour , des mystères qu'ils annoncent. Ils conviennent nettement que la religion d'un crucifié est une folie aux yeux des nations (4)^ et ils exigent que les nations y croient. Ils reconnaissent que leur prédication doit paraître une folie (5) , et ils prétendent que c'est le seul moyen d'être sauvé. Ils déclarent que ce qui semble raisonnable aux hommes est aux yeux de Dieu une déraison , et que ce qui est insensé devant Dieu est pour les hommes une sagesse (6) : et par une telle prédication ils imaginent de convertir, et ils convertissent en effet des hommes enthousiasmés de leur prétendue sagesse.
XLIX. Et où vont-ils prêcher avec tant de maladresse et si peu de ménagement une doctrine ainsi faite pour rebuter leur siècle? C'est précisément dans les lieux où
(i) Nescitis quia amicitia hajns mnndi Jnimica est Deo ? Qnicumqus ergo volnerit amicns esse saeculi hujns , inimicns Dei constittiitar. ( Jac , IV , 3 . )
(2) Sapientia carnis inimica est Deo. [Rom. vrii, 7.)
(3) INolite diligere rnnndnm, neqae ea qaae in raundo sunt. Si quis diligit mundum , non est caritas Patris in eo. Qaoniara omne qnod est in mnndo coneapiscentia camis est , et concapiscenlia ocalorum et saperbia vitae . quae non est ex Paire, sed ex luundo est, (i Joan. II , 16.)
(4) Praedicamas Christnm crnoifixum gentibaa stoltitiam. ( i.
Cor. I, 2 3.)
(5) Plaçait Deo per staltiliam praedicationis salvos facere' credentes. ( I. Cor. 1 , 21. )
(6) Nonne slultam fccit Dens sapientiam hnjas mundi....? Qaod smlturn est Dei sapientins est horainibui. ( i. Cor. i. 20 , 25.)
elle doit être le moins accueillie, et où ils doiveut trouver le plus d'obstacles à leur enseignement. Ils fondent leur religion sur des faits miraculeux ; et pour les publier, ils choisissent, nous l'avons encore vu, le temps où ils viennent de se passer , la ville où ils ont eu lieu , l'occasion d'une fête qui rassemble un grand nombre de témoins de leur réalité ou de leur fausseté (1). Ce n'est qu'après que ces faits ont été constatés par ceux qui le pouvaient aisément, qu'après qu'ils ont été crus par beaucoup de personnes , qu'après que la religion a été professée dans la région où elle est née, qu'après que plusieurs églises y ont été fondées , que les apôtres en partent pour aller , selon l'ordre de leur maître , de Jérusalem, de la Judée et de la Samarie, faire retentir leur témoignage jusqu'aux extrémités de la terre (2), Voyez ces hommes si faibles, si grossiers, se jeter audacieusement au milieu du monde, non pas dans les petites bourgades, où ils pouraient espérer de convenir des hommes aussi peu instruits qu'eux , mais dans les villes les plus célèbres , où les lettres sont le plus cultivées , les sciences le plus florissantes, la philosophie le plus en honneur; c'est là, c'est où ils trouveront plus de vicieux à réformer, plus de superstitieux à éclairer, plus d'incrédules à convaincre , plus de savants à confondre , plus de fatigues à essuyer , plus de dangers à braver , plus d'obstacles de tout genre à surmonter , qu'ils vont arborer l'étendard de la foi. Suivez Pierre à Antioche et à Rome , Paul à Eplièse , à Corinthe , à Athènes : partout où vous saurez que sont les lumières , les talents , les connaissances , c'est là que vous trouverez les apôtres (3).
(i) Voyez deuxième Dissert., part. 2 , cbap. i, n° xvi , p. 228.
(2) Eritis mihi testes in Jérusalem , et in orani Judaea et Samaria , ei nsque ad ultimum terrae. {Act. 1,8.)
(3) Sane dura ego mecum ia studio veritalis hojasce rei rationem exploro , nollam plane in ea vim ad probandum idoneam , neqûe grave quidquam aut fide dignum invenio , at ne piobabile quidem ; nsque adeo ut fatuum saltem quempiam illi in suam sententiam tra-
L. Je crois que le fait que je m'étais proposé de prouver, l'est complètement; savoir: que par la manière dont les apôtres s'y sont pris pour prêcher l'Evangile , ils ont ajouté de nouvelles difficultés aux difficultés déjà si énormes que présentait leur prédication. Il reste donc certain que non-seulement ils ont méprisé, rejeté tous les moyens humains, mais que même ils les ont mis contre eux , et qu'ils se sont fait des obstacles de tout ce qui aurait pu leur servir de ressources.
ARTICLE V
L* autorité publique était-elle favorable ou contraire à lu propagation du christianisme ?
LI. Le christianisme , pendant ses trois premiers siècles, a été constamment contrarié, et presque toujours persécuté par l'autorité souveraine. Cette vérité est évidente pour quiconque a la plus légère notion de l'histoire de ces siècles.
