‹ Dissertations sur le prêt-de-commerce (volume 2)Chapitre 38 sur 74 · XJR PRET - DE - COMMERCE EST -IL CONDAMNÉ · texte numérisé non relu

XJR PRET - DE - COMMERCE EST -IL CONDAMNÉ

PAR l'Écriture- SAINTE ?

1. JuE prêt -de -commerce n'est point oppose à la loi naturelle; je viens de le prouver dans la dissertation précédente. J'ai fait voir aussi qu'il ne renfermoit point d'inconvéniens. C'est déjà un grand préjugé, que ce contrat n'est condamné par aucune autre loi. En effet , pourquoi les lois positives interdiroient-elles un acte qui n^est ni vicieux en lui-même, ni dangereux dans ses effets?

Je dis seulement que la conformité du prêtde- commerce avec la loi naturelle est un grand préjugé en sa faveur : et je ne crois pas que l'on puisse contester ce point. Plusieurs auteurs ont été à cet égard plus loin que moi. Ils ont prétendu que les préceptes moraux, qui font partie de la révélation , ne sont que les principes de la lumière naturelle, que Dieu a départie à tous les hommes : que la mission de J.-C, quant à la morale, n'a pas eu pour objet de nous imposer de nouveaux préceptes j mais seulement de retracer dans nos cœurs ceux que le doigt de Dieu y avoit tracés en les formant, et qu'avoit obscurcis le péché du premier père : enfin que, parmi les préceptes de

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la morale chrétienne, il n'y en a point dont la raison ne soit à portée de reconnoître la justice , et que les seules lumières naturelles nous les découvrent tous (1). De ces principes ils ont conclu que le prêt-de-commorce n'étant point opposé à la loi naturelle , et la raison ne nous fjEiisant remarquer aucun vice dans ce contrat, la loi divine ne Fa point condamné.

Quelle que soit la force de ce raisonnement, je n'en ferai point usage. Il nous jetteroit dans une discussion très-longue, beaucoup trop éloignée de notre objet, et qui encore deviendroît parfaitement inutile. Elle ne nous dispenseroit pas de discuter les passages de l'Ecriture que l'on nous oppose. Si les partisans du prét-decommerce ont droit de conclure de la conformité de ce contrat à la loi naturelle , qu'il n'est pas contraire à la parole de Dieu, les adversaires ont également droit de soutenir que l'opposition du prêt- de -commerce à l'Ecriture- Sainte prouve sa contrariété à la loi naturelle.

Il faut donc toujours en revenir à l'examen des passages de l'Ecriture-Sainte ; et c'est ce que je vais faire dans^ cette dissertation. Sans entrer dans la question générale, si tous les commandémens moraux contenus dans la révélatioa 3ont les mêmes que les préceptes de la loi na-

(i ) V. entr'autres traité des prêts-de-commerce, a,^« partie, sec. i.", chap. 1.", tom. i, pag. 2o5 et suiv.î et tona, v,ctap. 11 et la, pag. 171 et suîr., pag. 209 et suit.

%oB SECONDE

turelle, je^^tends seulement établir que^ eut la matière de l'usure, la loi divine ne prescrit qiie ce qu'ordonne la loi naturelle; c'est-à-dire qu'elle nous interdit uniquement l'usure oppressive.

\ Commençons par rappeler ici une observation que j'ai déjà faite, et qu'il est important de ne pas perdre de vue. C'est à ceux qui prétendent que le prêt-de-commerce est criminel à en don* lier la preuve. S'ils prétendent que l'Ecriture- Sainte le réprouve , ils doivent citer les passages où cette prohibition est renfermée : ils doivent prouver que la prohibition s'applique véritablement au contrat que nous soutenons. Si je viens à bout de résoudre leurs difficultés , et de montrer que tous les textes de l'Ecriture qu'ils nous opposent ne renferment point l'interdiction du prêt-de-commerce, j'aurai suffisamment établi que le prêt-de-commerce n'est point interdit dans l'Ecriture-Sainte. J'ai dit que mon objet dans cette dissertation sera de prouver que l'usure oppressive est la seule proscrite par la Sainte- Ecriture. Mais quand même je ne parviendrois pas à établir cette vérité , quand nos adversaires prouveroient ( ce que certainement ils ne feront pas) que tout intérêt du prêt de consomption est contraire à la parole de Dieu , ils n'au^ roient pas encore combattu le prêt- de- commerce. Us auroient de plus à faire voir l'identité de ce contrat avec le prêt de consomption. Or, j'ai montré que le prêt d'accroissement,

que

DissEmTATioN. âog

que même le prêt de consèryation , ne isent pas des mutuum. / n

n. On nous oppose plusieurs passages de l'ancien Testament, et un passage célèbre du nouveau. Je diviserai en conséquence cette disserta*» lion en deux chapiti!^s. Dans le premier je discuterai les divers textes tirés des livres de Fancieu Testament , et j'emploierai le second à l'examen du texte de la nouvelle loi. Je distinguerai dan$ la pranière partie les préceptes de la loi donnée^ au nom de Dieu, par Moyse, et les maximes annoncées de la part de Dieu par les Prophètes. Dans la seconde partie , je considérerai le texte 4e l'Evangile en lui-^même : je montrerai la manière dont ce passage a été entendu par les saints Pères : enfin , je répondrai aux argumens que l'on en tire contre le prêt-de-commerce. Tel sera l'ordre et la marche de cette dissertation.

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