DE L'AUTORITÉ DES THÉOLOGIENS SUR LE PRÊT-DE-COMMERCE
Cette question, pour être traitée avec ordre, doit être divisée en deux parties; savoir, quelle est en général l'autorité des Théologiens ? et quelle est en particulier leur autorité sur le point dont il s'agit?
ARTICLE PREMIER
Quelle est en général V autorité des Théologiens?
II. Je suis obligé de convenir que l'autorité des Théologiens scolastiques a été beaucoup trop déprimée par quelques partisans du prêt-decommerce. Regardant les Théologiens comme opposés à leur système , ils ont cherché à diminuer leur autorité. Us ont insisté sur l'ignorance et sur la grossièreté des siècles dans lesquels la scolastique s'est établie ; et ont traité ceux, qui la professoient d'ignorans et de déraisonneurs. A Dieu ne plaise que nous tombions dans ces déclamations odieuses, dignes des hérétiques du seizième siècle , ou des déistes du nôtre : et que nous calomniions tant de respectables personnages, auxquels la Religion a de si grandes obligations. Pour juger les premiers Scolastiques, il faut comparer l'état de la •
» Premier principe. On n'est pas obligé de » suivre l'opinion de plusieurs, ou du commun , y> ou même de tous les Scolastiques. Cette pro- » position a trois parties.
» Premièrement, on n'est pas obligé de suivre » l'opinion de plusieurs Scolastiques : car, dit » Canus, dans une dispute scolastique un Théo- » logien ne doit point être ébranlé quand on » lui oppose l'autorité de plusieurs; s'il est » soutenu par quelques Docteurs de mérite > il » peut sans peine faire tète à tous les autres : » puisque y pour décider une question théoloy> gique, on ne compte pas le nombre de ceux » qui la défendent j mais on pèse leurs rai- » sons. (1).
» Secondement, on peut s'écarter de l'opi- » nion commune , non - seulement des Scolas- » tiques, mais même des saints Pères. Si les y> fidelles , dit Canus, ne sont pas obligés d'emy> brasser toutes les opinions des Pères de VE- » glise, même sur des matières importantes, y> mais seulement ce qu'ils ont jugé certainement y> et invariablement véritable, que devons-nous y> dire des Scolastiques modernes qui sont infini- » ment au-dessous des saints Pères, soit qu'on
(i) Videlicet in scholasticâ disputatione pluriura auctoritas obruere Theologum non débet ; sed si paucos modo graves secum habet, poterit sanè adversùm plurimos stare. Non enim numéro hœc judicantur, sed pondère, (lbid., cap. 4, pag. 385.)
à dans le huitième livre, où il reprend quely> (jues Théologiens qui se trompent lourde- » ment , dit-il , en ce qu'ils ne mettent aucune )) différence entre les opinions et les décrets )) fixes et constans de l'Ecole (1). Il s'agit en » cet endroit des opinions fixes et communes y> de l'Ecole, comme la suite le fait voir. Je )) n'examine pas ici, dit-il, si l'opinion corn- )) mune de l'Ecole est vraie ou fausse : mais )) je soutiens seulement qu'il faut mettre une » grande différence entre les opinions et les » décrets de l'Ecole (2).
» Définissons maintenant les deux membres » de notre distinction. L'opinion roule sur des y> points tju\ ne sont pas de foi ; et les dé- » erets sur ceux qui sont de foi. Cela est clair , » et la suite l'éclaircira encore davantage. U » ne nous reste plus qu'à établir, nos principes.
(1) Hi autem in eo primùm errant quod scholae opi-* nioaes à certis constantibusque decretis non séparant (Melchior Canus de locis theologicis , lib. vm, cap. 5, pag. 389, edit. Paris. 1778.)
