‹ Distribution des Racines Motrices dans les Muscles des MembresChapitre 5 sur 30 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Nous ne parlerons pas des premiers essais de localisations médullaires fantaisistes : c’est ainsi que Bellingeri avait autrefois imaginé qu'à la substance grise était dévolue la transmission des impressions sensitives, à la substance blanche celle de l’impulsion motrice. Poussant plus loin l'hypothèse et la réverie scientifique, il avait inventé que les cordons postérieurs présidaient aux mouvements d'extension, les antérieurs aux mouvements de flexion.

Valentin et Budge avaient accepté cette physiologie imaginaire. Le premier prétendait même que l’excitation des faisceaux postérieurs, à leur surface, détermine l'extension des membres thoraciques, tandis qu’une irritation portée dans la profondeur de ces faisceaux entraine l'extension des membres abdominaux. Harless crut plus tard démontrer que les mouvements de flexion sont influencés par la partie supérieure de la moelle jusqu'à la 5°cervicale, etceux d'extension par sa portion inférieure.

Ce sont là de pures inventions physiologiques, qu'il serait inutile de citer plus longuement et superflu de réfuter.

Dans une Note communiquée à la Société de Biologie en 1881, P. Bert avait conclu de ses expériences faites sur le plexus lombaire du chat et du chien, qu’il y avait une seule racine pour innerver tout un groupe musculaire synergique. Il ne désespérait point de pouvoir désigner chacun de ces systèmes musculaires associés, sous les noms de groupes de la 1", de la 2° racine, etc. Et il ne doutait pas qu'on ne püût arriver à «localiser dans l’axe médullaire les régions d’où émergent les filets qui tien-

1 Déjà publié en partie dans la Gazelle hebdomadaire de Montpellier.

er nent sous leur dépendance tels ou tels muscles, tel ou tel mode de sensibilité ».

C'était un point intéressant de la physiologie médullaire, indiqué comme imparfaitement connu, mais où nous avons retrouvé les traces d’explorateurs précédents et de concurrents nombreux. Comme nous l’avons dit ailleurs‘, étude n’était point absolument nouvelle ni la question inexplorée : la nouveauté du sujet était douteuse en présence des travaux étrangers que nous avons retrouvés après compulsions, recherches et fouilles bibliographiques.

David Ferrier et Gérald Yéo, dans leur travail récent ?, ont fort bien résumé l'historique de la question. Nous avons complété cette partie de leur travail par des détails bibliographiques plus étendus, par des citations plus longues des mémoires originaux, par l'exposé plus complet d'expériences précédentes que nous avons répétées.

Ces auteurs reconnaissent qu’une dissection fine, qu’une macération prolongée dans un liquide dissociateur, qu’une analyse anatomique minutieuse, permettent déjà une détermination approximativé, pour chaque plexus, des racines probables qui entrent dans la constitution de chaque tronc définitif, bien que cette méthode soit cependant impuissante à renseigner sur la nature sensitive ou motrice des filets observés.

Des lors, il faut recourir à deux ‘procédés plus instructifs : celui de la destruction et celui de l'excitation des racines médullaires. | -

Müller * et Van Deen ont expérimenté sur le plexus crural de la grenouille; Kronenberg * sur le plexus brachial du lapin,

1 Gazetie hebdoïnadaire de Montpellier.

2 The fonctionnal relations of the motor roots of the Brachial and Lumbosacral plexuses, mars 1881.

3 Physiologie de. Müller.

4 Kronenberg : Plezuum nervorur. struclura el viriutes. Berol., 1836.

Ces auteurs arrivent à des conclusions semblables. Nous insistons ici sur les expériences de Müller, que nous avons répétées. Müller établit en une sorte de théorème physiologique que : Qun nerf rachidien qui entre dans un plerus et qui contribue avec d'autres racines à la formation d'un gros tronc nerveux, communique sa force motrice, non pas au tronc lout entier, mais seulement aux fibres par lesquelles il se continue depuis le tronc Jusque dans les branches ».

C’est là notre thèse : c’est là aussi le résultat de nos expériences multiples. Le but des plexus nerveux, suivant Müller, semble être de conduire à chaque nerf moteur des fibres provenant de différents points de la moelle épinière ; chaque tronc définitif emprunte à plusieurs racines, et chacune de ces fibres d'origine conserve son action individuelle sur une région musculaire distincte. Üomme nous le verrons plus tard, trois nerfs rachidiens concoureñt chez la grenouille à la formation du sciatique ; Müller les excite avant leur réunion et démontre que le premier commande les muscles du côté interne de la cuisse, le deuxième ceux de la cuisse et de la jambe, le troisième ceux de la cuisse, de la jambe et de la patte.

Il est étonnant que Ferrier et Yéo rapprochent des expériences précédentes les conclusions de Panizza, qu’ils les considèrent comme tendant au mème but et arrivant au même résultat.

Voici les conclusions de Panizza!: «Si en coupe une seule racine ou un seul filet d’origine des nerfs moteurs, la puissance musculaire des membres continue à se manifester dans toute sa vigueur. Si l’on’arrive à la section des deux tiers de la masse nerveuse qui se distribue aux muscles d’un membre, il y a bien, un moment, une diminution dans les mouvements, mais ils ne

1 Bartoloméo Panizza ; Richerche sperimentale sopra à nervi. Lettera del professore Bartoloméo Panizza al professore Maurizio Bufalini, (Annali universali di Medicina, 1834.)

se,

{ardent point à regagner toute leur puissance : l’animal court et saute comme s’il n'avait subi aucune mutilation. S'il ne reste qu'un seul filet d’origine, les mouvements cependant récuperent progressivement toute: leur force. Ce dernier sectionné, tout mouvement cesse dans la partie. Il en résulte que l’innervation musculaire se fait aussi bien par la voie multiple de tous les nerfs d’origine que par un seui filet, ce dernier suffit à maintenir les relations entre la moelle et le membre, comme fait l'arc de communication entre la pile et la partie électrisée. Les plexus nerveux ont donc pour usage d'établir par le mélange des diverses racines une telle solidarité entre elles que chacune est apte à conserver l'intégrité de la fonction quand une lésion interrompt la continuité des autres filets. »

C'est donc une erreur de Ferrier et Yéo que d’assimiler les conclusions de Panizza aux observations de Müller et Van Deen.

Sans doute Panizza, comme eux, démontre que plusieurs racines entrent dans la formation d’un tronc définitif, qu'un nerf moteur se constitue par des fibres d’origine multiples.

Mais tandis que Müller et Van Deen admettent que les plexus ne suppriment point le rôle individuel de chacune de ces branches d'origine, que chaque filet composant des troncs d’finitifs maintient son action personnelle sur des muscles déterminés, au contraire Panizza les confond et les unit au niveau des plexus, leur enlève toute action indépendante, toute fonction isolée ; ils ne sont plus que des conducteurs indifférents de l'influence médullaire aux plexus, qui constituent comme des centres de distribution de l’innervation motrice ; il admet pour les fibres d'origine des troncs une telle union qu’elle suppose confusion, une telle solidarité qu’elle implique mélange absolu.

Les recherches de Peyer‘ sur le plexus brachial du lapin sont plus précises encore. Peyer coupe les racines du plexus,

1 Zeitschrift fur rationelle Medicin, 1854.

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