‹ Dissertations sur le prêt-de-commerce (volume 2)Chapitre 53 sur 74 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

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V. 56. Estote ergo miséricordes^ sicut et pa^ ter vester misericors est

V. 37. Nolite jiidicare y et non judicabimini ^ nolite condemnare y et non condemnabimini ^ dimittiie y et dimittemini.

V. 38. Date y et dabitur vobis : mensurajft honam et confertam et coagitatam et superef^ fluentem dabunt in sinum ^estrum. Eâdem quippè mensurà quâ mensi fueritis y remetietur vobis.

Il est clair que, dans cette partie de son dis-^ cours, le Sauveur prêche la charité envers le prochain. Il en propose les motifs^ erit merces

vestra multa eâdem mensisrâ quâ mensi

fueritis y remetietur vobis. Il en montre retendue, j^roe^/ vultis utfaciant vobis Jiomines y et vos facite illis similiter. Enfin il développe diverses branches : Tamour de tous , même des ennemis;, le pardon des offenses; la bienfaisance , l'aumône, le prêt. C'est ce que dit N. S. sur ce dernier objet, qui fait la matière de la difficulté. Je vais dans les trois articles suivans examiner le vrai sens de ces mots tirés du verset 35 : Mutuum date y nihil indè sperantes.

ARTICLE PREMIER

Quel est le sens naturel de ces mots : Mutuum date, nihil indè sperantes?

Le texte renferme deux parties, la première

DISSERTATION. StQl

mutuum date$ la seconde nihil indè sperantes. III. La première de ces deux parties est un véritable précepte. Le commandement de prêter au prochain existoit dans l'ancienne loi. Nous le trouvons dans le Deutëronome, aperies manum pauperiy et dahis mutuum quo eum, indigere perspexeris (i). Nous le voyons répété dans le livre des Proverbes ^fenera proximo tuo in tewr^ pore necessitatisr illius (2). Il étoit bien convenable que J.-G. renouvelât dans la loi de grâce un précepte aussi noble et aussi conforme à la charité qu'il venoit établir : et c'est ce qu'il a fait dans son sermon sur la montagne. Le chapitre cinquième de l'Evangile de saint Mathieu y qui, comme je l'ai observé, renferme, à quelques différences près , le même discours qui est dans le sixième chapitre de ^int Luc , présente ce commandement énoncé d'une manière encore plus positive : qui petit à te^ da ei : et volenti m.utuari à te y ne avertaris (3). D'ailleurs le mot mwtuuni date est ici joint au mot benefacite. On lit dans notre passage benefacite et mutuum date. Certainement le mot benefacite est un précepte ; le mot mutuum, date doit donc aussi en être un.

il seroit bien extraordinaire que le précepte et

(1) Dcuter., chap. xt, V. 8.

(2) Prov. , chap. xxix , V. a.

(3) Math., chap. v, V. 42.

Sga SECONDE

le conseil fussent ainsi liés ensemble sans que rien n'annonçât la différence.

Cest donc à tort que beaucoup de Théologiens regardent cette première partie du passage comme un simple conseil. Il est vrai que le précepte du prêt n'oblige pas toujours. On n'est pas toujours tenu de prêter à son prochain , mais on y est quelquefois obligé. De même, quoique le mot benefacite renferme un précepte, et même un précepte plus étendu que celui du prêt , on n'est pas obligé dans tous les cas et dans toutes les circonstances de faire du bien à son prochain. Il paroit donc que saint Thomas ne s'est pas expliqué exactement , lorsqu'il a dit : Dare mutuum non semper tenetur homoy et ideo quantum ad hoc y ponitur interconsilia (i).

Passons maintenant à la seconde partie de notre passage, nihil indè sperantes.