(2) Sed ut dixi , non disputo nunc , schoîœ communis opinio verane an fàlsa sit *, quanquam ab instituto nostro, non adeo fortassis aliemim , sed id ago, scholasticas opinio* nés oportere à decretis sejungere , fideique quaestioues , ab bis quae modo> hùc , modo ilîùc transferuntur et sine pietatis )acturâ possunt in utramque partem disputari. Décréta tenere debemus accuratèque defiendere : opiniones non item; sed si non cum academia?, at cum ebrisfcianae niodestia? temperamento. (Ibid. 7 pag. 392.)
y> Premier principe. On n'est pas obligé de » suivre l'opinion de plusieurs, ou du commun 7 y> ou même de tous les Scolastiques. Cette pro- » position a trois parties.
» Premièrement, on n'est pas obligé de suivre y* l'opinion de plusieurs Scolastiques : car, dit » Canus, dans une dispute scolastique un Théo- » logien ne doit point être ébranlé quand on » lui oppose l'autorité de plusieurs; s'il est
» soutenu par quelques Docteurs de mérite > il » peut sans peine faire tête d tous les autres : » puisque , pour décider une question théoloy> gique, on ne compte pas le nombre de ceux » qui la défendent > mais on pèse leurs rai- » sons. (1).
» Secondement, on peut s'écarter de Popi- » nion commune , non - seulement des Scolas- » tiques, mais même des saints Pères. Si les y> fideîles y dit Canus, ne sont pas obligés d'emy> brasser toutes les opinions des Pères de l'E- )) glise, même sur des matières importantes, y> mais seulement ce qu'ils ont Jugé certainement y> et invariablement véritable, que devons-nous y> dire des Scolastiques modernes qui sont infini- » ment au-dessous des saints Pères, soit qu'on
(1) Videlicet in scholasticâ disputât îone pluriura auctoritas obruere Theologum non débet ; sed si paucos viros modo graves secum habet, poterit sanè adversùm plurimos stare. Non enîm numéro hœc judicantur, sed pondère. (LUd., cap. 4, pag. 385.)
» considère la sainteté de leur vie , ou leur » science dans les Livres saints , ou l'autorité » qu'ils ont acquise dans V Eglise (1).
» L'auteur qui examine dans cet endroit si » un mariage contracté sans ministre de l'Eglise *y> est un sacrement , fait usage de la règle qu'il » vient d'établir. Car, pour répondre à la multi- » tude des Docteurs qui ne pensent pas comme y> lui, que ce mariage n'est point un sacrement, y> il dit : Je vais prouver d'abord que ce n'est » pas un dogme et un jugement fixe , mais y> seulement une opinion commune de l'Ecole. » Puis il ajoute : Que les Thomistes s'unissent y> avec les Scotistes, que les Théologiens anciens » et modernes «e lignent tous contre moi , il » faudra pourtant que j'en triomphe : car ne » croyez pas , comme quelques-uns se l'imagi- » nent , que tout se décide par l'autorité des » Théologiens. Il y a des vérités si claires, que » rien n'est capable de les ébranler (a).
