‹ Dissertations sur le prêt-de-commerce (volume 2)Chapitre 55 sur 74 · Saint Basile ne parle ici que du prêt fait · texte numérisé non relu

Saint Basile ne parle ici que du prêt fait

au pauvre. Ubipauperi dederis Domini pro

inope persoluturi paucis per pauperem

accepiis. L'objet de cette partie de son discours est d'exhorter à l'aumône. Ainsi il n'applique les paroles du Sauveur qu'au prêt, ou plutôt ^ comme il le dit, au don fait au pauvre. Il n'est donc pas possible qu'il en infère la condamnation de l'intérêt exigé du riche.

5.0 Dans le fait le saint Docteur ne con* clud point de l'exhortation de J.-C. de prêter sans espoir de restitution, qu'il soit défendu de prêter en espérant les intérêts. Rien dans son discours n'annonce cette conclusion. Il

(i) Basîlîus , liomil. ia partem psalmi xiv et contra feneratores, ia.« 5.

DISSERTATION. 3l5

ne parle pas même dans cet endroit des intérêts du prêt. Comment a-t-on pu voir dans le discours de saint Basile une conséquence qu'il n'a point tirée? Ciomment a-t-on pu découvrir la prohibition de toute espèce d'intérêt dans un texte où il n'est pas dit un seul mot des intérêts? A l'autorité de saint Basile nous pouvons joindre celle d'Ëutymiusy moine grec du commencement du douzième siècle , qui copie les paroles de saint Basile. Par cette raison nous n'en faisons pas un article à part (i).

XXII. Saint Grégoire de Nysse ne voit aussi dans ces paroles de J.-C. que le précepte de prêter à ceux dont on n'espère pas recevoir à son tour : Reciperemvicem. Il n'en conclud autre chose, sinon que l'on est obligé de remettre les dettes à ceux qui ne peuvent pas payer. Comme son discours est très-clair, et comme il n'est pas du nombre des saints Pères que l'on prétend avoir inféré du précepte de prêter sans espoir de restitution, la défense d'espérer des intérêts, il suffira de rapporter le passage, ce Acce* » dit quod ipsa gratia quœ onmis omnino bo* )) nitatis abundantissimus fons est , remissionem y> debitorum lege sancit quàm liberalissimè his

(i) y.Iepassaged'EutymiuS;?.»*. dissertation; chap. !.•», art ôg, n.«

5l6 SECONDE

)> yerbis : Non dabltis mutuum his à qutbus spe- 7> ratis recipere Yiçem (i). »

XXin. Saint Ambroise est un des saints Pères que l'on nous objecte. Voici comment il s'exprime au sujet des paroles de J. C. ce Caeterùm Dominus j> in Evangelio talibus magis existimat feneran- 1» dum, à quibus redhibitio non speretur. Sic )) enim ait : Et si jnutuum dederitis à quibus y> speratis recipere j quœ vobis est gratia ? Nam » et peccatores peccatoribus fenerantur ut reci-- » piant. f^erumtamen amate inimicos vestros ,• » et benefacite eis j et mutuum date nihil spe- » rantes^ et erit merces vestra multa in cœlo^ et » eritis filii jiltissimi ; quia ipse benignus est » super ingrates et mahs, Estote miséricordes » sicut et pater misericors est. Advertitis quod » nomen à Domino fenerator acceperit : quod » nomen etiam qui fenori yestro fuerit obligatus: » Peccatores y inquit, peccatoribus ■ fenerantur » ut recipiant, Uterque peccator, et fenerator, et » debitor. J^os autem^ inquit, amate inimicos » vestros. Non discutiatis quid mereantur ini- » miciy sed quid vos facere oporteat. Date mu- » tuum iis à quibus non speratis vos^ quod da- :» tum fuerit recepturos. Nulluni hic damnum » est y sed compendium. Minimum datis^ muly> tum recipietis : in terra datisj et id vobis sol-

(i) S. Gregor. Nyssenus, orat. contra usurarios , tom* 2 , pag. 1229 , Eclit. Morelli.

DISSERTATION. Sl^

!» vetur in cœlô : fenus amittitis , fnercedem y> ntagnatn habebitis : feneratores esse desinitis^ » Jilii eritis Altissimi : eritis miséricordes qui )) vos Patris aeterni probetis hœredes. Sed fene- » ratorum vos delectat et usurarum vocabulum : » id quoque non invideo. Docebo quomodo y> boni feneratores esse possitis : quomodo bonas j> quaeratis usuras. Dicit Salomon : Fenerat Doy> mino qui miseretur pauperis: secundùm autem » datum ejus retribuet ei, etc. (i) »

Il est certain, en premier lieu, que saint Ambroise entend ces mots nihil sperantes ^ en ce sens que l'on doit prêter à ceux dont on n'espère pas recevoir le principal. Date mutuum iis à quibus non speratis vos quod datum fuerit recepturos. Aussi ce point n'est-il pas contesté. •

En second lieu, saint Ambroise ne dit pas que ce. soit un précepte obligatoire dans toutes les circonstances. Beaucoup moins encore établit-il que ce soit un précepte prohibitif qui défende de prêter à ceux dont on espère recevoir son principal. Outre qu'une telle explication ne seroit pas raisonnable, le saint Docteur dit expressément le contraire. Cœterùm Dominus in Eçan^ gelio talibus magis existimatfenerandum, à qui-bus redhibitio non speretur. Tel est donc le prér cepte: selon saint Ambroise, on doit dans certains cas prêter à ceux dont on n'espère pas

(i) S. Âmbro^. in Tobîam^ cap. xvi.