La religion chrétienne était encore concentrée dans la Judée , et déjà la fureur persécutrice, qui avait fait périr son auteur, se déployait contre elle. Dieu a voulu que, dès l'instant de sa naissance , avant qu'elle eût pu prendre aucune force, elle fût en butte à la rage de l'enfer , afin de montrer aussi clairement qu'il soit pos-
here possent. At rnrsns dum ad ipsias verbi potentiam respicio nt innnmerabilibas borninum couventibas persuaserit , atqae ut ab ipsis illls ignobilissimis, et agrestibas Jesu discipulis rmruerosishirriae ecclesiae constitutae sint , non in quibusdam ignotis atqoe obscuris locis , sedin clarihsimis civitatibus erectae , in ipsa , in'jnain , aliarum nrbiam regina roraana orbe , in Alexandrina , in Antbiochensi , per totam .Egyptiim ac Libiam , per Earopam atqae Asiam , in vicis et regiunibas , omnique modo variis gentibas ; rétro cogor necessitate qnadain ad ipsias rei causam inquirendam recnrrere , fateriqne , non aliter ipsos facinus tam audax obtinuisse, qnara diviniori quadam longeqae huinanam superante potentia. {Eusel/., demonst. Evang. ^ lib. m. )
sible , que ce n'était pas par sa propre puissance , mais par une vertu toute divine, qu'elle résistait aux terribles efforts de ses ennemis (1). A peine les apôtres ont-ils ouvert leur prédication , nous voyons le sanhédrin les menacer, s'ils osent la continuer, et, sur leur désobéissance, les emprisonner et les faire battre de verges (2). Bientôt après vient le martyre de St. Etienne (3) ; il est suivi d'une persécution qui disperse les fidèles dans toute la Judée (4). Saùl, depuis l'un des chefs du christianisme, l'est d'abord de ses persécuteurs (5). Bientôt le roi Hérode se joint aux Juifs , il fait périr par le glaive
(i)Qaot enim bella adversas ecclesiam concitata sont ! Quot exercitus instracti ! quae arma mota ! qaod non crucialus et supplicii gênas excogitatuni ; saitagines, catopaltae, lebetes , fornaces , lacus et praecipitia , bestiaram dentés, maria et prosciipliones , abaque tormentorum gênera, neque dictis memoranda , neque factis toleranda.... Nihil taraen boium dissolvit ecclesiam ; ac ne infirmiorem qtiidem reddidit. Atque id sa\ie mirum et incredibile , quod baec ex ipsis statim primordiis mota sunt. Nam si tune irruissent baec acerba, postquam radiccs jam egerat , et nbiqne terrarum plantatum erat evangeliara , hand perinde fuisset admirandum non fuisse subversam ecclesiam. Caeternm cum in ipso doctiinae exordio , nuper jacto fidei semine , teneris etiamnum auditorum mentibus , tôt bella eruperint , res nostras non sohim nulla ex parte fuisse diminutas , verum etiam mnltam accessionem adjunctam fuisse, hoc nimirum snperat orane niiraculum. Ne quis auiem dicere possit quod nunc ecclesia , post parem a regibus prat-bitam constituta sit , cura esset minor , cum videretur imbecillior , tune illam oppugnari permisit. Deus , ut ediscas , etiam quod nnnc in tuto sit, non tribaendum esse paci quam praestant reges ; sed a potentia Dei proficisci. (S. Joann. Chrjsost., contra Judceos , Orat. iv, n° 2.)
(2) Voyez Act. , cap. m et iv.
(3j Toyez Act. , cap.' vu.
(4) Facta est autera in illa die persecutio magna in ecclesia qaae «:at Jerosolymis : et omnês dispersi sunt per regiones Judeae , exceptis apostolis. {Act. viir, i.)
(5) Saulus autem devastabat ecclesiam , per domos intrans , et trahens vitos ac mnberes tradebat in custodiam {Ibid. 3.)
Saulus autera spirans minarum et caedis in discipulos Domini accessit ad principem sacerdolum , et petiit ab eo epistolas in Damascnm ad synagogas ; ut si qnos invenissel hujus vitae , vinctos perduceret in Jérusalem. {Ibid. , ix , 1,2.)
St. Jacques le majeur; il fait mettre en prison, pour le livrer au supplice , après la Pàque , Tapôtre saint Pierre (1) , qui est miraculeusement délivré (2;.
De la Judée, les apôtres vont se répandre dans les diverses nations, pour les convertir à la foi. La haine des Juifs les y suit (3). Ils écrivent dans tous les pays pour soulever contre eux les esprits. Ils sont la cause principale des contradictions que le ministère apostolique éprouve de toutes parts dans les commencements de la dispersion (4).
