‹ DiversChapitre 17 sur 103 · I -Alors, si c'est bien, dit André, ayez l'obligeance de me · texte numérisé non relu

I -Alors, si c'est bien, dit André, ayez l'obligeance de me

j descendre la moindre chose pour que je remonte, comme qui

' dirait une corde, par exemple ; et puis vous me tirerez comme

lia

OEUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS

tela,heim?Il lit legested'un homme qui tireun seau d'un puits. Jacomo fit quelques pas et tira du buisson où elle était res tée cachée la corde devenue inutile, en descendit un bout à André qui l'assujettit fortement autour de son corps, puis la serra de ses deux mains au-dessus de sa tête, et, se sentant solidement attaché par cette double précaution, donna le signal en disant : —Allons, houp !!! Jacomo prouva qu'il avait parfaitement compris l'exclamation, en amenant la corde à lui. André commença donc son ascension, tournant au bout de son conducteur comme une pelote de fil, qu'une femme dévide. Enfin, arrivé au sommet, Jacomo mit la corde sous son pied, afin qu'elle ne glissât point, et tendit la main à André, qui, se cramponnant de toute la force de ses poignets, prit un dernier élan et se trouva presque aussitôt auprès du bandit.

— Merci, camarade, dit-il en dénouant la corde qui lui ser. vait de ceinture, et en effaçant aussitôt les traces du désor. dre qu'avaient causé dans sa toilette militaire la descente ei l'ascension qu'il venait de faire, avec la même minutie et le même flegme que s'il s'agissait pour lui de passer immédiatement la revue; merci, et si jamais vous vous trouvez en pareille circonstance, appelez André Frochot, et s'il est à cent pas à la ronde, vous pouvez compter sur lui.

— C'est bien, dit Jacomo. Maintenant, les instructions.

— Ah ! dit André, voilà oii c'est fini de rire. Mes instructions, elles étaient dans mon shako, et mon shako est à tous les diables. L'autre est bien allé le chercher, ajouta-t-il en jetant un regard dans le précipice , mais j'ai peur qu'il ne le rapporte pas.

— Te rappelles-tu ce qu'elles contenaient? dit Jacomo.

— Oh ! cela, sur le bout du doigt.

— Voyons.

— Elles disaient, écoutez bien. André prit l'air grave et important d'un ambassadeur. Elles disaient que tous les bandits auraient la vie sauve et qu'il n'y aurait que leur chef de pendu.

— Es-tu sûr de cela ?

— Comment, si j'en suis sûr? Mais est-ce que vous me prendriez pour un blagueur, par hasard. Je vous dis la chose niot à mot, et je vous en réponds sur ma parole, foi d'André.

— Alors la chose peut s'arranger, dit Jacomo. Suis-moi.

André obéit. Dix minutes après, le bandit et le soldat arrivèrent au plateau que nous avons décrit au commencement de cette histoire; ils y trouvèrent les brigands couches, et Maria adossée au rocher, allaitant son enfant.

— Bonne nouvelle, mes amis, dit Jacomo en arrivant, les Français vous offrent la vie sauve. Les brigands bondirent sur leurs pieds. Maria souleva mélancoliquement la tète.

— A tous ? dit un bandit.

— A tous, répondit Jacomo.

— Sans exception ? dit doucement Maria.

— Peu importe à ces braves gens, reprit impatiemment Jacomo, qu'il y ait une exception, si cette exception ne les regarde pas.

— C'est bien , répondit Maria baissant sa tête résignée sans faire d'autre observation.

— C'est-à-dire, reprit un des brigands, qu'il y a une exception, comme vous dites, et que cette exception regarde le chef?

— Cela se peut, répondit Jacomo.

— Et c'est cetliommequi...?

— Oui, dit Jacomo.

Le bandit regarda ses camarades, et, voyant sur toutes les figures une expression en harmonie avec sa pensée, il porta vivement sa carabine à l'épaule et mit André en joue.

— Sang du Christ I que fais-tu ? s'écria Jacomo en couvrant André de son corps.

— Je fais, répondit le bandit, que je veux apprendre à ce païen à se charger de pareilles commissions!