(1) Àt si veterum sanctorum consensio, ut libro superiori definitum est , non in omnibus legis quaestionibus sequenda nobis et tenenda est, sed solùm in fidei régula; nec quaevis illorum etiam in re gravi communis opinio fidèles astringit, sed firmura constansque judicium. Et quid de recentioribus schola? Theologîs dicere oportet, quos Tcteres illi longe et vita? merito et Scripturarum usu et auctoritatis pondère superârunt. (Ibid. , cap. 5,pag. 38g. )
(2) Ostendara ergo primùm, opinionem comraunem
illam esse ; non sebolae dogma , firmumque judicium
Ubi ergo si Tbomistae omnes cum Scotistis ex'utunt, sL
ÎO QUATRIÈME
)) donc faire qu'un Théologien qui ne soutienl y> qu'une opinion s'exprime ainsi : Cela est de » foi , ou ceci est hérétique et erronné. Mais sa » décision ne rendra pas la question décret de » l'Ecole, et elle restera toujours] dans la sphère y> des opinions. Canus en cite un exemple : Quoiy> que l'opinion de Durand y dit-il, soit rejetée y> par la décrétale Gaudemus comme mal-sony> nante et contraire cl la foi chrétienne (ce » sont les termes de la décrétale ) , cependant )) l'auteur du décret n'a pas voulu condamner y> l'opinion de Durand comme hérétique : car » le mot il paroît, affoïblit la certitude du
est. Hîs ergo notis , ac multo etîam m a gis scbola? quoque decretis secernendis uti debemus. Alioqui , si quaecumque Scholasticorum simples, assertio dogma fidei certum est , major est profectô horum , quàm Poutificum et Conciliorum auctoritas. Quod si probari nemini polest,illud certè probari omnibus necesse est , Theologos hoc loco et quaestione nihil omnino definiisse. Etenim nec sententiam adyersam haereticam erroneamTè dixerunt, nec quod dixerunt id firmiter Catholicis amplectendum , breviter nullam notam interposuére earum, quae certa, constantiaque judicia indicare soient. Quae cùm ita sint, id quod primùm conficiendum erat, confectum est : Tbeologos eâ de re quam modo versamus, nihil certo et constater decrevisse : sed incertA inconstantique opinionc , probabilem unius sensum , casteros esse insecutos. Ita casu quodam communia forte consensio iacta est. (Ibid., cap. 5 , pag 393. )
DISSERTATION. g
» ne disent pas d'une proposition , qu'elle est héy> rétique, ou erronnéej et de la proposition )) opposée , qu'elle doit être crue fermement y> par les Catholiques, ou quelque chose d'é- )> quivalent ; c'est une marque que ce n'est )> qu'une opinion. Encore faut-il qu'ils parlent )) ainsi en conséquence d'un jugement fixe, et y> non parce qu'eux-mêmes sont de telle ou de y> telle opinion.
y> Troisième principe. Ceci est-il, ou n'est- » il pas de foi , peut n'être qu'une question et » une simple opinion de l'Ecole, d'où il résulte :
y> Quatrième principe. Que la marque » qu'une doctrine est donnée , comme appartey> nante certainement à la foi, et non comme une » question et une opinion problématique, est, » lorsqu'on assure en termes exprès et précis » qu'elle doit être crue fermement par les fidelles y> comme un dogme de foi , ou qu'on se sert de y> ces expressions ou d'autres semblables : Ceci y> est contraire à l'Evangile ou à la doctrine des » Apôtres : mais il ne faut parler de la sorte y> qu'en conséquence d'un décret fixe et certain, y> et non en suivant une opinion. (1). 11 se peut
(1) Adde quod in Gonciliorum scriptis aut summorum Pontificum epistolis decretalibus , id observandum est , ut non quaevis simplex aut affirmatio aut negatio certum sit exploratumque judicium : sed sunt nota? quaedam peculiares quibus certas Conciliorum Pontificuruque definitiones intexnoscimus, quemadmodùm Ub. 5 latiùs explicatum
» question présente , décidez hardiment avec » Melchior Canus, que ce qu'ils soutiennent n'est y> qu'une opinion, et non un jugement fixe et y> certain. Or, dans ee cas, toutes les règles que » nous avons établies au sujet des opinions, » doivent avoir lieu.
» Cependant il ne suffit pas que quelques » Théologiens , ou plusieurs, ou même le grand » nombre disent d'un ton décisif, peut-être avec » plus de confiance et de présomption , que de y> science et de certitude : Ceci est de foi ; cela y> est erronné ; cette maxime est hérétique j car, y> selon Canus,
» Cinquième et dernier principe. Si ce y> n'est pas être hérétique que (le mépriser un sen- » tintent généralement reçu par les Scolas tiques y> touchant la foi et les mœurs , au moins il s'en y> faut peu (i). Si tous les Scolastiques (dit-il » ailleurs) établissent unanimement un point par- » ticulier comme certain, indubitable, et qu'ils y> ont proposé dans tous les temps à la foi des » fidelles comme un décret invariable de V Ecole, y> les fidelles doivent croire qu'il ne contient que ' y> la foi catholique (2).