LU. Cependant le christianisme, triomphant de ces premiers obstacles , prend de tous côtés de nouveaux accroissements, et en même temps la rage de ses ennemis prend de nouvelles forces. Une scène de persécution bien plus désastreuse va s'ouvrir. L'orgueil philosophique humilié, les préjugés de tout genre combattus, les passions réprimées ont intéressé à leur cause les maîtres de la terre, plus vains , plus entêtés, plus corrompus encore que leurs sujets. Voilà les Néron, les Domitien , armés de toute leur cruauté, et poursuivant de toute leur puissance la religion naissante. Ici commence, pour durer pendant deux cent cinquante ans, entre l'empire et l'Eglise , une lutte d'un genre extraordinaire, que les siècles précédents n'avaient jamais vue, qui fera l'étonnement de tous les siècles qui sui-
(i) Eodem lempore inisit Herodes rex manns, ut affligeret quosdam de ecdesia. Occidit autem Jacobum fratern Joannis gladio. Yidens aateru quia placerei judaeis apposait at apprehenderet et Petrum. Erat antem dies azymomin. Qaem cam apprehendi.^set , misit ia carcerern, tradens quataor quaternionibas militum custodiendam, volens post pascha producere eum pupulo [Ibld i, 2, 3, 4> )
(2) Voyez Act. v , et suiv.
(3) Uude etiam nanc jadaei non moventur adversas gentiles , ad* versam eos qai idola colunt et Deura blasphémant, et eos non ('derant, nec indignantnr a vérins eos, Adversum cliristianos vero insatiabili odio feruntur, qni utique relictis idolis ad Deum conversi sont» (On'gen. in psa/m. xxxvi, horail.i, n° i.)
(4) "Voyez deasième dissert. chap. 2, n" m, note 3, page 267.
vront(l). Deux siècles et demi s'écoulent, sans que le glaive destructeur s'arrête. On compte , il est vrai , vulgairement , dix persécutions formelles ; mais on peut dire que réellement il n'y a eu qu'une persécution
(i) Historia rertim gestarcm manifesta est, nec explanalione indijjet. Ex lis laraen quae gesta &unt visibilibus , nostri dornini Jesu Salvatoris bella et triamphos quos egerit contemplamar : quamvis etiam in ipso haec visibiliter cernamus expleta. Convenerunt enim reges terrae, senatus popnlasque, et principes romani, nt expngnarent nomen Jesu, et Israël simul. Decreverunt enim legibus suis, ut non sint christiani. Omnis civiias, oranis ordo christianorura nomen impugnat. Sed sicut tnnc omnes illi reges contra Jesom nihil facere polnerunt, ita vel principes , vel potestates istae contrariae, nt non chrislJanorum genns latius ac profusias propagetar , obtinere non valebunt. ( Origen. in lib. Jesu Nav. , bomil. ix , n° lo. )
Possumus hoc et de persecntionibns quae nostro accidere popnlo, a diebas Neronis, de quo scribit apostolus, et liberatus est de ore leonis ^ usqne ad Maximini tempora dicere. (5. Hier on. ^ comm. in Jerem,, lib. iir , cap. i6*)
Idcirco bellum exarsit grave, omniumqne ssevissiraum. Omnia tumultu, perlurbationé ac seditione redundabant; urbes , omnes po« pnli , ac domns omnis, omnis regio , sive incolta esset, sive déserta, qnod nimirnm antiquae consuemdines labefactarentnr , et qaae tandia obtintierat anlicipata opinio convelleretnr , cam nova dogmata inveherentar, qaaî nemo onquam aodiverat, adversos ista saeviebant reges, indignabantur magistratus, privati tumnltaabantar , fora pertarbabantuf , tribunalia concitabanlur , slringebantur enses , arma parabantar, et leges succensebant. Inde supplicia, pœnae, minaeqae, ac cuncta commovebantnr qaae inter boœines gravia censentnr. Qaemadmodura cumiratum est mare atque infausta naufragia partarit , ni» hilominns in meliori erat in statu orbis terrarum, cum religionis causa fîlinm pater abdicaret , a socra nurus discederet, fiatres dividerentur, domini in famulos indignarentur, natura quodamn^odo in se ipsam seditione commota insnrgeret ; nec civile tantam , sed gentile bellam donios omnes pervaderet. Verbara enim, gladii in morem penetrans, et quod morbidam erat asano resecans, inagnam ubique seditionem, et contentionem excitabat : et effîciebat ut innnmerœ undique adversns fidèles inimicitiae , pngnapque insurgèrent. Hinc fiebat ut in carcerem alii detrnderentnr , alii ad jndicia raperentur, et ad viam quae ducit ad mortem : atque boruni qaidera bona publicabantur , illi vero patria et vit;, ipsa persaepe prîvabanJur : et ex omni parte , crebrius qnam nix décidât, malis obsidebatur. (5. Joann. ^ Chrys.^ homil. de Gloria in tribul.^ n° i.)
continuéfi pendant tout ce temps. Tous les empereurs n'ont pas donné des édits pour faire punir les chrétiens; mais presque tous, ou ont ordonné, ou ont souffert qu'on exécutât ceux de leurs prédécesseurs. A peine sur le grand nombre de princes qui ont occupé le trône depuis Néron jusqu'à Constantin, s'en trouve-t-il trois ou quatre qui aient défendu la persécution. On ne voit pas que le fanatisme atroce des gouverneurs de provinces, qui excédaient les ordres de leurs souverains, ait jamais été réprimé, et on connaît des martyrs sous presque tous les règnes (1).
