‹ Dissertations sur le prêt-de-commerceChapitre 3 sur 152 · TOME m. a · texte numérisé non relu

TOME m. a

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blige pas à accéder à des raisons , qu'après un mur examen on juge peu solides.

VI. En second lieu, et ce principe est encore de M. Bossuet et de Melchior Canus , il ne suffit pas, pour qu'un sentiment de l'Ecole captive notre assentiment, qu'il soit soutenu par l'unanimité' des Théologiens ; il làut encore qu'il soit présenté par eux tous comme un point de doctrine fixe et invariable, dont il ne soit pas permis de s'écarter. La raison en est bien simple. Nous ne sommes tenus de soumettre notre raison qu'aux vérités qui appartiennent essentiellement à la doctrine de l'Eglise , et que nous ne pouvons refuser de croire sans courir risque du salut. Tout ce qui est purement opinion , il nous est permis de l'admettre ou de le rejeter. Ainsi, de quelqu'autorité que soit munie une opinion , nous ne sommes pas tenus de la croire. Si le consentement unanime des saints Pères euxmêmes , dit Melchior Canus , comme nous l'avons vu plus haut, n'oblige pas notre créance sur tous les points , mais seulement sur la règle de foi ; que dirons-nous donc des Docteurs de l'Ecole qui sont et plus récens et d'une autorité bien inférieure ? Nous ne sommes pas non plus tenus, comme l'enseignent encoreavec Canus tous les Théologiens, d'adopter généralement tout ce qui est dit dans les Conciles, mais seulement ce que ces saintes assemblées douées du privilège de

FiiifaiHibilite décident appartenir à la foi (1). U est certain que les Scolastiques, et même l'unanimité des Scolastiques , n'ont pas une autorité plus grande, ni même aussi grande que l'unanimité des Pères et que les Conciles.

Il est donc nécessaire , pour que le sentiment unanime des Théologiens jouisse de cette autorité suprême qu'on ne peut attaquer sans témérité, que ce soit un point de doctrine fixe et invariable , et qu'il soit proposé comme tel par les Théologiens. Et il ne suffit pas , comme nous

(i) Itaque summorum Pontificum Conciliorumque doctrina , si toti Ecclcsiae proponatur, si cura obligationc etiam crcclo.ndi proponatur, tum vero <le fidei causa jucîicium est. Sed animadvervcuduxn. oa\ dîligentiùs et qu« natura rerura sit, de quibus judicium est, et quae vcr-

borum proprietas et pondus Id d ici m us , nec

omnia quae aut juris , aut Conciliorum volumina continent doctrinae christianœ esse judicia Nonno

igitur dixerit quis, erit aliqua nota quà Conciliorum de fide judicia internosci queant? Erit plane : prima et ca quidem manifesta , si contrarium asserentes pro hsrclicis

judicentur Altéra nota est , cura in hanc for-

mam Sjnodus decreta prascribit : Si quis hoc vel illud sen-

serit , anatbema sit Tertia est , si in eos qui con-

tradixerint excoramunicationis sententia ipso jure feratur... Quarta , si quidquam expresse et propriè à fidelibus firmiter credendum aut tanquam dogma fidei catholica? accipiendum dicatur , vel aliis similibus verbis aliquid esse Evangelio , doctrinale Apostolorum contrarium ; dicatur , inquam, non ex opinione, sed certo et firmo deercto. (lbid., lib. v; cap. 5, pag. 273.)

les Scolastiques appuient leur sentiment , ma raison me présente des raison nemens plus convaincans encore pour moi, qui me persuadent la vérité du sentiment contraire; il faudra, malgré ma conviction intime, me déclarer pour les Théologiens contre ma propre raison? Non; le sacrifice de nos lumières, de notre intelligence, ne peut être dû qu'à Dieu lui-même, et à son Eglise; parce qu'il l'a laissée dépositaire de son autorité et de son infaillibilité. Melchior Canus, ce Docteur si favorable aux Scolastiques, ne croyoit pas devoir même à leur unanimité cette déférence, lui qui dans un des passages que nous avons cités disoit avec confiance : * Que les » Scotistes viennent avec les Thomistes, que les

