XXIX.. Il est important de faire sur cette
multitude de témoignages favorables à notre système, que je viens de rapporter, une réflexion qui augmente encore beaucoup leur poids et leur autorité. Ils n'ont point été donnés clandestinement : mais ils sont consignés dans des ouvrages munis du sceau de l'autorité publique. Ces ouvrages ont été examinés et approuvés. Ce sont d'autres Docteurs qui ont donné leur approbation. Quelques-uns de ces ouvrages ont été réimprimés plusieurs fois , et à chaque nouvelle édition ont reçu de nouvelles approbations. Souvent on lit à la tête de ces livres l'approbation de deux, trois ou quatre Théologiens. Je ne prétends pas dire que tous ces approbateurs fussent dans le système des trois contrats, mais au moins ils ne le croyoient pas répréhensible : ils pouvoient croire que l'opinion contraire étoit la plus probable, la plus sûre; mais ils ne pensoient certainement pas que cette opinion fût condamnée : en un mot, ils ne croyoient pas le prSt-de-commerce criminel, puisqu'ils approuvoien* des ouvrages où on le déclaroit légitime. Quelle nouvelle nuée de témoins s'élève ici, sinon pour notre système, au moins contre celui de nos adversaires ! car tous ces Docteurs qui ont approuvé des ouvrages où le prêt-de-commerce est enseigné, ne regardent pas la prohibition de ce contrat comme un point de doctrine, comme un dogme de l'école, ainsi que s'exprime M. Bossuet Ils ne
pensent pas que ce contrat est vicieux de sa nature, clairement réprouvé par la loi de Dieu, évidemment condamné par la Tradition , puisqu'ils permettent de l'enseigner. IVest-il pas même fort à présumer, que de cette multitude d'approbateurs, il y en a beaucoup qui sont du sentiment qu'ils autorisent ?
XXX. Mais nous pouvons aller plus loin , et laisser là les présomptions. Lorsqu'on voit le prêt-de-commerce justifié si publiquement, si généralement dans les livres, peut- on douter qu'on ne l'enseignât dans les écoles, qu'on ne le professât dans les leçons de vive voix ? Cétoit là que les Docteurs qui instruisoient par leurs ouvrages avoient eux-mêmes puisé leur instruction. Les leçons qu'ils donn oient par écrit étaient la répétition de celles qu'ils donnoient dans les écoles où ils enseignoient : ils les avoient reçues de leurs maîtres : ils les transmettoient à leurs élèves, qui à leur tour les faisoient passer à d'autres. Si l'on doute que l'enseignement des trois contrats ne fût pas commun dans les ^écoles, que l'on écoute plusieurs Docteurs qui l'attestent formellement.
XXXI. Lopez, d'après Victoria ( et cette autorité est d'autant plus considérable, que ces deux auteurs n'approuvent pas entièrement le prêtde-commerce), rapporte que dès le temps de Jean Mair, c'est-à-dire au commencement du seizième siècle, l'opinion de ce Docteur étoit
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l'opinion commune à Paris, quoique les Docteurs en droit fussent d'un sentiment contraire. « Se- » cundo ibi narrât Victoria hanc opinionem )) Majoris in suis diebus, dùm Parisiis versa- 3> retur, fuisse opinionem communem, sed tax men esse opinionem contrariam juristis con- » cedit (1). »
Binsfeldt, en soutenant les trois contrats, ajoute : « Ut receptior opinio habet. »
Valentia atteste que de son temps ce sentiment plut beaucoup à Rome à beaucoup de très-savans Théologiens : « Haec posterior sen- » tentia mihi etiam place t, sicut etiam, me » praesente , placuit Ronue anno 1681, multis » et doctissimis Theoiogis, re totâ diligenter y> discussa. »
Filliucius dit que son sentiment est le plus commun , <c est communior. »
Lessîus, après avoir rapporté beaucoup d'auteurs qui ont e'crit pour les trois contrats r ajoute : « Deniquè plurimi hoc tempore pev y> Italiam, Hispaniam, Germaniam, Galliam, y> sacrae theologiae professores celeberrimi eam- » dem absque dubitatione tradunt. »
Scortia dit que l'opinion contraire à celle de Soto est non-seulement la plus probable , mais aussi la plus commune : « Sententia tamen con~ f> traria communior est et probabilior. »
fi) Tous ces témoignages que je rapporte ici sont tires des passages que- j'ai cités ci-dessus.