(i) Namera qnot tyranni ab illo terapore adverses illam instruxerant aciem , qnot gravissimas persecutiones excitarant, qao in statu fides fnerit toto illo quod praeteriit tempore, quando recens plantata erat, quando teneriores erant bominum mentes. Gentiles erant imperatores, Aogastus , Tiberins , Caïus, Nero, Yespasianus , Titus, et post illum onines usque ad tempus beati Constantini imperatoiis : omnesqne illi alii minus , alii vehementius ecclesiam oppngnabant. OppjJgnabant tamen omnes. Qaod si qui eorum visi sunt mitius âgere , boc ipsura tamen qaod iraperatores palam in iinpietate viverent, materia bellorum erat : cum aUi , qui ipsis adulabanlur , graliam illoram captantes, ecclesiae bellom inferrent. (S. Joann. Chrys. ^ Homil. quod Christus si't Deus^ n° i5.)
Piscatorum vero et Pnbb'canorura , tentotiorumqne opificis leges , non' Gains, non Claudias dissolvere poterunt , nec illorura successor Nero. Hic enim, tametsi duos optimos législatures siistulerit (Perram namque et Panlnm interfici jussit), at leges cam legislatoribus non snstulit. Non Vespasianus , non Titus, non Domitianus ; quamvis multis ac variis maohinationibas eam ôppugnaret. Multos en^m qui se legibus iliis addixerant de medio sustulit, ornne tormentorum genns in eos intendens. Trajaims insuper, atque Adrianus veberaenter contra has leges insurrexernnt. At Trajanus Persarum quidem iraperiam suhvertit, Arraeniusque Romanorum freno subjecit, et scylbas nationes sceptrissuis parère corapulit : piscatorum tamen , suforisque leges abolere non potuit. Et Adrianus urben eorura qui Jesum crucitixerant funditus evertit : sed eos qui in illnm crediderant abducere ab ejus servitule non potait. Antoninns qnoqne qui Adriano sncccssit , et "Verus rjus lil.us multa et praeclara, devictis barbaris, trophœa excitaverunt , suoque jure vi%'entibus pi.pulis jugum romana?" ditionis imposuernnt : neque tamen eos qui salutare crucis jngum :)daraarunt; , aut vi , aat suasionibns irapulcrunt ut raissnra facerent quod adamaranf : quamvis illos, et m.ignis minis terrèrent, etpluii-
Jetons un moment les yeux sur les affreuses conséquences qu'entraînait la profession du cliristianisine. Se déclarer elirétien était, d'une part, s'assujettir à la pratique des vertus les plus austères, et de l'autre, se livrer au mépris qu'inspirent les vices les plus détestables. La foi des chrétiens était accusée d'athéisme (1) ;
mis sappliciis cruciarent. Atque nt Commodum , Maximinumqae omittam , caeterosque onines , qui ad Aurelianum usque , et Caruru Carinumque regnarunt, quis Diocletiani et Maxiraiani , Maxentii, Maximini, Liciniique contra thristianaru pietatem friror fuerit , quis ignorât ? Neque eiiim singulos isli, binosve au» ternos e christianis impetebant : sed plurimos gregatim, et millenos simul, et decies millenos triicidabant. Quibusdain etiam in urbibus plenas viiis et feminis et pueris ecclesias incenderunt : atque in ipso salulifer» passionis die in quo et passionis et resurreelionis dominicae raemoriam celebramus, omnes ecclesias quae in romanis finibus erant destruxerunt. Yerum illilapiduin quidem structuram , compagemque demuliti sant : «nimarum vero pietatem non sustulerunt. ( Theod. , serra, ix , de Legibus. )
(i) Inde ortnm est ut athei appellaremur, Atque atheoi quidem uos esse confitemur, si de opinatis ejusmodi diis agatur. Secus vero i\ de verissimo illo et jastitiae ac temperantiaf-, ac cœterarum virtutuni pâtre, nulla admixta vitiositate, Deo. (5. Justin.^ Apol. i, cap. 6. )
Vide igitur an possint qui talia edocentur indifferenter vivere , et in nefariis flagifis volotari, aut quod omnem impietatem superat, carnes humanas attingere. ( Theoph. ad Antol. , lib. m, cap. i. )
Tria nobis affingunt criraina; atbeismura, tbiesteas cœnas, œdipodeos concubitus. Quœ si vera snnt , nulli parcite generi : pœnas scelernm repetite : radicitus nos, cuni nxoribus et pueris delele si quis ferarnm ritu vivit. {Athenag., légat, pro Christ.^ n° 5. )
Nunc enim ad illara occultorum facinorum infaraiam respondebo , ut viam mihi ad manifestiora pnrgfm. Dicimur sceleratissimi de sacramenlo, infanticidii , et pabnlo ante et post conviviuni incestos , quod eversores luaiinum canes , lenones scilicet teiiebras tum et libi. dinnm irapiarum inverecundiae procurent. ( Tert. , Apol. , cap. vu.) Qua in re similis (Celsus) videtur esse judaeis, qui cnm primum cbristiana doteielnr religio, calomnias adversus illam spargebant , mactari a christianis puerum , ejns carnibns vcsci illos, et opéra tenebrarura peragere volentes, extinctis lurainibos , cum obvia qujiqne singulos commisceri. ( Origen. contra Celsum, lib. vi, n° 27.)