— Qu'est-ce qu'il a donc ce farceur-là? dit André se haussant sur la pointe du pied et regardant le bandit par-dessus l'épaule de Jacomo ; est-ce que ça lui prend souvent?

— C'est bien, c'est bien, Luidgi, reprit Jacomo en faisant un geste de la main, baisse ta carabine : car c'est ton avis à

toi de refuser, mais ce n'est point celui de la troupe, peutêtre.

— C'est l'avis de tout le monde, n'est-ce pas ? s'écria Luidgi se tournant vers ses camarades.

— Oui, oui, répondirent-ils tous à la fois. Oui, vivre ou mourir avec le chef. Vive le chef ! Vive le père ! Vive Jacomo ! Maria ne disait rien, mais deux larmes de reconnaissance coulaient le long de ses joues.

— Tu entends? dit Jacomo en se retournant vers André.

— Oui, j'entends, répondit André, mais je ne comprends pas.

— Eh bien! ces hommes disent qu'ils veulent vivre ou mourir avec moi, car c'est moi qui suis le chef.

— Excusez, répondit André; et, rapprochant ses deux jambes, il porta la main à son front et fit le salut militaire. Je n'avais pas celui de vous connaître. A tout seigneur tout honneur.

— C'est bon, dit Jacomo avec un geste de noblesse et de fierté qui eût fait honneur à un roi ; et maintenant que tu me connais, retourne vers ton colonel et dis-lui que, dans toute la bande de Jacomo, qui meurt de faim, il n'y a pas un seul homme qui ait voulu racheter sa vie au prix de celle de son capitaine.

— Eh bien ! qu'est-ce qu'il y a d'étonnant à cela ? répondit André en frisant sa moustache, ça prouve qu'il y a de bons enfans partout : voilà la chose.

— Maintenant, si j'ai un conseil à te donner, dit Jacomo examinant avec inquiétude la figure de ses hommes, c'est de ne pas rester plus longtemps, ou je ne répondrais de rien.

— C'est bon, répondit André regardant autour de lui avec un air de profond mépris, on n'a pas envie de faire un bail dans ta barraque. Avec cela qu'elle ne me paraît pas crânement approvisionnée de comestibles.

Le chef fronça les sourcils.

André le regarda en face comme pour dire : Eh bien 1 après? Et une fois que la figure du chef eut repris son expression ordinaire, il tourna le dos et s'éloigna lentement, dandinant sa démarche et chantant à demi-voix:

Oh ! le triste éiat Que d'être gendarme !

Oh ! ie noble état Qne d'être soUlat!

Quand le taml)our bat, Adieu nos maîtresses ; Quand le tambour bat, La nation s'en va.

En achevant le dernier vers, il tourna le rocher et disparut aux yeux de Jacomo et de sa bande. Cependant, ce ne fut que dix minutes après qu'il se retourna, tant il craignait qu'on n'interprétât à crainte ce mouvement de curiosité.

Après le départ d'André, les bandits restèrent muets et immobiles à l'endroit où il avait laissé chacun d'eux. Enfin Jacomo se leva et s'éloigna sans dire un mot. Alors chacun chercha quelque moyen de combattre la faim qui le dévorait ; les uns trouvèrent quelques racines; d'autres des fruits sauvages, d'autres enfin essayèrent de mâcher de jeunes pousses; Maria seule resta assise contre un rocher, elle sentait qu'elle avait encore du lait pour son enfant.

Au bout de deux heures, Jacomo revint; il tenait à la main un de ces longs bâtons ferrés avec lesquels les bouviers romains chassent leurs troupeaux, et de l'autre la corde que nous avons vue déjà jouer un rôle si actif dans le cours de cette histoire, et qui paraissait un accessoire obligé de son dénoûment.

— Faites vos préparatifs, dit-il : nous parlons.

— Quand? s'écrièrent les bandits. ,

— Cette nuit, répondit Jacomo.

— Vous avez trou^•é un passage?

-Oui.

La joie reparut sur tous les visages, car nul ne doutait de la parole du chef. Maria se leva, et, présentant son enfant à Jacomo : — Embrasse-le donc, dit-elle.

SOUVENIRS D 'ANTONY

Jaeomo embrassa l'enfant de l'air d'un homme qui craint de laisser surprendre un sentiment humain au fond de son Sme; puis il étendit la main vers l'orient.

