III. Canada — Antioosti
Dans le but de comparer plus aisément les faunes de Céphalopodes, qui caractérisent les divers horizons de la série stratigraphique
Evolution des Céphalopodes.
établie dans ces régions, nous rapprocherons les résultats numériques obtenus dans notre tableau précédent, (p. 161.)
Faunes des étages.
(troupes stratisraphigues
Genres ou s. genres
Espèces distinctes 1
Helderberg supérieur .
Schoharie
Grès à queue de coq .
Oriskany
Helderberg inférieur .
Troisième
Waterlime
Onondaga
Guelf
Niagara
Faunes
Clinton-Anticosti (3 — 4)
Médina-Anticosti (2) .
générales
Anticosti (1)
Hudson-Hiver ....
Utica
Seconde
Trenton
Black-River
Chazy
Québec
Grès Calcifère ....
Primordiale j
Potsdam
Couches à Paradoxides
Nous prions le lecteur de vouloir bien se reporter à la p. 162 cidessus, où nous expo sons les documens relatifs à la première apparition des Céphalopodes, au Canada.
Nous avons déjà fait remarquer sur cette page, le nombre considérable d’espèces de cet ordre, qui apparaissent sous 4 formes généri ques, durant le dépôt du Grès Calcifère, c. à d. dans la première phase d e la faune seconde. Notre tableau n’indique, il est vrai, que 21 formes publiées, mais, d’après un passage de M. Billings, écrit en 1866 et cité ci-dessus (p. 117), nous devons considérer ce nombre comme à peu près double, en réalité. Or, 40 formes de Céphalopodes caractérisant le premier horizon sur lequel apparaît la faune seconde et représentant 4 types, parmi lesquels se trouvent les genres contrastons Orthoccras et Nautilus, méritent toute l’attention des paléontologues. ’
228 Evolution des Céphalopode*.
En effet, l’apparition de ces 4 genres et de ces 40 espèces, sans être subite, semble cependant concentrée dans un espace de temps relativement court, par rapport à la durée totale de la faune seconde et, à plus forte raison, par rapport à celle de toute la période silurienne. Par la simple voie théorique de la filiation et de la variation lente, on a peine à concevoir la divergence extrême de ces 4 types génériques et la diversité des 40 formes spécifiques, qui se sont manifestées à une époque immédiatement postérieure à celle de la faune primordiale, durant laquelle il n’existait encore aucun représentant de l’ordre des Céphalopodes.
Un phénomène analogue se présente, en Russie, avec une plus giandc intensité, c. à d. par l’apparition de 8 types génériques et de 59 espèces de Céphalopodes, dans le Calcaire à Orthocères. Mais, il est important d’observer, que cette formation ne renferme point, dans cette contrée, la première phase de la faune seconde, qui est représentée dans le Calcaire chlorité, placé immédiatement au dessous. Ainsi, cette large manifestation des Céphalopodes, semble plus éloignée de l’époque où cet ordre a été introduit dans les faunes siluriennes, et par conséquent, elle doit moins nous surprendre qu’au Canada.
Les 40? espèces reconnues dans le Grès Calcifère du Canada constituent un nombre très rapproché du maximum dans la faune seconde, que nous allons signaler dans le groupe de Blaek-River, c. à d. 44 formes spécifiques.
A partir de ce commencement extraordinaire, nous sommes étonné en voyant la richesse des Céphalopodes, en genres et en espèces, éprouver une grande diminution dans les groupes de Chazy et de Québec, superposés au Grès Calcifère, en remontant. Mais, si ces deux groupes, considérés par M. Billings comme successifs, étaient au contraire contemporains, suivant l’opinion de divers géologues américains, et ne devaient la diversité de leurs espèces caractéristiques, qu’à la séparation des mers, dans lesquelles chacun d’eux a été déposé, la diminution des Céphalopodes, que nous venons d’indiquer, serait seulement apparente.
Dans tous les cas, d’après les documens publiés, nous voyons que le développement maximum des formes spécifiques se trouve sur l’horizon de Blaek-River. En outre, par une circonstance remarquable, ce maximum de 44 espèces coexiste avec celui des types génériques, qui est de 7. C’est la seule contrée qui nous offre une semblable coïncidence, dans la faune seconde, en Amérique, mais elle existe en Russie et en Norwége.
Une diminution notable des Céphalopodes se fait sentir en remontant dans le groupe de Trenton, immédiatement superposé et qui ne possède que 4 types, fournissant ensemble 32 espèces. Cette réduction est d’autant plus remarquable, que l'horizon de Trenton est presque partout le plus riche en Céphalopodes, dans les autres contrées
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siluriennes du nouveau continent et notamment dans la contrée typique de New-York. Cette circonstance tendant à indiquer une sorte d’antériorité eu faveur du Canada, se trouve en harmonie avec celle que nous avons signalée ci-dessus (p. 167.) au sujet de l’apparition comparative des genres, dans ces diverses régions.