Et nos enini idem fuinius , et eadem vobiscura quondam adhuc cseci et hebeles seutiebamus, quasi christiani monstra celèrent, infantes
l^uis assemblées, des barbaries les plus atroces; leur culte, des dissolutions les plus honteuses. Tout chrétien était , aux yeux du peuple aveii^lé, un infâme ennemi des mœurs, un scélérat ennemi de la patrie, un rebelle ennemi des Césars , un impie ennemi des dieux.
LIV. Et ce n'était pas seulement au mépris public que les chrétiens se dévouaient; c'était avec le mépris, l'exécration générale qu'ils encouraient , les persécutions les plus violentes qu'ils subissaient. Un écrivain anglais a prétendu que le nombre des martyrs avait été fort exagéré (1). Ce n'est pas ici le lieu de discuter son opinion ; contentons- nous de renvoyer aux réfutations qu'en ont faites plusieurs savants , spécialement D. Ruynart(2). Mais ce que Dodwel reconnaît d'après les témoignages de toute l'antiquité, c'est l'atrocité des tourments infligés aux chrétiens. Les spoliations , les bannissements, les emprisonnements, la mort, sont leurs moindres supplices. Il n'est permis à leurs bourreaux de les faire périr, que lorsqu'ils se seront lassés à les tourmenter. Tout ce que la rage des hommes, guidée par les fureurs de l'enfer, peut inventer de tortures, est souvent réuni sur un seul chrétien. Tantôt on varie les tourments pour les faire plus douloureusement ressentir; tantôt on les suspend, pour se donner le plaisir d'en voir prolonger la durée. Le sexe le plus aible , l'âge le plus tendre, sont en proie à ces barbaries raflinées(3). Que l'on ne nous accuse pas ici d'exagé-
vocarent, couvivia incesta miscerent. (Minullus Félix Octawius , cap. XXVIII. )
Ergone impiae religionis sumas apnd vos rei , et quod caput reram el colamem venerabilibns adimas obseqoiis, ut convitio ulamor vestro, infaasti et albei nuncupamur ? {Arnob. adv. génies, lib. t, cap. 29.)
(i) Dodwel, dissert ationes cyprianicse: dissert, xi, de Paucitate Martyrum.
(2) Acta sincera martyram. Prcefatio.
(3) Et qoid tara longa nobis aniiqaoram exerapla revolviraus? la ocalis nostris saepe \idimns mulieres et virgines primse adhac aetatis,
Dissert, sur la Relig. 20
ration. Il n'y a qu'à relire le texte de Tacite que nous ivons rapporté ; on y verra Néron se faisant de sa cruauté un amusement, tantôt couvrir les clirétiens de peaux de bêtes pour les faire décliiier par les chiens, tantôt les attacher en croix, tantôt les enduire de matières enflammées pour éclairer ses jardins pendant la nuit(l). Libanius, philosophe païen , rapporte aussi les énormes cruautés exercées contre les chrétiens ; et il dit que l'enipereur Julien s'en abstint, parce qu'il en avait reconnu l'inulilité (2). Ces récits d'historiens, qu'on
pvo inurtTrio tyrannica perfnlisse lormenta , quibus ad infîrmitatera sexns novellse adhnc vitae fragilitas aHdebatur. {Origen. in librum Judicnin , Hoinil. ix, n° i.)
Gujus numéro nec virgines desnnt, quibas ad sexagenaiium fruclum ceiitenns accessit, quasque ad cœ'.estera coronam gloiia geiuiiia provexit. In pancis quseqae virtns major aetatc annos sucs confessionis laude transcendit; nt martyrii vestri beatum gregem , et sexus et aeias omnis ornaret. [S. Cyprian.^ epist. lxx.vii, ad Nemesiamim , et cceter. Mart. j
Beatas etiam feminas qnae vobiscam sont in eadera confessionis gloria constitatse , quae dorairicam fidem tenantes , et sexn sao furtiores, non solam ipsae ad gloriae coronam proximae sunt, sed et caeteris qnoque feminis exemplam de sua constantia praebnerunf. Ac ne quid deesset ad gloiiam numeri vestri, ut omnis vobiscum et sexus et cXfas esset in honoie , paeros efiaiu vobis gloriosa confessione sociavit divina dignatio; rcprae^entans nobis taie aliquid, qaale Anan'as, Azarias et Misael , illustres pueri abquando fecerunt, [Idem^ epist. rxxxi, ad Sergiuin Rogationnin et ccet. Cofif.) (i) Voyez ci dessus no vi , note 4, page 4o5. (1) Et multnm quidem metaebant ii qui corrupfam sequf-bantur religionem; planeqne expectabant fore ut oculi ipsis eriperentur, capite praescinderpntur, et ob caedes multip'ii'es sanguinei ex-sterent fluvii , novaque Dominum novum torraenlorum gênera credebant inventurum, cum quibus comparata levia viderentur, fernim et ign's, submeisionesque et vivorum defos^iones, mu'ilationes item et amputationes. Talibus enim ineos suppliciis qui olim imperarant fuerant usi ; multo auiem graviora nunc expectabanlur. Julianus tamen ab iis qui ista, adversus eos palraverunt toto animo disscnsit; utpote qui id inteiidebant consecati non fnerint ; ipseque nihil ejusmodi tormen-
fis utlitatis ine^se animadvertit His itaque subnixus rationibus,
resque ilîotum csedibns capere incieraenta edoc'us, vifavit illa quae approbare non po'erat. (Liban., orat. parentalis in Julianum^ n° 58, 59.)