~ IV. Quelques partisans du prêt-de-commerce prétendent que la traduction de la Vulgate n'est pas exacte et conforme au texte original. Selon eux le mot grec M«<fgy ttmh'ïïiloms signifie ne désespérant ou ne laissant désespérer personne. On confirme cette traduction par l'autorité des versions antérieures à la Vulgate. La syriaque, l'arabe, l'éthiopienne, la persanne, traduisent ainsi le texte sacré.

Quelques probabilités que l'on réunisse pour

(i) Sum. S. Xliom. id.; id., quaest. Lxxyni; à i ad 4.

DISSERTATION. SgS

Soutenir cette traduction , je ne pense pas qu'elle doive être admise, i.® L'autorité de la Vulgate parmi nous est supérieure à celle de toutes les versions qui l'ont précédée; et le texte grec n'est pas assez clair pour lui être opposé. 2.^ Cette interprétation est infiniment moins conforme que celle de la Vulgate au discours de N. S. , comme nous allons le voir en exanùnant le raisonnement que fait ici J.-C. 5.° Les saints Pères, dont l'autorité est tranchante sur cette matière, ont entendu les paroles de N. S. dans le sens de la Vulgate, comme on le verra dans l'article suivant.

Expliquons maintenant le vrai sens de cette seconde partie de notre passage. Je demande pardon d'avance de la longueur de cette discussion. Mais que l'on considère que c'est ici un point principal de notre question, et que c'est sur les paroles de N. S. que les ennemis de tout prêt intéressé fondent sur-tout leur prétention. J'aime mieux sur un point aussi important paroître diffus qu'obscur.

On peut faire sur le sens de ces mots nihil indè gérantes y deux questions : i.^' De quelle nature est le précepte renfermé dans ces paroles ?

ti.^ Quelle est la chose ordonnée par ce précepte ?

V. On demande donc d'abord quefle est la nature du précepte. Ces mots^ Prêtez, n'en espérant ri^/2^ peuvent s'entendre de deux manières^ Us peuvent signifier : Prêtez, lors même que vous

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n'esperez rien : ils peuvent aussi faire entendre f Prêtez, et n'espérez jamais rien du prêt. On sent aisément la difTérence de ces deux sens. Le pre* mier présente un précepte positif, le second un précepte négatif: le premier est purement impératif. Il ordonne de prêter même dans le cas où on n'espère rien : mais il ne défend pas de prêter dans le cas où on espère quelque chose. Le second est prohibitif: il interdit toute espérance : prêter en espérant est un crime. Or je prétends que les paroles de N. S. doivent être prises dans la première signification , et que le véritable sens de son discours est , Prêtez même dans le cas où vous n'espérez rien.

VI. Je pourrois d'abord observer que ce sens «st le plus naturel, et celui que présentent le plus simplement les paroles de J.-C. : que pour former une interdiction générale et absolue, il faut qu'elle soit prononcée d'une manière bien formelle : que le commandement de prêter n'en espérant rien , n'exprime point cette prohibition avec la précision que devroit avoir une 1(h de ce genre. Je pourrois ajouter que dans le discours du Sauveur, rapporté par saint Mathieu^ il n'est point question de cette'interdiction absolue de toute espérance en prêtant, et qu'ail y est seulement ordonné de prêter : mais conune nos adversaires pourroient trouver ces raîsonnemens trop vagues , et s'obstiner à voir clairement dans ces mots, prêtez j n^en espérant rien ,

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une condamnation du prêt dans lequel on espère quelque chose, il faut passer à des argumens plus précis et plus décisiÊ, et tirer le yéritable sens des paroles de N. S. de la suite même de son discours, et de l'objef de son raisonnement VII. J.-C. réunit dans cette phrase deux préceptes ; celui du bienfait , et celui du prêt : Benefacite et mutuum date. Ces mots, nihil indè sperantesy s'appliquent également à Fun et à l'autre de ces deux commandemens : ils ont le même sens , et doivent être entendus de la même manière sur le précepte du prêt et sur celui du bienfait. Or, en ordonnant de faire du bien n'en espérant rien, J.-C. ne défend pas de faire du bien lorsqu'on espère quelque chose : et le véritable sens de son discours est , Faites du bien ^ lors même que vous n'en espérez rien : donc pareillement lorsqu'il dit, Prêtez, n'en espérant rien, il ne défend pas de prêter lorsqu'on en espère quelque chose : et le véritable sens de son discours est. Prêtez, lors même que vous n'en espérez rien.