(1) Concordera omnium Theologorum scholœ de fîde et moribus sententiam contradicere , si haeresis non est, at hsercsi proximum est. ( Ibid. , cap. 5 , pag. 386. )
(2) Si Scholastici Theologi aliquam itidem conclusionem firmam et stabilem uno ore omnes statuerint , atque ut certura Theologix decretum fidelibus amplecteuduni cons-
» jugement qu'on prononce (1). Ce qu'il dit » ici au sujet des décrets des Conciles et du » Pape , il l'applique ailleurs avec raison aux » Docteurs particuliers. Nous lui avons déjà » entendu dire, en parlant de saint Thomas, » que ce saint , par le mot il semble, énonce » son opinion particulière , puisqu'il assure seuley> ment quyune chose lui semble ainsi , mais non y> quelle est ainsi (2).
y> Lors donc qu'on entend ces mots, j'estime, :» je pense, il paroît, il me semble, il semble » à quelques-uns, que tel point est de foi, ou )) d'autres expressions équivalentes , comme sont y> celles que nous avons remarquées dans quely> ques auteurs et dont les écrivains du dernier y> siècle se servent fort souvent , en traitant la
( 1 ) Dicatur , inquam , non ex opinione , sed certo et firrao decreto. Licct enim opinio Durandi reprobetur, C. Gaudemus de divortiis , sed qui dixit : Vcrùm hoc absonum videtur et contrarium fidei christiana? , is noluit haereseos illum condemnare. Verbum enim videtur, judiciorum infirmât certitudinem. (Ibid., lib. v, cap. 5, pag.
(2) Non ita certum quippiam Thcologi de bâc re statuere voluerunt. Nec D. Thoma? verba , si quis attenté légat , aliud prae se ferunt. Videtur , inquit , quôd Baptismus an te Cbristi passioncm fuerit institutus , etc. : quo scilicet verbo D. Thomas uti ferè solet , cùm res non est plana et definita. Itaque existimo D. Thomam ciim dixerit yideri > hoc ipsum sensisse quod dixerit videri modo : non ctiam oportere. (Ibid.; lib, vm; cap. 5, pag. 390.)
» question présente , décidez hardiment arec )> Melchior Cauus, que ce qu'ils soutiennent n'est » quune opinion, et non un jugement fixe et » certain. Or, dans ee cas, toutes les règles que » nous avons établies au sujet des opinions, y> doivent avoir lieu.
y> Cependant il ne suffit pas que quelques 3> Théologiens , ou plusieurs, ou même le grand y> nombre disent d'un ton décisif, peut-être avec y> plus de confiance et de présomption , que de » science et de certitude : Ceci est de foi ; cela y> est erronné ; cette maxime est hérétique; car, y> selon Canus,
» Cinquième et dernier principe» Si ce » n'est pas être hérétique que de mépriser un seny> tintent généralement reçu par les Scolastiques y> touchant la foi et les mœurs, au moins il s3 en y> faut peu (1). Si tous les Scolastiques (dit-il » ailleurs) établissent unanimement un point paryy ticulier comme certain, indubitable, et qu'ils y> ont proposé dans tous les temps à la foi des y> fi 'délies comme un décret invariable de l'Ecole, » les fidelles doivent croire qu'il ne contient que » la foi catholique (2).