— Dans une demi-heure il fera nuit, dit-il.

Chacun visita ses armes, renouvela ses cartouches, passa !a baguette dans le canon de sa carabine,

— Êtes-vous prêts? dit Jaeomo.

— Nous le sommes.

— Partons.

Us se mirent alors en roule, suivant un chemin opposé à celui par lequel André était venu. Un senlier facile, mais si étroit qu'un seul homme aurait pu le défendre contre dix conduisait au bas de la montagne sur laquelle s'étaient réfugiés les bandits. Ce sentier n'avait point échappé à l'œil vigilant du colonel; aussi avait-il placé un poste à son extrémité, et à cent pas de ce poste une sentinelle. Aussi, en s'engageant dans ce sentier, le ciief, qui marchait le premier, se tourna-t-il vers ses hommes et recommanda-t-il le silence, de cette voix brève et puissante qui annonce qu'il y va de la vie si l'on n'obéit ponctuellement à une pareille injonction. Chacun retint son haleine En ce moment, l'enfant poussa une plainte.

Jaeomo se retourna ; son œil brillait dans l'ombre comme celui du tigre. Maria donna son sein tari à l'enfant; il le prit avidement et se tut. On continua de marcher. Au bout de dix minutes, l'enfant, trompé dans son attente, laissa échapper un cri.

Jaeomo jeta une espèce de rugissement qui ne pouvait trahir ni lui ni sa bande, car celui qui l'aurait entendu l'aurait pris bien plutôt pour le cri du loup que pour la voix de Thomnie. Maria, tremblante, colla sa bouche sur celle de son lils ; on lit quelques pas encore, mais l'enfant , tourmenté par la faim, se mit à pleurer.

Alors Jaeomo fit un bond jusqu'à lui, et, avant que Maria eût pu le retenir ou le défendre, il le saisit par une jambe, l'arracha des bras de sa mère, et, le faisant tourner comme un berger sa fronde, il lui brisa la tête contre un arbre.

Maria resta un instant pâle, les cheveux dressés et les yeux fixes ; puis, se baissant par un mouvement raide et mécanique, elle yamassa le cadavre mutilé de l'enfant, le mit dans son tablier et continua de suivre la bande dont Jaeomo avait déjà repris la direction.

En ce moment, profitant d'un endroit où la montagne était accessible, il quitta le sentier, s'engagea avec l'instinct d'une bête fauve entre les rochers, les sapins et les hautes bruyères qui semblaient fermer tout passage à d'autres créatures vivantes qu'à des reptiles. La troupe le suivit.

Pendant une heure, on marcha ainsi, si une telle course, oii tantôt il fallait bondir de roc en roc comme des chamois, tantôt ramper sur la terre comme des serpens, peut s'appeler une marche. Enfin on arriva à une partie de la montagne coupée à pic; en face de cette espèce de plateau, et à vingt pieds de l'autre côté, s'étendait un plateau à peu près semblable : le précipice qui séparait ces deux sommets s'était sans doute fo^mé à la suite de quelque convulsion volcanique ; mais les hommes ne se rappelaient pas avoir jamais vu réunies en une seule ces deux montagnes jumelles.

Arrivés là, les bandits se regardèrent avec inquiétude. Tous connaissaient bien cette partie de leur domaine, et souvent, depuis qu'ils étaient cernés par les soldats, quelqu'un d'entre eux était venu jusqu'à cette place, avait sondé de l'œil le précipice qui s'ouvrait à ses pieds et mesuré la distance qui le séparait de cette terre voisine où était le salut : puis il s'était retiré tout pensif et la tête courbée sous le poids de la pensée qu'il était impossible à tout autre qu'à un chamois de franchir un pareil intervalle.

Ce fut cependant sur le bord de cet abime que Jaeomo s'arrêta; les bandits form^ent aussitôt un demi-cercle autour de cet homme dont le génie avait déjà soutenu leur vie par des ressources que jamais ils n'eussent trouvées, et qui en ce moment sans doute allait les tirer de danger par quelque ressource nouvelle. En elTet, Jaeomo ne parut éprouver aucun embarras ; il déroula la corde dans toute sa longueur, appela l'un de ses hommes, la lui attacha par un bout au poignet, et,

CœUV. COMPL. — V.

nouant solidement l'autre extrémité au milieu du bâton ferré dont il s'était muni, il le balança au-dessus de sa tête comme un javelot, et le lança sur l'autre bord.