On sent aisément la force de ce raisonnement. Pour le rendre entièrement convaincant , reprenons et prouvons successivement les propositions dont il est composé.

Vni. Je dis en premier lieu que ces mots , nihil indè sperantes^ s'appliquent paiement au mot benefacite y et au mot mutuum date y en sorte que le sens de la phrase est, Faites du

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bien et prêtez n'espérant rien^ ni du bienfait, xvî du prêt. D'abord la suite même du texte l'indique : Benefacite et ntutuum date y nihil indè sperantes. La conjonction et qui lie les deux .verbes annonce que ce qui est dit de l'un est également dit de l'autre. D'ailleurs le raisonnement du Sauveur prouve qu'il a une intention d'ordonner de prêter n'en espérant rien , comme de faire du bien n'en espérant rien. Jésus^-Christ .vient d'opposer les vertus des païens à celles du Christianisme j et dans trois versets consécutif il a montré que Dieu ne sauroit aucun gré des vertus païennes. Dans le premier il parle de l'amour du prochain : Si vous ainiez ceux qui n)ous aiment^ dit-il , quel gré vous saura-t-on, puisque les pécheurs aiment ceux qui les aiment? Dans le second il passe au bien à faire à tous les hommes : Si vous faites du bien à ceux qui vous en font y quel gré vous en saura-t-on y puisque les pécheurs font de même ? Enfin dans le troisième il en vient au prêt : Si vous prêtez à ceux de qm vous espérez recevoir, quel gré vous en saurai-oUy puisque les pécheurs prêtent aux pécheurs pour recevoir choses égales ? Tel est donc le principe établi par N. S. , que ces trois actes de vertus ne suffisent pas aux Chrétiens, parce qu'ils sont communs aux pécheurs. De ce principe il passe à la conséquence , et établit dans le verset que nous examinons ce que ses disciples doivent faire de plus que les péchem^s relativement à

chacun de ces trois actes. Aimez vos ennemis : faites du bien et prêtez n^en espérant rien. Il est claif* que ces mots 9 aimez vos ennemis ^ sont la couséquence du principe qu'il ne suffit pas d'aimer ceux qui nous aiment. Il est également c]air que ces autres mots, prêtez n'en espérant rien, sont la suite du principe qu'il ne suffit pas de prêter à ceux dont on espère recevoir. U reste donc l'autre principe , qu'il ne suffit pas de faire du bien à ceux dont on en reçoit. Si le mot faites du bien est seul et isole , il n'établira pas la conséquence du principe. J.-C. auroit dit, Il ne suffit pas de faire du bien à ceux qui vous en font : ainsi faites du bien. On sent la fausseté de ce raisonnement et le défaut de liaison entre les idées. Mais si au contraire, comme l'indique l'ordre des mots , ces paroles n'en espérant rien s'appliquent aussi au précepte de faire du bien, la conséquence sera juste, et le discours suivi. J.-C. aura dit, Ne vous contentez pas de faire du bien à ceux qui vous en font : faites du bien n'en espérant rien. Cette explication est la seule naturelle, la seule qui conserve le fil du discours et la chaîne des idées. U reste donc certain en premier lieu que ces mots, nihil indè sperantes y sont relatifs au précepte benefacite, comme au précepte mutuum date, et que c'est comme si N. S. avoit dit, Benefaeite nihil indè sperantes, et mutuum date nihil indè sperantes. C'est donc à tort que l'auteur des principes

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théologiques, canoniques et civils prétend que J.-G. n'ayant dit immédiatement ces mots ce sanê ^ en rien espérer qu'après le mot prêtez, ils ne » peuvent être rapportés à des paroles énoncées D plus haut par J.-C. que par une transposition » qui n'a pas le moindre fondement. y> Cet écrivain n'appuie son assertion que sur une citation inexacte du texte sacré j il supprime la conjonction et entre le mot benefacite et le mot mutuum date, et par là il sépare ce que J.-C. avoit réuni. Mais en rétablissant le texte dans sa pureté, son raisonnement tombe, et se tourne même contre lui.