(1) Concordera omnium Theologorum scholae de fide et moribus sententiam contradicere , si haeresis non est , at haeresi proximum est ( lbid. , cap. 5 , pag. 386. )
(2) Si Scholastici Tbeologi aliquam itidera conclusionem firmam et stabilem uno ore omnes statuerint , atque ut certum Theologiae decretum fidelibus amplcctendum cons-
» Donc un décret fixe, certain et indubitable » de l'Ecole est celui que tous les Scolastiques ont » soutenu invariablement et dans tous les temps, » non comme une opinion, mais comme un y> jugement fixe et inébranlable. Et ceci con- » firme ce que nous avons répété si souvent, » que ceux qui disent , Maintenant tous les Sco- » lastiques, ou tous les Docteurs d'aujourd'hui » pensent ainsi , énervent et affoiblissent eux- » mêmes ce qu'ils veulent prouver. Car ce qu'ils » combattent, n'est certainement ni hérétique, » ni erronné : puisque , de leur propre aveu , » ils n'ont point de tradition incontestable en » faveur de leur opinion. Or, comme dit éléy> gamment un auteur , la foi ne dépend pas » des temps, mais des Evangiles.
y> Ce que je dis ici doit s'entendre, comme » je l'ai souvent remarqué, avec cette excep- » tion ; pourvu que l'Eglise n'ait pas fait de » nouveau décret , pour déclarer clairement et y> expressément qu'une doctrine est conforme y> à son ancienne tradition. Par conséquent , » ceux qui , sans être appuyés sur une semblable y> autorité, prononcent aujourd'hui des censures » contre nous au sujet des points que nous leur 3> contestons et sur lesquels on dispute dans » FEglise depuis trois cents ans , doivent être
tanter et perpetuo docuerint, illam ut catholicam veritatem fidèles sanè ampiectentur. (Ibid. , lib. xn, cap. 6, pag. 695.)
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» au nombre Je ceux dont parloît Canus, quî » poussés tout-à-coup , je ne sais par quel esprit y> de vertige et de fantaisie , décident témérai- » rement et au hasard les questions les plus » importantes (1). Plus ils se portent avec vé-
hémence et fureur à condamner les autres, » plus ils montrent clairement , non que le » sentiment qu'ils proscrivent est hérétique ou » erronné, mais qu'eux-mêmes ont beaucoup y> d'ignorance et de témérité. »
On ne soupçonnera point Melchior Canus d'être deTavorable aux Scolastiques. On n'accusera pas M. Bossuet de déprimer leur autorité. Ainsi nos adversaires ne révoqueront pas en doute leur suffrage. D'ailleurs, il est impossible de trouver deux auteurs plus éclairés , sur-tout dans la matière dont il s'agit. Nous ne craindrons donc pas de nous égarer sur leurs traces, et je vais avec confiance reprendre leurs principes et en faire l'application.
IV. 11 est certain que les Scolastiques jouissent d'une grande autorité dans l'Eglise : je conviens même avec nos deux auteurs que « si » ce n'est pas être hérétique que de mépriser » un sentiment généralement reçu par les Sco-
(i) Sunt autem nonnulli, qui per eas pcrsuasiones quibus à principio sunt imbu ti, de rébus gravissimis sententiam ferunt, temcritate quâclam , sive judicio repentino quasi vento incitati. Quae longé alia esset, si judicio consideratè constauterque lata fuisset. (Ibid., lib. vin, cap. 5; pag. 389.)
