‹ Dissertations sur le prêt-de-commerce (volume 2)Chapitre 57 sur 74 · XXXI. a.»e DiFFicuiiTÉ. Le discours de N. S · texte numérisé non relu

XXXI. a.»e DiFFicuiiTÉ. Le discours de N. S

condamne l'usure même à l'égard des riches et des commerçans. En effet , il oppose son précepte à la conduite des pécheurs, et ces pécheur» étôient les Publicains, comme il paroît par la manière dont le discours est rapporté par saint

Mathieu. Si enim diligitis eos qui vos diligunt,

quant mercedem habebitis ? Nonne et Publicani hoc faciunt {\)? Or ces Publicains étoient Ye» plus riches d'entre les Jui&, et toute leur vie n'étoit qu'un trafic continuel. Par conséquent J.-C. ayant oppose son précepte à leur conduite, lorsqu'ils s'entre-prêtoirtit les uns aux autres pour des avantages réciproques, il faut que l'usure soit défendue même enti*e gens riches et commerçans.

Réponse. i.<> J.-C. rejette les actions des infidélies dont il parle, non pas comme vicieuses, mais comme insuffisantes. Dans saint Mathieu il appelle ces infidelles Publicani^ dans saint Lue il les nomme Peccatores : mais tout cela est indifférent, car il ne leur reproche pas de pécher en ce point. 11 n'y a donc pas une vraie opposition entre le précepte du Sauveur et la conduite des pécheurs. 11 ordonne, non pas de

(i) Matth.^ cap. V, V. 46»

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faire le contraire, mais "de faire plus. Il né défend pas de faire ce qu'ils faisoient , mais il enjoint d'aller dans certains cas au-delà. Aînsi^ quand ces infideHes auroient été des Publicains prêtant à usure, J.-C. nç défendroit pas de prêter à usure. Il ordonneroit seulement de prêter dans certaines occasions sans usure.

2.0 Ces infîdelles se prêtoient réciproquement pour recevoir choses égales, œqualia. C'est donc à ce genre de prêt que J.«C. oppose son précepte, comme je l'ai montré. Que ces prêteurs fussent pécheurs, publicains, riches, marchands, tout cela est indifférent au précepte de N. S. qui ne porte pas sur l'intérêt du prêt, mais sur la restriction du prêt.

3.e DIFFICULTÉ. Il s'agit dans ce passage du prêt à intérêt. Ces naots peccatores peccatoribu% fenerantur le montrent clairement.

Réponse. Je viens déjà d'observer que J.-C, n'a point défendu de faire ce que faisoient les pécheurs dont il parle : que par conséquent, quand même ils auroient prêté à usure , J.-C. n'auroit pas défendu l'usure.

Mais j'ajoute que cette objection détourne le mot fenerantur de la signification véritable qu'il a dans cet endroit. 11 est certain que ce mot est souvent employé dans la Yulgate pour signifier le prêt gratuit. Saint Augustin le dit expressément: ce Fenerationem Scriptura dicit 9 mutuo datam pecuniam, etiamst usura noa

y> accipîatur (i). » On voit effectivement damt l'Ecriture cette expression aussi souvent em^ ployée pour le prêt gratuit , que pour le prêt intéressé. Je n'en citerai que* deux exemples.

Hodiè feneratur guis et crds repetit Odibilis

est homo hujusmodi (•i) Fenerare proximo

tuo in tempore necessitatis illius (3). Or il est certain que dans le passage de saint Luc le mot feneratur signifie le prêt gratuit. i.<> Les mots ut recipiant œqualia déterminent positivement ce sens. 2.® Le texte grec lève toute difficulté. Le même mol; grec , le même verbe cetfuçruv est répété trois fois dans ce verset et dans le suivant , et traduit alternativement par les verbes mutuum dare et fenerari. Or , certainement le même mot répété trois fois dans deux phrases consécutives et relatives l'une à l'autre j est employé dans le même sens.

XXXni. 4.e DIFFICULTÉ. M. Bossuet établit d'une manière bien positive et bien daire que les paroles de ' N. S. , mutuum daté nihil inde sperantes , interdisent toute usure. Voici les paroles de ce savant Prélat, ce Prêter sans "» prétendre recevoir sa dette, ne diffère en rien y> de l'aumône, ni du pardon. Or il s'agit ici d'un » .prêt proprement dit, en tant qu'il est distingué

(1) Locut in Deuter.^n.^^ 39^ tom. 3, pag. 367^ EdiL Bened.

(2) Prov., cap. XX, V. 16.

(3) ProT., cap. xxiX| V. 3.

> du don : et N. S. ayant réglé'dans les articles y> précédens ce qui regarde Taïunône , il Ëilloit » aussi qu'il réglât ce qui regarde le prêt. En » effet , pesons ces paroles : Les pécheurs prêtent » aux pécheurs pour receroir choses égales. Si » par les choses égales il entend le sort princi- » pal, et qu'il veuille dire- qu'on prête sans espoir y> de le retirer, qu'on me dise en quoi cela dif^ » fere du don. J'entends donc par choses égales, 9> non le principal, mais le profit qu'on prétend » tirer de son prêt; l'intention de l'usurier n'é* » tant pas seulement de recevoir son principal^ D mais de ^augmenter et de le doubler : car les lois » romaines qui permettoient Pusure , la bornoient y> au double du capital, et défendoient de la » continuer, quand par la suite du temps elle » l'avoit égalé. C'est ce que défend ici N. S, » Les pécheurs^ dit-il, prêtent aux pécheurs, les )) publicains aux publicains, et les gentils aux » gentils. Mais je ne veux pas que mes Disciples » prêtent de la sorte, ni qu'ils fassent de tels D profits : et la suite Êiit bien paroître que c'est » là son intention. Prêtez y dit-il, nf espérant rien » au-delà , indè. Il ne dit pas , n'espérant pas » recevoir votre principal , mais n'espérant rien » au-*delà, indè^ c'est-à-dire, manifestement re« » nonçant au profit que votre prêt pourroit 3) vous produire selon les lois ordinaires (i).

(i) Traité de l'usure parmi les ceuyres posthumes^ taqi. Z, pag. S(i^

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XXXIV. RÉPONSE, L'autorité de M. Bossuet est sans doute infiniment imposante : mais comme il s'écarte lui-même du sentiment des saints Pères; comme, de Faveu même de nos adversaires, plusieurs de ces saints Docteurs ont entendu le passage de saint Luc dans un autre sens que M. Bossuet, nous pouvons très- légitimement opposer et même préférer leur autorité à la sienne. Examinons donc la difficulté en ellemême, et indépendanmient de l'autorité respectable dont on la soutient.

L'un des raisonnemens de M. Bossuet est fondé sur ce que le mot indè^ que l'on trouve dans notre passage, veut dire au-delà. Cette traduction est inexacte. Le mot indè signifie de là, et jamais n'a .été traduit ni dans cet endroit, ni dans aucun autre, par le mot au-delà. .Ainsi, ces mots nihil indè opérantes signifient, n'espérant rrien de là.

L'autre raisonnement de M. Bossuet qu'il avoit puisé dans Estius (i) , est qu'il s'agit dans le discours de N. S. d'un prêt proprement dit, eu tant qu'il est distingué du don. Il demande qu'on lui dise en quoi le prêt sans dessein de recevoir le principal, diffère du don. A cette demande de M. Bossuet on peut faire deux réponses égalejoient satisfaisantes.

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