* anciens s'unissent aux modernes contre moi, j> il est nécessaire que j'en triomphe. Car il ^ n'est pas vrai, comme quelques-uns le pensent ,

* que tout dépende de l'autorité des Théolo- » giens. 11 est des vérités tellement claires que

* rien ne peut les obscurcir. » Tout Théologien a le même droit, je dirois volontiers la même obligation, que lui, d'adhérer à l'évidence qu'il aperçoit, ou qu'il croit apercevoir, plutôt qu'à l'opinion générale des Docteurs, en ce qui ne blesse point la doctrine de l'Eglise.

Il doit y avoir une différence entre ce que les Théologiens (c'est toujours de leur unanimité que je parle ) proposent comme leur opinion , et ce qu'ils assurent être la doctrine de

qu'il n'est qu'une simple opinion de l'Ecole. A cette difficulté' j'opposerai deux réponses : i.° Quand j'accorderois le principe sur lequel elle est fondée , quand je conviendrais qu'un Théologien qui s'écarte de l'opinion unanime des Théologiens est un téméraire et un présomptueux , il n'en résulterait pas qu'il est un errant. Qu'il soit convenable et prudent d'acquiescer à ce que pensent tous les Scolastiques , ce n'est pas là ce dont il s'agit. L'état de la question est de savoir si on est obligé de s'y soumettre , si on erre en pensant autrement qu'eux tous. On prétend condamner le prêtde-commerce par l'autorité des Théologiens. II faut donc prouver que c'^t non- seulement une imprudence, une témérité, une présomption, mais encore une erreur de défendre ce contrat contre l'opinion unanime des Docteurs.

2.0 Mais je suis bien éloigné d'admettre ce principe , et de convenir que ce soit toujours une témérité de contredire une opinion unanimement reçue par les Théologiens. Quoi! lorsqu'après avoir approfondi avec toute la réflexion dont je suis capable , une question théologique (je parle de celles que l'on peut traiter pour ou contre sans compromettre la doctrine de l'Eglise; de celles sur lesquelles il n'y a rien de décidé; de celles enfin qui composent la classe des simples opinions), lorsqu'après avoir examiné les divers rajsonnemens dont

les Scolastiques appuient leur sentiment , ma raison me présente des raisonnemens plus convaincans encore pour moi, qui me persuadent la vérité du sentiment contraire; il faudra, malgré ma conviction intime, me déclarer pour les Théologiens contre ma propre raison? Non; le sacrifice de nos lumières, de notre intelligence, ne peut être dû qu'à Dieu lui-même, et à son Eglise; parce qu'il l'a laissée dépositaire de son autorité et de son infaillibilité. Melchior Canus, ce Docteur si favorable aux Scolastiques, ne croyoit pas devoir même à leur unanimité cette déférence, lui qui dans un des passages que nous avons cités disoit avec confiance: « Que les » Scotistes viennent avec les Thomistes, que les y> anciens s'unissent aux modernes contre moi,

* il est nécessaire que j'en triomphe. Car il » n'est pas vrai, comme quelques-uns le pensent, » que tout dépende de l'autorité des Théolo-

* giens. Il est des vérités tellement claires que » rien ne peut les obscurcir. * Tout Théologien a le même droit, je dirois volontiers la même obligation, que lui, d'adhérer à l'évidence qu'il aperçoit , ou qu'il croit apercevoir, plutôt qu'à l'opinion générale des Docteurs, en ce qui ne blesse point la doctrine de l'Eglise.