n'accusera certainement pas de partialité en faveur du christianisme , confirment et rendent croyable tout ce que les auteurs ecclésiastiques les plus respectables racontent des barbaries exercées contre les chrétiens (1). LY. Au milieu de ces épouvantables persécutions , comment l'Eglise , encore dans la faiblesse de son enfance, peut-elle se soutenir? Disons plus ; comment, sous les coups dont elle est continuellement frappée,
(i) Innoxioî, JQstos, Deo charos, domo privas, patiimonio spolias, caienis preinis, carcere inclndis, gladio , bestiis , ignibus punis : nec saltcm contentas es domornm nostrorum compendio , et bimplici ac veloci brevitate pœnarom, admoves laniandis coqîoribus longa tormenla; multiplicas lacerandis viscenbus naraerosa supplicia : nec feritas atqne iramanitas tua nsitatis potest esse contentit formentis. Excogitat novas pœnas ingeniosa ciudelitas. Qnae haec est insatiabilis carniticinae rabies? Qaae inexplebilis libido saevitiae ^ (S, Cjrprian. ad Deinetriatn.)
Cum deligati fuissent, subdebatar primo pedibus îevis flararaa tamdiu donec callnm solornm contractnm igné ab ossibus levelleretnr. Deinde incensae faces et extinctae admovebantor sjngulis membris : ita ut locus nullus in corpore relinqneietur intactus : et inter haec suffandebatur faciès aqua frigida, et os huiuore ablaebainrj ne arescentibus siccitale faacibns cito spiritus ledderelur : quod postremo accidebat , cnra per miiltam diera , decocta orani cote , eis ignis ad intima viscera peiietrasset. Corpora JHm cremata , lecta ossa , et in palverem comminuta jaciabantur in flaïuine ac in mari. (Lactant., de Mort. Persec, cap. xxi. )
Depirgamns ergo in anima no->tra hos jacentes in sartagine, illos antem saper carbones extensos, hos in lebetes dejectos, illos in mare demersos , alios laceratos, aiios in rota Jisturtos, alios in praecipitiam actos; atqae hos qaidera cum bestiis depugnantes , illos vero in barathrnm devolutos , alios, ni cuiqae contigit, mortem obeuntes. (S. Joann. Chrysost., Homil. in SS. Martyres, n° 3.)
Neque vero siinpliciter fidem fecerani : sed tantam fidem plarimis infixerant, nt raoïtem pro bis doginatis libentissime oppeterent, ea qaae inficiari jobentibas lingaas minime proderent : sed flagris huroeros caedere volentibus , et lampadibas, ungulisque latera , et cervices gladiis supponerent; et tympanis ac fîdiculis extenderentur, et palis infigerentar ; el tl^mmis exorerentiir ; et ab immanibus feris lauiari corpora sua confîceren?. ( Theod., Serm. vrii, de Martyr. \
Qaae enim pœnaram gênera noviinas, quae non jam vires martyrura exercuisse gaudemus. Alios namque improviso icta immersas jngulo gladius stravit : alios cracis pdtibalam affîxit; in que et mors
peuL-elle croître et se fortifier (1)? Dans rordre des choses humaines, le meurtre des chefs est l'anéantissement de leur p ati ; ici , il en est l'agrandissement. Le zèle ardent des apôtres paraissait nécessaire à l'afFerniissement du christianisme ; c'est par leur mort que le christianisme s'aflcrmit(2;. Les colonnes qui soutenaient
piovocata repellitar, et repuisa provocafnr : alios hirsutis serra denlibus attrivit : alios armata ferro insnicans ungala carpsit : alios belluina rabies morsibus detruncando comtninoit : alios ab intimis visceiura pcr cutem pressa vis vcrboroin rapit : alios effossos terra viventes operuit : alios in altum demersos in morteni praecipilicm Iregit : alios in se projectos aqua replendo absorbait : alios edax flamiua usqne ad cineres depasta consumpsit. (5. Gregor. Magn. Moral. ^ lib. xxxii , cap. i5, n° 24.)
(i) Netninem autem esse qui nos in Jesara per totum orbem terrarum credentes exterreat, et in servitutem redigat, in promptu est. Dure enim gladio percutimor, dum crucifigimur, dura feris tradiniur, et vinctilis et igni , et omnibus aliis tormentis , a confessione ut manifeslum est , non discedimus : sed quanto magis niagisque talia nobis inflignntnr, eo plures alii per nomen Jesn fidèles et pii fiunt; Qarmadiuodnm vitis, si quis partes illias ainputet quae fructum ferunt, ita proficit, ut alios florentes et fructiferos palmites rnrsns proférât. Idem nobis quoque evenit. (5. Justin, dial. ciim Tryph.y cap. ex. )
Nam sane in eccles'a mirabile est, non quod vicerit sed quod ita vicerit. Impulsa enim, vexata, innumeris confusa modis , non modo non rainuebatnr, sed major evadebat : et eos qui id faor-re tentabant , patiendo tandum profligabat j id quod adamas ferro impetitus facit, dura percussns tantum solvit percutienris robur. (5". Joann. Chrysost., interp. in Isaiarn, cap. ii, n° 2.)