5l'é SECONDE

recevoir le principal. A-t-il conclu de ce principe, qu'il n'est jamais permis de prêter en espérant des intérêts? Il n'est pas possible de supposer qu'un Docteur aussi éclairé ait raisonné aussi inconséquemment. La conséquence est trop outrée pour qu'on puisse la lui attribuer. Il y a trop loin de ce précepte : il faut , dans certaines occasions, prêter sans espoir de restitution à celui qui est dans le besoin^ à cet autre principe : on ne doit jamais exiger des intérêts du riche auquel on prête ; pour que l'un puisse être une conséquence de l'autre.

Ainsi , en troisième lieu , ce raisonnement ne se trouve pas dans le discours de saint Ambroise. Le prêt sans espoir de restitution est, selon lui^ un prêt fait à Dieu même, c'est l'aumône : et tout ce chapitre de son ouvrage est une exhortation à l'aumône. Il n'y a pas un seul mot qui annonce que saint Ambroise ait vu dans le passage de saint Luc qu'il rapporte, la proscription des intérêts du prêt.

XXIV. Saint Jérôme ne nous est pas opposé avec plus de fondement. Voici le passage de ce saint Docteur : ce Vide profectum. In principio )> legis à fratribus tantùm fenus tollitur. In Pro- » phetâ ab omnibus usura prohibetur, dicente » Ezechiele : Pecuniam suam non dedlt ad usuy> ram. Porro in Evangelio virtutis augmentuoi

DISSERTATION. Sl^

^ est praecîplente Domino, Feneramini hi$ à » quibus non speratis recipere (i). »

Saint Jérôme ne dit point que l'intérêt du prêt soit réprouvé dans l'Evangile : au contraire, selon ce saint Docteur, l'intérêt a voit été condamné dans la loi ancienne. Tout étoit fait à cet égdrd avant la venue de J.-G. Mais la loi £van« gélique exige une vertu plus grande que de prêter sans espérer des intérêts , virtutis augmen^ tum; c'est de prêter sans espérer même le principal. Toilà ce qu'ordonne l'Evangile selon saint Jérôme. Mais ce saint Docteur n'applique point les paroles qu'il rapporte à l'usure, et n'en infère point la condamnation de l'usure.

Dira-t-on que le précepte d'une perfection moindre étant renfermé dans le précepte d'une plus grande perfection , le commandement de prêter sans espérer le principal, renferme celui de prêter sans espérer les intérêts j et que l'un est une conséquence de l'autre?

Je répondrai, i.o que le précepte de ne jamais espérer des intérêts n'est pas renfermé dans le précepte de prêter quelquefois sans espérer le principal , comme je l'ai démontré. Il est vrai que dans les cas où on doit prêter sans espérer de principal, on doit à plus forte raison prêter sans intérêt; mais ce n'est pas là là question : il s'agit de savoir si du principe que J. -G

j(i) S. Hier.^ comment, in Ezechlelem, cap. xvm.

ordonne de prêter aux pauvres sans espoir ; de restitution, on peut légitimement conclure ^ ^ comme le disent nos adversaires, que tout profit résultant du prêt est une usure formellement condamnée par la loi de VEvangïle ?

Je répondrai, 52.<> que quand le raisonnement seroit juste en soi, il n'est pas fait par saint Jérôme. Ce saint Docteur ne conclud point la condamnation de l'usure de ces mots,^A2^ramini his à quibus non speratis recipere. Or nous examinons ici le sentiment de saint Jérôme, et la manière dont il entend les paroles de J.-G.

XXV. Saint Jean-Chrysostôme rapporte les paroles de N. S. en deux endroits.

\^^ Passage, ce Ne igitur id eveniat, cùm » boni aliquid operatus es ne quaeras à me gray> tiam, ut Deum habeas debitorem qui ait:

y> Mutuum date ils à quibus non speratis vos » recepturos. Habes debitorem : cur illo re- » licto à me exposcis liomine paupere et mi- » sero (i) ? »

2.™e Passage, ce Talia sunt certè fenora quae y> animas miseriùs rodunt et lacérant quàm vipe- )) rae. Hoc injustitiae vinculum est. Haec obliy> gatio violentarum pactionum. Do, inquit, non » ut accipias, sed ut plura reddas. At Deus v«-^ » tat id accipere quod datur. Date^ inquit,

(i) S. Joan. Chrysost, homil. xv in Matth., n.« 8, £dit Bened.

)» Ulià

3^ mis à quîbus nihU accipere speratis» Tu vçr6 > plusquàm dederis exigis. Et quod non dedisti 7> ut debitum cogis numerare eum ^ui non accepit (i).

De ces deux passages, le premier n'a point de rapport aux intérêts du prêt. C'est une exhortation à Faumône , une invitation à ne pas redemander au pauvre te qu'on lui a prêté, parce que Dieu le rendra dans l'éternité. Aussi ce n'est pas sans doute celui-là que l'on nous oppose^ mais le second passage.

Il est vrai que dans cette seconde homélie saint Jean-Chrysostôme infère des paroles de J.-C. , daté mis d quibus nihil accipere speratisy que l'on ne doit point prêter à usure. Mais je prouverai dans la dissertation suivante , en examinant Fopinion de ce saint Docteur sur l'usure , qu'il ne condamne que l'usure oppressive. Et nommément dans cette homélie , l'usure qu'il combat est celle qui abuse du besoin des pauvres, pour les appauvrir encore davantage. Voici comment il s'est exprimé précédemment : « Qiiod etiam nos y> patiemur, nisi desinamus pauperes atterere; et » penuriac , egestatisque occasione sumptâ , impu- )> dente abuti usurâ. )> Yoici doiic le raisonnement de saint Jean-Chrysostôme î J.-C. ordonne de prêter aux pauvres, même sans espérer le principal : donc oh a tort, en leur prêtant, d'exi-'

(2) Homil. LVi y aliàs lvu in Matth. ^ pag

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