Ou ne saurait s’expliquer pourquoi les 32 formes spécifiques, qui caractérisent le groupe de Trenton, au Canada, disparaissent complètement, de sorte qu’il n’existe aucune trace de Céphalopodes dans le groupe de Utica, immédiatement superposé. Cette intermittence absolue de l’ordre entier est peut-être apparente et temporaire jusqu’à de nouvelles recherches. Cependant, nous rappelons, que nous observons des intermittences totales et semblables dans diverses contrées et en particulier dans l’Etat de New-York. Nous rappelons aussi que, dans cet Etat, comme dans le Wisconsin, un nombre d’espèces, relativement peu considérable, existe sur l’horizon de Utica.
Nous voyous reparaître les Céphalopodes avec 6 types génériques et 22 formes spécifiques, dans la formation qui porte encore l’ancien nom de Hudson-River, dans la Geology of Canadu. On remarquera, que le nombre des types génériques est un peu plus considérable sur l’horizon de Hudson-River, que sur celui de Trenton, dans le rapport de 6 à 4, tandisque le chiffre des espèces est réduit de 32 k 22. D'un autre côté, eu jetant les yeux sur nos tableaux (p. 70 à 80.) ou reconnaîtra, qu’il existe k peine 3 espèces, indiquées comme identiques, sur les horizons comparés de Hudson-River et de Trenton. Nous retrouvons donc ici un phénomène d’apparition presque subite, ou de rénovation, qui comprend de nombreuses formes génériques et spécifiques de Céphalopodes et qui est analogue k celui qui a attiré notre attention daus le Grès Calcifère. Ce phénomène se reproduit avec une intensité presque semblable vers la fin, comme vers l’origine de la faune seconde, et nous restons également sans lumière sur l’origine ou sur la filiation des 22 nouvelles espèces du groupe de Hudson-River.
En effet, nos tableaux cités montrent que 20 d’entre elles appartiennent exclusivement au Canada. Les deux autres se retrouvent dans l’Etat de N. York, savoir:
Orth. biliueatum sur l’horizon de Trenton et Orth. crebriseptum sur celui de Hudson-River. Ainsi, il n’y aurait que ces deux formes, qu’on pourrait considérer comme immigrées. L’origine des 20 autres espèces reste donc énigmatique, car il est évident qu’on ne saurait les déduire, sur place, par voie de filiation et de variation lente des espèces du groupe de Utica, caractérisé par l’absence complète des Céphalopodes.
On doit remarquer d’ailleurs, que les formations de Utica et de Hudson-River ne présentant ensemble que 12 espèces, dans la contrée de N. York, ne semblent pas avoir été assez riches pour fournir immé-
230 Evolution des Céphalopodes.
diatement les 22 formes de Céphalopodes, qui ont repeuplé les mers désertes du Canada. Il faut donc chercher ailleurs une autre source pour ce repeuplement.
Sur l’horizon qui nous semble couronner la division inférieure, et qui représente le groupe le plus bas de l’île d’Anticosti, l’ordre des Céphalopodes est réduit à 3 types, qui n’ont fourni jusqu’à ce jour que 9 espèces.
Malgré cette réduction finale, nous devons remarquer, que toutes les formations ou groupes stratigraphiques, constituant la division silurienne inférieure dans le Canada, à l'exception du groupe de Utica, sont caractérisés chacun par un nombre très notable d’espèces de Céphalopodes. Celles de ces espèces qui ont été publiées constituent aujourd’hui un total de 127 formes distinctes. Ce chiffre s’élèvera à près de 150, lorsque toutes les espèces observées par M. Billings dans le Grès Calcifère, seront régulièrement introduites dans la science. Aucune contrée silurienne, à notre connaissance, ne présente une semblable richesse, distribuée entre toutes les phases successives de la faune seconde, sauf la lacune indiquée sur l’horizon de Utica.
La richesse en Céphalopodes qui distingue la faune seconde, au Canada, est principalement due au développement des deux genres Cyrtoceras et Orthoccras, qui fournissent ensemble 99 espèces distinctes, savoir: Cyrtoceras 28 et Orthoccras 71.
On voit donc, que ces deux types ont produit ensemble environ ;} du nombre total des 127 formes publiées jusqu’à ce jour. Les types: Piloceras — Endoccras et Gonioceras , que nous considérons comme sous-genres des deux types principaux, fournissent ensemble 9 espèces. Les autres types représentés dans la faune seconde, savoir: Conoceras, Gotnphoceras — Pituites — Nautilus — Phragmoceras — et Ascoceras ne présentent ensemble que 19 formes distinctes. Ils ont donc joué un rôle très secondaire, dans cette faune.
Si nous parcourons maintenant la série verticale des 1 1 formations, qui nous semblent constituer la division silurienne supérieure, au Canada, nous remarquons un grand contraste.