' IX. Puisque ces mots, nihil indè sperantesy s'appliquent également aux deux préceptes bene- Jacite, et mutuum date, ils ont le même sens relativement à l'un et à l'autre de ces comman* démens : et c'est la seconde des propositions qui composent notre raisonnement. En effet le précepte du bienfait et celui du prêt sont unis , et les mêmes paroles sont apfdiquées à tous le»

deux en même temps. Elles ne doivent donc avoir qu'un, seul sens : si N. S. eût voulu que ces mots nihil indè sperantes dussent s'entendre différemment sur le bienfait et sur le prêt; qu'à r^rd du bienfait elles renfermassent seulement un précepte positif, et qu'à l'égard du prêt elles formassent un précepte négatif et une défense absolue , voici ce que signifieroit sa phrase : Faites^ du bien , lors même que vous n'en espérez rien :

DISSERTATION. 2gg

€t prêtez sans que jamais vous puissiez en rien espérer. Mais les paroles , henefacite et mutuunt date nihil indè sperantes^ présentent-elles ces deux significations différentes? annoncent-elles quelque opposition entre le sens dans lequel on ne doit rien espérer du bienfait^ et le sens dans lequel on ne doit rien espérer du prêt?

rifon sans doute , et au contraire la réunion des mêmes mots sous ces deux verbes, annonce que J.-C. a voulu exprimer la même idée, et appliquer au bienfait et au prêt le même précepte. Ainsi, si J.-C. a dit : Faites du bien lors même que vous n'en espérez rien ; il a dit pareillement : Prêtez lors même que vous n'en espérez rien. Si au contraire il a dit : Faites du bien, et n*en espérez jamais rien; il a dit également : Prêtez ^ et n'en espérez jamais rien. Par conséquent , pour connoître le véritable sens du précepte mutuunt date nihil indè speranteSy il reste à examiner le sens du précepte qui y est uni^ benefacite nihil indè sperantes.

X. Or je prétends, et c'est ici la troisième proposition qui reste à prouver, que le commandement de faire du bien, n'en espérant rien^ est positif et non pas négatif: qu'il oblige dé faire du bien, même lorsque l'on n'en espère aucun retour; mais qu'il ne défend pas de faire du bien lorsque l'on espère en recevoir. Je ne crains pas même sur ce point d'être contredit par nos adversaires. Il n'y en a aucun qui soit assez sér

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vère pour soutenir que Jj. C. a défendu d'espérer aucun retour du bien que l'on fait; pour prétendre que celui-là pèche qui fait du bien à son ami avec l'espoir que cet ami lui en fera à son tour dans l'occasion , et qui se détermine d'autant plus volontiers à l'obliger, qu'il espère en recevoir réciproquement les mêmes services. A la vérité ce motif ne suffit pas dans la religion, et c'est là où tend le raisonnement du Sauveur. Il annonce que Dieu ne saura aucun gré à ceux qui font du bien aux personnes qui leur en rendent : d'où il s'ensuit que l'on doit faire du bien même à ceux dont on n'espère rien. Mais on auroit tort d'en conclure qu'il n'est jamais permis, en faisant du bien, de rien espérer. La conséquence seroit plus étendue que le principe.