Ab initio in sanctos quoque Israël impii sœvierunt : sed ecclesia . sive in juventute sua, sive in aetatp majore, sive in senectuie ultimi saeculi , nullis oppressionibas , nullis est victa suppliciis ; cuiqae passiones et mortes snorum coronae semper triumphique creverunt. [S. Prosper, Expos, in psalm. cxxviir.^
(2) Immo vero longe majora sunt et clariora quœ ab illis postquam bine abiere gesta sunt. Corn enim corpore induti inler bomines versabantur, modo ad hos, modo ad illos populos accedebant; et nunc Romanos, nunc Hispanos ant Celsas alloquebanlur. Postquam vero ad illura se receperunt a quo missi fuerant , omnes ill.'s continuo perfruuntur, non solutii Romani , qnique Romanoram jugum amant , et ab illis gubeinantur, sed et Persse, et Scythae et Massagetes, et
l'édifice sont abattues , et l'écUlke n'en devient que plus solide. De leur tombeau sort une multitude de chrétiens, qui volent au même martyre, pour devenir souvent à leur tour une semence de nouveaux clirétien^s. Plus on en massacre, plus il s'en forme (1). Pour un que l'on égorge, mille entourent leséchafauds, avides d'y monter. La cruauté des tourments est l'attrait qui fait les chrétiens. Paul , de persécuteur , devenu apôtre , trouve une multitude d'imitateurs, et les bourreaux eux-mêmes souvent ambitioiment de devenir victimes. Ils pourraient, ces hommes que l'on place entre les récompenses, s'ils abjurent , et une mort affreuse , s'ils persévèrent , détourner d'un seul mot ces tortures de leurs tètes (2j; mais c'est à les subir qu'ils aspirent (3).
Sarmatce, et Indi , et .'Ethiopes . atqie, ni seinel dicam, omnes fines terrae. [Theod., serin, vin, de ilJarrj-rfèus.)
(r) Nec quidam taraen proHcit. Exjuisitior quippe cndelitas vestra illecebra est magis secîae. Plares efficimur, qaoîies nietimar a vo bis. Semen est martyrum sangms chti^tianorarn. ( TertuU.^ Apol.^ cap. xLviic. )
Nobii aotem sant qaotidie redondantes martyrum fontes, qai nostris speclanfur ocnlis, qni torrenlur, torquentiir et capite trancantnr. (S. Clemens Alex. Stroin. lib. u, cap. 20. )
Sclrans enim plnres sacramenturam divinoram ignaros exemplo martyrum ad martyrium cucarrisse ; et extra scientiam fidei ante viventes , facto fidei prsesentis efloctos, ipsam illam consamraatse in martyrio fidei gloiiam consecutos. {S. Hilar,^ Tract, in psalrn. i.xv, n'' 26.)
Occisi snnt et martyres : ad multiplicandam eccleaiam valuit sanc- Ins sangnis effnsas : seminationi accessit et mors martyrum. (5. Angnst.^ Enarr. in psalm. xl , n° i.)
(2) Eant Romani , et Mntio glorientnr, ant Regulo , quorum aller necandam se hostibns tradidit , quod cap'ivum jmdait vivere, alter ab hostibus deprehensos, cam videret moneni se vitare non posse , manum foco injecit, ut pro farinore suo satisfaceret hosti quem voluerat occidere , eaque pœna veniam qoam non mernerat accepit. Ecce sexQS iufirmus, et fragilis, aeias dilacerari se toto corpore, urique perpetitur, non necessitate, quia licel ei vitare si vellet, sed volnnfate, quia ror»fidnnt Deo. [ ÏMctant.^ Inst. Dii>., lib. v, cap'.
''3) Deniqne com omni saevitia veatra concertamas, etiam ultru
Ils pourraient, ces hommes si nombreux, et animés d'un tel mépris de la vie, opposant la force à la violence,
eiurapentes, niagisque damnati qnam absolatJ gaadernus. ( Tertul-
liann. ad Scapulam ^ cap. i.)
Majora certaniina majora seqnantor prsemia. Crndelitas vestra glo-
lia est nosira. Vide tantuin ne hoc ipso qaod talia sustineraus , ad
hoc solam videamur eraropere, ut hoc ipsum probemos nos haec non
iirnere, sed nhro vocare. ( Ibid. cap. iv et v. )
Ad haec dicimus unara, nobis rationi consentaneam videri ex bac
vita exitum , cum scilicet pietatis, virtatisqne causa morimar. ( Ori-
gen. contra Celsum, bb. viii, n 55.)
