Phragmoceras . . Brod
Ces types existent sur des horizons plus ou moins profonds, dans la faune seconde, sur la zone septentrionale, tandisqu’ils ne sont connus, sur la zone centrale, que sur des horizons beaucoup plus élevés et presque uniquement dans la faune troisième. Voir p. 270.
Mais, il faut remarquer, que cette antériorité n’existe pas indistinctement pour tous les genres nommés, ni au même degré, dans toutes les contrées situées sur la grande zone du Nord. Les régions les plus favorisées, sous ce rapport, sont: le Canada, Terre-Neuve et la Russie. Les autres contrées ne possèdent le privilège que d’une manière plus restreinte, c. à d. seulement pour quelques uns des types indiqués. Pour certains autres types, elles ne paraissent pas plus favorisées que la grande zone centrale d’Europe. On voit même, par exception, le type Ascoceras apparaître en Angleterre beaucoup plus tard que partout ailleurs, (p. 139.)
Par contraste, la grande zone centrale présente, dans la faune troisième, en Bohême, une série d’espèces du geure Goniatites , qui n’est encore connu nullepart dans les faunes contemporaines, sur la zone septentrionale. C’est le seul exemple d’antériorité, que nous connaissons en faveur de la grande zone centrale, en ce qui concerne les Céphalopodes.
3 . Un autre fait important, en parfaite harmonie avec le précédent, consiste en ce que, sur la grande zone septentrionale, le plus grand déve-
4f>0 Résumé général.
loppemcnt en formes spécifiques des Céphalopodes a eu lieu dans la faune seconde, dont les 16 types génériques ont produit 372 espèces, (p. 292.) Par contraste, la faune correspondante, sur la grande zone centrale d’Europe, n'a offert jusqu’ici que 7 types et 84 espèces, abstraction faite de 36 espèces coloniales de la Bohême.
4. Nous remarquons un contraste opposé et encore plus frappant, en comparant la richesse en Céphalopodes des mêmes zones, dans la faune troisième.
En effet, la zone centrale possède 15 types, représentés ensemble par 1041 espèces, (p. 283.) Au contraire, la grande zone septentrionale d Europe et d’Amérique montre dans la même faune, seulement 12 types produisant ensemble 249 espèces, (p. 292.)
Ces docuinens numériques concourent à nous montrer, que l'évolution des Céphalopodes, c. à d. leur développement successif en formes génériques et spécifiques, au lieu d’être uniforme dans le monde silurien, a offert des contrastes très prononcés et qui se sont répétés en sens inverse, sur les deux grandes zones, durant l’existence des faunes seconde et troisième. Nous ferons remarquer en passant, que nous n’observons des contrastes aussi prononcés, ni pour les autres ordres des Mollusques, ni pour les Crustacés.
III. Si nous considérons maintenant l’évolution successive des Céphalopodes, suivant le sens de la série verticale, dans l’ensemble du monde silurien, nous observons les faits qui suivent:
1. L’apparition des 25 types de cet ordre est presque concentrée dans 3 époques principales, que le lecteur pourra aisément reconnaître, sur nos diagrammes, p. 256. Elles correspondent: à l’origine de la faune seconde, à l’origine de la faune troisième et à la tin de la faune troisième. On remarquera, que ces trois époques se distinguent en même temps par la coexistence du plus grand nombre de genres, c. à d. qu’elles présentent 3 maxttna presque égaux, savoir: 12 types à chacune des deux premières époques et seulement 11 à la troisième.
Au contraire, l’époque qui correspond à la fin de la faune seconde ne présente que 8 types coexistans et on n’en trouve de même que 8 vers le milieu de la faune seconde, tandisque, vers le milieu de la faune troisième, on n’en peut compter que 4 ou 5.
On ne saurait assigner aucune cause à ces fluctuations subrégulières, qui nous montrent, dans l’existence des types génériques, des maxima coïncidant avec l’origine et la fin des faunes seconde et troisième et, au contraire, une sorte de défaillance vers le milieu de la durée de chacune d’elles. Mais, il faut bien remarquer, que ces apparences ne deviennent sensibles qu’en observant l’ensemble des contrées siluri-
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eimes. Cependant, elles sont particulièrement, marquées dans le bassin de la Bohême, sans doute à cause de sa grande richesse.
2 . Les oscillations générales des espèces, dans l’ensemble des contrées siluriennes, semblent correspondre, du moins en partie, à celles que nous venons d’indiquer pour les types. En effet:
A l’origine de la faune seconde, les 12 types coexistons ont produit ensemble 165 espèces. Ce nombre représente un maximum , non absolu, mais relatif, car aucun autre horizon dans la hauteur occupée par la faune seconde, ne nous présente un nombre comparable.