XI. Le raisonnement que je viens de développer résout la première question, et prouve que le précepte exprimé dans ces mots mutuwn date nihil indè sperantes^ est positif et non négatif: qu'il renferme un ordre et non pas une prohibition : qu'il enjoint de prêter même lorsque l'on n'en espère rien ; mais qu'il ne défend pas de rien espérer en prêtant. Passons maintenant à la seconde question, et voyons quelle est la chose que l'on ne doit pas espérer, et ce que N S. entend directement par le mot nihiL

Xn. Ce mot peut avoir ici trois acceptions différentes. Il peut exprimer le prêt réciproque ^ le principal, et les intérêts : ainsi on pourroil

DISSERTATION. 3oi

donner à la phrase , muiuum date nihil indè 9peranteSy trois significations différentes.

La première^ Prêtez, n'espérant pas que celui à qui vous rendez service vous prête à soa tour, lorsque vous en aurez besoin.

La seconde. Prêtez, n'espérant pas que l'on vous rende même le principal que vous prêtez.

La troisième. Prêtez, n'espérant pas que l'on vous paye les intérêts du prêt.

Observons d'abord que quelque signification que l'on veuille donner au mot nihil, il ne renferme pas, comme nous venons de le voir, une prohibition d'espérer quelque chose en prêtant. Ainsi , quand même on voudroit l'entendre directement des intérêts, il n'en résulteroit pas une défense d'espérer des intérêts du prêt , mais seulement un ordre de prêter, lors même que l'on n'espéré pas les intérêts. Le sens de la phrase seroit : Prêtez lors même que vous n'espérer pas que l'on vous en paye les intérêts. Nos adversaires ne pourront donc pas encore en inférer la défense du prêt intéressé. Mais je suis bien éloigné de leur accorder qu'il s'agit uniquement, dans ce discours de Notre-Seigneur, des intérêts du prêt. Je soutiens au contraire que le sens du discours est beaucoup plus étendu; que le mot nihil Aoii être entendu dans toute son acception; que Jésus-Christ ne borne pas son précepte au prêt sans espoir des intérêts; qu'il commande une action infiniment plus noble; qu'il ordonne

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de prêter sans espérer même le principal, et même sans espérer des services réciproques. Je dis que ce qui précède et ce qui suit la phrase que nous examinons, prouve clairement cette vérité.

XIII. 1 .0 Nous avons vu que ces mots mutuum date nihil indè sperantes^ sont la conséquence du verset précédent, et que J.-C. oppose le prêt sans espérance à une action que Êiisoient les païens. Ainsi, en examinant ce qu'espéroient les païens dans les prêts qu'ils faisoient, nous verrons ce que Notre-Seigneur désire que les Chrétiens n'espèrent pas lorsqu'ils prêtent. Or, voici ce que porte le verset précédent, auquel les paroles dont il s'agit sont évidemment relatives. Si mutuum dederitis his d quitus speratis reçipere^ quœ gratia eritvohis? Nam et peccatores peccatoribusfenerantur ut recipiant œqualia. Le mot œqualia lève ici toute difficulté; les païens prêtent pour recevoir choses égales : donc c'est pour recevoir soit des prêts réciproques, soit le capital prêté. Mais ce n'est certainement pas pour recevoir des intérêts, car nos adversaires ne prétendront point que l'intérêt mette l'égalité entre la chose prêtée et la chose rendue. Le mot nihil étant en opposition avec le mot œqualia y signifie évidemment que l'on doit prêter, en n'espérant pas choses égales ^ c'est-à-dire la réciprocité ou la restitution. XIV. 2.0 Examinons maintenant la suite du ver-

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set, et nous y trouverons une nouvelle preuve qu'il n'est point question uniquement des intérêts dans notre texte. Veruintamen diligite inimicos vestroSy benejacite et mutuum date nihil indè sperantes : eterit merces vestra multa^ et eritis filii Altissimi , quia ipse benignus est su^ per ingrates et malos. Estote ergo miséricordes, sicut pater vester misericors est, J.-C. donne ici pour motif d'aimer ses ennemis, de faire du bien et de prêter, n'en espérant rien, la récompense que l'on doit en recevoir; et il ajoute : Vous serez les enfans du Très-haut, qui est bon aux ingrats et aux méchans : ce qui veut dire : Vous serez comme le Très-haut. Et afin que l'on ne s'y trompe point , il conclud tout de suite : Soyez donc miséricordieux comme votre père.