Lesbandits, habitués à distinguer dans l'ombre de la nuit comme à la lumière du jour, suivirent le vol de la lance ; ils la virent passer entre deux chênes jumeaux qui croissaient sur le plateau opposé et s'enfoncer en tremblant dans la terre. Alors Jaeomo détacha du poignet du bandit l'extrémité de la corde. Aussitôt, lui imprimant une secousse, il arracha de terre le fer du bâton, et, le tirant à lui, il l'amena jusqu'aux deux chênes : là il fut arrêté par la position transversale qu'il avait prise. Jaeomo tira violemment, la corde se tendit, le bâton résista : c'est ce que voulait le bandit.

Alors il assujettit, en la tournant trois fois autour du tronc d'un sapin, l'extrémité de la corde qu'il n'avait point abandonnée, la noua de plusieurs nœuds, lui fit faire deux tours encore, la noua de nouveau ; puis, s'asseyant sur le bord du précipice, il saisit des deux mains la corde qui le traversait comme un pont, et commença, à la force des poignets, les jambes pendantes dans l'abime , d'effectuer cet étrange passage.

Les bandits le suivaient des yeux, haletans et la bouche ouverte. Ils le virent détachant une main après l'autre, avancer aussi facilement que si ses pieds eussent eu un point d'appui. Enfin il toucha le bord opposé, se cramponna à la racine de l'un des chênes, et faisant un dernier effort, il se trouva sur le plateau opposé.

Alors il examina attentivement le bâton qui maintenait la corde, et le voyant solidement retenu, il se retourna vers ses hommes, en leur faisant signe de le venir rejoindre.

C'étaient de braves et hardis montagnards qui n'hésitèreïït pas une seconde, confians qu'ils étaient dans leurs forces : où l'un avait passé, ils devaient passer tous, et tous passèrent.

Maria resta la dernière. Lorsque son tour fut venu, elle prit le bout de son tablier entre ses dents, saisit la corde, et, sans donner aucune marque de crainte ni de faiblesse, elle passa comme les autres.

Le chef respira, car tous ses hommes étaient autour de lui sains et saufs, et il venait de leur sauver la vie qu'ils avaient refusé de conserver au prix de la sienne. Alors il jeta un regard d'indicible mépris vers les postes militaires dont les feux élincclaient de place en place ; puis il dit ce seul mot : Allons ! et chacun se remit en marche, plein de courage et d'ardeur.

Une heure après, ils aperçurent un village et descendirent vers lui. Jaeomo entra chez un paysan, se nomma, et dit que iui et ses hommes avaient faim. On s'empressa de leur apporter tout ce qui leur était nécessaire ; chacun fit sa provision de vivres et repartit. Au bout de vingt minutes, ils étaient de nouveau rengagés dans la montagne, hors de tous dangers, et sans crainte d'être poursuivis. Jaeomo s'arrêta, examina l'emplacement où ils se trouvaient. — Nous passerons ici la nuit, dit-il; maintenant, soupons.

Cet ordre fut exécuté avec empressement ; car, quoique chacun mourût de faim, nul n'avait osé manger avant que la permission en eût été donnée par le chef. Les provisions fu-k rent donc mises en monceau, les bandits s'assirent en cercle, et, cinq minutes après, chacun opérait avec une telle rage,' qu'il était évident que, depuis le premier jusqu'au dernier, tous avaient à cœur de réparer le temps perdu. Tout-à-coup Jaeomo se leva : Maria n'était plus avec la bande.

Il fit rapidement quelques pas dans la direction par laquelle ils étaient venus, puis il s'arrêta tout-à-coup. Il avait aperçu Maria au pied d'un arbre : elle était à genoux et creusait avec les mains une tombe pour y déposer son enfant.

Jaeomo laissa tomber le morceau de pain qu'il tenait, la re. garda un instant sans oser lui parler, et revint triste et silencieux vers sa troupe !