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» Jastiques touchant la foi et les mœurs, au » moins il s'en faut peu. » Mais d'où vient cette autorite' des Théologiens dans l'Eglise? Ce n'est pas d'une promesse spéciale que J. C. ait faite aux Théologiens , ni même au corps des Théologiens, d'écarter l'erreur de leurs décisions. Cette promesse ( et c'est ici un dogme de la foi catholique ) n'a été faite qu'au corps des premiers Pasteurs unis à leur chef. Mais les écrits des Docteurs sont un des canaux par lesquels la tradition se transmet et se perpétue. Cest parce que les Théologiens manifestent la doctrine reçue de leur temps par l'Eglise , que leur témoignage a un poids déterminant. Ils sont des témoins de la tradition , et à ce titre ils ont droit au respect des lîdelles. Mais pour acquérir le degré d'autorité auquel on doit se soumettre , il faut la réunion de plusieurs circonstances. Car enfin toute tradition , de quelqu'endroit qu'elle nous vienne , n'a pas droit de captiver notre assentiment. Pour parvenir à ce point qui est l'extrême, de l'autorité elle doit porter sur un objet de doctrine , et non pas sur une question qui puisse, sans inconvénient pour la foi, «e traiter indifféremment : elle doit être universelle ; c'est-à-dire, il est nécessaire que cette tradition soit celle de toute l'Eglise; car on n'est pas obligé de se soumettre à un sentiment qui a été regardé comme un point de doctrine seulement dans quelques endroits : elle doit être
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perpétuelle; c'est-à-dire, elle doit subsister de-* puis l'origine et n'avoir jamais varié, en sorte qu'on ne doit y voir ni commencement, ni interruption •. car c'est en cela que consiste la force et l'autorité de la tradition. Nous devons y être soumis 3 parce que la doctrine qui nous est transmise par cette voie est celle que nos pères ont apprise de leurs pères, lesquels l'avoient reçue par succession des Apôtres, qui eux-mêmes l'avoient recueillie de la propre bouche de N. S. J.-C. qui est la source de toute doctrine écrite ou non écrite. Ces vérités sont tellement gravées dans le cœur de tous les Catholiques, que je ne m'arrêterai pas à les prouver. Je vais eu faire l'application à l'autorité des Scolastiques, et on en verra découler les principes qu'a établis M. Bossuet d'après Melchior Canus.
V. En premier lieu , pour que le suffrage des Théologiens acquière ce degré d'autorité qui commande la soumission , il doit être universel. L'opinion du plus grand nombre des Théologiens n'a pas une autorité irréfragable ; et lorsque d'autres Docteurs graves en eux-mêmes, mais en petit nombre, sont d'une opinion contraire, on est libre de se décider entre les deux partis. Ce n'est pas par le nombre des Docteurs qu'on doit se déterminer , c'est par le poids de leurs raisons. Cette maxime paroît si claire, si évidente à Melchior Canus , qu'il croiroit
l'affoiblir
DISSERTATION. \j
raffbiblir en voulant la prouver (1). M. Bossuct dit aussi , comme nous l'avons vu , que « c'est j> être téméraire que de mépriser tous les Sco-^, » lastiques : mais qu'il n'y a de témérité que' 7) quand l'unanimité est parfaite. »
Diroit-on, pour ébranler ce principe, que dans toute science il est téméraire de s'écarter de la doctrine des maîtres et des personnes habiles? Je répondrai que, dans aucune science,, on n'est obligé de s'en rapporter aveuglément au plus grand nombre des savans; qu'une question, de théologie n'est pas un procès qu'on doive juger à la pluralité des suffrages, mais qu'elle doit être décidée par la supériorité des raisons j enfin que la grand* v\uralité des Théologiensqui soutiennent un sentiment , peut être unmotif de plus pour examiner avec attention les? raisons qu'ils apportent, parce qu'on ne doit pas s'écarter d'eux légèrement; mais qu'elle n'o-
(1) Theologorum Scolasticonrm , etiam multorum tes— timonium, si aliî contra pugnant viri docti , non plus valet ad faeiendam fîdem , quàm , vel ntio ipsorum , vel etiam auctoritas comprobaret : videiicet in scolasticà disputatione pluriura auctoritas obrucre Theologum noa débet; sed si paucos viros modo graves secum habet, poterit sanè adversùs plurimos stare. Non cnim numéro ba?c judicantur , sed pondère. Honc vero conclusioneiu probare argumentis non debeo. Nam si quid est evidens , de quo inter omncs conveniat , argnmcntari non soleo : perspicuitas enim , ut ait Ciecro , argumcntatione élevât tur. (Ibid., lib. vm ; cap. 4, pag. 385. )