Ainsi J.-C. nous propose, en aimant nos ennemis, en faisant du bien et en prêtant n'en espérant rien, de ressembler à Dieu, et d'être, comme lui , bons aux ingrats et aux méchans. Si par ces mots, n^en espérant rien, le Sauveur a entendu n'espérant pas ou des services réciproques, ou la restitution du principal , le sens de ce passage est très-clair et le raisonnement très-suivi. J.-CL dit à ses Disciples : Prêtez sans espoii: d'aucune reconnoissance , sans espérance même que l'on vous rende cp que vous aurez prêté. Vous n'aurez pas de récompense terrestre ; mais une récompense infiniment plus grande vous est ré- ;servée : vous serez les enfan^ du Très-fa^ut ,

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VOUS serez, comme lui , bons aux iug^ts et aux méchans.

Ce discours présente un enchaîncmeut d'idées très-suivies et très- justes. Il est certain que ceux qui , après avoir reçu à titre d'emprunt, refusent de prêter dans l'occasion à leur bienfaiteur, ou de restituer ce qu'on leur a prêté, sont des ingrats et des méchans, et que celui qui prête sans espoir de reconnoissance et même de restitution , est bon aux méchans et aux ingrats. Mais au contraire, si on veut s'obstiner à entendre ces paroles, nihil sperantes j directement de l'espoir des intérêts, le fil du raisonnement est coupé, et la liaison des idées intervertie. Le discours ne présente plus un sens suivi. Voici quelle seroit la signification de ce verset : Prêtez sans en espérer des intérêts : et votre récompense sera grande, vous serez les enfans du Très- haut. Vous serez, comme lui, bons aux ingrats et aux méchans.

Qu'ont à fcire ici les ingrats et les méchans? Un homme est-il ingrat ou méchant pour emprunter sans intérêt? Oblige-t-on des ingrats et des méchans lorsque l'on prête sans usure? La suite du discours exige donc que les mots nihil sperantes s'entendent directement de Pespoir d'un prêt réciproque^ ou de la restitution, et non pas seulement de l'espérance des intérêts.

XV. Aux deux raisons que je viens d'apporter, on peut joindre une réflexion qui les fortifie : c'est que l'asserlion de nos adversaires que

lo

DISSERTATION. 5o5

\e mot nihil doit s'entendre des intérêts y est absolument gratuite. On ne voit rien dans tout le discours qui l'annonce. Au contraire, lorsque dans d'autres endroits J.-C. parle des intérêts, il se sert du mot propre usures. AccepUsem quod

meum est cum usuris (i) cum usuris exe^

gissem illum (2). S'il avoit voulu parler ici des intérêts, pourquoi n'auroit-il pas employé l'expression dont il se sert ailleurs pour les désigner?

XYI. J'ai dit que les mots nihil sperantes ne dévoient pas s'entendre directement de l'espoir des intérêts. Il faut pourtant convenir que ces mots peuvent être appliqués indirectement aux intérêts. Toutes les fois que l'on est obligé de prêter sans espérance de restitution , on est à plus forte raison tenu de prêter sans espérance des intérêts. Ainsi l'obligation de prêter dans certains cas sans espérer les intérêts, est une conséquence du discours de J.-C. : mais elle n'est pas l'objet spécial du discours. Cette différence qu'il est important de saisir, paroît n'avoir pas été assez sentie par nos adversaires.

XVII. Reprenons en deux mots ce que nous venons de dire sur le vrai sens du passage, mutuum date nihil indè sperantes ; car c'est de là que nos adversaires tirent leur principal argu-

(1) Matth., cap. xxv, V. 27.

(2) Luc, cap. XIX, V. 23.

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