Il doit y avoir une différence entre ce que les Théologiens (c'est toujours de leur unanimité que je parle ) proposent comme leur opinion , et ce qu'ils assurent être la doctrine de

D ISS EUT ATI ON". s5

TEglise. Mais, où seroit cette différence, si on c'toit obligé d'adopter toutes leurs opinions, de même qu'on est tenu de se soumettre à ce qu'ils attestent être la foi de l'Eglise? Les opinions de l'Ecole deviendroîent les dogmes de la Religion. Il n'y a pas un Théologien qui admette cette conséquence , laquelle suit cependant nécessairement du principe, qu'on doit soumettre sa raison aux simples opinions de tous les Théologiens.

En refusant à l'opinion unanime des Théologiens cette autorité irréfragable à laquelle on est obligé de soumettre son esprit, je suis bien éloigné de prétendre lui enlever toute autorité. Certes , dans toute science , c'est un préjugé très-fort que le senti meut général de tous les savans. Il en est de même de la théologie. Je prétends seulement qu'une opinion adoptée par toute l'Ecole, ne joint pas à ce préjugé si puissant, cette autorité suprême qui n'existe que dans la Religion, et qui ordonne la soumission de la raison, et le sacrifice des lumières. On doit distinguer deux genres d'autorité dont jouit l'unanimité des Théologiens; l'une est personnelle, et dépend du respect et de la confiance que l'on doit à leurs lumières : l'autre vient de ce qu'on les regarde comme des témoins de la doctrine de l'Eglise. La première est dans l'ordre de la raison; elle a pour objet tout ce qui n'appartient pas au dogme : la seconde est dans l'ordre de la Religion; elle porte uniquement

6ur les points qui tiennent à la foi. Cette se-* conde espèce d'autorité est infiniment supérieure à Pautre : c'est la seule qui ait un véritable empire et qui commande la soumission. Je conviens cependant que sur les points de théologie qui n'intéressent pas la foi et sur lesquels les Théologiens n'ont que des opinions, leur consentement unanime est une des plus fortes raisons qui puissent exister : il donne le plus haut degré de probabilité : et un esprit raisonnable ne doit pas s'en écarter, à moins .qu'il ne soit déterminé par les raisons les plus puissantes qui lui présentent ou l'évidence, ou au moins une certitude et un degré de clarté-, qui en approchent. Maïs enfin, puisque le corps des Théologiens n'est pas infaillible, il peut se tromper; et il est possible qu'il se trouve des raisons convaincantes de cette erreur. Alors le devoir d'un Théologien est de suivre le parti <jue sa raison lui montre le meilleur. II n'y a point de témérité, s'il a pesé mûrement les raisons contraires, et apprécié le degré de force que leur donne l'opinion générale de l'Ecole; Il n'y a point de présomption, s'il présente son •avis avec la modestie qui doit être dans tout homme , infiniment plus sujet à l'erreur que la multitude des savans, et avec le respect qu'il doit à de si grands adversaires.

, Je dois terminer ce que je viens de dire sur ,cette matière par une réflexion. Si je défends

ïci les droits de la raison contre l'autorité de f Ecole , ce n'est pas que l'intérêt de la cause que je soutiens exige absolument cette discussion; je montrerai dans le chapitre suivant, qu'il s'en faut de beaucoup que l'opinion unanime des Théologiens soit contraire à notre prêt- de-commerce. Mais j'ai cru utile de montrer quelle est l'autorité des Théologiens sur une opinion, lors même qu'ils sont unanimes. On pourra conclure de là de quel poids doit être le témoignage de quelques-uns d'entr'eux, lorsqu'ils se trouvent partagés, comme nous verrons qu'ils le sont sur notre question.