Qaam pnlcbiuin spectaculurn Deo com christianns cara doloie
congreditur; cum adversus rainas, et suppbcia , et turmenfa compo-
nilur; cnm strepitum mortis et horroiem carnificis iriidens insultât;
cum bbertatem suara adversos reges ac principes eripit, sob Deu cn-
jns est cedit ; cnm triumphator et victor, ipsi qui adversum se sententiain dixit, insaltat. Yicit enini qui qaod conlendit obtinuit. {Minut. Fel. OcCav.^ cap. sxxvir. )
Que qnidem terapore mirabilem iraprimis animi ardorem , vereque divinara virtutem, et alaciitatem eomm qui in Christum Dei credideruiit , ocabs nostris conspeximus. Etenira vixdum adversus primes lata erat sentenlia, cum alii , alinnde ad tribunal judicis prosilierunt , christianos sese confessi. Et pericula qnidem cunctaque multiforoinm tormentorom gênera paivi dncebant. Supremi vero omnium numinis cnltnra Lbera voce absque nllo iiietu profiiebantur , et cum gaudio et bilariîate ridenies, capiiabm senteiitiam excipiebant : adeo ut in laudem conditoris omnium Dei, ptalmos , hymnosque et gratiarum acliones, ad exireraum usqiie s]-iii!um concinerent. (^Euseb. Hist. Eccl.^ \\b. vyi , cap. g.)
Teiilationum autein gênera ul diversas raartyrum victorias contucntes, scjmus qnibus ni.clis anima ponatar advitam, cujus conterap'.u , detaevientibus pœnarujn ingeniis , a fidei gressu et leslimonio non moventur. Alii enim in vincnlis carcerem gloiiantnr, a'ii csesi in verbeiibus gralnlantur ; alii potes! ati irrebgiosorura dcsecanda febcium capitum colia submittont. Plures in extrnctos rogos rurrunt, et irepidaiitibus paence miuistiis ignera sabu devotae festinationis insibunt. Alii in profundnm demergendi, non in aquas neraturas , sed in refrigeriura aterna* beatndiiiis decidnnf , lo'o ipso se coipore Deo tanquain holocausla praebentes. (S. Hilar., Tract, in psalm. lxv, n° 21.)
Nunquara nobis am plias contoleiunt , quam cum verber;ui cLristjanos, atqne proscribi ac necan juberent. Prieiuium fecii leligK», qaod peifidia j uîabaî esse suppiiciuii!. Per injurias, j er inupiam ,
faire à leur tour trembler leurs enuemis(l); mais un devoir sacré les soumet à leurs persécuteurs. En bravant le fer qui les frappe, ils respectent la main qui l'emploie. Sous les coups de leurs tyrans ils ne cessent de prier pour eux , et leurs derniers vœux sont encore pour la prospérité de leurs bourreaux (2).
LVI. Voilà par quel moyen s'est établie la religion chrétienne; c'est de persécution en persécution qu'elle s'est étendue progressivement sur la terre; c'est sous les coups que du trône des (césars on n'a cessé de fairt tomber sur elle pour l'abattre , qu'elle s'est continuelle-
per supplicia nos crevimas. [S. A-nbros., epist. xvixi , Valentmiano , Do 1 1 . )
Non inviti martvres passi sunt, sed sponte ; et cam pênes illos esset non pati, adamante qaohbet firmiorem exhibuere virtatem. (S. Joann. Chrysost. in epist. primam ad Cor., Hornil. iv, n'^ 4.)
(i) Quid tamen anqnana denotastis de tam conspiratis, de tan» anioiatis ad niortem usrjue pro injuria repensatum? Qaando vel una nox pauculis faculis largitor nltionis posset opeiari, si raalum malo dispnngi pênes nos iiceret. Sed absit nt, aut igni humano vindicelar divina secta , aat doleat pati in quo probatur. Si eniin et hostes exertos, non tantom vindices occnltos agere vellemas, deesset nobis vis nnmerornin et copiarum? ( Tertull. Apol.^ cap. xxxvii. )
Inde est quod netno nostram, quaodo apprehenditur, relucîatur ; nec se adsersns injns'arn violentiani vestiam, qnamvis niniiUs , et cupiosas noster sit populos, nlciscitur. {S. Cyprian. ad Demetriam.)
(î) Inde est inaperatur, nnde et hoino anîeqaam imperator. Inde potestas illi , unde et spiriius. lUac snscipienles chri-tiani, nianibas expansis qnia innocais, capite nado qaia non einbesoimus, deniqae sine monitore, quia de pectore oraraus pro omnibus iiuperatoribus vitam illis prolixam , iinperiom secnrum , doinum tntam , esercita-, fortes, senatnin fidelem, popalum probnm, orbera qnietura, et qoaecnmqne bominis et Cœsaris vota sont — S-.c ita nos ad Deam expansos nngulae fodiant, cruces snspendant , ignés lanibant, gladii gottura detruncent, bestiae insiliant : paralus est ad omne suppliciam babitns orantis christiani. Hoc agite boni praesiiies : extorquete animatn Dec sappHcantem pro iinperatore ( Tertull. Apol., cap.