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I. Importance relative des Céphalopodes

L’étendue que nous avons donnée aux études qui précèdent, nous semble justifiée par l’importance de l’ordre des Céphalopodes, importance qui se manifeste durant la période silurienne, à un plus haut degré que durant les autres périodes paléozoiques.

1 . Sous le rapport de l'organisation, cet ordre est le premier parmi les Mollusques. Il pourrait aussi être considéré comme occupant le premier rang parmi tous les ordres représentés dans les faunes siluriennes, si l’on fait abstraction des premiers Vertébrés, c. à d. des poissons, qui ont apparu sporadiquement, sur quelques points isolés, vers la fin de cette grande période.

Nous devons cependant nous abstenir de juger, d’une manière absolue, la prééminence relative de l’organisation dans les Céphalopodes et les Trilobites, parceque les élémens, d’après lesquels cette prééminence pourrait être déterminée, sont soustraits pour toujours aux observations comparatives de la science. On sait d’ailleurs, que la Zoologie ne possède aucune règle incontestable, pour mesurer et pondérer exactement le degré de l’organisation des animaux, qui appartiennent à des classes ou embranchemens différens.

2. Sous le rapport de la puissance, ou de la force physique, indiquée par les dimensions des coquilles de beaucoup d’espèces, il n’est pas douteux, que les Céphalopodes ont joui d’une grande supériorité, parmi les êtres qui animaient les mers siluriennes, du moins, pendant la durée des faunes seconde et troisième. Us étaient donc, durant ces âges prolongés, les véritables dominateurs de l’océan. Cette prédominance n’a pu commencer à leur être disputée, que vers la fin de la faune troisième, époque où ont apparu les premiers poissons et les puissans Crustacés du genre Pterygotus, appartenant à la famille des Eurvptérides.

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3. Sous le rapport de la puissance prolifique c. à d. de la fréquence des individus, qui est aussi indispensable pour exercer la domination dans les mers, il nous serait impossible de décider, si les Céphalopodes l’ont emporté sur les Trilobites. En effet, dans les formations qui renferment les deux faunes que nous venons de nommer, les traces des individus appartenant aux Crustacés et aux Mollusques comparés, se présentent par myriades et sont également innombrables.

Jusque là, les Céphalopodes peuvent être considérés comme occupant ou disputant le premier rang, parmi les représentons de la vie animale, durant la période silurienne. Mais, sous d’autres rapports, nous devons reconnaître, que la prééminence appartient à la tribu des Trilobites.

4 . Les Trilobites possèdent, d’abord, une prééminence incontestable et très marquée sur les Céphalopodes, sous le rapport de l’antériorité. On sait, en effet, que cette tribu des Crustacés constitue à elle seule la presque totalité de la faune primordiale silurienne. Le nombre des genres et des espèces, par lesquels elle est représentée dans cette faune, est déjà très considérable et nous voyons qu’il tend à s’accroître tous les jours, notamment en Angleterre et en Amérique.

Par contraste, nous avons constaté ci-dessus, dans le Chap. I. de notre Sect. Il, (p. 105) qu’aucune trace authentique des Céphalopodes n’a été reconnue jusqu’à ce jour dans les mêmes formations,

La grande puissance prolifique des mollusques de cet ordre dans les faunes seconde et troisième semble nous autoriser à penser que, s’ils avaient existé sous des formes génériques et spécifiques variées dans la faune primordiale, nous trouverions leurs vestiges aussi fréquens que ceux des Trilobites, dans les formations qui renferment cette faune. Mais, comme l’apparition de chaque ordre, ou de chaque famille importante, est habituellement annoncée dans la série géologique, par quelques formes sporadiques, ou prophétiques, nous nous attendons depuis longtemps à la découverte de semblables avantcoureurs des Céphalopodes, dans la faune primordiale. Jusqu’à ce jour, notre attente ne s’est point accomplie.

Dans tous les cas, on ne peut méconnaître, que les Trilobites ont eu le privilège d’être appelés à l’existence bien longtemps avant les Céphalopodes.

5 . Sous le rapport du nombre et de la variété des types génériques, les Trilobites nous présentaient déjà en 1852, 44 genres siluriens, très distincte, que nous avons admis dans notre classification. (Syst. sü. de Boh. 1. — p. 340). Depuis cette époque, les nombreuses découvertes faites, surtout en Angleterre et en Amérique, ont beaucoup augmenté ce nombre, que nous ne saurions évaluer exactement, en ce moment, d’après nos principes habituels. Mais, nous jugeons, qu’il pourrait bien

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s’élever au triple du nombre des types des Céphalopodes, qui est de 25, d’après notre classification; ci-dessus, p. 5. L’avantage des Trilobites, sous ce rapport, est donc très prononcé. Cependant, il serait notablement réduit, si on faisait abstraction des types, qui existent uniquement dans la faune primordiale.

6. Sou? le rapport de la multiplicité des formes spécifiques, les Trilobites sont loin de posséder upe prédominance aussi marquée. En effet, d’après l'énumération faite en 1868, par M. le doct. J. J. Bigsby, dans le Thésaurus siluricus, popibre des espèces de Trilobites, dans

l’ensemble des trois grandes faunes siluriennes s’élevait à . . . 1677

Or, nous trouvons (p. 427) que le nombre des formes spécifiques des Céphalopodes, aujourd’hui connues, dans les faunes secoue et troisième siluriennes, est d’environ 1622

différence , 55

Mai?, il faut remarquer d'un côté que, parmi les noms spécifiques des Trilobites énumérés par M. le doct. Bigsby, il y aurait à faire quelques réductions, pour cau?e de double emploi, tandisque, d’un autre côté, toutes les espèces récemment découvertes dans le silurien primordial d’Angleterre, n’ont pas pu être comptées.

Quant aux Céphalopodes, nous avons constaté (p. 162) qu’environ 20 espèces, annoncées par M. E. Billings, comme existant dans le Grès cajcifère du Canada, ne sont pas comprises dans notre énumération. Ainsi, en tenant compte c|e ces diverses circonstances, dont l’influence est opposée, on voit que, si les Trilobites maintiennent’quelque supériorité numérique, sous le rapport des espèces, elle ne saurait être très sensible, dans l’ensemble des trois grandes faunes siluriennes.

Mais, si l’on considère seulement les faunes seconde et troisième, la prédominance des Céphalopodes devient, au contraire, très prépondérante. En effet, le nombre dès espèces de Trilobites, qui sont propres à la faune primordiale, proprement dite, étant au moins de 240, il ne leur resterait qu’environ 1437 espèces dans les faunes seconde et troisième, qui renferment au moins )622 formes spécifiques de Céphalopodes.

En somme, malgré les privilèges qui semblent assurer aux Trilobites le premier rang, dans l’ensemble des trois grandes faunes siluriennes, les Céphalopodes possèdent exclusivement certains avantages, qui ont assuré leur domination pendant la durée des faunes seconde et troisième.

Le nombre total des espèces siluriennes énumérées dans le Thésaurus siluricus, en 1868, s'élevait à 9,030. (p. XXXVII). En ajoutant environ 800 espèces de Bohême, dont les noms ne sont pas encore publiés et les espèces nouvelles annoncées au Canada et ailleurs, la

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somme totale des formes connues dans le terrain silurien peut être évaluée à 10,000, en nombre rond.

Par conséquent, les Trilobites contribuent à cette somme dans la proportion de 0.167 et les Céphalopodes suivant celle de 0.162. La différence entre ces deux proportions est très peu sensible.

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