"VIL En troisième lieu, pour que le sentiment des Théologioxvs jouisse d'une autorité à laquelle on soit obligé de se soumettre, îl est nécessaire que le point de doctrine que tous les Théologiens proposent unanimement comme tel, ait été présenté de même par les Théologiens de tous les temps. Ce caractère est encore exigé par les deux grands auteurs que nous avons cités, comme nous l'avons vu dans le cinquième des principes établis par M. Bossuet. En effet, si l'unanimité des Théologiens est nécessaire, la perpétuité l'est aussi : car les Théologiens ne sont plus unanimes, quand les Théologiens des différens temps ont pensé diversement. D'ailleurs, l'autorité des Théologiens vient, comme nous l'avons remarque ailleurs, de ce qu'ils sont des témoins de la Tradition :

et la Tradition elle-même n'a d'autorité qne lorsqu'elle est constante et soutenue dans tous les temps. Lorsqu'on y aperçoit une interruption , on n'est plus obligé d'y reconnoître cette parole sacrée qui est sortie de la bouche de J.-C»

Il ne suffiroit donc pas de dire, pour prouver une proposition quelconque : Cette vérité est enseignée de nos jours, ou a été enseignée dans tel temps par tous les Théologiens, comme tm point de doctrine. Au contraire, comme le remarque M. Bossuet , au même endroit que nous venons de citer, ceux qui raisonnent ainsi <c énervent et affaiblissent eux-mêmes ce qu'ils y> veulent prouver. Car ce qu'ils combattent, » n'est certainement ni hérétique, ni erronné, » puisque, de leur propre aveu, ils n'ont point » de tradition incontestable en faveur de leur » opinion. Or, comme dit élégamment un au- » teur, la foi ne dépend pas des temps, mais » des Evangiles. »

En vain diroit-on , pour appuyer l'autorité du sentiment unanime des Théologiens pendant un temps , que s'ils pouvoient tous se tromper , l'enseignement de l'Eglise entière pourroit être dans l'erreur. Ce n'est pas au corps des Théologiens, mais au corps des premiers Pasteurs que J.-C. a attribué l'infaillibilité. Distinguons donc l'enseignement de l'Eglise de l'enseignement de l'Ecole. Le premier est infaillible; et nous sommes assurés que les portes de l'enfer

ne prévaudront jamais contre lui; parce qu'il est fondé sur la parole qui ne passera jamais: mais le second est exposé à l'erreur, et il peut se tromper sans compromettre l'infaillibilité de l'Eglise qui n'est point attachée aux sentimens des Théologiens.

VIII. En quatrième lieu , il est encore nécessaire, pour que l'autorité des Théologiens soit telle qu'on doive s'y soumettre, que la doctrine qu'ils enseignent ne soit pas différente de celle qu'ont professée les saints Pères. Ce dernier caractère n'est pas exigé expressément par M. Bossuet et par Melchior Canus, mais il découle de leurs principes et de ceux que nous venons d'établir. Quand un sentiment, eeroit adopté par tous les Théologiens, quand ils l'auroient enseigné constamment et de tous temps ; enfin quand ils l'auroient tous et toujours présenté comme un dogme qu'il est nécessaire de croire pour être sauvé ; si on peut établir que ce sentiment n'est pas celui que les saints Pères et les écrivains ecclésiastiques antérieurs aux Scolastiques ont professé , si l'on peut prouver clairement qu'il y a eu un changement dans les opinions sur la matière, et que les Théologiens scolastiques ont modifié les idées reçues dans les siècles précédens, y ont ajouté, ou en ont retranché quelque chose; il est certain qu'on n'est point obligé d'adhérer à leur doctrine, et qu'on peut en toute liberté adopter le senti-

