CHAPITRE SECOND
liE PRÊT-DE-COMMERCE EST-IL CONDAMNÉ DANâ^ liE NOUVEAU TESTAMENT?
I. Les partisans du prêt-de-commerce prétendent trouver une apologie de ce contrat dans la parabole des talens rapportée par J.-C. Le serviteur qui ^yant reçu cinq talens en rapporte dix, et celui qui au lieu de deux qu'on lui a donnés en présente quatre, sont loués et Récompensés. Au contraire, celui qui avoit enfoui le talent qu'on lui avoit confié est blâmé; et N. S. déclare qu'il sera puni. Voici ses paroles sur l'emploi de ce talent. Oportuit ergo te çommittere pecuniam
meam nummulariis , et veniens ego recepissem utique quod meum est cum usuris (i). Il s'agit dans ce passage, dit-on, d'un vrai prét-de-Gom* merce , puisque c'est à des banquiers que l'argent a dû être prêté pour fructifier dans le commerce. Cet argent eût produit des intérêts légitimes, puisque le maître les eût reçus , et qu'il se plaint de ce que son serviteur ne les lui a pas procurés. D'ailleurs les serviteurs qui, par ce moyen, ont doublé leurs talens, sont loués sans restriction. Nul correctif, nul avertissement qui mette en garde contre l'approbation donnée aux intérêts : comme on en voit dans une autre parabole où un serviteur infidèle est loué de même par son maître, mais où J.-G. avertit en même temps que c'étoit un fermier inique. Laudavit DomU nus villicum iniquitatis (2). Dans la parabole des talens on ne voit rien de semblable. J.-C. approuve absolument et sans réserve les intérêts retirés de l'argent dans le commerce. Si ces intérêts étoient répréhensibles. Dieu lui-même nous induiroit donc en erreur.
Quelque force qu'on ait cherché à donner à ce raisonnement, je ne crois pas qu'on puisse le regarder comme une démonstration rigoureuse de la légitimité du prêt-de- commerce.
. i.<^ Il est possible que cet argent confié aux.
(1) Math.^ chap. xxVj V. 27.
(2) Luc; chap. xvi; V. 8.
banquiers eût couru les risques du commerce^ et alors au lieu d'un prêt-de-commerce , ce seroit un contrat de société pure et simple. Le texte sacré ne s'explique pas bien nettement à cet égard : ainsi nos adversaires peuvent soutenir que la parabole doit être entendue dans ce sens; et quoique leur assertion soit absolument gratuite^ il est bien difficile de prouver démonstrativement le contraire.
a.® Il y a de l'inconvénient à argumenter strictement du sens littéral d'une parabole, qui^ de sa nature, est une allégorie. L'objet de celleci est de montrer avec quel zèle nous devons mettre à profit les dons de Dieu. J.-C. nous donne pour exemple l'ardeur avec laquelle on £iit fructifier son argent. Nos adversaires peuvent afibiblir l'induction tirée de cet exemple, en di^ sant que la justice ou l'injustice du profit tiré de l'argent, est dans la parabole un incident, une circonstance étrangère à l'objet direct du discours, et sur laquelle il n'est pas extraordinaire que le texte sacré ne dise rien.
D'après ces deux réflexions, je pense que les défenseurs du prêt-dë-commerce font trop valoir l'argument qu'ib tirent de la parabole des talens : je crois que cet argument forme une présomption puissante que notre contrat étoit usité parmi les Juifs, et que Jésus-Christ ne le jugeoit pas criminel. Mais je ne puis le regarder eomme une preuve complette et comme une àé^
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monstration sans réplique ; telles que me parois-^ sent celles que j'ai apportées jusqu'à présent, et celles que je compte encore donner par la suite. : n. Il faut donc, sur le nouveau Testament comme sur l'ancien, renoncer aux preuves directes en faveur de notre contrat , et s'en tenir à établir que le prêt-de-commerce n'y est point condamné : c'est ce que je vais faire en discutant le célèbre passage que nos adversaires nous opposent, et qu'ils regardent icomme l'appui le plus solide de leur système, et comme la proscription la plus formelle de tout intérêt perçu en vertu du prêt.
; Jésus-Christ, après avoir choisi parmi ses Disciples douze Apôtres, fit ce sermon sublime que les incrédules eux-mêmes admirent. Ce discours est rapporté avec quelques différences par saint Mathieu (i) et par saint Luc (2). C'est dans l'Evangile de saint Luc que se trouve le passage dont il s'agit ici. La première partie du discours de Notre-Seigneur regarde les afflictions, et je ne le rapporterai point, parce qu'elle n'a pas rapport à notre objet. Ensuite le Sauveur prêche l'amour du prochain , le pardon des offenses , et
. (1) Chap. V et vi.
(2) Chap. VI. Nota. Selon quelques interprètes le discours rapporté par saint Mathieu n'est pas le même que cielui qui l'est par saint Luc. Ce sont deux discours tenus en dilFérens temps et différens lieux. CettfS question est étrangère k notre objet.
les
les œuvres de miséricorde. Il est important^ pour saisir le vrai sens de son discours, de transcrire tout ce qu'il a dit à ce sujet.
V. 27. Sed vobis dico qui auditis : Diligite ini" micos 'uestroSy benefacite his qui oderunt t^os.
V. 28. Benedicite malediœntibus aM>bis^ et orate pro calumniantibus vos,
V. S19. Et qui te percutit in maxiUam , prœbe et alteram. Et ab eo qui aufert tibi vestimentuniy etiam tunicam noli prohibere,
V. 3o. Omni auiem petenti te tribue : et qui aufert quœ tua sunt ne répétas.
V. 3i. Et prout vultis ut faciant vobis AômineSj et vos facite illis similiter,
V. 52, Et si diligitis eos qui vos diligunt, quœ vobis est gratia? Nam et peccatores dili-^ gentes se diligunt,
V. 33. Et si benefeceritis his qui vobis bene^ faciunt, quœ vobis est gratia? Siquidem et peccatores hocfaciunt,
Y. 34. Et si mutuum dederitis his à quibu»
speratis recipere; quœ gratia est vobis? Nan^ et peccatores peccatoribus fenerantur^ ut recipiant œqualia,