Vers le milieu de la durée de cette faune, la défaillance des types entraîne aussi l’amoindrissement du nombre total des espèces, qui est presque nul en Bohême, tandisqu’en Amérique il montre un maximum local sur l’horizon de Black-River et de Trenton, comme aussi en Angleterre sur l’horizon de Caradoc.
Vers la fin de la faune seconde, le nombre des espèces est partout extrêmement réduit et correspond bien à la diminution signalée dans le nombre des types coexistans.
Vers l’origine de la faune troisième, les 12 types, qui existent, offrent un développement de formes spécifiques, qui constitue le maximum absolu, durant toute la période silurienne, c. à d. environ 1,000 espèces. Ce maximum est principalement dû à la contribution fournie par la Bohême, savoir 746 espèces de notre étage E. (p. 123).
Vers le milieu de la faune troisième, la diminution très marquée du nombre de types entraîne une réduction encore plus prononcée dans la somme totale des espèces coexistantes. Cette réduction, plus ou moins sensible dans toutes les contrées, se montre d’une manière plus frappante en Bohême, parcequ’elie contraste avec deux maxima locaux, l’un antérieur et l’autre postérieur.
Vers la fin de la faune troisième, telle que nous la limitons, dans la série verticale, d’après le type de la Bohême, toutes les autres contrées de l’Europe présentent une lacune. Nous trouvons, au contraire en Amérique, des phases correspondantes aux dernières phases de la Bohême, ainsi que nous l’avons exposé, dans notre Déf. de» Col. III. — p. 219. 1865. Mais, les formations qui renferment ces phases, ont été jusqu’ici peu explorées. Elles n’ont donc fourni qu’un petit nombre d’espèces, tandisque notre bande g 3 en possède à elle seule 86, produites par ses 1 1 types. On peut espérer, que la somme totale des formes coexistantes, durant ce dernier âge des faunes siluriennes, s'élèvera notablement par suite des futures recherches, dans les formations correspondantes, en Amérique.
Héftiimé général.
IV. Parallèle entre révolution chronologique et révolution zoologique des Céphalopodes.
Après avoir exposé les principaux phénomènes, que présente l’évolution successive des Céphalopodes, dans la série verticale des dépôts siluriens, nous avons été naturellement amené a rechercher, si cette évolution géologique concorde avec l’évolution zoologique de cet ordre, définie ci-dessus p. 275.
Cette concordance se manifesterait évidemment, si les formes les slus simples de l’évolution zoologique avaient apparu les premières et si, au contraire, les formes les plus compliquées avaient apparu les dernières, dans la série des âges siluriens. Or, l’observation des faits nous démontre, que c’est précisément l’ordre inverse qui a eu lieu.
En effet, d’après les documens existans, les formes les plus simples, c. à d. les Ascocératides, n’ont apparu que Vers la fin de la faune seconde, au Canada, et au commencement de la faune troisième, en Bohême. Par contraste, les formes les plus complexes, comme Nautilus et Trochoceras, se sont manifestées dès l’origine de la faune seconde, en Amérique. Ainsi, l'antériorité des formes complexes, par rapport aux formes simples, est mesurée par presque toute la durée de la faune seconde. On sait, que cette durée a été très considérable, car la faune seconde présente partout, sur les deux coutinens, de nombreuses phases successives et distinctes, pendant lesquelles la grande majorité des types génériques a fait sa preihière apparition, à l'exclusion des Ascocératides.
Ces faits suffisent pour nous montrer la discordance inconciliable, qui existe entre l’évolution zoologique et l’évolution chronologique des Céphalopodes siluriens. Mais, nous avons encore signalé, dans le cours de nos études, d’autres faits, qui confirment cette discordance et qui sont inexplicables par la théorie des transformations. Nous rappélerons les principaux.
1 . L'apparition presque soudaine d'un grand nombre de types génériques, de toutes formes, disséminés dans diverses régions siluriennes, vers l’origine de la faune seconde, ne se concilie pas avec la conception de leur dérivation lente et successive, à partir d’un prototype quelconque, antérieur. En effet, nous avons fait voir (p. 281). que l’absence totale des Céphalopodes, dans la faune primordiale silurienne, ne permet pas de supposer, que ces types se sont développés pendant l’existence d’une série hypothétique de faunes autéprimordiales, dont il ne reste aucune trace.