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ment contraire. Observez que je dis-, Si le changement est clairement prouvé : car tant qu'il n'y a point de preuves de cette variation 7. la présomption est que la proposition présentée unanimement et constamment par les Théologiens comme la doctrine de l'Eglise, est véritablement la doctrine qu'ils ont reçue des saints Pères, et qui, pour avoir passé d'un canal dans l'autre, n'en a pas coulé moins saine et moins pure. J'en dis autant, si la preuve n'est pas complette; car, comme je l'ai déjà observé, il faut des raisons infiniment fortes pour aller contre le sentiment unanime des Docteurs : mais, si on peut prouver ce changement; si on peut en assigner l'époque, en montrer les causes , faire voir par quels motifs et par quels moyens il s'est opéré, en un mot porter la démonstration jusqu'à la certitude , je soutiens que dans ce cas on n'est pas obligé de se soumettre à la doctrine enseignée par les Théologiens. D'abord, c'est un principe certain, et universellement reconnu , que l'autorité des Pères est supérieure à celle des Théologiens. D'où il résulte que dans le conflit entre le sentiment des saints Pères et celui des Théologiens, il est raisonnable de préférer les premiers aux seconds. De plus, les Théologiens ne jouissent de ce haut degré d'autorité, que parce qu'ils sont regardés comme des témoins de la doctrine de leur temps , et comme les continuateurs de la

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tradition qu'ils avoient reçue des saints Pères. Ainsi, lorsque l'on prouve qu'ils n'ont pas suivi la doctrine qu'a voient enseignée les saints Pères, lorsqu'on démontre qu'ils ont introduit un changement dans la doctrine ancienne, on leur enlève cette haute autorité fondée sur la perpétuité de la tradition. En général, lorsque dans le cours des siècles on voit l'origine d'un sentiment, le commencement d'une tradition, on ne peut plus donner ce sentiment comme la doctrine constante de l'Eglise : on n'est pas obligé de regarder cette tradition comme ayant été transmise d'âge en âge du premier siècle de l'Eglise au nôtre.

ARTICLE second.

Quelle est l'autorité des Théologiens spéciale- Tnent sur la question de la légitimité du prêtde-commerce ?

Nous venons d'établir quatre caractères qu'il est nécessaire qu'un sentiment de l'Ecole réunisse, pour acquérir l'autorité à laquelle on doit se soumettre. 11 faut que ce sentiment fasse partie de la doctriue de l'Eglise; qu'il soit présenté comme tel par tous les Théologiens; qu'il ait été adopté comme tel par les Scolastiques de tous les temps; enfin qu'il ne soit pas opposé au sentiment commun des saints Pères. Nous examinerons dans le chapitre prochain, où nous discuterons l'opinion des Scolastiques, si la con-

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De même, s'il y a le moindre doute sur k question , on ne peut pas dire que cette proposition, Toute usure, c'est-à-dire toute espèce d'intérêt, est un péché, soit évidente. Je n'insisterai pas sur ce point qui me paroît d'une clarté à laquelle on ne peut pas résister. Je passe à l'examen de la seconde proposition du raisonnement que font nos adversaires pour établir que la condamnation du prêt-de-commerce est un point de doctrine, ou, comme ils s'expriment eux-mêmes, un dogme. (1)

Cette proposition, savoir que le prêt-<le-commerce est usure, n'est ni de foi, ni évidente. Nous avons prouvé dans un autre endroit que le prêt -de -commerce n'étoit point une usure. L'usure , d'après la définition actuellement admise dans toute l'Ecole , consiste à recevoir un intérêt du prêt d'une chose fongible, c'est-àT dire d'une chose qui doit être consumée par le premier usage qui en sera fait. Or nous avons fait voir que la chose prêtée dans le prêt-decommerce , loin d'être consumée par l'usage , doit au contraire s'accroître , parce que la véritable matière du prêt est, non pas la monnoie qui sera dissipée, mais la valeur qui s'augmentera par l'usage que l'on en fera. Comme ces

(1) L'ouvrage le plus important et le plus fort qui ait été fait contre le prêt-de-commcrce , est intitulé Dogma umrœ circa usuram expositum et yindicatum.

idées

DISSERTATION. 5l

merce est une usure : ou d'une autre manière, Il est de foi que le prêt- de- commerce est usure; et il est évident que l'usure est un péché. Examinons donc ce que l'on peut dire raisonnablement sur ces deux propositions , et si elles sont de foi ou évidentes.