En effet, la présence des Céphalopodes n’est signalée jusqu’ici que sur 5 horizons, dont 4 renferment les premières phases de la faune troisième. Banni ces groupes, on distinguera celui de Clinton, qui sêmble prédominer sur les autres, par ses 4 types génériques et par 21 formes spécifiques. Mais, nous ferons remarquer que, suivant une note manuscrite de M. Billings, les Huronia, énumérées sur nos tableaux pag. 80, dans la colonne de Clinton, se trouvent dans une formation considérée par ce savant comme pouvant représenter à la fois les groupes de Clinton et de Niagara. Nous avons reproduit cette
Evolution des Céphalopodes. 231
indication dans les explications des figures de ces fossiles, PI. 435 — 436. Cette circonstance fera concevoir, pourquoi les Céphalopodes signalés sur l’horizon de Niagara, qui est habituellement le plus riche, sont réduits à 15 espèces, appartenant aux deux types principaux Cyrtoceras et Orthoceras.
En somme, pour apprécier le développement des Céphalopodes, dans la faune troisième du Canada, et ses rapports avec la faune seconde, nous devons attendre de plus amples documens.
Comparaison des faunes générales.
Nous reproduisons ici les chiffres, qui indiquent la richesse relative des faunes seconde et troisième, en types génériques et en formes spécifiques, d’après nos divers tableaux, relatifs au Canada. Voir. p. 161.
Genres et s. genres
Espèces
distinctes
Espèces | communes aux deux faunes
Faunes
générales
Troisième . .
Seconde . . .
Primordiale
Ces documens montrent clairement la prédominance de la faune seconde, sous le double rapport des genres et des espèces. En effet, les chiffres indiquant les geures des faunes seconde et troisième sont dans le rapport de 11 à 7, tandisque ceux qui indiquent les espèces sont dans le rapport approché de 3 à 1. Ce dernier rapport pourra devenir encore plus prononcé, à l’avenir. Nous rappelons que les deux faunes comparées présentent des rapports à peu près semblables, dans la Russie.
D’après ce qui a été dit ci-dessus, nous devons certainement attribuer une partie du contraste entre les faunes seconde et troisième, à la circonstance déjà mentionnée des publications incomplètes, au sujet des fossiles de la division silurienne supérieure, au Canada. Cependant, il nous paraît vraisemblable, que la faune seconde conservera sa prédominance à l’avenir, sous le rapport de sa richesse en Céphalopodes. En effet, nous concevons, que l’attention de M. Billings a été principalement attirée sur cette faune, pareeque sa prépondérance numérique était très marquée dans l’ensemble des fossiles soumis à ses études.
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Les documens, jusqu’ici publiés, sembleraient constater le fait important, qu’il n’existe aucune connexion spécifique entre les faunes seconde et troisième, au Canada, du moins en ce qui concerne l’ordre des Céphalopodes, qui nous occupe. On remarquera, que ce fait négatif se reproduit jusqu’ici dans toutes les contrées siluriennes des Etats-Unis.
Cependant, lorsque la subdivision dite Silurien moyen sera éliminée de la nomenclature stratigraphique du Canada, il est très possible qu’il se manifeste quelque connexion spécifique par les Céphalopodes, entre les deux grandes divisions primitives et naturelles du Système silurien.
En résumant notre étude sur les Céphalopodes siluriens du Canada, nous appelons l’attention sur les faits principaux qu’elle met en lumière :
1 . L’irrégularité et l’inégalité habituelles, dans la distribution verticale des genres et espèces.
2. L’apparition presque simultanée de 4 types génériques et d’environ 40 formes spécifiques, dans la première phase de la faune seconde, c. à d. sur l’horizon du Grès Calcifère.
3. L’apparition successive de 11 types génériques, pendant la durée totale de la faune seconde, tandisque 3 types seulement surgissent pour la première fois, dans la faune troisième.
4 . L’existence du maximum de 44 espèces, sur l’horizon de Black- Kiver et sa coïncidence avec le maximum des types génériques, qui est de 7. Ce double maximum est antérieur à celui qui existe sur l’horizon de Trenton, dans les autres contrées de l’Amérique.
5. Le nombre des espèces de Céphalopodes beaucoup plus grand dans la faune seconde que dans la faune troisième, suivant le rapport provisoire de 127 à 44, d’après les espèces publiées, ou d’environ 146 à 44 en ayant égard aux espèces annoncées.
6. D’après ces observations , le Canada semble avoir joui d’un certain privilège d’antériorité, par rapport aux autres contrées voisines. Comme il prédomine, d’ailleurs, sur toutes ces contrées, par sa richesse en genres et en espèces de Céphalopodes, nous devons le considérer, au point de vue de notre étude actuelle, comme la région typique sur le nouveau continent.
Le Canada pouvant être regardé comme un type, dans la zone septentrionale d’Amérique, il nous paraît convenable d’indiquer succintement, d’un côté, les analogies qu’il présente avec la Russie, qui est aussi un type, dans la môme zone en Europe, et d’un autre côté, les nombreux contrastes, qui existent entre le Canada et la Bohême, type principal sur la grande zone centrale de l’ancien continent..
Evolution des Céphalopode».