2. Les lentes transformations, conçues par la théorie, ne sauraient rendre compte de l'accumulation extraordinaire de fonnes spécifiques
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qui a eu lieu en Bohême, sur un espace horizontal très exigu et dans la hauteur verticale de quelques couches calcaires de notre étage E. Ces formes distinctes s’élevant au nombre de 746 (p. 123), représentent la proportion de 0.46, e. à d. presque la moitié des 1622 espèces de Céphalopodes, aujourd’hui connues dans le monde silurien.
3. Si les transformations et la divergence des formes spécifiques aboutissaient, comme l’indique la théorie, à la production de nouveaux types, on devrait surtout observer les traces de ce phénomène en Bohême, à la suite de la coexistence de 10 types génériques et de 665 formes spécifiques, durant le dépôt de notre bande calcaire e'i. Or, nous avons constaté ci-dessus (p. 205) que la somme de toutes les variations, qu’on aurait pu attendre en cette occasion, d’après la théorie, s’est traduite par la disparition de 8 types et de 644 espèces, tandisque 2 types et 21 espèces se sont propagés verticalement, dans la bande superposée fl, également calcaire.
Mais, si l’on voulait considérer ce fait, comme constituant une exception purement locale, dérivant de puissantes causes accidentelles, qui ont agi en dépit du temps et de l’espace, nous en signalerons un autre de même nature et à l’abri de toute semblable interprétation.
4. Nous avons constaté ci-dessus (p. 321) que, parmi les familles des Céphalopodes, qui sont l’objet de nos études, il n’a surgi aucun type nouveau, ni cosmopolite, ni local, pendant toute la durée des faunes dévoniennes, carbonifères et permiennes, dont les restes sont répandus sur toute la surface de la terre. Cependant, ces faunes réunies présentent un nombre d’espèces de Céphalopodes au moins aussi considérable que celui de la faune seconde silurienne, durant laquelle ont apparu 17 types génériques, indiqués sur nos diagrammes p. 256.
Dans ce cas, ce n’est ni le temps, ni l’espace, ni le nombre des formes spécifiques, qui ont manqué, pour favoriser la naissance de quelque type nouveau. C’est donc la faculté elle-même de variation, ou de transformation, qui a complètement fait défaut. Si cette prétendue puissance exerçait réellement une action continue et inhérente à la nature des êtres organiques, pourquoi aurait-elle été si subitement et si longtemps paralysée dans ses effets, sur la propagation des familles, qui ont initialement constitué l’ordre le plus puissant des Mollusques?
Cette même paralysie s’est ostensiblement prolongée jusqu’à nos jours dans les Nautiles, qui ont joui du rare privilège d’une existence sans autres limites que celles des âges géologiques et de la surface terrestre. En effet, ils se sont maintenus dans leurs caractères génériques, primitifs, de la période silurienne, sans produire un seul type collatéral et distinct, malgré le nombre de leurs formes spécifiques, dans chaque contrée et dans chacune des faunes éteintes.
404 Résumé général.
5. Si les types des Céphalopodes, que nous admettons au nombre de 25 genres, ou sous-genres, s’étaient graduellement constitués par des transformations, jusqu’à leur forme normale, les transitions intermédiaires seraient représentées par une iufinité d'individus, dont le nombre pourrait bien dépasser celui des exemplaires, qui offrent la forme définitive, que nous observons.
Or, ces formes de transition ne se voient nullepart, dans les contrées siluriennes. Au contraire, partout où nous observons la première apparition d’un type, la conformation de la coquille nous offre la plénitude des caractères, qui le distinguent de tous les autres types de cet ordre. Ainsi, Gomphoceras conulus Eichw. apparaissant dans le Calcaire à Orthocères de Wesenberg, en Russie et Phragmoceras praematurum Bill, trouvé dans le groupe de Black-River, au Canada, sont les plus anciennes formes de leurs types respectifs, et ils ont existé sur des horizons profonds, durant la faune seconde. Ils possèdent, cependant, une ouverture étroite et contractée, comme leurs congénères de la faune troisième.
Aucune contrée ne nous semble avoir été plus favorable que la Bohême à la conservation des formes de transition entre les 20 types qu’elle possède, car plusieurs d’entre eux sont représentés par des myriades d’individus, parmi lesquels noHS ne découvrons cependant aucune forme intermédiaire. En outre, pour certaines espèces, telles que: Orthoc. valens, Naut. Bohemicus , Goniatites plebeius, etc. nous avons pu recueillir des séries d’individus, représentant tous les âges de la coquille, à partir de l’embryon, jusqu’à l’âge adulte. Puisque ces formes réellement intermédiaires, dans le développement d une espèce, se sont bien conservées, pourquoi les formes hypothétiquement intermédiaires, entre les types, auraient-elles invariablement disparu, dans le même bassin et dans les mêmes couches calcaires?