Il est de foi que l'usure est un péché. Cette première proposition a un sens très-vrai. Il est incontestable que l'Ecriture -Sainte condamne l'usure : toute la Tradition a condamné l'usure; ainsi il est de foi que l'usure est condamnée. Mais est - il . également de foi que toute usure sans exception soit condamnée, et que tout ce qui est appelé usura dans la Vulgate , dans les écrits des saints î^re6? dans les décrets des Conciles, soit interdit? C'est une autre question toute différente de la première. Je crois avoir établi dans les deux dissertations précédentes, que ni dans l'Ecriture-Sainte, ni dans les saints Pères , on ne trouve la condamnation de toute espèce d'usure. J'ai entre autres observé bien des fois que même nos adversaires reconnoissent la légitimité des intérêts compensatoires et judiciaires qui n'ont dans toute la latinité d'autre dénomination que le mpt usura. Mais quand les raisons que j;ai apportées ne seroient pas aussi efficaces qu'elles me le paroissent , il suffit que la question soit un peu problématique pour qu'on ne puisse pas placer la prohibition absolue d* tout genre d'usure dans la classe des dogmes.

De même, s'il y a le moindre doute sur la question , on ne peut pas dire que cette proposition, Toute usure, c'est-à-dire toute espèce d'intérêt, est un péché, soit évidente. Je n'insisterai pas sur ce point qui me paroît d'une clarté à laquelle on ne peut pas résister. Je passe à l'examen de la seconde proposition du raisonnement que font nos adversaires pour établir que la condamnation du prêt-de-commerce est un point de doctrine, ou, comme ils s'expriment eux-mêmes, un dogme. (1)

Cette proposition , savoir que le prêt- de-commerce est usure , n'est ni de foi , ni évidente. Nous avons prouvé dans un autre endroit que le prêt -de -commerce n'étoit point une usure. L'usure , d'après la définition actuellement admise dans toute l'Ecole, consiste à recevoir un intérêt du prêt d'une chose fongible, c'est-àr dire d'une chose qui doit être consumée par le premier usage qui en sera fait. Or nous avons fait voir que la chose prêtée dans le prêt-decommerce 5 loin d'être consumée par l'usage , doit au contraire s'accroître, parce que la véritable matière du prêt est, non pas la monnoie qui sera dissipée, mais la valeur qui s'augmentera par l'usage que l'on en fera. Comme ces

(1) L'ouvrage le plus important et le plus fort qui ait été fait contre le prêt-<le-coriinierce , est intitulé Dogma wurœ circa usuram expositum et yindicatum,

idées

idées sont développées ailleurs (1), il est inutile d'y revenir ici. Contentons- nous d'en inférer ce qui est relatif à notre objet.

i/> Cette proposition, Le prêt- de-commerce est un pet de consomption , n'est et ne peut pas être l'objet de la doctrine de l'Eglise. La question consiste à savoir quelle est la chose prêtée : si c'est de l'argent ou une valeur; si cette chose se consume ou non par f usage qui en est lait. Il est évident que ce sont là des questions de fait, qui doivent se décider par les lumières naturelles, qui ne sont pas de nature à devenir l'objet de notre croyance , et la matière d'un décret de l'Eglise. Aussi jamais l'Eglise n'a-t-elle i\c*t décidé sur ce point. 11 seroit de même bien extraordinaire que l'on voulût étendre l'autorité des Théologiens jusqu'à les rendre juges irréfragables de ces sortes de questions, et jusqu'à prétendre qu'on doit se soumettre à leur décision sur de telles matières qui ne sont nullement théologiques.

2.° Cette proposition n'est pas plus évidente qu'elle n'est définie. Nous ayons même prouvé qu'elle n'est pas vraie; mais, je le répète, les preuves que nous en avons données, celles qu'ont apportées plusieurs Théologiens, n'eussent -elles pas toute la solidité qu'on leur attribue , il suffit qu'elles inspirent quelque doute pour dissiper

(i) V. i.« dissert, chap. l.er, art î."

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