Le repas était terminé, Jaeomo plaça une sentinelle, plutà' par babitiide que par crainte, puis permit à cliacun de pren" dre du repos. Lui-même, se retirant à l'écart, étendit son manteau par ?erre et donna à ses hommes un exemple qu'O»

Ui

OFUVRES COMPLÈTES D'ALEXANDRE DUMAS

crasés de faligue comme ils Ictaient, ils ne tardèrent pas ù suivre.

Le bandit qui était en sentinelle veillait depuis un quart d"liiniie a pi'ine, et il commentait déjà à sentir que la faligue l'emportait sur sa consigne; ses yeux se fermaient malgré lui, et il était obligé de marcher continuellement pour ne point s'endormir tout debout, lorsqu'une voix douce et triste prononça sou nom. Il se retourna et reconnut Maria.

— Luidgi, dil-elle, c'est moi : ne crains rien. Luidgi la salua avec respect.

— Pauvre garçon I continua-t-elle, tu tombes de fatigue et de sommeil, et il te faut veiller 1

— C'est l'ordre du chef, dit Luidgi.

— Écoute, répondit Maria, je ne puis pas dormir quand je le voudrais, moi. Elle lui montra son tablier tout rouge. Le sang de mon enfant me tient éveillée. Tu sais si j'ai l'œil sûr : donne-moi ta carabine, je ferai sentinelle à la place, et au point du jour je le réveillerai. Ce sont deux heures de repos que je t'offre.

— Mais si le chef le savait? dit Luidgi qui mourait d'envie d'accepter la proposition.

— 11 ne le saura pas, dit Maria.

— Vous m'en répondez?

— Je t'en réponds

Le bandit lui remit sa carabine, et prouva, au peu de temps qu'il mil à chercher une place commode, combien était grande sa convii lion intérieure de bien dormir partout. Dix minutes après, sa respiration bruyante annonça qu'il mettait à profit le peu de temps qui lui restait encore avant le lever du soleil.

Quanta Maria, elle resta un quart d'heure à peu près immobile ; puis, tournant la tête par-dessus son épaule vers ces hommes, elle s'assura que tous étaient plongés dans le sommeil. Alors elle quitta sa place , passa sans bruit au milieu d'eux , si légère qu'elle semblait un esprit rasant le sol ; puis, arrivée près de Jacomo, elle abaissa le canon de sa carabine,

en appuya le bout sur la poitrine de Jacomo, et lûcha le coup.

— Qu'est-ce? s'écrièrent les bandits se réveillant en sursaut.

— Rien, dit Maria. Luidgi, dont je tiens la place, a oublié de me prévenir que sa carabine était armée, et, comme j'ai parmégarde appuyé le doigt sur la gâchette, le coup est parti

Chacun reposa la tête sur son bras et se rendormit.

Quant à Jacomo, il n'avait pas proféré un soupir, pas poussé une plainte : la balle lui avait traversé le cœur.

Maria posa la carabine de Luidgi contre un arbre, coupa la tête de Jacomo la mit dans son tablier tout taché du sang de son lils, et descendit de la montagne.

Le lendemain on annonça au colonel qu'une jeune fille qui disait avoir tué Jacomo, demanilait a lui parler. Le colonel la fil entrer dans sa tente. Maria s'arrêta devant lui, lâcha le bout de son tablier, et la têle du bandit roula par terre.

Tout habitué qu'il était aux émotions du champ de bataille, le colonel tressaillit; puis, levant les yeux vers cette jeune fille grave et pâle comme la statue du Désespoir :

— Mais qui étes-vous donc? lui dit-il.

— Hier j'étais sa femme...aiijourd'lKu je suis sa veuve!

— Faites-lui compter trois mille ducats, dit le colonel.

Quatre ans après, une religieuse du couvent de la Sainte- Croix, à Rome, mourut en grande odeur de sainteté; car, outre la vie exemplaire qu'elle avait menée depuis qu'elle avait prononcé ses vœux, elle avait apporté pour sa dot une somme de trois mille ducats dont le couvent hériiail .'i sa mort. Quant à sa vie antérieure , on ignorait complètement ce qu'elle avait pu être; on savait seulement que sœur Maria étailnéc en Calabre.

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