En présence de ces faits, qui se reproduisent d’une manière analogue dans toutes les contrées, il est probable qu’aucun savant ne se hazarderait à émettre l’assertion, que les formations renfermant les formes intermédiaires entre nos 25 types de Céphalopodes, ont été partout invariablement détruites par leB dénudations. Il serait donc superflu de réfuter une pareille supposition. Cependant, nous ferons observer, que les roches elles-mêmes, qui ont été enlevées par les agents dénudateurs, ont aussi laissé des vestiges de leur existence et de leur faune. Ainsi, le diluvium du Nord de l’Allemagne a déjà fourni 47 espèces de Céphalopodes, énumérées sur nos tableaux nominatifs ci-d ssus p. 65 et qui proviennent des dénudations opérées en Scandinavie et en Russie. Aucune de ces espèces ne nous présente une apparence intermédiaire entre les types de ces contrées. De même, les galets de Budleigh-Salterton, dans le Dévonshire, ont déjà offert, selon une ré-
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cente communication particulière de M. Thom. Davidson, plus de 80 espèces de divers ordres, dérivées en partie, de gisemens encore inconnus, siluriens ou dévoniens, sans qu’on ait signalé parmi elles des formes de transition, entre les types établis.
Ainsi, dans tous les cas, la disparition des dépôts renfermant les formes intermédiaires entre les 25 types normaux des Céphalopodes, serait complètement inadmissible dans la science. On ne saurait donc l’invoquer pour rendre compte de l’absence invariable de ces formes, dans les formations siluriennes. Au contraire, toutes les observations concourent à nous indiquer, que ces formes n’ont jamais existé.
6. Nous devons encore faire remarquer, que le petit nombre de formes , qui pourraient être considérées comme offrant une transition apparente entre deux types normaux quelconques, n’ont été signalées jusqu’ici que sur des horizons, où leur existence constitue le plus grave anachronisme, par rapport aux transformations supposées.
Ainsi, nous avons donne le nom de Gomphoc. semiclausum à une forme de notre étage F, figurée PI. 88 et qui pourrait être regardée comme établissant un passage entre les Orthocères brévicones et les Gomphoceras. Mais, on sait que, dans notre bassin, il existe un grand nombre d’espèces de ce dernier type, parfaitement caractérisées par leur ouverture contractée, dans les formations antérieures de notre étage E. D’ailleurs, nous venons de rappeler son apparition dans la faune seconde. La même observation s’applique à Gomphoc. inf latum Goldf. et à Gomphoc. (Apioc.J olla Saemann, espèces dévoniennes, l’une de l’Eifel et l’autre de l’Amérique, dont l’ouverture ne présente qu’un commencement de contraction. Ces formes intermédiaires sont donc très postérieures au type normal, tandisque, suivant la théorie, elles devraient lui être antérieures. Elles sont donc anachroniques.
Nous rappelons aussi, que les Endoceras signalés dans nos études sur l’évolution des Céphalopodes, comme offrant idéalement un type intermédiaire entre Ascoceras et Orihoceras , ont apparu vers 1 origine de la faune sec' nde , tandisque Ascoceras n’est connu que vers la fin de cette faune. Si l'on admettait la réalité de la transition entre ces formes, il faudrait aussi admettre, qu’elle a eu lieu à partir de la forme plus composée Orthoccras, jusqu’à la plus simple Ascoceras, c. à d. suivant un ordre diamétralement opposé à celui que suppose la théorie.
En résumé, non seulement l’évolution chronologique des Céphalopodes est en pleine discordance avec leur évolution zoologique, mais encore les diverses considérations exposées concourent à démontrer, que les suppositions relatives aux transformations s'évanouissent devant le faits observés, dans toutes les contrées. Ces faits tendent tous, au contraire, jusqu’à plus ample information, à nous inspirer la croyance, que les types des Céphalopodes ont apparu sous les formes caractéristiques
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et normales, par lesquelles nous les distinguons. Ils semblent donc devoir leur origine à une cause spéciale et totalement distincte de la filiation des formes antérieuresi
Ces conclusions sont encore confirmées par notre étude sur l’extinction et 1a rénovation graduelle des faunes, exposée ci-dessus (p. 387) et que nous allons résumer tout à l’heure.