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La Bassée, qui n'est pas favorable aux trois contrats, dit que c'est le sentiment le plus commun : « Secundùm communiorem sententiam. »
Théophile Raynaud, envoyant au Père Gibalin l'avis de plusieurs Docteurs de Rome ajoute qu'il le fortifieroit, s'il étoit nécessaire, du suffrage de tous les Théologiens de la ville* <t Paucorum judicia transmitto, omnium urbis y> Theologorum (si res ferat) suffragio proposiy> tam sententiam communiturus. »
Lami dit que le sentiment qui approuve les trois contrats est le plus commun entre les Docteurs : ce Secunda sententia affirmât ; est » communior inter Doctores, longèque altéra y> probabilior. »
Pierre de Saint-Joseph déclare aussi notre contrat licite « ex communion sententiâ. »
Benoit Péreira approuve les trois contrats ce ex communi sententiâ. »
Voilà plus de témoignages qu'il n'en faut pour prouver que notre sentiment est trèscommun dans les écoles. 11 paroît même, d'après quelques-uns de ces auteurs, qu'il a été quelque temps le plus commun parmi les Docteurs, ex nous avons vu qu'il est encore le sentiment général des universités d'Allemagne et d'Espagne.
XXXII. Ces témoignages nombreux, et notamment ceux des universités, embarrassent nos adversaires. Pour les atténuer, ils ont recours
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à divers moyens. Les uns veulent révoquer en doute la réalité de ces suffrages des facultés de théologie d'Espagne et d'Allemagne, sans cependant la nier formellement. Mais comment élever des nuages sur l'authenticité d'actes placés dans un dépôt public, et que tout le monde peut aller consulter? D'autres se plaignent qu'on s'appuie de ces autorités étrangères, comme si les autorités des universités d'Allemagne et d'Espagne étoient étrangères à la doctrine de l'Eglise : comme s'il s'agissoit de décider cette question par l'opinion particulière des Docteurs français! D'autres disent que ces approbations sont mendiées : mais consulter des Docteurs, n'est pas mendier une décision. Dira-t-on que les consultations données en Sorbonne sont mendiées, parce qu'elles sont données sur la demande des parties ? Quelques autres disent qu'elles sont surprises. Mais il n'est pas aussi aisé de surprendre une décision à une faculté entière, qu'à un particulier. D'ailleurs plusieurs de ces approbations sont motivées, et l'on en donne les raisons. Dira-t-on qu'on a surpris et les décisions et les motifs sur lesquels elles sont fondées? Un autre auteur, et Ton sentira bien de quel parti il est, dit que ces universités sont composées de Jésuites, ou au moins dominées par les Jésuites; et, ce qui est remarquable, d'un autre côté le Père Concina écarte l'autorité des Théologiens de Hollande et de plusieurs autres, en disant
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que ce sont des Jansénistes, schismatiques, condamnés par le saint Siège et par l'Eglise. Nous répondrons à l'un, en lui passant même la vérité du fait qu'il avance bien légèrement, que si quelques Jésuites ont enseigné diverses erreurs sur la morale, ce n'est pas une raison pour s'imaginer qu'il ne peut rien venir que de pervers de ce qui portoit la robe de Jésuite, et de tout ce qui peut y avoir quelque rapport. Nous dirons à l'autre, que la question du prêt-decommerce n'ayant aucun trait aux erreurs condamnées dans Jansénius, dans Quesnel et dans leurs sectateurs, on peut très-bien entendre leur témoignage sur cette matière. Au contraire, la réunion des Théologiens de partis opposés fortifie encore le raisonnement tiré de leur suffrage: Jésuites et Jansénistes, Thomistes et Scotistes, Religieux de tous les ordres, Docteurs de toutes les facultés, Evèques, Cardinaux, tout état, tout pays, tout parti nous fournit des défenseurs.
11 reste donc établi qu'il n'est pas vrai, comme Je disent les Théologiens sévères , et comme l'ont cru beaucoup d'autres sur leur parole, que le prêt- de- commerce soit condamné par toute la théologie : il est prouvé au contraire qu'un nombre très- considérable de Docteurs, et de Docteurs très-graves, et que plusieurs universités approuvent formellement ce contrat.
Passons maintenant à l'examen des difficultés qu'on nous fait d'après l'autorité des Théologiens.